Plus tôt cette année, Wayne Roberts, auteur et analyste sur la politique alimentaire canadienne, a expliqué à quel point la nourriture est un puissant rassembleur dans l’espace public. Cet été, j’ai demandé à Anita Gregory, directrice générale de la Food Security Society, et à Catherine Falk, coordonnatrice au verdissement communautaire de la Ville d’Edmonton, de nous raconter leur apprentissage sur les arbres fruitiers en milieu urbain. Nos conversations m’ont appris que la plantation d’arbres fruitiers en ville a des effets sur la sécurité alimentaire, la restauration écologique et l’engagement communautaire.

Les jardins communautaires contribuent à la sécurité alimentaire et à l’éducation en matière d’alimentation

Anita de la Richmond Food Security Society affirme que les aliments cultivés sur les terrains publics peuvent jouer rôle prépondérant dans le continuum de la sécurité alimentaire. Ce continuum, comme elle le décrit, a comme point de départ le soulagement à court terme (nourrir les gens), passe par le développement de compétences permettant aux personnes d’assurer leur propre sécurité alimentaire et va jusqu’à une réorganisation pour changer le système alimentaire. La culture d’aliments dans la collectivité peut servir à nourrir directement les voisins dans le besoin et permettre à des quartiers entiers d’améliorer grandement leurs connaissances en matière d’alimentation.

Pour ceux qui ne connaissent pas bien l’agriculture, Anita explique la différence entre la culture de légumes ou d’aliments et la culture d’arbres fruitiers vivaces comme suit :

« Vous pouvez penser à vos légumes (tomates, concombre, chou frisé) comme à un compte bancaire duquel vous retirez régulièrement de l’argent. Une forêt nourricière produit de plus en plus d’aliments au fil du temps; un peu comme un REER fructifie avec les années. Ainsi, la plantation de vignes et d’arbres vivaces est un solide investissement à long terme dans la sécurité alimentaire. »

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La récupération des fruits est une solution aux problèmes de gaspillage alimentaire et de sécurité alimentaire

Des programmes de récupération des fruits ont été mis sur pied dans plusieurs villes au pays. Des organismes comme la Richmond Food Security Society, Operation Fruit Rescue Edmonton, Hidden Harvest Ottawa et Found Forgotten Food Nova Scotia participent à la récolte des fruits excédentaires poussant sur les arbres des terrains privés. Le programme de récupération des fruits de Richmond approvisionne les banques alimentaires pour nourrir les résidents du quartier, les bénévoles et les propriétaires de l’arbre au moyen de fruits qui ne seraient normalement pas utilisés.

Planter des arbres fruitiers vivaces dans les parcs peut aider les municipalités à atteindre leurs objectifs en matière de couvert végétal

En 2013, la Ville d’Edmonton a lancé la campagne Root for Trees afin de faire passer le couvert végétal à 20 % de la superficie en 10 ans tout en suscitant la participation de la collectivité et en favorisant la sensibilisation. Le programme vise à augmenter le couvert végétal composé uniquement de plantes indigènes. L’amélanchier et l’airelle canneberge sont deux des arbres fruitiers couramment plantés dans le cadre du programme.

Pour Christine, qui coordonne le programme Root for Trees, l’aménagement d’une forêt nourricière a aussi aidé la Ville à répondre à ses objectifs de création d’habitats. Puisque les arbres fruitiers vivaces plantés sont des plantes indigènes de la région, du point de vue de la Ville, il s’agissait d’un projet de restauration semblable aux autres, mais qui a l’avantage de produire des aliments.

La nourriture favorise l’engagement communautaire

L’idée de la plantation d’arbres fruitiers à Edmonton est venue d’un enseignant de la collectivité s’intéressant beaucoup à l’agriculture urbaine. Cet enseignant a proposé à la ville d’organiser un événement de plantation spécial. Il a demandé à ce qu’une des activités de plantation de Root for Trees ne comporte que des plantes potagères indigènes. Depuis la création initiale de la forêt nourricière en 2014, la Ville a augmenté la surface de la forêt d’un quart d’hectare.

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Photo: Mûres, Stephanie Overton 

L’activité de plantation a suscité l’intérêt de la collectivité et a même attiré des personnes venant d’aussi loin que Calgary. Malgré les quelques échos de mécontentement sur les risques que la forêt nourricière attire des animaux sauvages indésirables, les Edmontoniens ont misé sur le fait que la nourriture est un élément clé pour rassembler les membres de la collectivité. Maintenant, c’est au tour d’autres quartiers de la ville de demander une forêt à eux.

Pour en apprendre davantage sur la création d’une forêt nourricière en milieu urbain, lisez notre billet de blogue Planting a Food Forest : 4 tips from an expert (en anglais).

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