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« Je pense que la partie que je préfère est le sentier Scarborough Centre Butterfly qui a été créé en premier », déclare Katie Turnbull, à propos du projet pilote qui a lancé la création du parc Meadoway à Toronto.

« Cette partie a été créée en 2013. Il y a des fleurs et des herbes sauvages, des jardins collectifs ainsi que des parterres d’arbustes, et les parties gazonnées sont toutes bien tondues. Pour moi, il s’agit d’un endroit où j’aime me promener avec ma famille et mes amis. Mais j’aime aussi leur faire découvrir les parties qui n’ont pas encore été restaurées et leur montrer la différence entre les pelouses bien tondues et ce que nous pourrions avoir à la place. »

En tant que cheffe de projet principale à l’Office de protection de la nature de la région de Toronto (TRCA)*, Katie Turnbull travaille sur le projet Meadoway* depuis sa création. D’un sentier pour les papillons, elle l’a vu se métamorphoser en un projet visant à transformer le corridor hydroélectrique de la Gatineau de 16 kilomètres en un parc linéaire constitué d’espaces verts et de prairies, ainsi que d’une piste pour la marche et le cyclisme. Ce parc traversera Scarborough, dans la banlieue Est de Toronto, et reliera le centre-ville de Toronto avec le parc urbain national de la Rouge, à l’extrémité Est de la ville.

Les corridors hydroélectriques sont omniprésents dans les villes. Le projet Meadoway permet de repenser leur utilisation en les transformant en lieux de loisirs et de connectivité, en habitats pour la faune et la migration des animaux, et en lieux uniques mêlant paysages dessinés par l’Homme et paysages naturels.

« Il s’agit d’un projet visant à se réapproprier un espace industriel », explique Corey Wells, également chef de projet principal au TRCA. « Nous avons totalement transformé cet endroit que la plupart des gens voyaient comme un lieu peu propice au vélo ou à la détente. » Corey Wells souligne qu’il existe plus de 500 kilomètres de corridors hydroélectriques à Toronto, et le projet de Scarborough peut servir de modèle pour créer de nouveaux parcs et de nouveaux espaces pour la faune.

La géographie

Le parc Meadoway dispose de grands panoramas. Certains points culminants offrent une vue panoramique dégagée du centre-ville, et ce, sur plusieurs kilomètres et sans aucun arbre ni immeuble. Toronto est connue pour ses ravins – véritables crevasses naturelles qui serpentent du point septentrional de la ville jusqu’au lac – qui sillonnent généralement le paysage du nord au sud, sans connexions latérales. À l’image de ces espaces verts, les corridors hydroélectriques traversant Toronto représentent des ravins façonnés par l’Homme, ainsi que des chemins de traverse reliant un système de ravins et à un autre sur les plateaux. Comme le dit Corey Wells : « Il s’agit de l’épine dorsale de Scarborough. »

Le corridor de la Gatineau émerge de la vallée de la rivière Don au niveau de la rue Bermondsey qui sera la « porte d’entrée Ouest » du parc Meadoway et sera raccordé au sentier de l’East Don qui mènera directement au centre-ville de Toronto. À partir de là, le corridor se dirige vers l’Est, reliant sur son chemin vers le parc urbain national de la Rouge sept rivières, 15 parcs, 13 quartiers et une future aire de plus de 200 hectares de prairies cultivées. Bien que le parc Meadoway ne soit pas encore terminé, il est désormais possible d’en parcourir une grande partie à pied ou à vélo afin de découvrir les différentes étapes de ce projet qui s’échelonnera sur sept ans. La piste entraîne les voyageurs sur une série de longues pentes douces qui montent et descendent vers les bassins versants. Une promenade à vélo sur ce sentier qui serpente entre les pylônes hydroélectriques et devant des dizaines de panneaux interdisant le fauchage, et qui abrite ce que Katie Turnbull appelle un « habitat central » devient une véritable expérience de contemplation. Néanmoins, le projet Meadoway ne se contente pas de laisser pousser l’herbe.

D’une pelouse à une prairie

Avant la création du Meadoway, le corridor de la Gatineau était généralement tondu six fois par an.

« Ce que nous devons faire est un travail assez en profondeur , nous voyons ce projet comme un processus sur trois à cinq ans. La première année, nous avons recours à des pratiques agricoles et utilisons effectivement des machines agricoles pour retirer le gazon. »

Katie Turnbull

Après avoir retiré le gazon existant grâce au fauchage ou au labourage du sol, on plante des semences d’avoine. Le but est de faire émerger les autres graines qui se trouvent dans le sol afin qu’elles puissent pousser à la place du gazon. L’avoine permet aussi aux espèces envahissantes, telles que le dompte-venin de Russie et le chardon des champs, de pousser, tout en limitant leur croissance et en facilitant leur élimination. Ces herbes seront alors fauchées, et on répétera ce processus quatre fois durant l’été jusqu’à ce que toutes les plantes envahissantes non désirées soient supprimées.

