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Aperçu

Le facteur bien-être

Ami·es des parcs

10 septembre, 2020
National - Canada

Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada

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Rapport annuel mettant en lumière les tendances, enjeux et pratiques qui façonnent les parcs urbains du Canada.

Pour plus d’informations, contactez :
jsammy@parkpeople.ca

Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant pandémie

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Se promener au parc est quelque chose que nous sommes nombreux à faire intuitivement lorsque nous ressentons de l’anxiété. Et qui ne ressent pas d’anxiété en cette ère de la COVID-19? Les médecins ont même commencé à prescrire la nature à l’instar d’un remède. Mais les parcs ont-ils tous les mêmes bienfaits pour notre bien-être psychologique?

Dans les années 1990, des études pionnières ont montré que l’exposition à la nature, même quand il ne s’agit que de jeter un regard par la fenêtre, pouvait réduire le stress, améliorer la concentration et nous aider à guérir plus vite. Ces travaux de recherche ne faisaient toutefois pas la distinction entre les espaces sauvages et les pelouses semées d’arbres.

Des études plus récentes ont approfondi le sujet en explorant la réponse des gens à différents environnements naturels. Elles se sont intéressées au temps passé dans des zones biodiversifiées (plus longue était la période passée dans la nature, plus l’effet positif était important) et aux types de végétation présente (les fleurs aux couleurs vives étaient stimulantes, les plantes vertes, apaisantes). Les chercheurs ont aussi voulu savoir si la présence de mobilier comme des bancs de parc réduisait les bienfaits des aires naturelles. (Cette hypothèse a été infirmée.)

Dans l’ensemble, les gens ont fait état d’un sentiment de bien-être accru dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus biodiversifiées, une conclusion qui a des implications importantes pour la planification de la biodiversité urbaine et les mesures d’engagement prises.

L’accès à la nature et à la biodiversité est devenu encore plus essentiel pour notre santé mentale avec la COVID-19. La pandémie a augmenté le stress et démantelé les réseaux de soutien personnels de bien des gens, et la moitié des Canadiens ont signalé que leur santé mentale s’était appauvrie. Dans ce contexte, l’Association canadienne pour la santé mentale a mis en garde contre une potentielle « pandémie subséquente » de troubles mentaux.

Pendant le confinement, les gens n’avaient d’autres choix que d’essayer de concilier les mesures prescrites par le gouvernement et leur désir de prendre l’air pour se vider l’esprit. Selon un sondage mondial mené auprès de 2 000 personnes, la santé mentale et la santé physique étaient des moteurs importants de l’utilisation de l’espace public durant la pandémie. Le même sondage a révélé que les gens trouvaient refuge dans des endroits près de la maison, ce qui souligne la nécessité pressante de s’assurer que les aires naturelles sont distribuées de façon équitable à travers nos villes.

Une nouvelle frontière

Des gens marchant dans une forêt par une journée ensoleillée
Une promenade dans les bois. Crédit: Ami·es des parcs

Quand on parle des bienfaits de la biodiversité, on décrit souvent les effets environnementaux et les services écosystémiques. Ces notions englobent tout ce que font les aires naturelles pour aider à purifier l’air, à fournir des aliments, à prévenir les inondations, à contrôler les températures extrêmes, etc. Il est très important de voir la nature comme une infrastructure verte, mais ce discours fait abstraction du rôle que jouent ces espaces en tant qu’infrastructures psychologiques.

« Le recoupement entre la richesse de la vie sur terre et le bien-être humain est maintenant bien établi dans la science, et il s’impose rapidement comme un impératif dans les pratiques de conception et de planification », explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée et directrice de l’Ecological Design Lab à l’Université Ryerson. Elle a d’ailleurs désigné ce domaine de « nouvelle frontière ».

« Nos parcs et nos espaces verts publics n’ont jamais été aussi importants pour les citadins, surtout sur le plan de la santé mentale et des effets bénéfiques de la nature urbaine sur le bien-être, insiste-t-elle. Des chants d’oiseaux à la lumière du soleil en passant par les fleurs sauvages et les promenades à l’ombre des arbres, nous savons maintenant que la capacité d’accéder au plein air de façon sécuritaire est une nécessité, et une prescription vitale pour le bien-être.

« Plus vite nous reconnaîtrons que notre présence dans la nature est une source de réconfort psychologique, plus nous serons à même de protéger la nature pour notre propre bien-être », ajoute-t-elle.

Don Carruthers Den Hoed, un chercheur à l’Université Mount Royal qui gère également le Canadian Parks Collective for Innovation and Leadership, a mené ses propres études sur les liens entre la biodiversité et le bien-être. Il maintient que parler du bien-être peut être un moyen de faire participer un plus grand nombre de personnes aux conversations sur les parcs et la biodiversité. Il souligne d’ailleurs que l’indice canadien du bien-être peut inspirer des discussions sur les multiples bienfaits des parcs.

Selon M. Carruthers Den Hoed, il est facile de comprendre comment les parcs contribuent aux aspects de l’indice comme les loisirs et l’environnement. Mais qu’en est-il de l’engagement démocratique et de la vitalité communautaire? Le chercheur indique que les villes devraient s’appuyer sur l’indice pour faire valoir que si les programmes de bénévolat contribuent au travail de restauration naturelle, ils renforcent aussi la vitalité et le bien-être des communautés.

