Hamilton, Ontario. 1897. Les cyclistes locaux ou « conducteurs à deux roues » réclamaient une piste cyclable du centre-ville au secteur riverain. On a tracé un parcours en diagonale dans le plan quadrillé des rues, qui suivait la conduite d’eau souterraine installée en 1850 et transportant chaque jour trois millions de litres d’eau puisés dans le lac Ontario vers un réservoir sur l’escarpement du Niagara.

Deux années plus tard, soit en 1899, les cyclistes ont fêté l’ouverture de leur piste en gravier par une grande procession à vélo.

Dans les décennies suivantes, la ville de Hamilton a évolué et malheureusement, la vision définie pour le Pipeline Trail est peu à peu tombée dans l’oubli.

Même si les habitants de Hamilton ont continué d’utiliser des sections de la piste discontinue de 6 km pour la marche ou le vélo, le sentier était loin d’être un parc linéaire reliant quatre quartiers différents de Hamilton.

C’était avant qu’Elizabeth Seidl et ses voisins prennent les choses en main.

Elizabeth et ses voisins ont formé l’équipe de planification du Pipeline Trail, groupe de bénévoles qui se consacre à l’amélioration de cet espace vert particulier à Hamilton.

Quand j’ai découvert le Pipeline Trail pour la première fois, je ne connaissais ni son histoire ni son importance; c’était un sentier de banlieue quelconque et inintéressant. Je ne le voyais pas comme aujourd’hui, c’est-à-dire un espace présentant d’énormes possibilités.

En quelques années à peine, l’équipe a convaincu la Ville d’établir et de commencer à mettre en œuvre un plan directeur pour le Pipeline Trail prévoyant des investissements de 4 millions de dollars dans les infrastructures du parc. Des défilés et des corvées de nettoyage ont été organisés, des jardins ont été aménagés et des relations importantes avec les organismes sans but lucratif et les fonctionnaires municipaux qui partagent la vision de l’équipe ont été tissées. Autrement dit, cette équipe a rapproché une collectivité de sa ville pour exploiter pleinement le potentiel de ce joyau caché.

Comment est-elle parvenue à un tel résultat en si peu de temps? Et que peut-elle nous apprendre pour faire décoller les initiatives gérées par la collectivité? Elizabeth a partagé son histoire avec Park People et fourni des conseils.

 

Démarrage

“J’avais entendu parler depuis quelque temps de l’équipe de planification Crown Point (l’une des équipes de planification de la collectivité de Hamilton qui établissent et mettent en œuvre des plans d’action pour leur quartier), mais je suis une personne timide de nature. Il faut croire que j’en ai eu assez de rester en arrière. On n’a rien à perdre en tissant des liens dans la collectivité.

Et à Hamilton, on a l’impression que tout est possible: on trouve même un T-shirt avec l’inscription You can do anything in Hamilton (tout est possible à Hamilton)! On peut obtenir de petites subventions et les équipes de planification de quartier sont de minuscules pépinières à idées où l’on peut travailler avec des gens qui pensent comme nous. C’est donc plus facile de participer.”

Susciter l’enthousiasme

” L’organisateur communautaire et un autre membre de longue date de l’équipe de planification Crown Point ont déblayé le terrain en me conseillant et me mettant en relation avec d’autres personnes intéressées par mon projet.

Le premier printemps, j’ai dirigé une promenade de Jane. C’était ma toute première initiative en solo et tout un défi. Mais j’ai rencontré une dame qui organisait ce type de promenades et je me suis dit : qu’est-ce que j’ai à perdre?

Un certain nombre de personnes se sont présentées. La Ville venait d’embaucher Jason Thorne au poste de directeur général de la planification et du développement économique et devinez qui est venu à ma promenade de Jane? Il nous a toujours soutenus, depuis le tout début.

Peu de temps après, j’ai effectué un sondage en ligne et en personne dans le quartier pour recueillir des idées pour le sentier. Cette activité m’a aussi aidée à recruter d’autres bénévoles intéressés. Ensuite, j’ai organisé une réunion dans mon jardin. Huit personnes sont venues, et nous avons décidé d’organiser un défilé et d’improviser un parc dans le terrain de stationnement sur Kenilworth Avenue.

Nous avons demandé une petite subvention par l’entremise de notre équipe de planification de quartier. En même temps, nous avons fait une demande pour obtenir une subvention plus importante à la Hamilton Community Foundation. Nous avons décidé de l’utiliser pour créer un jardin pollinisateur et ajouter quelques bancs, des éléments le plus souvent demandés dans le sondage.

