Dave Harvey et Erika Nikolai assument conjointement la direction des Amis des parcs

Les Amis des parcs ont le plaisir d’annoncer l’adoption d’un modèle de direction partagé, dans lequel Dave Harvey et Erika Nikolai deviendront respectivement codirecteur exécutif et codirectrice exécutive, à compter du 1er mai 2022.

Dave Harvey a fondé les Amis des parcs et en est le directeur exécutif depuis plus de 10 ans. Erika Nikolai a rejoint l’organisation en 2014 lorsque celle-ci visait alors uniquement les parcs municipaux de Toronto. Elle a été la sixième personne embauchée dans l’organisation. En tant que directrice générale des Amis des parcs, Erika a joué un rôle essentiel en contribuant à faire rayonner l’organisation dans d’autres villes et parcs du Canada.

Le poste de codirection formalise le leadership collaboratif qu’Erika et Dave ont adopté depuis de nombreuses années afin de construire ensemble un mouvement de parcs urbains au Canada. Le modèle de direction conjointe permet non seulement de reconnaître le rôle important qu’a joué Erika dans la réussite de l’organisation, mais aussi de renforcer les capacités et la résilience de l’organisation pour continuer à répondre à la demande croissante en parcs urbains de haute qualité et accessibles d’un océan à l’autre.

Erika et Dave dirigeront ensemble le personnel des Amis des parcs qui compte plus de 30 membres, ainsi que les bureaux situés à Toronto, Vancouver et Montréal. Au cours de ses 11 années d’existence, l’organisation a contribué à un changement de paradigme radical pour les parcs urbains : autrefois considérés comme « un plus », ceux-ci sont désormais considérés comme des infrastructures urbaines essentielles.

Zahra Ebrahim, la présidente du Conseil d’administration, se réjouit de l’évolution de l’organisation grâce à ce qu’elle appelle « une direction s’appuyant sur un pouvoir partagé et une prise de responsabilité mutuelle ». « En adoptant un modèle de direction partagée, les Amis des parcs placent le principe de collaboration au cœur de leur travail », ajoute Zahra Ebrahim.

Dave Harvey, le fondateur de l’organisation, partage cet enthousiasme : « Erika et moi avons travaillé main dans la main pendant de nombreuses années. Nos compétences et nos forces se complètent. » Quant à la nouvelle codirectrice générale, elle ajoute : « Partager la direction de l’organisation avec Dave nous donnera la capacité de répondre collectivement à la demande croissante en parcs urbains pour bâtir des sociétés plus saines, plus équitables et plus résilientes face aux changements climatiques. »

L’année 2022 s’annonce être une année passionnante pour l’organisation et les parcs urbains du Canada. À cet égard, les Amis des parcs travaillent déjà sur de nombreuses initiatives emballantes pour cette année, comme la Conférence nationale, le Forum de Montréal, le programme des Bourses TD Amis des parcs, le programme InTO the Ravines, ainsi que l’incroyable programme Parcs Cœur vital destiné aux grands parcs urbains du Canada.

Crédit de la photo de couverture : Micah Donovan

Pourquoi VOUS pensez que les parcs sont importants!

Nous savons qu’avant tout, les parcs doivent répondre aux besoins de la population. C’est pourquoi nous accordons une importance particulière à l’avis que nous recevons du public à propos de son expérience dans les parcs urbains. L’an dernier, nous avons eu l’occasion de parler à de nombreux membres du public pour comprendre comment ils utilisent les parcs.

En 2021, nous avons eu l’occasion de recueillir l’opinion des usager·es des parcs au Canada grâce à deux sondages déterminants :

Les résultats de ces sondages devraient éclairer le travail des personnes œuvrant à la planification, à la programmation et à l’entretien des parcs de nos villes. Nous souhaitions témoigner toute notre gratitude aux personnes qui y ont répondu. 

Voici ce que nous avons appris :

 

Les gens n’ont jamais autant fréquenté les parcs de leur ville

Si vous avez passé un peu de temps dans les parcs pendant la pandémie, vous savez que ceux-ci ont été une bouée de sauvetage pour beaucoup de personnes. Les parcs faisaient partie des seuls endroits où les gens pouvaient être en contact avec la nature, améliorer leur santé physique et mentale, et se réunir avec leurs proches en toute sécurité.

Dans le sondage de notre RPUC de 2021 mené auprès de quelque 3 500 personnes :

Les implications de ces résultats sont multiples. Bien que les parcs et espaces verts jouent un rôle essentiel pour nous permettre de maintenir des liens sociaux et d’améliorer notre santé et notre bien-être, cette hausse soudaine de la fréquentation des parcs a exercé une pression accrue sur les parcs et systèmes naturels de nos villes. Depuis que le nombre de fréquentations a considérablement augmenté, certaines municipalités ont du mal à entretenir leurs parcs. Certaines ont dû accroître leurs outils pédagogiques et leur signalisation pour encourager les usager·es des parcs à utiliser ces espaces vitaux adéquatement.

Si fréquenter un parc continue à occuper une place centrale dans la vie des gens (comme nous l’espérons), il faudra trouver un moyen de répondre à la nécessité d’investir davantage dans les parcs.

 

Les gens cherchent des occasions de participer à la gestion environnementale


Programme ‘‘Resurfacing History’’, Vancouver. Source: Still Moon Arts

Le sondage du RPUC de 2021 mené par les Amis des parcs a révélé que 58 % des personnes interrogées souhaitaient participer davantage aux activités de gestion des parcs, comme la plantation, l’arrachage des espèces envahissantes et les travaux d’entretien.

Mené par les Amis des parcs auprès des personnes participant à la gestion environnementale de trois des plus grands parcs urbains du Canada (High Park, le Mont-Royal et Stanley Park), le sondage a montré que participer à la gestion environnementale des parcs a des effets très positifs pour les gens. À cet égard :

 

L’équité laisse à désirer dans les parcs urbains


Des jeunes de Regent Park, à Toronto, se réunissent de manière informelle environ une fois par semaine pour discuter des moyens d’améliorer la communauté. Source: Christopher Katsarov Luna

Nous savons que les résident·es, en particulier les personnes s’identifiant comme des personnes Autochtones, Noires et de couleur (PANDC), ne profitent pas de la même manière des avantages des parcs. Pendant notre sondage mené dans le cadre du RPUC de 2021, les groupes PANDC nous ont révélé que, pendant la pandémie, ils avaient été plus susceptibles de passer moins de temps dans les parcs que les personnes blanches. Les principales raisons invoquées sont liées à l’augmentation des obstacles lors de leur fréquentation des parcs, comme la crainte de recevoir une contravention et d’être victimes de harcèlement.

Notre sondage a également montré que les PANDC étaient moins susceptibles de dire que les parcs avaient eu des effets positifs sur leur santé mentale et physique, ou sur leur capacité à maintenir des liens sociaux pendant la pandémie, que les personnes blanches. À cet égard :

Enfin, notre sondage public a montré que si 54 % des personnes blanches avaient exprimé un intérêt croissant pour participer à la gestion environnementale des parcs, 70 % des PANDC ont, quant à elles, exprimé un intérêt pour ces activités. L’intérêt est là, mais les opportunités se font attendre.

De plus, dans notre sondage pour le réseau Parcs Cœur vital, nous avons constaté que :

 

Quelles sont les prochaines étapes?

Le nouveau RPUC, qui sera publié en juin 2022, nous permettra de faire un suivi sur ces chiffres et ces tendances au fil du temps. Nous nous attendons à ce que les résultats confirment que les parcs continuent de jouer un rôle prépondérant pour les villes, et que la question de l’équité demeure une problématique vitale à résoudre pour les municipalités et les responsables des parcs.

De plus, la prochaine Conférence, qui se tiendra en 2022,  se penchera sur les solutions permettant aux parcs urbains de mieux répondre aux principaux défis. 

N’oubliez pas de vous abonner à notre Infolettre pour rester informé·e sur ces programmes et bien d’autres. 

Une liste de lecture sur les parcs pour le Mois de l’histoire des Noir.e.s

Les parcs ne sont pas des espaces neutres mais des lieux où les héritages du colonialisme et de la suprématie blanche perpétuent trop souvent les inégalités urbaines. En même temps, les mouvements Noirs et de justice raciale ont aidé à repenser les parcs comme des lieux où la présence, les expériences et les besoins des Canadiens Noirs peuvent être visibles et valorisés.

Pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs, nous avons sélectionné une partie du contenu qui a trouvé un écho chez les Amis des parcs au cours de l’année précédente et le travail auquel nous avons contribué qui aide à centrer la libération des Noirs dans la planification, la conception et la gestion des parcs et des espaces publics. Nous sommes reconnaissants aux leaders d’opinion noirs et aux communautés qui contribuent à repenser radicalement nos parcs et nos espaces publics.

Vous pouvez accéder à notre liste de lecture en langue anglaise ici

 

Accès équitable aux parcs urbains, à la nature urbaine et aux lieux publics

 

Espaces publics : un bien commun pour tous les citoyen-ne-s?, Bochra Manaï, 2021, Ligue des Droits

Lettre ouverte signée par des Canadiennes d’influence à l’honorable Chrystia Freeland, ministre des Finances, 2021, Nature Canada

 

Solidarité alimentaire et parcs urbains

 

La solidarité alimentaire Noire, Ariane Krol, 2021, La presse

 

Justice sociale, environnementale et raciste

 

Changement climatique : pourquoi il est intrinsèquement raciste, 2022, BBC Future

Racisme environnemental et les changements climatiques : déterminants de la santé dans les communautés mi’kmaqs et afro-néo-écossaises, Ingrid Waldron, 2021, Choix climatiques

Cheminer ensemble pour la justice sociale et environnementale, 2021, Environnement Jeunesse

États-Unis : la justice environnementale enfin au cœur du débat, Alejandra Borunda, 2021, National Geographic

Pourquoi nous devons centrer l’équité raciale dans le mouvement climatique, 2020, Mcknight FoundationQue signifie ce moment de transformation pour le mouvement climatique et pour la philanthropie climatique?

Les parcs ont besoin de leaders de couleur, Rapport sur les parcs urbains du Canada, 2021, les Amis des parcs

 

Ateliers, conférences en ligne et webinaires à voir (et à revoir) 

 

Webinaire sur la Justice Raciale et Environnementale, 2021, Les écologistes du Mid-west et Europe-Écologie les verts

Être une leader antiraciste : conversation avec Bochra Manaï, 2021, Université Saint-Paul

Il n’y a pas de justice climatique sans justice raciale, David Lammy, 2021, Ted Talk

Équité territoriale et environnementale des parcs de Montréal, 2021, les Amis des parcs

En juin 2020, nous avions publié une liste de lecture dans notre blog sur le racisme dans les parcs urbains.

 

Neuf projets qui ont démontré le pouvoir des parcs en 2021

« Les parcs ne peuvent à eux seuls résoudre les problèmes liés aux changements climatiques, au racisme et à la santé publique. Cependant, en tant qu’espaces publics, ils jouent un rôle vital en nous aidant à apprendre à vivre ensemble dans une société plus résiliente et plus équitable. » Rapport sur les parcs urbains du Canada 2021

En 2021, nos parcs urbains, à petite et grande échelle, ont démontré tout leur potentiel : le potentiel de nous offrir un lieu de répit où nous ressourcer en toute sécurité après avoir passé du temps à l’intérieur; le potentiel de nous aider à bâtir des sociétés plus équitables et résilientes qui permettent aux gens de tisser des liens en temps de crise mondiale et dans leur vie quotidienne; et le potentiel de nous aider de multiples façons à renouer avec la nature en ville.

C’est là tout le pouvoir des parcs, un pouvoir que nous pouvons activer en investissant dans nos espaces verts urbains, en abolissant les mentalités colonialistes et en adoptant des solutions en amont plutôt qu’en aval qui favorisent le bien-être des êtres humains et la santé de notre planète.

 

Légende : Will Kwan, A Park for All, 2018, une installation textuelle dans le cadre du programme d’art public d’Evergreen. Photo : Claire Harvie.

 

Et ce pouvoir des parcs se reflète dans les neuf initiatives qui ont défini le travail des Amis des parcs en 2021. Chacun de ces exemples illustre les possibilités qui s’offrent à nous lorsque nous cessons de voir les parcs comme « un plus », mais plutôt comme des infrastructures « essentielles » pour les villes canadiennes.

 

Favoriser l’équité et la résilience dans les parcs urbains

 

Dans leur Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2021, les Amis des parcs ont étudié la façon dont les parcs peuvent contribuer à créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques. Les conclusions du rapport, qui s’appuient sur les résultats d’une enquête menée auprès de quelque 3 500 personnes, sur des entretiens avec 40 expertes et experts de premier plan ainsi que sur les données et les pratiques des 32 Villes canadiennes participantes, ont suscité des changements substantiels dans les parcs urbains du Canada. 