À l’automne, on sèmera des graines afin de déclencher le processus de stratification naturelle. Ceci consiste à exposer les graines à un temps froid et humide, pendant lequel le gel et le dégel feront sortir les graines de leur dormance en fissurant leur enveloppe pour leur permettre d’absorber l’humidité.

Ce processus permet aux graines de germer au printemps. « Nous utilisons divers mélanges de graines adaptés à l’humidité des sols et à l’endroit où nous les semons sur les 16 kilomètres de sentier », explique Katie Turnbull.

« Toutes les semences utilisées proviennent de pépinières locales qui nous fournissent des espèces indigènes originaires du sud de l’Ontario. Nous essayons de choisir des semences qui permettent d’augmenter la diversité des espèces végétales, améliorent la santé de l’écosystème, offrent diverses périodes de floraison du printemps à l’automne, constituent des plantes hôtes pour les pollinisateurs et les oiseaux, possèdent de longues racines pour permettre de stabiliser les sols, sont résistantes à la sécheresse et fournissent des sources de nourriture aux oiseaux en hiver. »

Des dizaines d’espèces différentes sont plantées, en fonction de l’habitat en question : prairie à papillons, prairie humide, herbes sèches, talus de hautes terres, etc. Les semences les plus utilisées sont : le barbon de Gérard, l’aster de Nouvelle-Angleterre, la monarde fistuleuse, l’œnothère, le panic érigé, la rudbeckie, le silphe perfolié, la verveine hastée, l’asclépiade commune, et bien d’autres encore.

Le TRCA passe alors à la phase de gestion adaptative et de suivi. Il surveille l’apparition d’autres espèces envahissantes, contrôle l’évolution de la prairie et effectue des semis intercalaires si nécessaire. En parallèle, la Ville de Toronto tond une zone gazonnée de 3,25 mètres le long du sentier, ainsi qu’une bande tampon de 5 mètres le long des maisons qui donnent sur le parc Meadoway. Un entretien permanent est nécessaire, car, comme l’explique Katie Turnbull, toutes les prairies ont tendance à se transformer en friche arbustive, puis en forêt.

Remise à l’état sauvage – un nouvel habitat avec de nombreux avantages

« Ce que me disent souvent les résidents lorsque je parle avec eux sur le sentier, c’est qu’ils peuvent entendre les pollinisateurs », confie Katie Turnbull. « Un grand nombre d’entre eux avaient rarement vu ce genre d’insectes ou entendu le chant des oiseaux auparavant, et tout d’un coup, ils les entendent grâce au nouvel habitat créé par cette prairie. »

C’est ce que Katie Turnbull appelle « l’optimisation des services écologiques » qui apparaît lorsque l’on accroît la biodiversité et la résilience des écosystèmes dans le corridor électrique. Grâce aux plantes de prairie plus hautes, les oiseaux, les papillons ainsi que les autres pollinisateurs y trouvent désormais refuge. Pour les espèces passant l’hiver sur place, la prairie peut les aider à traverser la saison froide. Et pour les oiseaux et papillons migrateurs, elle constitue pour eux une zone d’alimentation et de repos sur leur passage. Quant aux chevreuils et autres animaux sauvages de grande taille, ils peuvent désormais se déplacer entre les différents ravins.

Et la couverture végétale plus importante permet aussi de filtrer l’air et donc d’atténuer la pollution. Grâce au développement du système racinaire des plantes indigènes, dont certains font plus de deux mètres de long, la terre peut également retenir davantage d’eau en ralentissant le ruissellement de l’eau et donc le risque d’inondation. La diminution de la tonte entraîne aussi une réduction des coûts d’entretien et des émissions polluantes. De plus, l’augmentation du nombre de prairies pourrait également avoir un effet rafraîchissant.

« Nous cherchons actuellement à déterminer la différence de température que génèrent une pelouse et une prairie, respectivement », explique Katie Turnbull. « Ce ne sont que des résultats préliminaires, mais il semblerait qu’il existe une différence de près de neuf degrés. »

« Pour moi, son plus grand potentiel réside dans sa connectivité », explique Nina-Marie Lister, professeure à l’école de planification urbaine et régionale de l’Université Ryerson et directrice de l’Ecological Design Lab, qui a organisé un atelier de conception pour le parc Meadoway.

« Il s’agit d’un espace qui relie différents quartiers, mais c’est aussi un espace comprenant plusieurs habitats et topographies. »

Selon Nina-Marie Lister, une prairie, contrairement à une forêt, offre un espace à ciel ouvert qui permet d’observer les oiseaux et de tirer parti de la lumière du soleil, que ce soit pour faire pousser des plantes destinées à la consommation humaine, grâce à l’agriculture urbaine, ou simplement pour se détendre. « Je dirais qu’il s’agit d’une expérience très différente de la nature », ajoute-t-elle. « D’une part, sur le plan physique, il y a l’idée de connectivité, et d’autre part, sur le plan visuel, il y a l’idée d’ouverture. Avec sa vue panoramique sur les plateaux, le parc Meadoway contraste avec les ravins qui dessinent des sortes de plis dans le paysage. »

Corridor industriel actif et partenariats

« La plupart des projets traditionnels visant à se réapproprier l’espace industriel dans le monde concernent des terrains autrefois exploités à des fins industrielles, mais dont l’activité a cessé, et qui ont été transformés en lieux publics, comme la High Line de New York », dit Corey Wells.

