La série Solutions pour les parcs de Park People explore les défis que les parcs urbains au Canada doivent relever et les occasions que ceux-ci doivent saisir en proposant des histoires inspirantes, des pratiques exemplaires et des stratégies essentielles pour aller de l’avant.

Flood impacts in Calgary. Photo by James Tworow (Flickr CC)Conséquences de l’inondation de 2013 à Calgary. Photo de James Tworow (FlickrCC).

Les changements climatiques comme source de phénomènes météorologiques extrêmes et de répercussions sur les villes canadiennes

C’est devenu un phénomène urbain familier. Pluies abondantes, crues brutales, élévation du niveau des eaux qui entraînent l’inondation des parcs, des rues et des maisons. Les changements climatiques provoquant des phénomènes météorologiques extrêmes – aussi bien des périodes de chaleur et de sécheresse que de pluie abondante – il est capital d’aménager les milieux urbains de façon à en réduire les conséquences. Selon un expert, le climat de Toronto sera « plus chaud, plus pluvieux et plus fou » à cause des changements climatiques[i]. On s’attend à des étés plus secs et à des hivers plus pluvieux à Vancouver[ii].

Il suffit d’examiner les cinq dernières années pour le constater. En juillet 2013, la région du Grand Toronto a connu sa tempête la plus violente en 60 ans : 126 mm de pluie sont tombés en deux heures, faisant déborder les systèmes d’égout pluvial – les tuyaux de drainage, les canalisations, les conduites, et les canaux construits pour acheminer l’eau vers les installations de traitement – et causant l’inondation des routes, des voies de chemin de fer et des sous-sols. Les dommages se sont élevés à 1 milliard de dollars[iii]. On note aussi des répercussions négatives sur la santé des citoyens et des écosystèmes.

Toujours en juillet 2013, Calgary a reçu des pluies abondantes qui ont causé la crue des rivières de la ville, notamment la rivière Bow, inondant les quartiers et entraînant des ordres d’évacuation et plusieurs décès. Cette situation a été abordée en profondeur dans un rapport précédent de Park People, La ville verte, rédigé par le professeur Bev Sandalack de l’Université de Calgary. Elle y préconise une approche du paysage pour planifier les parcs qui tient compte des services écologiques fournis par les parcs et les améliore[iv].

Cette année, Toronto a subi de nouveau les effets des changements climatiques. Les pluies torrentielles et fréquentes du printemps et le niveau d’eau élevé du lac Ontario ont entraîné la fermeture de la très populaire île de Toronto à cause des inondations,une situation pénible pour bien des habitants de la ville. La pluie a aussi créé de grandes mares d’eau stagnante dans de nombreux parcs et réduit les plages des zones riveraines. Cette année, des régions du Québec, notamment les secteurs de Montréal et de Gatineau, ont également été inondées à la suite de fortes pluies, qui ont submergé les rues et causé des dommages aux maisons[v].

Les inondations causées par les pluies abondantes entraînent des dommages visibles, mais elles ont aussi un effet moins évident. Dans de nombreuses villes, les réseaux d’eaux usées et d’eaux pluviales ne font qu’un. Quand le réseau est incapable d’absorber les fortes pluies, les eaux usées partiellement traitées et les eaux pluviales sont rejetées dans les cours d’eau pour délester le système et prévenir son inondation[vi]. C’est ce qu’on appelle un déversoir d’orage. De nombreuses villes travaillent activement à atténuer ce problème en investissant dans de nouvelles infrastructures d’eau pluviale qui réduisent la quantité d’eau entrant dans le système, car ces déversements provoquent des dommages environnementaux et menacent la qualité de l’eau.

Mais quel est le lien avec les parcs?

 

Se prémunir des changements climatiques en dotant sciemment les parcs d’ infrastructures résilientes

Les parcs sont essentiels pour augmenter les habitats naturels dans les villes, fournir des espaces récréatifs et sociaux et améliorer notre bien-être mental et physique; ces avantages ont été expliqués plus en détail dans de récents rapports des organismes Toronto Public Health [vii] et Park People[viii]. Mais en tant que principaux aménagements paysagers dans nos milieux urbains, les parcs sont aussi des éléments essentiels de l’infrastructure de gestion des eaux de ruissellement.

