« La valeur des grands parcs est inestimable, et les villes qui ne possèdent pas de grand parc bien aménagé n’en seront qu’appauvries. » – James Corner

Les parcs emblématiques sont au cœur de l’identité d’une ville. Leur taille en dit long sur la place que la Ville accorde à ses citadins. Comme Julia Czerniak l’affirme dans son livre Large Parks : « Quelles que soient leurs imperfections, les parcs demeurent un des endroits de prédilection pour avoir des interactions spontanées qui stimulent la vie sociale démocratique. »

Bref, les grandes villes ont besoin de grands parcs. Bien que le Central Park de New York soit gravé dans l’imaginaire collectif, le Canada possède aussi ses grands parcs urbains emblématiques qui aident à définir ses métropoles.

 

Trois villes, trois grands parcs

Le parc du Mont-Royal à Montréal, le parc Stanley à Vancouver et la Ceinture de verdure de la capitale nationale à Ottawa sont de grands parcs emblématiques. Les différences entre les origines, les modèles de gestion et les caractéristiques de ces parcs illustrent les différents rôles que les grands espaces verts peuvent jouer en milieu urbain.

 

By Matias Garabedian from Montreal, Canada

Matias Garabedian, Montréal, Canada

Le parc du Mont-Royal de Montréal est géré par la Ville de Montréal, tandis que le parc Stanley de Vancouver est géré par le seul conseil de parc municipal au pays – un groupe indépendant de commissaires élus qui supervisent l’ensemble des parcs de la ville. Quant à elle, la Ceinture de verdure de la capitale nationale d’Ottawa est détenue et supervisée par la Commission de la capitale nationale (CCN), une société d’État fédérale. Bien qu’elle soit située dans une grande ville, la Ceinture de verdure n’est pas dirigée par la municipalité. Par ailleurs, de nombreux propriétaires fonciers et locataires y font de l’agriculture, des affaires ou de la recherche.

Les origines des grands parcs du Canada

À Montréal, le parc du Mont-Royal a été conçu sous la direction du maire Aldis Bernard, surnommé le maire des parcs pour son rôle dans la création de ce parc, du parc Lafontaine et de celui de l’Île Sainte-Hélène. La Ville a embauché Frederick Law Olmsted, un membre du duo chargé de concevoir le Central Park de New York, pour qu’il crée un design qui démocratiserait l’accès à la montagne. On voulait que les travailleurs et les citadins de tous les horizons et de toutes les classes sociales puissent se détendre et bénéficier des caractéristiques naturelles et des installations de la montagne. Olmsted souhaitait aussi préserver le charme naturel du relief. Il a donc dessiné un sentier sinueux jusqu’à la base de la montagne pour permettre aux gens de découvrir la beauté de cet espace naturel.

Le parc Stanley, à Vancouver, a été envisagé comme un parc qui protégerait la forêt du littoral tout en offrant un espace vert essentiel pour une ville en croissance. La toute première tâche du premier conseil municipal de Vancouver a été de demander au gouvernement fédéral de louer le terrain à la Ville, ce qui a été fait pour la très modique somme d’un dollar par année. Ainsi, la Ville a pu aller de l’avant avec le projet de création du parc.

À Ottawa, la Ceinture de verdure a été proposée par Jacques Gréber, le concepteur du Projet d’aménagement de la capitale nationale, soit le plan officiel de la vision envisagée pour faire d’Ottawa une ville moderne. Même si ce plan est aujourd’hui largement critiqué parce que Gréber a privilégié les autoroutes et a retiré les rails du centre-ville, les parcs et les espaces verts y jouaient un rôle central, et la Ceinture de verdure encerclait la ville afin de contrôler la croissance urbaine. Le gouvernement fédéral a acquis les terrains de la Ceinture dans le cadre de son effort global d’après-guerre visant à faire d’Ottawa une capitale digne « de la grandeur future du Canada ».

 

By InSapphoWeTrust from Los Angeles, California, USA (Stanley Park, Vancouver) [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons

InSapphoWeTrust, Los Angeles, California, USA (Stanley Park, Vancouver)

Gestion et planification des grands parcs

La gestion et l’élaboration de la vision à long terme de ces trois parcs reflètent leurs origines. Le parc du Mont-Royal est géré par la Ville de Montréal en partenariat avec les amis de la montagne, un organisme à but non lucratif fondé en 1986 et axé sur la conservation et l’amélioration de la montagne. Le plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal oriente la gestion du parc.

Le conseil de parc de Vancouver collabore avec de nombreux partenaires, dont la Stanley Park Ecology Society à la gestion et à la planification du parc Stanley. Les responsables du parc sont confrontés au défi de conserver l’intégrité écologique tout en s’assurant que le parc – qui est à la fois une des principales attractions touristiques et un espace vert essentiel pour les Vancouvérois – est viable et accessible aux citoyens et aux visiteurs. Ce défi est le même pour le parc du Mont-Royal, où les événements publics de grande envergure et les visites quotidiennes portent le nombre des visiteurs du parc à cinq millions par année. Lorsqu’une forêt urbaine fragile est aussi le terrain de jeu de nombreux citadins, comment répond-on aux besoins du parc et de la population?

La Ceinture de verdure est la plus grande ceinture de verdure publique au monde. Le Plan directeur de la Ceinture de verdure oriente les décisions à son égard. Le premier plan d’urbanisme a établi les stratégies d’utilisation de l’espace afin de protéger de l’étalement urbain les aires récréatives, les terres agricoles et les espaces naturels. La dernière version du plan soulignait la nécessité d’intensifier le leadership afin de renforcer ce parc très apprécié.

La Ceinture de verdure fait aussi partie du Plan de la capitale du Canada 2017 – 2067 de la CCN, qui vise à joindre les espaces verts du CCN au réseau écologique étendu. Puisque les terrains appartiennent au gouvernement fédéral, il sera plus facile d’atteindre la majorité des objectifs du plan, mais cela dépendra beaucoup des partenariats que la CCN développera avec d’autres paliers de gouvernement, le secteur privé et la population en général.

Pas d’approche unique

Il n’y a pas d’approche unique pour créer et maintenir les grands parcs urbains dans toute leur splendeur. Bien que les parcs soient de forme et de taille variées et s’accompagnent d’approches de gestion et de visions distinctes, ils ont peut-être en commun un point qu’Anita Berrizbeitia explique dans son essai « Large Parks ».

 « Les grands parcs réussis sont le produit de choix délibérés qui leur assurent une flexibilité en matière de gestion, d’animation et d’utilisation ainsi que le résultat de ” choix tout aussi conscients visant à isoler, à cerner et à préserver ce qui les rend uniques dans une perspective à long terme “. »

 Pour en savoir plus :

 

Cover image: Sheldon Carvalho, Stanley Park – Sea Wall

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