« Le parc Meadoway est unique en ce sens que l’espace est encore utilisé pour son objectif premier ». Corey Wells fait référence au « Programme provincial d’usage secondaire des terres » d’Hydro One, permettant que les corridors électriques soient utilisés à d’autres fins tant que leur fonction principale, celle d’acheminer l’électricité, continue d’être assurée. Il peut s’agir, par exemple, d’un stationnement construit par un promoteur près d’un lotissement existant, ou de terrains de sport aménagés par la Ville sous des pylônes électriques. Un porte-parole a fait savoir que, même si les corridors sont principalement destinés à acheminer l’électricité d’une manière sûre et fiable, Hydro One collabore volontiers avec les municipalités et les organisations locales pour trouver d’autres manières de les utiliser en toute sécurité.

« Je pense que Hydro One apprend, tout comme nous, à s’ouvrir à la possibilité d’utiliser ces espaces qui ne sont généralement pas des endroits où l’on aime passer du temps », déclare Corey Wells. Outre le fait d’éviter de planter des arbres là où ils pourraient entrer en contact avec les fils électriques, Corey Wells explique que l’emplacement des plantations et des sentiers est choisi pour faciliter l’entretien des installations électriques, et que l’aménagement d’une prairie représente le choix parfait pour favoriser l’ensemble de ces usages.

Cette phase d’apprentissage a également été vécue par un certain nombre d’agences et de groupes, dont le TRCA, Hydro One et les différents services de la Ville de Toronto, car chaque groupe, avec ses propres mandats et intérêts fondamentaux, a trouvé le moyen de travailler ensemble sur ce projet commun. 

Le Meadoway constitue également un exemple de partenariat public-privé, un concept plus courant dans les parcs des États-Unis qu’au Canada. Ce partenariat public-privé a été créé dans le cadre du Défi de la Fondation de la famille Weston, une initiative portant sur les parcs urbains, qui a permis de financer le projet pilote du sentier Scarborough Centre Butterfly. Le succès de ce premier projet de revitalisation a conduit la Fondation à s’engager à verser jusqu’à 25 millions de dollars afin de revitaliser l’ensemble des 200 hectares de parcs.

« Suite à la réaction enthousiaste du public après l’inauguration du sentier, nous avons pris conscience du potentiel d’expansion de ce projet pilote, le projet Meadoway a vraiment tout pour plaire : que ce soient ses avantages écologiques, les possibilités de recherche et d’éducation, sans oublier la promotion du transport actif. Il a la capacité d’avoir des effets salutaires importants sur le bien-être mental et physique des résidents de ce secteur. »

Emma Adamo, présidente de la Fondation de la famille Weston

Toutefois, ce projet présente une certaine complexité si l’on considère l’étendue des consultations publiques requises à l’heure actuelle.

Sensibilisation du public

« Nous avons mis en place un comité de liaison avec le public, qui comprend un certain nombre d’organisations locales, de résidents, d’ONG, d’initiatives telles que WalkTO* et BikeTO*, et de groupes spécialisés dans la réparation de vélos à Scarborough », explique Corey Wells. «

 Il regroupe des personnes partageant les mêmes valeurs et ayant différentes idées sur la façon dont d’utiliser cet espace. Nous avons fait appel à eux dans un premier temps comme base de réflexion. » 

Étant donné le fait que les résidents connaissent bien ces endroits et savent comment ils les utilisent, leur rétroaction a joué un rôle important dans la planification des sentiers et des points de raccordement. Les plans ont donc été adaptés en conséquence avant d’être présentés au grand public pendant des journées portes ouvertes et dans des centres d’information.

Par ailleurs, le TRCA a conçu une « boîte à outils de visualisation »* présentant des simulations dynamiques et attrayantes, des expériences de réalité virtuelle et même une carte de l’ensemble du corridor d’une longueur de 7 mètres, sur laquelle les gens ont pu apposer des autocollants et des notes personnelles pendant les réunions de consultation publique.

Le TRCA s’est également adressé spécifiquement aux nouveaux Canadiens résidant dans la ville cosmopolite de Scarborough pour qu’ils donnent leur avis sur le projet Meadoway. Les élèves des écoles à proximité du projet ont aussi reçu des graines afin de se familiariser avec les espèces végétales qui ont été plantées. Toutes ces activités de sensibilisation ont permis d’obtenir l’adhésion des résidents et de faire en sorte qu’ils soient parties prenantes du projet.