Parmi les informations précieuses contenues dans le rapport, citons le fait que :

Nos recherches pour le Rapport annuel sur les parcs urbains du Canada de 2022 sont en cours. Celui-ci portera sur la façon dont les approches collaboratives et fondées sur l’équité peuvent influencer notre appréciation des parcs et des espaces naturels urbains ainsi que notre expérience.

 

Les 10 plus grands projets de parcs urbains au Canada

Pour marquer leurs 10 ans, les Amis des parcs ont publié une formidable série de 10 articles sur les parcs écrits par les meilleur(e)s rédactrices et rédacteurs dans le domaine de l’urbanisme au Canada.

D’après le talentueux rédacteur de cette série, Dylan Reid, « la taille des projets que nous avons étudiés était très variée, allant de celle d’un timbre-poste illustrant la nature à Etobicoke, dans l’ouest de Toronto, à celle d’une vaste agglomération dans l’ouest de la ville de Montréal. Beaucoup sont semblables à un ruban et suivent le tracé d’anciennes infrastructures ou le lit d’une rivière; d’autres présentent des formes irrégulières et se sont taillé une place dans des espaces peu attrayants grâce au génie créatif. »

 

Légende : une illustration de Jake Tobin Garrett.

 

Magnifiquement illustrés par Jake Tobin Garrett, les 10 articles de notre série spéciale Anniversaire démontrent que les meilleurs parcs et espaces publics sont gérés par les résidents et résidentes et reposent sur l’énergie et le soutien des municipalités, des professionnels des parcs, des associations et bien d’autres encore.

Découvrez les 10 articles célébrant les 10 ans des Amis des parcs.

 

Favoriser les liens avec la nature et les autres 

Rien ne montre mieux l’engagement indéfectible du Réseau national des Amis des parcs que les événements financés par les Bourses TD Amis des parcs. Les 72 groupes ayant organisé plus de 216 événements dans les parcs en 2021 sont en grande partie des groupes citoyens composés de bénévoles.

 

Légende : Les bourses TD Amis des parcs 2021, Art Bikers, Halifax, Nouvelle-Écosse. Photo : Carolina Andrade.

 

Ces héros locaux œuvrent pour le bien de la population de leurs quartiers en proposant des programmes innovants et divertissants. Parmi ces projets, citons celui réutilisant des sapins de Noël pour créer une forêt éphémère et une ambiance magique au parc Jarry de Montréal ou un atelier de réparation né d’un partenariat innovant entre une association d’art et une agence de services d’immigration à Halifax.

Nous venons aussi de lancer les nouvelles Bourses TD Amis des parcs de cette année. Quel projet souhaitez-vous concrétiser dans votre parc en 2022?

 

Amplifier l’effet de la nature en ville

 

En 2021, les Amis des parcs ont lancé leur programme phare Parcs Cœur vital. Pour ce faire, ils se sont associés aux organisations les plus emblématiques représentant les grands parcs urbains du Canada : High Park Nature Centre, Stanley Park Ecology Society et Les amis de la montagne. Ces grands parcs, qui représentent le cœur vital de leur ville respective, contribuent à guérir la terre et permettent aux gens de renouer avec la nature. Prenons l’exemple de la Stanley Park Ecology Society, dont les bénévoles ont éliminé 8 000 m3 de plantes envahissantes en plus de 10 ans et les ont remplacées par plus de 8 000 arbres, arbustes et herbes indigènes.

 

Légende : Les amis de la montagne

Grâce au programme Parcs Cœur vital, notre organisation investit dans l’avenir des grands parcs urbains du Canada tout en étendant son impact et en inspirant d’autres villes du pays. Ne manquez pas les annonces à venir dans le courant de l’année pour connaître les nouveaux membres de Parcs Cœur vital

 

Susciter davantage de changement dans les parcs

 

Créé en 2013, le programme Susciter le changement des Amis des parcs repose encore fermement sur la conviction que*

« les parcs ne sont pas simplement des lieux de répit avec de l’herbe et des arbres; ils font aussi partie des infrastructures sociales indispensables de nos villes ».

Selon nous, ils ont le potentiel de créer des lieux plus inclusifs et équitables, modelés par et pour les personnes qui les utilisent. » En 2021, le programme Susciter le changement, initialement mis en œuvre à Toronto*, a été lancé à Vancouver. Tandis qu’à Toronto, il est axé sur les Zones d’amélioration des quartiers, à Vancouver, notre travail porte sur les zones qui, selon la Commission des parcs, se caractérisent par un manque d’accès à des espaces verts de qualité et à des programmes dans les parcs.

 

Légende : Hives for humanity, Vancouver

En 2021, nous avons eu le plaisir de collaborer avec des groupes exceptionnels à Vancouver. Par exemple, Hives for Humanity travaille sur les questions d’inclusion et le sentiment d’appartenance en sensibilisant le public à l’apiculture, et Strathcona Community Garden promeut le jardinage et la sécurité alimentaire auprès des communautés asiatiques, du Moyen-Orient et d’Amérique latine de Vancouver.

 

Créer un plan directeur d’adaptation climatique 

En 2021, l’équipe des services professionnels des Amis des parcs a continué à mettre en place des projets dans tout le pays. Entre 2019 et 2021, les Amis des parcs ont travaillé en étroite collaboration avec le CREDDO, la municipalité de Gatineau et d’autres parties prenantes afin de soutenir l’élaboration d’un plan directeur novateur pour les villes de Pointe-Gatineau et de Lac-Beauchamp, endommagées par des inondations.

La crise climatique représente aujourd’hui l’une des menaces les plus pressantes auxquelles la population canadienne est confrontée. Les Amis des parcs ont été en mesure d’offrir leur perspective unique en tant qu’organisation à but non lucratif dont la mission est d’améliorer la qualité de vie des gens grâce aux parcs et aux espaces verts urbains.

 

 

Le plan directeur de Gatineau a été élaboré en collaboration avec des partenaires locaux ainsi que des résidentes et résidents. Il contient une boîte à outils de 25 typologies uniques pour l’aménagement du territoire – espaces verts, jardins collectifs et centres sociaux par exemple –, toutes conçues pour être mises en œuvre par la population locale en fonction de leurs besoins sociaux et environnementaux. Pendant toute la durée de ce projet, les Amis des parcs ont proposé une approche nouvelle pour évaluer le rôle social et environnemental des parcs urbains et pour en tirer parti dans un contexte de changement et de crise. 

 

Mettre les ravins sur le devant de la scène 

Les ravins de Toronto représentent des trésors exceptionnels, souvent cachés. Alors qu’ils sont souvent bien connus de certains groupes de population, les groupes en quête d’équité qui pourraient bénéficier d’un meilleur accès à ces vastes espaces verts luxuriants n’en tirent pas pleinement profit. À ce titre, la ville de Toronto a fait appel à l’aide des Amis des parcs afin de mettre en œuvre son plan de mobilisation citoyenne lié à sa toute première stratégie pour les ravins.

En 2021, le programme InTO the Ravines*, mis en œuvre en partenariat avec la Ville de Toronto, a formé et encadré des agentes et agents de promotion des ravins afin de faire découvrir aux novices cette jungle urbaine.

 

Légende :  Beautification de l’entrée du ravin du parc Panorama à Rowntree Mills

 

En 2021, 800 personnes ont participé à des événements virtuels ainsi qu’à des événements en personne menés dans le respect des règles de distanciation physique dans les ravins et à proximité. À cet égard, 54 % n’avaient jamais visité un ravin à Toronto ou n’y étaient allés qu’une ou deux fois par an. Par la suite, plus de 96 % ont déclaré que l’événement les avait incités à explorer davantage les ravins de Toronto. 

 

Des organisations montréalaises s’unissent pour créer de nouvelles possibilités pour les parcs

 

En 2021, les Amis des parcs ont fait équipe avec quatre grandes organisations de Montréal pour créer le Réseau des amis des parcs de Montréal.

Cette initiative lancée officiellement lors du Forum des parcs de Montréal de 2021 a permis aux Amis des parcs, en collaboration avec le Centre d’écologie urbaine de Montréal, le Conseil régional de l’environnement de Montréal et Les amis de la montagne, de déterminer les groupes qui composent le réseau des parcs de Montréal et de les aider à développer des liens entre eux afin de mieux soutenir les parcs urbains.

 

 

Le Forum a connu un énorme succès. Il a accueilli des conférenciers et conférencières de New York et Montréal de premier plan, et présenté un panel portant sur la justice environnementale dans les parcs. Ne manquez pas le prochain Forum des parcs de Montréal en 2022.

 

Lancement de la Conférence des Amis des parcs de 2022

Fin 2021, notre organisation a officiellement lancé la Conférence des Amis des parcs par le biais d’un appel à propositions sur le thème « Un avenir d’abondance pour les parcs urbains ».

Cette conférence hybride, qui se tiendra en juin 2022, proposera des formations et des activités de réseautage en ligne et en personne, en mettant l’accent sur les parcs de Vancouver ainsi que sur les personnes qui s’y investissent. Les inscriptions à la Conférence des Amis des parcs commenceront en mars 2022. Les penseurs et acteurs des parcs s’y retrouveront afin d’établir de nouvelles collaborations et chercher de nouvelles opportunités pour les parcs urbains du Canada. 

Réflexions sur mon exploration des parcs

Cette contribution de Dylan s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

 


 

La rédaction de cette série d’articles m’a entraîné dans une exploration virtuelle fascinante de plusieurs projets de parcs remarquables au Canada. À une époque où les déplacements physiques sont devenus risqués et limités, « voyager » de cette manière m’a rempli d’une grande joie. Grâce aux récits évocateurs de nos contributeurs, j’ai pris connaissance d’initiatives innovantes et audacieuses que j’ai hâte de découvrir en personne lorsqu’il sera plus facile de voyager. Même dans ma propre ville, à Toronto, les projets qui m’ont été présentés couvrent une bonne partie de la ville : l’est et l’ouest ainsi que le nord, et constituent de futures destinations à explorer.

En rédigeant ces articles, j’ai également découvert une multitude d’intervenants remarquables – résident·es, militant·es, artistes, concepteurs et conceptrices, et urbanistes – qui ont uni leurs forces pour lancer et mettre en œuvre ces projets. Par ailleurs, j’ai eu l’honneur de travailler avec toute une série de rédacteurs et rédactrices engagé·es dans le domaine de l’urbanisme. J’ai ainsi eu le plaisir de renouer avec des personnes dont j’apprécie beaucoup le travail, et d’en découvrir d’autres grâce à ce projet. Dans leurs récits, chacune de ces personnes apporte sa perspective, son expérience et ses connaissances uniques.

La taille des projets que nous avons étudiés était très variée, allant de celle d’un timbre-poste illustrant la nature à Etobicoke, dans l’ouest de Toronto, à celle d’une vaste agglomération dans l’ouest de la ville de Montréal. Beaucoup sont semblables à un ruban et suivent le tracé d’anciennes infrastructures ou le lit d’une rivière; d’autres présentent des formes irrégulières et se sont taillé une place dans des espaces peu attrayants grâce au génie créatif. 

Cette série n’offre bien entendu qu’un échantillon des projets innovants mis en œuvre dans des parcs à travers le pays. Au cours de la rédaction de cette série, nous avons également dû changer notre sélection de projets. Vous y trouverez néanmoins de nombreuses références à d’autres initiatives comparables, lancées de part et d’autre du pays, et que nos rédacteurs ont explorées en profondeur pendant leurs recherches sur le sujet. Pour connaître les points forts de ces projets inspirants, veuillez vous reporter au Rapport sur les parcs urbains du Canada des Amis des parcs.

En attendant, les informations présentées dans les articles de cette série sont plus que suffisantes pour susciter une réflexion sur l’évolution des parcs au Canada et déterminer des thèmes communs. En travaillant sur cette série d’articles, j’ai pris conscience du dynamisme et de l’évolution constante des parcs urbains au Canada, et ce, grâce aux activités d’activation et d’amélioration mises en œuvre par celles et ceux qui les utilisent.

 

Passé et avenir

 

Emilie Jabouin entame son article sur Black Creek Community Farm par un dicton haïtien disant : « le travail doit continuer et se perpétuer ». À cet égard, nous voyons dans ces articles à quel point les parcs sont en évolution permanente. 

 

Légende : L’entrée de la Black Creek Community Farm.

 

Emilie Jabouin entame son article sur Black Creek Community Farm par un dicton haïtien disant : « le travail doit continuer et se perpétuer ». À cet égard, nous voyons dans ces articles à quel point les parcs sont en évolution permanente. 

L’un des objectifs de cette série marquant les 10 ans des Amis des parcs était d’explorer le passé et l’avenir des parcs urbains au Canada. Sous cet angle, nos contributeurs ont pu retracer leur évolution au fil du temps, en décrivant l’origine de ces parcs et de leurs programmes, leur situation actuelle, ainsi que leur vision pour l’avenir à partir des bases établies précédemment.

