Les Parcs et la COVID-19: 7 questions clés pour guider notre travail

19 juin 2020

Jake Tobin Garrett

La COVID-19 met plus que jamais les parcs sous les projecteurs, et accentue les opportunités et défis qui existaient déjà.

Durant cette crise, les parcs et lieux publics ont été des lieux de joie et de repos, mais aussi des lieux-sources d’anxiété, de colère et même de violence.

Ce contexte soulève des questions clés sur comment nous pouvons continuer à travailler de façon sécuritaire et responsable. Comment nous assurer que notre approche collective aide les parcs de manière inclusive, connectée et durable. La réponse à la COVID-19 demande un équilibre entre l’urgence de répondre à des besoins immédiats et l’importance de développer une réflexion sur des solutions à long terme.

Nous avons encadré chacun des points suivants avec une question susceptible de guider notre travail dans les mois à venir. Nous nous engageons à promouvoir des parcs sécuritaires et inclusifs, à travailler à améliorer les parcs, et à soutenir tous les acteurs des parcs urbains, des organisations locales aux employés municipaux, afin que nous sortions résilients de la COVID-19.

Au fur et à mesure que nous identifierons des idées et solutions prometteuses, nous travaillerons avec les membres de notre réseau canadien pour les aider à aller de l’avant. Restez donc à l’affût pour de futures échanges et publications relatives aux défis discutés ici.

Nous vous invitons à nous poser vos propres questions et à nous partager vos réflexions sur les réseaux sociaux ou par courriel.

1. Comment pouvons-nous encourager un sentiment d’appartenance tout en reconnaissant et en faisant face aux inégalités d’usage, d’accès et de sécurité des lieux publics?

Nous savons que les parcs jouent un rôle important pour favoriser un sentiment d’appartenance à une communauté dans un espace partagé. Cependant, nous savons aussi que les inégalités systémiques basées sur la race, la classe économique, le genre, l’orientation sexuelle et le handicap font que tout le monde ne se sent pas en sécurité, respecté ou bienvenu dans ces lieux partagés.

Des penseurs urbains comme Jay Pitter (lien en anglais) nous rappellent que de se concentrer uniquement sur une extension générale de l’accès aux lieux publics ne permet pas de s’attaquer aux questions sous jacentes d’équité et de justice. Alors que nous remodelons notre usage des lieux publics, nous devons nous assurer que nous n’ignorons pas les inégalités systémiques en considérant aveuglément que plus de parcs, plus de rues piétonnes et plus de terrasses seront accueillis et utilisés de la même façon par tous.

Plusieurs rapports sur l’augmentation d’actes de racisme contre les communautés asiatiques dans les rues canadiennes (lien en anglais), d’interventions policières excessives à l’encontre de personnes itinérantes assises sur les bancs publics (liens en anglais) et d’actes de racisme à l’encontre des communautés noires (lien en anglais) sont un rappel brutal que tous ne jouissent pas des parcs et des lieux publics de la même façon.

Quand, lors d’un récent samedi ensoleillé, des images d’une foule majoritairement blanche ignorant les mesures de distanciation sociale dans le parc torontois de Trinity Bellwoods ont inondé les médias, plusieurs se sont interrogés (lien en anglais): et si cela c’était passé dans un autre quartier, et si cette foule n’avait pas été majoritairement blanche, que se serait-t’il passé?

Les nouvelles réalités de distanciation physique dans les parcs imposent de nouvelles normes sociales, de nouveaux mobiliers urbains et de nouvelles règles sanitaires, tout cela sous un épais nuage complexe d’anxiété collective.

Nous avons besoin de proposer des approches équitables et inclusives pour concevoir et programmer l’espace et éduquer le public. Par exemple, les villes peuvent travailler avec des groupes et organisations communautaires déjà formés qui peuvent aider au développement de programmes taillés sur mesure pour répondre aux problématiques rencontrées sur le terrain et à la communication de lignes directrices pour un usage sécuritaire des parcs.

2. Comment s’assurer que les budgets alloués aux parcs restent importants et que les parcs et espaces publics soient considérés comme des infrastructures publiques sociales vitales pendant le déconfinement?

Nous savons que les budgets alloués aux parcs sont souvent les premiers à être diminués quand les temps deviennent durs et que les conséquences de ces coupes budgétaires sont moins évidentes que celles d’autres lieux publics importants pour les collectivités locales comme les horaires d’ouverture des bibliothèques ou des centres communautaires. Nous savons aussi que ces coupes budgétaires affectent plus particulièrement les personnes qui n’ont pas accès à un jardin privé ou la capacité de se rendre dans des parcs en dehors de leurs quartiers.

Cependant, nous savons aussi que les parcs sont des infrastructures publiques cruciales encourageant la vitalité sociale, sanitaire, environnementale et économique des quartiers et des villes. Un rôle important alors que les gens dépendent encore plus de leur parc de quartier pendant le confinement.

