Selon les données du dernier recensement canadien, pour la première fois de l’histoire du pays, les ménages d’une seule personne sont devenus le type de ménage le plus commun. En effet, l’an dernier, 28,2 pour cent des ménages ne comptaient qu’une seule personne.

Quelles sont les répercussions de cette situation sur nos parcs, et surtout, comment les parcs peuvent-ils mieux répondre aux besoins des gens qui sont les plus susceptibles de vivre seuls?

Plus d’aînés sont isolés socialement

Les données du recensement témoignent du fait que le nombre d’aînés dépasse maintenant celui des enfants pour la toute première fois. Nous devons tenir compte de ce fait dans le contexte des Canadiens vivant seuls. Comme l’indique le Globe and Mail, « les ménages plus âgés, composés d’une personne sans enfant » constituent la nouvelle norme en croissance.

Le renversement démographique a des conséquences importantes sur nos parcs.

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Photo: Arslan 

Selon une récente étude sondant les membres de l’Association canadienne des individus retraités, « en données statistiques, la corrélation entre le fait d’éviter la solitude et celui de vivre près d’un parc était quatre fois plus élevée que celle entre le fait d’éviter la solitude et celui d’avoir des enfants. »

En d’autres mots, il vaut mieux vivre près d’un parc que de compter sur la visite de ses enfants. Les parcs ont un impact de taille, c’est le moins qu’on puisse dire.

Le rapport Sparking Change de Park People en vient à la même conclusion en soulignant le fait que les parcs animés où des activités et des événements intéressants sont organisés contribuent énormément à diminuer l’isolement social. Ceci est particulièrement vrai pour les aînés, qui sont plus susceptibles que la plupart des autres groupes démographiques de se sentir seuls et isolés.

Nous nous concentrons souvent sur les éléments d’infrastructure cruciaux pour attirer les aînés dans les parcs. Bien entendu, des installations comme des bancs, des toilettes et des sentiers faciles à emprunter sont importantes pour les aînés. Cependant, on oublie parfois que les parcs ont aussi besoin de programmes conçus pour des adultes âgés. Un rapport de la UCLA sur le sujet indique que « pour certains aînés, les aspects sociaux qu’offrent les espaces ouverts et les parcs peuvent être plus importants que les installations. »

Comment peut-on mieux adapter les parcs aux aînés? Tout d’abord, nous devons tenir compte des aînés dans notre programmation. Le parc près de chez vous pourrait par exemple choisir de présenter le film SOS Fantômes. Or, dans certains quartiers, un film comme Chantons sous la pluie pourrait attirer des personnes à qui il ferait grand bien de sortir et de faire des rencontres. Pourquoi les parcs n’organisent-ils pas d’activités à faible impact comme le taï-chi en plus du soccer? Pourquoi pas un club de lecture ou un groupe de marche?

Il arrive trop souvent que nous ne considérions pas comment nos choix de programmation excluent certains adultes âgés. Pensez à améliorer la situation en incluant des aînés dans les consultations sur les parcs ou dans les groupes communautaires d’amis du parc. Ces derniers pourront exercer une influence concrète sur ce qui se passe dans leur parc.

Plus de jeunes adultes vivent seuls

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Photo: Sangudo

Les jeunes adultes qui ont les moyens financiers de vivre sans colocataires ni parents forment un autre important groupe de la population vivant seule. Dans les centres urbains comme Toronto, de nombreux vingtenaires habitent dans des appartements ou des copropriétés où l’espace est une denrée rare. Voici ce qu’Erik Klinenberg du Globe and Mail a constaté :

« Pour les jeunes professionnels qui reportent le mariage à la fin de leur vingtaine ou à leur trentaine et qui attendent encore plus longtemps pour avoir des enfants, c’est une façon de passer à l’âge adulte. Ces jeunes considèrent le fait d’avoir un endroit à eux comme une marque de distinction les différenciant de leurs pairs qui vivent en colocation ou avec leur famille. »

Klinenberg affirme toutefois que le changement s’accompagne de conséquences sociales importantes.

« Au lieu d’essayer de convaincre les gens de vivre ensemble, nous devrions accepter que la vie en solo est la nouvelle norme et faire tout en notre pouvoir pour que l’expérience soit plus sécuritaire, plus saine et plus sociale. »

Réfléchissez à la situation suivante. Dans les parcs, il y a des planchodromes et des murs d’escalade pour les jeunes de vingt ans ou moins. Mais qu’y a-t-il afin de réduire l’isolement des jeunes de 25 ans qui sont célibataires et qui habitent une tour d’habitation? Comment les rassembler? Nous pouvons diminuer l’isolement social des résidents des grands immeubles en utilisant les parcs comme lieu de rencontre. Par exemple, vous pouvez rassembler les vingtenaires dans les parcs grâce à la nourriture. Dans un petit parc, installez un marché fermier qui attirera les fins gourmets. Organisez un pique-nique et invitez tous les habitants de l’immeuble à manger à l’extérieur sur des couvertures. Sinon, organisez des cours de danse ou des activités de lecture dans le parc. En bref, les cafés, les restaurants et les centres de conditionnement physique ne sont pas les seuls tiers-lieux où les jeunes dans la vingtaine peuvent se rencontrer, et les parcs peuvent agir comme endroit de regroupement de taille, et leur fréquentation est beaucoup plus abordable.

Augmentation du nombre de femmes vivant seules

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Photo credit: Andrey

Il est important de noter que les femmes sont de plus en plus nombreuses à vivre seules. Les femmes gagnent en indépendance financière et vivent plus longtemps que les hommes, et le taux de divorce est plus élevé qu’auparavant. Comment nos parcs peuvent-ils mieux refléter cette réalité? Le Centre virtuel de connaissances pour mettre fin à la violence contre les femmes et les filles nous éclaire à ce propos.

« La prise en compte des sexospécificités dans la planification urbaine consiste, de la part des urbanistes, des architectes, des décideurs et des acteurs locaux, à analyser les problèmes en songeant aux besoins des hommes et des femmes. Dans le processus de planification urbaine, cela signifie que tous les programmes et toutes les interventions prévus devront être soumis à l’examen des femmes et des responsables locaux pour déterminer s’ils sont susceptibles ou non de renforcer la sécurité des femmes et de faciliter leur existence. »

À quoi ressemblerait l’application aux parcs d’une perspective fondée sur les particularités de chaque genre? Cela voudrait dire que les femmes de tous les âges et de toutes les cultures prendraient part au processus de planification, et que les groupes d’amis des parcs tiendraient compte de leur point de vue. Bien entendu, on se pencherait sur des questions comme l’éclairage pour créer un sentiment de sécurité, mais ce ne serait-là que le début.

Un billet de blogue du magazine Misadventures propose de s’attaquer à la discrimination fondée sur le genre dans le contexte des parcs en nommant des espaces verts d’après des femmes et en organisant des activités destinées uniquement aux femmes pour leur donner un coup de pouce dans les sports qui sont généralement dominés par les hommes.

Pour résumer, dans le contexte où de plus en plus de Canadiens vivent seuls, nos parcs peuvent jouer un rôle plus important que jamais en rassemblant les personnes pour contribuer à rehausser leur bonheur et à améliorer leur santé. Nous devons consciemment planifier les espaces publics en pensant aux besoins particuliers des utilisateurs du parc.

 

 

Cover image photo credit: Bart Souverijns

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