Jillian Glover raconte comment, lorsqu’elle était enfant, elle a fait du corridor de l’Arbutus alors à l’abandon un véritable terrain de jeu. Transformé en espace public rudimentaire par la Ville de Vancouver, il offre aujourd’hui aux résident·es un axe pour se déplacer et un terrain d’expérimentation pour les artistes. Cette popularité a ensuite servi de pilier pour imaginer et concevoir des pôles uniques qui permettront aux résident·e.s et aux visiteurs de réaliser un large éventail d’activités.

Dans cette série d’articles, notre équipe de rédaction a pu capturer la situation à mi-parcours des parcs dont nous présentons les projets. Concernant le projet Meadoway, Shawn Micallef explique comment les personnes parcourant cette voie à vélo ou à pied assistent aux diverses étapes de plantation qui transforment peu à peu cette zone gazonnée en prairie sauvage. À Calgary, des enfants et des adultes viennent tout juste d’inaugurer de nouveaux équipements récréatifs. À Etobicoke, MABELLEarts a créé de nouveaux programmes permanents en réponse à la pandémie. À Edmonton, une cérémonie de bénédiction de la terre a été organisée pour célébrer le début des travaux d’un grand projet, tandis qu’à Montréal et à Québec, les résident.e.s, le personnel municipal et les urbanistes travaillent sur une feuille de route pour l’avenir.

Le point central qui relie tous les projets présentés dans cette série repose sur une vision d’avenir à la fois novatrice et basée sur les enseignements du présent et du passé. MABELLEarts, kihciy askiy et Black Creek Community Farm souhaitent lancer de nouvelles initiatives qui placeront leur public sur le devant de la scène, et ce,

afin de « [planter] les graines d’une plus grande mobilisation citoyenne dans les années à venir », comme l’écrit Kelly Boutsalis.

 

Légende : Peindre la route, un exemple d’urbanisme tactique, 2017. Photo prise par Ali McMillan.

 

Pour le parc Flyover, les concepteurs ont imaginé un espace accessible à tous sous un viaduc laissé à l’abandon. Et dans l’initiative « Fieldhouse Program », la Ville de Vancouver utilise des méthodes toujours plus innovantes pour reconvertir d’anciens bâtiments. Quant au projet Meadoway, l’objectif est de recréer un tout nouvel écosystème. En outre, les Villes de Montréal et de Québec souhaitent créer des réseaux verts connectés qui constitueront, selon Chris DeWolf, un «projet sur plusieurs générations » « d’une ampleur, d’une complexité et d’une ambition sans commune mesure ».

En tant qu’habitats pour la faune et la flore, les parcs, par nature, ne constituent pas des environnements statiques, mais plutôt des endroits en constante croissance et évolution. Dans cette série d’articles, nous apprenons aussi que les personnes qui utilisent les parcs les façonnent et les transforment en permanence, parfois de manière instinctive, parfois de manière intentionnelle.

 

Connaissances

 

Étant donné que les parcs ont beaucoup à nous apprendre, j’ai pu élargir mes connaissances durant la rédaction de cette série – des connaissances qui auront des répercussions à plus grande échelle. À cet égard, le projet kihciy askiy permet au personnel municipal de se familiariser avec les valeurs et méthodes des personnes Autochtones. Quant aux visiteurs non Autochtones, ils pourront eux aussi élargir leurs connaissances sur ces cultures.

« Cet endroit permettra de dispenser un enseignement aux personnes non Autochtones, de les accueillir dans nos cérémonies et de leur parler de notre vision du monde et de notre histoire », a expliqué Lewis Cardinal à Emily Rendell-Watson.

 

Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre à kihciy askiy, Teresa Marshall

 

À la Black Creek Community Farm, les enfants et les personnes nouvellement arrivées au Canada peuvent découvrir l’agriculture urbaine. Et grâce au projet Meadoway, le public peut apprendre en quoi consiste la remise à l’état sauvage d’un espace public. Quant au projet du parc Flyover, il a permis à des écoliers et des résidents de se familiariser avec la planification urbaine et l’aménagement paysager, et aussi aux urbanistes et concepteurs de tirer parti de l’urbanisme tactique promu par des résident.es, ainsi que des idées et de l’enthousiasme des enfants. Comme l’a dit Jen Mazer, employée à la Ville de Calgary, à Ximena Gonzalez :

« Nous avons été témoins des possibilités lorsque nous laissons différentes opinions s’exprimer. » Dans chacun de ces projets, les professionnels autant que les résidents ont tenu compte des souhaits et des possibilités exprimés par les uns et les autres. 

Il convient aussi de noter que les retombées dépassent largement les limites de chaque projet individuel. Certains projets, comme kihciy askiy et le programme des pavillons de la Ville de Vancouver, sont précurseurs et comportent un certain nombre d’innovations qui méritent d’être partagées. Au fur et à mesure de leur évolution, chaque projet permet de sensibiliser d’autres villes aux possibilités qui existent dans les parcs – un processus auquel, nous l’espérons, cette série contribuera.

 

Réinventer l’espace public

 

Dans son introduction pour cette série d’articles, Ken Greenberg a souligné la nécessité pour les Villes de faire preuve de créativité dans l’utilisation des lieux publics, et ce, face à un processus de densification grandissant et à une raréfaction de l’espace public. Dans cette série, nous avons choisi de mettre en lumière les solutions innovantes avancées par le public afin de réimaginer des espaces et des infrastructures laissés à l’abandon ou sous-utilisés. 

À Calgary, un « terrain en graviers à l’allure morose » sous un viaduc et un square négligé d’Etobicoke sont transformés en espaces pour le public. Sur l’île de Montréal, des terres agricoles abandonnées depuis longtemps deviennent des aires de conservation. Dans le nord de Toronto, une parcelle de terrain dans un ravin laisse place à une exploitation agricole, tandis qu’à Edmonton une ancienne ferme devient un centre culturel prisé. À Québec, le bord des rivières autrefois utilisé comme dépotoir est aménagé en espaces de loisirs.

 

Légende : La carte du Parc des Grandes-Rivières de Québec. Rousseau Lefebvre

 

À Vancouver, des pavillons ordinaires et délaissés en tant que résidences sont transformés en studios d’artistes et en bureaux, et loués à des associations pour une somme modique. À leur tour, les artistes qui en bénéficient redonnent vie aux parcs adjacents, les transformant en espaces de jeu, lieux de concert, et bien plus encore. Toujours à Vancouver, une voie ferrée abandonnée devient une voie de transport alternative et beaucoup plus écologique. Et à Toronto, le projet Meadoway conserve de manière remarquable sa fonction première d’axe d’acheminement électrique, tout en offrant en même temps un axe pour les humains et la faune.

Comme le dit Antonio Gomez-Palacio à propos du corridor de l’Arbutus, les endroits qui faisaient autrefois office de seconde zone – des endroits qu’on ne remarquait même pas ou qu’on évitait même de regarder – ont été repensés pour devenir des lieux de premier plan pour les gens et pour la nature.

 

Engagement du public

 

La mobilisation du public a été le principal moteur de ces transformations. En rédigeant ces articles, j’ai pris conscience de l’importance de la participation citoyenne pour les parcs, une participation qui permet à ces projets de prendre racine, au sens propre comme au sens figuré. 

 

Légende : Mobile MABELLE. Cette photo a été prise avant mars 2020. 

 

La mobilisation du public a été le principal moteur de ces transformations. En rédigeant ces articles, j’ai pris conscience de l’importance de la participation citoyenne pour les parcs, une participation qui permet à ces projets de prendre racine, au sens propre comme au sens figuré. 

Parfois, ces transformations ont vu le jour de manière informelle : dans l’ouest de Montréal et sur le bord des rivières de Québec, où des personnes ont créé leurs propres sentiers sur des terres agricoles abandonnées, ou bien à Vancouver, où des enfants et des artistes ont transformé une voie ferrée abandonnée en un terrain de jeu. D’autres fois, comme pour la plupart des projets abordés ici, ces transformations sont le fruit, au départ, du travail acharné et intentionnel de la population. Que ce soit les résident·es d’un quartier de Calgary ou de Montréal, les habitant·es des tours d’habitation du quartier Jane & Finch à Toronto, des riverains à Québec, une petite association d’art à Etobicoke, ou bien des organisations Autochtones à Edmonton, tous ont lancé des projets visant à transformer des espaces publics. Et même dans le cas d’institutions plus établies, la participation citoyenne a permis de donner un sens à ces initiatives et de les orienter pour répondre aux besoins de la population.

Tandis que la Ville fournit la terre, ce sont les résident·e.s qui fournissent les graines pour qu’elle puisse prendre vie.

 

Créer des liens

 

Le processus de transformation de ces espaces publics permet souvent aux gens de créer des liens entre eux. Ces liens se développent d’abord parmi les résident.e.s, via la gestion de leurs parcs. Par exemple, le parc Mabelle est devenu un point de convergence pour les résident.e.s des logements sociaux du quartier. La Black Creek Community Farm est devenue un lieu de rencontre pour la communauté Noire et les nouveaux arrivants vivant dans les tours d’habitation avoisinantes. Quant au centre Kihciy askiy, il permettra de rassembler les nombreuses nations Autochtones vivant à Edmonton et dans ses environs. Pour ce qui est des pavillons de Vancouver, l’objectif est de permettre aux résident·es du quartier de créer du lien social. Et pour les projets de l’Arbutus et de Meadoway, le but est de relier plusieurs quartiers ensemble.

 

Légende : le chalet du parc Norquay, Fresh Roots. 

 

Comme l’écrit Ken Greenberg, les parcs favorisent les liens humains, mais aussi géographiques. Le parc Flyover de Calgary et la stratégie de la Ville de Québec sur la gestion de ses rivières permettent notamment de connecter certains quartiers avec les rivières dont ils ont longtemps été séparés. Le projet Meadoway permet de raccorder les ravins de Toronto entre eux, et ce, au profit des humains, mais aussi de la faune et de la flore. Le Grand parc de l’Ouest de Montréal créera quant à lui des voies de communication entre plusieurs zones naturelles isolées pour en faire un axe continu. 

En outre, les parcs favorisent aussi des liens plus abstraits. Ils peuvent nous permettre de renouer avec la nature, comme le montre la remise à l’état sauvage du projet Meadoway, de savoir d’où vient notre nourriture, comme à la Black Creek Community Farm, et de nous reconnecter à la terre, comme lors de la cérémonie de bénédiction du centre kihciy askiy. À cet égard, l’objectif de ce projet est de permettre au public non seulement de renouer avec le passé, en leur montrant comment les peuples Autochtones utilisaient autrefois cet endroit et en perpétuant leurs traditions, mais aussi d’œuvrer pour créer un avenir basé sur la réconciliation.

 

Collaboration

 

L’établissement de bonnes relations débouche souvent sur la réalisation de grandes choses. Il se trouve d’ailleurs que la collaboration constitue le sujet central des projets que nous décrivons dans cette série. 

Nous voyons aussi que, dans de nombreux cas, ce sont les organisations locales qui gèrent elles-mêmes la terre, comme c’est le cas du centre kihciy askiy, du parc Mabelle et de la Black Creek Community Farm. Parfois, les parcs ont été aménagés sur des terrains gérés par des organismes indépendants, comme la Toronto Community Housing Corporation pour le parc Mabelle ou l’Office de protection de la nature de la région de Toronto pour la Black Creek Community Farm et le projet Meadoway. Dans d’autres cas, les terrains sont gérés par une agence indépendante du parc, comme c’est le cas à Vancouver et à Calgary. À ce titre, le projet Meadoway a été lancé grâce aux fonds octroyés par une fondation, tandis que le Grand Parc de l’Ouest de Montréal englobe un terrain appartenant à une université. En ce qui concerne le parc Flyover, celui-ci repose également sur un partenariat avec des écoles et des universités. Enfin, pour concrétiser toutes ces idées, ces groupes divers et multiples collaborent avec les résidents, les municipalités ainsi qu’avec des urbanistes, et ce, au niveau national et international. 

 

Légende : la Meadoway. TRCA. 

 

La collaboration requiert aussi de trouver un équilibre entre les différentes utilisations possibles : que ce soit pour les loisirs, les efforts de conservation, l’agriculture, les programmes artistiques, l’industrie, sans oublier la faune et la flore qui ont leurs propres modes de fonctionnement.

Comme l’écrit Shawn Micallef, les parcs sont « des lieux uniques mêlant paysages dessinés par l’Homme et paysages naturels ».

Cependant, toute collaboration présente inévitablement des défis. Le temps et la patience nécessaires pour mener à bien un grand nombre de ces projets illustrent l’ampleur du travail requis pour coordonner toutes les composantes de ces initiatives. En revanche, toute collaboration est aussi source de récompenses : la grande diversité des concepts et l’enthousiasme qui se dégagent de ces articles sont le produit direct des opinions diverses de celles et ceux qui ont uni leurs forces pour concrétiser ces projets. C’est en établissant ces liens que l’on peut obtenir l’adhésion des parties prenantes et ainsi garantir la pérennité de chaque projet.

