Villes chaudes, parcs frais

Après trois ans sans climatisation, nous en avons finalement acheté une. Avant cela, nous passions notre temps devant le ventilateur ou allions nous immerger dans le parc qui longe la rivière Don à Toronto pour combattre la chaleur de l’été. C’est là, à l’ombre des grands arbres feuillus, que je trouvais un peu de répit.

C’est à cela que j’ai pensé quand les résidents de la Colombie-Britannique ont été touchés par une vague de chaleur extrême. Pour avoir grandi à Vancouver, je sais que peu de gens disposent de la climatisation. Ceci me pousse à réfléchir au rôle que jouent les parcs en période de canicule et à me demander qui a accès aux arbres et aux espaces verts qui ont une importance vitale.

Rivière Elbow, Calgary. Crédit photo : James Tworow (FlickrCC)

Nous savons tous que nos villes se réchauffent à cause des changements climatiques, et que les températures au Canada augmentent plus rapidement* que dans le reste du monde. En construisant des villes bétonnées, nous avons créé des « îlots de chaleur urbains » qui absorbent la chaleur du soleil et maintiennent la température à un niveau élevé jusque dans la nuit.

Cette chaleur extrême crée non seulement de l’inconfort, mais présente aussi un risque mortel pour les résidents. Durant la canicule qui vient de se produire en Colombie-Britannique, plus de 700 personnes sont décédées. En 2018, 66 personnes sont décédées lors de la vague de chaleur de Montréal. À cet égard, le taux de mortalité était deux fois plus élevé* chez les personnes vivant dans des quartiers considérés comme des îlots de chaleur urbains.

Et la situation va continuer à se dégrader. Comme nous l’avons souligné dans notre dernier Rapport sur les parcs urbains du Canada, et comme l’a indiqué Santé Canada, d’ici le milieu du XXIe siècle, le nombre de jours où la température dépassera les 30 degrés doublera dans les villes canadiennes. Une étude de 2018* a révélé que, en fonction des mesures d’atténuation, le Canada pourrait connaître une augmentation de 45 % à 455 % des décès liés à la chaleur entre 2031 et 2080. S’il ne s’agit pas là d’une crise sanitaire nationale, alors je ne sais pas ce qui en constitue une.

Les espaces verts sont essentiels pour réduire l’effet des îlots de chaleur urbains. Nous sommes tous conscients du bonheur que suscite le fait de se trouver sous un arbre ombragé. Toutefois, la végétation contribue également à rafraîchir les villes par évapotranspiration. En effet, les feuilles des plantes libèrent des gouttelettes qui refroidissent l’air ambiant.

Pourtant, tous les parcs ne se ressemblent pas. Une étude de la Fondation David Suzuki* a révélé que la taille (les parcs plus grands ont davantage d’effets salutaires), la forme (les parcs de forme irrégulière accroissent les effets rafraîchissants) et la connectivité (les parcs à proximité d’autres parcs restent plus frais) agissent sur les capacités des parcs à atténuer la chaleur.

Même les espèces de plantes font la différence. Mauvaise nouvelle pour les amateurs de pelouse : les prairies naturalisées avec une végétation dense ont des effets plus rafraîchissants* que l’herbe. C’est pourquoi des projets comme celui de Vancouver encourageant les « prairies à tonte réduite »*, qui redonne aux pelouses des parcs leur caractère naturel afin de favoriser la biodiversité, jouent un rôle important en matière de résilience climatique.

 

Jardin en bordure de rue, Vancouver. Crédit photo : Jake Tobin Garrett

 

Les parcs sont également des endroits où les gens peuvent tisser des liens sociaux. En cas de crise, lorsque certaines personnes se retrouvent isolées ou exposées à des conditions extrêmes, comme une canicule, ces liens peuvent avoir une importance vitale, notamment pour les personnes âgées, qui peuvent faire appel à ces relations lorsqu’elles ont besoin d’aide. Comme l’a fait remarquer une étude*, les liens sociaux qu’offrent les parcs « peuvent être d’ordre vital [pour les personnes isolées] en cas de températures extrêmes »; ce qui souligne l’importance de corriger les inégalités dans l’accès à des espaces verts de qualité, un autre sujet abordé par les Amis des parcs dans leur Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2021.

De multiples études ont montré que les quartiers plus riches, majoritairement blancs pour la plupart, sont aussi plus verts. Santé Canada indique à propos des chaleurs qui touchent certains quartiers que « leur effet est disproportionnellement grave pour les populations marginalisées et les résidents de quartier à faible revenu » qui disposent de moins d’espaces verts.

Même lorsqu’il y a des arbres, ceux-ci ont tendance à être plus sains dans les quartiers plus riches. Une étude canadienne a révélé que les quartiers présentant une forte vulnérabilité socioéconomique comptaient moins d’arbres et une couverture arborée moins résistante.

Comme l’a souligné la journaliste Jen St. Denis, il existe un lien entre les îlots de chaleur répertoriés à Vancouver et le revenu moyen des résidents vivant dans ces quartiers, les quartiers riches à l’ouest étant plus verts et donc plus frais que ceux situés à l’est.

Les Villes canadiennes commencent à prendre des mesures plus axées sur l’équité qui, associées à un financement et une mise en œuvre adaptés, pourraient commencer à corriger ces inégalités.

Le plan directeur adopté récemment par la Ville de Vancouver pour ses parcs comprend un outil pour répertorier les espaces verts en s’appuyant sur des indicateurs, comme la couverture forestière de la ville, afin d’établir des priorités en matière d’investissements dans les espaces verts. La région de Peel, en Ontario, a également recensé les îlots de chaleur; des données qui pourront être utilisées pour orienter les améliorations requises pour les populations vulnérables.

Pour relever ce défi, il faudra que tout le monde mette la main à la pâte. Ces mesures doivent impliquer les services des parcs, mais aussi les rues, les services d’urbanisme et les organisations locales. Le financement des infrastructures vertes et de la plantation d’arbres par le gouvernement fédéral doit contenir des directives en matière d’équité afin de garantir que les zones qui en ont le plus besoin bénéficient de ces améliorations.

En unissant nos forces, nous pouvons créer des villes plus équitables, plus vertes et avec des températures plus fraîches.

Image de couverture : Corktown Common, Toronto. Crédit photo : Jake Tobin Garrett

Cet article a été publié initialement le 7 juillet 2021 sur le site de TorontoStar.com*.

 


 

Nous tenons à remercier du fond du cœur la Fondation de la famille Weston de son soutien fondamental à la création et au lancement de ce rapport.

 

 

Les Amis des parcs remercient la Fondation RBC de son soutien pour le chapitre Nature du Rapport sur les parcs urbains du Canada.

 

 

Les Parcs et la COVID-19: 7 questions clés pour guider notre travail

La COVID-19 met plus que jamais les parcs sous les projecteurs, et accentue les opportunités et défis qui existaient déjà.

Durant cette crise, les parcs et lieux publics ont été des lieux de joie et de repos, mais aussi des lieux-sources d’anxiété, de colère et même de violence.

Ce contexte soulève des questions clés sur comment nous pouvons continuer à travailler de façon sécuritaire et responsable. Comment nous assurer que notre approche collective aide les parcs de manière inclusive, connectée et durable. La réponse à la COVID-19 demande un équilibre entre l’urgence de répondre à des besoins immédiats et l’importance de développer une réflexion sur des solutions à long terme.

Nous avons encadré chacun des points suivants avec une question susceptible de guider notre travail dans les mois à venir. Nous nous engageons à promouvoir des parcs sécuritaires et inclusifs, à travailler à améliorer les parcs, et à soutenir tous les acteurs des parcs urbains, des organisations locales aux employés municipaux, afin que nous sortions résilients de la COVID-19.

Au fur et à mesure que nous identifierons des idées et solutions prometteuses, nous travaillerons avec les membres de notre réseau canadien pour les aider à aller de l’avant. Restez donc à l’affût pour de futures échanges et publications relatives aux défis discutés ici.

Nous vous invitons à nous poser vos propres questions et à nous partager vos réflexions sur les réseaux sociaux ou par courriel.

1. Comment pouvons-nous encourager un sentiment d’appartenance tout en reconnaissant et en faisant face aux inégalités d’usage, d’accès et de sécurité des lieux publics?

Nous savons que les parcs jouent un rôle important pour favoriser un sentiment d’appartenance à une communauté dans un espace partagé. Cependant, nous savons aussi que les inégalités systémiques basées sur la race, la classe économique, le genre, l’orientation sexuelle et le handicap font que tout le monde ne se sent pas en sécurité, respecté ou bienvenu dans ces lieux partagés.

Des penseurs urbains comme Jay Pitter (lien en anglais) nous rappellent que de se concentrer uniquement sur une extension générale de l’accès aux lieux publics ne permet pas de s’attaquer aux questions sous jacentes d’équité et de justice. Alors que nous remodelons notre usage des lieux publics, nous devons nous assurer que nous n’ignorons pas les inégalités systémiques en considérant aveuglément que plus de parcs, plus de rues piétonnes et plus de terrasses seront accueillis et utilisés de la même façon par tous.

Plusieurs rapports sur l’augmentation d’actes de racisme contre les communautés asiatiques dans les rues canadiennes (lien en anglais), d’interventions policières excessives à l’encontre de personnes itinérantes assises sur les bancs publics (liens en anglais) et d’actes de racisme à l’encontre des communautés noires (lien en anglais) sont un rappel brutal que tous ne jouissent pas des parcs et des lieux publics de la même façon.

Quand, lors d’un récent samedi ensoleillé, des images d’une foule majoritairement blanche ignorant les mesures de distanciation sociale dans le parc torontois de Trinity Bellwoods ont inondé les médias, plusieurs se sont interrogés (lien en anglais): et si cela c’était passé dans un autre quartier, et si cette foule n’avait pas été majoritairement blanche, que se serait-t’il passé?

Les nouvelles réalités de distanciation physique dans les parcs imposent de nouvelles normes sociales, de nouveaux mobiliers urbains et de nouvelles règles sanitaires, tout cela sous un épais nuage complexe d’anxiété collective.

Nous avons besoin de proposer des approches équitables et inclusives pour concevoir et programmer l’espace et éduquer le public. Par exemple, les villes peuvent travailler avec des groupes et organisations communautaires déjà formés qui peuvent aider au développement de programmes taillés sur mesure pour répondre aux problématiques rencontrées sur le terrain et à la communication de lignes directrices pour un usage sécuritaire des parcs.

2. Comment s’assurer que les budgets alloués aux parcs restent importants et que les parcs et espaces publics soient considérés comme des infrastructures publiques sociales vitales pendant le déconfinement?

Nous savons que les budgets alloués aux parcs sont souvent les premiers à être diminués quand les temps deviennent durs et que les conséquences de ces coupes budgétaires sont moins évidentes que celles d’autres lieux publics importants pour les collectivités locales comme les horaires d’ouverture des bibliothèques ou des centres communautaires. Nous savons aussi que ces coupes budgétaires affectent plus particulièrement les personnes qui n’ont pas accès à un jardin privé ou la capacité de se rendre dans des parcs en dehors de leurs quartiers.

Cependant, nous savons aussi que les parcs sont des infrastructures publiques cruciales encourageant la vitalité sociale, sanitaire, environnementale et économique des quartiers et des villes. Un rôle important alors que les gens dépendent encore plus de leur parc de quartier pendant le confinement.

Alors que les conséquences sur le budget des villes se font tranquillement sentir, et que les municipalités commencent à se confronter à cette nouvelle réalité, nous allons devoir plus que jamais prôner l’importance des investissements dans les parcs et pour des programmes sécuritaires ainsi que le fait que ces éléments seront cruciaux pour la reprise à venir. Par exemple, les villes pourraient transférer une partie des fonds réservées aux loisirs et aux employés des lieux fermés vers des programmes en extérieur dans les parcs adjacents où il y a plus de places pour respecter les mesures de distanciation physique.

En plus des défis difficiles auxquels les villes font face, la pandémie de COVID-19 a mis en danger des OBNLs, comme les Amis de la montagne à Montréal, High Park Nature Centre (lien en anglais) de Toronto, et Stanley Park Ecology Society (lien en anglais) de Vancouver, impactant leurs financements et leurs activités génératrices de revenus. Les organisations sans but lucratifs de ce type sont d’importants partenaires pour les municipalités, offrant des programmes locaux et des opportunités de mobilisation. Ces organismes vont avoir besoin d’une aide renforcée.

3. Comment équilibrer les aspects de développement communautaire des parcs comme lieux de réunion et de partages sociaux avec les mesures sanitaires de distanciation physique?

Les mois de distanciation physique, et pour beaucoup, d’isolement social ont eu des conséquences sur notre santé mentale. Nous sommes conscients qu’avec les températures estivales et les annonces de santé publique indiquant qu’il y a moins de risques de contracter la maladie en extérieur, les gens vont vouloir se retrouver confortablement dehors pour se sentir à l’abri et se retrouver ensemble dans les parcs et les lieux publics. Il va y avoir une pression sur ces lieux dûe à ces foules désirant se retrouver en petit et moyen groupe.