Après avoir étudié tous les commentaires reçus, les équipes de conception du projet Meadoway ont commencé à planifier les choses plus en détail : bancs, supports à vélos, poubelles, etc. Ces commentaires ont aussi servi à concevoir les intersections des sentiers, où le parc Meadoway traverse les sentiers nord-sud, les endroits pour s’asseoir ainsi que des aires de jeux, et pour aménager des jardins plus entretenus. Quant au système de signalisation, il est encore en cours de planification. Il comprendra des panneaux indiquant aux visiteurs où ils se trouvent et peuvent se rendre, mais aussi des panneaux les informant sur le patrimoine naturel et Autochtone du secteur, ainsi que sur la géomorphologie des cours d’eau traversés par le parc Meadoway.

Difficultés rencontrées lors de la conception

Créer un corridor naturel continu à travers une ville dense n’est pas une mince affaire. Nina-Marie Lister indique que plus de 30 points de passage routier dans le parc Meadoway présentent un certain nombre de difficultés, non seulement pour les humains mais aussi pour la faune sauvage. « Si nous donnons la priorité aux piétons et aux créatures particulièrement vulnérables à la circulation routière, nous devons alors ralentir la circulation », explique Nina-Marie Lister.

« Si nous percevons le parc Meadoway comme une priorité, nous devons réfléchir très sérieusement à la manière de créer un espace vert viable et doté d’un accès sécuritaire pour les humains et la faune sauvage, ainsi qu’aux investissements financiers requis, et ce, au même titre que les égouts et les chemins de fer. »

Bien que la construction de tunnels sous la route ne soit pas la solution privilégiée, construire des ponts s’avère coûteux. Selon Nina Marie Lister, l’intersection du parc Meadoway avec le boulevard Crockford dans le quartier Golden Mile illustre modestement mais clairement l’une des façons de ralentir la circulation routière. Au lieu d’un passage à niveau avec des feux de signalisation, la route est « rétrécie » et l’asphalte traditionnel est remplacé par des pavés ce qui incite les automobilistes à ralentir.

L’autoroute 401, avec ses larges voies expresses et collectrices, représente peut-être le plus grand défi à relever pour assurer la continuité du parc Meadoway. Celle-ci traverse le corridor électrique juste au nord du campus de l’Université de Toronto à Scarborough, là où le corridor prend fin au niveau du parc urbain national de la Rouge. Le TRCA étudie la possibilité de faire passer les usagers de transport actif par le campus, dans le cadre du projet d’améliorations majeures prévu dans le plan directeur de l’université pour ces sentiers. Ceci comprend le sentier en épingles à cheveux qui relie le fond du ravin au campus puis la route Conlins, où des pistes cyclables protégées ont été aménagées récemment pour permettre aux cyclistes de passer au-dessus de l’autoroute.

S’approprier le parc

Le TRCA a été contacté par un certain nombre de municipalités et d’organisations répertoriant ce genre de corridors dans leur juridiction et réfléchissant à la manière de les utiliser à d’autres fins et pour d’autres usages. Néanmoins, le TRCA espère que les gens s’approprieront le parc Meadoway et que celui-ci deviendra le moteur d’autres changements sur son parcours.

« D’ici 10 à 15 ans, j’aimerais voir apparaître un réseau de sentiers interconnectés et continus d’est en ouest, lorsque viendra le temps de planifier de nouveaux aménagements et d’améliorer les parcs, j’espère qu’on pensera à la manière de les relier au parc Meadoway. J’espère vraiment qu’il ressemblera aux branches d’un arbre pour l’ensemble de Scarborough. »

Corey Wells

Quant à Nina Marie Lister, elle le voit comme le « jardin pédagogique par excellence »; un jardin qui a le pouvoir d’inspirer non seulement d’autres Villes, mais aussi les résidents afin d’en faire de même dans leurs propriétés privées.

« Si la Ville et le TRCA peuvent le faire, nous pouvons tous le faire. » Pour elle, il s’agit d’une véritable pépinière, au sens littéral comme au sens figuré, pour la création de jardins naturalisés. Quant à Katie Turnbull, elle espère que le parc plaira aux gens. « J’espère qu’il s’agira d’un endroit où les résidents et le grand public viendront profiter de la nature et de la biodiversité », dit-elle. « J’espère que cela les aidera à voir qu’un autre type d’habitats est possible dans les villes. »

À propos de Shawn Micallef

Shawn Micallef est l’auteur de Stroll: Psychogeographic Walking Tours of Toronto* et Full Frontal TO* (nommé pour le Toronto Book Award en 2013), auteur d’une chronique hebdomadaire* pour le Toronto Star, et éditeur sénior et co-propriétaire du magazine inédpendant lauréat du Prix Jane Jacobs, Spacing*.Shawn enseigne à l’Université de Toronto et a été boursier en journalisme canadien de 2011-2012 au Massey College de l’Université de Toronto. En 2002, en tant que résident au sein du  Canadian Film Centre’s Media Lab, il a co-fondé le projet de documentaire filmé avec cellulaire qui s’est étendu à plus de deux douzaines de villes dans le monde. Le dernier ouvrage de Shawn s’intitule Frontier City: Toronto on the Verge of Greatness*.