Nous devions nous associer à un organisme de charité pour pouvoir demander la subvention. Les organismes Hamilton Naturalists’ Club et Environment Hamilton se sont tous deux joints à nous. Un soir, je suis tombée sur leur blogue à propos de leur projet de paradis pollinisateur et je l’ai envoyé par courriel à Jen Baker. Elle a pensé que le sentier était l’endroit idéal pour aménager un jardin pollinisateur.

Nous avons créé et conçu le jardin en équipe. Notre groupe compte un maître jardinier, qui a dirigé le processus de conception. Nous avons également travaillé étroitement avec les fonctionnaires municipaux pour régler les problèmes de lignes de visibilité et de sécurité.

Il a fallu créer un groupe de personnes responsables de l’entretien du jardin et nous avons donc mis sur pied un groupe Adoptez un parc, à savoir le Crown Point Garden Club, distinct de l’équipe de planification du Pipeline Trail. Le Garden Club s’occupe aussi d’organiser une vente de plantes annuelle et entretient d’autres jardins publics du quartier.”

group of people gathered in open green space

Assumer un rôle de leader

“Je me vois principalement comme l’organisatrice – l’agent de liaison, le promoteur. J’assume des fonctions différentes selon les circonstances, tout comme les autres membres de l’équipe – nous avons chacun nos points forts. J’essaie toujours de revenir à notre objectif fondamental, qui est de réaliser notre énoncé de vision. Nous avons défini cette vision ensemble et je m’assure que tout ce que nous faisons respecte cette vision.”

Susciter la participation des citoyens

Il est important de participer aux réunions, de savoir ce que les gens pensent et ce qu’ils voudraient. Et il faut organiser beaucoup d’activités. Je me sens fatiguée quelquefois, mais au fil des années, l’équipe est devenue plus solide. Le nettoyage après les activités se fait facilement et plus nous organisons une activité souvent, plus elle devient facile. Mes compétences en gestion de projet se sont améliorées au fil des ans.

L’apprentissage et l’utilisation des médias sociaux en notre faveur se sont aussi avérés un net avantage. J’ai même essayé de payer une annonce du défilé sur Facebook l’année dernière.

Un sondage effectué au bon moment peut vraiment constituer le point de départ d’une discussion plus générale et inciter les gens à apporter leur aide. Le premier sondage m’a mis en relation avec des personnes qui font toujours partie de mon équipe.

La McMaster School of Nursing offre un cours en collaboration avec les équipes de planification communautaire. Nous avons la chance d’en profiter, car nous sommes un quartier « code rouge ». La collectivité choisit les sujets de recherche. Lors d’une année donnée, le potentiel piétonnier était à l’étude tandis qu’une autre année, on a examiné les conséquences socioéconomiques de la revitalisation du Pipeline Trail. L’étude sur le potentiel piétonnier a permis de déterminer que le sentier était un bien du quartier dans lequel il fallait investir. Les présentations communautaires m’ont quant à elles permis de recruter d’autres personnes dans mon équipe.

Dans l’ensemble, il suffit d’être actif : des mises au point régulières ravivent l’enthousiasme.

Se remettre des revers

Les consultations communautaires sur le plan directeur ont posé quelques difficultés. Le taux de participation était faible, et le processus n’était pas aussi efficace qu’il aurait pu l’être. À part notre groupe, peu de personnes se sont présentées.

Nous nous sommes ensuite regroupés et sommes allés marcher dans différents quartiers. Nous avons demandé aux gens s’ils avaient entendu parler des réunions et du projet.

La dernière présentation du plan directeur s’est beaucoup mieux déroulée. Elle a eu lieu un samedi au Musée de la vapeur et de la technologie et a été organisée comme une activité familiale où de la nourriture était servie. Tout le monde était de bonne humeur et la présentation a été couverte par le Hamilton Spectator.

Plus tard, nous avons reçu une lettre d’un riverain du sentier qui se sentait lésé par le développement prévu dans le plan directeur. Il s’inquiétait de l’accès à son garage par une allée. D’autres craignaient aussi de perdre des places de stationnement près du sentier.

C’était frustrant de prendre connaissance de ces préoccupations après le processus de consultation sur le plan directeur auquel ces personnes auraient pu participer. Mais comme nous ne pouvons régler ces problèmes nous-mêmes, nous continuons d’insister sur les avantages que le sentier apportera à tout le quartier.

Travailler avec les décideurs

Associez-vous à des organismes qui pensent comme vous, comme nous l’avons fait avec les organismes Environment Hamilton et Hamilton Naturalists Club : vous gagnez de la crédibilité parce qu’ils sont bien établis et en rapport constant avec la Ville. La Ville vous prend ensuite plus au sérieux parce que ces groupes existent depuis des années et qu’on les écoute.