Selon notre sondage auprès de groupes communautaires voués aux parcs du Canada, ils sont plusieurs à trouver difficile de modifier leurs événements et de restructurer leurs programmes. Ils ne savent pas non plus comment remobiliser leurs communautés pour favoriser un retour vers les parcs tout en garantissant leur sécurité. Un récent sondage mondial réalisé par Gehl Architects (lien en anglais) a mis en exergue que près de 80% des gens trouvent qu’il y a trop de monde dans leurs parcs de quartier.

Certaines villes expérimentent maintenant des stratégies de designs urbains qui rendent les mesures de distanciation physique plus claires, comme peindre des cercles dans l’herbe(lien en anglais). Changer les comportements des individus est difficile, et maintenant que les villes se déconfinement en adoptant des mesures plus nuancées pour garantir un usage sécuritaire des lieux publics, il va falloir adopter des stratégies au niveau des collectivités locales allant au delà de ces simples mobiliers urbains.

Les municipalités peuvent, par exemple, adopter des mesures ciblées (comme des permis ou des subventions) pour aider à la mise en place de nouveaux programmes plus sécuritaires au profit des jeunes et des aînés résidants dans des quartiers défavorisés où il n’est pas facile d’accéder à ces lieux et ressources.

4. Comment pouvons-nous trouver des manières créatives et rapides de répondre aux besoins d’accès aux lieux publics de façon équitable et inclusive?

Les municipalités commençaient déjà à s’intéresser aux questions de connectivité des lieux publics avant la pandémie de COVID-19, mais le besoin pour de meilleures connexions entre les quartiers à travers les villes se fait encore plus présent maintenant que la fréquence et la fréquentation des transports en communs sont réduites. Pour répondre à ce besoin de connectivité, de nombreuses villes à travers le pays ont mis en place des pistes cyclables pour permettre aux gens de mieux se déplacer en toute sécurité.

Cependant, pour un parent vivant en dehors du centre-ville et dont les terrains de jeux dans les parcs de son quartier ont fermé, l’ouverture de nouvelles terrasses de cafés ou des pistes cyclables temporaires en centre ville n’ont que peu d’intérêt. Il faut adopter une approche locale à l’échelle de chaque quartier en travaillant avec les résidents pour déterminer les besoins les plus urgents, que ce soient des lieux sécuritaires où les enfants puissent jouer, des toilettes accessibles et ouvertes à tous, des fontaines, ou plus de lieux où se promener et faire de l’exercice librement.

Comme Alissa Walker l’a défendu dans Curbed (lien en anglais), nous devons nous assurer que ces mesures créatives pour les lieux publics soient distribuées de manière équitables à travers nos villes sans ignorer les inégalités raciales et socio-économiques déjà présentes dans nos villes.

5. Comment les parcs peuvent-ils aider les politiques économiques et culturelles de chaque quartier pendant la pandémie de COVID-19?

Le rôle positif que les parcs jouent sur l’environnement et la santé mentale est connu et très bien documenté. De la même façon, les parcs ont aussi un effet positif sur la culture et l’économie locale.

Nos recherches ont démontré que les parcs sont des lieux propices au réseautage, à la génération de revenus via les cafés et les marchés, et à l’acquisition de compétences. Tout comme les équipements des parcs qui ont fermé pendant la pandémie, beaucoup de ces opportunités ont été impactées négativement par les mesures sanitaires.

Prenons l’exemple du café communautaire du Thorncliffe Park Women’s Committee (lien en anglais) installé dans le parc Burgess de Toronto fermé depuis mars dernier. Le groupe a récemment dû digitaliser son marché nocturne du vendredi, qui ne vend que des produits locaux: Eid Bazaar. De la même façon, de nombreux de marchés locaux sont en pause. Les producteurs locaux perdent ainsi une partie de leurs revenus. Les résidents n’ont plus accès à des aliments de qualité. Ils perdent par conséquent leur lieu de connexion avec leur communauté et la vie publique.

Au delà des parcs, les commerces locaux souffrent. En effet les exigences en termes de distanciation physique réduisent les capacités d’accueils des clients à l’intérieur de ses magasins et des restaurants. Ces restrictions vont aussi se faire sentir dans les bibliothèques, les centres communautaires, les lieux de cultes, et les agences de services sociaux.

Nous ne souhaitons pas que nos lieux publics soient privatisés au profit de grosses entreprises et de marques, mais nous nous devons de comprendre le rôle que peuvent jouer les parcs et les lieux publics, tout comme les rues et les places, pour favoriser le développement et la relance de l’économie locale et de la culture dans nos quartiers. Par exemple, les municipalités pourraient distribuer des permis temporaires pilots aux commerces locaux pour qu’ils puissent vendre leurs biens et services dans les rues et dans les parcs.

6. Comment pouvons-nous promouvoir un usage sécuritaire et respectueux des aires naturelles dans les parcs, tout en promouvant les bienfaits de la nature et de la biodiversité sur notre santé mentale et notre bien être?

Des décennies de recherches prouvent que la nature est bonne pour notre santé mentale et notre bien-être. Quand nous passons du temps dans la nature, nous sommes moins stressés et nous nous sentons heureux et revigorés. Comme l’indique notre prochain Rapport sur les parcs urbains du Canada, passer du temps dans une aire naturelle dont la biodiversité est préservée augmente ces impacts positifs sur notre santé.

Ces bienfaits sont d’autant plus importants lorsque les canadiens font face à une anxiété croissante: selon une étude du CAMH  (lien en anglais) ¼ des canadiens souffrent d’une forme modérée d’anxiété en ce moment.

Beaucoup de gens voient dans la nature un moyen de décompresser. Mais, un sondage mondial réalisé par Gehl Architects (lien en anglais) a montré que les gens passent plus de temps dans les parcs se trouvant à proximité de leur domicile, ce qui pose la question de l’accès équitable aux aires naturelles à haute biodiversité dans nos villes.

L’usage des parcs a augmenté de façon drastique depuis la pandémie de COVID-19, et nous remarquons que plusieurs aires naturelles sensibles sont menacées par les usagers des parcs qui marchent en dehors des chemins pour respecter les mesures de distanciation physique. Il est donc nécessaire de mieux communiquer sur les usages respectueux et sécuritaires de ces aires naturelles. Des programmes d’entretien de ces espaces mobilisant des bénévoles dans des activités comme l’arrachage de plantes envahissantes, et la plantation d’arbres vont aussi avoir besoin d’être réinventées pour que ces opportunités de connexion avec la nature continuent d’exister.

7. Comment nous assurer que les populations les plus vulnérables, comme les personnes itinérantes, ne font pas l’objet d’une marginalisation accrue dans les lieux publics pendant la pandémie, et que nous utilisons ce moment comme une opportunité de créer une nouvelle manière de partager ces espaces avec eux?

Les parcs sont des lieux d’abris, de lien social et de vie pour les personnes itinérantes. La COVID-19 a mis en exergue la crise de l’itinérance qui existait déjà dans de nombreuses villes du Canada, alors que les foyers d’accueil sont pleins, et que les personnes itinérantes préfèrent vivre dehors en l’absence d’autres lieux plus sécuritaires pour les accueillir (lien en anglais).

Même avant la COVID-19, les villes canadiennes concevaient avec difficultés que les parcs puissent être des lieux de vie pour beaucoup (lien en anglais) en adoptant une approche basée sur des contraventions et le démantèlement des camps plutôt que sur l’équité et l’inclusion.

En interrogeant des experts lors de la phase de recherche de notre Rapport à venir sur les parcs urbains du Canada, nous avons compris que la question des camps itinérants présents dans les parcs est complexe. Nous avons aussi vu que la COVID-19 a obligé les villes à ouvrir certains équipements cruciaux dans les parcs comme les toilettes et les laves-mains, comme il en a été le cas à Montréal avec des centres de jour en extérieur.

Une réponse inclusive doit changer d’optique en passant des démantèlements de camp à l’aide aux itinérants. Cela inclut de construire des partenariats avec des agences de logements qui s’emploient à trouver des solutions sur le long terme tout en s’assurant que les parcs soient bien équipés avec des installations et des services essentiels répondant aux besoins les plus élémentaires de sécurité des personnes itinérantes. Cela peut aussi inclure le développement de programmes créatifs et d’initiatives d’éducation populaire qui visent à réduire les stéréotypes.

Alors que nous continuons à travailler avec nos partenaires et avec notre réseau national pour faire avancer ces idées et ces questions, nous vous invitons à nous poser vos propres questions et à nous partager vos idées sur les réseaux sociaux et par courriel.

Vancouver adopte une stratégie des parcs basée sur l’équité pour le futur

À la suite d’un effort pluriannuel, le Bureau des parcs de Vancouver a adopté son nouveau Plan directeur des parcs et loisirs. Intitulé VanPlay, celui-ci guidera les investissements de la ville pour les parcs et loisirs lors des 25 prochaines années. Vancouver est la seule ville du Canada, et l’une des seules en Amérique du Nord, à élire les membres de son Bureau des parcs pour diriger les espaces verts de la ville.

Il était nécessaire d’adopter un plan directeur tel que VanPlay alors que la ville change et grandit en faisant face à un nombre important de défis tel que le développement de la population, la notion d’équité et les changements de démographies et de besoins de ces nouvelles populations.

Par exemple, malgré le fait que Vancouver ait plus de parcs maintenant qu’il y a 25 ans, le nombre d’espace dédié aux parcs par personne a baissé d’un tiers à cause de l’augmentation de la population. Pour faire simple, la population a dépassé les parcs.

Selon le Rapport sur les Parcs Urbains du Canada, notre enquête sur les réseaux de parcs au Canada publié cet été, Vancouver a la moyenne la plus basse en termes de parcs accessibles avec une moyenne de 2 hectares de parcs disponibles pour 1000 habitants (voir le graphique ci-dessous). Même si cela est bas, cela reste dans la moyenne des principaux centres urbains comme Toronto (2.7 hectares pour 1000 habitants), et Montréal (2.4 hectares), ce qui montre comment la croissance et la densité démographique sont des défis pour tous les réseaux de parcs autour du pays.

 

Malgré des chiffres décourageants en termes de mise à disposition de terrains dédiés aux parcs urbains, Vancouver a pu briller dans notre rapport puisque celui-ci ne s’est pas concentré uniquement sur les chiffres mais a aussi présenté des façons de faire et les meilleures pratiques.

Vancouver a montré sa détermination à œuvrer pour un système de parc plus progressif à travers des politiques telles que l’établissement de toilettes non-genrées dans les parcs, ou la réalisation d’un audit colonial sur le réseau des parcs de la ville.

Vancouver a conservé cet éclairage équitable sur VanPlay. Ce Plan directeur inclut des citations d’Audre Lorde, une explication de ce qu’est l’intersectionnalité, et un diagramme soulignant les conséquences des phénomènes de privilèges et d’oppression.

Cet intérêt de Vancouver pour l’équité prend racine dans la reconnaissance en ce que le développement des parcs de la ville a été historiquement inégal, établissant des inégalités entre les quartiers au niveau de l’accessibilité et de la qualité des parcs.

Alors que notre ville connait une explosion démographique, il est essentiel de reconnaître que les politiques, et les schémas de croissance précédents ont créé un accès inégal à des parcs de qualité. Nous sommes conscients que les parcs fournissent de nombreux bénéfices environnementaux, sociaux, sanitaires et économiques auxquels tous les habitants d’une ville devraient avoir accès de manière égale. Mais comment savoir où investir le peu de budget à disposition?
Là où VanPlay apporte une solution radicale est l’utilisation de données de géolocalisation (un terme technique pour désigner les données qui sont liées à un certain lieu, comme les revenus des ménages habitants dans un quartier en particulier) pour identifier les zones défavorisées qui devraient être la cible d’une augmentation des investissements publiques.

Le Bureau des parcs appelle ces zones Initiative Zones (zones d’initiatives).

Les Zones d’initiatives sont identifiables en examinant trois types de données :

  1. Un faible accès aux parcs : les zones où les gens doivent marcher plus de dix minutes pour atteindre un parc et/ou les zones qui bénéficient de moins de 0.55 hectares de parcs disponibles pour 1000 habitants.
  2. Une demande importante de loisirs à faible barrière : le nombre d’habitants s’étant inscrits au programme municipal Leisure Access Program qui fournit des activités de loisirs à prix réduits.
  3. Un faible couvert forestier : les zones de la ville qui ont un couvert forestier urbain de moins de 5%.

Maintenant que ce modèle est mis en place, le Bureau des parcs pourra utiliser de nouveaux facteurs pour instaurer plus de nuances, ou cibler ses politiques pour certaines zones spécifiques.

Ces données supplémentaires peuvent inclure les revenus, les enquêtes sur la mobilisation et la satisfaction de certaines communautés, les lieux où de précédents investissements ont été opérés par la municipalité, et certaines données démographiques telles que l’âge des habitants.

