Transformer les routes en rues piétonnes pour donner de l’espace et faciliter la distanciation sociale: un regard sur ce qui se passe au Canada et ailleurs

08 avril 2020

Clemence Marcastel

Même pendant les mesures de distances sociales, les experts sanitaires recommandent aux gens de sortir faire de l’exercice. Mais sortir pour marcher, courir ou faire du vélo tout en respectant les mesures de distances sociales peut représenter un défi monumental dans les villes à haute densité urbaine.

C’est pourquoi un mouvement est né pour désigner certaines rues comme piétonnes dans plusieurs quartiers à haute densité urbaine du globe.

Des programmes promouvant des zones sans-voiture ne sont bien entendu pas une nouveauté. À Toronto, par exemple, le marché de Kensington est sans-voiture tous les dimanches depuis 16 and (lien en anglais). L’été dernier, Montréal a ouvert 4 nouvelles rues piétonnes (lien en anglais). 

Bogota est la première ville du monde à avoir agi après l’arrivée sur son territoire de la COVID-19 en désignant plusieurs rues comme piétonnes permettant à ses habitants de sortir dehors en respectant les mesures de distance sociale. Cela n’est pas une surprise puisque Bogota est une ville pionnière pour la piétonnisation de ses rues. La ville a un programme de dimanche sans-voiture appelé Ciclovia (Voie Vélo) depuis 1974 qui ouvre 70 miles de rues aux piétons et aux vélos. À ce jour, ce programme fonctionne sans discontinuer tous les jours de la semaine.

 

Photograph by Juan Cristobal Cobo, National Geographic

Plusieurs villes américains ont suivi l’exemple de Bogota. Dans le District de Washington, des groupes d’opinion appellent à la piétonisation de certaines rues proches des pistes qui existent déjà pour avoir un réseau de transport actif cohérent. La ville de New York a désigné des rues piétonnes dans plusieurs de ces arrondissements, mais peu de temps après le programme a été abandonné.

Un porte-parole pour les services municipaux (lien en anglais) a indiqué qu’il n’y a pas eu “ suffisamment de new yorkais profitant de ce programme pour pouvoir justifier sa prolongation en ce moment”.

Une autre explication possible réside dans le fait que de trop nombreux membres des forces de l’ordre sont tombés malades pour pouvoir assurer un respect efficace des mesures de distance sociale dans la ville.

Au Canada, Calgary a ouvert la voie en lançant un projet pilote pour désigner des rues comme piétonnes et ouvertes aux cyclistes (lien en anglais) pour promouvoir les règles de distance sociale. Le département de la voirie de Calgary, en coordination avec l’Agence en charge de la gestion des services d’urgence, a identifié des routes dont les voies peuvent être réduites et ouvertes aux piétons et aux cyclistes pour leur donner plus d’espace.

La semaine dernière, la ville de Winnipeg a annoncé sa décision d’ouvrir 4 routes aux piétons et aux cyclistes jusqu’au 3 mai. Selon Jason Shaw, en charge du centre des opération d’urgence de la ville, “Winnipeg essaie de trouver l’équilibre entre laisser les gens sortir pendant l’épidémie et s’assurer que les gens respectent les deux mètres de distance avec autrui.”

Le Bureau des parcs de Vancouver a annoncé que les routes du parc Stanley seront désormais interdites aux voitures à partir du 8 avril pour permettre aux piétons de marcher sur les routes du parc.

“Nous faisons cela pour réduire la masse de personnes dans le parc, et offrir de l’espace sur les routes du parc et réduire le trafic sur les digues adjacentes au parc au profit des cyclistes et des piétons” a expliqué le Directeur Général du Bureau des parcs de Vancouver, Malcolm Bromley (lien en anglais).  

London a fermé le pont Blackfriars aux voitures (lien en anglais).Le plus vieux pont de la ville, un monument historique, est désormais uniquement accessible à pied ou à vélo. La ville a aussi organisé un sens de circulation pour ses trottoirs, ponts et tunnels.

Conseillers municipaux et groupes d’opinion à Toronto et à Vancouver demandent désormais à ce que des routes soient assignés aux piétons (lien en anglais) dans les quartiers à haute-densité urbaine.

Kristyn Wong-Tam, conseillère municipale à Toronto, qui a été décisive dans la piétonisation de l’axe Bloor/Yonge l’été dernier, explique (lien en anglais) “les milliers de résidents qui vivent autour et dans la rue Yonge ont besoin de pouvoir sortir, faire des courses essentiels et de prendre soin de leur santé physique et mentale sans être les uns sur les autres sur des trottoirs étroits”.

À Montréal, huit arrondissements ont ouvert des corridors sanitaires devant les commerces. La ville a décidé de créer des dizaines d’espaces piétonniers, répartis dans neuf arrondissements, pour faciliter l’accès aux commerces et aux services créant des corridors de 4,5 mètres de large.

Cette nouvelle demande pour des rues piétonnes, au Canada et tout autour de la planète, nous montre encore une fois, que maintenant plus que jamais, nous comprenons le besoin crucial pour des espaces ouverts et publics et le rôle que ces espaces jouent pour la qualité de vie dans nos villes.

Les gens cherchent de la place pour bouger, et nos rues peuvent ouvrir la voie en offrant de nouvelles avenues dédiés aux piétons et aux cyclistes.

 

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