Isolement: pourquoi les parcs font ce que les “bancs et caisses pour discuter” ne peuvent pas faire?

21 aout 2019

Clemence Marcastel

 

L’isolement est un sujet important. Un sujet largement traité dans les médias, et récemment, plusieurs approches nouvelles cherchant à pallier à ce fléau sont apparues dans mon fil d’actualité. Si vous suivez ce sujet, il n’y a aucun doute, vous les avez vues aussi.

Il y a ces « bancs réservés aux personnes heureuses de discuter » qui encouragent les personnes isolées à discuter avec des inconnus au Royaume-Uni, et cette « caisse pour discuter » où la file d’attente est délibérément moins rapide pour encourager les discussions dans une épicerie hollandaise. La semaine dernière le National Post présentait une nouvelle pilule contre la solitude.

Les efforts faits pour combattre les terribles effets associés à l’isolement social sont bien intentionnés, et démontrent à quel point nous nous sentons impuissants face à cette insaisissable question. Le fait est que le nombre de canadiens vivant seuls n’a jamais été aussi élevé. Lors du dernier recensement, 30% des canadiens, tout-âge confondus, rapportent ressentir un sentiment persistant d’isolement social et de solitude.

Alors que ces solutions parfaites pour les médias permettent d’améliorer la connaissance du sujet, ce dont nous avons réellement besoin pour combattre cette solitude est ce que l’auteur Eric Klinenberg appelle des infrastructures sociales.

 

Plus que de simples discussions avec des inconnus

 

Dans son essai Palaces for the People, Klinenberg défini les infrastructures sociales comme les lieux physiques et les institutions qui cherchent à réunir les personnes ensemble. Ce sont des lieux partagés : les bibliothèques, les crèches, les librairies, les lieux de culte et les parcs où des connexions cruciales et parfois salvatrices se forment.

Comme Klinenberg le remarque dans son essai, les infrastructures sociales représentent une question de vie ou de mort pour les personnes les plus vulnérables, comme ce fût le cas à Chicago durant la canicule de 1995 qui a provoqué le décès de nombreux aînés isolés dans leurs appartements. Comme Klinenberg nous le rappelle,

« Ce sont les personnes pauvres, sans emploi, déplacées et migrantes qui ont le plus à perdre de l’isolement et de la solitude. Leur vie est instable, tout comme leurs relations. Lorsqu’elles s’isolent, elles sont moins capables de recevoir un soutien social et médical adéquat. »

Pour ceux qui sont les plus vulnérables, les infrastructures sociales sont intrinsèquement connectées à leur qualité de vie.

Considérez ce qui suit :

Un aîné dans ma vie est victime d’une blessure physique qui le rend incapable de participer à une randonnée organisée deux fois par semaine avec ses amis. Maintenant, il fait de l’exercice seul dans son immeuble avec ses écouteurs, et il a une séance hebdomadaire de kinésithérapie.
Il continue d’être physiquement actif, mais il a perdu les interactions sociales avec ses amis qui constituaient sa routine. Ce qu’il a perdu peut-être limité en termes de temps (ce temps est maintenant utilisé avec de l’exercice et des rendez-vous), mais le manque qui est apparu avec la perte de ce temps passé avec ses pairs et les conséquences sont claires pour ceux qui l’entourent.

Oui, il bénéficie de privilèges au sens où il peut vivre dans une résidence qui inclut des équipements sportifs, et il a accès à un kinésithérapeute. Mais, il est isolé et cela a des conséquences néfastes. Des études démontrent qu’au long terme, l’isolement aura un impact sur sa santé. Et pour le moment, cet isolement a diminué son bonheur et sa qualité de vie.

Qu’il y a-t-il à faire ? La réponse est liée à comment il est lié aux infrastructures sociales qui l’entourent.

 

Plus que de simples lieux

Les gens ont besoin de la compagnie et du support d’autrui. C’est ainsi que nous sommes construits. C’est un rôle vital que les bibliothèques, les centres communautaires et les parcs peuvent jouer. Cependant, le seul fait qu’ils existent ne suffit pas à résoudre les problématiques liées à l’isolement. C’est ce que précise Klinenberg concernant les bibliothèques :

« L’accessibilité physique aux bibliothèques n’est pas le seul facteur qui les fait fonctionner en tant qu’infrastructures sociales. La totalité de la programmation des bibliothèques, organisée par les employés et soutenant un engagement de principe envers l’ouverture et l’inclusion, favorise une cohésion sociale parmi les bénéficiaires qui, dans le cas contraire, resteraient enfermés sur eux-mêmes ».

Comme souligné par le Rapport « Sparking Change » des Amis des parcs sur la maximisation des impacts sociaux des parcs, comme des bibliothèques, les interactions qui pourraient s’établir dans les parcs, n’auront pas lieu sans un effort délibéré en ce sens :

« Les gens ont besoin d’une raison pour venir dans un parc et y rester pour bénéficier de son environnement social. La qualité du parc, ses équipements comme les terrains de jeux, et, tout particulièrement, ses événements et activités aident à créer les conditions pour amener les gens à se rencontrer. »

 

Plus qu’une seule fois

 

Ce n’est pas suffisant de venir au parc une seule fois, même si se rendre une fois dans un parc est déjà un bon début. Il faut que le parc soit un lieu où les gens auront plaisir à revenir encore et encore, pour créer des liens avec autrui et voir cet endroit comme LE où ils ont toute leur place.

Le modèle des Amis des parcs cherche à créer des programmes durables dans les parcs pour les transformer en des lieux favorisant les connections sociales des communautés. Comment cela fonctionne? En donnant les bonnes informations, sources d’inspirations et de financements aux communautés pour qu’elles puissent créer elles-mêmes des programmes motivants et inclusifs, et durables. Le parc devient ainsi un lieu fiable pour se lier à la communauté encore et encore. Un lieu où je peux me rendre pour trouver une communauté et avoir un sentiment d’appartenance, ce qui est étroitement lié à ma santé et à ma qualité de vie.

De nombreux parcs offrent aussi le second bénéfice d’amener les gens dans des espaces verts, et il a été prouvé que cela les rend heureux. Surtout, ces bénéfices s’activent grâce à une fréquentation régulière et répétée de ces espaces. C’est un fait qu’y passer 20 minutes par jour est le montant magique qu’il suffit pour en bénéficier. Cela peut paraitre comme une durée gérable, mais encore une fois, faire en sorte que les gens profitent des parcs tous les jours n’est pas une tâche aisée.

Nous devons discuter de la création des conditions permettant aux gens de venir dans les parcs régulièrement. Des activités et événements organisés régulièrement sont la clef pour rendre cela possible.

Il n’y a rien de simple pour lutter contre l’isolement. Ce sont les visages familiers et amicaux de membres de notre communauté et la confiance en nos voisins qui créent ce sentiment d’appartenance et de but dans nos vies. Ces liens ne viennent pas de nulle part.

Il faut des investissements réfléchis et des efforts soutenus dans les infrastructures sociales, et notamment les parcs, pour donner aux gens ce dont ils ont besoin pour rester en bonne santé, être heureux et prospérer au sein de leur communauté et dans nos villes.

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