Par exemple, le Bureau des parcs a montré comment, en étudiant les informations concernant la croissance démographique de certaines zones, ce système peut aider à déterminer où les fonds devraient être dirigés. Certaines zones de la ville qui vivent des pressions liées à la croissance démographique peuvent d’ores et déjà faire face aux besoins d’une population croissante grâce à des fonds dédiés de la ville, alors que d’autres zones qui ne font pas, ou très peu face à une démographie en expansion, mais qui peuvent être considérées comme défavorisées, n’ont pas nécessairement cette opportunité. VanPlay conclut que les principes d’équité doivent s’appliquer et cibler ces zones à faible croissance pour les stratégies d’investissement publiques.

Camil Dumont, commissaire au Bureau des Parcs, s’est confié à Mash Salehomoum, coordinatrice de programme pour les Amis des parcs à Vancouver, après l’adoption de VanPlay :

« Pour moi, il s’agit des objectifs ultimes à garder en mémoire lors de mes prises de décision. Une réforme en profondeur via la priorisation des principes d’équité dans un document officiel de cette envergure me rend très fier du travail que nous faisons au Bureau des parcs ».

Bien sûr, les données ne racontent qu’une partie de l’histoire – ce que le Bureau des parcs reconnait. Les recommandations du rapport incluent une mobilisation constante des communautés locales et du Bureau des parcs pour aider à l’interprétation des données et comprendre l’expérience vécue au-delà de celles-ci. Le Bureau des parcs souhaite aussi rendre ces données accessibles librement au public en ligne via une carte interactive sur leur site internet.

Il n’est pas difficile de voir quel puissant outil d’analyse et d’aide à la prise de décision, VanPlay peut devenir.

Autres points clés de VanPlay

L’eau refait surface

La ville de Vancouver se définit par l’eau. Quand je vivais là-bas, j’adorais courir le long des quais, ou regarder les bateaux cargos se décharger dans Crab Park, ou chasser les lapins sur Jericho Beach. L’eau à Vancouver semble être partout. Et, pourtant, comme le rapport le démontre, 91% des ruisseaux urbains ont été enfouis sous terre.

Faisant parti du travail de la municipalité sur la sauvegarde de la biodiversité ainsi que sur la mise en place d’une ville plus résiliente capable de faire face aux tempêtes de pluies extrêmes devenues de plus en plus courantes, la stratégie de VanPlay vise à ramener plus de ruisseaux vers la surface. Cela va créer plus d’habitats naturels, d’aménagements collectifs, et aussi aidera à gérer l’évacuation des eaux de pluie pendant les tempêtes.

De rues à parcs

Nous n’y pensons pas souvent, mais les rues sont la ressource la plus importante d’espace public que nous avons dans nos villes – souvent plus d’un quart du territoire total d’une ville. À Vancouver, les rues représentent 32% du territoire de la ville, alors que les parcs représentent 11% de ce même territoire. C’est une importante ressource d’espace public pour une ville que lutte pour se rapprocher des besoins en espace public de sa population croissante.

Vancouver est déjà avant-gardiste en ce qui concerne la façon de repenser les rues comme un espace public, et VanPlay encourage encore plus cette réflexion en recommandant de travailler à la planification et l’ingénierie pour créer des activations dans les allées, par exemple.

Augmenter les connexions

La connectivité est une autre avancée de VanPlay. Vancouver se vante déjà d’avoir le plus grand circuit au bord de mer du monde (28 km de quais qui entourent le centre-ville) et un système de pistes cyclables récent.

Un élément intéressant de ce rapport est ce que le Bureau des parcs appelle « network enhancers » (activateurs de réseau). Ce sont des éléments, comme des stations de réparation de vélos, des systèmes de signalisation, d’éclairages, ou des mobiliers urbains, susceptibles de stimuler les connexions en augmentant les fonctionnalités, la sécurité ou le plaisir entre les destinations.

Peut-être que votre marche entre l’école et le parc inclut un petit jardin pollinisateur, un endroit pour remplir votre gourde et une œuvre d’art publique et colorée.

Nous ne pouvons pas toujours organiser des parcs qui se suivent dans nos villes, mais nous pouvons utiliser ces activateurs de réseau pour améliorer l’expérience des passants.

Vous pouvez retrouver le rapport VanPlay dans son intégralité ici (en anglais uniquement). Vous pouvez retrouver le profil de la ville de Vancouver de notre Rapport sur les parcs urbains du Canada ici.

 

4 façons dont les parcs aident à lutter contre le réchauffement climatique

par Jake Tobin Garrett, Responsable des Politiques et de la Planification

Alors que l’équipe des Amis des parcs se prépare à participer à la Marche mondiale pour le climat du Vendredi 27 septembre à Toronto, Montréal et Vancouver, nous tournons notre attention sur le rôle que les parcs peuvent jouer dans ce combat.

En plus de leurs bénéfices sociaux, sanitaires et économiques, nos espaces verts partagés représentent des forces écologiques puissantes qui méritent une croissance des investissements en leur faveur.

Voici les 4 façons dont les parcs aident à lutter et à limiter les effets du réchauffement climatique.

Les parcs réduisent l’effet des ilots de chaleur urbains

L’an dernier, Montréal a souffert des effets dévastateurs d’une canicule qui a causé la mort de 66 personnes. Lorsque la ville a enquêté sur ces décès, elle s’est rendue compte que les personnes vivant dans des quartiers réputés pour leurs ilots de chaleur – où les températures sont bien plus élevées qu’ailleurs – avaient deux fois plus de risques de mourir.

Les zones urbaines peuvent ressentir une hausse des températures de plus de 12 degrés comparés aux zones rurales, notamment à cause de la chaussée, des pavés et du béton qui absorbent la chaleur du soleil. Un conseil municipal de la ville de Montréal a rappelé que les projets visant à rendre plus vertes les zones urbaines, comme la plantation d’arbres et les murs végétaux sont une manière de lutter contre cet effet, et peuvent aider à baisser les températures dans ces quartiers.

 

Comment ça marche? Il faut voir les espaces verts comme des conducteurs d’air naturels. L’augmentation des forêts urbaines augmentent les zones ombragées, qui font bouclier entre le soleil et les surfaces bétonnées et aident à limiter l’absorption des rayons du soleil, ce qui réduit la chaleur. Les arbres et autres végétaux aident aussi à rafraichir l’air autour d’eux via un processus appelé l’évapotranspiration, la transpiration des plantes. L’eau s’évapore dans l’air via les feuilles, rafraichissant ainsi la température tout autour.

Avec les températures qui continuent d’augmenter dans les villes tout autour du pays, les installations comme des rues bordées d’arbres, ou des parcs soigneusement entretenus afin de réduire les températures seront de plus en plus importantes.

Les parcs limitent les inondations dues aux conditions météorologiques extrêmes

Un autre effet dévastateur du réchauffement climatique est l’intensification de conditions météorologiques extrêmes comme les pluies diluviennes. Lors de ces événements, les systèmes d’évacuations des eaux peuvent être submergés par le trop plein d’eau tombant en une courte période, provoquant ainsi des inondations.

Comme documenté dans notre Rapport sur les Parcs Urbains du Canada, les inondations impactent les villes Canadiennes.

La fleuve Bow à Calgary est sorti de son cours suite à de fortes précipitations en 2013, causant des évacuations et de nombreux dommages sur les propriétés privées alentours. L’inondation a causé prés de 4 millions de dollars de dommage sur les quais de la ville d’Oakville en 2017 – la même année une crue des eaux et une inondation ont causé des millions de dollars de dommage à Toronto, et la fermeture du populaire parc des Iles de Toronto pendant l’été. Durant le printemps 2019, les fortes pluies ont provoqué des inondations dans de nombreuses communes de l’Ontario et du Québec. Cela ne s’arrête pas.

Ces tempêtes peuvent aussi provoquer une inondation des systèmes d’évacuation des eaux usées dans les rues. Cela est dû au fait que les villes ont été organisées qui combinent l’évacuation des eaux usées et des eaux de pluie dans les mêmes réseaux. Lorsque ces réseaux sont submergés par quantité d’eaux lors de ces tempêtes, ils rejettent des eaux non traitées dans les lacs, fleuves et océans à proximité.

Cela impacte la qualité de l’eau. Des taux importants de contamination à E-Coli ont provoqué la fermeture de plusieurs plages à Vancouver pendant l’été, et le Commissaire Environnemental de l’Ontario a mis en évidence que les eaux usées ont contaminé les eaux ontariennes plus de 1,300 fois entre avril 2017 et mars 2018.

La quantité de surface pavé dans les villes ne fait qu’accentuer le problème en contribuant aux inondations et à la submersion des systèmes de vidanges des eaux pluviales, alors que les parcs, en tant que terrains naturels non pavés, sont capables d’absorber l’eau.

 

Comme indiqué dans notre rapport Resilient Parks, Resilient City, transformer nos rues, espaces publics, et parcs en éponges via des infrastructures vertes peut aider à combattre les inondations. Les infrastructures vertes incluent tous les éléments naturels – jardins de pluie, toits de verdure, étangs de rétention – spécifiquement conçus pour accumuler, aspirer, et traiter les eaux de pluie lorsqu’elles tombent, plutôt que de le rejeter directement dans les tuyaux souterrains.

Les infrastructures vertes peuvent soulager la pression subie par les anciens réseaux de gestion des eaux de pluie, mais peuvent aussi contribuer à rendre les villes plus belles avec une meilleure biodiversité via la création de plus d’espaces verts.

Malgré cela, notre Rapport sur les Parcs Urbains du Canada a mis en évidence qu’alors que les villes Canadiennes expérimentent avec des infrastructures vertes de petites tailles, moins de la moitié de celles-ci ont des stratégies pour mettre en place ces infrastructures à l’échelle de leur ville.

Pourtant, il y a de superbes initiatives qui se réalisent actuellement tout autour du Canada.

Corktown Common à Toronto inclut un système de protection contre les inondations et un terrain humide qui aident à stopper et aspirer l’eau. La Rain City Strategy de Vancouver coordonne les projets d’établissement d’infrastructures vertes à travers la ville, dont une nouvelle place construite l’an dernier capable d’aspirer l’eau de pluie tombant sur 1,000 m2 de terrains avoisinants. Et, la ville de Calgary a fini la première phase du Parc West Eau Claire le long de la Rivière Bow, qui protège les riverains de futures inondations.

Les parcs nettoient l’air du dioxyde de carbone

Alors que les gouvernements et les compagnies pétrolières expérimentent avec la technologie pour capture le dioxyde de carbone de l’air pour le conserver sous terre, nous avons déjà un moyen naturel et qui a fait ses preuves pour le nettoyage de l’air et la conservation du dioxyde de carbone : les arbres.

Planter des arbres semble être un petit acte, pourtant la reforestation est le moyen le plus efficace pour retirer le dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Selon National Geographic, il y a suffisamment de terrains autour du monde pour planter de nouvelles forêts et retirer 25% du dioxyde de carbone de notre atmosphère. Cela aurait pour conséquence de supprimer « près de 100 ans d’émissions de dioxyde de carbone ». Apparemment, le Canada a 78 millions d’hectares susceptibles de créer une nouvelle forêt. Pas mal.

Les arbres, et autres végétaux, capturent le dioxyde de carbone de l’air via le processus de photosynthèse. Le dioxyde de carbone ne sera libéré dans l’atmosphère que si la plante est brulée, c’est pour cela que les récents incendies en Colombie-Britannique et en Alberta sont si inquiétants. Une tendance qui semble empirer avec le temps.

Les feux de forêt libèrent dans l’atmosphère tout le dioxyde de carbone stocké dans ces plantes. En fait, il a été prouvé que les feux de forêts qui ont eu lieu en Californie en 2018 ont libéré autant de dioxyde de carbone – 68 millions de tonnes – que l’État en produisant un an d’électricité.

Les villes autour du Canada ont des programmes de plantation d’arbres, avec des cibles chiffrées qui varient.

La ville de Mississauga est en cours d’un programme pluriannuel visant à la plantation d’1 million d’arbres en 2032, et en planté 340,000 à l’heure actuelle. Victoria s’est engagée pour le nombre, plus modeste mais effectif, de 5,000 arbres plantés en 2020 comme partie des United Nations Trees dans Cities Challenge.

Vancouver est sur le point d’atteindre son but de planter 150,000 arbres dans la ville en 2020. Et, en Ontario, le gouvernement provincial a décidé de ne pas supprimer le programme de plantation d’arbres après une protestation du public en 2018. Ce programme ambitionne de planter 50 millions d’arbres dans la province à l’horizon 2025 (la moitié est déjà plantée).

Donc, aimez les arbres. Ou mieux encore, plantez-en, plusieurs.

Les parcs nous donnent des espaces pour nous retrouver ensemble

Cet avantage n’a pas de lien direct avec la science de l’évapotranspiration ou l’ingénierie des infrastructures vertes, mais plutôt avec le capital social et le bon vieux principe « connaître nos voisins ».

