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Aperçu

Relier les points

Ami·es des parcs

23 juillet, 2020
National - Canada

Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada

Rapport annuel mettant en lumière les tendances, enjeux et pratiques qui façonnent les parcs urbains du Canada.

Pour plus d’informations, contactez :
jsammy@parkpeople.ca

Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Si les projets de biodiversité à petite échelle sont essentiels, il n’en demeure pas moins que la taille a de l’importance quand il est question de nature : les vastes espaces peuvent accueillir une plus grande diversité de plantes qui, à leur tour, peuvent soutenir une plus grande diversité et un plus grand nombre d’espèces. Les vastes espaces naturels fournissent aussi des services écologiques critiques en purifiant l’air, en contribuant à la gestion des eaux pluviales et en réduisant la chaleur urbaine, des enjeux qui gagnent d’ailleurs en importance à mesure que les changements climatiques accroissent le stress environnemental.

Les villes utilisent différents outils stratégiques et de planification pour protéger les écosystèmes urbains sensibles ou les liens d’habitats importants. Leur désignation en tant que zones écologiquement vulnérables est parmi ces outils. Par exemple, Toronto a désigné 68 nouvelles ZEV, Montréal a mis en place un programme de gestion des écosystèmes pour ses grands parcs et Fredericton a lancé deux nouveaux plans de gestion des grands parcs.

Toutefois, si 52 % des villes ont des plans environnementaux comprenant des objectifs en matière de biodiversité, seulement 19 % ont indiqué avoir des stratégies de biodiversité municipales. Une planification municipale plus englobante qui tient compte des espèces clés, comprend des plans d’éducation et d’intendance et identifie les corridors d’habitats est donc nécessaire.

Créer des liens à toutes les échelles

Promenade en bois dans une forêt
La promenade Bose Forest à Surrey. Crédit: Pamela Zevit

Les parcelles d’habitats, aussi grandes soient-elles, ne suffiront pas si elles sont isolées.

Qu’il s’agisse d’un paysage urbain ou d’une aire naturelle intacte, vous devez relier les réseaux pour favoriser des écosystèmes qui fonctionnent efficacement, explique Pamela Zevit, planificatrice de la conservation de la biodiversité de Surrey.

La connectivité garantit que la faune n’est pas confinée dans ce que Mme Zevit appelle des « îlots d’habitat ». Ceux-ci se dégradent facilement à cause de la pollution, de la maladie ou de perturbations, ne laissant aux animaux aucun endroit où aller.

C’est pourquoi Surrey a investi autant d’énergie dans la planification de son réseau d’infrastructures vertes : une série de corridors d’habitats éparpillés dans toute la ville et qui relient de plus grands centres d’habitats. Si la planification à l’échelle municipale est importante, il faut aussi établir des liens au sein de réseaux régionaux. Après tout, les animaux ne s’arrêtent pas aux frontières des villes. Surrey s’est donc assurée que son réseau est relié aux systèmes naturels des villes avoisinantes.

« Surrey désire fortement devenir un chef de file, affirme Mme Zevit. Nous avons déployé ces efforts très tôt pour relier beaucoup de points, et nous pourrons participer aux futurs projets qui seront mis sur pied à l’échelle régionale, quels qu’ils soient. »

À l’intérieur de ses propres frontières, la Ville travaille également à l’approbation de ses premières lignes directrices en matière de conception axée sur la biodiversité. Ces lignes directrices couvriront non seulement les aires naturelles, mais aussi les lieux qui constituent, dans les mots de Mme Zevit, la « matrice urbaine ». Il s’agit de tous ces lieux à l’extérieur des parcs et des aires naturelles qui ont une incidence sur la biodiversité.

« Elles [les lignes directrices] constituent une approche exhaustive et depuis longtemps attendue qui relie tous les guides de conception et les documents de construction existants et tous ces outils dont nous disposons pour nous indiquer comment intégrer des objectifs en matière de biodiversité dans toutes les activités de la ville », explique Mme Zevit.

Calgary a elle aussi approuvé une stratégie de la biodiversité en 2015 et elle travaille fort à sa mise en œuvre afin de restaurer les espaces naturels et de garantir la connectivité.

Champ à l'aube avec la silhouette d’une ville en arrière-plan
Nose Hill Park à Calgary. Crédit: Chris Manderson

Depuis deux ans, la Ville a identifié et évalué les composantes de son réseau écologique afin de pouvoir déterminer quels projets de restauration et de mise en valeur sont prioritaires. Elle a même produit un guide sur la naturalisation des parcs existants.

