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Ami·es des parcs
27 juin, 2022 National - Canada
Rapport annuel mettant en lumière les tendances, enjeux et pratiques qui façonnent les parcs urbains du Canada.
Pour plus d’informations, contactez :jsammy@parkpeople.ca
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Points clés :
Comme nous l’avons écrit dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2021, beaucoup de gens ont transféré à l’extérieur, notamment dans les parcs, des activités qu’ils faisaient généralement « à l’intérieur » en raison de la fermeture des espaces intérieurs, comme les restaurants, les bibliothèques et les salles de sport, pendant la pandémie. Manger, aller aux toilettes et rencontrer des amis ne sont que quelques exemples des besoins quotidiens fondamentaux que les gens ont de plus en plus cherché à combler dans les parcs durant la pandémie.
Ces changements d’habitudes ont entraîné un changement de perception sur la raison d’être des parcs. Comme le dit Sara Udow, urbaniste et directrice de la société de mobilisation citoyenne PROCESS : « les gens utilisent les parcs pour combler leurs besoins fondamentaux, et pas seulement pour les loisirs. » D’après notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes canadiennes, 93 % d’entre elles ont convenu que permettre aux gens de répondre à leurs besoins élémentaires est un avantage important des parcs.
Pourtant, des idées étroites sur « les manières acceptables » d’utiliser les parcs, émanant de la stigmatisation et des inégalités basées notamment sur la race, la classe sociale et les capacités individuelles, empêchent certaines personnes de profiter des avantages des parcs pour répondre à leurs besoins quotidiens. Souvent, les personnes qui dépendent le plus des parcs – comme celles confrontées à la précarité du logement et à d’autres formes de marginalisation – sont celles dont on néglige, voire ignore, le plus les besoins.Par exemple, alors que beaucoup utilisent les parcs comme lieux de repos et de détente, les personnes sans logement, quant à elles, font souvent face à la répression et aux ordres d’évacuation quand elles souhaitent profiter de ce repos pendant la nuit. Et malgré l’intérêt grandissant d’intégrer une optique de santé publique dans la planification des parcs, des caractéristiques de conception hostiles, comme l’utilisation d’éclairages bleus dans les toilettes, qui vont à l’encontre des conseils de santé publique*, contribuent à exclure des parcs les personnes qui consomment des substances.
Cependant, les Villes et leurs populations commencent à reconnaître et à corriger ces inégalités par le biais de programmes qui priorisent le bien-être des personnes les plus souvent exclues. En remettant en question les doctrines en matière de prestation de services, d’application des règlements et de conception environnementale, ces initiatives montrent la voie à suivre pour créer des parcs prenant soin de toutes et tous.
Bien que répondre aux besoins élémentaires des gens en mettant à leur disposition des équipements, comme des toilettes, soit incontournable, l’unique focalisation sur les besoins peut parfois masquer ce que les personnes marginalisées peuvent offrir à la société, explique Azkaa Rahman, analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.
« On passe à côté de beaucoup de choses quand on se concentre uniquement sur l’analyse et la gestion des besoins au lieu de tenir compte des talents, des qualités, des ressources et des forces que les gens peuvent offrir, partager et échanger ».
Azkaa Rahman, Analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.
Azkaa travaille pour RECOVER Urban Wellbeing*, une initiative lancée par la Ville pour favoriser le bien-être de la population, en particulier des personnes sans logement ou marginalisées à Edmonton. Le travail de RECOVER s’appuie sur une recherche socio-ethnographique menée auprès de 59 résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue, qui a permis de déterminer les éléments qu’ils considèrent comme étant essentiels à leur bien-être.
Cette recherche* a révélé que les besoins sociaux et psychologiques des participants (respect, famille, liens sociaux, et raison d’être) contribuaient davantage à leur idée de bien-être que leurs besoins matériels. Par conséquent, le groupe de travail sur le bien-être a donc porté son attention sur les relations : que ce soit d’établir de bonnes relations avec autrui, la terre, soi-même, la culture, le projet humain ou le sacré.
Chaque année, RECOVER lance et évalue une série de « prototypes sociaux » pour tester différentes approches visant à améliorer le bien-être des gens. Beaucoup de ces tests se déroulent dans des parcs et espaces en plein air.
