Retour sur le premier Forum des amis des parcs de Montréal

Le premier Forum des amis des parcs de Montréal, Organisé en collaboration avec Les amis de la montagne, et en partenariat avec le Centre d’écologie urbaine de Montréal et le Conseil régional en environnement de Montréal, a rassemblé près de 150 participants.

Citoyens passionnés, représentants d’organisations communautaires, employés municipaux et professionnels de l’aménagement se sont réunis autour du vaste thème du “Pouvoir des parcs urbains” ! Bien que virtuel, ce premier rassemblement nous a prouvé l’intérêt des montréalais pour leurs parcs !

Rien d’étonnant quand on sait que plus de 60% des montréalais n’ont pas accès à une cour arrière et que Montréal compte déjà plus de 70 initiatives de types amis de parc à travers ses 19 arrondissements. Ensemble, nous avons posé les premières pierres du nouveau Réseau des amis des parcs de Montréal.

Ce Réseau nous permettra d’être collectivement mieux outillés pour activer le pouvoir de nos parcs urbains. Afin de perpétuer nos apprentissages, nous avons le plaisir de vous faire revivre l’expérience du Forum avec un court bilan et la rediffusion de la conférence d’honneur et du panel!

 

“Bravo! Il s’agit d’une démarche nécessaire et pertinente! La dynamique entre les associations et regroupements sera un point à maintenir pour assurer la vitalité du réseau.” Citation des participants

 

À la découverte des passionnés des parcs de Montréal

 

Ce premier rendez-vous du forum a rassemblé une vingtaine de passionnés des parcs de Montréal autour de quelques tables virtuelles dans lesquelles ils ont pu partager les vertus et enjeux de leur parc préféré. Nous avons ainsi pu découvrir la richesse de nos parcs urbains d’Est en Ouest de l’île de Montréal.

 

Les parcs urbains préférés des participants au déjeuner des Lève-Tôt

 

Pour les participants, il est sans équivoque que les parcs urbains apportent au quotidien du bonheur, de la paix, un contact avec la nature et de l’équilibre. Des bénéfices fort précieux particulièrement suite aux défis que la pandémie nous a tous fait vivre.

 

 

Lors des discussions de groupe, les participants ont d’abord pu faire connaissance, puis ont ensuite identifié les enjeux prioritaires du réseau : la conservation de la biodiversité et des milieux naturels, l’équilibre entre fréquentation et protection, les besoins d’infrastructures adaptées, le civisme et l’usage des aménagements, la connectivité entre les parcs et des enjeux de gestion et de financement.

Ces enjeux complexes mais incontournables ont alimenté les réflexions tout au long du Forum!

 

Un lancement d’honneur du Réseau des amis des parcs de Montréal

 

 

La conférence d’honneur marquait le lancement officiel du Réseau des amis des parcs de Montréal.

Après des allocutions motivantes de tous les partenaires et un chaleureux mot d’appui de la Mairesse de Montréal, madame Valérie Plante, Adrian Benepe et Nathalie Boucher nous ont transporté de Montréal à New York en passant par Madrid, Sydney et Shanghai pour une présentation porteuse de réflexions sur le pouvoir des parcs urbains et leurs activations.

Adrian Benepe, Président et chef de la direction au Brooklyn Botanic Garden, nous a donné un cours de maître sur l’actuel âge d’or des parcs urbains à travers le monde et tout particulièrement aux États-Unis.

Se basant sur sa vaste expérience, notamment en tant que 14e commissionnaire des parcs de la ville de New York de 2002 à 2012, il a partagé les bonnes pratiques de gestion et de financements de parcs urbains, les solutions novatrices pour l’essor et l’autonomisation des parcs urbains partout dans le monde ainsi que les modèles de collaboration impliquant les organismes de conservation.

 

Extraits de la présentation visuelle d’Adrian Benepe 

 

“Les partenariats sont absolument essentiels non seulement pour créer des parcs mais aussi pour maintenir leur pérennité et s’assurer qu’on ne s’engage pas dans un déclin. Il existe toute une gamme de systèmes de collaboration entre le public et le privé, et ils ont tous leurs valeurs. Les partenariats permettent de fournir certaines ressources que la ville ne pourrait pas fournir seule. Pendant la pandémie, au moment où nous avions le plus besoin des parcs, les budgets ont également baissé et cela a eu des conséquences importantes.” Adrien Benepe

 

Nathalie Boucher, anthropologue et directrice de l’organisme Respire, nous a ramené à Montréal avec ses lunettes d’anthropologue pour une présentation sur la culture des parcs urbains. « Les parcs sont de magnifiques fenêtres sur la culture’’, nous a-t-elle partagé.

‘‘Aux yeux d’une anthropologue de la ville, c’est là que réside leur pouvoir”.

En décortiquant le concept de culture, sous quatre dimensions (sociabilité, représentation, appropriation et disruption) qu’elle a mises à jour depuis bientôt 20 ans de recherche, Nathalie nous a offert un puissant plaidoyer pour démontrer que le pouvoir des parcs est d’abord culturel et que cela implique des actions adaptées pour l’activer.

« Il faut reconnaître la valeur ou les services ethnoculturels, « l’ethno-diversité » des parcs, qui ont autant d’importance que les services écosystémiques, que la biodiversité. Aller dans un parc nous permet d’apprendre à reconnaître les autres, ce qu’ils représentent, les mythes qui les entourent, à s’associer ou non à ces étranger⋅ères. Il faut comprendre les valeurs, croyances, mythes, connaissances partagées par les citoyen⋅nes localement et plus largement, (…) et cesser de miser sur le parc qui peut tout accueillir en tout temps. »

Il faut aménager des parcs partout, dans toutes les variétés possibles. Il faut diversifier (en genre et en nombre) les aménagements, les mobiliers, les accès ­». Nathalie Boucher.

 

Des conversations inspirantes sur équité territoriale et environnementale des parcs de Montréal

 

 

Le panel de discussion sur l’équité territoriale et environnementale dans les parcs de Montréal animé par Karel Mayrand, président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal et vice-président du conseil d’administration de la Société du Parc Jean-Drapeau, présentait des experts locaux animés par la volonté d’activer le pouvoir des parcs de Montréal.

Pour cette occasion, Monsieur Robert Beaudry, responsable de la gestion et de la planification immobilière, de l’habitation, des grands parcs et du parc Jean-Drapeau, a souligné l’annonce récente du Plan nature et sports de la Ville de Montréal qui prévoit des investissements de 1,8 $ milliards pour les dix prochaines années afin de développer un réseau de parcs.

Il a rappelé l’importance des parcs devant la crise environnementale et la pandémie ainsi que l’importance de contribuer collectivement à leur pérennisation et amélioration.

Nos quatre panélistes ont partagé, selon leur perspective, les enjeux des parcs actuels et leur vision pour la réalisation et l’aménagement de parcs plus en phase avec les principes fondamentaux relevant de l’équité territoriale et environnementale. Accessibilité, biodiversité, éducation, entretien, justice sociale et environnementale, intersectionnalité, lucidité économique, résilience, santé publique, ont, entre autres, été des thèmes abordés durant les riches échanges entre les panélistes et le public.

Le panel en 4 citations :

« Les impacts globaux des changements climatiques se traduisent à l’échelle locale, jusque dans les parcs, et il sera nécessaire d’aménager ces derniers en conséquence. » – Jérôme Dupras, professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique

 

« Les parcs ne sont pas simplement des dépenses que l’on amortit dans les budgets municipaux. Ce sont des investissements qui rapportent de nombreux bénéfices sanitaires quantifiables, notamment sur la santé physique et mentale. » – Anne Pelletier, Agente de planification programmation recherche, Service Environnement urbain et Saines habitudes de vie, Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre Sud de Montréal

 

« La conception des parcs devrait être abordée comme une opportunité de réparation, qui permettrait aux communautés marginalisées de regagner leur autonomie. » – Lourdenie Jean, Fondatrice de L’environnement, c’est intersectionnel

 

« Les parcs sont des espaces conviviaux et accueillants grandement fréquentés où se réunissent des personnes de toutes les générations et de toute origine. Ce sont de véritables outils d’intégration. » – Michel Lafleur, Président de la Coalition des amis du parc Jarry

 

À votre tour d’activer le pouvoir des parcs urbains!

 

Dans une ambiance décontractée, cette activité clôturait la première édition du Forum des amis des parcs de Montréal. En présence de la ministre déléguée au transport et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, madame Chantal Rouleau, les participants ont célébré les investissements de 223 100,00$ qui ont permis la création du Réseau des amis des parcs de Montréal.

Un verre à la main, les participants ont d’abord échangé en sous groupes thématiques animés (parc vert, parc social, parc avenir) sur les enjeux à considérer et les actions à mettre en œuvre pour activer le pouvoir des parcs montréalais. Les éléments clés discutés ont ensuite été partagés en grand groupe.

L’accessibilité, l’inclusivité, l’aménagement des parcs en concordance avec la valeur des milieux naturels reconnues et les quartiers environnants ainsi que l’éducation citoyenne ont été soulevés parmi les enjeux importants. Alors que, l’appui à la formation de regroupements de citoyens dans les parcs, à la mise en place de programmes d’intendance environnementale, à l’élaboration d’un plan directeur pour les parcs ou encore à la création de nouveaux espaces verts ainsi que de corridors écologiques font partie des actions prioritaires identifiées par les participants.

Selon les participants, ces actions devront être mises en œuvre en priorisant la collaboration, notamment, avec les citoyens au cœur des démarches, mais aussi avec les arrondissements, la ville centre, les organisations de la société civile et la santé publique. La pertinence de la création d’un réseau prend ici tout son sens !

 

Au cours des 4 activités du Forum, nous avons pu sentir l’engouement des montréalais pour leur parcs. Plusieurs enjeux, besoins, actions et nouvelles perspectives ont été identifiés et seront fort intéressants à creuser. Ceux-ci guideront les partenaires porteurs du Réseau des amis des parcs de Montréal dans l’élaboration de la programmation pour soutenir le développement du Réseau.
Au nom de toute l’équipe, merci d’avoir été des nôtres et restez à l’affût de nos prochaines activités !

Le Forum des amis des parcs de Montréal se veut un rassemblement annuel, nous vous donnons donc rendez vous l’année prochaine pour la 2e édition !

 

 


 

   

 

Le Forum des amis des parcs de Montréal est organisé en collaboration avec Les amis de la montagne et en collaboration avec le Centre d’écologie urbaine de Montréal et le Conseil régional en environnement de Montréal

 

 

Le Forum des amis des parcs de Montréal est financé par le Secrétariat à la région métropolitaine du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation et soutenu par le Groupe Banque TD.