Avant que ce travail d’évaluation soit entrepris, Calgary n’avait pas de « mécanisme pour l’établissement de priorités municipales en matière de conservation de la biodiversité ou de restauration des habitats », explique Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages. Les mesures prises répondaient plutôt à des besoins ponctuels. Elle ajoute qu’à Calgary, comme dans de nombreuses autres villes canadiennes, le développement urbain s’est opéré un quartier à la fois, et la planification urbaine s’est faite principalement à l’échelle locale plutôt que globalement, dans toute la ville ou dans toute la région.

« Bien que cette approche aide à garder publiques des parcelles de terres riches en biodiversité et très variées sur le plan des paysages, il nous manquait ce pilier écologique qui nous permet d’examiner comment le développement des quartiers contribue ou nuit à la connectivité à l’échelle de la ville ou de la région », déclare Mme Carney.

Pour effectuer son évaluation, la Ville a examiné la perméabilité des paysages pour les déplacements de la faune, la taille des zones d’habitat et les usages des terres adjacentes. Elle a aussi déterminé dans quelle mesure l’espace était essentiel au fonctionnement du réseau écologique dans son ensemble.

Même si on adopte une approche globale dans toute la ville, Mme Carney affirme que les parcs de petite taille jouent un rôle dans la connectivité au même titre que les espaces plus vastes. Les parcs de grande taille servent de « réservoirs de la biodiversité » tandis que les plus petits, qu’ils soient naturels ou entretenus, fournissent des habitats pour les petites espèces, servent de « relais » et permettent aux gens de côtoyer la nature au quotidien.

Pour ces espaces plus petits, les villes peuvent se tourner vers des politiques de développement afin de préserver et d’améliorer la connectivité. Par exemple, par ses politiques de zonage des corridors verts, le District de Langley soutient la biodiversité en s’assurant qu’il y a des corridors verts et des zones tampons dans chacune de ses communautés. Red Deer, quant à elle, dresse le profil écologique de chaque nouveau lotissement afin de garantir que ses caractéristiques naturelles sont protégées.

Restaurez les cours d’eau

Dessin numérique d'une ville avec des bâtiments, des espaces verts et des plans d'eau
Une embouchure naturalisée le long de la rivière Don. Crédit: Waterfront Toronto

Les secteurs riverains (les habitats le long des cours d’eau) sont des zones particulièrement riches pour la biodiversité, et ils constituent d’importants liens d’habitats. Ils jouent également un rôle essentiel dans l’atténuation des risques liés aux changements climatiques puisqu’ils assurent une protection contre les inondations et préviennent les dommages occasionnés par des événements météorologiques extrêmes.

Le projet du Nicomekl River Park restaurera et mettra en valeur des zones écologiques riveraines uniques en les transformant en parc linéaire de 3 km alliant nature, art, patrimoine, loisirs et espaces sociaux. La Ville a publié un plan patrimonial et une stratégie d’art public, auxquels s’ajoute un plan d’aménagement. Celui-ci souligne les occasions de reconnaître l’histoire et les pratiques autochtones ainsi que les plantes indigènes au moyen d’une programmation, d’affiches et de dénominations.

Sous l’égide de l’organisation Waterfront Toronto, la Ville de Toronto entreprend elle aussi un projet de restauration majeur impliquant la naturalisation de l’embouchure de la rivière Don, qui se jette dans le lac Ontario. Le projet, qui suppose aussi la création de parcs-rues axés sur la biodiversité dans les nouveaux quartiers de cette région, fournira une protection contre les inondations et restaurera des paysages perdus.

À plus petite échelle, Vancouver s’apprête à déterrer un ruisseau qui traverse les parcs Tatlow et Volunteer, restaurant ainsi un cours d’eau qui se jetait jadis dans la baie English. Comme beaucoup d’autres ruisseaux, celui visé par ce projet a été enterré au fil du développement de Vancouver, une pratique adoptée par de nombreuses villes dans le cadre de l’urbanisation.

Le projet donne suite aux priorités établies dans le nouveau plan directeur pour les parcs de Vancouver, VanPlay, qui visent à restaurer les espaces sauvages et à accroître la connectivité. En ramenant le ruisseau à la surface, on créera un nouvel habitat pour les espèces aquatiques, les oiseaux et les pollinisateurs. Le ruisseau contribuera aussi à la gestion des eaux pluviales et à l’amélioration de la qualité de l’eau.

