L’hiver et les oiseaux: apprendre à aimer les oiseaux cet hiver

08 février 2021

Jodi Lastman

Dans le magnifique documentaire d’Alan Zweig intitulé 15 Reasons to Live [15 raisons de vivre] (en anglais seulement), l’une des histoires parle d’un musicien de Toronto qui développe une véritable passion pour les oiseaux. Celui-ci passe du désintérêt total à une quasi obsession pour nos amis à plumes. Dans ce documentaire, Jack Breakfast explique ainsi son obsession pour les oiseaux :

« Si les oiseaux ne venaient qu’une fois par an, ce jour-là, tout le monde arrêterait ce qu’il est en train de faire pour s’en émerveiller. »

C’est vrai. En raison de leur omniprésence, nous ne prêtons guère attention aux oiseaux.

Pourtant, il s’avère que l’hiver est le moment idéal pour commencer à vous enticher de ces petites bêtes. Voici ce que Kazeem Kuteyi, l’organisateur principal de Flock Together Toronto, un groupe dédié à l’ornithologie en milieu urbain pour personnes de couleur, et Andrés Jiménez, le coordonnateur du programme Oiseaux Canada, vous conseillent pour commencer à observer les oiseaux pendant l’hiver, et ce, sans avoir à revêtir de pantalon beige en toile!

 

Ne laissez pas le terme « ornithologie » vous intimider

Le premier conseil d’Andrés est d’éviter les étiquettes. Lorsque l’on emploie le terme « ornithologue », on imagine souvent des seniors avec un pantalon beige en toile et des jumelles autour du cou. En toute franchise, cela ne fait qu’intimider encore plus les gens et les empêche d’explorer leur curiosité pour les oiseaux.

 

Crédit photo : Flock Together, Kazeem Kuteyi

 

Alors, passez outre le nom scientifique et considérez plutôt les oiseaux comme de fascinants êtres à plumes que vous pourrez découvrir au fil du temps.

Quant à Kazeem, ses conseils pour surmonter le caractère intimidant des activités ornithologiques sont très similaires. Avant la pandémie, Kazeem était DJ. Il faisait la promotion des événements musicaux auprès des jeunes de la vingtaine qui le considéraient comme un pro dans le milieu des discothèques de Toronto. Rien à voir, donc, avec la vie d’un ornithologue.

Lorsque la pandémie est survenue et que les discothèques ont fermé leurs portes, Kazeem a décidé d’explorer son intérêt pour les oiseaux. Il a ainsi décidé d’inviter son entourage à l’accompagner au parc High Park de Toronto pour y observer les oiseaux. Bien que ni lui ni son entourage n’aient le profil typique d’un ornithologue, ils ont décidé de franchir le pas :

« L’idée est de s’approprier des espaces dans lesquels beaucoup d’entre nous ne se sentent ni à l’aise ni à leur place, de par notre conditionnement », explique-t-il.

L’organisation Flock Together mise ainsi sur une approche résolument plus « libre » de l’ornithologie. Au départ, les membres du groupe ne connaissaient le nom d’aucun oiseau et disposaient, pour seul équipement, d’une seule paire de jumelles à 10 dollars qu’ils se passaient d’une personne à l’autre. Leur observation des oiseaux ne suivait aucun itinéraire prédéterminé. À la place, ils préféraient se laisser porter par leur curiosité. Sur les 15 personnes qui se sont réunies à High Park ce jour-là, la plupart se sont contentées d’utiliser leurs yeux et leurs oreilles pour se familiariser avec les oiseaux. Mais ce qui importait le plus encore à Kazeem et à son entourage était d’abandonner les idées préconçues sur ce qu’est un ornithologue et d’inventer leur propre manière d’observer les oiseaux.

Lors d’une entrevue récente, Kazeem a déclaré : « Nous avons parlé des oiseaux, mais aussi de musique, d’art et de la vie en général. C’est le même genre de conversations que n’importe qui pourrait avoir dans une discothèque bruyante ou pendant un souper. La seule différence est que vous vous trouvez dans ce cadre magnifique et paisible. Et c’est gratuit. »

Andrés partage lui aussi ce sentiment. Selon lui, lorsque l’on essaie d’observer les oiseaux pour la première fois, il est important de prêter davantage attention à son environnement et de se laisser guider par sa curiosité. Vous pouvez les photographier ou les dessiner, simplement écouter leurs chants, et décider d’attendre avant d’investir dans une paire de jumelles. Ce qu’il est important de se rappeler est qu’il n’est pas nécessaire d’être un expert et que l’on peut simplement être à l’écoute des oiseaux qui nous entourent. Si cela vous amène à vous intéresser davantage à l’ornithologie, alors qu’à cela ne tienne!