Les espaces verts contribuent à absorber et à filtrer la pluie. Sans eux, l’eau ruisselle sur des surfaces à revêtement dur comme les routes pavées, pour aboutir dans les égouts pluviaux et se retrouver finalement dans les cours d’eau – avec les déchets, les bactéries et autres polluants recueillis au passage. Les terrains absorbants, comme les parcs, peuvent réduire le ruissellement de 8 à 10 fois, comparativement à des surfaces comme les routes ou les stationnements[ix].

Toutefois, tous les parcs n’absorbent pas la pluie simplement parce qu‘il s’agit d’espaces verts. Dans les parcs, la terre peut être très compacte en raison de l’utilisation – par exemple, les joueurs de soccer qui vont et viennent sur le terrain – ce qui diminue la quantité d’eau pouvant être filtrée par le sol.

Il existe une solution. Nous pouvons concevoir les parcs et espaces publics comme des éponges, ou dotés des matières ayant la capacité d’absorption de l’éponge, en utilisant l’infrastructure verte pour les aider plus efficacement à capturer, à retenir et à traiter l’eau de pluie. Ces installations contribuent à rafraîchir les villes grâce à l’ombre naturelle et à l’évaporation de l’eau des arbres et des plantes, à réduire les inondations et, en fin de compte, à créer des villes qui offrent une meilleure résilience face aux changements climatiques.

Essentiellement, l’idée qui sous-tend l’infrastructure verte consiste à aménager des espaces copiant ou améliorant la capacité de la nature à ralentir le ruissellement de l’eau de pluie, à l’absorber et à la filtrer au lieu de l’évacuer le plus vite possible dans un réseau de canalisations souterraines par des drains et qu’on désigne souvent par infrastructure « grise ». L’infrastructure verte dans les parcs peut comprendre la revitalisation des cours d’eau cachés, les jardins de pluie et les milieux humides qui filtrent les polluants et retiennent l’eau ou acheminent celle-ci vers des réservoirs souterrains.

Le moindre projet a son importance. Un projet de démonstration d’infrastructure verte à Mississauga le long d’Elm Drive a réduit la quantité d’eau entrant dans le réseau d’eau pluviale de 30 % pendant de fortes pluies en juillet 2013[x]. En réduisant la quantité d’eau déversée dans le réseau, le projet a diminué les risques de surcharge.

De nombreuses villes intègrent directement l’infrastructure verte dans la planification des mesures de résilience aux changements climatiques pour être en mesure de faire face aux intempéries. Le nouveau plan de gestion des eaux pluviales de Vancouver fait valoir qu’« à mesure que le climat et les modèles de précipitations changent, l’infrastructure verte, de concert avec le réseau d’eau pluviale, permettra d’offrir de meilleurs niveaux de service d’un bout à l’autre du spectre des précipitations, maintenant et dans l’avenir. »[xi]

Éléments d’infrastructure verte courants dans les parcs et l’espace public

 

Bioswale. Photo by Aaron Volkening (Flickr CC)Rigole de drainage. Photo par Aaron Volkening (FlickrCC).

 

Jardin de pluie. Dépression remplie de végétation, d’arbres et de pierres qui recueille et retient l’eau de pluie, qu’on récupérera pour arroser les plantes et pour la laisser s’infiltrer dans le sol. Un jardin de pluie peut être aménagé dans des endroits stratégiques au sein d’un parc ou sur le bord des routes, et être alimenté par un drain recueillant les eaux de pluie. La ville de New York a investi des sommes importantes pour aménager des jardins de pluie dans le cadre de son plan général d’infrastructure verte, avec pour avantage l’embellissement des rues et l’amélioration du verdissement urbain.

