Le Jardin d’Eden prend de nombreuses formes dans nos esprits et dans nos cœurs: Parc Assiniboine, Winnipeg

17 septembre 2020

Clemence Marcastel

Cette réflexion écrite par Mary Wiens fait partie de notre série en ligne ‘Un jour au parc’, qui explore comment les parcs nous façonnent. N’hésitez pas à découvrir tous les épisodes de notre série estivale.


Pour moi, le parc Assiniboine à Winnipeg représente l’un de ces jardins éternels. Ayant grandi dans une ferme au Manitoba, voir des espaces à perte de vue était tout aussi naturel pour moi que de respirer. Toutefois, ces paysages façonnés par la main de l’homme et constitués de champs labourés et cultivés s’apparentaient au monde du travail. Mais, à une heure de route en voiture de chez nous, le parc Assiniboine à Winnipeg, appartenait à un autre monde.

Avec ses vastes étendues de gazon bien tondu traversées par des sentiers légèrement sinueux, il s’apparentait davantage aux loisirs. Les sorties en famille dans le parc avec mon grand-père et une flopée de cousins, d’oncles et de tantes prenaient des airs de dignité et d’élégance. Mes tantes apportaient des couvertures et des paniers à pique-nique remplis de sandwiches garnis de salade aux œufs, ainsi que de carrés à la rhubarbe, de thermos de café et de limonade dans des pots Mason enroulés dans des chiffons pour les garder au frais. À une heure de route de chez nous, nos mères respectives devaient avoir planifié soigneusement cette sortie en ville après la messe du dimanche.

La mère de Mary Wiens dans le parc Assiniboine de Winnipeg

Mais je ne me souviens pas de ces préparatifs. Ce dont je me souviens, c’est la grande pelouse bien tondue qui s’étendait devant nous lorsque nous arrivions au parc et la vue sur le Pavillon au loin.Le Pavillon. Même ce mot était magique pour moi. Tous les autres pavillons n’étaient que de pâles copies du pavillon grandiose que j’admirais au parc Assiniboine.

Construit en 1930, le Pavillon sera le dernier édifice public de ce genre, la Grande Dépression mettant un terme à ce mouvement de générosité. Entre cottage de style Tudor et pavillon, cette demeure caractérisée par son toit à pignon fortement incliné, ses colombages et ses pergolas illustre le summum du raffinement du parc Assiniboine.

Le zoo situé dans le parc n’est pas non plus dépourvu d’attraits. Construit en 1904, il avait pour vocation de montrer certaines espèces animales endémiques. Au fil des années, il a bénéficié de plusieurs extensions. L’ayant visité enfant dans les années 1960, il comptait désormais un abri pour les singes, une maison tropicale et des dizaines d’enclos répartis sur plus de 32 hectares. Cependant les animaux qu’ils renfermaient, comme les canards, les porcs-épics, les gazelles, les buffles et les singes, ne constituaient que la première partie du spectacle qui nous attendait et mettait en vedette les véritables stars du parc : les ours polaires.L’enclos des ours polaires, endroit le plus prisé du parc, a été érigé en 1967.

Wyman Laliberte, Parc Assiniboine (1967)

Dévoilé à l’occasion du Centenaire du Canada, cet espace exhibait d’énormes ours polaires s’ébattant et plongeant dans des piscines stylées peintes d’un blanc immaculé. Mon imagination aurait-elle ajouté des nuances imaginaires de turquoise à ce tableau? Le pelage mouillé des ours scintillant sous le ciel bleu des prairies ainsi que les piscines turquoises nous donnaient l’impression que ces animaux, tout comme nous, arrivaient de contrées lointaines pour passer des vacances en banlieue. S’intégrant parfaitement dans le style Mid-century modern de leur environnement, le corps épuré de ces animaux se prolongeait subtilement par une petite tête et un museau effilé.