 

Conclusion

 

Les parcs présentés dans ce florilège de projets représentent de nouvelles manières fascinantes de concevoir les espaces verts en ville. Comme le fait remarquer Ken Greenberg, ces projets se démarquent des parcs stéréotypés du passé, souvent créés à partir de parcelles de terrain allouées par la ville ou offertes par des mécènes, et dont la municipalité gérait les équipements et l’aménagement paysager, sans chercher activement à savoir qui les utiliserait. 

Dans les parcs mis en vedette dans cette série, un grand nombre de personnes, d’organisations et d’institutions ont pris l’initiative de réimaginer et de transformer des endroits peu attrayants. Ensemble, ils ont ainsi créé des espaces dynamiques et agréables offrant des activités agricoles, artistiques, pédagogiques, écologiques et récréatives qui permettent de leur redonner vie. 

 

Légende : le chalet du Sharing Garden, Fresh Roots

Dans le dernier numéro du magazine Spacing, dont je suis le rédacteur, j’ai abordé la notion de « croissance urbaine » en opposition à celle bien connue de « développement urbain ». Cette première notion, qui s’inspire de la nature, vise à faire germer les idées venant d’en bas plutôt que d’imposer des structures venant d’en haut. Qu’ils soient naturels ou sociaux, les écosystèmes les plus solides sont ceux qui se développent naturellement. Les projets de parc que nous abordons dans cette série d’articles résument bien ce principe.

Comme l’a dit Marie Lopes, employée à la Ville de Vancouver, à Christopher Cheung au sujet des pavillons :

« Il faut cesser de voir les espaces inutilisés comme un problème. Il faut plutôt les considérer comme une opportunité. Cherchez ainsi à établir des collaborations dans lesquelles tout le monde est gagnant. Les avantages collectifs sont illimités ».

 

 

 

 

À propos de Dylan Reid

Dylan Reid est rédacteur en chef de Spacing Magazine. Il a également écrit des articles pour le magazine NOW et les livres uTOpia.

Il a été coprésident du Toronto Pedestrian Committee de 2007 à 2010, a été l’un des fondateurs de la Toronto Coalition (maintenant Centre) pour le transport actif et est cofondateur de Walk Toronto. Dylan est également membre du Centre for Reformation and Renaissance Studies de l’Université de Toronto.

 


 

Cette contribution de Dylan s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

« L’ère de la réconciliation » : création du centre kihciy askiy à Edmonton

Cette contribution d’Emily Rendell-Watson s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

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Une collaboration inédite pour concevoir le premier site culturel Autochtone urbain du pays

 

Edmonton, ou Amiskwaciy Waskahikan*, accueillera bientôt le premier site cérémoniel Autochtone urbain du Canada. 

Kihciy askiy*, qui veut dire « terre sacrée » en langue cri, est situé au cœur de la capitale de l’Alberta sur un site de 4,5 hectares dans le parc Whitemud*. Le parc, qui se trouve dans la vallée fluviale d’Edmonton, vise à offrir aux personnes Autochtones un lieu pour se réunir à l’occasion de cérémonies et dans des huttes de sudation, cultiver des herbes médicinales et vise à transmettre la culture Autochtone aux personnes non Autochtones. 

« Nous sommes aujourd’hui dans une ère de réconciliation et devons tâcher d’établir des relations positives avec les colons. Cette initiative va donc nous permettre de faire un grand pas dans cette direction », explique Lewis Cardinal, responsable du projet et membre du Indigenous Knowledge & Wisdom Centre (IKWC)*.

« Nous faisons face encore aujourd’hui au racisme et à la discrimination. Toutefois, une grande partie de ces problèmes vient de l’ignorance, ou simplement du fait de ne pas connaître les traditions des gens et d’être mal informé. Cette initiative permettra aux gens de se familiariser directement et de manière personnelle [avec la culture Autochtone]. » 

Selon Lewis Cardinal, il sera également important que le centre serve de lieu de rassemblement aux personnes Autochtones de la région, en particulier pour celles qui cherchent à se rétablir après avoir connu la toxicomanie, des abus ou d’autres traumatismes. 

« Ceci peut permettre de transformer ces situations en quelque chose de très positif, en rendant les gens plus forts et en resserrant les liens humains », dit-il.

 

Accès aux activités culturelles 

 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

 

Légende : Une illustration de l’entrée du pavillon offerte par la Ville d’Edmonton. 

 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

Le terrain sur lequel sera construit kihciy askiy se trouve dans l’ouest d’Edmonton sur l’ancienne propriété de Fox Farms. Dans le passé, les Autochtones s’y arrêtaient pour la nuit avant d’entrer dans la ville pour y cueillir des amélanches. Selon la tradition orale, il existerait un important gisement d’ocre à l’est de kihciy askiy, de l’autre côté de Whitemud Creek. L’ocre faisait autrefois partie des éléments clés des cérémonies Autochtones. Ceux-ci la mélangeaient à des baies et à des pigments pour créer différentes couleurs. 

Au fil des années, des cérémonies se sont tenues sur ce site, notamment lors de la conférence internationale Autochtone « Healing Our Spirit Worldwide »* [Guérir notre esprit à travers le monde]. Néanmoins, à chaque fois que la communauté Autochtone voulait utiliser le terrain, elle devait demander une autorisation à la Ville, explique Lewis Cardinal. Les aînés qui ont organisé la conférence se sont donc demandé s’il leur serait possible d’avoir un accès permanent à un terrain dans le centre de la ville. 

Afin de concrétiser cette initiative via des négociations plus formelles avec la municipalité, Lewis Cardinal, William Campbell et un groupe d’aînés ont ainsi créé l’organisation à but non lucratif Edmonton Indigenous Cultural Resource Counsel. 

Étant donné que certains étaient favorables à l’organisation de cérémonies dans la ville et que d’autres non, l’organisation a donc décidé en 2010 de réunir 120 aînés Autochtones venant de toute l’Alberta pour discuter pendant trois jours de cette idée. Ce groupe a également réfléchi au type de cérémonies pouvant être organisées dans une ville, et aux différents sites potentiels. 

D’après Lewis Cardinal, « la réponse à la première question était : “oui, les familles, les jeunes et toutes les personnes Autochtones vivant dans les centres urbains doivent avoir accès à des cérémonies, car dans un avenir proche, c’est là que la plupart vivront. Ils doivent donc avoir accès à des activités culturelles et à des cérémonies dans un environnement respectueux de la Terre Mère” ». 

« En d’autres termes, on ne peut pas organiser des cérémonies sur le stationnement d’un Walmart. »

Le projet a finalement été repris par l’organisation Native Counselling Services of Alberta (NCSA)*, ce qui a permis d’assurer un dialogue continu entre les parties prenantes et de créer un conseil des aînés* chargé de collaborer avec l’équipe pour la conception et la construction du site, et de veiller au respect des principes spirituels et culturels du projet.

 

 

Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

 

En mai 2015, puis en octobre 2018, le NSCA a organisé des réunions du grand conseil pour les chefs spirituels Autochtones de la région d’Edmonton au Alfred H. Savage Centre afin d’étudier et d’approuver le concept, de passer en revue les protocoles de cérémonie sur le site et d’aborder dans les grandes lignes les besoins cérémoniels et spirituels des Autochtones de la région. 

En 2018, le NCSA a fait l’objet d’une réorganisation structurelle, et la décision a été prise de transférer le projet à l’IKWC, se souvient Lewis Cardinal. C’est à ce moment-là qu’on lui a demandé de le gérer à plein temps. 

« J’ai toujours entendu les aînés dire qu’il nous incombe de réaliser nos rêves et nos ambitions. Ainsi, qu’il s’agisse de concrétiser un rêve et une ambition pour soi-même ou pour un groupe de personnes, nous devons ressentir le même engagement. Je me réjouis de pouvoir à nouveau participer au projet et de travailler avec les aînés pour en arriver à ce stade », raconte Lewis Cardinal. 

L’un de ces aînés est Howard Mustus, président du Conseil des aînés de kihciy askiy et gardien du savoir traditionnel. Il espère que le projet contribuera à réduire le racisme, à mesure que les personnes non Autochtones assimilent et acceptent les traditions et la culture Autochtones. 

« Nous encourageons les personnes non Autochtones à participer avec nous aux cercles sacrés et à en apprendre davantage sur la loi Autochtone. Celle-ci est ancrée dans la spiritualité, un aspect très important pour notre peuple. Il s’agit de la plus haute autorité qui dicte la manière dont nous devons nous comporter et fonctionner en tant que société, en nous basant sur les principes holistiques de la bienveillance et du partage », explique Howard Mustus.

En septembre 2021, une cérémonie de bénédiction de la terre* (au lieu de la cérémonie marquée par le premier coup de pioche) a été organisée pour célébrer le début des travaux et reconnaître les liens entre toutes les parties prenantes participant au projet kihciy askiy, dont le budget s’élève à 4,5 millions de dollars. Cette cérémonie a aussi été l’occasion de « demander la permission à la Terre Mère de lancer les travaux », et ce, en nouant des rubans aux branches d’un arbre afin de symboliser les liens avec la terre et le respect envers celle-ci. 

 

Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

 

Mené par Delnor Construction, l’aménagement du terrain a officiellement commencé à la mi-novembre et devrait durer entre 18 et 24 mois. 

 

Mobilisation et collaboration 

 

Les liens qui se sont noués dans le cadre de ce projet ont joué un rôle crucial pour la réussite de kihciy askiy jusqu’à présent, notamment en guidant la manière dont le site sera aménagé. 

Nav Sandhu, responsable des programmes de la Ville d’Edmonton, explique que les marchés publics à caractère social lancés par la Ville demandaient aux prestataires de services posant leur candidature de montrer comment leurs équipes ou leurs sous-traitants associeraient les groupes Autochtones au processus. Pour ce faire, une personne Autochtone chargée des ressources humaines a été embauchée, et les services d’entreprises Autochtones ont été retenus pour s’occuper des aspects liés à la mécanique et aux aménagements paysagers du projet. 

« Les marchés publics à caractère social sont relativement nouveaux dans le secteur de la construction, et je pense que nous irons de plus en plus dans cette direction. C’est formidable de voir la Ville agir comme chef de file et veiller à ce que les partenaires et les bénéficiaires du projet aient voix au chapitre en pouvant exprimer leurs attentes », explique Nav Sandhu.

« Les projets qui, comme celui-ci, ont des répercussions sociales aussi importantes, requièrent un certain niveau de collaboration. » 

Le processus de conception a également nécessité l’obtention d’un consensus de la part des représentants de plus de 50 groupes Autochtones qui pourront utiliser le site, ainsi que l’adaptation de plusieurs politiques relatives aux parcs afin de permettre l’aménagement de la vallée fluviale d’Edmonton et l’accès à la zone pour les activités culturelles Autochtones. 

En tant que propriétaire du terrain, la Ville construira sur kihciy askiy deux bâtiments qui abriteront des vestiaires, des toilettes, une petite salle de classe dédiée à l’éducation environnementale, un espace de réunion ainsi qu’un entrepôt. Le site comptera également un amphithéâtre en plein air. 

Selon Lewis Cardinal, l’objectif est de donner au site un caractère naturel, « en évitant d’y laisser une empreinte trop importante ». 

Le site disposera d’une zone pouvant accueillir entre 10 et 12 tipis ou tentes trappeurs, dans lesquels des conteurs pourront raconter des histoires.

 

Légende :  un tipi à kihciy askiy, Teresa Marshall

 

Deux foyers extérieurs permettront de faire fonctionner simultanément deux huttes de sudation, avec une capacité d’accueil pour huit personnes au total. En tant que lieux dédiés aux cérémonies, les huttes de sudation font partie intégrante de la culture Autochtone et seront particulièrement cruciales pour les groupes Autochtones de la région d’Edmonton qui possèdent un large éventail de traditions autour de cette pratique de purification. 

« Les personnes opérant des huttes de sudation actuellement ont reçu des enseignements différents de ceux de leurs ancêtres, ou de ceux qui leur ont transmis ce savoir. Nous devons donc veiller à ce que toutes ces personnes puissent y avoir accès », explique Lewis Cardinal. 

Une fois que le projet kihciy askiy sera terminé, les groupes Autochtones d’Edmonton ne seront plus obligés de se rendre à la bande de Paul ou à la Première Nation d’Enoch ou d’Alexander pour avoir accès à une hutte de sudation. 

Le troisième élément, qui explique le choix de ce site, sera un jardin médicinal qui s’inspirera des remèdes traditionnels existant dans la vallée fluviale. Ce jardin sera utilisé comme lieu d’enseignement, et aussi pour les aînés afin qu’ils puissent récolter de la sauge, du tabac et du foin d’odeur, par exemple. 

Enfin, un espace polyvalent offrira un lieu supplémentaire pour accueillir des cérémonies Autochtones ainsi que d’autres structures traditionnelles qui pourraient voir le jour pour honorer certaines traditions des Premières Nations. 

« Cet endroit permettra également de dispenser un enseignement aux personnes non Autochtones, de les accueillir dans nos cérémonies et de leur parler de notre vision du monde et de notre histoire. Ces espaces représenteront d’excellentes plateformes d’enseignement », déclare Lewis Cardinal. Et d’ajouter que le site offrira également un « programme ouvert », dans le cadre duquel les huttes de sudation seront ouvertes au public. 