 

Comment l’activisme citoyen et un objectif ambitieux ont permis de créer le Grand parc de l’Ouest de Montréal

Cette contribution de Christopher Dewolf s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

 


 

La parcelle formée d’anciennes terres agricoles à côté du parc naturel de l’Anse-à-l’Orme, dans l’ouest de Montréal, est fascinante à bien des égards. D’une part, elle abrite 270 espèces végétales et animales vivant dans des habitats variés comme les zones humides, les bois et les prairies. Elle occupe une superficie de 365 hectares, ce qui en fait l’une des plus grandes étendues non développées, et jusqu’à récemment non protégées, d’espace naturel sur cette île qui compte plus de deux millions d’habitants. Mais ce qui est peut-être le plus surprenant, c’est que peu de gens semblent connaître son existence. 

« Lorsque nous avons frappé à leur porte, beaucoup de résidents nous ont répondu qu’ils ignoraient l’existence juste à côté de chez eux de cet immense espace formé d’anciennes terres agricoles en cours de régénération », explique Sue Stacho, cofondatrice de l’organisation Sauvons L’Anse-à-L’Orme. En 2015, lorsqu’un énorme projet de construction résidentielle appelé Cap Nature a été annoncé pour cette parcelle de terrain, elle a décidé de créer un groupe de défense. 

« Nous avons travaillé d’arrache-pied et avons fait beaucoup de sacrifices », dit-elle. « Nous avons dû expliquer sans relâche pourquoi des endroits comme celui-ci sont si importants. » Ils sont allés frapper aux portes et ont organisé des événements comme des promenades dans les bois pour la Fête des mères et des promenades nocturnes pour aller écouter les grenouilles : « toutes les manières possibles et imaginables de sensibiliser les gens sur cet endroit ».

 

 

Et cela a marché. En 2019, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé la création du Grand parc de l’Ouest, qui protégera la zone entourant l’Anse-à-l’Orme du développement immobilier. Mais ce n’est pas tout : cet espace vert représentera le plus grand parc municipal du Canada, avec une superficie de 3000 hectares. Il comprendra des terres agricoles en exploitation, l’Arboretum Morgan de l’Université McGill, des parcs naturels existants et des zones naturelles auparavant non protégées du développement immobilier.

Ce succès démontre à quel point l’activisme citoyen peut permettre d’accomplir des résultats tangibles. Cette initiative permettra aussi d’augmenter la quantité d’espaces verts à Montréal, qui ne compte que 24 mètres carrés de parc par personne, soit l’un des taux les plus bas parmi les villes canadiennes. Mais le Grand parc de l’Ouest représente aussi un projet d’une ampleur, d’une complexité et d’une ambition sans commune mesure. Non seulement il s’étend sur une superficie 15 fois plus grande que le parc du Mont-Royal, l’espace vert urbain le plus important et le plus emblématique de Montréal, mais il s’agit aussi d’un méli-mélo d’environnements différents traversés par des routes, des voies ferrées et des cours d’eau. De plus, il s’étend sur deux arrondissements de Montréal et trois villes indépendantes, et englobe cinq parcs naturels existants et des terrains appartenant à l’Université McGill.

 

Immense ampleur, immense potentiel

 

Le Grand parc de l’Ouest rappelle d’autres grands parcs en périphérie des grandes villes, comme le parc urbain national de la Rouge près de Toronto, le parc provincial Fish Creek à Calgary et le Blue Mountain Wilderness Connector à Halifax. Comme eux, le Grand parc de l’Ouest a la double mission de protéger la biodiversité tout en permettant aux citadins d’être au contact de la nature. Toutefois, ces objectifs ne sont pas toujours faciles à concilier. En 2019, Parcs Canada a élaboré un plan de gestion détaillé pour le parc de la Rouge dans le but d’équilibrer les besoins en matière d’agriculture, de loisirs et de conservation. Le Nova Scotia Nature Trust, un organisme de bienfaisance gérant des terres dans toute la province, a adopté une approche similaire pour la gestion du parc Blue Mountain.

Pour le Grand parc de l’Ouest, le défi devient particulièrement évident lorsque l’on regarde son emplacement sur une carte. L’autoroute 40, l’une des routes les plus fréquentées du Canada, traverse le parc. En 2023, le Réseau express métropolitain (REM) ouvrira une station à l’Anse-à-l’Orme, avec des trains arrivant du centre-ville de Montréal toutes les 10 minutes. Bien que cet ajout facilitera grandement l’accès au parc, la fréquentation humaine risque aussi de nuire aux zones naturelles sensibles. Pour couronner le tout, le Grand parc de l’Ouest sera géré non pas par Parcs Canada ou une autorité provinciale, mais par la Ville de Montréal, qui possède une expérience plus limitée dans la gestion des espaces naturels.

Ces multiples éléments laissent envisager un potentiel extraordinaire pour ce parc, mais aussi une quantité d’obstacles à surmonter.

« Voilà longtemps que nous n’avions pas vu à Montréal cette volonté de prendre de grandes décisions », dit Jonathan Cha, architecte paysagiste, urbaniste et consultant en patrimoine. « La difficulté sera d’unifier l’ensemble de ces espaces naturels très différents. Ce projet demandera aussi beaucoup de temps et d’argent, et sera sur le très long terme. Toutefois, il s’agit d’un objectif ambitieux. L’île de Montréal n’ayant quasiment plus d’espaces disponibles, cette mesure permettra de préserver cet endroit dans l’intérêt et pour le bien-être de la population. »

 

Le fruit de l’activisme citoyen

 

Le fait que cet espace naturel soit resté intact dans l’une des villes les plus grandes et les plus densément peuplées du Canada est le résultat de 50 années de militantisme de la part des écologistes et des citoyens. Comme d’autres parties de Montréal, le tiers ouest de l’île, une bande de terre se détachant entre le lac Saint-Louis, le lac des Deux-Montagnes et la rivière des Prairies, était autrefois une luxuriante forêt de feuillus fréquentée par les peuples des nations Haudenosaunee qui habitaient la région. Après l’arrivée des Français au milieu du XVIIe siècle, l’administration coloniale a confié le contrôle des terres aux prêtres de l’ordre des Sulpiciens, qui les ont divisées en parcelles destinées à être exploitées par les colons.

À l’exception d’une poignée de villages et des premières banlieues ferroviaires, l’Ouest-de-l’Île est quasiment resté rural jusqu’après la Seconde Guerre mondiale.

« Même la délimitation des propriétés seigneuriales bordées d’arbres existait encore », se souvient l’historien George Vassiadis, qui a déménagé dans l’Ouest-de-l’Île en 1968 lorsqu’il était enfant. Mais, avec l’expansion démographique d’après-guerre dans les banlieues de Montréal, cette zone s’est rapidement transformée. « Les premières années où nous avons vécu dans notre nouveau duplex de la rue Spring Garden, nous faisions face à des champs qui venaient tout juste de cesser d’être cultivés », explique George Vassiadis dans la revue d’art Montréal Serai. « Au milieu des années 1970, les maisons ont remplacé les champs. »

Tandis que les maisons de plain-pied et les rues commerçantes grignotaient rapidement les terres agricoles, les promoteurs immobiliers commençaient à s’intéresser aux dernières parcelles de forêt du secteur. En 1977, la municipalité a décidé de raser le Bois-de-Saraguay, une zone forestière riche en biodiversité située à proximité d’un vieux village, et d’y construire des immeubles d’habitations, des maisons individuelles, deux centres commerciaux et une marina. Le combat des résidents contre ce projet a porté ses fruits et a conduit à la création du premier parc naturel de Montréal. En 1979, le gouvernement du Québec a donné au conseil régional, la Communauté urbaine de Montréal, l’autorisation de développer tout un réseau de parcs naturels, dont plusieurs qui feront désormais partie du Grand parc de l’Ouest : Rapides-du-Cheval-Blanc, Bois-de-l’Île-Bizard, Cap-Saint-Jacques et l’Anse-à-l’Orme.

La conservation est mise à l’honneur dans chacun de ces parcs, mais les résidents du Grand Montréal peuvent également les apprécier en tant qu’espaces de loisirs. Le Cap-Saint-Jacques, qui est le plus grand, attire des milliers de personnes chaque fin de semaine. La plupart arrivent en voiture, mais cela pourrait changer lorsque le REM offrira un accès rapide en transports en commun. En hiver, les visiteurs peuvent louer des vélos à pneus surdimensionnés ou des raquettes pour explorer les bois. Au printemps, ils peuvent déguster des oreilles de crisse (couennes de porc croustillantes) arrosées de sirop d’érable à la cabane à sucre du parc. Et en été, ils peuvent se prélasser sur une vaste plage de sable au bord du lac des Deux-Montagnes.

Bien que ces parcs naturels couvrent déjà une superficie importante, ils ont été morcelés par des propriétés privées longtemps convoitées par les promoteurs. Pendant des dizaines d’années, une grande partie de ces terres ont été protégées par un zonage agricole spécifique, mais lorsque ce zonage a été aboli en 1991, l’augmentation des impôts qui en a résulté a contraint de nombreux agriculteurs à cesser leurs activités. Au fil des ans, les terres désormais abandonnées ont progressivement retrouvé un état plus naturel. « Toutes sortes d’espèces sauvages sont revenues sur ces terres laissées en jachère dans l’attente d’un projet de développement », explique David Fletcher, cofondateur en 1988 de la Coalition verte, un organisme de surveillance environnementale de l’Ouest-de-l’Île. « Tous ces animaux emblématiques de l’est du Canada, comme le pékan [appartenant à la famille de la belette] et le cerf de Virginie, revenaient peu à peu à Montréal. »

Apportant son concours à la Coalition verte depuis le début des années 2000, Sue Stacho a découvert par hasard les terres agricoles abandonnées près de l’Anse-à-l’Orme alors qu’elle faisait du vélo.

« C’est un endroit incroyable. Naturel », dit-elle. « Il ne disposait d’aucun sentier ni de banc de parc comme on en voit partout. Il y a des piscines thermales au printemps. Il y a des zones humides. À chaque fois que j’y allais, en le découvrant d’une nouvelle manière, je trouvais quelque chose de nouveau à apprendre. Si vous connaissez bien les lieux, vous pouvez y passer toute la journée. »

Cependant, en 2015, une proposition de développement immobilier a été annoncée. Connu sous le nom de « Cap Nature » et présenté par son promoteur comme « un quartier respectueux de l’environnement », le projet aurait préservé 180 hectares d’anciennes terres agricoles, mais les 185 hectares restants auraient été remplacés par 5500 logements. Sue Stacho et d’autres membres de la Coalition verte ont décidé de s’opposer à ce projet. Ayant formé un groupe de pression appelé « Sauvons l’Anse-à-l’Orme », ils sont parvenus à rallier à leur cause une foule d’autres organisations écologiques, comme la Fondation Suzuki, SNAP Québec et Sierra Club Québec.