Les projets de 2021 comprennent The Gallery*, un projet d’art public qui a mis en lumière le travail d’artistes Autochtones ayant été un temps sans logement, et dont l’objectif explicite est de créer des liens entre les chefs d’entreprise et les résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue. Un autre exemple est Soloss*, un prototype qui a mobilisé les résidentes et résidents et les a formés comme « personnel accompagnant » pour aider leurs concitoyens à surmonter un deuil. Pour établir la description de ce rôle, l’équipe du projet a organisé des événements éphémères* au Churchill Square et au Camp Pekiwewin*, un campement Autochtone, afin de recueillir l’avis du public. Grâce au programme qui en a découlé, les accompagnants ont aidé leurs pairs à gérer leur deuil par le biais de l’art, de la musique, d’exercices de respiration, de la danse ou des contes, et ont ainsi comblé une lacune* créée par le fait que « les services professionnels ne peuvent se substituer au soutien et à la solidarité humaine. »
À travers le Canada, 48 % des Villes ont déclaré avoir lancé au moins un programme visant à fournir des services sociaux dans les parcs. De nouveaux programmes ont vu le jour dans les parcs pour répondre aux besoins fondamentaux, comme la sécurité alimentaire, les soins de santé et le matériel de survie, tout en mettant les gens au premier plan :
À Edmonton, la nouvelle City Farm* qui a vu le jour en 2020, est un jardin potager de 5 hectares géré par la Ville qui distribue ses récoltes à des groupes associatifs.
Face aux préoccupations croissantes concernant le rôle de la police et l’application des règlements dans les parcs, les modèles basés sur la solidarité peuvent offrir une autre forme de sécurité de proximité.
À Vancouver, le Sweetgrass Clan* dirige une patrouille de sécurité assurée par des personnes Autochtones dans le quartier Downtown Eastside. S’inspirant de la patrouille Bear Clan* de Winnipeg, le groupe entend assurer une présence positive dans les lieux publics du quartier, en proposant des mesures pour désamorcer et résoudre les conflits en se basant sur les enseignements traditionnels Autochtones.
Selon Robbie Epp, le fondateur du groupe, ce modèle présente une alternative aux mesures de maintien de l’ordre en « éliminant de la situation la violence et le stress que beaucoup de gens ressentent dans la rue ».
« Un élément important dans nos enseignements est que la meilleure façon de prendre soin de nos enfants est de faire preuve de patience et de respect, d’avoir recours au dialogue et de montrer l’exemple », explique-t-il. « Je savais donc qu’une autre approche était possible. »
Outre ses interventions en cas de crise, le Sweetgrass Clan organise des activités pour réunir les gens du quartier, comme un barbecue dans le parc Strathcona organisé en partenariat avec le groupe East Van Skate Crows*. Robbie Epp explique que ce type d’événements peut contribuer à une plus grande prise de conscience et compréhension au sein de la population. Et d’ajouter que « le plus difficile [dans son travail] est de communiquer avec les résidents » pour les aider à comprendre la réalité des Autochtones qui vivent dans la rue.
Dans le même temps, les espaces verts peuvent constituer des lieux de guérison pour les personnes vulnérables, explique-t-il. « C’est lorsque l’on se rassemble dans un parc que les gens se sentent le plus à l’aise », dit-il. « Ils s’assoient simplement dans l’herbe, pieds nus et remuant les orteils et ont l’air détendu… et c’est de ça dont nous avons besoin. »
D’autres Villes commencent également à tester des patrouilles civiles dans l’espace public. À Montréal, un projet pilote lancé dans l’arrondissement Ville-Marie a recruté une équipe mobile de huit intervenants psychosociaux pour mettre en œuvre des activités de médiation et pour désamorcer et résoudre des conflits dans les lieux publics.