Bassin de gestion des eaux pluviales. Secteur désigné pour contenir l’eau pendant de fortes pluies. Il peut être humide ou sec. Un bassin de rétention humide, à l’instar d’un milieu humide, est conçu pour toujours contenir l’eau, tandis qu’un bassin de rétention sec, comme un terrain de basketball ou un terrain de jeu, vise à recueillir et à retenir l’eau uniquement pendant les tempêtes.

Revitalisation des cours d’eau cachés. Pratique consistant à remettre au grand jour les cours d’eau canalisés et à les revitaliser. Par exemple, à Vancouver, on travaille actuellement sur un projet de « création d’un cours d’eau écologiquement diversifié » dans les parcs Tatlow et Volunteer qui se déversera dans la baie des Anglais[xii].

Rigole de drainage. Dépression ou fossé peu profond, quelquefois rempli de végétation et de pierres, qui évacue l’eau de pluie vers un drain, un plan d’eau ou un bassin de rétention comme un réservoir souterrain ou un bassin à ciel ouvert. 

Aire de biorétention pour le stockage. Aire souterraine de traitement et de stockage des eaux de pluie qui recourt à des  sols conçus pour retenir et absorber l’eau. Elle peut servir à créer des conditions favorisant la croissance d’arbres sains, grâce à des structures alvéolaires pouvant supporter le poids du pavage qui les surplombe.

 

 

Model

Image by Schollen & Company

 

Pavage perméable. Pavage favorisant l’infiltration de l’eau dans le sol au lieu de la faire ruisseler, notamment des matériaux comme le béton poreux et les pavés emboîtables en béton perméable. Une étude a révélé que le pavage perméable est utile en hiver, car il permet à l’eau de fonte de s’infiltrer, ce qui réduit la quantité de glace sur la route[xiii]. Autre avantage, ces solutions de pavage sont aussi conçues pour alimenter les aires de biorétention souterraines afin de fournir de l’eau aux arbres et aux secteurs végétalisés.

Les multiples avantages de l’infrastructure verte

L’infrastructure verte présente des avantages multiples et sur plusieurs plans, contrairement à l’infrastructure grise, qui ne joue qu’un seul rôle, à savoir transporter l’eau dans une canalisation[xiv]. L’infrastructure verte peut :

  • remplir d’importantes fonctions environnementales. Elle diminue entre autres les eaux de ruissellement, améliore la qualité de l’eau, atténue et prévient l’érosion et purifie l’air. Elle peut aussi réduire les îlots de chaleur dans les villes en augmentant les espaces verts qui n’absorbent pas la chaleur comme les surfaces à revêtement dur, ce qui se traduit par un important effet rafraîchissant dans les villes pour contrer la montée des températures causée par les changements climatiques;
  • améliorer et intensifier le verdissement et les habitats urbains. L’infrastructure verte peut comprendre des plantes indigènes qui fournissent l’habitat et la nourriture dont les insectes pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons, et d’autres animaux sauvages menacés ont besoin, et contribuer à promouvoir la biodiversité urbaine et des écosystèmes en meilleure santé;
  • créer des lieux de rencontre communautaires et des espaces récréatifs. L’infrastructure verte peut multiplier le nombre d’espaces publics et de zones récréatives dans les villes. Ces projets peuvent améliorer les parcs existants, mais aussi fournir l’occasion d’aménager de nouveaux espaces verts et de nouvelles places publiques dans des endroits sous-utilisés comme les routes ou les terre-pleins;
  • générer des économies. En réduisant les dépenses en infrastructures coûteuses comme les canalisations, l’infrastructure verte peut contribuer à générer des économies. Par exemple, la ville de Copenhague a estimé que la gestion des eaux de pluie par l’infrastructure verte représentait, à long terme, la moitié du prix de l’infrastructure grise traditionnelle utilisée seule[xv];
  • créer des routes plus sécuritaires. Quand elle est comprise dans les mesures de modération de la circulation, comme les terre-pleins et les avancées de trottoir qui augmentent l’espace réservé aux piétons ou créent des pistes cyclables distinctes, et qu’on dote ces éléments de surfaces à planter, l’infrastructure verte peut aider à ralentir les voitures et à améliorer la sécurité[xvi]. Le document Complete Streets Guidelines de la ville de Toronto, par exemple, contient une section sur l’infrastructure verte.