 

 

Le soutien de la population a aussi joué un rôle déterminant dans leur combat et a attiré l’attention de Projet Montréal, un parti politique municipal axé sur le développement durable. « À partir du moment où ils ont eu connaissance de cet endroit et où ils ont réalisé qu’un mouvement s’était créé en faveur de sa protection, ils ont toujours été à nos côtés », explique Sue Stacho. Lorsqu’à la surprise générale, Projet Montréal a remporté les élections municipales de 2017, c’est là que tout s’est mis en marche pour le Grand parc de l’Ouest. 

 

Un nouveau parc, et ensuite?

 

L’annonce de la création du parc en septembre 2019 a été accueillie avec des menaces de poursuites judiciaires de la part des propriétaires fonciers, dont les promoteurs de Cap Nature. Toutefois, à la fin de 2019, la Ville est parvenue à négocier l’achat de la plupart des terrains privés en question. « Entre 40 et 45 hectares environ sont encore détenus par des propriétaires privés, mais il n’y a aucune chance qu’un projet viable ne voit le jour », explique David Fletcher. Il considère le parc comme une victoire. « Cela a été un travail de longue haleine. Trente années plutôt tumultueuses. Pendant tout ce temps, nous sommes restés sur le qui-vive en surveillant ces terres. »

David Fletcher attribue cette victoire à Sue Stacho, dont la capacité à sensibiliser le public sur l’importance des anciennes terres agricoles a ouvert la voie à la création du parc.

« C’est une femme très énergique, et son équipe a fait un travail remarquable pour mener à bien ce projet », dit-il. Alors qu’une page se tourne, un nouveau chapitre va s’ouvrir avec le processus de développement du Grand parc de l’Ouest.

Les consultations publiques ont débuté l’an dernier, la plupart des activités se déroulant en ligne en raison de la pandémie. La difficulté sera désormais de trouver un équilibre entre les différentes aspirations pour l’avenir du parc. Sue Stacho désire que l’accent soit mis sur la conservation. Cependant, des résidents de l’Ouest-de-l’Île souhaitent davantage d’activités de loisirs, certains ayant même évoqué, lors d’une récente table ronde en ligne, la possibilité d’aménager des pistes de motocross. Par ailleurs, cette zone est également utilisée pour la chasse au cerf et le piégeage des castors, des activités que la province a récemment refusé d’interdire malgré la pression exercée par la municipalité de Montréal. « Pendant que je me promenais, j’ai vu des traces de ces activités par terre, comme des cartouches de fusil de chasse et de carabine », dit David Fletcher. « Les pièges qu’ils utilisent sont des collets métalliques, une méthode vraiment cruelle. Absolument horrible. »

Jonathan Cha rappelle qu’en plus de ses espaces naturels, le Grand parc de l’Ouest se caractérise aussi par un important patrimoine bâti, comme des murs de pierre et des maisons de l’époque coloniale française. « Il faut avoir une connaissance précise du territoire pour formuler un plan adapté », dit-il. Il faudra aussi aborder la question des terres agricoles en activité, qui représentent une part importante du nouveau parc. « Qui va gérer ces terres? » demande Jonathan Cha. « Les propriétaires-exploitants agricoles? Les coopératives? La Ville va devoir créer un nouveau modèle de gestion pour un parc de ce genre. Elle devra faire appel à de nouvelles expertises en plus de celles auxquelles elle a déjà recours. »

 

 

Il s’agira d’un processus sur plusieurs générations, dit-il. « Les personnes qui participeront au projet devront être là sur le long terme. Il doit y avoir une continuité dans le processus. Ce projet présente de nombreux défis avec une large portée, et le territoire en question est tellement vaste et complexe qu’il faudra bien plus qu’une seule personne pour saisir toute l’ampleur du projet. »

Quant à Sue Stacho, ce qu’elle a appris lors de son combat pour sauver l’Anse-à-l’Orme, c’est que les parcs ont besoin des gens. C’est grâce à la mobilisation des résidents pour protéger ces terres du développement, et c’est grâce à l’action collective de nombreuses personnes que le Grand parc de l’Ouest a été créé. Aujourd’hui, ces mêmes personnes, et bien d’autres, joueront un rôle crucial pour façonner, pérenniser et entretenir le parc pour les décennies à venir.

 

 

 

 

À propos de Christopher Dewolf

 

Travaillant désormais à Montréal, le journaliste Christopher DeWolf s’intéresse particulièrement aux sujets des villes et de la culture. Lorsqu’il vivait à Hong Kong, il était rédacteur en chef de Zolima CityMag et a régulièrement écrit pour le South China Morning Post, Eater et d’autres publications. Son livre Borrowed Spaces: Life Between the Cracks of Modern Hong Kong, il aborde les divergences de points de vue entre les citoyens et les autorités en matière de vie urbaine. 

 


 

Rendu possible grâce au généreux soutien de :

 


 

Cette contribution de Christopher Dewolf s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ».

Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett. Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

Le Forum de Montréal en focus: Les parcs urbains, puissants théâtres de bien-être physique, mental, et social

Prenez un instant pour penser à ce qui vous a apporté le plus de bonheur, de paix, et d’évasion lors de cette dernière année de pandémie. Votre parc urbain local vous vient-il à l’esprit? Votre marche quotidienne sous l’ombrage des grands arbres de Montréal? Apercevoir vos voisins, votre communauté, et vos proches profiter du soleil par une chaude journée d’été tout comme lors d’une journée glaciale d’hiver? Ou peut-être de voir des chiens courir après un frisbee, inconscients de la crise mondiale, ou entendre des enfants rire sur le terrain de jeu, imperturbés par celle-ci?

 

Les parcs urbains ont toujours été au cœur de nos communautés, de nos quartiers et de notre vie quotidienne bien avant le début de la pandémie. Cependant, cette dernière année a démontré à quel point ils sont également essentiels à notre bien-être.

 

 

Le Forum des amis des parcs de Montréal

 

C’est dans ce contexte que nous lançons le tout premier Forum des amis des parcs de Montréal, le premier événement du nouveau Réseau des amis des parcs de Montréal – une collaboration Montréalaise entre Les amis de la montagne, le Centre d’Écologie Urbaine de Montréal, le Conseil Régional de l’Environnement et les Amis des parcs – soutenu par le Fonds d’initiative et de rayonnement de la métropole (FIRM) et La promesse TD Prêts à agir, sponsors fondateurs du Réseau National des Amis des parcs.

 

Au Forum de Montréal, nous invitons tous les passionnés de parcs, les groupes de parcs communautaires, les professionnels de l’urbanisme et des parcs et les organismes à but non lucratif dédiés aux parcs de la ville à se rassembler pour promouvoir, protéger et activer le pouvoir des superbes espaces verts de Montréal.

 

À l’agenda:

 

Le Forum offrira une conférence d’honneur par Adrian Benepe et Nathalie Boucher sur le pouvoir des parcs urbains. Vous pouvez également assister à un panel de discussion entre perspectives locales et plurielles sur l’équité environnementale des parcs de Montréal. Finalement, profitez des activités sociales du déjeuner causerie et du 5 à 7 engagé afin de pouvoir partager vos intérêts, enjeux et solutions pour les parcs urbains qui vous importent.

 

Le panel de discussion sera notamment l’occasion de pousser la discussion d’équité dans les parcs urbains, tant environnementale que sociale. En tête d’affiche, vous retrouverez Anne Pelletier de la Santé Publique du Québec, Jérôme Dupras, Directeur du Laboratoire d’Économie Écologique à l’Institut des Sciences de la Forêt Tempérée, Michel Lafleur, Président du groupe citoyen Les Amis du CAP Jarry, et Lourdenie Jean, fondatrice de «L’environnement, c’est intersectionnel».

 

Lourdenie Jean, fondatrice de «L’environnement, c’est intersectionnel»

 

Lourdenie Jean est une leader et défenseure de l’intersectionnalité dans le domaine de la justice environnementale depuis des années. Il y a deux ans, elle créait l’initiative “L’environnement, c’est intersectionnel” (ECI) afin d’approfondir et éduquer notre vision et discours sur la cause environnementale en dénonçant les obstacles particuliers vécus par différentes communautés marginalisées afin d’éviter de reproduire des logiques problématiques.

 

“L’environnement est intersectionnel: lorsqu’il y a crise écologique, on peut identifier des liens directs avec une perte d’autonomie des communautés marginalisées”, explique-t-elle. En effet, elle note par exemple que la crise écologique ne touche pas toutes les communautés de la même façon. Les personnes vivant dans des lotissements urbains plus marginalisés et moins bien desservis, avec moins d’espaces verts, sont plus susceptibles d’être confrontées à d’autres problèmes connexes: “Je parle de la façon dont les quartiers racialisés, où les constructions sont très bétonisées, sont des espaces où les personnes racialisées sont beaucoup plus susceptibles de subir la brutalité policière et la violence domestique”.

 

Anne Pelletier, agente de planification programmation et recherche à la direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud de Montréal, abonde en ce sens. “Les espaces verts urbains contribuent à augmenter la résilience en temps de crise”, nous apprend-elle. En effet, il a été prouvé qu’en plus d’être bénéfiques pour la santé mentale, les parcs urbains ont des effets fédérateurs sur la cohésion sociale dans les quartiers.

 

 

Des liens étroits ont également été établis entre le manque d’espaces verts et les changements climatiques et la santé. Dans les villes, la perte de canopée, les îlots de chaleur et l’augmentation de la pollution peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur la santé comme une augmentation des problèmes respiratoires, cardiaques et psychologiques, explique Anne Pelletier.

 

“La pandémie nous a permis de faire des liens, d’approfondir notre approche au concept de résilience en temps de crise, et d’étudier comment les populations vulnérables sont particulièrement touchées. Surtout, ça nous a prouvé l’importance des parcs urbains.”.

 

En tant que Montréalais, nous sommes fiers de nos espaces verts. Nous nous identifions à nos parcs locaux, des plus petits aux plus majestueux. Ces espaces de rassemblement, d’exercice, d’escapade, et de paix tout comme de communion avec la nature, nous accompagnent dans notre quotidien, de notre promenade matinale jusqu’à notre dernière escapade nocturne. Mais plus que de simples espaces de partage, les parcs urbains sont de véritables facteurs de cohésion, d’équité et de bien-être social.

 

Venez découvrir, célébrer et activer le pouvoir de ces espaces verts avec nous, lors du premier Forum des amis des parcs de Montréal le 26 et 27 Mai.

 

Inscrivez-vous dès maintenant

 

 

   

 

Le Forum des amis des parcs de Montréal est organisé en collaboration avec Les amis de la montagne et en collaboration avec le Centre d’écologie urbaine de Montréal et le Conseil régional en environnement de Montréal

 

 

Le Forum des amis des parcs de Montréal est financé par le Secrétariat à la région métropolitaine du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation et soutenu par le Groupe Banque TD.

