Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
Pourquoi les événements dans les parcs sont-ils importants ? Comment les subventions s'intègrent-elles dans les objectifs plus larges des Ami·es des parcs pour susciter des changements dans les parcs urbains ?
Découvrez comment les initiatives d’intendance des grands parcs urbains du Canada contribuent à des écosystèmes plus sains, au bien-être des participant·es et à un soutien essentiel pour les services municipaux.
Dans le quartier Champlain Heights, à l’est de Vancouver, nous avons rencontré deux organisations qui mènent des efforts pour restaurer les forêts indigènes et tisser des liens au sein de leur quartier.
Une réflexion sur le rapport d'enquête BEING BLACK IN PUBLIC, qui explore comment les communautés noires vivent les parcs et les espaces publics, et ce qui nourrit la joie et le sentiment d’appartenance.
Explorez les principaux constats tirés de cinq années du Rapport sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière les tendances, les enjeux et les pratiques qui façonnent les espaces verts à travers le pays.
Créer des liens, soutenir, s'inspirer, dynamiser les parcs urbains – Abonnez-vous à notre infolettre et restez informé·e !
En faisant un don à Ami·es des parcs, vous contribuez à rendre les parcs plus vivants et accessibles à tout le monde.
Ami·es des parcs
21 juin, 2021 National - Canada
Troisième Rapport annuel mettant en lumière les tendances, enjeux et pratiques qui façonnent les parcs urbains du Canada.
Pour plus d’informations, contactez :jsammy@parkpeople.ca
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
___
Remarque : Cet article revient sur les émeutes et les agressions raciales de l’an dernier, notamment sur l’assassinat de George Floyd, le combat pour défendre les terres des Wet’sutwet’en et les agressions perpétrées contre les personnes d’origine asiatique.
L’an dernier a été marqué par une vague sans précédent de mouvements revendiquant plus de justice raciale, qui ont suscité l’espoir et la résilience en plein milieu d’une pandémie (une tâche d’une ampleur considérable). Partout au Canada et dans le reste du monde, les personnes Noires, Autochtones et de couleur ont réclamé davantage de justice sous toutes ses formes.
En s’opposant à la construction d’un oléoduc, les chefs héréditaires Wet’sutwet’en ont affirmé leurs droits sur leurs terres ancestrales* et mis en évidence les méthodes coloniales encore utilisées de nos jours. Quelques mois plus tard, l’assassinat de George Floyd a suscité une prise de conscience similaire* sur les conditions de vie des personnes Noires en Amérique et ailleurs. Ces mouvements nous ont contraints à avoir des conversations embarrassantes sur les conséquences persistantes du racisme et de la colonisation.
Il n’est donc pas surprenant que ces combats sociaux se soient manifestés dans l’espace public. Jusqu’à présent, les experts du secteur de l’urbanisme notamment vantaient les mérites de l’espace public comme étant un endroit « neutre »* face à la politique et à l’oppression. Ils partaient du principe que l’accès et la manière d’interagir avec son environnement étaient les mêmes pour tout le monde, quelle que soit son identité.
Or, les agressions raciales qu’ont subies Christian Cooper, un Afro-Américain observant les oiseaux à Central Park, et Justine Abigail Yu, une Philippine canadienne se reposant dans un parc public, ont remis en question cette « neutralité ». Depuis l’an dernier, le Chinese Canadian National Council* recueille les plaintes de personnes victimes de crimes haineux anti-asiatiques sur Internet. Sur les centaines d’incidents déclarés, plus de 50 % se sont produits dans des lieux publics.
Dans le cadre des initiatives solidaires prises en réaction à ces incidents, comme la fermeture de certaines rues et voies ferrées, ainsi que d’autres lieux publics, des intellectuels de renom, comme Jay Pitter, ont répondu directement à cette question* : « L’aménagement urbain a la capacité soit de perpétuer les inégalités dans les villes, soit de les résoudre », a-t-elle déclaré dans une entrevue télévisée.