 

Bikes and green infrastructure_NACTO

Le vélo et l’infrastructure verte. Image tirée de NACTO

 

L’espace Raindrop Plaza à Toronto illustre bien les avantages multiples des projets d’infrastructure verte. Constituant le projet pilote Green Streets et intégrant les nouvelles lignes directrices techniques en matière de rues vertes de la ville, ce projet de 2018 transformera une large voie permettant de tourner et un terre-plein en un nouvel espace perméable avec jardins de pluie. Cet aménagement récupérera les eaux de ruissellement de la rue par une rigole de drainage peu profonde conçue pour mettre en valeur les nombreuses rivières de Toronto qui ont été enfouies quand la ville a été développée. Il servira à recueillir les eaux de pluie pour arroser les arbres qui sont sur place grâce à des aires de biorétention aménagées avec des structures alvéolaires sous le pavage perméable. Ce projet permettra à la ville de créer un nouvel espace vert communautaire, d’accroître la superficie des habitats naturels, de fournir des occasions d’en savoir plus sur les systèmes écologiques et, bien sûr, de réduire les eaux de ruissellement. En fait, une analyse coûts-avantages effectuée pour la Ville de Toronto par le Carleton Centre for Community Innovation de l’Université de Carleton a chiffré les avantages à plus de 200 000 , soit presque le tiers des frais de construction globaux[xvii].

 

Rendering by Schollen & Company

Raindrop Plaza. Image tirée de Schollen &Company.

 

Naturellement, l’infrastructure verte comporte aussi son lot de défis. Voici certains des principaux aspects à prendre attentivement en considération :

  • grande préoccupation pour l’entretien. On craint souvent que les frais d’entretien de l’infrastructure verte soient plus élevés que ceux d’un espace vert traditionnel en raison de la formation spéciale qui serait requise. Mais une étude réalisée par l’organisme Credit Valley Conservation a révélé que lorsque le personnel du parc participait au processus de sélection des plantes pour les projets d’infrastructure verte, les exigences d’entretien se comparaient à celles de l’aménagement d’un espace vert traditionnel[xviii];
  • équilibrer les besoins des utilisateurs du parc. Les éléments d’infrastructure verte, comme les jardins de pluie et les milieux humides, exigent de l’espace au sein des parcs, une ressource souvent très limitée en ville. Il est important d’établir des plans équilibrés et de réfléchir à des utilisations doubles, par exemple, des terrains de soccer et des cuvettes de planche à roulettes pouvant également servir à stocker l’eau de pluie en cas de tempête;
  • nouveaux programmes de surveillance et d’évaluation requis. Certains parcs comprennent des éléments d’infrastructure verte pour recueillir uniquement la pluie qui tombe dans le parc, tandis que d’autres sont dotés de systèmes spéciaux qui détournent l’eau des rues avoisinantes. Il est important de déterminer l’efficacité de ces espaces, notamment la quantité d’eau que le parc peut absorber et le niveau d’entretien requis.

Cinq mesures que les villes canadiennes peuvent prendre pour améliorer l’infrastructure verte dans les parcs

 

1. Intégrer l’infrastructure verte, si possible, dans le réaménagement et la construction de parcs et d’espaces publics

 

Corktown Common. Photo by Jake Tobin Garrett

Corktown Common. Photo de Jake Tobin Garrett

 

L’infrastructure verte doit être intégrée de façon plus systématique dans la planification et la conception des parcs afin qu’on puisse examiner les possibilités dès le départ, à la fois pour les réaménagements et les constructions de parc;t il faut par ailleurs prévoir des ententes ou des fonds pour l’entretien courant, plutôt que d’y réfléchir après coup. On s’assure ainsi que les éléments d’infrastructure verte sont intégrés dans la conception et peuvent en fait devenir des attraits et des installations récréatives du parc.