 

Le parc Flyover : susciter des vocations en urbanisme pour la nouvelle génération à Calgary

Cette contribution de Ximena González s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains »

Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett. Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

 


 

À Calgary, en ce jour particulièrement printanier, le parc Flyover bourdonne d’activités et de rires enjoués. Entourés d’amis, deux adolescents se balancent sur une balançoire face à face, tandis que des préadolescents progressent dans une « jungle de bambous » (une structure d’escalade en trois dimensions, pour ceux qui ont le cœur bien accroché). Abritée sous le couvert d’un viaduc, une famille s’affronte dans une partie de ping-pong acharnée tandis que, derrière eux, une mère aide le plus jeune de ses enfants à grimper sur l’aire de jeux. On entend des conversations dans plusieurs langues : anglais, français, espagnol.

Dans ce contexte, il est difficile de croire qu’il y a à peine trois ans, cet espace n’était qu’un terrain en graviers à l’allure morose. « C’était plein de détritus, de graffitis, de seringues, de vêtements déchirés; on ne s’y sentait pas en sécurité », explique Ali McMillan, directrice de la planification à la Bridgeland-Riverside Community Association (BRCA).

Construit en 2020 grâce aux financements de l’organisation Parks Foundation de Calgary, un organisme à but non lucratif dont le mandat est de participer à la création de nouveaux parcs en faveur des résidents, le parc Flyover concrétise l’idée avant-gardiste d’un groupe de résidents engagés qui souhaitaient remettre en état un terrain vague plein de potentiel.

«Nous ne savions pas vraiment quelle direction prendre », explique Ali à propos de l’idée initiale de son groupe. « Nous souhaitions adopter une méthode issue de l’urbanisme tactique pour inciter les gens à voir cet endroit différemment », dit-elle.

Lancée initialement par les résidents, cette petite intervention allait par la suite transformer le quartier de manière durable, et constituer le premier projet de ce genre en Alberta.

 

Mâts d’escalade en « bambou ». Photo de Ximena Gonzalez.

 

Les résidents se réapproprient une « friche industrielle »

 

Situé à l’extrémité sud du quartier Bridgeland, entre le quartier lui-même et la rivière Bow, le parc Flyover se trouve sous un pont à étagement appelé « Viaduc de la 4e Avenue ». Il fait partie d’un échangeur complexe de routes et de ponts qui relie le nord-est de Calgary, de l’autre côté de la rivière, au centre-ville et à East Village.

Le site sur lequel se trouve aujourd’hui le parc Flyover est resté vacant pendant près de 20 ans. « Beaucoup d’entre nous ne savions même pas que le viaduc existait », explique Miles Bazay, un élève de l’école Langevin, située à 300 mètres au nord du site.

Année après année, des milliers de résidents de Bridgeland-Riverside sont passés en voiture, à pied ou à vélo devant cet endroit abandonné.

« C’était la première chose que les gens voyaient lorsqu’ils arrivaient dans notre quartier du centre-ville. Cela donnait une mauvaise impression car cela ressemblait à un terrain vague », dit Ali. Cependant, cet accueil inesthétique ne reflétait pas le caractère unique du quartier.

Caractérisé par ses maisons d’avant les années 1960, ses logements collectifs modernes ainsi que ses boutiques et restaurants indépendants, Bridgeland-Riverside représente l’une des quartiers les plus dynamiques du centre-ville de Calgary. Et ce sont ces atouts qui ont attiré une population jeune et diversifiée dans le quartier.

Remettre en état cet espace négligé sous le viaduc voulait dire relier les parcs, les jardins communautaires, les terrains de sport et les pistes cyclables du quartier au Bow River Pathway de Calgary, un réseau de 48 km de sentiers à usages multiples. Près d’un quart des résidents du quartier se rendent au travail à pied ou à vélo, et beaucoup d’entre eux empruntent ce réseau.

Malgré le potentiel de cet endroit, la Ville de Calgary n’avait aucune intention de redonner vie à cet espace. Toutefois, en 2016, inspirée par les travaux de Jason Roberts et de sa Better Block Foundation, Ali a décidé de lancer sa propre intervention d’urbanisme tactique.

« [L’urbanisme tactique] nous ouvre les yeux sur la façon dont nous percevons notre quartier et nous montre que notre opinion compte », dit-elle.

 

L’impact des petites interventions

L’urbanisme tactique est un mouvement citoyen qui a pris de l’ampleur dans les années 2010. Il encourage les résidents à tester des idées pour se réapproprier et transformer un lieu public oublié en un carrefour dynamique pour la population, et ce, d’une intervention temporaire à une autre.

Pour ce faire, l’installation de parcs éphémères dans des endroits négligés est une tactique courante, et un grand nombre de ces projets aboutissent souvent à des améliorations permanentes. À cet égard, le parc Flyover a été la première intervention tactique de Calgary à se transformer en un espace permanent.

Afin d’améliorer cet endroit, la BRCA, sous la direction d’Ali, a créé un groupe de travail afin d’ébaucher un plan d’action.

L’objectif était de « concevoir un lieu public agréable » et de « créer une porte d’entrée vers le quartier de Bridgeland-Riverside ».

Pour ce faire, ce document approfondi a décrit les étapes de conception ainsi que l’esthétique qui devaient guider le projet jusqu’à sa réalisation.

Pour améliorer ce lieu public, le groupe de travail s’est inspiré de projets réalisés aux quatre coins du monde, tels que le parc Superkilen à Copenhague et le parc Drapers Field à Londres.

Mais malgré les précédentes réussites, la mise en œuvre de ce projet n’a pas été une mince affaire.

« Il s’agit d’un projet vraiment unique, car nous n’avions jamais créé de parc urbain dans une “friche industrielle” en Alberta auparavant », explique Ali, soulignant le scepticisme initial d’un certain nombre d’intervenants, y compris des résidents eux-mêmes. « Beaucoup de gens n’étaient pas en mesure de voir au-delà de l’état actuel de cet endroit… Nous avons donc dû nous battre contre cette perception et essayer de leur montrer comment nous pouvions le transformer. »

En 2017, Ali et le groupe de travail ont effectué la première intervention tactique dans cet endroit.

« La première chose que nous avons faite a été de créer un jardin de moulins à vent. Nous avons installé une vingtaine de moulins à vent, en les plantant simplement dans le sol au beau milieu de l’hiver », se souvient Ali. Cela a permis d’attirer l’attention de nos futurs partenaires.

En l’espace d’un an, ces petites interventions ont conduit la BRCA à établir un partenariat avec la Ville de Calgary, avec les élèves de 6e année de l’école Langevin dans le quartier de Bridgeland et avec l’École d’architecture, d’urbanisme et d’aménagement paysager de l’université de Calgary. Le fait d’inclure des élèves de 6e année a joué un rôle primordial dans le développement du projet qui s’est montré très instructif non seulement pour les enfants, mais aussi pour toutes les personnes investies dans ce projet.

 

Illustration conceptuelle initiale basée sur les idées des élèves. Avec l’aimable autorisation de la ville de Calgary.

 

Une expérience d’apprentissage globale

En 2017, le service des Transports de la Ville de Calgary venait tout juste de terminer d’élaborer sa Stratégie de piétonnisation. Toutefois, bien que le conseil municipal n’ait alors pas encore alloué de fonds pour cette stratégie, le service des Transports était prêt à soutenir une initiative citoyenne à petit budget.

Lorsque Jen Malzer, ingénieure des transports à la Ville de Calgary, a entendu parler des activités de la BRCA visant à transformer l’espace sous le viaduc de la 4e Avenue et relier le quartier Bridgeland au sentier au bord de la rivière, elle et son équipe ont sauté sur l’occasion.

« Nous n’avions pas les fonds nécessaires pour engager des consultants, ce que nous faisons généralement avant d’entamer tout projet », explique Jen. Avec les élèves de 6e année de l’école Langevin et les étudiants en Maîtrise d’architecture paysagère de l’université de Calgary, l’équipe de Jen a adopté une approche différente. « Nous avons décidé de laisser les élèves imaginer les différentes parties du projet et leur avons apporté notre expertise quand nous le pouvions », explique-t-elle à propos de ce rôle inhabituel pour le personnel municipal.

Habitués aux multiples allers et retours pendant les séances de mobilisation citoyenne, Jen et son équipe ont donc dû apprendre à « lâcher les rênes » dans ce projet.

En outre, dans le cadre de sa stratégie de piétonnisation, la municipalité était en train de mettre sur pied un programme d’urbanisme tactique. En participant au projet du parc Flyover, le personnel municipal a ainsi pu acquérir une meilleure compréhension du processus.

« Cela nous a donnés un bon aperçu de ce que devrait être le rôle de la Ville lorsque nous travaillons avec la population », explique Jen. « Nous avons été témoins des possibilités lorsque nous laissons différentes opinions s’exprimer. »

Et dans ce cas, ce sont les élèves de 6e année qui se sont exprimés. Jen rappelle que les enfants sont toujours les bienvenus dans les activités de mobilisation citoyenne organisées par la municipalité, mais ils le font rarement. Ces élèves allaient par la suite jouer un rôle central dans le projet.« C’était une expérience vraiment super. Je n’aurais jamais imaginé que nous puissions faire quelque chose comme ça », dit Miles, qui comptait parmi les participants.

 

 

Grâce à la clairvoyance de leurs enseignants, 60 élèves de 6e année de l’école Langevin ont ainsi pu participer à ce projet. « [Ali] cherchait des élèves pour collaborer avec la Ville et parler des zones de Bridgeland qui sont un peu négligées », se souvient Kate Logan, l’une des enseignantes. Avec sa collègue Elaine Hordo, elles ont sauté sur l’occasion. « Nous cherchions un moyen de faire participer les enfants à un projet de mobilisation, quelque chose qui fasse bouger le quartier », ajoute Kate.

Emballée par le potentiel de cet endroit et les possibilités d’apprentissage pour les élèves, Jen a contribué à coordonner des visites éducatives auprès de différents services de la Ville. Ceci a ainsi permis aux élèves d’acquérir de bonnes bases afin de réfléchir à la transformation de ce lieu. « J’ai fait appel à différents experts, comme des sylviculteurs urbains, des urbanistes, des ingénieurs hydrauliques, afin de leur donner une idée de ce dont ils devaient tenir compte », explique Jen.

Cette expérience a permis aux enfants de réfléchir aux possibilités qu’offrait cet espace. « Nous avons passé beaucoup de temps sur le site, à observer autour de nous », dit Logan. Ils ont également visité d’autres quartiers de la ville et découvert différentes manières d’utiliser un espace vacant en vue de lui redonner vie et créer un esprit de communauté.