Ces faits et ces chiffres ont confirmé ce que beaucoup de personnes Noires, Autochtones et de couleur savaient déjà sur cette prétendue neutralité : qu’elle ne reflète pas la réalité. En tout cas, pas pour celles et ceux dont l’expérience dans les lieux publics a été affectée par leur identité raciale, au même titre que les aménagements ou l’entretien de ces espaces. Le droit de se trouver dans ces lieux publics, en toute liberté, était tout aussi important pour elles pour s’y sentir bien. En définitive, on a fini par reconnaître que ce sont ces mêmes groupes de personnes qui devraient apporter les changements nécessaires.
Grâce à leurs recherches, leurs plaidoyers et leurs fonctions municipales, les personnes de couleur ont revendiqué le droit d’exister en tant que chefs de file dans le cercle rapproché des urbanistes. Tandis que les mouvements populaires nous ont contraints à porter un regard critique sur les diverses manières dont nous nous rendons complices du racisme, les personnes travaillant dans les parcs et les lieux publics ont été forcées de faire de même.
À cet égard, Jacqueline L. Scott a constaté l’énorme engouement suscité par son travail. Dans le cadre de son doctorat à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto, elle étudie l’expérience des personnes Noires dans la nature. Depuis le regain d’activité du mouvement Black Lives Matter, elle a été invitée à participer à un nombre sans précédent de webinaires et d’entretiens avec les médias pour parler de son travail.
Elle attribue cet intérêt accru au fait que les gens comprennent enfin que « la discrimination raciale qui s’opère dans les activités en plein air ou dans le secteur de l’environnement est le même que partout ailleurs ». Dans notre sondage pancanadien d’avril 2021, 77 % des personnes interrogées étaient d’avis que l’expérience de certaines personnes dans les parcs était différente en fonction de leur identité. Créer des points de convergence entre l’écologie et la justice sociale permet aussi d’établir un dialogue avec des groupes souvent racialisés.
Jacqueline L. Scott constate que les services des parcs et loisirs avec lesquels elle a travaillé se caractérisent par les mêmes structures hiérarchiques. Le « mur blanc » que représente le personnel constitue un véritable obstacle pour les services qui auraient la capacité interne de faire changer les choses. Pour illustrer cela, le Diversity Institute a enregistré qu’en 2019, seulement 2,2 % des postes de haute direction du secteur public dans la région du Grand Montréal étaient occupés par des personnes racialisées.
Minaz Asani-Kanji, directrice de diffusion d’Ami·es des parcs, a également remarqué ce phénomène. « On voit rarement des personnes Noires ou de couleur occuper ces postes. Que ce soient les superviseurs des parcs ou même les personnes embauchées pour l’été. »
Pour y répondre, certaines municipalités ont engagé des spécialistes afin d’offrir de nouvelles perspectives et de mettre en œuvre des initiatives favorisant l’équité. À Thunder Bay*, le responsable de l’inclusion et des relations avec les Autochtones et l’agent de liaison Autochtone ont entamé des discussions sur la manière de décoloniser l’espace public et de permettre aux Autochtones de se le réapproprier. Des projets tels que le Northwood Splash Pad ont ainsi pu bénéficier de cet engagement ciblé. Quant à Edmonton, l’initiative Indigenous Framework* est née d’un partenariat avec des groupes Autochtones et d’un engagement à éliminer les barrières à l’emploi auxquelles ils sont confrontés.
Bien que ces étapes soient importantes, d’après Minaz Asani-Kanji, elles ne suffiront peut-être pas à inciter ces personnes à postuler si elles ne sont pas conscientes des possibilités d’emploi qui s’offrent à elles dans les parcs ou espaces verts urbains. Jacqueline L. Scott appelle cela des « barrières à l’information » ou des « infos exclusives ». Non seulement certains groupes Autochtones sont moins susceptibles de s’imaginer travailler pour les services des parcs, mais il se peut aussi qu’ils ne disposent pas des relations ni des renseignements nécessaires pour être sélectionnés pour ces postes. C’est justement sur l’établissement de ces relations que porte le travail de Minaz Asani-Kanji au sein d’Ami·es des parcs. En ciblant spécifiquement les groupes défavorisés par le biais du programme « Susciter le changement » mis en place par l’organisation, elle les aide à donner vie à leur projet dans les parcs en leur fournissant les outils nécessaires pour traiter avec les services des parcs de la Ville.
