L’hiver en nous: donner vie à la nordicité dans les parcs urbains

« L’hiver se présente comme une saison, un espace, ainsi qu’une émotion » (Hamelin, 1999).

Le géographe québécois Louis-Edmond Hamelin (1923-2020) est à l’origine de la notion de nordicité. L’hiver est une saison, physique et naturelle, et un état d’esprit.

Est-ce que ce premier hiver de la COVID-19 au Canada va nous permettre à tous d’explorer et de mieux comprendre comment vivre la nordicité au quotidien?

L’art de vivre l’hiver au quotidien ou la nordicité, c’est d’abord l’idée d’harmoniser nos vies avec le rythme de la nature. De ralentir, de se reposer, de jouer dehors, de s’encabaner. C’est aussi de nombreuses opportunités de s’intéresser à nos perceptions, attitudes et comportements devant les éléments naturels de l’hiver et les enjeux de résilience saisonnière.

 

Des sculptures de neiges réalisées après la tempête de neige qui a frappé Montréal en Janvier 2021.

 

De nombreux exemples récents nous montrent à quel point l’hiver apporte quelque chose en plus à la culture, au vivre ensemble et à la vie en ville. C’est le cas des patinoires maison qui se multiplient dans les cours arrière et les ruelles blanches. Le vélo d’hiver connaît un essor remarquable. Les parcs urbains sont pris d’assaut par les marcheurs, joggeurs et amateurs de glissade, ski de fond et raquette. Ils deviennent même l’espace d’une tempête parfaite un musée à ciel ouvert de forteresses et de sculptures de neige.

 

« L’hiver il faut d’abord parvenir à mieux le comprendre, pour arriver à bien le vivre.» (Chartier, 2019)

Daniel Chartier, fondateur et directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique.

 

Le parc urbain : point de convergence des expériences de l’hiver

 

Le parc urbain de proximité est le lieu idéal pour découvrir comment nous incarnons cette nordicité physique, mentale ou pratique, et pour commencer à explorer toutes les dimensions de la ville en hiver. Découvrez ici le potentiel de ces expériences et gardez-les en mémoire pour préparer vos prochaines aventures extérieures :

 

L’hiver, une saison imprévisible: soyez prêts à tout

 

L’hiver est une saison variable et imprévisible qui implique des considérations pratiques. D’abord et avant tout, le choix des vêtements ou d’équipements est indispensable pour faire face aux conditions météorologiques, parfois extrêmes, comme le froid, la glace ou la “slush”.

Afin de vous préparer à ces imprévues lors de vos déplacements quotidiens ou sorties dans votre parc, misez sur un habillement multicouche et des matières respirantes reconnues pour conserver la chaleur (ex.: laine mérinos).

Être bien équipé aide à prévenir les dangers que peuvent représenter la glace ou le verglas. Les crampons à glace ajustables, par exemple, sont une solution à moindre coût pour assurer que vos déplacements à pied demeurent sécuritaires et agréables.

Nous voyons même la création de programme pour offrir gratuitement ce type d’équipement aux aînés, afin d’encourager la pratique de la marche en hiver et aussi de contrer l’isolement.

 

Passez du temps dehors, pour votre bien-être physique et mental

 

Il est essentiel de passer du temps dehors, surtout en hiver, que ce soient 10 à 20 minutes, pour bénéficier des bienfaits nécessaires à notre santé mentale et physique. Ceci est d’autant plus important en période de pandémie et de confinement.

 

 

Cela vous aidera aussi à aborder l’hiver avec une attitude positive. Que vous choisissiez la pratique d’activités de plein-air ou de prioriser des déplacements actifs, vous profitez de l’apport en luminosité et de l’effet vivifiant et méditatif de bouger dehors en hiver, avec l’air froid.

 

Acceptez l’hiver et le froid tels qu’ils sont

 

« Pour transformer nos attitudes, il faut prendre conscience que notre perception du milieu et le langage utilisé pour décrire les divers phénomènes jouent un rôle primordial. » (Pressman 1985, cité dans Zardini 2005.)