« Notre classe a décidé de faire quelque chose de cet endroit », explique Miles. « C’était un très bon emplacement mais il n’était pas utilisé de la bonne façon. »

Au printemps 2017, lorsque les étudiants diplômés de l’université de Calgary se sont lancés dans un atelier de conception, les enfants étaient plus que prêts à apporter leurs contributions. Lors de la première réunion de conception, Ben Hettinga, qui faisait alors partie des étudiants de l’université de Calgary, se souvient avoir été impressionné par les idées des élèves de 6e année. « Parmi leurs idées, il y avait des choses auxquelles on s’attend de la part d’enfants, comme des aires de jeux et des éléments ludiques. Mais il semble qu’ils se soient aussi attachés à en faire un espace sûr et accueillant pour tout le monde. » Jen partage aussi ce sentiment : « les élèves souhaitaient que le projet réponde aux besoins de tous en matière de divertissement, et pas seulement à ceux des enfants ».

Intégrant les connaissances et les idées de tous les élèves, les étudiants en architecture paysagère ont obtenu la mention honorable pour leur projet de conception lors de la cérémonie de remise des prix d’urbanisme du maire de Calgary et ont remporté un Prix national d’urbanisme. « Nous nous sommes amusés à imaginer comment égayer cet endroit », déclare humblement Miles. « Nous n’aurions jamais pensé que cela puisse devenir une réalité. Toutefois, nous avons obtenu un financement ce qui a réjoui toute la classe. »

 

 

Grâce à cette expérience, les élèves de 6e année ont appris beaucoup de choses en matière d’urbanisme, une possibilité dont bénéficient peu de Calgariens à un si jeune âge.

Selon Kate Logan, ce projet a montré à ses élèves l’importance de l’engagement civique : « en tant que citoyens, nous sommes responsables de nous-mêmes et des autres, et chaque décision que nous prenons a des répercussions sur les autres. »

Selon Ali, la participation de l’école Langevin a également contribué au succès du projet, et ce, en obtenant un financement initial de la part de la Calgary Foundation. « Avec ces fonds, nous avons repeint la route et acheté des chaises et des tables de pique-nique; nous avons aussi construit des jardinières et ce genre de choses », explique-t-elle.

Et leur contribution a été déterminante, car elle a permis de tester leurs idées et de montrer l’intérêt d’un tel projet pour le quartier. Le succès rencontré suite aux améliorations temporaires de l’été 2017 a solidifié le partenariat avec la Parks Foundation et conduit à d’autres améliorations, telles que la création d’une fresque murale et l’installation d’une table de ping-pong.

 

Peindre la route en tant qu’intervention tactique, 2017. Avec l’aimable autorisation d’Ali.

 

Concrétiser le rêve du quartier

Au printemps 2019, la Parks Foundation de Calgary a annoncé la construction d’un parc urbain permanent grâce à un don du gouvernement de l’Alberta.

« Je n’aurais jamais pensé que nous puissions avoir un tel impact dans notre quartier », déclare Miles.

Bien que la conception de cet espace ait fait l’objet de modifications successives et qu’un certain nombre d’éléments aient été abandonnés au stade de la construction, le parc Flyover traduit bien l’esprit des jeunes qui ont contribué à sa réalisation.

« Il ne s’agit pas d’une aire de jeu ordinaire. Nous avons essayé de concevoir un endroit pour tous, notamment pour celles et ceux qui n’avaient pas de lieu adapté pour eux », explique Ali.

Outre les équipements ludiques pour tous les âges, le plan d’aménagement comprend une esplanade pour accueillir les camions de restauration et des événements en plein air, offrant ainsi des possibilités de loisirs aux petits comme aux grands et reflétant l’esprit d’inclusion dont font preuve les élèves de l’école Langevin.

L’approche tactique du projet a également permis d’avancer rapidement. À cet égard, le corridor Bow to Bluff dans le quartier Sunnyside, un projet similaire dans le centre-ville de Calgary et également mené par des résidents mais adoptant une approche plus conventionnelle, a mis près de 10 ans à se concrétiser.

Ces interventions tactiques ont également incité la municipalité à mener d’autres améliorations dans les rues principales du quartier, telles que le Plan directeur du paysage urbain de la 1st Avenue NE qui vise à améliorer l’expérience des piétons et des cyclistes et à relier les infrastructures de Bridgeland, notamment le parc Flyover, au sentier de la rivière Bow.

Mais en définitive, la BRCA a fait plus que transformer un terrain vague en un carrefour dynamique pour la population. Les efforts des résidents ont également contribué à susciter des vocations en urbanisme pour la nouvelle génération.

« Je pense que nous avons beaucoup appris sur ce que nous pouvons réellement faire pour transformer nos quartiers », déclare Miles. « Et si davantage d’élèves pouvaient participer à des projets comme celui-ci, je pense que ce serait très bénéfique pour leur quartier. »

 

 

À propos de Ximena González

Ximena González est une autrice indépendante basée à Calgary. Son travail a été publié dans The Sprawl, The Tyee et The Globe and Mail.

 


 

Rendu possible grâce au généreux soutien de :


 

Cette contribution de Ximena González s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains »

Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett. Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

 

Les Amis des parcs créent un réseau inédit pour les grands parcs urbains du Canada

Les amis de la montagne, Stanley Park Ecology Society et High Park Nature Centre, trois des organisations à but non lucratif œuvrant pour les parcs les plus réputées et les plus anciennes du Canada, faisaient partie des 100 délégués présents lors du lancement du Réseau national des Amis des parcs pendant la conférence « Cœur de la ville » à Calgary en 2017.

Au cours de l’expansion des programmes nationaux des Amis des parcs et du lancement de son premier Rapport sur les parcs urbains du Canada, nous avons constaté les énormes retombées qu’avaient ces groupes. Par exemple, si quatre millions de personnes visitent chaque année le parc national de Banff, plus de huit millions visitent le Mont Royal, soit 30 000 fois plus de visiteurs par acre de parc. Combinés, ces trois grands parcs urbains accueillent plus de 17 millions de visiteurs chaque année.

Pendant la pandémie, les Amis des parcs ont commencé à organiser une série de rencontres virtuelles du type « cinq à sept » avec de grandes organisations de parcs urbains afin de déterminer la meilleure manière de les soutenir. Le but était de les aider à trouver les meilleures solutions pour rendre nos villes plus vertes et plus résilientes face aux changements climatiques. Nous avons ainsi appris que ces grands parcs urbains devaient être reconnus pour leur immense contribution face aux changements climatiques et en termes de résilience communautaire et recevoir les financements adéquats.

Pendant la pandémie, le Mont Royal, Stanley Park et High Park ont vu affluer un nombre de visiteurs sans précédent. L’enquête des Amis des parcs a montré que près des trois quarts (70 %) de la population estimait que leur appréciation des parcs et des espaces verts s’était accrue pendant la pandémie. Même si les vaccins permettent d’envisager la fin de la pandémie, ces parcs avec leurs écosystèmes uniques continueront de subir une pression considérable.

 

 

Photo crédit: Les amis de la montagne, Camp de jour, Freddy Arciniegas, 2019

Aujourd’hui, les Amis des parcs ont le plaisir de lancer le programme « Parcs Cœur vital », une collaboration nationale inédite visant à revitaliser l’infrastructure verte des plus grands parcs urbains du pays, tout en démontrant leur valeur incomparable pour le bien-être de la population. Le nom « Parcs Cœur vital » illustre leur importance cruciale dans nos villes. 

 

Un « Parc Cœur vital » est un large espace vert urbain qui contribue à la biodiversité, aux services écosystémiques et qui permet à la population d’en faire de multiples usages. Dans ces parcs, le personnel municipal, les ONG locales et celles œuvrant dans les parcs, ainsi que les responsables communautaires coordonnent les activités axées sur l’éducation et la gestion environnementales, afin d’inciter des personnes d’origines diverses à établir des liens avec la nature et les autres. Les « Parcs Cœur vital » procurent des avantages environnementaux et sociaux inestimables aux villes en les rendant plus vertes et plus résilientes face aux changements climatiques. 

 

Durant la première année, les Amis des parcs collaboreront avec ces trois groupes en soutenant leurs activités de revitalisation des écosystèmes. À High Park à Toronto, notre programme de financement permettra d’améliorer l’état des zones humides et de restaurer la savane de chênes noirs, un habitat rare dans le monde, en éliminant les espèces envahissantes. Les activités réalisées au Mont-Royal seront également bénéfiques pour les forêts et les zones humides du parc. Grâce aux travaux de plantation et à la gestion environnementale, le marais restauré sera en mesure de mieux absorber les eaux de pluie, ce qui améliorera la qualité des eaux souterraines et l’habitat des diverses espèces. Cela permettra aussi de réduire l’érosion et le ruissellement des eaux de surface qui dégradent la forêt. À Stanley Park, la plantation de 500 arbres et arbustes indigènes et l’élimination de 10 000 mètres carrés d’espèces envahissantes permettront d’améliorer l’état de cette forêt pluviale tempérée côtière, qui constitue un puits de carbone efficace et un habitat faunique dans le centre-ville de Vancouver. 

 

« Aujourd’hui, nous comprenons le rôle régénérant que joue la nature dans notre sentiment de bien-être. Nous devons approfondir cette notion et envisager plus largement la manière dont la restauration de la nature contribue à rendre nos villes plus résilientes face aux effets des changements climatiques », déclare Sara Street, directrice générale du High Park Nature Centre.

 

En plus de soutenir les travaux de restauration essentiels, le programme servira de pilier pour ces grandes organisations de parcs urbains qui pourront ainsi échanger leurs connaissances et partager leurs pratiques exemplaires. Le programme « Parcs Cœur vital » s’appuiera sur une évaluation d’impact rigoureuse afin de mesurer et d’amplifier les conclusions liées à l’importance des grands parcs urbains pour le bien-être de la population et celui des écosystèmes.

 

 

Photo crédit: Stanley Park Ecology Society

 

« En travaillant en groupe, nous pouvons multiplier notre impact, intensifier notre travail et devenir de véritables porte-voix, d’une manière qu’aucun de nous ne peut le faire seul », déclare Dylan Rawlyk, directeur général de la Stanley Park Ecology Society.

 

Hélène Panaïoti, directrice générale des amis de la montagne, fait écho à ce sentiment :

« Le programme Parcs Cœur vital s’appuie sur le fait que nous avons beaucoup de choses à partager avec les autres ONG œuvrant pour un parc dans le pays, et tant à apprendre d’elles. Les Amis des parcs font prendre conscience de l’importance de ces espaces verts et nous fournissent le cadre nécessaire pour revitaliser les écosystèmes. »

 

L’objectif à long terme du programme est de faire en sorte que chaque citadin au Canada ait facilement accès à un Parc Cœur vital qui présente à la fois des avantages écologiques et sociaux.