 

L’ornithologie en hiver : une véritable exposition itinérante

 

Andrés Jiménez, coordonnateur du programme d’Oiseaux Canada, me confie :

« Nous devrions arrêter d’appeler les gens qui vont passer l’hiver dans le sud des “snowbirds”. » Les vrais oiseaux des neiges sont les oiseaux de l’Arctique qui côtoient habituellement les ours polaires. Chaque année, ils migrent dans le sud du Canada pour y trouver un habitat plus tempéré et de la nourriture. »

Ainsi, chaque hiver, les Canadiens ont le privilège de pouvoir observer des oiseaux qui ne nous rendent visite que temporairement. Vous pouvez découvrir une merveilleuse exposition itinérante avec des oiseaux venant de la forêt boréale, comme des bruants des neiges, des sizerins flammés, des harfangs des neiges et des buses pattues, et ce, simplement en passant le pas de votre porte.

 

 

Crédit photo : Flock Together, Kazeem Keyeyi

 

« Je déteste vraiment l’hiver », dit Kazeem. En organisant des événements pour Flock Together, l’observation des oiseaux lui a ainsi donné une raison de sortir de chez lui. Malheureusement, les événements de Flock Together ont dû être interrompus à cause de la pandémie. Toutefois, le point de vue de Kazeem reste d’actualité. En effet, l’observation des oiseaux peut être une bonne manière de nous distraire pendant nos promenades hivernales tant redoutées.

Kazeem ajoute que l’observation des oiseaux en hiver offre une manière apaisante de profiter du calme que procure la neige. Cela vous permet de ralentir la cadence et d’être plus à l’écoute de votre environnement lorsque vous vous promenez en hiver.

Un autre avantage est qu’il est plus facile d’observer les oiseaux en hiver lorsque les arbres ont perdu leurs feuilles.

 

Créer des liens réciproques avec les oiseaux

 

Andrés encourage les ornithologues en herbe à créer des liens réciproques avec les oiseaux.

 

 

Installez une petite mangeoire à oiseaux à l’extérieur et utilisez-la en guise d’invitation à nouer une relation durable avec eux. L’observation des oiseaux peut aussi amener les nouveaux amateurs d’ornithologie à s’engager dans leur protection et leur bien-être. Lorsque les gens se découvrent un intérêt pour les oiseaux, ils sont beaucoup moins enclins à laisser leur chat en liberté. Ils sont aussi plus susceptibles de mettre des autocollants sur leurs fenêtres ou d’éteindre leurs lumières la nuit pour éviter les collisions. Vous pouvez aussi planter des plantes endémiques dans votre jardin pour fournir de la nourriture et un habitat à nos chers amis à plumes venant de l’Arctique pendant leur brève passage dans nos contrées.

Le Grand dénombrement des oiseaux, organisé par Oiseaux Canada et qui se déroulera du 12 au 14 février, est la manière idéale d’entrer en relation avec les oiseaux. Il vous suffit d’observer les oiseaux pendant au moins 15 minutes chaque jour pendant ces quatre jours. Vous saisissez ensuite ces données sur le site ebird.ca. Vous pouvez également reconnaître les oiseaux présents dans votre quartier en utilisant le Guide d’identification d’Oiseaux Canada. Quant à l’application Merlin Bird (en anglais), elle vous offre un guide pratique sur les oiseaux de votre région avec des photos, leurs chants et une description utile des espèces d’oiseaux susceptibles de se poser dans votre jardin. Ensuite, vous pouvez ajouter vos photos d’oiseaux sur une carte mise à jour en temps réel. À chaque fois que d’autres ornithologues amateurs dénombrent de nouveaux oiseaux près de chez eux, leurs photos se matérialisent sur la carte par des petits flashs d’appareil photo. Votre contribution à la science à l’échelle locale permet de soutenir la recherche ornithologique à l’échelle mondiale. Pas mal, n’est-ce pas?

 

Animations autour du thème des oiseaux

 

Les associations citoyennes œuvrant pour les parcs ont conçu des activités pour observer les oiseaux, à la fois ludiques, sûres et respectant les règles de distanciation physique, que vous pourrez facilement reproduire avec votre association. 

 

Crédit photo : JLS Photography, Male Redpoll

 

Cette année, par exemple, grâce à la Bourse TD Amis des parcsla Société artistique Still Moon Arts a invité les résidents de Vancouver à se reconnecter avec la nature et à créer une symphonie de chants d’oiseaux sur Internet. 

Ce concert innovant a permis aux résidents de rendre hommage aux oiseaux.

« L’observation et l’écoute des oiseaux sont des activités idéales, car elles peuvent se faire par soi-même, n’importe quand et n’importe où. Cela nous permet d’entrer en relation avec d’autres êtres vivants avec qui nous partageons l’habitat », explique Carmen Rosen, directrice artistique de Still Moon Arts.

Cette initiative collective visant à créer des liens avec les oiseaux a vu le jour après une discussion sur Internet animée par Sara Ross (RedSara), une éducatrice en environnement. Les participants ont appris à reconnaître les oiseaux que l’on peut apercevoir à l’aube, ainsi que le chant des oiseaux lorsque le soleil commence à se lever. 

 

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