Alors que le réchauffement climatique est une force immense et intangible dans nos vies qui peut provoquer des troubles de l’anxiété ou du stress, un sentiment d’impuissance, les bénéfices que les parcs peuvent nous apporter en tant qu’espace collectif où nous pouvons nous rassembler deviennent de plus en plus importants.

Prenez cet exemple récent de Dartmouth en Nouvelle-Écosse où après les ravages causés par l’ouragan Dorian, les membres de la communauté ont retroussé se sont retrouvés autour d’un four à pain pour fournir de la nourriture et un peu de chaleur aux familles qui n’avaient plus de courant. D’autres membres de groupes communautaires voués aux parcs ont contribué à un environnement plus propre en proposant des corvées de nettoyage, des plantations d’arbres, ou encore des pique-niques zéro déchet.

Une crise existentielle comme le réchauffement climatique peut nous éloigner les uns des autres ou peut être une force pour nous rassembler – et nos parcs et espaces publics, en tant que lieux de rencontres, peuvent devenir encore plus importants pour assurer que nous et nos communautés rejoignons cet appel à l’action.

De grands plans pour un grand parc à Montréal

Plutôt dans le mois, la mairesse de Montréal a fait une annonce importante qu’un activiste local a décrit comme « Noël en été » en révélant le souhait de créer le plus grand parc urbain du Canada : le Grand parc de l’Ouest.

Situé à l’ouest de l’Île de Montréal, le parc reliera entre eux des espaces verts existants et nouvellement créés pour former un espace vert connecté d’une surface de 3 000 hectares (dont 1 600 hectares de nouveaux parcs).

À titre de comparaison, c’est plus de 7 fois la taille du Parc Stanley à Vancouver, 18 fois la taille de High Park à Toronto, et 10 fois la taille du Mont Royal à Montréal.

L’idée a germé de nombreuses années de travail en coulisse de militants et d’écologistes locaux, dont Sue Stacho qui a expliqué à la Gazette de Montréal que le projet « crée un précédent en faveur de la protection des espaces naturels dans les environnements urbains dans le reste du Canada ».

Récemment, le gouvernement fédéral a généré un coup de pouce en annonçant $50 millions pour le financement de ce projet, expliquant ce support financier par la capacité du parc de limiter les inondations et les effets des conditions météorologiques extrêmes.

Il s’agit certainement d’une excellente nouvelle pour la deuxième plus grande ville du Canada, qui se trouve en bas de l’échelle en ce qui concerne le nombre de parcs pour 1000 habitants, comme indiqué dans notre Rapport sur les Parcs Urbains du Canada publié en juin dernier.

 

Hectares de terrains réservés aux parcs pour 1000 habitants, Rapport sur les Parcs Urbains du Canada, 2019, Amis des parcs.

 

D’autres grandes villes canadiennes comme Vancouver ou Toronto luttent contre les mêmes défis. Trouver l’espace pour la création de nouveaux parcs est difficile dans des zones urbaines denses subissant la pression du développement immobilier.

Avec l’augmentation de la population, de plus en plus de personnes vivent dans les mêmes zones, ajoutant une pression supplémentaire sur les parcs existants. De fait, les employés municipaux de Montréal rappellent que la pression engendrée par la densité de population provoque une augmentation des coûts de maintenance des parcs de la ville encore plus importante que dans les autres villes du Canada.

Augmenter le nombre de terrains dédiés aux parcs urbains accessibles aux Montréalais, spécifiquement des espaces qui incluent des environnements naturels, aidera aussi les habitants à se connecter avec la nature sans avoir besoin de traverser les frontières de la ville.

Ce projet rappelle celui qui a été fait, et continue d’être fait, pour créer le premier parc urbain national du Canada, le Parc Rouge.

Géré par les Parcs Canada, le Parc Rouge de plus de 6 200 hectares est situé au sein des villes de Toronto, Pickering, et Markham, accessible en transport en commun pour les 6 millions d’habitants qui vivent dans la Grande Aire de Toronto et d’Hamilton. Il inclut plusieurs kilomètres de chemins de randonnés, de plages, et même un terrain de camping.

Pour ceux qui trouvent les parcs nationaux et provinciaux inaccessibles à cause de la distance, ces grands parcs naturels au cœur des villes sont essentiels.

De larges parcs naturels sont aussi la clef pour protéger la biodiversité urbaine et pour les services écologiques qu’ils fournissent, comme purifier l’air, l’eau, limiter les ilots de chaleur urbains qui sont de plus en plus importants avec l’augmentation des effets du réchauffement climatiques.

Le grand parc de l’Ouest est un exemple d’une tendance qui s’accélère dans la planification des parcs urbains : ne pas se concentrer uniquement sur les opportunités d’augmenter les espaces verts, mais mieux connecter ensemble des espaces existants, tout particulièrement dans les zones urbaines denses.

Connecter les parcs apporte une meilleure accessibilité aux espaces verts pour les personnes, mais peut aussi créer des couloirs nécessaires pour la vie sauvage qui protègent et améliorent d’importants habitats naturels qui ont été perdus au profit de l’urbanisation.

Nous avons dressé le profil de ces récents travaux dans notre rapport de 2015 intitulé Making Connections, et inclue une plongée dans le nouveau Green Network Plan de la ville d’Halifax dans notre Rapport sur les parcs urbains du Canada publié en 2019.

Connecter les parcs au sein d’un réseau uni, plutôt que de les concevoir que comme des tampons d’espaces verts, est une idée qui remonte aux premiers instants de ce qui est aujourd’hui considéré comme la construction moderne des parcs urbains.

C’est quand l’architecte paysagiste Frederick Law Olmsted a conçu au XIXe siècle des systèmes de parcs se concentrant sur les espaces verts, grands et petits, connectés à travers un réseau de parcs alignés.

De grands exemples de cette forme de conception de systèmes de parcs peut encore être trouvés dans des villes comme Boston, où le Collier d’Émeraude conçu par Olmsted connecte 450 hectares de terrains de parcs à travers la ville. Olmsted a aussi conçu le Parc du Mont Royal à Montréal (ainsi que, bien sûr, le Parc Central de New York).

Il y a encore de nombreux obstacles avec que le Grand parc de l’Ouest puisse être mis en place, dont le fait que de larges portions des espaces verts proposés sont la propriété de promoteurs immobiliers.

La Mairesse de Montréal, Valérie Plante, est confiante que la mairie puisse racheter ces terrains pour garantir leur transformation en espace vert.

 

Encourager les activités physiques dans les parcs à tout âge

Face à une population Canadienne qui se fait de plus en plus vieillissante, les parcs doivent s’adapter et répondre aux besoins des personnes âgées. C’est une problématique que nous avons aussi abordée dans notre nouveau Rapport sur les Parcs Urbains du Canada, qui décrit les nouvelles pratiques adoptées dans les parcs de 23 villes canadiennes.

S’adapter aux personnes âgées signifie qu’il faut concevoir des parcs qui soient accessibles à tous, mais aussi penser aux différents équipements et programmes nécessaires à nos aînés. Et, en tant que lieux de loisirs, il est essentiel de comprendre comment soutenir et encourager l’activité physique à tous les âges.

Par exemple, Toronto vient d’ouvrir un nouveau centre d’activité physique destiné aux personnes âgées dans le parc Godstone, à North York. Le projet est financé par un budget participatif pilote qui permet aux résidents de voter directement pour des améliorations au sein de leurs communautés, prouvant ainsi que les équipements mis en place pour les personnes âgées n’est pas uniquement une priorité pour les urbanistes, mais aussi pour les résidents.

De plus, une étude récente menée sur les parcs de quartiers aux Etats-Unis montre en quoi il est si important de donner la priorité aux équipements et programmes destinés aux personnes âgées. En effet, alors que ces dernières constituaient 20% des habitants, elles ne représentaient que 4% des utilisateurs de parcs. Quand on tend vers un futur où l’âge moyen de la population ne cesse d’augmenter, nous devons nous demander en quoi nous pouvons améliorer cette situation.

Voici quelques enseignements clés que nous pouvons tirer du Rapport sur les Parcs Urbains du Canada à propos des différentes manières de développer les activité physiques et les loisirs chez les personnes âgées.

Nouer des liens

La création d’espaces à la fois sécuritaires et récréatifs pour faire du sport était une préoccupation majeure dans les villes canadiennes. Mais créer un environnement social à la fois ludique et inclusif est également un élément clé à prendre en compte lors de la création d’espaces pour les personnes qui prennent de l’âge.

Cet élément social est d’autant plus important que de plus en plus de personnes vivent seules, y compris les personnes âgées, ce qui suscite des inquiétudes quant à la vague de solitude qui envahit le Canada et aux risques grandissants pour la santé provoqués par l’isolement social.

La solution? Rendre les activités physiques plus sociales.

Une étude récente menée par l’Université de la Colombie-Britannique publiée dans le Journal Health Psychology indique que, chez les personnes âgées, faire de l’exercice avec des personnes du même âge augmente la probabilité de faire de l’exercice plus régulièrement et favorise un sentiment d’appartenance à une communauté.

Mais nous pouvons aussi créer des opportunités de connexion sociale entre des personnes d’âges différents.

Par exemple, comme nous le soulignons dans le rapport, Calgary a installé l’une de ses salles de sport éphémères à côté d’une aire de jeux, ce qui la rend plus accessible à tous et permet aux parents et aux grands-parents de s’entraîner pendant que leurs enfants jouent.

Par ailleurs, à Toronto, notre programme Walk in the Park (« Marche dans ton parc ») forme les personnes âgées à créer et à diriger des clubs de marche dans les parcs de leur propre quartier. Cela fournit aux personnes un espace sûr et accueillant pour l’activité physique et l’exploration de parcs et de sentiers de leur quartier, mais a également permis de créer de nouvelles amitiés et un plus grand sentiment d’appartenance à un groupe.

En fait, le nombre de personnes ayant déclaré ressentir un lien étroit avec leur communauté locale a plus que doublé depuis le début du programme.

Préparez vos raquettes

Quel est d’après vous LE nouveau sport à la mode? Non, ce n’est pas le baseball. C’est un jeu appelé “pickleball” qui fait sensation au sud de la frontière et ici au Canada.

Le jeu, qui se pratique avec une balle et des raquettes, est un sport qui nécessite peu d’efforts et qui privilégie la souplesse à la vitesse et à la puissance, ce qui en fait un sport particulièrement intéressant pour les personnes âgées.

C’est en ceci que, d’après Rapport sur les Parcs Urbains du Canada, le pickleball est devenu l’un des loisirs sportifs les plus pratiqués. La demande est devenue si forte qu’une planification rapide de la part des villes pour soutenir ce nouveau sport est devenue nécessaire. Certaines, comme Waterloo, envisagent même de convertir des courts de tennis existants en terrains de pickleball.

Et d’ailleurs, pourquoi ce nom de « Pickleball »? Il vient d’un chien nommé Pickles, qui volait sans arrêt la balle de la première personne à avoir joué au jeu en 1965.

Réduire les barrières à l’apprentissage

Mettre du matériel de gymnastique en plein air dans un parc ne signifie pas systématiquement que les gens vont venir l’utiliser. Parfois, juste l’idée de devoir apprendre des règles ou une nouvelle technique peut être suffisante pour décourager les personnes à essayer quelque chose de nouveau.

Certaines villes, comme Prince George, aident à surmonter ce problème en créant un environnement social favorable par le biais d’un programme de mise en forme «try-it» (« essaie-donc »). Ce programme encourage les gens à essayer différentes activités récréatives dans un cadre exempt de tous jugements, comme le tai-chi, apprendre à courir et, effectivement, le pickleball.

Calgary utilise une piste similaire avec ses salles de sport éphémères, qui proposent des équipements de plein air dans différents parcs de la ville et qui s’adressent aux personnes âgées de plus de 65 ans. Le programme comprend des cours de fitness gratuits pour aider les gens à utiliser leurs équipements en toute confiance et pour promouvoir l’activité sociale.

Et à Saskatoon, le circuit de remise en forme en plein air River Landing, qui offre une vue imprenable sur la rivière Saskatchewan Sud, comprend du matériel sportif accessible pour personnes en fauteuil roulant et des plaques d’instructions pour encourager tout le monde à participer, peu importe leur handicap ou leur niveau.

Rester simple

Malgré tout, vous n’avez pas nécessairement besoin d’équipements sophistiqués pour amener les gens à se déplacer à l’extérieur.

Une étude menée la Corporation RAND a révélé qu’un indicateur important de l’activité physique dans un parc était la présence ou non d’une boucle piétonnière. L’étude a révélé que les parcs avec boucles de marche comptaient 80% de plus d’utilisateurs et que les personnes observées pratiquant au moins un exercice modéré étaient 90% plus élevées que dans les parcs sans boucles de marche.