 

Natalie Brown, directrice des programmes aux Amis des parcs, déclare : “Les grands parcs urbains revêtent une grande importance pour les villes. Les Amis des parcs servent de pilier pour renforcer leur travail et pour obtenir davantage de soutien en leur faveur. Il est clair que nous disposons d’importants milieux naturels à la fois précieux et capables de répondre aux effets des changements climatiques et aux objectifs de nos villes. C’est pourquoi, nous nous réjouissons grandement à l’idée de contribuer à cette réalisation.”

Grâce à son Réseau national, les Amis des parcs sélectionneront d’autres grands parcs à travers le Canada afin qu’ils puissent eux aussi bénéficier d’investissements et du réseau de l’organisation pour offrir à leur tour un maximum d’avantages écologiques et sociaux. 

 

 


 

Made possible by the generous support of Rendu possible grâce au généreux soutien 

d’un bailleur de fonds anonyme

 

 

Comment utilisez-vous les parcs pendant la COVID-19?

Aidez-nous à façonner le futur des parcs urbains en participant à notre sondage sur l’usage et la fréquentation des parcs urbains pendant la CODIV-19

Vos réponses serviront de base à notre Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2021. Nous en transmettrons les conclusions au personnel des parcs municipaux, et à notre réseau de professionnels et d’amateurs des parcs à travers le Canada. 

Pour vous remercier de votre participation, vous aurez la possibilité à la fin du sondage de participer à un tirage au sort pour gagner l’une des trois cartes-cadeaux VISA de 100 $.

Le sondage prendra fin le 26 avril 2021.

Participez au sondage!

Les Amis des parcs ont 10 ans : réflexion et regard sur l’avenir

Cette contribution de Ken Greenberg s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.


Les parcs ont la capacité remarquable de mettre en valeur une ville, de créer des liens entre les gens, d’améliorer la qualité de vie des citoyens de tous âges, de lutter contre l’isolement social et la solitude, et de faire bénéficier les visiteurs des vertus thérapeutiques de la nature.

Lorsque des gens se réunissent dans leurs parcs , ils augmentent la cohésion sociale et créent un solide enracinement au niveau local. Ils renforcent le tissu social et combattent la polarisation en dirigeant l’attention et les ressources vers des zones et des populations défavorisées.

Toutefois, nous sommes actuellement confrontés à un enjeu de taille : comment pouvons-nous répondre à la demande croissante en espaces verts alors que la population et la densité ne cessent de croître dans les villes? À travers le Canada, l’une des principales demandes formulées à maintes reprises par les résidents pendant les consultations publiques sur le thème de l’intensification du développement urbain est d’augmenter et d’améliorer les parcs et les espaces ouverts dans le cadre d’une expansion de l’espace public.

Mais ceci présente un sérieux dilemme. Comment les villes du Canada peuvent-elles devancer l’intensification du développement urbain répondant au dynamisme et à la croissance d’une ville, tout en élaborant un programme innovant permettant d’élargir le système des parcs?

Un autre enjeu est de savoir comment faire en sorte que tous les secteurs d’une ville, et en particulier les quartiers défavorisés ne disposant pas d’espaces verts bien aménagés, bénéficient de ces programmes et soient traités sur un pied d’égalité. Même si certains espaces ouverts semblent être verts sur la carte de certains quartiers, ceux-ci manquent souvent d’aménagements, restent difficiles d’accès pour une grande partie de la population, et n’ont guère de liens avec la vie quotidienne des gens.

Lorsque la COVID-19 est apparue en 2020, elle a joué le rôle d’ « accélérateur de particules ». Elle a mis en évidence les défaillances et les points faibles de notre société et, dans de nombreux cas, elle nous a poussés à nous adapter encore plus rapidement et prestement. Entre autre chose, elle a tout particulièrement mis en lumière notre nécessité d’avoir accès à des parcs qui représentent une véritable bouffée d’oxygène vitale lorsque nous sommes contraints de nous confiner.

Vous trouverez ci-dessous quelques réflexions sur ce que la période actuelle nous apprend et qui pourra nous servir pour les 10 prochaines années.

Dans des dizaines de villes du monde, nous constatons une demande irrépressible d’espaces en plein air sûrs et accessibles. Jamais jusqu’à présent, la fréquentation des parcs n’a été aussi élevée. Au Canada, les parcs sont devenus des espaces publics essentiels, à l’image des Piazza en Italie. Comme je le constate dans mon quartier à Toronto, chaque espace vert disponible est devenu un lieu de rencontre très fréquenté par des gens de tous âges, jusque tard dans la soirée et même en hiver.

Cette intensification de la fréquentation des parcs reflète un désir de passer du temps dehors tout en respectant les règles de distanciation physique. Mais ceci révèle également une toute nouvelle façon de voir et d’utiliser la ville et d’être avec les autres. Et tandis que nous nous adaptons à ces changements dans notre vie, il est peu probable que la dynamique s’inverse après la pandémie. En effet, la transition « improvisée » accélère profondément un mouvement déjà amorcé.

D’une part, le désir croissant de vivre en ville entraînait déjà un besoin accru d’espaces publics. Mais, malheureusement, le coût élevé des terrains a souvent entravé l’acquisition de parcs traditionnels. La nécessité pour la population d’avoir accès à plus d’espace s’est accompagnée d’un changement dans la façon dont nous utilisons cet espace public et dans le type d’expériences que nous recherchons avec un accent mis sur plus de flexibilité et d’interaction. Ceci a aussi donné lieu à de nouveaux modèles, comme les « voies vertes », qui traduisent le passage d’un mode de vie dépendant de l’automobile au transport actif basé sur le vélo et la marche.

 

La pandémie fait monter les enchères. Elle nous force à nous interroger sur la forme que prendront nos lieux publics dans l’avenir, tandis que la tendance d’avoir des grandes villes densément peuplées ne cesse de croître.

La situation actuelle nous donne d’ores et déjà quelques pistes. Ce qui importe n’est pas seulement la quantité d’espaces publics ouverts – jusqu’à présent le secteur conventionnel de l’urbanisme se concentrait généralement sur les mètres carrés de parc par habitant dans un rayon donné. Bien que cet aspect soit important, nous devons davantage nous concentrer sur la qualité et l’utilité de cet espace, et sur la manière dont il améliore notre vie.

Plus que jamais, nous constatons à quel point les lieux publics aujourd’hui ne sont ni un luxe ni « accessoires ». Les villes dotées d’un réseau de lieux publics bien aménagés et accueillants offrent à leurs résidents des avantages considérables en termes de santé publique, tant sur le plan physique que mental.

Avant la pandémie, nous étions déjà confrontés à une crise de santé publique, exacerbée par un mode de vie sédentaire où la dépendance excessive à l’automobile et la tendance à passer de longues heures devant des écrans ont produit une épidémie d’obésité, ainsi qu’une augmentation du diabète et des maladies cardiaques, particulièrement alarmante chez les enfants.

Quant à la crise sanitaire actuelle, elle a souligné l’importance des lieux publics qui permettent aux personnes de tous âges de sortir et de pratiquer différentes activités – promenade à pied ou à vélo, ou toutes sortes d’activités sportives tout au long de l’année. Ils peuvent ainsi intégrer ces activités bénéfiques pour leur santé à leur routine quotidienne, près de chez eux et de leur lieu de travail.

Betsy Barlow Rogers, fondatrice de l’organisation Central Park Conservancy, a fait remarquer avec une grande clairvoyance que « si la ville est davantage à l’image d’un parc, le parc est alors davantage à l’image d’une ville ». En d’autres termes, lorsque les frontières physiques s’estompent, une véritable fusion s’opère. À l’image d’un parc, la ville entière devient ainsi plus verte et accessible aux personnes pratiquant la marche ou le vélo.

En aidant la population à se déplacer relativement librement et à redécouvrir la ville de cette manière, nous pourrons abolir les préjugés entre les différents quartiers et les secteurs d’une ville, alors que les voies continuent de se fluidifier. Les éléments de l’espace public servant de passerelles naturelles entre les différentes zones d’une ville joueront un rôle essentiel en contribuant à créer une ville ressemblant à un tout homogène. À cet égard, Londres s’est déclarée la première ville « parc national » au monde.

Avec le temps, on peut s’attendre à ce que les liens que nous créons actuellement à la va-vite deviennent ensuite la règle. Tandis que nous revoyons notre définition de l’espace public en faisant en sorte qu’il ressemble davantage à un parc, nous serons amenés à nous libérer de l’idée préconçue de ce qu’est une ville. Les villes ne seront plus seulement conçues autour des autoroutes et des grandes artères, mais de plus en plus autour de réseaux de lieux partagés interconnectés, servant de passerelles à travers la ville.

Lorsque nous posons un nouveau regard sur la ville, nous sommes amenés à nous interroger sur ce que constitue un parc. En tenant compte de tous les types d’espaces publics – que ce soient les allées, le remaniement des rues, les ravins, les corridors hydroélectriques, les voies ferrées, le système de gestion des eaux pluviales, les dispositifs de protection contre les inondations et les initiatives en matière de transport – nous pouvons contribuer à leur expansion et ainsi répondre aux nombreuses lacunes qui existent actuellement dans les villes. Dans l’avenir, l’espace public sera différent, tant par son échelle que par sa nature.

À la place de lieux publics subtilement délimités et implantés dans un quadrillage de rues – une connotation présente dans les termes parc et square – ce nouveau type de lieux publics pourrait bien devenir une trame continue permettant de relier les gens entre eux et créant un fil conducteur dans le tissu urbain lui-même.

Cette idée plus large de voir la ville comme un paysage, où tout est naturellement plus fluide, nous ramène d’une certaine manière à une perception Autochtone précoloniale du territoire sur lequel nous vivons. Cette perception considère la terre comme une « ressource commune » abondante et partagée, qui n’est plus strictement délimitée ni entourée de limites.

Notre objectif dans les 10 prochaines années sera donc de tirer parti de cette vision plus large de ce qu’est et peut être un parc. Pour ce faire, notre organisation s’engagera activement dans la concrétisation de cette vision.

Depuis 10 ans, les Amis des parcs plaide pour exploiter le plein potentiel des parcs, en ouvrant la porte à davantage d’initiatives et d’activités citoyennes, en faisant davantage appel à des bénévoles, en encourageant la création de petits cafés, de kiosques alimentaires et de jardins communautaires, en fournissant plus de sources de financement ainsi que son apport personnel, et en invitant les populations défavorisées à participer.

 

En 2011, l’année où les Amis des parcs a vu le jour, j’ai eu le privilège de siéger au conseil d’administration, aux côtés de mon épouse Eti, qui a été membre aussi pendant plusieurs années. L’organisation, composée de personnes talentueuses et passionnées, s’est rapidement transformée en un lieu de rencontre pour toutes les personnes qui se soucient des parcs. Elle a aussi permis aux groupes mobilisés dans les parcs de Toronto qui ignoraient l’existence les uns des autres de créer des liens.