« L’objectif global du site est de favoriser une bonne entente, d’aider les Autochtones à se reconnecter à la terre et aux enseignements qui en découlent, ainsi qu’à leur culture, leurs traditions et leur histoire. » 

Les organisations et agences Autochtones pourront également se servir du site pour y offrir leurs propres programmes culturels. 

Le seul autre parc que Lewis Cardinal connaît qui ressemble de près ou de loin à kihciy askiy est l’aire culturelle Autochtone du parc national Jasper. Cette zone aménagée par le Forum des Autochtones du parc national de Jasper et Parcs Canada est un endroit réservé aux partenaires Autochtones afin qu’ils puissent renouer avec la terre, l’apprentissage culturel et les cérémonies. 

Ouvert aux membres du Forum à partir de juin 2013, le site est fermé au grand public afin d’en assurer l’intimité. 

 

« Un havre de paix »

 

Une fois la construction de kihciy askiy terminée, l’IKWC sera responsable de sa gestion. Les gens pourront s’y rendre par divers moyens de transport, y compris en autobus – un facteur important pour déterminer l’emplacement du site, explique Lewis Cardinal. 

Selon Lewis Cardinal, Howard Mustus et Nav Sandu, le site constituera un pilier important pour la communauté Autochtone de la région d’Edmonton, en leur permettant de maintenir un lien avec leurs traditions. Les partenariats ayant joué un rôle essentiel dans l’aménagement du site se poursuivront, et nous espérons que de nouveaux se formeront entre les groupes Autochtones qui l’utilisent et les personnes non Autochtones désireuses d’en savoir plus sur eux. 

« Kihciy askiy constituera un havre de paix pour les gens. Selon moi, ceci ne sera pas le dernier (projet de ce type); je pense qu’une tendance va émerger dans les années à venir… afin de combler ces lacunes », déclare Nav Sandhu. 

« Selon moi, il s’agit d’un pas important et nécessaire en faveur de la vérité et de la réconciliation. »

 

 

 

À propos d’Emily Rendell-Watson

Emily Rendell-Watson est une journaliste multimédia basée à Edmonton qui est actuellement responsable éditoriale et responsable de la communauté de Taproot Edmonton, une publication qui cherche à aider sa communauté à mieux se comprendre.

Elle écrit sur l’innovation technologique, les problèmes urbains, le changement climatique et tout ce qui tombe sur son bureau. Lorsqu’elle ne poursuit pas une histoire, vous pouvez la trouver en train de faire du patinage de vitesse ou de s’aventurer dans l’arrière-pays avec son chien de sauvetage, Abby.

 


 

Cette contribution d’Emily Rendell-Watson s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

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Les bourses TD Amis des parcs invitent à la créativité pour connecter les Canadiens aux parcs

 

Un atelier de réparation de vêtements à Halifax, une visite virtuelle à la découverte d’un jardin chinois unique à Edmonton, une seconde vie pour les arbres de Noël à Montréal et une leçon de planche à roulettes pour les débutants à Vancouver.

En 2021, grâce au soutien de La promesse TD prêts à agir, les bourses TD Amis des parcs ont apporté un regain d’énergie, de bonheur et ont connecté les communautés à travers le Canada. Ces micro-bourses de 2 000 $ ont permis à 72 groupes communautaires d’organiser 216 évènements, dans des parcs locaux, axés sur l’éducation environnementale, le développement durable et l’intendance des parcs. Afin que les avantages des parcs et des espaces verts soient largement accessibles à toutes et à tous, près de 60 % des bourses TD Amis des parcs ont été accordés à des  groupes qui visent l’équité et nous allons poursuivre dans cette voie  en 2022.

 

Légende : photo prise par Neighbours Sharing Native and Pollinator Plants à Toronto.

 

À partir d’aujourd’hui, les organisations et les groupes communautaires admissibles sont invités à présenter une demande de bourse de 2 000 $ pour organiser des activités qui relient les communautés à leurs parcs et à leurs espaces verts

Le processus de demande est facile et nous avons élaboré un certain nombre de ressources pour aider les groupes communautaires à organiser des événements attrayants.

La date limite de dépôt des candidatures est le 28 février 2022 et tous les événements doivent avoir lieu entre le 16 avril et le 31 décembre 2022.  

« Il est plus clair que jamais à quel point les parcs et les espaces verts comptent pour les Canadiens, pour Carolyn Scotchmer, Directrice exécutive de la Fondation TD des amis de l’environnement. « Nous sommes ravis de lancer la nouvelle série de Bourses TD Amis des parcs, car nous savons qu’elles aident à approfondir le lien des Canadiens avec la nature et, en retour, à promouvoir le bien-être des gens et de la planète. »

Les bourses TD Amis des parcs sont ouvertes aux événements communautaires organisés dans un espace vert accessible au public, qu’il s’agisse d’un parc municipal, d’une propriété de logements sociaux ou d’une cour d’école. Votre événement d’éducation environnementale, de durabilité ou d’intendance peut être aussi unique que votre communauté. Vous souhaitez organiser  un atelier sur le changement climatique ou sur la réparation de vélos ? Une randonnée nature?  Promouvoir l’intendance Autochtone? « Les possibilités sont ouvertes et la créativité est vraiment encouragée » a déclaré Dave Harvey, directeur exécutif des Amis des parcs.

Les groupes communautaires et les organisations basées à Vancouver, Calgary, Edmonton, Winnipeg, Toronto, Ottawa, Gatineau, Montréal, Québec et Halifax peuvent déposer leur demande de subvention dès maintenant.  Les groupes communautaires représentant des communautés issues de la diversité ou des quartiers marginalisés sont particulièrement encouragés à déposer une demande.

Nous sommes impatients de voir ce que les bénéficiaires des bourses TD Amis des parcs 2022 réservent à leurs communautés.

Présentez votre demande dès maintenant.

Légende photo de couverture : photo prise par Accessible Nature Wellness Programs Inclusive à Ottawa. 

Renouer avec les rivières de Québec

Cette contribution de Christopher Dewolf s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

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La ville de Québec doit son existence au fleuve Saint-Laurent, et il est facile de comprendre pourquoi. Du haut des remparts de son ancienne citadelle, on peut voir à des dizaines de kilomètres à la ronde. C’est là que le fleuve s’élargit, là que débutent les marées, et là que l’eau devient un peu plus salée à mesure qu’elle s’écoule vers l’Atlantique. Au gré du courant, le regard est porté vers les terres agricoles fertiles de l’île d’Orléans, puis vers les montagnes de Charlevoix avant d’apercevoir l’horizon au loin. 

Légende: La carte du Parc des Grandes-Rivières de Québec. Rousseau Lefebvre.

 

Mais en parcourant le paysage, on aperçoit aussi quelque chose d’autre : une autre rivière, beaucoup plus petite, qui passe devant des usines, des silos à grains et des terrains pour les conteneurs. Il s’agit de la rivière Saint-Charles, l’un des quatre cours d’eau méconnus de la ville de Québec, mais d’une importance égale à celle du Saint-Laurent. 

À cet égard, la Ville a le projet de valoriser ces rivières en créant une zone naturelle de 30 kilomètres carrés, comprenant 100 kilomètres de sentiers donnant au public un accès à l’eau, ainsi que de nombreuses autres structures sur leurs rives. Ce projet ambitieux sur 20 ans est le fruit d’une collaboration entre les citoyens et leur municipalité. 

« On revient un peu à la source », explique Marysela Rubiano, conseillère environnementale auprès de la municipalité, qui travaille sur le projet depuis son lancement en 2016. « On ne veut plus que les cours d’eau soient des sites de passage. On veut que les gens y restent. »

 

Se reconnecter avec les rivières

 

Connu officiellement sous le nom de Plan de mise en valeur des rivières, le projet s’articule autour de la création du nouveau parc des Grandes-Rivières-de-Québec qui présente des dimensions impressionnantes. Toutefois, le fait de le présenter comme un nouveau parc ne tient pas compte de son ampleur ni de ses retombées potentielles. 

Le projet touche presque tous les coins de la ville : des banlieues aisées près de la rivière Cap-Rouge, à la chute d’eau spectaculaire de la rivière Montmorency, en passant par les quartiers au bord de la rivière Beauport que traverse l’une des plus anciennes routes du Canada. La rivière Saint-Charles serpente sur 25 kilomètres depuis sa source au lac Saint-Charles, en passant par la banlieue nord pour finalement rejoindre le cœur de la ville et le Saint-Laurent. Sur son cours, elle traverse le village historique huron-wendat de Wendake, des zones humides importantes sur le plan écologique, ainsi que les anciens quartiers ouvriers de Saint-Sauveur, Saint-Roch et Limoilou qui s’embourgeoisent rapidement. 

Outre les quatre rivières principales, le projet couvrira également huit autres cours d’eau plus petits. Une fois achevé, il comprendra de nouvelles zones de conservation, 11 centres d’accueil et neuf centres d’activités où le public pourra avoir un accès direct à l’eau pour s’adonner à des activités comme la baignade et le kayak. 

 

Légende: le Parc des Saule à Saint-Charles. Rousseau Lefebvre.

 

Rien de tout cela n’aurait été possible sans la participation des résidents de Québec, dont beaucoup entretiennent une relation étroite avec les rivières, et ce, malgré un accès limité et un manque d’infrastructures publiques. « On a commencé à impliquer les citoyens même avant le projet », explique Marysela Rubiano. « Il y a vraiment une belle acceptabilité par rapport à cette démarche. Il y a un sentiment d’appartenance à chacune des rivières. »

Le projet mis en œuvre à Québec peut servir de source d’inspiration pour d’autres villes du Canada. Beaucoup cherchent en effet à tirer parti du potentiel de leurs cours d’eau sous-exploités afin d’améliorer la biodiversité, de faire face aux défis des changements climatiques comme le risque accru d’inondations, et de favoriser l’accès de leur population à la nature. 

« Chacune de ces questions a une grande importance au niveau individuel. Mais ensemble, elles ont une valeur encore plus grande », explique l’urbaniste Ken Greenberg, qui a conseillé la Ville de Québec et d’autres municipalités pour leurs projets de revitalisation des cours d’eau. « Chaque ville a des particularités un peu différentes : la topographie est différente, de même que les possibilités. Toutefois, l’idée d’intégrer ces cours d’eau à la vie des citadins est toujours la même. Ils nous donnent la possibilité de maximiser l’espace public. »

 

Une rivière emblématique au Canada

 

L’histoire de Québec – et par extension, celle du Canada – est inextricablement liée à celle de ses rivières. Lorsque l’explorateur français Jacques Cartier arrive au Canada en 1535, il tombe sur un village iroquois appelé Stadaconé, niché au bord de la rivière Saint-Charles qu’il nomme rivière Sainte-Croix en l’honneur du jour de son arrivée, la fête de la Croix. Le village abrite alors environ 500 personnes vivant dans des maisons longues appelées kanata par leurs résidents et qui veut dire « village ». Jacques Cartier adopte ce terme pour désigner la région entourant Stadaconé. Dans sa correspondance, il utilise différentes variantes du terme « Canada » qui finit par désigner toute la vallée du fleuve Saint-Laurent.

Dans leur camp près de Stadaconé, Jacques Cartier et ses hommes souffrent grandement des rigueurs de l’hiver. Privés de produits alimentaires frais et peu adaptés à leur nouvel environnement, beaucoup d’entre eux meurent du scorbut. Les autres ne parviennent à survivre que grâce à l’aide des résidents de Stadaconé qui leur apprennent à utiliser les aiguilles d’un cèdre appelé Annedda pour en faire une tisane riche en vitamine C. Au printemps suivant, en guise de réponse, Jacques Cartier emmène de force en France plusieurs résidents du village, dont le chef Donnaconna. Tous les membres du groupe décèdent, sauf un. Lorsque Jacques Cartier revient à Québec en 1541 et tente d’établir une colonie près de l’embouchure de la rivière Cap-Rouge, les Iroquois, devenus hostiles, le forcent à partir avec les membres de son équipage. 

Lorsque les colons français, sous la direction de Samuel de Champlain, s’installent définitivement dans la région en 1608, Stadaconé a disparu. En effet, les maladies venant d’Europe, les hivers de plus en plus rigoureux liés au Petit âge glaciaire et les conflits avec d’autres nations Autochtones ont décimé le peuple iroquois au cours des décennies précédentes. Par la suite, des membres des nations algonquine et innue viennent pêcher dans la rivière Saint-Charles pour y trouver des anguilles et des truites. Les Innus l’appellent Cabirecoubat ou « mille méandres », en raison de ses nombreux coudes. Les Hurons-Wendats l’appellent Akiawenrahk ou « rivière de la truite ». Ceux-ci s’installent sur ses rives en 1697 après que la guerre, la famine et les maladies les ont forcés à quitter leur terre natale au bord du lac Huron. 