Cela concorde avec ce que nous avons constaté dans notre Rapport sur les Parcs Urbains du Canada, dans lequel des villes de tout le pays ont déclaré que les sentiers de promenade constituaient l’un des aménagements les plus fréquemment demandés par les résidents des parcs.

Si vous avez trouvé cet article utile, trouvez encore plus d’inspiration à travers le pays sur les thèmes de la croissance, de la nature, de l’activation, de la collaboration et de l’inclusion en lisant le Rapport sur les Parcs Urbains du Canada.

Que peut-on apprendre du plan de Copenhague visant à créer une ville plus résiliente au changement climatique

À la vue des photos des inondations et des dommages causés par l’ouragan Harvey à Houston à la une des journaux et dans les médias sociaux, le moment est idéal pour réfléchir au niveau de préparation des villes canadiennes en cas de conditions météorologiques extrêmes.

Comme nous l’avons mentionné dans Parcs résilients, ville résiliente le mois dernier, le changement climatique au Canada cause de plus en plus d’épisodes météorologiques extrêmes qui nuisent aux environnements urbains, notamment des sécheresses et des vagues de chaleur, mais aussi des pluies torrentielles pouvant entraîner des crues éclair et des dommages à long terme dans nos villes.

Toronto vient tout juste de faire l’expérience des conséquences du changement climatique de façon très concrète. En effet, les pluies torrentielles du printemps ont causé des inondations qui ont forcé la fermeture des îles de Toronto durant la majeure partie de l’été. Certains quartiers de Montréal ont aussi été confrontés à des inondations provoquées par des pluies diluviennes cette année. De plus, il y a seulement quelques années, les inondations graves à Calgary ont forcé l’évacuation de certains quartiers et causé la mort de plusieurs personnes.

Voilà ce à quoi je pensais quand j’ai assisté à la conférence Greater & Greener de City Parks Alliance à Minneapolis-Saint Paul, au début d’août. J’ai pu voir la présentation Lykke Leonardsen qui travaille en développement durable à la Ville de Copenhague. Leonardsen a présenté le plan d’adaptation au climat de cette ville (une lecture très intéressante) et la stratégie de gestion des averses torrentielles qui repose principalement sur l’investissement dans les infrastructures vertes.

Nous avons abordé les infrastructures vertes et les différents éléments des solutions liées aux parcs exposées dans le billet Resilient Parks, Resilient City, alors je ne les présenterai pas en détail ici. Je souhaite toutefois raconter ce que j’ai entendu à la présentation de Leonardsen et décrire le formidable travail d’avant-garde effectué à Copenhague pour rendre la ville résiliente au changement climatique. Copenhague repense les rues, les parcs et les autres espaces publics afin de transformer les eaux de ruissellement pour les faire passer de fardeau à une ressource précieuse. Le Canada a beaucoup à apprendre de Copenhague.

 Construire des parcs en fonction des inondations

Aujourd’hui, les citoyens sont probablement habitués à l’idée de concevoir les parcs comme des endroits qui peuvent aussi recevoir et absorber l’eau durant les tempêtes ou protéger les villes des inondations. Toronto possède d’excellents exemples de ces parcs, dont le parc Corktown Common qui a est présenté dans notre rapport Resilient Parks, Resilient City.

Copenhague prend des mesures plus poussées en concevant des espaces publics alliant des surfaces dures et des aires vertes non rigides pour retenir l’eau et l’utiliser comme ressource dans le parc. Le square Tasinge Plads récemment construit (voir l’image sous le titre) absorbe l’eau de la pluie qui tombe sur le parc, mais aussi l’eau des quartiers environnants durant les tempêtes. En plus de contribuer à éliminer les inondations, l’aménagement du parc crée un paysage unique formé de structures semblables à des parapluies inversés qui recueillent également de l’eau de pluie et apportent un élément ludique.

Un parc conçu en fonction des inondations n’a pas à être vert. Il peut s’agir d’une surface dure comme une place publique, un terrain de basketball ou une autre surface de jeu conçue pour absorber l’eau durant une tempête et la transformer en une sorte de bassin-miroir qui laisse l’eau s’égoutter – comme dans le Enghave Park, à Copenhague.

 

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Transformer les rues en rivières

Une partie du plan de Copenhague prévoit des boulevards de ruissellement, qui, en plus d’avoir un nom poétique, remplissent une fonction très importante quand il pleut. Dans ces boulevards, on a aménagé des dépressions, comme des rigoles de drainage biologique et d’autres surfaces nivelées, qui se transforment essentiellement en petits cours d’eau durant les pluies diluviennes, en ralentissant, en absorbant et en guidant l’eau de pluie.

Cet aménagement a aussi l’avantage de créer une charmante structure remédiant à la situation que nous voyons généralement quand l’eau coule dans le caniveau en emportant des mégots et des ordures avant de s’accumuler autour des égouts bouchés des rues de la ville. Je vous prie de m’excuser de la faible qualité de l’image ci-dessous; j’ai pris la photo durant la démonstration d’un boulevard de ruissellement en action au cours de la présentation de Leondardsen. Vous pouvez voir plus d’images dans cette présentation.

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Une solution gagnante pour tous

Finalement, toutes les mesures prises permettront à Copenhague d’économiser de l’argent. Vraiment beaucoup d’argent. Pour un instant, oubliez le coût des dommages causés par les tempêtes que ce plan contribuera sûrement à diminuer (même si la facture peut être très salée – les réclamations en dommages matériels causés par la tempête de juillet 2013 à Toronto se sont élevées à un milliard de dollars). Concentrez-vous plutôt sur le coût de l’aménagement d’améliorations de l’infrastructure pour mieux résister aux conditions météorologiques extrêmes et à l’augmentation des précipitations. Fondé sur une combinaison d’éléments d’infrastructure verte et d’infrastructure grise plus traditionnels (comme la canalisation et les plans de traitement), le plan de Copenhague coûtera la moitié du montant qui aurait été nécessaire dans le cas d’un plan basé entièrement sur les infrastructures grises.

En effet, les économies sont phénoménales. Mais ce n’est pas tout. Puisque les infrastructures vertes créent généralement de nouveaux parcs et des espaces publics améliorés, l’investissement dans les infrastructures pour gérer les eaux de ruissellement apporte un aspect esthétique et récréatif dont la population peut profiter.

Économiser, construire des infrastructures, améliorer l’espace public; Copenhague fait d’une pierre trois coups.

Parcs résilients, ville résiliente: Rôle des infrastructures vertes et des parcs pour créer des villes mieux adaptées aux changements climatiques

La série Solutions pour les parcs de Park People explore les défis que les parcs urbains au Canada doivent relever et les occasions que ceux-ci doivent saisir en proposant des histoires inspirantes, des pratiques exemplaires et des stratégies essentielles pour aller de l’avant.

 

Flood impacts in Calgary. Photo by James Tworow (Flickr CC)Conséquences de l’inondation de 2013 à Calgary. Photo de James Tworow (FlickrCC).

Les changements climatiques comme source de phénomènes météorologiques extrêmes et de répercussions sur les villes canadiennes

C’est devenu un phénomène urbain familier. Pluies abondantes, crues brutales, élévation du niveau des eaux qui entraînent l’inondation des parcs, des rues et des maisons. Les changements climatiques provoquant des phénomènes météorologiques extrêmes – aussi bien des périodes de chaleur et de sécheresse que de pluie abondante – il est capital d’aménager les milieux urbains de façon à en réduire les conséquences. Selon un expert, le climat de Toronto sera « plus chaud, plus pluvieux et plus fou » à cause des changements climatiques[i]. On s’attend à des étés plus secs et à des hivers plus pluvieux à Vancouver[ii].

Il suffit d’examiner les cinq dernières années pour le constater. En juillet 2013, la région du Grand Toronto a connu sa tempête la plus violente en 60 ans : 126 mm de pluie sont tombés en deux heures, faisant déborder les systèmes d’égout pluvial – les tuyaux de drainage, les canalisations, les conduites, et les canaux construits pour acheminer l’eau vers les installations de traitement – et causant l’inondation des routes, des voies de chemin de fer et des sous-sols. Les dommages se sont élevés à 1 milliard de dollars[iii]. On note aussi des répercussions négatives sur la santé des citoyens et des écosystèmes.

Toujours en juillet 2013, Calgary a reçu des pluies abondantes qui ont causé la crue des rivières de la ville, notamment la rivière Bow, inondant les quartiers et entraînant des ordres d’évacuation et plusieurs décès. Cette situation a été abordée en profondeur dans un rapport précédent de Park People, La ville verte, rédigé par le professeur Bev Sandalack de l’Université de Calgary. Elle y préconise une approche du paysage pour planifier les parcs qui tient compte des services écologiques fournis par les parcs et les améliore[iv].

Cette année, Toronto a subi de nouveau les effets des changements climatiques. Les pluies torrentielles et fréquentes du printemps et le niveau d’eau élevé du lac Ontario ont entraîné la fermeture de la très populaire île de Toronto à cause des inondations,une situation pénible pour bien des habitants de la ville. La pluie a aussi créé de grandes mares d’eau stagnante dans de nombreux parcs et réduit les plages des zones riveraines. Cette année, des régions du Québec, notamment les secteurs de Montréal et de Gatineau, ont également été inondées à la suite de fortes pluies, qui ont submergé les rues et causé des dommages aux maisons[v].

Les inondations causées par les pluies abondantes entraînent des dommages visibles, mais elles ont aussi un effet moins évident. Dans de nombreuses villes, les réseaux d’eaux usées et d’eaux pluviales ne font qu’un. Quand le réseau est incapable d’absorber les fortes pluies, les eaux usées partiellement traitées et les eaux pluviales sont rejetées dans les cours d’eau pour délester le système et prévenir son inondation[vi]. C’est ce qu’on appelle un déversoir d’orage. De nombreuses villes travaillent activement à atténuer ce problème en investissant dans de nouvelles infrastructures d’eau pluviale qui réduisent la quantité d’eau entrant dans le système, car ces déversements provoquent des dommages environnementaux et menacent la qualité de l’eau.

Mais quel est le lien avec les parcs?

Se prémunir des changements climatiques en dotant sciemment les parcs d’ infrastructures résilientes

Les parcs sont essentiels pour augmenter les habitats naturels dans les villes, fournir des espaces récréatifs et sociaux et améliorer notre bien-être mental et physique; ces avantages ont été expliqués plus en détail dans de récents rapports des organismes Toronto Public Health [vii] et Park People[viii]. Mais en tant que principaux aménagements paysagers dans nos milieux urbains, les parcs sont aussi des éléments essentiels de l’infrastructure de gestion des eaux de ruissellement.

Les espaces verts contribuent à absorber et à filtrer la pluie. Sans eux, l’eau ruisselle sur des surfaces à revêtement dur comme les routes pavées, pour aboutir dans les égouts pluviaux et se retrouver finalement dans les cours d’eau – avec les déchets, les bactéries et autres polluants recueillis au passage. Les terrains absorbants, comme les parcs, peuvent réduire le ruissellement de 8 à 10 fois, comparativement à des surfaces comme les routes ou les stationnements[ix].

Toutefois, tous les parcs n’absorbent pas la pluie simplement parce qu‘il s’agit d’espaces verts. Dans les parcs, la terre peut être très compacte en raison de l’utilisation – par exemple, les joueurs de soccer qui vont et viennent sur le terrain – ce qui diminue la quantité d’eau pouvant être filtrée par le sol.

Il existe une solution. Nous pouvons concevoir les parcs et espaces publics comme des éponges, ou dotés des matières ayant la capacité d’absorption de l’éponge, en utilisant l’infrastructure verte pour les aider plus efficacement à capturer, à retenir et à traiter l’eau de pluie. Ces installations contribuent à rafraîchir les villes grâce à l’ombre naturelle et à l’évaporation de l’eau des arbres et des plantes, à réduire les inondations et, en fin de compte, à créer des villes qui offrent une meilleure résilience face aux changements climatiques.

Essentiellement, l’idée qui sous-tend l’infrastructure verte consiste à aménager des espaces copiant ou améliorant la capacité de la nature à ralentir le ruissellement de l’eau de pluie, à l’absorber et à la filtrer au lieu de l’évacuer le plus vite possible dans un réseau de canalisations souterraines par des drains et qu’on désigne souvent par infrastructure « grise ». L’infrastructure verte dans les parcs peut comprendre la revitalisation des cours d’eau cachés, les jardins de pluie et les milieux humides qui filtrent les polluants et retiennent l’eau ou acheminent celle-ci vers des réservoirs souterrains.

Le moindre projet a son importance. Un projet de démonstration d’infrastructure verte à Mississauga le long d’Elm Drive a réduit la quantité d’eau entrant dans le réseau d’eau pluviale de 30 % pendant de fortes pluies en juillet 2013[x]. En réduisant la quantité d’eau déversée dans le réseau, le projet a diminué les risques de surcharge.