Dans une entrevue avec la National Parks and Recreation Association, Andy Frank, ingénieur écologue du Montgomery County dans le Maryland, a déclaré : « Tous les organismes ont des parcs et des installations qu’ils doivent rénover ou mettre à niveau, et chaque nouveau projet de parc présente des possibilités d’intégrer la gestion verte des eaux de pluie au tout début. En fait, plus tôt elle est intégrée au projet, plus c’est facile et moins c’est cher. »[xix]

Prenons l’exemple du parc Corktown Common à Toronto. Les enfants qui jouent dans l’aire de jeux d’eau du parc ou les gens qui pique-niquent sur l’herbe ne savent peut-être pas qu’il sont en fait sur une berme de protection contre les inondations conçue pour protéger les zones plus basses de la ville situées du côté ouest du parc des inondations de la rivière Don, qui se trouve à l’est. Ce parc est un espace vert magnifique, complexe et riche, avec une biodiversité et des aménagements spectaculaires, notamment des sentiers sinueux, des jeux d’eau et un milieu humide[xx]. Mais ces caractéristiques sont aussi fonctionnelles, car elles contribuent à recueillir et à filtrer l’eau de pluie, qui est ensuite traitée par rayonnement ultraviolet et stockée dans des réservoirs souterrains pour être utilisée pour l’irrigation[xxi].

Le plan de réaménagement du Bowmont Natural Environment Park de Calgary a pour objectif d’intégrer l’infrastructure verte dans le parc pour protéger la rivière Bow, qui a causé de graves inondations lors de la tempête de 2013. « L’emplacement du parc dans la plaine d’inondation offre une rare occasion de protéger la rivière Bow en intégrant la gestion verte des eaux de pluie comme élément fonctionnel du parc, explique la Ville. Les éléments de récupération des eaux de pluie constitueront aussi un attrait majeur du parc pour les visiteurs. »[xxii] Des éléments d’infrastructure verte comme un milieu humide sont intégrés dans l’habitat faunique, ainsi que des sentiers de marche et des pistes cyclables.

À Vaughan, le projet du Edgeley Pond and Park est une partie essentielle des plans généraux de la ville pour aménager un nouvel espace communautaire au centre-ville dans le Vaughan Metropolitan Centre. Le projet créera un nouvel espace ouvert passif et actif de 7,5 hectares à l’usage de la collectivité et qui servira aussi d’infrastructure verte et de protection contre les inondations, ce qui est essentiel pour avoir accès à de nouveaux terrains pour développer le secteur.

2. Établir un plan exhaustif de déploiement de l’infrastructure verte

De nombreuses villes continuent de mener des essais au moyen de projets pilotes, de projets ponctuels et d’initiatives d’infrastructure verte à petite échelle, mais il est important de fournir des ressources et du personnel pour investir dans un plan de mise en œuvre stratégique pouvant guider le déploiement de l’infrastructure verte de façon plus générale. Ces plans peuvent nécessiter l’inclusion de l’infrastructure verte dans les nouveaux projets de développement et ils peuvent aussi requérir l’évaluation du système actuel du parc pour comprendre où se trouvent les meilleures possibilités.

Comme l’indique le récent document Rainfall Management and Green Infrastructure Plan de Vancouver, les projets d’infrastructure verte de la ville sont principalement des « initiatives pilotes dirigées par les employés » qui « ont vu le jour quand des occasions se sont présentées et que des ressources étaient disponibles, et qui ne constituaient pas au départ une partie intégrante des programmes d’immobilisations de la Ville ou des exigences de développement. »[xxiii] Le nouveau plan s’appuie sur ce que la Ville a appris des nombreux projets pilotes et sur des objectifs généraux, comme recueillir, filtrer et traiter 90 % des eaux de pluie avant qu’elles ne soient déversées dans l’océan, ainsi que sur des stratégies particulières pour les atteindre.

Le plan de Montréal, Vers une gestion durable des eaux municipales, met l’accent sur l’infrastructure verte, y compris sur le programme des ruelles vertes permettant de transformer les ruelles pavées en espaces verts, et ce, en partenariat avec les résidents. Le plan comprend aussi l’aménagement de jardins de pluie et de bassins de gestion des eaux pluviales en bordure des terrains de stationnement et des parcs, comme au Parc du Mont-Royal, le parc central de la ville.