Établissez une relation solide avec votre conseiller municipal. Notre conseiller a fait accélérer les choses bien plus que je ne l’aurais imaginé. Le premier été, il a fait adopter une proposition pour l’établissement du plan directeur. Il a prêté main-forte en demandant aux organismes environnementaux de le rencontrer. L’équipe de planification Crown Point avait aussi inclus le Pipeline Trail dans son plan communautaire. Notre conseiller en avait entendu parler depuis quelques années par de multiples interlocuteurs et il devait réagir.

Observer les conséquences de son travail

La conséquence la plus importante de mon travail a été le maintien de l’enthousiasme, mais il est aussi possible d’observer des réalisations concrètes comme les jardins et les bancs. Pendant les activités, comme les corvées de propreté, que nous organisons deux ou trois fois par année, les citoyens constatent que nous nous amusons et nous voyons les gens utiliser le sentier. On nous remercie toujours quand on nous voit travailler sur le sentier.

Par ailleurs, nous avons augmenté notre visibilité : par exemple, Park People connaît maintenant le Pipeline Trail!

Avantages personnels du bénévolat

Le projet du Pipeline Trail m’a changée. Il m’a ouvert des portes dans le quartier et m’a permis d’acquérir des compétences et de la confiance. Il m’a même aidée dans ma profession.

Je travaille dans le domaine de la vente comme décoratrice et il est important de pouvoir articuler sa vision pour acquérir de nouveaux clients. Je me suis rendu compte que la vente, c’est en fait raconter une histoire, comme raconter l’histoire du Pipeline Trail. Grâce à mon travail sur le sentier, j’ai plus confiance en ma capacité de raconter une histoire qui intéresse les gens et les amène à participer.

Je n’aurais jamais pu imaginer mon parcours actuel, et je ne peux pas aujourd’hui imaginer faire autrement.

Je veux établir un plan de relève pour que plus tard, quand je ne serai plus là, quelqu’un puisse éventuellement prendre ma place. Ce groupe sera suffisamment solide pour que quelqu’un d’autre prenne la relève.

Quelles sont les activités à venir pour le Pipeline Trail?

Nous planifions actuellement le défilé de cette année, grâce aux fonds accordés par la Ville dans le cadre du 150e anniversaire du Canada. Nous organisons le défilé à la tombée de la nuit avec le Hamilton Regional Indian Centre. Nous voulons que ce défilé soit le plus inclusif possible, et nous voulons que les Autochtones y participent.

Il est essentiel d’attirer un nouvel organisme chaque année pour élargir notre base de soutien.

Nous recevrons aussi une subvention du Conseil des arts de l’Ontario pour financer une série d’ateliers visant à déterminer le type d’art communautaire que nous pourrions exposer le long du sentier.

Nous avons également reçu des fonds pour aménager un autre jardin pollinisateur sur l’autre partie piétonne du sentier. Un organisme d’habitation sans but lucratif appelé Indwell possède un édifice sur le sentier, et nous espérons travailler avec les locataires pour planter et entretenir un jardin et les faire participer aux ateliers d’art communautaire.

Le Pipeline Trail en 2025

Quand vous visiterez le sentier en 2025, des gens de tous âges l’utiliseront : enfants, cyclistes, promeneurs, jeunes parents avec leur bébé dans la poussette et personnes plus âgées. Il y aura plus d’endroits pour flâner, s’asseoir ou jouer. Le revêtement aura été refait, le sentier aura été nivelé et les rues qui le traversent seront plus sécuritaires pour tous, y compris les piétons et les cyclistes. Nous espérons aussi qu’il y aura moins de circulation grâce au système léger sur rail.

« Il y aura des panneaux indicateurs, plus d’arbres et de jardins et plus d’art. J’espère que le sentier sera jalonné d’œuvres d’art publiques et communautaires, notamment des bannières, des clôtures peintes ou des sculptures.

Cinq leçons à retenir du projet Pipeline Trail

  1. Battre le fer pendant qu’il est chaud en organisant régulièrement des activités et en faisant le point.
  2. Utiliser de nombreuses méthodes différentes de sensibilisation : faire des essais!
  3. Constituer un groupe diversifié de promoteurs de votre parc.
  4. Définir une vision commune pour garder le cap (et rappeler à l’ordre ceux qui dérivent).
  5. S’assurer que le projet est durable et prévoir sa survie si vous ne deviez plus en être responsable.
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