Alors que les conséquences sur le budget des villes se font tranquillement sentir, et que les municipalités commencent à se confronter à cette nouvelle réalité, nous allons devoir plus que jamais prôner l’importance des investissements dans les parcs et pour des programmes sécuritaires ainsi que le fait que ces éléments seront cruciaux pour la reprise à venir. Par exemple, les villes pourraient transférer une partie des fonds réservées aux loisirs et aux employés des lieux fermés vers des programmes en extérieur dans les parcs adjacents où il y a plus de places pour respecter les mesures de distanciation physique.

En plus des défis difficiles auxquels les villes font face, la pandémie de COVID-19 a mis en danger des OBNLs, comme les Amis de la montagne à Montréal, High Park Nature Centre (lien en anglais) de Toronto, et Stanley Park Ecology Society (lien en anglais) de Vancouver, impactant leurs financements et leurs activités génératrices de revenus. Les organisations sans but lucratifs de ce type sont d’importants partenaires pour les municipalités, offrant des programmes locaux et des opportunités de mobilisation. Ces organismes vont avoir besoin d’une aide renforcée.

3. Comment équilibrer les aspects de développement communautaire des parcs comme lieux de réunion et de partages sociaux avec les mesures sanitaires de distanciation physique?

Les mois de distanciation physique, et pour beaucoup, d’isolement social ont eu des conséquences sur notre santé mentale. Nous sommes conscients qu’avec les températures estivales et les annonces de santé publique indiquant qu’il y a moins de risques de contracter la maladie en extérieur, les gens vont vouloir se retrouver confortablement dehors pour se sentir à l’abri et se retrouver ensemble dans les parcs et les lieux publics. Il va y avoir une pression sur ces lieux dûe à ces foules désirant se retrouver en petit et moyen groupe.

Selon notre sondage auprès de groupes communautaires voués aux parcs du Canada, ils sont plusieurs à trouver difficile de modifier leurs événements et de restructurer leurs programmes. Ils ne savent pas non plus comment remobiliser leurs communautés pour favoriser un retour vers les parcs tout en garantissant leur sécurité. Un récent sondage mondial réalisé par Gehl Architects (lien en anglais) a mis en exergue que près de 80% des gens trouvent qu’il y a trop de monde dans leurs parcs de quartier.

Certaines villes expérimentent maintenant des stratégies de designs urbains qui rendent les mesures de distanciation physique plus claires, comme peindre des cercles dans l’herbe(lien en anglais). Changer les comportements des individus est difficile, et maintenant que les villes se déconfinement en adoptant des mesures plus nuancées pour garantir un usage sécuritaire des lieux publics, il va falloir adopter des stratégies au niveau des collectivités locales allant au delà de ces simples mobiliers urbains.

Les municipalités peuvent, par exemple, adopter des mesures ciblées (comme des permis ou des subventions) pour aider à la mise en place de nouveaux programmes plus sécuritaires au profit des jeunes et des aînés résidants dans des quartiers défavorisés où il n’est pas facile d’accéder à ces lieux et ressources.

4. Comment pouvons-nous trouver des manières créatives et rapides de répondre aux besoins d’accès aux lieux publics de façon équitable et inclusive?

Les municipalités commençaient déjà à s’intéresser aux questions de connectivité des lieux publics avant la pandémie de COVID-19, mais le besoin pour de meilleures connexions entre les quartiers à travers les villes se fait encore plus présent maintenant que la fréquence et la fréquentation des transports en communs sont réduites. Pour répondre à ce besoin de connectivité, de nombreuses villes à travers le pays ont mis en place des pistes cyclables pour permettre aux gens de mieux se déplacer en toute sécurité.

Cependant, pour un parent vivant en dehors du centre-ville et dont les terrains de jeux dans les parcs de son quartier ont fermé, l’ouverture de nouvelles terrasses de cafés ou des pistes cyclables temporaires en centre ville n’ont que peu d’intérêt. Il faut adopter une approche locale à l’échelle de chaque quartier en travaillant avec les résidents pour déterminer les besoins les plus urgents, que ce soient des lieux sécuritaires où les enfants puissent jouer, des toilettes accessibles et ouvertes à tous, des fontaines, ou plus de lieux où se promener et faire de l’exercice librement.

Comme Alissa Walker l’a défendu dans Curbed (lien en anglais), nous devons nous assurer que ces mesures créatives pour les lieux publics soient distribuées de manière équitables à travers nos villes sans ignorer les inégalités raciales et socio-économiques déjà présentes dans nos villes.

5. Comment les parcs peuvent-ils aider les politiques économiques et culturelles de chaque quartier pendant la pandémie de COVID-19?

Le rôle positif que les parcs jouent sur l’environnement et la santé mentale est connu et très bien documenté. De la même façon, les parcs ont aussi un effet positif sur la culture et l’économie locale.

Nos recherches ont démontré que les parcs sont des lieux propices au réseautage, à la génération de revenus via les cafés et les marchés, et à l’acquisition de compétences. Tout comme les équipements des parcs qui ont fermé pendant la pandémie, beaucoup de ces opportunités ont été impactées négativement par les mesures sanitaires.

