Les barres noires: Dartmouth

24 juin 2020

Clemence Marcastel

Cette réflexion écrite par Lezlie Lowe fait partie de notre série en ligne ‘Un jour au parc’, qui explore comment les parcs nous façonnent. N’hésitez pas à découvrir tous les épisodes de notre série estivale


C’était notre seconde maison, des tubes métalliques morcelés à la peinture écaillée marquants la fin de l’asphalte craquelée du parking à côté de l’immeuble. Ces barres noires n’auraient pas pu empêcher une voiture de rouler le long de cette petite colline pleine de poussières, de mauvaises herbes et de mégots de cigarettes.

 

Et elles ne nous ont jamais arrêtés non plus.

Nous, les enfants du quartier, pouvions faire peser tout notre poids sur ces barres, et nous balancer la tête la première pour en faire complètement le tour et atterrir directement sur nos pieds.

Avec nos dents du bonheur, bourrés de Freezies. Mais à nos yeux, nous étions la grâce incarnée sur ces barres. Et dans cette urbanité parfois misérable du nord de Dartmouth en Nouvelle-Écosse, c’était là que nous choisissions de faire du sport et de nous dépenser. C’était notre parc élu.

Bien sur, il y avait bien des lieux pouvant faire office de parcs: un terrain à côté de la barre d’immeuble, ou bout de gazon devenu sauvage par manque d’entretien entre l’école et la patinoire où nous recherchions de vieux numéros de Playboy abandonnés. Il y avait un terrain de jeu, aussi, aux balançoires toujours cassées, un terrain de tennis, et une structure en forme de chenille au sourire peint que nous pouvions escalader.

La chenille était terrifiante, trop grande, trop rouillée. Les terrains de tennis? Dans un quartier défavorisé de la Nouvelle Écosse des années 80. La seule utilité pour un terrain de tennis était d’offrir un lieu aux plus jeunes pour maîtriser la transition entre les tricycles et le vélo.

Alors que les barres noires?

Nous nous y balancions. Nous y naviguions. Nous étions Katarina Witt, sans patins à glaces. Nous étions Mary Lou Retton fat rolls escaping our terry cloth tube tops.

Pas de parc. Pas de problème. Nécessité fait loi.

Récemment, au plus haut de la pandémie de COVID-19, je me suis rappelée ce mantra alors tous les parcs municipaux et provinciaux étaient hors d’accès pour encourager la distanciation sociale.

Mon escapade matinale quotidienne à travers le parc haligonien en face de ma maison étant impossible, je marchais à travers les immeubles, de trop nombreux immeubles, avec mon chien.

Il n’y avait plus de parcs à chiens, plus de courses, plus de poursuites. Plus d’inspection de la cime des arbres pour voir si la famille de cardinaux était revenue. Plus de traverser des chemins de randonnées dans le parc marchant ensemble en silence sur un tapis sinueux d’épines, reniflant tous les deux.

À la place, pendant la pandémie de COVID-19, nous parcourions les trottoirs.

Nécessité fait loi.

 

 

About Lezlie Lowe – Journaliste et écrivaine basée à Halifax, Nouvelle-Écosse

Lezlie Lowe est une journaliste indépendante et professeure de journalisme basée à Halifax en Nouvelle-Écosse. Elle a reçu plusieurs récompenses pour son travail de journaliste de la part de l’Association Canadienne des Journalistes et a notamment reçu l’Atlantic Journalism Awards. Elle dispose d’un MFA en Creative Nonfiction de l’Université King’s College, où elle enseigne dans le Département de Journalisme.

No Place To Go: How Public Toilets Fail our Private Needs est son premier essai. 

 


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Cette réflexion écrite par Lezlie Lowe fait partie de notre série en ligne ‘Un jour au parc’, qui explore comment les parcs nous façonnent. N’hésitez pas à découvrir tous les épisodes de notre série estivale. 

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