De nombreuses villes intègrent directement l’infrastructure verte dans la planification des mesures de résilience aux changements climatiques pour être en mesure de faire face aux intempéries. Le nouveau plan de gestion des eaux pluviales de Vancouver fait valoir qu’« à mesure que le climat et les modèles de précipitations changent, l’infrastructure verte, de concert avec le réseau d’eau pluviale, permettra d’offrir de meilleurs niveaux de service d’un bout à l’autre du spectre des précipitations, maintenant et dans l’avenir. »[xi]

Éléments d’infrastructure verte courants dans les parcs et l’espace public

Bioswale. Photo by Aaron Volkening (Flickr CC)Rigole de drainage. Photo par Aaron Volkening (FlickrCC).

Jardin de pluie. Dépression remplie de végétation, d’arbres et de pierres qui recueille et retient l’eau de pluie, qu’on récupérera pour arroser les plantes et pour la laisser s’infiltrer dans le sol. Un jardin de pluie peut être aménagé dans des endroits stratégiques au sein d’un parc ou sur le bord des routes, et être alimenté par un drain recueillant les eaux de pluie. La ville de New York a investi des sommes importantes pour aménager des jardins de pluie dans le cadre de son plan général d’infrastructure verte, avec pour avantage l’embellissement des rues et l’amélioration du verdissement urbain.

Bassin de gestion des eaux pluviales. Secteur désigné pour contenir l’eau pendant de fortes pluies. Il peut être humide ou sec. Un bassin de rétention humide, à l’instar d’un milieu humide, est conçu pour toujours contenir l’eau, tandis qu’un bassin de rétention sec, comme un terrain de basketball ou un terrain de jeu, vise à recueillir et à retenir l’eau uniquement pendant les tempêtes.

Revitalisation des cours d’eau cachés. Pratique consistant à remettre au grand jour les cours d’eau canalisés et à les revitaliser. Par exemple, à Vancouver, on travaille actuellement sur un projet de « création d’un cours d’eau écologiquement diversifié » dans les parcs Tatlow et Volunteer qui se déversera dans la baie des Anglais[xii].

Rigole de drainage. Dépression ou fossé peu profond, quelquefois rempli de végétation et de pierres, qui évacue l’eau de pluie vers un drain, un plan d’eau ou un bassin de rétention comme un réservoir souterrain ou un bassin à ciel ouvert. 

Aire de biorétention pour le stockage. Aire souterraine de traitement et de stockage des eaux de pluie qui recourt à des  sols conçus pour retenir et absorber l’eau. Elle peut servir à créer des conditions favorisant la croissance d’arbres sains, grâce à des structures alvéolaires pouvant supporter le poids du pavage qui les surplombe.

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Image by Schollen & Company

Pavage perméable. Pavage favorisant l’infiltration de l’eau dans le sol au lieu de la faire ruisseler, notamment des matériaux comme le béton poreux et les pavés emboîtables en béton perméable. Une étude a révélé que le pavage perméable est utile en hiver, car il permet à l’eau de fonte de s’infiltrer, ce qui réduit la quantité de glace sur la route[xiii]. Autre avantage, ces solutions de pavage sont aussi conçues pour alimenter les aires de biorétention souterraines afin de fournir de l’eau aux arbres et aux secteurs végétalisés.

Les multiples avantages de l’infrastructure verte

L’infrastructure verte présente des avantages multiples et sur plusieurs plans, contrairement à l’infrastructure grise, qui ne joue qu’un seul rôle, à savoir transporter l’eau dans une canalisation[xiv]. L’infrastructure verte peut :

Bikes and green infrastructure_NACTO

Le vélo et l’infrastructure verte. Image tirée de NACTO

L’espace Raindrop Plaza à Toronto illustre bien les avantages multiples des projets d’infrastructure verte. Constituant le projet pilote Green Streets et intégrant les nouvelles lignes directrices techniques en matière de rues vertes de la ville, ce projet de 2018 transformera une large voie permettant de tourner et un terre-plein en un nouvel espace perméable avec jardins de pluie. Cet aménagement récupérera les eaux de ruissellement de la rue par une rigole de drainage peu profonde conçue pour mettre en valeur les nombreuses rivières de Toronto qui ont été enfouies quand la ville a été développée. Il servira à recueillir les eaux de pluie pour arroser les arbres qui sont sur place grâce à des aires de biorétention aménagées avec des structures alvéolaires sous le pavage perméable. Ce projet permettra à la ville de créer un nouvel espace vert communautaire, d’accroître la superficie des habitats naturels, de fournir des occasions d’en savoir plus sur les systèmes écologiques et, bien sûr, de réduire les eaux de ruissellement. En fait, une analyse coûts-avantages effectuée pour la Ville de Toronto par le Carleton Centre for Community Innovation de l’Université de Carleton a chiffré les avantages à plus de 200 000 , soit presque le tiers des frais de construction globaux[xvii].

Rendering by Schollen & Company

Raindrop Plaza. Image tirée de Schollen &Company.

Naturellement, l’infrastructure verte comporte aussi son lot de défis. Voici certains des principaux aspects à prendre attentivement en considération :

Cinq mesures que les villes canadiennes peuvent prendre pour améliorer l’infrastructure verte dans les parcs

1. Intégrer l’infrastructure verte, si possible, dans le réaménagement et la construction de parcs et d’espaces publics

 

Corktown Common. Photo by Jake Tobin Garrett

Corktown Common. Photo de Jake Tobin Garrett

L’infrastructure verte doit être intégrée de façon plus systématique dans la planification et la conception des parcs afin qu’on puisse examiner les possibilités dès le départ, à la fois pour les réaménagements et les constructions de parc;t il faut par ailleurs prévoir des ententes ou des fonds pour l’entretien courant, plutôt que d’y réfléchir après coup. On s’assure ainsi que les éléments d’infrastructure verte sont intégrés dans la conception et peuvent en fait devenir des attraits et des installations récréatives du parc.

Dans une entrevue avec la National Parks and Recreation Association, Andy Frank, ingénieur écologue du Montgomery County dans le Maryland, a déclaré : « Tous les organismes ont des parcs et des installations qu’ils doivent rénover ou mettre à niveau, et chaque nouveau projet de parc présente des possibilités d’intégrer la gestion verte des eaux de pluie au tout début. En fait, plus tôt elle est intégrée au projet, plus c’est facile et moins c’est cher. »[xix]

Prenons l’exemple du parc Corktown Common à Toronto. Les enfants qui jouent dans l’aire de jeux d’eau du parc ou les gens qui pique-niquent sur l’herbe ne savent peut-être pas qu’il sont en fait sur une berme de protection contre les inondations conçue pour protéger les zones plus basses de la ville situées du côté ouest du parc des inondations de la rivière Don, qui se trouve à l’est. Ce parc est un espace vert magnifique, complexe et riche, avec une biodiversité et des aménagements spectaculaires, notamment des sentiers sinueux, des jeux d’eau et un milieu humide[xx]. Mais ces caractéristiques sont aussi fonctionnelles, car elles contribuent à recueillir et à filtrer l’eau de pluie, qui est ensuite traitée par rayonnement ultraviolet et stockée dans des réservoirs souterrains pour être utilisée pour l’irrigation[xxi].

Le plan de réaménagement du Bowmont Natural Environment Park de Calgary a pour objectif d’intégrer l’infrastructure verte dans le parc pour protéger la rivière Bow, qui a causé de graves inondations lors de la tempête de 2013. « L’emplacement du parc dans la plaine d’inondation offre une rare occasion de protéger la rivière Bow en intégrant la gestion verte des eaux de pluie comme élément fonctionnel du parc, explique la Ville. Les éléments de récupération des eaux de pluie constitueront aussi un attrait majeur du parc pour les visiteurs. »[xxii] Des éléments d’infrastructure verte comme un milieu humide sont intégrés dans l’habitat faunique, ainsi que des sentiers de marche et des pistes cyclables.

À Vaughan, le projet du Edgeley Pond and Park est une partie essentielle des plans généraux de la ville pour aménager un nouvel espace communautaire au centre-ville dans le Vaughan Metropolitan Centre. Le projet créera un nouvel espace ouvert passif et actif de 7,5 hectares à l’usage de la collectivité et qui servira aussi d’infrastructure verte et de protection contre les inondations, ce qui est essentiel pour avoir accès à de nouveaux terrains pour développer le secteur.

2. Établir un plan exhaustif de déploiement de l’infrastructure verte

De nombreuses villes continuent de mener des essais au moyen de projets pilotes, de projets ponctuels et d’initiatives d’infrastructure verte à petite échelle, mais il est important de fournir des ressources et du personnel pour investir dans un plan de mise en œuvre stratégique pouvant guider le déploiement de l’infrastructure verte de façon plus générale. Ces plans peuvent nécessiter l’inclusion de l’infrastructure verte dans les nouveaux projets de développement et ils peuvent aussi requérir l’évaluation du système actuel du parc pour comprendre où se trouvent les meilleures possibilités.

Comme l’indique le récent document Rainfall Management and Green Infrastructure Plan de Vancouver, les projets d’infrastructure verte de la ville sont principalement des « initiatives pilotes dirigées par les employés » qui « ont vu le jour quand des occasions se sont présentées et que des ressources étaient disponibles, et qui ne constituaient pas au départ une partie intégrante des programmes d’immobilisations de la Ville ou des exigences de développement. »[xxiii] Le nouveau plan s’appuie sur ce que la Ville a appris des nombreux projets pilotes et sur des objectifs généraux, comme recueillir, filtrer et traiter 90 % des eaux de pluie avant qu’elles ne soient déversées dans l’océan, ainsi que sur des stratégies particulières pour les atteindre.

Le plan de Montréal, Vers une gestion durable des eaux municipales, met l’accent sur l’infrastructure verte, y compris sur le programme des ruelles vertes permettant de transformer les ruelles pavées en espaces verts, et ce, en partenariat avec les résidents. Le plan comprend aussi l’aménagement de jardins de pluie et de bassins de gestion des eaux pluviales en bordure des terrains de stationnement et des parcs, comme au Parc du Mont-Royal, le parc central de la ville.

Mais c’est le plan de Philadelphie, Green City, Clean Waters, qui constitue l’exemple par excellence d’un plan exhaustif d’infrastructure verte en Amérique du Nord. La ville vient de célébrer le cinquième anniversaire de son plan vicennal en annonçant qu’après cinq ans de déploiement, 1,5 milliard de gallons d’eau polluée ne sont plus déversés dans les rivières chaque année[xxiv]. Le plan comprend un partenariat avec le service des parcs et des loisirs de Philadelphie pour inclure l’infrastructure verte dans les parcs de la ville, comme le Ralph Brooks Park, récemment rénové, dans lequel ont été aménagés des jardins de pluie et un réservoir de stockage de l’eau d’une capacité de 16 000 gallons sous le terrain de basketball[xxv].

3. Créer des éléments d’infrastructure verte ludiques et visibles pour améliorer les connaissances écologiques

Tasinge Plads in Copenhagen. Photo from Klimakvarter

Tasinge Plads à Copenhague. Photo de Klimakvarter

De nombreux réseaux essentiels des villes sont souterrains et hors de la vue; ils ne deviennent un sujet de conversation qu’en cas de problème comme une inondation à la suite d’une tempête ou une panne d’électricité. En rendant visible l’infrastructure de collecte des eaux de pluie, par exemple, en aménageant des milieux humides, des rigoles de drainage et d’autres éléments de l’infrastructure verte, nous créons aussi des occasions pour les citoyens de se renseigner sur notre environnement naturel et sur les réseaux de la ville. Des affiches explicatives, des éléments ludiques, des visites et des programmes éducatifs peuvent accroître la sensibilisation et le soutien.

La ville de Copenhague s’y est employée dans le nouveau parc urbain Tåsinge Plads. Qualifié de premier « espace urbain de la ville adapté aux changements climatiques »[xxvi], le parc a remplacé une surface autrefois pavée en grande partie et a été aménagé sur plusieurs niveaux pour recueillir et retenir les eaux de pluie provenant d’un quartier voisin de 4 300 mètres carrés. Des éléments sculpturaux comme des parasols inversés recueillent les eaux de pluie et fournissent de l’eau aux plantes. Le parc s’inscrit dans un plan d’adaptation aux changements climatiques plus vaste, qui vise à transformer Copenhague en une ville plus résiliente en matière de changements climatiques, et ce, grâce au type d’infrastructure verte installée dans le parc Tåsinge Plads et aux investissements qui y ont été consacrés[xxvii].

Mais il n’est pas nécessaire que ce soit compliqué. À Vancouver, dans John Hendry Park – connu localement sous le nom de Trout Lake – un bassin de plantes et de pierres achemine les eaux de pluie du toit du centre communautaire voisin dans le lac en passant par le parc, ce qui constitue un attrait unique et met en valeur les systèmes hydrologiques. Le réaménagement prochain du parc fera une plus grande place à d’autres éléments d’infrastructure verte, notamment des cours d’eau sinueux qui alimenteront le lac.