Alors qu’au départ, son mandat reposait sur le plaidoyer, le réseautage et le partage d’expérience, l’organisation a vu croître de plus en plus son influence auprès des autorités municipales. Par la suite, le personnel municipal et les politiques ont également commencé à voir les Amis des parcs comme un allié essentiel et un agent de liaison avec la population.

C’est ainsi que tout a commencé. Qui aurait pu imaginer ce que deviendrait les Amis des parcs les années suivantes? Pendant les cinq premières années, nous nous sommes efforcés de mettre en relation les groupes citoyens mobilisés dans les parcs, les experts des parcs, les groupes à but non lucratif et les bailleurs de fonds constituant déjà un réseau solide à Toronto et de leur apporter notre soutien.

À mesure que notre organisation s’est développée, d’autres villes à travers le Canada nous ont remarqués. Elles ont ainsi exprimé leur désir d’avoir accès à une organisation et à un réseau similaires pour soutenir leur travail dans les parcs. En 2017, lors de sa première conférence nationale à Calgary, les Amis des parcs a ainsi lancé son réseau national.

En 2021, tandis que l’organisation célèbre ses 10 ans, le Réseau national des Amis des parcs se compose désormais de quelque 850 groupes mobilisés dans les parcs dans 46 villes canadiennes, et ce, dans chaque province du Canada. À l’heure actuelle, nous comptons 30 employés à travers le Canada, ainsi que des bureaux à Montréal, Toronto et Vancouver.

Notre conseil d’administration est national et comprend de nombreux experts des parcs, urbanistes et chefs de file engagés. Le Rapport sur les parcs urbains du Canada qui en est à sa troisième année, est le seul rapport au Canada sur les tendances et les défis auxquels sont confrontés les parcs urbains. En outre, une gamme de programmes innovants permet de soutenir les activités organisées dans les quartiers défavorisés, les projets et événements innovants dans les parcs, et la mobilisation citoyenne dans l’ensemble du Canada.

Dans cette série marquant nos 10 ans seront présentées plusieurs initiatives mises en œuvre dans les parcs et illustrant ce que notre organisation appelle « le pouvoir des parcs ».

Comme en témoignent ces exemples, les projets d’innovation en matière de développement et de gestion des parcs au Canada sont très prometteurs. Ces 10 dernières années, les Amis des parcs a créé des bases solides en identifiant les besoins et les opportunités, en mobilisant des ressources au sein de la population et en incitant les villes canadiennes à agir. Tout ceci a permis d’ouvrir de nouvelles perspectives. Et nous sommes impatients de découvrir ces nouveaux et remarquables espaces naturels et de voir ce que nous réserve l’avenir.

 

 

À propos de Ken Greenberg

 

Ken Greenberg est urbaniste, enseignant, rédacteur, ancien directeur du service d’urbanisme et d’architecture de la ville de Toronto et directeur de l’agence Greenberg Consultants. Récipiendaire de l’Ordre du Canada, il a siégé au conseil d’administration des Amis des parcs pendant huit ans et a joué un rôle essentiel dans la création de l’organisation.

 


 

Rendu possible grâce au généreux soutien de :

 


 

Cette contribution de Ken Greenberg s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

 

Six améliorations requises en 2021 dans les parcs municipaux du Canada

Elle a mis en lumière la grande résilience des citoyens et la manière dont les parcs y contribuent largement en leur permettant de rester actifs, de se détendre et de garder des liens avec les autres (en toute sécurité). 

Mais nous avons également constaté que certaines améliorations étaient requises, notamment pour garantir un accès équitable aux parcs et mettre en œuvre des politiques et des programmes inclusifs offrant à chacun un sentiment d’appartenance et de sécurité.

Cette liste s’appuie sur les recherches que nous avons effectuées dans le cadre de notre Rapport sur les parcs urbains au Canada, des sondages relatifs à la COVID-19, ainsi que sur notre série de webinaires sur la COVID-19, les enseignements tirés de nos programmes de 2020 ainsi que les ressources et les travaux de tierces parties.

Voici donc les six points que nous aimerions voir améliorés en 2021 dans les parcs municipaux du Canada.

 

Plus d’équité

 

Crédit photo: Aboriginal Fridays au Square Cabot de Montréal, Lori Calman

 

Si l’année 2020 a au moins servi à quelque chose, c’est de tirer la sonnette d’alarme sur le problème des inégalités déjà présentes dans nos villes. Nous parlons souvent des parcs comme étant « accessibles à tous ». Toutefois, ceci ne tient pas compte du racisme, de l’application inéquitable de la loi, du manque d’investissement chronique, de l’accès inégal aux services et de la stigmatisation sociale qui empêchent de nombreuses personnes dans nos villes d’avoir accès à ces espaces, d’en profiter et d’en tirer avantages.

Comme l’ont fait remarquer les intervenants de notre webinaire intitulé « Passé, présent, futur : qui va écrire le prochain chapitre de l’urbanisme? », en 2021, nous devrons moins nous attacher à un « retour à la normale » et mettre davantage l’accent sur les mesures requises pour lutter contre la discrimination systémique, le déplacement des itinérants et le racisme anti-Noirs et anti-Autochtones dans nos parcs, nos politiques et nos organisations. Nous devons examiner qui est inclus dans les décisions et qui en est exclu. Pour ce faire, nous devons nous assurer que les initiatives de mobilisation et de consultation publiques permettent d’inclure et non d’exclure les citoyens afin de répondre à leurs besoins essentiels.

Ressources:

 

Améliorer les parcs municipaux

 

Un petit jardin pollénisateur à Toronto

 

L’année dernière, nous avons reçu la consigne de rester à la maison pour nous protéger de la COVID-19. Et cette année encore, le message demeure le même dans de nombreux endroits. Ceci ne fait que renforcer l’importance des parcs dans notre quartier qui représentent de véritables espaces de répit. Mais nous savons aussi que ces parcs ne sont pas répartis de manière égale, ce qui a de réelles répercussions sur la santé mentale et physique de la population. Nos recherches ont indiqué que les Canadiens, qui ne bénéficiaient pas d’un parc à moins de cinq minutes de marche de chez eux, étaient 5 fois plus susceptibles de ne pas se rendre du tout dans un parc entre mars et juin 2020. Pour pouvoir profiter des parcs, il faut d’abord en avoir un à proximité de chez soi.

En 2021, nous anticipons un regain d’intérêt pour les parcs municipaux. L’accès à des espaces verts de qualité et de proximité sera plus important que jamais. C’est pourquoi nous espérons que plus d’attention sera accordée à des infrastructures essentielles comme les toilettes, les fontaines à eau, les structures ombragées et suffisamment d’endroits pour s’asseoir. La fréquentation des parcs a fortement augmenté pendant la pandémie, et demandera un entretien accru. Mais nous pouvons aller plus loin. En y intégrant des activités d’agriculture urbaine, voire des possibilités de développement économique au niveau local, comme des marchés vendant des produits locaux, ces parcs peuvent à terme devenir de véritables pôles de résilience. En concevant les parcs de nos quartiers à cette fin, nous pouvons faire en sorte qu’ils représentent une base solide pour la société en temps de crise, notamment en offrant des espaces et des services accessibles.

Ressources :

 

Accès accru aux espaces naturels de proximité

 

Crédit photo: un événement organisé par Hives for Humanity à Vancouver en 2018, les Amis des parcs

 

Alors que le niveau de stress a grimpé en flèche en 2020 et que la santé mentale des Canadiens en a souffert les conséquences, beaucoup ont cherché à passer plus de temps en plein air afin de se recentrer, souvent en cherchant un peu de répit dans la nature. Dans notre enquête de juin 2020, 80 % des Canadiens ont déclaré que les parcs étaient devenus plus importants pour leur santé mentale pendant la pandémie. Des recherches scientifiques ont montré depuis longtemps le lien entre le bien-être et le temps passé dans la nature. Mais tout le monde ne peut pas jouir de la nature de la même manière. Les actes racistes et les programmes et politiques d’exclusion peuvent décourager certains de se rendre dans ces espaces naturels de peur d’en être exclus ou de ne pas y être en sécurité.

En 2021, nous espérons qu’une plus grande attention sera accordée aux projets de végétalisation intégrant dans nos quartiers et près de chez nous des zones laissées à l’état sauvage, comme dans nos rues, nos cours, nos parcs, nos allées et nos écoles. Nous devons tirer parti de la prise de conscience collective du lien entre la santé mentale et la nature en mettant en place de nouveaux programmes et de nouvelles possibilités d’intendance, en dédiant des fonds spécifiques pour les pratiques d’intendance des territoires Autochtones et pour les projets communautaires dans les quartiers défavorisés. Les projets de végétalisation permettront également d’accroître la résilience climatique de nos villes, en atténuant les conséquences des dérèglements climatiques, notamment en contribuant à réduire les inondations et à refroidir l’air.

Ressources :

 

Dépasser la limite des parcs

 

Crédit photo: une illustration de PlazaPOPS, 2018

En 2020, pour répondre au besoin accru de distanciation physique et d’espace de leurs citoyens, de nombreuses villes ont rapidement « trouvé » et à mis à disposition de la population de nouveaux espaces à ciel ouvert, que ce soit dans les rues ou dans d’autres lieux publics. Cela a permis d’accroître l’espace pour faire du vélo, courir, faire du patin à roulettes et marcher. Nos recherches ont montré que les gens étaient favorables à l’augmentation de ce type d’interventions. Toutefois, un grand nombre de ces interventions étaient davantage axées sur les quartiers du centre-ville.

En 2021, nous devons continuer à repenser l’espace dans nos villes de manière créative pour qu’il soit favorable aux citoyens. Toutefois, nous devons aussi appliquer ces initiatives dans davantage de quartiers afin qu’eux aussi puissent bénéficier de rues plus calmes, d’espaces publics plus vastes et de parcours plus sûrs pour pratiquer la marche et le vélo. Des projets comme plazaPOPS peuvent nous apprendre beaucoup de choses. Ce projet a permis d’installer des espaces verts publics devant des zones commerciales en banlieue, et de lancer des projets animant les espaces verts au pied de tours résidentielles. Nous devons également chercher à adapter les lieux publics en hiver pour encourager les gens à sortir.