Quant aux colons français, ils la rebaptisent « rivière Saint-Charles » en l’honneur du vicaire Charles de Boves. Au cours du XVIIe siècle, ils aménagent ses berges et y construisent une brasserie, une fabrique de potasse et un chantier naval entre 1668 et 1675. Aux XIXe et XXe siècles s’ensuit son développement industriel, période pendant laquelle la rivière Saint-Charles devient progressivement l’un des cours d’eau les plus pollués du Québec. Les eaux usées non traitées se déversent alors directement dans la rivière. 

En 1974, une digue en béton est construite en aval de la rivière. Ceci fait partie d’un projet de revitalisation post-industriel planifiant également la construction de marinas, de logements et de parcs bordant la rivière, pour mieux s’harmoniser avec les autoroutes, les centres commerciaux et les gratte-ciel devenus le visage moderne de Québec.

« Une fois bétonnée, la rivière est bel et bien présentable », note l’écrivain François Gosselin Couillard dans son histoire du quartier St-Roch. « Les rats ont quitté la place… ainsi que toute autre forme de vie. Le béton asphyxie toute la faune aquatique et terrestre. »

Et le béton ne réduit en rien la pollution. Alors que l’odeur de la rivière empeste, les résidents décident de prendre les choses en main. En 1979, une organisation à but non lucratif appelée Pêche en ville commence à réintroduire des truites en amont de la rivière. En 2000, soit 20 ans plus tard, un groupe de citoyens commence à se réunir au parc Victoria, un espace naturel historique au bord de la rivière Saint-Charles, pour discuter de la façon d’encourager les gens à renouer avec la rivière tout en améliorant l’habitat naturel. Ces initiatives débouchent sur l’idée de créer un nouveau parc linéaire sur ses rives, en renaturalisant notamment ses berges. Le béton est retiré juste à temps pour célébrer les 400 ans de la ville de Québec en 2008.

 

De grandes idées pour une vision globale

 

Beaucoup avaient le sentiment que le nouveau parc ne représentait qu’un commencement. Nous pouvions, et même nous devions, aller plus loin. « Ce qui nous manquait, c’était une vision globale », explique Amélie Germain, architecte paysagiste à la Ville de Québec. Avoir une vision globale des choses demande de s’appuyer sur des sources d’inspiration venant de tous les horizons. C’est pourquoi en 2016, la Ville a lancé un concours international afin de trouver des idées innovantes permettant aux résidents de Québec de recréer des liens non seulement avec la rivière Saint-Charles, mais aussi avec les autres cours d’eau. 

« Le concours a été extrêmement déterminant, car il a permis de mettre la barre plus haut en ce qui concerne les ambitions, aspirations et objectifs que l’on cherchait à atteindre pour ces cours d’eau », explique Ken Greenberg, qui a fait partie du jury. « Ce qui est fascinant, c’est qu’il s’agissait d’un concours anonyme. Nous n’avons connu le nom des participants qu’après avoir ouvert les enveloppes avec leurs noms. Il s’agissait de personnes très qualifiées venant du monde entier et ayant fait de nombreuses recherches sur Québec. Ce processus a aussi généré un certain nombre d’attentes de la part du public. »

Le concours a ainsi recueilli 21 propositions d’urbanistes issus de 10 pays différents. Chaque urbaniste devait proposer un concept comprenant trois perspectives : une englobant l’ensemble des rivières, une englobant chaque rivière spécifique, et une comprenant une sensibilité ou une atmosphère générale. L’objectif était de recueillir le plus d’idées possibles. « L’approche traditionnelle aurait consisté à lancer un appel d’offres », explique Marysela Rubiano. « Toutefois, nous voulions recueillir un maximum d’idées pour nous servir d’inspiration. »

 

Légende: le Centre Nautique de Cap-Rouge Rousseau Lefebvre.

 

Les juges ont ainsi retenu trois lauréats. Headwater Lot, de l’agence de design Cadaster de Brooklyn, s’inspire de l’ancien régime seigneurial français en matière d’aménagement du territoire. Celui-ci s’appuie sur un aménagement perpendiculaire aux rivières plutôt qu’une approche linéaire suivant leurs berges. Le projet Parc urbain national de Québec, conçu par le cabinet White Arkitekter de Göteborg, envisage un accès gratuit aux berges des rivières de Québec. Celui-ci s’inspire du « droit de circulation » garanti dans un certain nombre de pays européens, comme le Royaume-Uni. Le projet The Loop, de l’architecte Joo Hyung Oh de Los Angeles, proposait un réseau de sentiers interconnectés reliant les quatre rivières. 

« Ils nous ont permis de voir encore plus la richesse qu’on a nous-mêmes », dit Amélie Germain. « Pour eux, cette richesse était évidente. » Selon elle, la familiarité engendre le mépris, et de nombreux résidents de Québec n’avaient jamais vraiment considéré leurs rivières comme des ressources précieuses. « On a fait un peu rêver les citoyens. », dit Marysela Rubiano.

Après le concours, la Ville a organisé des ateliers publics, des sondages, des réunions d’information, des consultations sur les berges de chaque rivière, ainsi qu’une exposition mobile appelée Le Rivièroscope. Si certains citoyens ignoraient l’existence des rivières situées à quelques pas de chez eux, d’autres avaient une connaissance approfondie de leurs paysages, de leur faune et de leur flore. « Les propositions abordent des aspects assez particuliers et spécifiques, comme la topographie, la démographie et les intérêts de la population », explique Ken Greenberg. « Les solutions étaient assez sur mesure. Elles étaient tout à fait adaptées aux possibilités existantes. » 

Les consultations ont révélé que les résidents souhaitent avoir accès aux rivières et s’adonner à des activités récréatives toute l’année, mais que ceci ne se fasse pas au détriment des efforts de conservation de l’environnement. En bref, ils ne souhaitent pas voir revenir les anciennes berges bétonnées et sans vie de la rivière Saint-Charles. 

 

Mettre un terme à la « fausse dichotomie »

 

Ce projet sur plusieurs années a donné naissance à un plan directeur dévoilé à l’automne 2020.

« Le projet de la Ville de Québec démontre à merveille qu’il est possible d’intervenir de manière adaptée dans ces zones naturelles, et ce, sans nuire aux habitats ni à la nature, tout en permettant à la population de jouir des vallées fluviales, d’avoir accès à la nature et d’en profiter sans perturber la nature », ajouter Ken Greenberg.

Selon lui, il s’agit d’un point essentiel, surtout étant donné que les autorités de conservation ont souvent créé ce qu’il décrit comme une « fausse dichotomie » entre la protection des habitats naturels et l’accès du public aux cours d’eau. 

 

Légende : la base plein-air de Montmorency. Rousseau Lefebvre.

 

La Ville de Québec n’est pas la seule à vouloir s’engager dans une démarche plus raisonnée. À Calgary, où une grande partie de la rivière Bow, alimentée par des glaciers, est bordée de talus et de digues, l’initiative RiverWalk parvient à conjuguer protection contre les inondations et expérience conviviale et intimiste au bord de l’eau. À Edmonton, la promenade Touch the Water est en cours d’aménagement et permettra d’améliorer l’accès du public à la rivière Saskatchewan Nord. À Montréal, la baignade dans le Saint-Laurent était autrefois courante jusqu’à ce que le niveau de pollution grimpe en flèche. Aujourd’hui, la pollution étant maîtrisée, plusieurs nouveaux projets visent à en rouvrir l’accès au public. Parmi ceux-ci, citons la Promenade de Bellerive qui offrira de nouvelles aires de baignade d’ici l’été 2022, ainsi qu’un pavillon accueillant un marché de producteurs, des événements culturels et un biergarten. Dans le quartier historique de Lachine, un nouveau parc visant à rétablir des zones humides tout en encourageant les sports nautiques non motorisés remplacera la marina. 

Selon Amélie Germain, le manque d’infrastructures récréatives au bord des rivières de Québec a poussé les résidents à créer leurs propres sentiers.

« Dans un de nos grands parcs, on manque de sentiers, de quais, d’aires de repos, et il y a 18 km de sentiers informels », indique-t-elle. Cependant, il est possible que les urbanistes souhaitent formaliser ces aménagements réalisés par les citoyens. « Souvent les gens trouvent le meilleur raccourci pour se rendre à un endroit. Il y a un chemin qui a été tracé parce qu’il y avait un beau paysage à voir ou une plage naturelle », ajoute Amélie Germain. « Par contre, c’est sûr que nous avons le devoir de vérifier qu’on n’est pas dans des milieux humides et qu’il n’y a pas de détérioration sur le plan environnemental. »

La prochaine étape consistera à commencer à concrétiser les idées du plan directeur. Certaines de ces mesures comprendront des « espaces de transition », comme des bancs sur le pont Dorchester, des cabanes flottantes sur la rivière Montmorency et l’Espace collectif de la Marina Saint-Roch, où l’organisme sans but lucratif La Pépinière organise des événements culturels et sociaux comme des concerts, des cours de yoga et des leçons de tango dans le pavillon d’été. « Ça nous a permis de tester les aménagements dans l’éphémère, avant de basculer dans le permanent », explique Amélie Germain. Parmi les autres mesures, citons le réaménagement en cours de deux parcs au bord de la rivière Saint-Charles, qui a commencé avec la construction d’une nouvelle passerelle piétonnière au parc de la Pointe-aux-Lièvres pour traverser la rivière.

Il faudra encore attendre 20 années supplémentaires pour que ce projet soit terminé. Et c’est ce qui le rend aussi remarquable : c’est un projet sur plusieurs générations.

« C’est nos enfants et nos petits-enfants qui vont hériter de tout cela », commente Marysela Rubiano. « Qu’il s’agisse de citoyens ou d’organismes qui gravitent autour des rivières, ce projet est vraiment rassembleur », ajoute Amélie Germain.

« Le sentiment d’appartenance au projet est essentiel, surtout si on veut l’amener à terme. C’est sûr que [la participation publique] demande énormément d’efforts et ralentit le processus. Mais c’est un projet qui en sera beaucoup plus riche et qui ira beaucoup plus loin. Ça, c’est certain. »

 

 

 

 

 

À propos de Christopher Dewolf

 

Travaillant désormais à Montréal, le journaliste Christopher DeWolf s’intéresse particulièrement aux sujets des villes et de la culture. Lorsqu’il vivait à Hong Kong, il était rédacteur en chef de Zolima CityMag et a régulièrement écrit pour le South China Morning Post, Eater et d’autres publications. Son livre Borrowed Spaces: Life Between the Cracks of Modern Hong Kong, il aborde les divergences de points de vue entre les citoyens et les autorités en matière de vie urbaine. 

 


 

Cette contribution de Christopher Dewolf s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ».

Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett. Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

Les Bourses TD Amis des parcs réunissent des groupes sur un terrain commun

Pour les nombreux résidents qui n’ont ni accès à un jardin privé ni même à un balcon, les parcs constituent une extension de leur espace de vie. Si les avantages écologiques des espaces naturels sont bien connus, les avantages sociaux des parcs le sont moins. Que ce soit leur influence positive sur la santé mentale ou leur capacité à réduire l’isolement social, les parcs voient leurs vertus salutaires et sociales de plus en plus plébiscitées* depuis la pandémie.

Les parcs peuvent assurément nous rendre plus heureux, en meilleure santé et mieux nous lier les uns aux autres. Mais à la condition qu’on puisse y avoir accès, et ce, en toute sécurité. Et nous savons que les parcs sont moins accessibles et moins sûrs pour les groupes en quête d’équité.

Dans l’enquête menée par les Amis des parcs auprès de 3500 résidents au Canada, les personnes interrogées s’identifiant comme des personnes Noires, Autochtones ou de couleur ont dit être plus susceptibles de rencontrer des obstacles à l’utilisation des parcs pendant la pandémie, comme la peur de recevoir une contravention (24 %) et le harcèlement (22 %).

Ces quatre dernières années, les Bourses TD Amis des parcs ont permis de créer des liens vitaux entre les gens et les parcs. Bien que depuis le début les groupes en quête d’équité soient au cœur du programme, cette année, nous nous sommes fixé un objectif clair : faire en sorte que 50 % des Bourses TD Amis des parcs soient octroyées à des groupes en quête d’équité dans les villes du Canada.

À Toronto, le travail des groupes Youth Leaders of East York et Street to Trail* vise à rendre les avantages des parcs, ravins et lieux publics plus accessibles aux groupes en quête d’équité.

 

Youth Leaders of East York offre une échappée belle dans le monde sauvage

 

 

Au début de la pandémie, Thorncliffe Park a été touché de manière disproportionnée par la pandémie. Pour illustrer ce fait, le Dr Jeff Powis, directeur médical du contrôle des infections à l’hôpital Michael Garron, a déclaré :

« J’ai compris que la pandémie avait des répercussions disproportionnées sur les personnes déjà vulnérables sur le plan de la santé en raison de facteurs comme le logement, le revenu et les origines raciales. »

Tandis que les médias ont davantage mis en évidence les difficultés des travailleurs du secteur de la santé, de l’industrie des services et ceux occupant des petits boulots, les difficultés des jeunes des quartiers ont été reléguées au second plan. Elmirah, cofondatrice de Youth Leaders of East York, a constaté un besoin dans son quartier et s’est rapidement mise en contact avec d’autres jeunes partageant les mêmes idées pour créer un réseau de soutien. En tant que Canadienne de première génération, Elmirah voulait offrir aux jeunes, comme elle, des moyens de se mobiliser et de participer activement à la vie du quartier.