Selon Alexandra Flynn, professeure à UBC, il est important, lors de la mise en œuvre de ce type de programmes, d’informer le public, y compris les personnes des campements, du rôle précis de ces intervenants. Dans un rapport sur les campements à Toronto publié récemment*, elle a constaté que, sur le site web de la Ville, les ambassadeurs des parcs sont décrits comme étant « des messagers ou des représentants autorisés… de bonne volonté ». Dans les faits, ce personnel est formé pour travailler en étroite collaboration avec les autorités policières pour surveiller et signaler les problèmes liés aux campements. « Si c’est le rôle de ces effectifs, alors les municipalités doivent expliquer cet objectif plus clairement », déclare-t-elle.
Dans le cadre d’un projet de recherche récent entrepris par les Amis des parcs en partenariat avec des étudiantes et étudiants de School of Cities de l’Université de Toronto, nous avons constaté que concevoir des parcs favorisant le bien-être et l’inclusion des personnes sans logement nécessite de « désapprendre » les méthodes de conception traditionnelles.
Par exemple, des personnes qui ont été un temps sans logement nous ont dit que l’idée des « Yeux sur la rue », rendue célèbre par l’urbaniste Jane Jacobs, est problématique pour les personnes dont la vie privée est à la vue de tous dans les parcs. Également connue sous le nom de « surveillance naturelle », la création d’un champ de vision clair visant à minimiser l’intimité dans les parcs est souvent considérée comme un modèle à suivre dans le domaine de l’urbanisme, et ce, dans une optique de Prévention du crime par l’aménagement du milieu (PCAM) – une stratégie que 76 % des Villes interrogées ont déclaré utiliser.
Mais pour les personnes qui n’ont pas accès à un espace privé comme un logement, avoir une protection visuelle, notamment avec des buissons ou des arbustes, est essentiel. « Être constamment à la vue du public… est tellement humiliant, de même qu’être constamment ignoré, mais aussi constamment surveillé », dit Diana Chan McNally, coordonnatrice de la formation et de la mobilisation au Toronto Drop-In Network.
Pour Daniela Mergarten, une activiste ayant une expérience vécue, les gens ont besoin d’intimité afin d’avoir « une certaine autonomie ». Les experts en justice raciale remettent également en question les stratégies de conception favorisant la surveillance. Comme l’a écrit Amina Yasin*, la PCAM « a criminalisé dans le passé les personnes Noires, Autochtones et pauvres dans l’espace public ».
Au lieu d’avoir recours à des méthodes de conception basées sur la méfiance et qui encouragent la surveillance entre voisins ou tentent de contrôler les comportements, les personnes que nous avons interrogées nous ont dit que la conception des parcs devrait plutôt être axée sur la confiance, la solidarité et la dignité.
Cela inclut notamment d’adopter une approche de réduction des risques pour favoriser le bien-être des personnes qui consomment des substances. Hannah Leyland, une architecte travaillant à Vancouver et spécialisée dans la conception d’espaces dédiés à la consommation de drogues*, a déclaré que des aménagements spécifiques, comme des conteneurs pour objets tranchants et des toilettes publiques plus sûres*, peuvent non seulement sauver des vies, mais aussi contribuer à déstigmatiser la dépendance. La présence de ces éléments dans les parcs « véhicule le message selon lequel le quartier se préoccupe des personnes qui consomment des substances », explique Hannah Leyland.
Ces aménagements permettent également aux gens de passer du temps dans les parcs, seuls ou à plusieurs. Les personnes sans logement nous ont dit que l’absence d’aménagements, comme des bancs confortables, des kiosques de jardin couverts et des aires de pique-nique, entravait leur capacité à satisfaire leurs besoins fondamentaux, comme se reposer et socialiser dignement. La chercheuse Cara Chellew, spécialiste de l’espace public, qualifie cette absence d’« aménagements fantômes ». Selon elle, ces éléments sont intentionnellement laissés de côté dans la conception des parcs, en raison de leur capacité à susciter des « comportements indésirables », comme de « flâner sur la voie publique ».Comme l’écrivent les auteurs de Care and the City*, « se préoccuper profondément des autres … [est] une compétence que l’on acquière peut-être le mieux dans les lieux publics et accessibles qui nous donnent la possibilité de recevoir, d’offrir et de partager de l’empathie ». En adoptant ces éléments de manière plus intentionnelle dans les parcs et les programmes, il est possible de concrétiser le potentiel des parcs en tant que lieux de solidarité pour toutes et tous.
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