Mais c’est le plan de Philadelphie, Green City, Clean Waters, qui constitue l’exemple par excellence d’un plan exhaustif d’infrastructure verte en Amérique du Nord. La ville vient de célébrer le cinquième anniversaire de son plan vicennal en annonçant qu’après cinq ans de déploiement, 1,5 milliard de gallons d’eau polluée ne sont plus déversés dans les rivières chaque année[xxiv]. Le plan comprend un partenariat avec le service des parcs et des loisirs de Philadelphie pour inclure l’infrastructure verte dans les parcs de la ville, comme le Ralph Brooks Park, récemment rénové, dans lequel ont été aménagés des jardins de pluie et un réservoir de stockage de l’eau d’une capacité de 16 000 gallons sous le terrain de basketball[xxv].

3. Créer des éléments d’infrastructure verte ludiques et visibles pour améliorer les connaissances écologiques

 

Tasinge Plads in Copenhagen. Photo from Klimakvarter

Tasinge Plads à Copenhague. Photo de Klimakvarter

 

De nombreux réseaux essentiels des villes sont souterrains et hors de la vue; ils ne deviennent un sujet de conversation qu’en cas de problème comme une inondation à la suite d’une tempête ou une panne d’électricité. En rendant visible l’infrastructure de collecte des eaux de pluie, par exemple, en aménageant des milieux humides, des rigoles de drainage et d’autres éléments de l’infrastructure verte, nous créons aussi des occasions pour les citoyens de se renseigner sur notre environnement naturel et sur les réseaux de la ville. Des affiches explicatives, des éléments ludiques, des visites et des programmes éducatifs peuvent accroître la sensibilisation et le soutien.

La ville de Copenhague s’y est employée dans le nouveau parc urbain Tåsinge Plads. Qualifié de premier « espace urbain de la ville adapté aux changements climatiques »[xxvi], le parc a remplacé une surface autrefois pavée en grande partie et a été aménagé sur plusieurs niveaux pour recueillir et retenir les eaux de pluie provenant d’un quartier voisin de 4 300 mètres carrés. Des éléments sculpturaux comme des parasols inversés recueillent les eaux de pluie et fournissent de l’eau aux plantes. Le parc s’inscrit dans un plan d’adaptation aux changements climatiques plus vaste, qui vise à transformer Copenhague en une ville plus résiliente en matière de changements climatiques, et ce, grâce au type d’infrastructure verte installée dans le parc Tåsinge Plads et aux investissements qui y ont été consacrés[xxvii].

Mais il n’est pas nécessaire que ce soit compliqué. À Vancouver, dans John Hendry Park – connu localement sous le nom de Trout Lake – un bassin de plantes et de pierres achemine les eaux de pluie du toit du centre communautaire voisin dans le lac en passant par le parc, ce qui constitue un attrait unique et met en valeur les systèmes hydrologiques. Le réaménagement prochain du parc fera une plus grande place à d’autres éléments d’infrastructure verte, notamment des cours d’eau sinueux qui alimenteront le lac.

4. Faire participer les membres de la collectivité et créer des occasions de formation professionnelle et de perfectionnement des compétences

 

Streetside garden in Vancouver. Photo by Jake Tobin Garrett

Jardin a Vancouver. Photo de Jake Tobin Garrett

 

Les projets d’infrastructure verte dans les parcs offrent des occasions aux citoyens de participer à la définition d’une vision pour leur parc, et aussi à la gérance de ces espaces. Comme dans tout projet de parc, il est essentiel d’inclure les membres de la collectivité dès les tout débuts et tout au long du processus, et également de leur permettre de continuer de participer une fois le projet terminé. Le programme Green Parks de Philadelphie, par exemple, permet aux membres de la collectivité de proposer qu’un parc de leur quartier soit inclus dans les projets d’infrastructure verte[xxviii].