Pour renforcer les capacités et développer des relations, il est nécessaire avant tout de creuser la question au cœur de ces problématiques : celle des rapports de force inégaux.
Lourdenie Jean, fondatrice de « L’environnement, c’est intersectionnel », s’est donné pour objectif de s’attaquer à ce problème. Dans son travail, elle adopte une approche intersectionnelle afin d’identifier les groupes marginalisés et les manières dont ils subissent cette discrimination.
« Ces rapports de force existent partout, même dans les parcs et les espaces verts. Le racisme, le sexisme et le capitalisme sont toujours présents. » Et ceci touche les quartiers, les organisations communautaires et les municipalités à tous les niveaux. Ces sujets délicats peuvent susciter une certaine crainte, mais il est nécessaire de les aborder en faisant preuve de courage. Car c’est à partir de ces conversations que naissent les idées audacieuses*.
C’est le cas de l’urbaniste Lena Philips* qui propose des idées aux organisations locales prêtes à allouer leurs ressources plus délibérément. D’après elle, il faudrait commencer par rémunérer le travail fourni par les personnes qui s’investissent. Afin d’améliorer le soutien qu’elles offrent à leur public, ces organisations devraient également revoir les critères qu’elles utilisent pour évaluer les demandes de financement et de programmes en tenant compte de la riche expertise des personnes Noires, Autochtones et de couleur.
Ces groupes de personnes se sont également organisés pour renforcer leurs propres capacités en dehors des institutions officielles. Ceci a pris plusieurs formes, mais en général ils se sont efforcés de développer les compétences en leadership de leurs membres.
À Halifax, l’entreprise sociale Hope Blooms* propose aux jeunes des programmes diversifiés axés sur l’agriculture, afin de répondre aux problèmes d’insécurité alimentaire, ainsi que des programmes de leadership.
L’Ethọ́s Lab* s’adresse directement aux jeunes Noirs de Vancouver en leur offrant des possibilités de mentorat afin qu’ils puissent concevoir et créer des espaces dans lesquels ils et elles se sentent en sécurité. À travers ces deux initiatives, les leaders en herbe apprennent à reconnaître et à combattre les structures hiérarchiques qui marginalisent leur communauté. Pour conclure, Lourdenie Jean rappelle que le partage du pouvoir devrait être la préoccupation de tous, car selon elle, « l’intégration des personnes marginalisées profite à tout le monde ».
Tandis que les manifestations et les barricades baissent en intensité, les personnes qui ne sont pas directement touchées par ces questions peuvent être tentées de penser que le travail est terminé. À ce propos, sur les 32 services des parcs interrogés pour le rapport de cette année, seuls cinq (17 %) ont déclaré que la lutte contre les inégalités systémiques et la discrimination dans les parcs constituait un défi pour eux, contre huit (27 %) qui ont déclaré qu’il s’agissait d’un défi mineur.
C’est là que la responsabilité des décideurs politiques et des organisations comme Ami·es des parcs doit entrer en jeu. En juin 2020, nous avons publié une déclaration* dans laquelle nous nous engageons à adopter des processus internes pour lutter contre le racisme sous toutes ses formes. Depuis lors, notre organisation a progressé dans cette démarche et documenté ses progrès ici.
Grâce aux coalitions officielles et non officielles formées avec des acteurs du changement, les personnes Noires, Autochtones et de couleur n’ont jamais autant fait entendre leur voix. À ce propos, Jacqueline L. Scott a brillamment résumé ce sentiment : « Voici ce que je pense de ces organisations : vous avez une opportunité à saisir maintenant. À moins que vous espériez que tout cela disparaisse? Mais pour ma part, je ne crois pas que nous allons disparaître. »
Découvrez de quelles façons les initiatives menées par les organisations communautaires dans des parcs de Montréal peuvent contribuer à l’inclusion sociale.
Le Parc Marcelin-Wilson à Montréal présente une plaza temporaire conçue pour les jeunes, basée sur des observations directes et l'engagement des jeunes.
Waterfront Toronto établit de nouvelles normes d'inclusivité avec ses directives d’accessibilité pour les espaces du lac Ontario.