La parcelle formée d’anciennes terres agricoles à côté du parc naturel de l’Anse-à-l’Orme, dans l’ouest de Montréal, est fascinante à bien des égards. D’une part, elle abrite 270 espèces végétales et animales vivant dans des habitats variés comme les zones humides, les bois et les prairies. Elle occupe une superficie de 365 hectares, ce qui en fait l’une des plus grandes étendues non développées, et jusqu’à récemment non protégées, d’espace naturel sur cette île qui compte plus de deux millions d’habitants. Mais ce qui est peut-être le plus surprenant, c’est que peu de gens semblent connaître son existence. 

« Lorsque nous avons frappé à leur porte, beaucoup de résidents nous ont répondu qu’ils ignoraient l’existence juste à côté de chez eux de cet immense espace formé d’anciennes terres agricoles en cours de régénération », explique Sue Stacho, cofondatrice de l’organisation Sauvons L’Anse-à-L’Orme. En 2015, lorsqu’un énorme projet de construction résidentielle appelé Cap Nature a été annoncé pour cette parcelle de terrain, elle a décidé de créer un groupe de défense. 

« Nous avons travaillé d’arrache-pied et avons fait beaucoup de sacrifices », dit-elle. « Nous avons dû expliquer sans relâche pourquoi des endroits comme celui-ci sont si importants. » Ils sont allés frapper aux portes et ont organisé des événements comme des promenades dans les bois pour la Fête des mères et des promenades nocturnes pour aller écouter les grenouilles : « toutes les manières possibles et imaginables de sensibiliser les gens sur cet endroit ».

Et cela a marché. En 2019, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé la création du Grand parc de l’Ouest, qui protégera la zone entourant l’Anse-à-l’Orme du développement immobilier. Mais ce n’est pas tout : cet espace vert représentera le plus grand parc municipal du Canada, avec une superficie de 3000 hectares. Il comprendra des terres agricoles en exploitation, l’Arboretum Morgan de l’Université McGill, des parcs naturels existants et des zones naturelles auparavant non protégées du développement immobilier.

Ce succès démontre à quel point l’activisme citoyen peut permettre d’accomplir des résultats tangibles. Cette initiative permettra aussi d’augmenter la quantité d’espaces verts à Montréal, qui ne compte que 24 mètres carrés de parc par personne, soit l’un des taux les plus bas parmi les villes canadiennes. Mais le Grand parc de l’Ouest représente aussi un projet d’une ampleur, d’une complexité et d’une ambition sans commune mesure. Non seulement il s’étend sur une superficie 15 fois plus grande que le parc du Mont-Royal, l’espace vert urbain le plus important et le plus emblématique de Montréal, mais il s’agit aussi d’un méli-mélo d’environnements différents traversés par des routes, des voies ferrées et des cours d’eau. De plus, il s’étend sur deux arrondissements de Montréal et trois villes indépendantes, et englobe cinq parcs naturels existants et des terrains appartenant à l’Université McGill.

Immense ampleur, immense potentiel

Le Grand parc de l’Ouest rappelle d’autres grands parcs en périphérie des grandes villes, comme le parc urbain national de la Rouge près de Toronto*, le parc provincial Fish Creek* à Calgary et le Blue Mountain Wilderness Connector* à Halifax. Comme eux, le Grand parc de l’Ouest a la double mission de protéger la biodiversité tout en permettant aux citadins d’être au contact de la nature. Toutefois, ces objectifs ne sont pas toujours faciles à concilier. En 2019, Parcs Canada a élaboré un plan de gestion détaillé pour le parc de la Rouge dans le but d’équilibrer les besoins en matière d’agriculture, de loisirs et de conservation. Le Nova Scotia Nature Trust, un organisme de bienfaisance gérant des terres dans toute la province, a adopté une approche similaire pour la gestion du parc Blue Mountain.

Pour le Grand parc de l’Ouest, le défi devient particulièrement évident lorsque l’on regarde son emplacement sur une carte. L’autoroute 40, l’une des routes les plus fréquentées du Canada, traverse le parc. En 2023, le Réseau express métropolitain (REM) ouvrira une station à l’Anse-à-l’Orme, avec des trains arrivant du centre-ville de Montréal toutes les 10 minutes. Bien que cet ajout facilitera grandement l’accès au parc, la fréquentation humaine risque aussi de nuire aux zones naturelles sensibles. Pour couronner le tout, le Grand parc de l’Ouest sera géré non pas par Parcs Canada ou une autorité provinciale, mais par la Ville de Montréal, qui possède une expérience plus limitée dans la gestion des espaces naturels.

Ces multiples éléments laissent envisager un potentiel extraordinaire pour ce parc, mais aussi une quantité d’obstacles à surmonter.