Les organismes locaux ou les groupes de bénévoles, comme un groupe des amis du parc, pourraient aussi participer en aidant à entretenir les éléments d’infrastructure verte ou en animant des programmes éducatifs. Un programme Adoptez un jardin de pluie pourrait s’inspirer d’autres programmes d’adoption d’espaces verts, comme Green Streets à Vancouver ou Ruelles vertes à Montréal.

Les projets d’infrastructure verte peuvent aussi servir à promouvoir le développement économique local en intégrant des occasions de formation professionnelle et de perfectionnement des compétences pour les collectivités locales. L’organisme Park Pride en Atlanta, par exemple, a collaboré avec des organismes de services communautaires pour engager des jeunes de la collectivité pour travailler sur des projets d’infrastructure verte dans les parcs[xxix].

5. Créer des outils financiers pour aider à financer les projets d’infrastructure verte dans les parcs et l’espace public

Certaines villes préconisent l’imposition d’une redevance pour la gestion des eaux pluviales pour financer les projets d’infrastructure verte. Contrairement à une taxe, cette redevance est structurée comme des « frais d’utilisation » facturés aux propriétaires, selon la surface de leur terrain qui est imperméable, pour déterminer leur contribution aux eaux de ruissellement. Ces redevances peuvent constituer une importante source de revenus pour financer les projets de parc où se trouvent des éléments d’infrastructure verte, à la fois pour leur construction et leur entretien.

Selon un récent rapport de l’organisme Credit Valley Conservation, « dans les cas où les municipalités ont imposé des redevances pour la gestion des eaux pluviales, le personnel du service des parcs et des loisirs peut être enclin à ajouter des éléments d’infrastructure verte dans les parcs. Les frais d’exploitation pour l’entretien des éléments d’aménagement [infrastructure verte] et les stationnements perméables sont généralement payés par les redevances pour gestion des eaux pluviales plutôt qu’à même le budget du parc. » (traduction libre)[xxx]

La ville de Philadelphie, par exemple, impose une redevance pour la gestion des eaux pluviales, basée sur la surface de terrain imperméable d’une propriété, pour aider à financer l’infrastructure de gestion des eaux de ruissellement, comme les nombreux aménagements d’infrastructure verte dans les parcs et les espaces publics de la ville[xxxi]. Mississauga a récemment approuvé une redevance similaire, qui est entrée en vigueur en 2016[xxxii]. Malheureusement, Toronto a mis sur une tablette en 2017 un plan visant la création d’une redevance pour financer les projets de gestion des eaux pluviales[xxxiii].

L’infrastructure verte, plus qu’une question de gestion des eaux de ruissellement

Essentiellement, l’infrastructure verte consiste à créer des espaces pour faciliter la gestion des eaux pluviales, mais ces projets présentent aussi une foule d’autres avantages, de la création d’habitats à l’aménagement de nouveaux lieux de rencontre publics. Comme les parcs, l’infrastructure verte présente des avantages importants à bien des égards, notamment sur les plans environnemental, économique et social.

On peut utiliser l’infrastructure verte comme une méthode pour créer des parcs et des espaces publics, en transformant des petits bouts de route ou d’autres terrains en magnifiques espaces communautaires multifonctionnels, comme le Raindrop Plaza. Elle peut aussi servir à donner accès à de nouveaux terrains de lotissement en les protégeant contre les inondations, comme le plan de Toronto pour restaurer l’embouchure de la rivière Don, ce qui ouvre la porte à l’aménagement du quartier Portlands.

L’infrastructure verte peut être utilisée pour créer des espaces urbains ludiques et originaux qui fourniront également des occasions de se renseigner sur les systèmes écologiques. Elle peut permettre d’économiser de l’argent, surtout si elle est assortie à une redevance pour la gestion des eaux pluviales qui incite à développer l’infrastructure verte. Mais, plus que tout, elle permet de créer des villes plus résilientes en matière de changements climatiques et mieux outillées pour résister aux intempéries. Il est tout simplement sensé d’investir dans l’infrastructure verte de nos parcs et de nos espaces publics.

Image de titre: jardin de pluie à Toronto. Photo by Marc Yamaguchi.