4. Faire participer les membres de la collectivité et créer des occasions de formation professionnelle et de perfectionnement des compétences

Streetside garden in Vancouver. Photo by Jake Tobin Garrett

Jardin a Vancouver. Photo de Jake Tobin Garrett

Les projets d’infrastructure verte dans les parcs offrent des occasions aux citoyens de participer à la définition d’une vision pour leur parc, et aussi à la gérance de ces espaces. Comme dans tout projet de parc, il est essentiel d’inclure les membres de la collectivité dès les tout débuts et tout au long du processus, et également de leur permettre de continuer de participer une fois le projet terminé. Le programme Green Parks de Philadelphie, par exemple, permet aux membres de la collectivité de proposer qu’un parc de leur quartier soit inclus dans les projets d’infrastructure verte[xxviii].

Les organismes locaux ou les groupes de bénévoles, comme un groupe des amis du parc, pourraient aussi participer en aidant à entretenir les éléments d’infrastructure verte ou en animant des programmes éducatifs. Un programme Adoptez un jardin de pluie pourrait s’inspirer d’autres programmes d’adoption d’espaces verts, comme Green Streets à Vancouver ou Ruelles vertes à Montréal.

Les projets d’infrastructure verte peuvent aussi servir à promouvoir le développement économique local en intégrant des occasions de formation professionnelle et de perfectionnement des compétences pour les collectivités locales. L’organisme Park Pride en Atlanta, par exemple, a collaboré avec des organismes de services communautaires pour engager des jeunes de la collectivité pour travailler sur des projets d’infrastructure verte dans les parcs[xxix].

5. Créer des outils financiers pour aider à financer les projets d’infrastructure verte dans les parcs et l’espace public

Certaines villes préconisent l’imposition d’une redevance pour la gestion des eaux pluviales pour financer les projets d’infrastructure verte. Contrairement à une taxe, cette redevance est structurée comme des « frais d’utilisation » facturés aux propriétaires, selon la surface de leur terrain qui est imperméable, pour déterminer leur contribution aux eaux de ruissellement. Ces redevances peuvent constituer une importante source de revenus pour financer les projets de parc où se trouvent des éléments d’infrastructure verte, à la fois pour leur construction et leur entretien.

Selon un récent rapport de l’organisme Credit Valley Conservation, « dans les cas où les municipalités ont imposé des redevances pour la gestion des eaux pluviales, le personnel du service des parcs et des loisirs peut être enclin à ajouter des éléments d’infrastructure verte dans les parcs. Les frais d’exploitation pour l’entretien des éléments d’aménagement [infrastructure verte] et les stationnements perméables sont généralement payés par les redevances pour gestion des eaux pluviales plutôt qu’à même le budget du parc. » (traduction libre)[xxx]

La ville de Philadelphie, par exemple, impose une redevance pour la gestion des eaux pluviales, basée sur la surface de terrain imperméable d’une propriété, pour aider à financer l’infrastructure de gestion des eaux de ruissellement, comme les nombreux aménagements d’infrastructure verte dans les parcs et les espaces publics de la ville[xxxi]. Mississauga a récemment approuvé une redevance similaire, qui est entrée en vigueur en 2016[xxxii]. Malheureusement, Toronto a mis sur une tablette en 2017 un plan visant la création d’une redevance pour financer les projets de gestion des eaux pluviales[xxxiii].

L’infrastructure verte, plus qu’une question de gestion des eaux de ruissellement

Essentiellement, l’infrastructure verte consiste à créer des espaces pour faciliter la gestion des eaux pluviales, mais ces projets présentent aussi une foule d’autres avantages, de la création d’habitats à l’aménagement de nouveaux lieux de rencontre publics. Comme les parcs, l’infrastructure verte présente des avantages importants à bien des égards, notamment sur les plans environnemental, économique et social.

On peut utiliser l’infrastructure verte comme une méthode pour créer des parcs et des espaces publics, en transformant des petits bouts de route ou d’autres terrains en magnifiques espaces communautaires multifonctionnels, comme le Raindrop Plaza. Elle peut aussi servir à donner accès à de nouveaux terrains de lotissement en les protégeant contre les inondations, comme le plan de Toronto pour restaurer l’embouchure de la rivière Don, ce qui ouvre la porte à l’aménagement du quartier Portlands.

L’infrastructure verte peut être utilisée pour créer des espaces urbains ludiques et originaux qui fourniront également des occasions de se renseigner sur les systèmes écologiques. Elle peut permettre d’économiser de l’argent, surtout si elle est assortie à une redevance pour la gestion des eaux pluviales qui incite à développer l’infrastructure verte. Mais, plus que tout, elle permet de créer des villes plus résilientes en matière de changements climatiques et mieux outillées pour résister aux intempéries. Il est tout simplement sensé d’investir dans l’infrastructure verte de nos parcs et de nos espaces publics.

Image de titre: jardin de pluie à Toronto. Photo by Marc Yamaguchi.

 

Remerciements

Un grand merci à Sheila Boudreau pour son temps et ses corrections. Sheila est architecte paysagiste principale pour l’Office de protection de la nature de Toronto et de la région. Elle était auparavant conceptrice d’urbanisme pour la Ville de Toronto et à ce poste, elle a codirigé le projet Green Streets avec le service chargé de la gestion de l’eau à Toronto. Merci aussi aux personnes suivantes qui m’ont fourni des renseignements et des exemples d’études de cas : Clara Blakelock, de Rain Community Solutions; Gerardo Paez Alonso, chef de projet pour le Vaughan Metropolitan Centre; et Michelle Sawka, chef de projet pour la Green Infrastructure Ontario Coalition.

http://www.cbc.ca/news/canada/toronto/toronto-climate-change-flooding-1.3889381.[ii] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan Staff Report, 2016, p. 9.[iii] Credit Valley Conservation. Advancing Low Impact Development as a Smart Solution for Stormwater Management, 2015..[iv] Sandalack, Beverley. La ville verte, publication de Park People, 2017.[v] Voir http://www.ctvnews.ca/canada/documenting-the-ravages-of-flooding-in-quebec-1.3409153.[vi] Voir http://www.citynews.ca/2016/12/16/raw-sewage-flowing-into-toronto-harbour-report/[vii] Toronto Public Health. Green City, 2016.[viii] Park People. Susciter le changement, 2017. Voir https://parkpeople.ca/custom/uploads/2017/04/Park-People_Sparking-Change_FRENCH-1.pdf[ix] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan: Best Management Practice Toolkit, 2016, p. 5[x] Credit Valley Conservation Authority.[xi] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan Staff Report, 2016, p. 9.[xii] Voir http://vancouver.ca/parks-recreation-culture/tatlow-and-volunteer-park-stream-restoration.aspx[xiii] Credit Valley Conservation, p. 25.[xiv] Green Infrastructure Ontario Coalition. A Green Infrastructure Guide for Small Cities, Towns and Rural Communities, 2016, p. 4.[xv] Voir http://citiscope.org/story/2016/why-copenhagen-building-parks-can-turn-ponds[xvi] Credit Valley Conservation, p. 10.[xvii] Conversation avec Sheila Boudreau, ancienne codirectrice du projet Green Streets pour la Ville de Toronto.[xviii] Credit Valley Conservation, p. 22.[xix] Voir http://www.nrpa.org/parks-recreation-magazine/2017/april/green-infrastructure-stormwater-management-in-parks/[xx] Voir https://www.theglobeandmail.com/news/toronto/new-toronto-park-doubles-as-flood-protection/article12897840/[xxi] Voir http://blog.waterfrontoronto.ca/nbe/portal/wt/home/blog-home/posts/torontos+next+generation+stormwater+infrastructure+01[xxii] Voir http://www.calgary.ca/UEP/Water/Pages/construction-projects/Construction-projects-and-upgrades/East-Bowmont-park-project.aspx[xxiii] Ville de Vancouver. Citywide Integrated Rainwater Management Plan Staff Report, 2016, p. 4.[xxiv] Voir http://phillywatersheds.org/5Down[xxv] Voir http://www.phillywatersheds.org/new-and-improved-ralph-brooks-park-manages-stormwater-green-tools[xxvi] Voir http://klimakvarter.dk/en/projekt/tasinge-plads/[xxvii] Voir http://citiscope.org/story/2016/why-copenhagen-building-parks-can-turn-ponds[xxviii] Voir http://www.phillywatersheds.org/what_were_doing/green_infrastructure/programs/green-parks[xxix] Voir http://meetingoftheminds.org/green-infrastructure-parks-can-lead-community-empowerment-21033[xxx] Credit Valley Conservation, p. 22.[xxxi] Voir http://www.politico.com/magazine/story/2017/04/20/innovative-infrastructure-storm-water-system-215055[xxxii] Voir http://www.mississauga.ca/portal/stormwater/charge[xxxiii] Voir https://www.thestar.com/news/city_hall/2017/05/16/toronto-flushes-plan-for-stormwater-fee.html

 

Les parcs représentent un lieu naturel pour mobiliser les gens par-delà les différences

En prévision de notre conférence nationale sur les parcs urbains qui se tiendra à Calgary en mars 2017, nous nous sommes entretenus avec la conférencière Jay Pitter, auteure, cocréatrice d’espaces publics et experte de la mobilisation des parties prenantes. Le travail de Jay Pitter vise à renforcer les capacités, les ressources et les relations requises pour la cocréation de villes plus inclusives, sûres et dynamiques. Cet entretien a été initialement publié dans le magazine Spacing.

Si vous habitez à Calgary, inscrivez-vous pour assister gratuitement à la présentation de Jay Pitter le 6 mars 2017.

 

Jake Tobin Garrett : L’objectif de l’organisation pour laquelle vous travaillez, Inspirit Foundation, est de créer un Canada plus inclusif et pluraliste où l’on valorise et tire parti des différences au sein de la population. Selon vous, comment se traduit cet objectif dans les parcs et les lieux publics?

Jay Pitter : En plus de reconnaître les inégalités systémiques et d’y répondre, nous sommes d’avis que, pour créer un pays plus inclusif et pluraliste, il faut encourager les gens à interagir en dépassant leurs différences. Et à cet égard, l’espace public tient une place importante. L’Inspirit Foundation apporte son soutien à de nombreux projets qui se servent de l’espace public pour rassembler les gens autour de questions primordiales touchant l’endroit où ils vivent.

Nous avons par exemple financé un projet à Edmonton appelé iHuman. Le projet permet aux jeunes Autochtones, dont beaucoup vivent dans la rue, de créer des liens sociaux dans des lieux publics. L’an dernier, une fête de quartier a été organisée, avec des spectacles et des ateliers animés par des jeunes Autochtones qui ont mobilisé les gens dans la rue ainsi que le grand public. Ce qui est vraiment passionnant dans ce projet, c’est que de jeunes Autochtones itinérants jusque-là en situation de vulnérabilité se retrouvent soudain aux commandes. Ce projet démontre leur capacité et pas seulement leurs difficultés. L’espace public joue ici un rôle essentiel pour amplifier cette approche respectueuse visant à mobiliser des jeunes et à s’attaquer à l’exclusion systémique.

JTG : De manière très visible, aussi.

JP : Oui, et d’une manière viscérale aussi. S’il est important de s’attaquer aux problèmes au niveau systémique, voir comment le changement, l’espoir et les tensions se manifestent dans la rue est aussi riche d’enseignement. Depuis de nombreuses années, nous nous efforçons d’utiliser des politiques et des programmes de formation officiels pour répondre aux questions d’équité sociale et d’inclusion. Cependant, nous devons également encourager les initiatives dans l’espace public permettant aux gens de résoudre eux-mêmes leurs problèmes. MABELLEarts fait partie des organisations qui incitent une mobilisation citoyenne sur le terrain. Cette organisation s’est formée à l’origine avec l’objectif de proposer des ateliers à Etobicoke. Le parc dans lequel elle œuvre se trouve entre des tours d’habitation où sont logées de nombreuses familles à faible revenu et des nouveaux arrivants. De l’autre côté se trouvent des zones suburbaines établies, où les résidents sont généralement d’origine européenne et ont des revenus plus élevés. Les ateliers se terminent habituellement par quatre fêtes de l’Iftar [la rupture du jeûne du Ramadan] qui ont lieu dans le parc. Il s’agit d’un événement éducatif qui repose sur un apprentissage basé sur l’expérience. Le parc représente un lieu naturel où les gens peuvent se rassembler, participer à ce repas et en apprendre davantage sur la religion musulmane. Selon moi, il y a quelque chose de viscéral et intime dans la manière de découvrir une nouvelle religion et une nouvelle culture de cette manière, plutôt qu’au cours de conversations très cérébrales et souvent polarisées dans des lieux plus formels.

JTG : Je n’ai pas vraiment envie de parler des dernières élections aux États-Unis qui ont divisé le pays et donné lieu à des discours haineux. Toutefois, on remarque qu’à Toronto ce phénomène commence aussi à émerger. Je me demande si, selon vous, les parcs et l’espace public sont de plus en plus amenés à devenir des endroits importants pour ce genre de débats et pour aborder certaines de ces questions.

