Vancouver adopte une stratégie des parcs basée sur l’équité pour le futur

06 novembre 2019

Jake Tobin Garrett

À la suite d’un effort pluriannuel, le Bureau des parcs de Vancouver a adopté son nouveau Plan directeur des parcs et loisirs. Intitulé VanPlay, celui-ci guidera les investissements de la ville pour les parcs et loisirs lors des 25 prochaines années. Vancouver est la seule ville du Canada, et l’une des seules en Amérique du Nord, à élire les membres de son Bureau des parcs pour diriger les espaces verts de la ville.

Il était nécessaire d’adopter un plan directeur tel que VanPlay alors que la ville change et grandit en faisant face à un nombre important de défis tel que le développement de la population, la notion d’équité et les changements de démographies et de besoins de ces nouvelles populations.

Par exemple, malgré le fait que Vancouver ait plus de parcs maintenant qu’il y a 25 ans, le nombre d’espace dédié aux parcs par personne a baissé d’un tiers à cause de l’augmentation de la population. Pour faire simple, la population a dépassé les parcs.

Selon le Rapport sur les Parcs Urbains du Canada, notre enquête sur les réseaux de parcs au Canada publié cet été, Vancouver a la moyenne la plus basse en termes de parcs accessibles avec une moyenne de 2 hectares de parcs disponibles pour 1000 habitants (voir le graphique ci-dessous). Même si cela est bas, cela reste dans la moyenne des principaux centres urbains comme Toronto (2.7 hectares pour 1000 habitants), et Montréal (2.4 hectares), ce qui montre comment la croissance et la densité démographique sont des défis pour tous les réseaux de parcs autour du pays.

 

Malgré des chiffres décourageants en termes de mise à disposition de terrains dédiés aux parcs urbains, Vancouver a pu briller dans notre rapport puisque celui-ci ne s’est pas concentré uniquement sur les chiffres mais a aussi présenté des façons de faire et les meilleures pratiques.

Vancouver a montré sa détermination à œuvrer pour un système de parc plus progressif à travers des politiques telles que l’établissement de toilettes non-genrées dans les parcs, ou la réalisation d’un audit colonial sur le réseau des parcs de la ville.

Vancouver a conservé cet éclairage équitable sur VanPlay. Ce Plan directeur inclut des citations d’Audre Lorde, une explication de ce qu’est l’intersectionnalité, et un diagramme soulignant les conséquences des phénomènes de privilèges et d’oppression.

Cet intérêt de Vancouver pour l’équité prend racine dans la reconnaissance en ce que le développement des parcs de la ville a été historiquement inégal, établissant des inégalités entre les quartiers au niveau de l’accessibilité et de la qualité des parcs.

Alors que notre ville connait une explosion démographique, il est essentiel de reconnaître que les politiques, et les schémas de croissance précédents ont créé un accès inégal à des parcs de qualité. Nous sommes conscients que les parcs fournissent de nombreux bénéfices environnementaux, sociaux, sanitaires et économiques auxquels tous les habitants d’une ville devraient avoir accès de manière égale. Mais comment savoir où investir le peu de budget à disposition?
Là où VanPlay apporte une solution radicale est l’utilisation de données de géolocalisation (un terme technique pour désigner les données qui sont liées à un certain lieu, comme les revenus des ménages habitants dans un quartier en particulier) pour identifier les zones défavorisées qui devraient être la cible d’une augmentation des investissements publiques.

Le Bureau des parcs appelle ces zones Initiative Zones (zones d’initiatives).

Les Zones d’initiatives sont identifiables en examinant trois types de données :

  1. Un faible accès aux parcs : les zones où les gens doivent marcher plus de dix minutes pour atteindre un parc et/ou les zones qui bénéficient de moins de 0.55 hectares de parcs disponibles pour 1000 habitants.
  2. Une demande importante de loisirs à faible barrière : le nombre d’habitants s’étant inscrits au programme municipal Leisure Access Program qui fournit des activités de loisirs à prix réduits.
  3. Un faible couvert forestier : les zones de la ville qui ont un couvert forestier urbain de moins de 5%.

Maintenant que ce modèle est mis en place, le Bureau des parcs pourra utiliser de nouveaux facteurs pour instaurer plus de nuances, ou cibler ses politiques pour certaines zones spécifiques.

Ces données supplémentaires peuvent inclure les revenus, les enquêtes sur la mobilisation et la satisfaction de certaines communautés, les lieux où de précédents investissements ont été opérés par la municipalité, et certaines données démographiques telles que l’âge des habitants.