Youth Leaders of East York aide les jeunes à trouver un emploi ou un poste de bénévole, à améliorer leurs compétences en matière de leadership et de travail d’équipe, et à s’informer sur toute une gamme de sujets, comme les aides financières pour les études postsecondaires, la façon de réduire la violence de proximité et la lutte contre le racisme.

Le groupe a ainsi créé la « Green Team » pour aider les jeunes à s’attaquer aux problèmes environnementaux dans leur quartier et dans le monde. Youth Leaders of East York a bénéficié d’une Bourse TD Amis des parcs afin d’organiser la Summer Environmental Stewardship Series [Série d’événements de gestion environnementale pendant l’été]. Celle-ci comprenait une promenade dans un ravin commentée par Floyd Ruskin, membre principal du groupe bénévole de conservation et d’intendance Don’t Mess With the Don*, qui travaille activement à la protection, à la restauration et à la revitalisation de la vallée de la rivière Don depuis plus de 30 ans.

 

 

J’ai rejoint Youth Leaders of East York pour une promenade le long de la rivière Don. Les membres de ce groupe, qui ont grandi dans des quartiers adjacents comme Thorncliffe Park, étaient déjà assez familiers avec certains parcs du quartier. Toutefois, cet endroit moins entretenu et caché représentait un territoire inexploré pour eux. En chemin, Floyd a attiré notre attention sur certaines caractéristiques sauvages de cet endroit. Au cours des réunions en ligne précédentes, les participants avaient été invités à réfléchir à ce que signifient pour eux la nature et la gestion environnementale, et quelles émotions les habitent lorsqu’ils passent du temps dans la nature. La promenade dirigée par Floyd a fait remonter ces émotions à la surface. Même si les termes « gestion environnementale », « contrôle des espèces envahissantes » et « conservation » ne semblent pas donner lieu à des émotions intenses, personne n’est mieux placé que Floyd Ruskin pour souligner l’importance des ravins.

À la fin de la promenade, nous sommes tous repartis avec une nouvelle appréciation pour cette vallée fluviale et avec le sentiment d’être plus familiers et plus sereins dans un espace naturel aussi sauvage que merveilleux.

 

Street to Trail magnifie la nature auprès des personnes itinérantes

 

Street to Trail* offre aux personnes itinérantes et marginalisées de passer du temps dans la nature grâce à des randonnées d’une journée ou des séjours en camping. Street to Trail, la seule organisation de Toronto facilitant l’accès des personnes marginalisées à la nature, connaît bien les avantages multiples de passer du temps en plein air.

Elle sait aussi que « la nature, grâce à son pouvoir inhérent de nourrir l’esprit, le corps et l’âme permet d’améliorer la qualité de vie des gens ».

En raison de la pandémie, le groupe a été forcé d’organiser des excursions plus près.

Grâce à une Bourse TD Amis des parcs, Street to Trail a ainsi pu organiser de nouveaux événements, dont la randonnée Photovoice à High Park. Photovoice se sert de la photographie pour permettre aux gens de documenter leur perception et de partager leur expérience. L’objectif de l’appareil photo devient un prolongement du regard des participants et permet d’amplifier leur point de vue, tant pour eux-mêmes que pour les autres.

En organisant une excursion photo axée sur la nature, Street to Trail offre aux participants une nouvelle façon d’établir des liens avec le monde naturel. Après une brève introduction aux principes de base de la photographie, les participants sont invités à choisir l’appareil photo de leur choix, que ce soit un appareil numérique compact ou un appareil professionnel plus sophistiqué.

 

 

En s’arrêtant à plusieurs endroits pendant leur promenade, les participants mettent en application leurs nouvelles connaissances de la photographie. Quant à moi, à la fin de la randonnée, je partageais l’enthousiasme des participants en magnifiant des aspects uniques de la nature qui, autrement, resteraient invisibles à l’œil des visiteurs. Nous avons tous raconté la nature à notre manière; un récit qui nous appartient à nous et au plus grand nombre.

Cela a été pour moi un vrai privilège que de participer aux excursions dans la nature de Street to Trail et Youth Leaders of East York. En marchant à leurs côtés, j’ai vu à quel point ces deux groupes contribuaient à combler activement et de manière innovante l’écart qui sépare celles et ceux qui souhaitent rétablir des liens profonds avec la nature, et les espaces naturels dans notre ville. En priorisant les groupes en quête d’équité dans le processus de diffusion et d’octroi des financements, les Bourses TD Amis des parcs nous permettent de concrétiser l’idée d’accès social et d’atteindre notre objectif de « rendre les espaces verts plus accessibles ».

Fermes urbaines collectives : des lieux de fierté et de rassemblement où exprimer ses « combats » et ses joies

Cette contribution d’Emilie Jabouin s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

 


« Byen Pre Pa La Kay » en créole haïtien veut dire : le travail est continu et permanent. Ce dicton résume bien le travail de la terre, qui est une lutte constante faite d’adaptation et de transition permanentes. Il s’agit d’une expérience particulièrement pertinente pour les personnes Noires qui, au cours de l’histoire, ont dû se renouveler et se réinventer en permanence. Ainsi, pour la population Noire du Grand Toronto, les fermes collectives sont devenues des lieux de fierté, de rassemblement, d’amour et de bienveillance qui valent la peine d’être défendus.

 

Cultiver la terre pour réunir et soutenir les résidents

 

La Black Creek Community Farm* (BCCF), qui a été créée en 2012 sur un terrain de quelque 3 hectares loué auprès de l’Office de protection de la nature de la région de Toronto* (TRCA), constitue un véritable modèle en matière de sécurité alimentaire et d’agriculture urbaine durables. Gérée par les résidents, la BCCF permet à ses membres de cultiver des légumes, et d’avoir accès à sa forêt nourricière et à ses sentiers. Les fruits et légumes qui n’ont pas trouvé preneurs auprès des membres sont alors vendus au public. La ferme comprend une roue médicinale Autochtone, une école en plein air pour aider les enfants à développer leurs capacités motrices et animer les sorties scolaires, un foyer autour duquel on peut raconter des histoires et créer des liens, des carrés de jardin adaptés aux problèmes de mobilité des aînés et, surtout, des légumes correspondant à la diversité ethnique du quartier et des plantes indigènes. 

Selon ses membres, les services adaptés aux différentes cultures de la BCCF et son environnement en général constituent un modèle dont on devrait s’inspirer dans toute la ville. Comme le souligne Ama Deawuo, la précédente directrice générale de la BCCF, on trouve des fruits et légumes frais en abondance dans des quartiers aisés tels que Rosedale. Toutefois, dans les quartiers où vivent en majorité des personnes Noires, les gens n’ont pas accès à la même variété ni à la même qualité. 

 

Légende: Ama Deawuo, ancienne Directrice éxécutive de la Black Creek Community Farm

 

Avec un accès limité aux espaces verts pour répondre aux besoins agricoles et récréatifs de la population, le quartier dense de Jane & Finch où se trouve la BCCF illustre bien cette situation. Pour Sam Tecle, un membre du comité directeur de la BCCF qui a grandi dans le quartier, la ferme représente un endroit unique à Toronto, en Ontario, au Canada et dans le monde.

Elle « symbolise l’esprit de communauté, l’amour et l’interdépendance. Elle montre que nous pouvons être là les uns pour les autres, que nous pouvons nous soutenir et nous entraider. »

Sam Tecle décrit Jane & Finch comme un « quartier international » où vivent des personnes nouvellement arrivées au Canada, ainsi que des familles issues de l’immigration, notamment du Ghana, de la Jamaïque, de l’Équateur et dde l’Italie. Toutefois, il s’agit aussi d’un endroit qui a été confronté à la négligence et au manque d’investissement. Ce quartier animé compte des personnes généreuses et pleines de talent, qui se soutiennent mutuellement et font profiter le quartier de leurs compétences uniques. Toutefois, les informations que font circuler les médias sur le quartier sont souvent sensationnalistes, ne tiennent pas compte de ces qualités, et décrivent le quartier comme un endroit violent en proie à la criminalité. 

Pourtant, les résidents considèrent cet endroit comme chez eux, et certains jeunes dénoncent* ces préjugés.

Comme le dit Femi Lawson dans l’émission « Vice visits Jane & Finch » : [« On a tous quelqu’un qui nous influence d’une manière positive […]. Et lorsqu’on est entourés de personnes comme ça, cela agit sur nous. » 

Le quartier multiculturel et multiethnique de Jane & Finch a été le plus durement touché par la pandémie* à Toronto et a depuis longtemps été stigmatisé par la Ville et le gouvernement provincial. En tant que cultivatrice dans des jardins collectifs, agricultrice rastafari, amoureuse de la nature, défenseure et résidente de longue date du quartier, Peachtree Boucaud, qui a travaillé précédemment pour la BCCF comme responsable du marché, nous rappelle que, « nous sommes comme des abeilles au travail. Nous créons des liens et pollinisons ». La Ville de Toronto et d’autres organismes officiels, comme le TRCA, permettent aux personnes racialisées à faible revenu d’avoir accès à des espaces verts. Toutefois, lorsque l’on se penche sur l’histoire liée aux relations des résidents avec la terre dans la ville, on se rend compte que l’entretien de ces espaces verts d’une importance cruciale est plus complexe que l’on ne le pense. Tout a commencé avec celles et ceux qui ont cultivé cette terre et leur engagement à s’entraider.

 

Cultiver la terre est à la base de tout

 

Nous devons nous rappeler que les activités de gestion et d’entretien de la terre menées par des fermiers Noirs et racialisés et les Autochtones ont précédé les projets menés par la Ville. Ceci a engendré une agriculture urbaine à Toronto qui repose aujourd’hui sur des structures bien établies, comme la BCCF, des jardins collectifs et des projets gérés par les citoyens, comme des parcelles ouvertes où les gens pratiquent l’agriculture collective. Ces initiatives possèdent toutes une visibilité et des modèles de financement différents. 

Peachtree Boucaud est fière de dire que « beaucoup de ces jardins collectifs sont dirigés par un grand nombre de femmes Noires ».

En effet, les questions de sécurité alimentaire et de justice environnementale sont étroitement liées à la défense historique de leurs droits. « Nous vivons dans des endroits directement confrontés à cette injustice environnementale », explique Peachtree Boucaud. « Toutefois, notre voix n’est pas prise en compte à ce sujet. » Lorsqu’on lui demande de parler de son jardin préféré, elle se réjouit de mentionner celui situé à l’angle de Jane Street et Weston road : « Charlyn Ellis travaille au Emmett Avenue Garden, qui est l’un de mes préférés, […] il y a des abeilles, et on peut y apprendre tellement de choses. Malheureusement, le travail de ces gens au jardin Emmet passe souvent inaperçu. »

 

 

Les résidents ont beaucoup de connaissances. Peachtree Boucaud explique que souvent, les agriculteurs Noirs qui arrivent au Canada ont beaucoup de compétences, mais personne ne leur demande de faire part de cette expertise. Et les jeunes générations, comme moi, ont appris à jardiner et à cultiver grâce à leurs ancêtres. J’ai appris à jardiner grâce à ma mère et en écoutant les histoires de mes grands-mères qui cultivaient la terre en Haïti. 

Et l’histoire de Peachtree Boucaud est semblable, me dit-elle : « Mon grand-père était cultivateur, et mon père avait remplacé toute la pelouse par un jardin potager; la Ville de Toronto lui a d’ailleurs décerné un prix. Quant à moi, je ne me suis jamais considérée comme telle parce que c’était quelque chose de naturel. Ce n’est pas quelque chose que l’on part faire ailleurs, cela fait déjà partie de ce que l’on fait et qui fait partie de nous. Je me suis donc investie dans la ferme, j’ai commencé à travailler et j’ai géré le marché. Cela m’a ouvert les yeux. »

Le jardinage joue un rôle important dans la transmission des connaissances intergénérationnelles et dans l’autonomisation des groupes marginalisés en matière d’autosuffisance alimentaire.

Cependant, maintenir un espace aussi dynamique et axé sur l’humain demande des efforts constants. Sam Tecle explique que « pour que la ferme soit ce qu’elle est, il a fallu qu’Ama, le personnel et les résidents s’investissent beaucoup. Il a fallu aussi que les résidents se battent pendant longtemps auprès de la Ville; […] il a fallu établir une bonne relation avec elle pour que la ferme reste à plusieurs niveaux entre les mains des résidents. » Quant à Ama Deawuo, elle rêve de voir la ferme s’agrandir en ayant son propre bistrot entièrement approvisionné par les fruits et légumes de la ferme, cultivés et cuisinés par ses membres.