Prenons l’exemple du café communautaire du Thorncliffe Park Women’s Committee (lien en anglais) installé dans le parc Burgess de Toronto fermé depuis mars dernier. Le groupe a récemment dû digitaliser son marché nocturne du vendredi, qui ne vend que des produits locaux: Eid Bazaar. De la même façon, de nombreux de marchés locaux sont en pause. Les producteurs locaux perdent ainsi une partie de leurs revenus. Les résidents n’ont plus accès à des aliments de qualité. Ils perdent par conséquent leur lieu de connexion avec leur communauté et la vie publique.

Au delà des parcs, les commerces locaux souffrent. En effet les exigences en termes de distanciation physique réduisent les capacités d’accueils des clients à l’intérieur de ses magasins et des restaurants. Ces restrictions vont aussi se faire sentir dans les bibliothèques, les centres communautaires, les lieux de cultes, et les agences de services sociaux.

Nous ne souhaitons pas que nos lieux publics soient privatisés au profit de grosses entreprises et de marques, mais nous nous devons de comprendre le rôle que peuvent jouer les parcs et les lieux publics, tout comme les rues et les places, pour favoriser le développement et la relance de l’économie locale et de la culture dans nos quartiers. Par exemple, les municipalités pourraient distribuer des permis temporaires pilots aux commerces locaux pour qu’ils puissent vendre leurs biens et services dans les rues et dans les parcs.

6. Comment pouvons-nous promouvoir un usage sécuritaire et respectueux des aires naturelles dans les parcs, tout en promouvant les bienfaits de la nature et de la biodiversité sur notre santé mentale et notre bien être?

Des décennies de recherches prouvent que la nature est bonne pour notre santé mentale et notre bien-être. Quand nous passons du temps dans la nature, nous sommes moins stressés et nous nous sentons heureux et revigorés. Comme l’indique notre prochain Rapport sur les parcs urbains du Canada, passer du temps dans une aire naturelle dont la biodiversité est préservée augmente ces impacts positifs sur notre santé.

Ces bienfaits sont d’autant plus importants lorsque les canadiens font face à une anxiété croissante: selon une étude du CAMH  (lien en anglais) ¼ des canadiens souffrent d’une forme modérée d’anxiété en ce moment.

Beaucoup de gens voient dans la nature un moyen de décompresser. Mais, un sondage mondial réalisé par Gehl Architects (lien en anglais) a montré que les gens passent plus de temps dans les parcs se trouvant à proximité de leur domicile, ce qui pose la question de l’accès équitable aux aires naturelles à haute biodiversité dans nos villes.

L’usage des parcs a augmenté de façon drastique depuis la pandémie de COVID-19, et nous remarquons que plusieurs aires naturelles sensibles sont menacées par les usagers des parcs qui marchent en dehors des chemins pour respecter les mesures de distanciation physique. Il est donc nécessaire de mieux communiquer sur les usages respectueux et sécuritaires de ces aires naturelles. Des programmes d’entretien de ces espaces mobilisant des bénévoles dans des activités comme l’arrachage de plantes envahissantes, et la plantation d’arbres vont aussi avoir besoin d’être réinventées pour que ces opportunités de connexion avec la nature continuent d’exister.

7. Comment nous assurer que les populations les plus vulnérables, comme les personnes itinérantes, ne font pas l’objet d’une marginalisation accrue dans les lieux publics pendant la pandémie, et que nous utilisons ce moment comme une opportunité de créer une nouvelle manière de partager ces espaces avec eux?

Les parcs sont des lieux d’abris, de lien social et de vie pour les personnes itinérantes. La COVID-19 a mis en exergue la crise de l’itinérance qui existait déjà dans de nombreuses villes du Canada, alors que les foyers d’accueil sont pleins, et que les personnes itinérantes préfèrent vivre dehors en l’absence d’autres lieux plus sécuritaires pour les accueillir (lien en anglais).

Même avant la COVID-19, les villes canadiennes concevaient avec difficultés que les parcs puissent être des lieux de vie pour beaucoup (lien en anglais) en adoptant une approche basée sur des contraventions et le démantèlement des camps plutôt que sur l’équité et l’inclusion.

En interrogeant des experts lors de la phase de recherche de notre Rapport à venir sur les parcs urbains du Canada, nous avons compris que la question des camps itinérants présents dans les parcs est complexe. Nous avons aussi vu que la COVID-19 a obligé les villes à ouvrir certains équipements cruciaux dans les parcs comme les toilettes et les laves-mains, comme il en a été le cas à Montréal avec des centres de jour en extérieur.

Une réponse inclusive doit changer d’optique en passant des démantèlements de camp à l’aide aux itinérants. Cela inclut de construire des partenariats avec des agences de logements qui s’emploient à trouver des solutions sur le long terme tout en s’assurant que les parcs soient bien équipés avec des installations et des services essentiels répondant aux besoins les plus élémentaires de sécurité des personnes itinérantes. Cela peut aussi inclure le développement de programmes créatifs et d’initiatives d’éducation populaire qui visent à réduire les stéréotypes.

Alors que nous continuons à travailler avec nos partenaires et avec notre réseau national pour faire avancer ces idées et ces questions, nous vous invitons à nous poser vos propres questions et à nous partager vos idées sur les réseaux sociaux et par courriel.

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