« Voilà longtemps que nous n’avions pas vu à Montréal cette volonté de prendre de grandes décisions », dit Jonathan Cha, architecte paysagiste, urbaniste et consultant en patrimoine. « La difficulté sera d’unifier l’ensemble de ces espaces naturels très différents. Ce projet demandera aussi beaucoup de temps et d’argent, et sera sur le très long terme. Toutefois, il s’agit d’un objectif ambitieux. L’île de Montréal n’ayant quasiment plus d’espaces disponibles, cette mesure permettra de préserver cet endroit dans l’intérêt et pour le bien-être de la population. »

Le fruit de l’activisme citoyen

Le fait que cet espace naturel soit resté intact dans l’une des villes les plus grandes et les plus densément peuplées du Canada est le résultat de 50 années de militantisme de la part des écologistes et des citoyens. Comme d’autres parties de Montréal, le tiers ouest de l’île, une bande de terre se détachant entre le lac Saint-Louis, le lac des Deux-Montagnes et la rivière des Prairies, était autrefois une luxuriante forêt de feuillus fréquentée par les peuples des nations Haudenosaunee qui habitaient la région. Après l’arrivée des Français au milieu du XVIIe siècle, l’administration coloniale a confié le contrôle des terres aux prêtres de l’ordre des Sulpiciens, qui les ont divisées en parcelles destinées à être exploitées par les colons.

À l’exception d’une poignée de villages et des premières banlieues ferroviaires, l’Ouest-de-l’Île est quasiment resté rural jusqu’après la Seconde Guerre mondiale.

« Même la délimitation des propriétés seigneuriales bordées d’arbres existait encore », se souvient l’historien George Vassiadis, qui a déménagé dans l’Ouest-de-l’Île en 1968 lorsqu’il était enfant. Mais, avec l’expansion démographique d’après-guerre dans les banlieues de Montréal, cette zone s’est rapidement transformée. « Les premières années où nous avons vécu dans notre nouveau duplex de la rue Spring Garden, nous faisions face à des champs qui venaient tout juste de cesser d’être cultivés », explique George Vassiadis dans la revue d’art Montréal Serai. « Au milieu des années 1970, les maisons ont remplacé les champs. »

Tandis que les maisons de plain-pied et les rues commerçantes grignotaient rapidement les terres agricoles, les promoteurs immobiliers commençaient à s’intéresser aux dernières parcelles de forêt du secteur. En 1977, la municipalité a décidé de raser le Bois-de-Saraguay, une zone forestière riche en biodiversité située à proximité d’un vieux village, et d’y construire des immeubles d’habitations, des maisons individuelles, deux centres commerciaux et une marina. Le combat des résidents contre ce projet a porté ses fruits et a conduit à la création du premier parc naturel de Montréal. En 1979, le gouvernement du Québec a donné au conseil régional, la Communauté urbaine de Montréal, l’autorisation de développer tout un réseau de parcs naturels, dont plusieurs qui feront désormais partie du Grand parc de l’Ouest : Rapides-du-Cheval-Blanc, Bois-de-l’Île-Bizard, Cap-Saint-Jacques et l’Anse-à-l’Orme.

La conservation est mise à l’honneur dans chacun de ces parcs, mais les résidents du Grand Montréal peuvent également les apprécier en tant qu’espaces de loisirs. Le Cap-Saint-Jacques, qui est le plus grand, attire des milliers de personnes chaque fin de semaine. La plupart arrivent en voiture, mais cela pourrait changer lorsque le REM offrira un accès rapide en transports en commun. En hiver, les visiteurs peuvent louer des vélos à pneus surdimensionnés ou des raquettes pour explorer les bois. Au printemps, ils peuvent déguster des oreilles de crisse (couennes de porc croustillantes) arrosées de sirop d’érable à la cabane à sucre du parc. Et en été, ils peuvent se prélasser sur une vaste plage de sable au bord du lac des Deux-Montagnes.

Bien que ces parcs naturels couvrent déjà une superficie importante, ils ont été morcelés par des propriétés privées longtemps convoitées par les promoteurs. Pendant des dizaines d’années, une grande partie de ces terres ont été protégées par un zonage agricole spécifique, mais lorsque ce zonage a été aboli en 1991, l’augmentation des impôts qui en a résulté a contraint de nombreux agriculteurs à cesser leurs activités. Au fil des ans, les terres désormais abandonnées ont progressivement retrouvé un état plus naturel. « Toutes sortes d’espèces sauvages sont revenues sur ces terres laissées en jachère dans l’attente d’un projet de développement », explique David Fletcher, cofondateur en 1988 de la Coalition verte, un organisme de surveillance environnementale de l’Ouest-de-l’Île. « Tous ces animaux emblématiques de l’est du Canada, comme le pékan et le cerf de Virginie, revenaient peu à peu à Montréal. »

Apportant son concours à la Coalition verte depuis le début des années 2000, Sue Stacho a découvert par hasard les terres agricoles abandonnées près de l’Anse-à-l’Orme alors qu’elle faisait du vélo.