JP : Je pense que oui. Avant l’élection de Trump, le gouvernement de l’Ontario organisait des débats sur le racisme dans des lieux publics. Avec un certain sentiment de désenchantement, ils entassaient 400 personnes dans une salle avec un micro. Bien évidemment, le résultat était désastreux. Les gens passaient leur temps à exprimer leur colère et à lancer des insultes à travers la salle. D’après moi, les parcs constituent un bien meilleur endroit pour avoir ce genre de discussions difficiles. Je ne dis pas que les parcs sont des espaces neutres. En effet, les parcs peuvent être des lieux où se manifestent la violence, une surveillance policière disproportionnée et des tensions. Toutefois, ce sont aussi des endroits agréables et intimistes qui créent les conditions propices à des échanges créatifs, amicaux et productifs.

JTG : Nous entendons souvent le terme « placemaking » [cocréation d’espaces publics] et d’après moi, la signification de ce terme n’est pas toujours bien comprise. Comment interprétez-vous le concept de « cocréation d’espaces publics »?

JP : La cocréation d’espaces publics constitue une approche pluridisciplinaire de la planification, de la conception et de la gestion des lieux publics. Tandis que de nombreux spécialistes et chefs de file mettent souvent l’accent sur des idées importantes comme l’accessibilité piétonnière, la pérennité économique, les consultations publiques, la triangulation et le sentiment d’appartenance, ils négligent souvent la question de l’équité. Les questions d’équité et d’inclusion occupent une place importante dans mon travail et mes recherches. Selon moi, cela n’a aucun sens de consulter la population si nous ne tenons pas compte des obstacles systémiques auxquels elle est confrontée, et si nous ne concevons pas délibérément des espaces publics propices au mouvement, au bien-être mental, aux opportunités professionnelles et donnant un sentiment d’espoir. Pour y parvenir, nous devons être prêts à nuancer certaines idées et à parler de sujets délicats liés à la classe sociale, aux origines raciale et ethnique, au genre, à l’identité sexuelle et aux droits territoriaux des Autochtones. Les processus de cocréation de lieux publics et de mobilisation citoyenne sont généralement bâclés et incomplets.

JTG : Quand on pense à la mobilisation citoyenne, on pense généralement qu’il suffit de participer à une réunion, de remplir un questionnaire en ligne ou de mettre un point sur une carte. Pour vous, que veut dire « mobilisation citoyenne »?

JP : À mon sens, une vraie mobilisation citoyenne dépend de la participation des gens au débat et de leur capacité à en prendre la tête de façon concomitante. Ils doivent aussi bien comprendre les possibilités qui s’offrent à eux et l’influence qu’ils ont sur les décisions finales. Malheureusement, la plupart des processus de mobilisation citoyenne ne font qu’offrir aux gens un espace pour répondre à des questions avec un cadre restreint, ne prennent pas le temps de leur expliquer réellement les possibilités et prétendent être « neutres ».

Dans le cadre de mon travail, je me pose toujours cette question : « Qui manque à l’appel? » Bien que mon travail s’appuie sur un cadre extrêmement inclusif, je ne me laisse jamais aller à la complaisance ni à l’arrogance. La cocréation de lieux publics est un processus complexe et continu. En plus de m’obliger à rendre des comptes, cette question me permet de veiller à ce que la poignée de personnes privilégiées et souvent pugnaces (celles qui sont capables d’interpréter des documents denses sur l’urbanisme et de prendre un après-midi de congé) ne monopolise pas les discussions. D’autre part, je fais toujours en sorte de rejeter l’idée que mon travail vise à résoudre un problème. Il s’agit-là d’un élément clé dans le travail d’urbanisme ainsi qu’un débat que j’ai souvent avec les urbanistes conventionnels. Il ne faut pas oublier que bien avant la création de l’urbanisme, les gens s’organisaient déjà entre eux et résolvaient leurs problèmes eux-mêmes. À ce titre, je pense que l’on doit moins se concentrer sur la résolution de problèmes et plus sur l’écoute, l’inventaire des atouts et la manière d’accroître la résilience des gens. Même lorsqu’on me demande de résoudre un problème parce qu’un groupe de personnes a déterminé que quelque chose ne fonctionnait pas à un endroit, que quelque chose allait de travers, je commence toujours par identifier ce qui fonctionne. Je cherche toujours à identifier l’atout d’une personne, d’un quartier ou d’un lieu.

JTG : Pourquoi commencer par se demander ce qui fonctionne lorsque dans certains cas quelqu’un dit : « Voilà le problème que nous devons résoudre ici »?

JP : Imaginez qu’une personne extérieure soit parachutée dans votre quartier et qu’elle entame un débat ou un processus pour la cocréation de lieux publics en énumérant ses « problèmes ». De nombreux professionnels se contentent d’énoncer un fait ou de faire référence aux conditions d’un lieu. Pour les personnes qui ont un lien avec un quartier et un lieu en particulier, il s’agit d’une question très personnelle, et non d’une question factuelle ou accessoire. Lorsque l’on se concentre sur les problèmes, cela engendre de la méfiance, de la honte et une dynamique de pouvoir créant de profonds déséquilibres. Je ne nie pas le fait que certains quartiers et lieux publics sont confrontés à des problèmes graves. Je suggère plutôt de miser sur les connaissances des résidents et sur ce qu’ils font de bien. Cela permet aussi de tenir compte de l’expertise qui existe dans un groupe de personnes. Je n’ai aucune envie d’être la personne parachutée dans un endroit et qui leur dit ce qui ne fonctionne pas. Lorsque j’identifie ce qui fonctionne, je sais que je dois partir du contexte local et non de mes connaissances, voire de mes préjugés. Je crois que c’est là que réside le problème : celui de se concentrer sur une expertise au lieu du groupe en question. Bien entendu, je fais appel à mon expertise durant le processus, mais je commence par écouter et respecter les atouts exceptionnels de chaque quartier et de chaque partie prenante avec lesquels j’ai le privilège de travailler. Je pense que cette sensibilité me vient en grande partie du fait d’avoir grandi dans un logement social et d’avoir vu à quel point les connaissances et les capacités des résidents de mon quartier n’étaient pas prises en compte.

JTG : Ceci me conduit à la question suivante : vous avez dit que l’important n’est pas de donner des moyens d’action de la population, mais plutôt de comprendre que les gens sont déjà capables de le faire. On voit souvent ce slogan : donner des moyens d’action à la population [Empower the community]. Pouvez-vous expliquer quelle différence vous faites?

JP : Les gens possèdent des capacités innées. Il existe bien entendu des systèmes et des choix personnels qui peuvent empêcher ces capacités de se manifester, mais chacun a quelque chose de précieux à offrir. Lorsque les professionnels de la cocréation de lieux publics prétendent donner des moyens d’action de ces personnes ou de quartiers entiers, ils nient alors leurs capacités inhérentes. C’est aussi terriblement arrogant. Acquérir des capacités au niveau personnel et professionnel demande beaucoup de concentration et de travail. L’idée selon laquelle quelqu’un peut les accorder à d’autres personnes semble plutôt relever de la magie. Ceci dit, je comprends ce que les cocréateurs de lieux publics et les autres veulent dire lorsqu’ils prétendent donner des moyens d’action de ces personnes. Ils ont souvent de bonnes intentions ainsi que le désir de mieux répartir les ressources et d’encourager la participation des gens. En revanche, il est important de reconnaître les multiples formes que prend l’exercice du pouvoir. Par exemple, beaucoup d’entre nous travaillent pour des organisations disposant d’un pouvoir institutionnel avec des budgets, des recherches et la capacité d’orienter les politiques. Il ne s’agit pas de la seule forme de pouvoir. Les gens et les différents groupes de population possèdent également un certain pouvoir. Ils possèdent une connaissance approfondie des rouages de leurs quartiers, ainsi que des anecdotes, des réseaux sociaux solides et ils ont à cœur d’avoir un impact positif. Nous devons aussi nous rappeler que de nombreux groupes de population, même ceux considérés comme marginalisés, font souvent preuve d’une incroyable résilience et sont capables de résoudre les problèmes de façon très intelligente. C’est pour cette raison – et bien d’autres apprises dans l’exercice de mon travail – que, selon moi, c’est manquer de respect que de vouloir « donner des moyens d’action » des autres.

JTG : Ceci reprend ce que vous avez dit sur le fait qu’il faut commencer par écouter les gens et leur demander ce qui va bien, ce qu’ils aiment et ce qui fonctionne dans leur quartier.

JP : Exactement. En disant que nous renforçons les moyens d’action d’un quartier ou d’un groupe de personnes, nous nions par là même le fait que, dans le passé, les villes étaient constituées de groupes s’organisant eux-mêmes et ayant acquis des connaissances incroyables s’appuyant sur la création de réseaux locaux. Si l’on prend l’exemple de quartiers comme The Ward, ceux-ci étaient autrefois considérés comme des « bidonvilles », mais étaient pourtant assez sophistiqués. Ils possédaient des industries, des lieux de culte, des initiatives pour intégrer les nouveaux arrivants, des services de garde d’enfants, des initiatives pour aider les personnes âgées à vieillir sur place. Je dirais que certains de ces quartiers étaient mieux lotis avant que l’urbanisme et les interventions municipales ne s’en mêlent.

JTG : Je voudrais revenir sur les parcs et lieux publics où différents groupes de personnes se rencontrent et parfois se heurtent les uns avec les autres. Je pense à l’anecdote que vous avez racontée lors d’un événement auquel j’ai assisté récemment. Vous avez parlé d’une famille organisant un grand pique-nique dans un parc et préparant un ragoût de chèvre, et de la manière dont cela ne correspondait pas nécessairement à ce que d’autres personnes s’imaginaient d’un « pique-nique traditionnel dans un parc ». Lorsque ce genre de tensions se produisent, à quelles stratégies pouvons-nous avoir recours pour avoir un dialogue constructif sur les différentes façons d’utiliser l’espace public?

JP : Je pense que nous devons avoir le courage de décortiquer ce genre de critiques sous-jacentes. Dans la plupart des cas, elles concernent des minorités visibles comme les nouveaux arrivants. Le vrai problème, ce n’est pas le ragoût de chèvre. Le problème est que la culture et l’usage des parcs ont été définis par des valeurs et des pratiques culturelles européennes depuis de très nombreuses années. Il existe des usages non verbaux concernant les comportements « adéquats » à avoir, comme jouer au Frisbee ou faire griller des hamburgers. Certains groupes de nouveaux arrivants préparent de véritables banquets, font de longues siestes sur des couvertures et viennent dans les parcs avec leur famille composée de plusieurs générations. Même si, selon moi, la plupart des gens se montrent bienveillants à l’égard des autres dans les parcs, il existe parfois des tensions non exprimées et des dynamiques de pouvoir liées à la façon dont l’espace est utilisé.

JTG : Nous travaillons avec beaucoup de résidents qui offrent leur temps dans les parcs afin de mettre en œuvre des projets d’amélioration et d’animation grâce à diverses activités. Avez-vous des conseils à donner aux groupes citoyens qui œuvrent dans ces parcs pour les aider à trouver de nouvelles façons de mobiliser les résidents dans leur quartier?

JP : Plus que jamais, les parcs sont devenus des endroits où l’on organise dans l’espace public des activités qui se tenaient autrefois dans la sphère privée. Je respecte vraiment le travail des bénévoles qui animent les parcs. Et je suis ravie que les parcs deviennent des lieux de rituels, des lieux où l’on aborde des sujets délicats, où l’on crée et où l’on mange afin de renforcer les liens sociaux. Pour ce qui est de mobiliser les résidents, je pense que les personnes qui animent les parcs doivent laisser un certain degré de flexibilité et de spontanéité dans les échanges. Car c’est cela qui contribue à la magie des parcs, et nous devons donc veiller à ne pas institutionnaliser par inadvertance les parcs en organisant trop d’activités. Par ailleurs, les parcs doivent répondre aux besoins de la population locale, et il n’existe donc pas de formule toute faite pour les animer. Toutefois, en règle générale, voici ce que je recommanderais :

Je respecte vraiment le travail des bénévoles, mais nous devons aussi nous rappeler que la responsabilité d’investir dans nos parcs publics appartient aux trois niveaux de gouvernement. Nous ne manquons pas de parcs ni de personnes généreuses, créatives et intelligentes pour les animer. Nous manquons plutôt de fonds pour financer le travail difficile réalisé dans les parcs, des fonds qui rivalisent avec certains budgets comme ceux alloués au logement, au développement économique et à l’établissement des nouveaux arrivants. J’aimerais que ce problème soit pris en compte grâce à une augmentation des financements et à une meilleure reconnaissance du travail réalisé par les bénévoles. Nous devons investir davantage dans le personnel et les parcs afin d’optimiser leurs possibilités.

Cette discussion a été résumée et modifiée pour plus de clarté.

 

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