Pendant ces dimanches d’été ensoleillés, nous terminions la journée en nous rassemblant une dernière fois autour des paniers à pique-nique – les glaçons des pots Mason ayant fondu depuis longtemps – avant de nous regrouper dans les voitures de nos pères respectifs. Pour les fermiers que nous étions, la traite des vaches et les tâches agricoles nous obligeaient à nous lever à 6 h du matin. Nous reprenions donc la route en fin d’après-midi, le regard transperçant le pare-brise arrière de la voiture, en laissant s’éloigner le parc resplendissant encore sous les rayons du soleil.

À 17 ans, j’ai quitté la ferme pour commencer mon premier emploi à Winnipeg. J’ai vécu à Wolseley, un quartier où l’on pouvait trouver des appartements bon marché à louer au deuxième étage de petits immeubles à la peinture extérieure défraîchie. Après avoir passé les demeures imposantes et les arbres majestueux de Wellington Crescent, il ne me fallait que 20 minutes en vélo pour rejoindre le parc Assiniboine.

À Winnipeg, où rien n’est jamais trop beau ou trop ostentatoire, j’ai commencé à m’éveiller à la culture. Un soir d’été, je me souviens d’avoir assisté à mon premier ballet dans le parc Assiniboine. Le Pavillon servait de toile de fond aux spectacles donnés gratuitement par la compagnie de ballet de Winnipeg et auxquels assistaient des milliers de personnes chaque année.

Quarante ans plus tard, je continue d’aller voir le spectacle de ballet appelé Rodéo : une œuvre contemporaine et légère, créée par la chorégraphe Agnès de Mille, orchestrée par Aaron Copeland et avec des danseurs portant des bottes de cowboy et des vestes à franges. Dans le cadre d’une rétrospective célébrant la 80ème saison de la compagnie, Rodéo devait faire partie des spectacles programmés pour la saison 2020, mais il a malheureusement dû être annulé à cause de la pandémie.

Aujourd’hui, je vis à Toronto, à seulement quelques minutes à pied de High Park, dans l’ouest de la ville. Nous devons ce parc à John Howard, un architecte philanthrope de Toronto, qui en a fait jadis cadeau à la ville. Pendant ma vie, j’ai eu la chance de profiter de la verdure non pas d’un, mais de deux grands parcs. Toutefois, c’est le parc Assiniboine à Winnipeg qui m’a appris en premier – à moi et à bien d’autres générations d’enfants – à apprécier la magnificence, la générosité et la dignité qu’offrent les espaces publics financés par les municipalités, et à voir les pavillons d’été comme des miracles d’architecture.

 

À propos de Mary Wiens 

Mary Wiens est journaliste et productrice récompensée qui peut être écoutée tous les matins dans la matinale la plus écoutée de CBC Radio, Métro Morning, sur 99.1 FM à Toronto. 

Les travaux journalistiques de Mary vont d’une série avant-gardiste sur les transports comme ‘Joyless Commute’ (La Navette Joyeuse) sur la fatigue émotionnelle de la navette quotidienne, vers une une série explorant l’absence des pères intitulée “Fathering Change: Strengthening the role of Black fathers” (La paternité changeante: le renforcement du rôle des pères Noirs). 

Ses articles ont reçu de nombreuses récompenses régionales et nationales de la RTDNA Canada, l’Association des Journalistes Numériques, ou la récompense internationale Gabriel pour sa série de Métro Morning, “Stolen Children” (Les enfants volés), sur l’infâmes système des pensionnats. 

L’affection profonde que Mary porte à Toronto s’exprime dans son travail de volontaire communautaire. En tant que membre fondateur de Roncesvalles Renewed et RoncyWorks, elle a reçu la médaille Queen’s Diamond Jubilee qui récompense les projets locaux qui aident à construire le sens et l’engagement citoyen. 


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Cette réflexion écrite par Mary Wiens fait partie de notre série en ligne ‘Un jour au parc’, qui explore comment les parcs nous façonnent. N’hésitez pas à découvrir tous les épisodes de notre série estivale.

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