« C’est un endroit incroyable. Naturel », dit-elle. « Il ne disposait d’aucun sentier ni de banc de parc comme on en voit partout. Il y a des piscines thermales au printemps. Il y a des zones humides. À chaque fois que j’y allais, en le découvrant d’une nouvelle manière, je trouvais quelque chose de nouveau à apprendre. Si vous connaissez bien les lieux, vous pouvez y passer toute la journée. »

Cependant, en 2015, une proposition de développement immobilier a été annoncée. Connu sous le nom de « Cap Nature » et présenté par son promoteur comme « un quartier respectueux de l’environnement », le projet aurait préservé 180 hectares d’anciennes terres agricoles, mais les 185 hectares restants auraient été remplacés par 5500 logements. Sue Stacho et d’autres membres de la Coalition verte ont décidé de s’opposer à ce projet. Ayant formé un groupe de pression appelé « Sauvons l’Anse-à-l’Orme », ils sont parvenus à rallier à leur cause une foule d’autres organisations écologiques, comme la Fondation Suzuki, SNAP Québec et Sierra Club Québec.

Le soutien de la population a aussi joué un rôle déterminant dans leur combat et a attiré l’attention de Projet Montréal, un parti politique municipal axé sur le développement durable. « À partir du moment où ils ont eu connaissance de cet endroit et où ils ont réalisé qu’un mouvement s’était créé en faveur de sa protection, ils ont toujours été à nos côtés », explique Sue Stacho. Lorsqu’à la surprise générale, Projet Montréal a remporté les élections municipales de 2017, c’est là que tout s’est mis en marche pour le Grand parc de l’Ouest.

Un nouveau parc, et ensuite?

L’annonce de la création du parc en septembre 2019 a été accueillie avec des menaces de poursuites judiciaires de la part des propriétaires fonciers, dont les promoteurs de Cap Nature. Toutefois, à la fin de 2019, la Ville est parvenue à négocier l’achat de la plupart des terrains privés en question. « Entre 40 et 45 hectares environ sont encore détenus par des propriétaires privés, mais il n’y a aucune chance qu’un projet viable ne voit le jour », explique David Fletcher. Il considère le parc comme une victoire. « Cela a été un travail de longue haleine. Trente années plutôt tumultueuses. Pendant tout ce temps, nous sommes restés sur le qui-vive en surveillant ces terres. »

David Fletcher attribue cette victoire à Sue Stacho, dont la capacité à sensibiliser le public sur l’importance des anciennes terres agricoles a ouvert la voie à la création du parc.

« C’est une femme très énergique, et son équipe a fait un travail remarquable pour mener à bien ce projet », dit-il. Alors qu’une page se tourne, un nouveau chapitre va s’ouvrir avec le processus de développement du Grand parc de l’Ouest.

Les consultations publiques ont débuté l’an dernier, la plupart des activités se déroulant en ligne en raison de la pandémie. La difficulté sera désormais de trouver un équilibre entre les différentes aspirations pour l’avenir du parc. Sue Stacho désire que l’accent soit mis sur la conservation. Cependant, des résidents de l’Ouest-de-l’Île souhaitent davantage d’activités de loisirs, certains ayant même évoqué, lors d’une récente table ronde en ligne, la possibilité d’aménager des pistes de motocross. Par ailleurs, cette zone est également utilisée pour la chasse au cerf et le piégeage des castors, des activités que la province a récemment refusé d’interdire malgré la pression exercée par la municipalité de Montréal. « Pendant que je me promenais, j’ai vu des traces de ces activités par terre, comme des cartouches de fusil de chasse et de carabine », dit David Fletcher. « Les pièges qu’ils utilisent sont des collets métalliques, une méthode vraiment cruelle. Absolument horrible. »

Jonathan Cha rappelle qu’en plus de ses espaces naturels, le Grand parc de l’Ouest se caractérise aussi par un important patrimoine bâti, comme des murs de pierre et des maisons de l’époque coloniale française. « Il faut avoir une connaissance précise du territoire pour formuler un plan adapté », dit-il. Il faudra aussi aborder la question des terres agricoles en activité, qui représentent une part importante du nouveau parc. « Qui va gérer ces terres? » demande Jonathan Cha. « Les propriétaires-exploitants agricoles? Les coopératives? La Ville va devoir créer un nouveau modèle de gestion pour un parc de ce genre. Elle devra faire appel à de nouvelles expertises en plus de celles auxquelles elle a déjà recours. »

Il s’agira d’un processus sur plusieurs générations, dit-il. « Les personnes qui participeront au projet devront être là sur le long terme. Il doit y avoir une continuité dans le processus. Ce projet présente de nombreux défis avec une large portée, et le territoire en question est tellement vaste et complexe qu’il faudra bien plus qu’une seule personne pour saisir toute l’ampleur du projet. »

Quant à Sue Stacho, ce qu’elle a appris lors de son combat pour sauver l’Anse-à-l’Orme, c’est que les parcs ont besoin des gens. C’est grâce à la mobilisation des résidents pour protéger ces terres du développement, et c’est grâce à l’action collective de nombreuses personnes que le Grand parc de l’Ouest a été créé. Aujourd’hui, ces mêmes personnes, et bien d’autres, joueront un rôle crucial pour façonner, pérenniser et entretenir le parc pour les décennies à venir.