Transformer les couloirs hydroélectrique en corridors de la biodiversité

Corridor d'espaces verts dans une grande ville
Meadoway Western Gateway à Toronto. Crédit: TRCA

Les étendues souvent vastes de pelouses tondues dans les couloirs hydroélectriques qui traversent les villes sur des kilomètres sont de plus en plus reconnues comme des zones potentielles d’habitats reliés.

Prenons l’exemple du Meadoway, un projet mené par l’Office de protection de la nature de Toronto en partenariat avec la Ville, Hydro One et la Fondation W.-Garfield-Weston, un bailleur de fonds philanthropique.

Enfant dans un champ de fleurs, avec des papillons et des câbles électriques au-dessus de la tête
Meadoway Childs Eye View à Toronto. Crédit: TRCA

Le plan, dont la mise en œuvre est déjà amorcée, vise à naturaliser un couloir hydroélectrique de 16 km qui traverse Scarborough, reliant deux grandes aires naturelles à chaque extrémité : le parc urbain national de la Rouge et le ravin de la vallée de Don. Lorsqu’il sera terminé, le Meadoway comportera des centaines d’acres de prés servant d’habitats ainsi que des zones de terres humides restaurées, un long sentier et des espaces pour les rassemblements sociaux. Une trousse de visualisation en ligne démontre le potentiel du projet, qui devrait être terminé d’ici 2024.

Montréal a elle aussi annoncé des plans pour un corridor de la biodiversité dans un couloir hydroélectrique de l’arrondissement Saint-Laurent. « Les changements climatiques nous obligent à agir vite en adoptant des solutions innovatrices », a expliqué le maire de l’arrondissement Alan DeSousa. Il a décrit le projet de « laboratoire » qui permettra aux autres d’apprendre. La construction du projet se fera sur 450 hectares de terrain et donnera lieu à des habitats naturels, à des sentiers et à des toits verts installés sur les immeubles avoisinants.

Corridor d'espaces verts dans une grande ville
Le Corridor pour la biodiversité du Saint-Laurent. Crédit: Table Architecture, LAND Italia, civiliti, Biodiversité Conseil

Voyez grand pour les grands parcs

Plan avec une zone de projet surlignée en vert
Blue Mountain Wilderness Connector. Crédit: Nova Scotia Land Trust

Voici ce que font d’autres villes canadiennes pour créer et mettre en valeur leurs vastes parcs nature et améliorer la connectivité des habitats :

  • En 2019, la mairesse de Montréal a annoncé une vision pour la création d’un vaste système d’espaces verts urbains appelé Grand parc de l’Ouest. Situé dans l’ouest de l’île de Montréal, le nouveau parc sera constitué de parcs existants reliés entre eux et de 1 600 hectares de nouveaux espaces verts, pour une superficie totale de 3 000 hectares.
  • Halifax travaille avec le Nova Scotia Nature Trust pour préserver une zone sauvage de 230 hectares à 20 minutes du centre-ville baptisée le Blue Mountain Wilderness Connector. La directrice générale du Nova Scotia Nature Trust Bonnie Sutherland a expliqué à la CBC que ce territoire est « parmi les dernières vastes zones sauvages intactes dans la grande région de Halifax ». La région abrite plusieurs espèces en péril et était appelée à accueillir un ensemble résidentiel.
  • En 2019, Kingston a approuvé un nouveau plan directeur pour le parc Belle, ouvrant la voie à un projet sur 15 ans visant la restauration du parc de 45 hectares, le plan grand parc urbain exploité par la ville. Le terrain était une décharge transformée en parcours de golf et inclut Belle Island, un lieu d’une très grande importance en tant que cimetière autochtone dont la propriété est partagée entre le Conseil des chefs de la nation Mohawk et la municipalité. Le nouveau plan appelle à la promouvoir la biodiversité via des projets de naturalisation et la création d’accès récréatif comme des sentiers de promenade.
  • Richmond Hill va de l’avant avec un grand projet de restauration d’un boisé dans le parc de l’observatoire David Dunlap, qui fait 40 hectares. Ce projet est décrit dans le plan directeur du parc qui a été approuvé en 2016 et qui identifie aussi des terres humides et des corridors d’habitats sauvages. Des efforts de promotion ont permis de conserver ces terres pour la création d’un parc plutôt que pour le développement.
  • En 2020, Toronto a approuvé un plan de mise en œuvre pour sa Ravine Strategy qui cible ce réseau de zones écologiquement riches qui sillonnent la ville. Le plan prévoit la création d’une unité spéciale des ravins qui surveillera le travail, ainsi que des fonds supplémentaires pour la conservation, les mesures de nettoyage et l’intendance communautaire.
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