Éducation, restauration et bien-être : trois avantages à retirer de la nature

Clôture en bois entourée de végétation avec un panneau représentant un oiseau qui chante
Une zone réservée aux oiseaux. Crédit: Ami·es des parcs

Les effets de la biodiversité sur le bien-être dépendent souvent autant de la perception des gens que du niveau de biodiversité réelle d’une aire naturelle. Par exemple, dans une étude menée en 2012, les sondés ont signalé des niveaux de bien-être plus élevés dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus naturelles, même si leur perception ne cadrait pas avec les niveaux réels de biodiversité.

Les chercheurs ont souligné que ces résultats mettent en lumière une occasion à saisir. Combler l’écart entre la perception et la réalité par de l’éducation naturelle et des initiatives d’intendance pourrait donner lieu à des « scénarios dont tout le monde ressort gagnant » et qui « maximisent aussi bien la conservation de la biodiversité que le bien-être humain. »

Autrement dit, plus nous améliorons la biodiversité de notre ville et fournissons aux résidents des moyens de s’occuper des espaces naturels urbains, plus les gens pourront les apprécier et mieux ils se sentiront en conséquence.

Robin Wall Kimmerer a décrit cette relation réciproque entre l’intendance de la terre et le bien-être humain dans son livre Braiding Sweetgrass, qui allie savoir autochtone et science de la nature.

« Restaurer le territoire sans restaurer les liens est un exercice vide de sens, écrit-elle. Ce sont les liens qui perdureront et qui assureront le maintien du territoire restauré. Il est donc tout aussi essentiel de rétablir les liens entre les gens et le paysage que de rétablir des systèmes hydrologiques appropriés et d’éliminer les contaminants. Ces liens sont des remèdes pour la terre. »

Une occasion ratée ?

Des gens dans un canot sur une rivière
Des canoës sur la rivière Humber à Toronto. Crédit: Ami·es des parcs

Nina-Marie Lister considère que le Canada passe à côté d’une occasion en or en ne tirant pas profit des effets positifs de la biodiversité sur la santé et le bien-être. « Pour un pays qui jouit d’une aussi grande biodiversité, nous accusons un retard pour ce qui est des stratégies de protection qui peuvent améliorer le bien-être humain. Je pense qu’il est urgemment nécessaire de rapprocher la biodiversité et la santé dans nos politiques publiques. »

Selon Don Carruthers Den Hoed, bien que les gestionnaires de parcs parlent souvent des bienfaits spirituels de la nature, « ceux-ci ne sont jamais mentionnés dans les plans d’aménagement. C’est parmi les aspects très importants qui attirent les gens vers la nature et pourtant, c’est quelque chose qu’on a tendance à écarter du revers de la main. »

Dans notre examen des stratégies de biodiversité des villes canadiennes, nous avons constaté que même si celles-ci mentionnent les bienfaits de la biodiversité sur le bien-être humain, c’est souvent en termes très généraux plutôt que sous forme de politiques ou de mesures recommandées.

Cela ne veut toutefois pas dire que les liens entre la biodiversité et la santé publique sont absents des réflexions menées par les villes

Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages à la Ville de Calgary, reconnaît le lien entre la santé mentale et la biodiversité. Elle affirme d’ailleurs que dans son travail de cartographie des réseaux écologiques, la Ville « vise à trouver des moyens d’élargir l’accès aux parcs pour les Calgariens de manière à inclure des expériences nature plus facilement accessibles ».

Les effets positifs d’une expérience de la biodiversité et de la nature sur le bien-être soulèvent des questions importantes sur l’accès équitable aux aires naturelles qui abritent une riche biodiversité, surtout à la lumière de l’augmentation des troubles de santé mentale due à la COVID-19.

Personne avec son vélo assise sous un arbre
S’allonger sous un arbre. Crédit: Les Ami·es des parcs

Comme l’a conclu la chercheuse en santé Nadha Hassen, les iniquités raciales et socioéconomiques dans l’accès à des espaces verts de qualité peuvent être un facteur déterminant des problèmes de santé mentale. « Dans les milieux urbains, les quartiers à faible revenu et ceux qui accueillent de nouveaux arrivants ou des populations racialisées ont tendance à offrir un accès limité à des espaces verts de qualité comparés aux quartiers où le revenu moyen est plus élevé ou ceux dont la majorité des résidents sont blancs », écrit-elle.

Assurer l’équité « représente un travail énorme », souligne M. Carruthers Den Hoed. En effet, l’équité est un aspect important qui est absent de nombreuses stratégies sur la biodiversité. M. Carruthers Den Hoed maintient d’ailleurs que l’équité ne se résume pas à l’accès (les gens peuvent-ils profiter d’espaces naturels à proximité?) et qu’elle est aussi liée à l’inclusion (dans quelle mesure les gens contribuent-ils à façonner ces espaces naturels?).

« Comment l’équité s’inscrit-elle dans les réflexions menant à la prise de décisions, celles sur l’emploi et les avantages économiques de tout ce qui se passe dans un parc, demande M. Carruthers Den Hoed. Je pense que c’est dans ce domaine que se fera le travail le plus intéressant. »

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