La nordicité mentale est un état d’esprit. C’est le fait d’accepter l’hiver et le froid tels qu’ils sont. En acceptant l’hiver et le froid pour ce qu’ils sont, vous pourrez vous inventer un hiver heureux. Pour vous y aider, voici quelques conseils pratiques:

 

Recherchez la beauté hivernale

 

Au retour de l’école avec vos enfants ou lors d’une petite pause de télétravail, prenez le temps de regarder les paysages naturels et urbains autour de vous. Recherchez l’accumulation de neige blanche, sans traces ou en buttes, les arbres enneigés, les étangs ou les rivières gelées, ou les aménagements urbains qui favorisent les microclimats (ensoleillement, protection au vent).

 

 

Cette quête de la beauté naturelle et urbaine est une façon d’apprécier et de contempler l’hiver tous les jours.

Le caractère éphémère de la neige en ville, devient aussi une occasion de la célébrer et de lui faire honneur. Profitez de la prochaine tempête pour en ressentir les effets de lenteur, de calme et de réduction du bruit. Et pourquoi ne pas en profiter pour commencer un prochain concours de sculptures de neige dans vos parcs urbains?

 

Les parcs urbains, des lieux à adapter pour l’hiver et toutes les saisons

 

Plus nous passons de temps dehors en hiver, plus nous nous adaptons aux températures et aux éléments, et plus nous aimons cette saison. Et faire avec l’hiver urbain, c’est s’habituer aux changements de saison qui rythment nos vies.

Il est donc crucial que nos espaces urbains s’adaptent à toutes les saisons, y compris à l’hiver. C’est ce qu’on appelle la résilience saisonnière des espaces publics. Ce phénomène gagne en importance et rejoint le mouvement des Villes d’hiver (Winter Cities). Un mouvement né d’une volonté de mieux adapter les environnements urbains à la réalité hivernale, de promouvoir des pratiques innovantes en matière de design urbain et de montrer l’impact de l’appropriation des espaces publics par les communautés locales, peu importe la saison.

De plus en plus, des outils se développent pour les décideurs, les professionnels et les citoyens qui souhaitent contribuer à mieux adapter les collectivités à la réalité hivernale. Voici l’exemple de Montréal avec son Guide Ville d’hiver – Principes et stratégies d’aménagement hivernal du réseau actif d’espaces publics montréalais.

Mieux comprendre comment notre nordicité s’incarne au quotidien est un processus en mouvement, comme les saisons qui se suivent. Chose certaine, la pandémie nous donne soif de nature, et ce, même depuis l’arrivée de l’hiver. Il est donc essentiel que nos parcs urbains et espaces publics demeurent accessibles et adaptés selon le cycle des saisons.

 

Rendu possible grâce au généreux soutien de

 

 

 

Quand la ruelle fait œuvre utile: un projet financé par une Bourse TD Amis des parcs

Plus que jamais, l’accès à la nature en ville est essentiel. Pendant qu’à l’échelle des villes canadiennes, on observe une augmentation marquée de la fréquentation des parcs depuis le début de la pandémie, la métropole montréalaise ne fait pas exception, mais nous assistons aussi à un engouement grandissant pour les projets de ruelles vertes. En plus d’offrir un espace collectif sécuritaire, les ruelles vertes luttent contre les îlots de chaleur, apaisent en partie la circulation automobile et favorisent souvent le verdissement et l’agriculture urbaine.

Tisser le lien social une ruelle à la fois

À l’abri des incertitudes de la crise vécue depuis mars dernier, ces oasis ont continué à être animées, devenant des espaces clés de socialisation pour les enfants, pour les personnes en congé forcé, les gens en télétravail, ou des espaces de déambulation pour de simple passants. L’esprit de communauté encore plus fort a permis de renforcer le tissu social dans plusieurs quartiers de Montréal.

Les citoyens derrière l’initiative Le carré et sa ruelle se mobilisent depuis 2016 autour du projet de verdissement de la ruelle verte Saint-Dominique-Casgrain, entre les rues Bellechasse et Beaubien, et celui du carré Casgrain. Durant la première année, plusieurs personnes ont adopté une plate-bande, animé la ruelle d’une manière ou d’une autre, et participé à l’appropriation du carré Casgrain, le terrain du bout, le long de Bellechasse.