 

Des espaces verts collectifs comme lieux de vie pour les personnes Noires

 

« Cultiver la terre n’est pas qu’une activité agricole, c’est aussi un travail qui demande de l’amour », déclare Hannah Conover-Arthurs, responsable de programmes de l’Ubuntu Community Collective, une organisation promouvant la sécurité alimentaire et offrant des services liés à cette problématique. Par le biais d’une ferme urbaine au parc Downsview, au sud-est du quartier Jane & Finch, l’organisation offre aux mères célibataires Noires la possibilité de s’adonner au jardinage. En tant que cheffe cuisinière, son travail porte sur la guérison et la sécurité alimentaire, la culture des plantes médicinales, et vise à répondre aux problèmes de nutrition des mères de famille et de santé mentale; le tout avec une optique holistique du bien-être physique, de la spiritualité et de la relation avec la terre. 

 

Légende :  La roue médécinale Autochtone de la Black Creek Community Farm

 

Hannah Conover-Arthurs mentionne également l’importance pédagogique du jardinage qui permet d’acquérir des compétences et une meilleure confiance en soi et de voir la vie sous un autre angle. Elle emmène aussi ses neveux et nièces avec elle pour planter et récolter des légumes afin qu’ils « fassent partie du processus » et apprennent ainsi des choses qu’ils n’apprendraient nulle part ailleurs. »

Pour Fatin Chowdhury, responsable du développement et de la communication de la BCCF, sensibiliser les résidents sur la consommation d’aliments sains et sur la durabilité représente des accomplissements importants pour la ferme : « Notre programme Urban Harvest vise à sensibiliser sur le gaspillage alimentaire, la conservation des aliments, […] et les denrées alimentaires disponibles localement. Notre équipe chargée de l’éducation au jardinage organise de nombreux ateliers destinés aux enfants, aux jeunes et aux familles sur l’écologie locale, l’agriculture urbaine et le jardinage. Ce sont des sujets sur lesquels nous voulons vraiment sensibiliser les résidents pour qu’ils les appliquent chez eux. »

De nombreuses personnes qui habitent dans le quartier Jane & Finch vivent notamment dans des tours d’appartements et n’ont qu’un accès limité aux espaces verts où elles peuvent faire du jardinage, être actives et tisser des liens. « Je vis dans un appartement […] », dit Peachtree Boucaud. « J’essaie de faire pousser ce que je peux [sur mon balcon], et je passe le reste de mon temps au jardin collectif. » Dans les jardins de quartier, « les gens peuvent créer des liens et trouver un endroit où s’épanouir », ajoute-t-elle. « Ils leur fournissent aussi de la nourriture et leurs permettent de faire des économies pour éventuellement réaliser d’autres choses avec leur famille. » 

La pandémie et l’ordre de confinement ont commencé en mars 2020, c’est-à-dire en pleine saison de végétation, et ont initialement empêché les gens d’entretenir les jardins collectifs, compromettant leur bien-être physique et mental. De nombreux résidents « vivent dans de petits espaces de vie », souligne Peachtree Boucaud. Malgré tout, après avoir plaidé en faveur de la réouverture des jardins en toute sécurité, les résidents ont finalement obtenu l’autorisation. Ces endroits fournissent bien plus que des activités aux résidents, dit Peachtree Boucaud, « ils font partie intégrante de notre quartier ».

 

Défense des intérêts, solidarité, justice et éducation

 

Les fermes et jardins collectifs urbains gérés par les résidents sont aussi de vrais lieux de rassemblement. D’après Sam Tecle, en permettant de défendre les intérêts des résidents, ils offrent une véritable « éducation politique » qui s’inscrit dans une vision plus large de la justice pour les personnes Noires, Autochtones, racialisées et marginalisées.

 

Légende : l’école en extérieure de la Black Creek Community Farm

Selon Sam Tecle, les endroits comme la BCCF ont un intérêt multidimensionnel et « sont bien plus que de simples fermes ». Ils représentent « des lieux de rencontre, d’activités, d’apprentissage; ce sont des symboles et des lieux de fierté. »

Riche de son expérience personnelle et au sein du comité directeur, il explique que la ferme a souvent permis de prendre position contre des politiques racistes et discriminatoires : « Les membre de la ferme n’ont pas hésité à s’attaquer aux problèmes que rencontraient les résidents du quartier, que ce soit lorsqu’une épicerie locale a mis le lait maternisé sous clé ou lorsqu’elle a interdit l’accès aux poussettes ou aux appareils de soutien à la mobilité. Les membres de la ferme ont pris position très tôt, ce qui a poussé les gérants à résoudre rapidement le problème et à supprimer ce règlement. »

 

Une réponse plus rapide et la question de la propriété foncière

 

 

Les initiatives portant sur l’agriculture urbaine collective qui bénéficient du soutien de la Ville ne savent pas sur quel pied danser.

« La Ville doit se concentrer sur les questions de durabilité », explique Hannah Conover-Arthurs. « Nous devons constamment composer avec à des baux d’un an, puis les renouveler pour deux ans. Nous nous demandons toujours si nous pourrons poursuivre l’activité de la ferme l’année suivante. »

La question de la propriété et de la location des terres constitue un obstacle majeur pour les agriculteurs Noirs, car ils dépendent plus souvent des terrains publics que les personnes possédant des parcelles privées. Selon Peachtree Boucaud, ce qui est décourageant est que « la terre n’appartient pas aux résidents ». Ceci complique donc grandement la planification à long terme, les pratiques spirituelles culturelles en lien avec la terre et les pratiques agricoles en général. 

Si les personnes Noires décident d’investir leur temps et de travailler la terre, « ce n’est pas un investissement pour 3 ans seulement!

Cela représente notre moyen d’existence », déclare Hannah Conovers-Arthurs. Ces fermes ont une grande valeur pour celles et ceux dont l’identité y est rattachée et fournissent des services essentiels aux résidents en leur permettant de vivre une vie équilibrée et saine. « L’espace, le service et l’idée que nous offrons aux résidents ont une valeur bien plus grande que les financements que nous recevons. Pourtant, nous devons constamment implorer, quémander et demander des subventions », déplore Sam Tecle. « Nous n’avons même pas le luxe de pouvoir penser à ce que nous pourrions construire à cet endroit, sur le terrain de la ferme, dans 5 ans. » Il est donc impératif que la Ville change son modèle de gestion des terres en une approche à long terme. Comme le dit Peachtree Boucaud, offrir un accès à l’eau, des toilettes accessibles, des carrés de jardinage avec des sièges et d’autres initiatives favorisant l’agriculture urbaine et l’accessibilité représente des considérations importantes qui nécessitent une planification et un investissement à long terme pour répondre aux besoins du grand public. Et pourquoi ne pas imaginer que les personnes Noires puissent être pleinement responsables des terres dont elles s’occupent, sans supervision de la part de la Ville? 

Le problème de l’insécurité alimentaire* est bien antérieur à la pandémie. Selon une étude de l’Université de Toronto intitulée Feeding the City: Pandemic & Beyond* [Nourrir la Ville : au delà de la pandémie], « 4,4 millions de personnes, dont 1,2 million d’enfants de moins de 18 ans » n’avaient pas assez à manger au Canada. Le rapport confirme que les initiatives d’agriculture locales gérées par les résidents représentent la meilleure façon pour les groupes marginalisés et vulnérables d’avoir accès à des produits alimentaires frais et abordables. Il soulève aussi la question de savoir si la sécurité alimentaire et la durabilité pour tous, y compris pour les groupes marginalisés, constituent une priorité pour les gouvernements. D’après Peachtree Boucaud, la demande est indéniable, comme l’atteste la longue liste d’attente pour devenir membre des jardins collectifs.

 

Cultiver la terre pour créer un sentiment de fierté collective

 

Lorsque l’on parle avec les résidents, un certain sentiment de fierté personnelle et collective se dégage de leurs paroles. En réfléchissant à l’incidence que ces initiatives ont eue dans sa vie, Hannah Conovers-Arthurs parle « de l’inspiration, de l’amour et de la passion » qui suscitent une réaction en chaîne positive dans la vie des gens.

Quant à Sam Tecle, il parle du soutien considérable apporté par les résidents qui a engendré « un intérêt accru pour le jardinage, l’agriculture et l’éducation ». Pour Fatin Chowdhury, la BCCF a subi « un véritable changement d’identité » en offrant des services de livraison de nourriture aux résidents. Cette initiative a renforcé leur confiance dans la ferme qui représente désormais pour eux un véritable filet de sécurité social. Sans oublier bien sûr, « la joie que procure cet endroit », comme le dit Peachtree Boucaud. La BCCF a fait tomber les barrières et a décompartimenté les choses pour des personnes souvent marginalisées et enfermées dans une perception définie par leurs interactions avec les gouvernements. Elle a aussi rendu les plaisirs simples de la vie plus accessibles à des personnes et des jeunes alors confinés dans des quartiers densément peuplés. Enfin, elle leur a donné la chance de découvrir ce que Fatin Chowdhury considère être « un espace vert d’une importance cruciale dans la ville ».

Sam Tecle aime voir s’afficher cette fierté chez les membres de la BCCF lorsque, au cours du dîner annuel, « les membres sont fiers que des gens de l’extérieur se rendent à la ferme et vivent cette expérience agréable et chic et repartent peut-être en se disant que “Jane & Finch n’est pas exactement comme on le dit”. »

 

Source de joie et de bouleversements

 

Les programmes d’agriculture collective servent de véritables tremplins. « Ce sont des incubateurs », dit Hannah Conovers-Arthurs. Et Peachtree Boucaud d’ajouter : « On fait connaissance avec d’autres cultures, avec leur manière de cultiver et de polliniser les plantes. »

Quant à Hannah Conovers-Arthurs, elle explique comment les programmes destinés aux résidents leur offrent les outils nécessaires pour, un jour, obtenir leur propre terrain, lancer leur projet, puis leur propre entreprise. Elle considère comme quelque chose de sacré la capacité de prendre soin des membres de sa famille et de promouvoir le quartier comme faisant partie de la « cellule familiale ». Faire partie de l’Ubuntu Community Collective est un moyen pour elle de prendre soin de sa mère, d’aider les personnes qui se remettent d’un traumatisme et de créer un lieu où « les gens vous voient pour ce que vous êtes ».

Il s’agit d’un endroit « propice au bien-être, à la liberté, à la créativité, à la santé, à la transformation et à l’inspiration. »

 

Légende : L’entrée de la Black Creek Community Farm 

En ce qui concerne l’idée selon laquelle les gens qui nous entourent font ce que nous sommes, Hannah Conovers-Arthurs déclare : « lorsque l’on cultive la terre, on passe par toutes sortes de moments difficiles. Toutefois, lorsque l’on est bien entouré et que l’on voit ce que les autres font, on se sent soutenu. »

Elle estime que sa vie a été transformée en cultivant la terre, en commençant par son travail avec Fresh City Farms. Elle espère pouvoir un jour subvenir à ses besoins grâce à son activité agricole. 

Pour être honnête, cultiver la terre est difficile, mais les jardins collectifs « procurent aussi beaucoup de joie », dit Peachtree Boucaud. Les gens qui cultivent la terre représentent un véritable pilier pour l’agriculture à Toronto. Améliorer la sécurité alimentaire et le bien-être des gens, mettre sur pied des circuits alimentaires durables et créer un environnement sain sur le plan spirituel, mental et physique pour les résidents représente une lutte perpétuelle. Exiger que soient adoptées des stratégies durables pour le bien-être des gens fait partie du travail constant requis en matière d’autonomie, d’identité, d’héritage, de connaissance de soi, de caractère sacré de la vie, de lien avec la terre et de guérison suite à des traumatismes passés, actuels ou futurs; un travail qui permettra aussi de rompre avec des tendances néfastes à venir. 

Comme le répètent les résidents, cultiver la terre est un sujet multidimensionnel et intersectionnel. À cet égard, Hannah Conovers-Arthurs ajoute : « notre alimentation reflète notre façon de voir le monde ». La fierté, l’engagement social et les combats que suscite le fait de cultiver la terre en ont toujours valu la peine. Comme le dit un dicton souvent entonné fièrement en créole haïtien : « Nou pap kite peyi-a pou yo » (nous ne renoncerons pas à ce que nous sommes).

 

 

 

 

À propos d’Emilie Jabouin

Emilie Jabouin réalise un doctorat en communication et culture à l’Université Ryerson et à l’Université York. Sa thèse porte sur les organisatrices et journalistes Noires au Canada au début du 20e siècle. Grâce au conte et à la danse, Emilie aborde également l’histoire sociale et culturelle des diasporas africaines et leurs différentes formes d’expression. Retrouvez-la sur Twitter à @emilie_jabouin.

 


 

Cette contribution d’Emilie Jabouin s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ».

Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett. Ne manquez pas de suivre toutes les contributions publiées tout au long de l’année.

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