Par exemple, le Bureau des parcs a montré comment, en étudiant les informations concernant la croissance démographique de certaines zones, ce système peut aider à déterminer où les fonds devraient être dirigés. Certaines zones de la ville qui vivent des pressions liées à la croissance démographique peuvent d’ores et déjà faire face aux besoins d’une population croissante grâce à des fonds dédiés de la ville, alors que d’autres zones qui ne font pas, ou très peu face à une démographie en expansion, mais qui peuvent être considérées comme défavorisées, n’ont pas nécessairement cette opportunité. VanPlay conclut que les principes d’équité doivent s’appliquer et cibler ces zones à faible croissance pour les stratégies d’investissement publiques.

Camil Dumont, commissaire au Bureau des Parcs, s’est confié à Mash Salehomoum, coordinatrice de programme pour les Amis des parcs à Vancouver, après l’adoption de VanPlay :

« Pour moi, il s’agit des objectifs ultimes à garder en mémoire lors de mes prises de décision. Une réforme en profondeur via la priorisation des principes d’équité dans un document officiel de cette envergure me rend très fier du travail que nous faisons au Bureau des parcs ».

Bien sûr, les données ne racontent qu’une partie de l’histoire – ce que le Bureau des parcs reconnait. Les recommandations du rapport incluent une mobilisation constante des communautés locales et du Bureau des parcs pour aider à l’interprétation des données et comprendre l’expérience vécue au-delà de celles-ci. Le Bureau des parcs souhaite aussi rendre ces données accessibles librement au public en ligne via une carte interactive sur leur site internet.

Il n’est pas difficile de voir quel puissant outil d’analyse et d’aide à la prise de décision, VanPlay peut devenir.

Autres points clés de VanPlay

L’eau refait surface

La ville de Vancouver se définit par l’eau. Quand je vivais là-bas, j’adorais courir le long des quais, ou regarder les bateaux cargos se décharger dans Crab Park, ou chasser les lapins sur Jericho Beach. L’eau à Vancouver semble être partout. Et, pourtant, comme le rapport le démontre, 91% des ruisseaux urbains ont été enfouis sous terre.

Faisant parti du travail de la municipalité sur la sauvegarde de la biodiversité ainsi que sur la mise en place d’une ville plus résiliente capable de faire face aux tempêtes de pluies extrêmes devenues de plus en plus courantes, la stratégie de VanPlay vise à ramener plus de ruisseaux vers la surface. Cela va créer plus d’habitats naturels, d’aménagements collectifs, et aussi aidera à gérer l’évacuation des eaux de pluie pendant les tempêtes.

De rues à parcs

Nous n’y pensons pas souvent, mais les rues sont la ressource la plus importante d’espace public que nous avons dans nos villes – souvent plus d’un quart du territoire total d’une ville. À Vancouver, les rues représentent 32% du territoire de la ville, alors que les parcs représentent 11% de ce même territoire. C’est une importante ressource d’espace public pour une ville que lutte pour se rapprocher des besoins en espace public de sa population croissante.

Vancouver est déjà avant-gardiste en ce qui concerne la façon de repenser les rues comme un espace public, et VanPlay encourage encore plus cette réflexion en recommandant de travailler à la planification et l’ingénierie pour créer des activations dans les allées, par exemple.

Augmenter les connexions

La connectivité est une autre avancée de VanPlay. Vancouver se vante déjà d’avoir le plus grand circuit au bord de mer du monde (28 km de quais qui entourent le centre-ville) et un système de pistes cyclables récent.

Un élément intéressant de ce rapport est ce que le Bureau des parcs appelle « network enhancers » (activateurs de réseau). Ce sont des éléments, comme des stations de réparation de vélos, des systèmes de signalisation, d’éclairages, ou des mobiliers urbains, susceptibles de stimuler les connexions en augmentant les fonctionnalités, la sécurité ou le plaisir entre les destinations.

Peut-être que votre marche entre l’école et le parc inclut un petit jardin pollinisateur, un endroit pour remplir votre gourde et une œuvre d’art publique et colorée.

Nous ne pouvons pas toujours organiser des parcs qui se suivent dans nos villes, mais nous pouvons utiliser ces activateurs de réseau pour améliorer l’expérience des passants.

Vous pouvez retrouver le rapport VanPlay dans son intégralité ici (en anglais uniquement). Vous pouvez retrouver le profil de la ville de Vancouver de notre Rapport sur les parcs urbains du Canada ici.

 

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