Remerciements

Remerciements

Un grand merci à Sheila Boudreau pour son temps et ses corrections. Sheila est architecte paysagiste principale pour l’Office de protection de la nature de Toronto et de la région. Elle était auparavant conceptrice d’urbanisme pour la Ville de Toronto et à ce poste, elle a codirigé le projet Green Streets avec le service chargé de la gestion de l’eau à Toronto. Merci aussi aux personnes suivantes qui m’ont fourni des renseignements et des exemples d’études de cas : Clara Blakelock, de Rain Community Solutions; Gerardo Paez Alonso, chef de projet pour le Vaughan Metropolitan Centre; et Michelle Sawka, chef de projet pour la Green Infrastructure Ontario Coalition.

Notes de bas de page
[i] Voir http://www.cbc.ca/news/canada/toronto/toronto-climate-change-flooding-1.3889381.[ii] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan Staff Report, 2016, p. 9.[iii] Credit Valley Conservation. Advancing Low Impact Development as a Smart Solution for Stormwater Management, 2015..[iv] Sandalack, Beverley. La ville verte, publication de Park People, 2017.[v] Voir http://www.ctvnews.ca/canada/documenting-the-ravages-of-flooding-in-quebec-1.3409153.[vi] Voir http://www.citynews.ca/2016/12/16/raw-sewage-flowing-into-toronto-harbour-report/[vii] Toronto Public Health. Green City, 2016.[viii] Park People. Susciter le changement, 2017. Voir https://parkpeople.ca/wp-content/uploads/2017/04/Park-People_Sparking-Change_FRENCH-1.pdf[ix] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan: Best Management Practice Toolkit, 2016, p. 5[x] Credit Valley Conservation Authority.[xi] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan Staff Report, 2016, p. 9.[xii] Voir http://vancouver.ca/parks-recreation-culture/tatlow-and-volunteer-park-stream-restoration.aspx[xiii] Credit Valley Conservation, p. 25.[xiv] Green Infrastructure Ontario Coalition. A Green Infrastructure Guide for Small Cities, Towns and Rural Communities, 2016, p. 4.[xv] Voir http://citiscope.org/story/2016/why-copenhagen-building-parks-can-turn-ponds[xvi] Credit Valley Conservation, p. 10.[xvii] Conversation avec Sheila Boudreau, ancienne codirectrice du projet Green Streets pour la Ville de Toronto.[xviii] Credit Valley Conservation, p. 22.[xix] Voir http://www.nrpa.org/parks-recreation-magazine/2017/april/green-infrastructure-stormwater-management-in-parks/[xx] Voir https://www.theglobeandmail.com/news/toronto/new-toronto-park-doubles-as-flood-protection/article12897840/[xxi] Voir http://blog.waterfrontoronto.ca/nbe/portal/wt/home/blog-home/posts/torontos+next+generation+stormwater+infrastructure+01[xxii] Voir http://www.calgary.ca/UEP/Water/Pages/construction-projects/Construction-projects-and-upgrades/East-Bowmont-park-project.aspx[xxiii] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan Staff Report, 2016, p. 4.[xxiv] Voir http://phillywatersheds.org/5Down[xxv] Voir http://www.phillywatersheds.org/new-and-improved-ralph-brooks-park-manages-stormwater-green-tools[xxvi] Voir http://klimakvarter.dk/en/projekt/tasinge-plads/[xxvii] Voir http://citiscope.org/story/2016/why-copenhagen-building-parks-can-turn-ponds[xxviii] Voir http://www.phillywatersheds.org/what_were_doing/green_infrastructure/programs/green-parks[xxix] Voir http://meetingoftheminds.org/green-infrastructure-parks-can-lead-community-empowerment-21033[xxx] Credit Valley Conservation, p. 22.[xxxi] Voir http://www.politico.com/magazine/story/2017/04/20/innovative-infrastructure-storm-water-system-215055[xxxii] Voir http://www.mississauga.ca/portal/stormwater/charge[xxxiii] Voir https://www.thestar.com/news/city_hall/2017/05/16/toronto-flushes-plan-for-stormwater-fee.html

 

 

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