Ressources:

 

Soutenir les programmes des groupes citoyens 

 

Crédit photo: Des femmes habitant à Jamestown plantent des fleures indigènes dans un centre communautaire pour enfants à Toronto 

Le travail des Amis des parcs s’est toujours appuyé sur celui des groupes œuvrant pour les parcs. En 2020, beaucoup de groupes œuvrant dans les parcs ont eu de nombreux défis à relever en raison des mesures de lutte contre la COVID-19 qui ont restreint l’accès aux parcs, et de l’obligation de suivre des directives de santé publique fluctuantes concernant les rassemblements publics. Malgré ces obstacles, plus de 40 % des groupes œuvrant pour les parcs interrogés en juin 2020 ont déclaré avoir fourni un soutien aux personnes en difficulté dans leur quartier pendant la pandémie. Certains ont même adapté leurs activités, notamment en fabriquant et en distribuant des masques.

En 2021, dans le cadre des mesures de rétablissement consécutives à la COVID-19, nous espérons que les programmes essentiels mis en œuvre dans les parcs bénéficieront d’un plus grand soutien. Les groupes œuvrant dans les parcs nous ont indiqués que leurs deux principaux besoins sont d’ordre financier et aussi de trouver une manière de remobiliser les citoyens pour qu’ils participent à nouveau aux rassemblements dans les parcs. Pour faciliter la tâche à ces groupes et les aider à lancer davantage de projets avec moins de démarches administratives et de frais, le personnel municipal peut faire équipe avec les citoyens et les organisations partenaires pour leur fournir des fonds et mettre en place des politiques simplifiant la demande de permis. Travailler avec les personnes influentes et les associations au niveau local peut permettre d’informer la population sur la manière de se réunir en toute sécurité, et de mettre en œuvre des programmes permettant aux gens de profiter à nouveau des parcs ensemble. 

Ressources :

 

Célébrer l’hiver

 

Crédit photo: Un parc de Montréal sous la neige, les Amis des parcs

 

On dit souvent que le Canada est un pays d’hiver, et c’est la réalité : pendant de nombreux mois de l’année, nous avons un temps humide et froid. Toutefois cet hiver, les gens continuent de fréquenter les parcs et les sentiers pour profiter du plein air, rester actifs et atténuer les effets de la dépression hivernale. Certaines villes canadiennes font beaucoup mieux que d’autres pour favoriser l’accès à leurs parcs pendant l’hiver (comme Calgary, Edmonton et Montréal). Tandis que beaucoup d’autres ne disposent pas de l’infrastructure adéquate ni de pratiques d’entretien adaptées pour faire face à la réalité hivernale, par exemple avec des toilettes non aménagées pour l’hiver et des sentiers qui ne sont pas déneigés régulièrement. 

En 2021, nous devons faire en sorte que les parcs et les sentiers soient accessibles pendant l’hiver à un plus grand nombre, notamment en laissant les toilettes ouvertes et en déblayant la neige et la glace pour que les usagers puissent les utiliser en toute sécurité. Et pour aider les citoyens à maintenir des liens sociaux et à rester actifs, davantage de soutien doit être apporté aux associations locales pour qu’elles puissent fournir des programmes sûrs et engageants pendant l’hiver. Ces projets n’ont pas besoin d’être onéreux ou compliqués : il suffit par exemple d’amener votre sapin de Noël dans votre parc pour que les autres puissent en profiter.

Lectures complémentaires :

 

Quel genre d’améliorations aimeriez-vous voir dans vos parcs en 2021? Dites-le-nous sur Twitter en indiquant : @park_people.

 

 

Rendu possible grâce à

 

 

 

Crédit photo de couverture: la bouche de la rivière Don naturalisée, Waterfront Toronto

 

La Forêt Éphémère au Parc Jarry de Montréal

On dit souvent que toutes bonnes choses ont une fin. Mais parfois, avec un peu de chance, cette fin peut être le début de quelque chose d’encore plus spécial. C’est exactement ce qu’il s’est passé au Parc Jarry dans l’arrondissement de Villeray-St-Michel-Parc-Extension à Montréal : le groupe citoyen Coalition des amis du Parc Jarry (CAP Jarry), bénéficiaire de la bourse TD Amis des parcs, y a fait renaître des cendres du temps des fêtes une Forêt Éphémère d’arbres de Noël recyclés, de rêves et d’espoirs.

 

Chaque Janvier, lorsque le temps des fêtes tire à sa fin, les sapins de Noël dénudés s’amoncellent sur les trottoirs, attendant lugubrement le service de ramassage de la ville. Au Canada, environ 6 millions de sapins se retrouvent à la décharge chaque année. S’ils ne sont pas recyclés correctement et simplement jetés, chaque arbre peut créer environ 16 kg de dioxyde de carbone. Non seulement cela représente une empreinte écologique importante, mais cela perd également une excellente opportunité de donner aux arbres une seconde vie plus percutante.

Le CAP Jarry, dirigé par Michel Lafleur, s’est engagé à relever ce défi cette année. Au lieu de la traditionnelle décharge, ils ont invité les résidents de Montréal à apporter leurs sapins de Noël dégarnis au Parc Jarry, à les planter dans des pots en bois construits pour l’occasion, et ainsi créer une Forêt Éphémère magique. Les familles et amis ont pu se promener librement entre plus de 250 arbres, tout en respectant les mesures de santé publique et de distanciation physique. Au bout des deux semaines d’installation, un service spécialisé en réaffectation du bois s’est chargé de ramasser et recycler les arbres adéquatement.

 

Pour ajouter à l’esprit magique de l’événement, les participants étaient invités à écrire leurs vœux pour la nouvelle année ainsi que leurs souhaits pour des nouveaux aménagements urbains dans leurs parcs et à les attacher à leur sapin. Cela a donné à chaque arbre une touche personnelle et a donné aux gens une chance d’exprimer leur vision de l’avenir. À une époque où les interactions sociales sont rares et où nous aspirons à interagir avec les autres, lire les souhaits personnels sur chaque arbre ressemblait à un échange intime avec les anciens propriétaires de l’arbre de Noël – leurs idées, leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir.

 

 

La forêt a créé un sentiment de connexion humaine à un moment où les gens en ont le plus besoin. Marcher à travers les centaines d’arbres au milieu du vaste parc Jarry fut une expérience inspirante, joyeuse et franchement magique.

“Tout le monde était souriant”, se rappelle Mme. Fumagalli, la maire de l’arrondissement VIlleray-St-Michel-Parc-Extension. “Il y avait beaucoup de curiosité, une forme d’entraide, surtout une telle synergie… Le projet a eu d’énormes retombées positives”.

 

 

Ce qui a surtout marqué la maire Fumagalli, qui a eu un rôle facilitateur dans la planification de l’événement, c’est la manière extraordinaire dont les citoyens se sont appropriés et impliqués dans leurs parcs cet hiver. De la Forêt Éphémère aux hordes de Montréalais qui ont construit des bonhommes de neige dans les parcs de la ville après une tempête de neige, elle dit que nous voyons clairement «la nécessité pendant l’hiver d’avoir une sorte d’animation, surtout avec le contexte COVID actuel».

 

 

Une autre clé de la réussite de cet événement se trouve dans sa simplicité : l’idée est facilement transférable d’un parc à un autre, mais aussi d’une ville à une autre. “Je suis certaine que c’est une idée qui fera boule de neige”, assure la maire Fumagalli. “Il y a tant de potentiel, autant pour les terrains vagues que les petits parcs. Le côté reproductible à petite échelle, facilement duplicable et demandant peu de ressources, ça rend cette initiative idéale”. 

 

Rendu possible grâce à une formidable collaboration:

Communiqué contre les démantèlements de camps d’itinérants

À destination de :

Objet: Communiqué contre les démantèlements de camps itinérants

Les Amis des parcs est un organisme de bienfaisance canadien qui aide les gens à activer le pouvoir des parcs dans les villes et les quartiers du Canada.

Pendant la pandémie, Toronto et d’autres villes canadiennes ont vu une augmentation significative du nombre d’itinérants visibles ayant trouvé refuge dans les parcs. Bien que le fait de vivre sous une tente dans un parc ne soit pas une alternative durable pour remédier au manque de logements abordables dans de nombreuses villes canadiennes, cette solution répond cependant à la nécessité actuelle pour certains de vivre dans des conditions sûres. C’est pourquoi, nous appelons la Ville de Toronto – et d’autres villes canadiennes – à adopter un moratoire sur les expulsions, exclusions et évacuations forcées des camps.

Comme l’ont déjà souligné le Encampment Support Network [Réseau de soutien aux campements] et d’autres intervenants dans le secteur du logement, il existe des raisons valables expliquant pourquoi certaines personnes préfèrent rester à l’écart des centres d’accueil pour le moment. Ces raisons peuvent notamment être les conditions de promiscuité, des préoccupations sanitaires liées à la COVID-19, l’incapacité d’obtenir le soutien ou les services requis, l’éloignement de leur quartier et de leurs amis, et le manque d’intimité et de sécurité. Par ailleurs, les parcs se trouvant sur les terres des Premières nations, les expulsions forcées des Autochtones itinérants perpétuent encore une fois une histoire coloniale basée sur la violence.

 

Illustration réalisée par Jake Tobin Garrett, jaketobin.ca

 

D’après l’enquête que nous avons menée auprès de 51 municipalités dans le cadre de notre Rapport sur les parcs urbains du Canada publié en juillet 2020, seulement 16 % des villes ont déclaré avoir suspendu les évacuations des camps d’itinérants pendant la pandémie, malgré les recommandations des Centres for Disease Control and Prevention (CDC) déconseillant les expulsions pour des raisons de santé publique. En plus des recommandations des spécialistes, 40 % des 1 600 Canadiens que nous avons interrogés au cours du même mois nous ont dit qu’ils aimeraient voir la municipalité aider davantage les itinérants utilisant les parcs, en leur fournissant notamment un accès à des toilettes et à l’eau.

Dans notre Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020, nous avons interrogé plusieurs experts, dont des élus, des employés municipaux, des employés d’organismes à but non lucratif et même les gens vivant dans des campements, afin de mieux comprendre les répercussions de ces déplacements et proposer des solutions plus inclusives. Nous estimons que les enseignements de ce rapport sont encore plus pertinents en temps de pandémie. Voici quelques exemples dont les municipalités pourraient s’inspirer :

Pour en savoir plus, cliquez ici.

Représentant des espaces communs dans une ville, les parcs nous offrent l’occasion d’apprendre à partager l’espace, un apprentissage parfois difficile, en particulier dans un contexte d’inégalités systémiques. Nous sommes conscients qu’il n’est pas donné à tout le monde de saisir toute la complexité de la situation des itinérants installés dans les parcs, qui dépasse souvent le domaine de compétence et d’expertise des employés des parcs municipaux. Nous sommes également conscients qu’il s’agit là d’un sujet délicat. Toutefois, nous espérons que cette situation pourra être gérée avec compassion et empathie, et d’une manière qui préserve la sécurité et les droits des usagers itinérants des parcs pendant cette crise de santé publique sans précédent et après cela.

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