« Cette année, la réalisation de nos activités n’auraient pas pu se faire sans la bourse. »

Quand le groupe a appris qu’il était parmi les récipiendaires de l’édition 2020 du programme de Bourses TD Amis des parcs, une vague instantanée de motivation s’est fait sentir, déclare Camille Lasselin, membre du comité de résident.e.s des rues Casgrain et Saint-Dominique.

Loin d’être en manque d’idées, le groupe a fait preuve d’une grande créativité depuis le début de la pandémie et inspire par sa résilience constante. En juin dernier, tout en respectant les mesures sanitaires, ils se sont retrouvés avec leurs outils et ont mis les mains dans la terre lors d’un événement de construction de bacs et de plantation. En plus de maintenir le lien entre le carré Casgrain et la ruelle dans leurs activités, les membres veulent aussi inciter les gens à prendre le temps d’observer le milieu de vie qu’ils façonnent tous ensemble tranquillement.

 

Dimanche 27 septembre 2020, après-midi ensoleillé d’automne, rendez-vous dans Le carré et sa ruelle. Des membres du comité de résident.e.s des rues Casgrain et Saint-Dominique, dans le quartier La Petite-Patrie à Montréal, installent des tables, des chaises et du matériel d’artiste en vue de l’événement Atelier de peinture botanique rendu possible grâce au soutien des Bourses TD Amis des parcs.

Le défi d’organiser un événement en personne en temps de pandémie

Hélène Lefranc, membre du comité de résident.e.s, explique que la stratégie initiale de promotion de l’événement était à la fois de mobiliser le voisinage en distribuant des brochures, mais aussi de créer un événement Facebook permettant de rejoindre des gens de l’extérieur. Toutefois, devant l’évolution de la pandémie et les changements en matière de santé publique, le groupe a concentré ses efforts sur la participation des riverains seulement. Finalement, l’événement a réuni en alternance une trentaine de participants, ce qui représente une belle réussite dans ces circonstances.

« Avec la pandémie, les défis pour les organisateurs se sont surtout présentés avant l’événement, par exemple au niveau de la gestion du nombre de participants et des questions de logistique pour la désinfection. » En ce sens, le groupe a décidé de communiquer clairement ces informations :

Capture d’écran de l’événement Facebook du Carré et sa Ruelle. 

Malgré la deuxième vague de la pandémie qui planait, le groupe a décidé de maintenir l’événement Atelier de peinture botanique, comme il était toujours possible de se rassembler à distance et que l’activité pouvait facilement s’adapter aux recommandations et mesures sanitaires du moment.

 

 

Regarder la flore urbaine autrement

C’est par l’entremise de l’artiste multidisciplinaire Andrea Williamson que les participants ont pu être initiés à certaines techniques de la peinture botanique. L’intention derrière l’atelier était de se rapprocher du travail des botanistes en utilisant une technique de dessin qui favorise l’observation lente, et qu’on appelle le « contour aveugle ».

Voici comment l’artiste décrit l’atelier : « Cette technique propose d’imaginer que nos stylos tracent chaque fluctuations de forme comme une fourmi suivant les contours d’une feuille, d’une tige ou d’un pétale. Les participants apprennent comment laisser l’aquarelle s’exprimer d’elle-même sur le papier en appliquant la peinture mouillée sur du papier mouillée. Ils observent ainsi la fluidité et le mélange spontanés des couleurs. Ils apprennent aussi comment mélanger plusieurs teintes sans perdre la vivacité et la fraîcheur des couleurs. »

Pinceaux à la main, jeunes et moins jeunes se sont réunis dans une bulle d’expression collective pour célébrer la flore qui les entoure : géranium, pétunia, vigne vierge, propolis, arbres variés, etc. Dans ce moment méditatif empreint de contemplation et de gratitude, la biodiversité à la fois végétale et humaine de cette communauté s’est révélée.

 

Nous remercions Le carré et sa ruelle et Andrea Williamson pour les photos.

 

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