 

À propos de Christopher Dewolf

Travaillant désormais à Montréal, le journaliste Christopher DeWolf s’intéresse particulièrement aux sujets des villes et de la culture. Lorsqu’il vivait à Hong Kong, il était rédacteur en chef de Zolima CityMag et a régulièrement écrit pour le South China Morning Post, Eater et d’autres publications. Son livre Borrowed Spaces: Life Between the Cracks of Modern Hong Kong, il aborde les divergences de points de vue entre les citoyens et les autorités en matière de vie urbaine. ransports publics et d’urbanisme. Anciennement commissaire pour les aménagements urbains de la ville de Vancouver, elle détient une maitrise d’études urbaines de l’Université Simon Fraser. Originaire de Vancouver, elle écrite sur les enjeux urbains pour The City Life*, reconnu comme l’un des meilleurs blogues urbains par The Guardian.

Comme les parcs sont utilisés par des gens différents qui ne partagent pas la même définition du sentiment de sécurité, c’est un sujet très compliqué. Ce qui contribue au sentiment de sécurité chez une personne peut avoir l’effet contraire sur une autre. Fondamentalement, la notion de sécurité est l’état d’esprit d’une personne qui vit dans un monde prévisible et ordonné sur lequel elle exerce un certain contrôle. Le besoin de sécurité de chaque individu vient après ses besoins physiologiques de base.

Comment créons-nous des environnements sûrs dans les parcs?

Nous nous sommes adressés à deux groupes communautaires voués à un parc qui ont été aux prises avec des problèmes de sécurité et qui travaillent fort pour rendre leur parc accueillant, inclusif et sûr. Voici ce que nous avons appris.

À l’écoute de la collectivité d’abord

Quand une agression sexuelle a eu lieu au Graham Park en septembre 2017, le voisinage du quartier St. Clair West de Toronto s’en est trouvé dévasté. Les gens ont déserté le parc et l’allée qui y conduisait.

Les problèmes de sécurité dans le parc ont pris de l’ampleur au fil des ans et l’agression sexuelle a poussé les membres de la collectivité autour de Graham Park à agir. Se sentant impuissants pour régler ce problème complexe, ils ont communiqué avec Metrac, un organisme à but non lucratif de Toronto offrant des services de sécurité novateurs aux collectivités, notamment des audits de sécurité. Selon sa description, Metrac a pour objectif d’« améliorer l’environnement pour qu’il soit plus sécuritaire, plus inclusif et moins menaçant ».

Quand Julian Back a communiqué avec Metrac, une formation d’une journée a été prévue, suivie d’un audit de sécurité auquel tous les membres de la collectivité et les utilisateurs du parc pouvaient participer. Des employés clés du gouvernement et du parc ont aussi été invités.

Le processus d’audit de sécurité de Metrac s’articule essentiellement autour d’une tournée complète du parc pour que chacun puisse réfléchir à ses expériences et à son sentiment de sécurité à des endroits précis du parc.

Metrac souligne que le « résultat de l’audit s’appuie sur les expériences vécues ».

Pour cela, Metrac encourage fortement les groupes à faire un effort supplémentaire pour s’assurer que des gens d’âges et d’horizons différents participent à l’audit. Plus facile à dire qu’à faire. Les groupes sont encouragés à déborder des principes généraux de mobilisation pour garantir la verbalisation et la prise en compte de divers points de vue. Une méthode efficace consiste à travailler avec les leaders communautaires en qui les gens ont confiance. Il suffit de les former et de leur communiquer les messages clés pour répondre aux préoccupations pour aider à obtenir une représentation diversifiée.

Même si votre ville ne compte pas un pendant de Metrac, il est essentiel d’organiser une discussion avec animateur sur les problèmes du parc. Un animateur expérimenté fera en sorte que les points de vue soient écoutés respectueusement et qu’un groupe ou une personne en particulier ne se sente pas visé par la discussion, même si des voix discordantes émergent.

Par exemple, les jeunes qui se réunissent aux tables à pique-nique peuvent, avec raison, ne pas se sentir les bienvenus quand les adultes leur lancent des regards accusateurs ou passent des commentaires désobligeants. À l’inverse, les adultes peuvent ne pas sentir en sécurité quand de grands groupes de jeunes se rassemblent dans le parc. Il faut diriger la discussion avec beaucoup de tact pour que chacun reconnaisse et admette les perceptions différentes et contradictoires de la sécurité, mais c’est faisable.

« L’audit de sécurité est une occasion pour la collectivité d’apprendre à mieux régler les conflits ensemble »

Linda Frempong, coordonnatrice des audits de sécurité pour Metrac.

Un autre groupe de Toronto voué à un parc, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette, s’est formé pour aider à améliorer les conditions du parc qui a été négligé pendant des années et était dans un état lamentable de délabrement (bancs, équipement de terrain de jeu et lampadaires cassés, arbres morts, etc.).
Masaryk Park est situé dans le quartier Parkdale à Toronto, où des gens aux prises avec des problèmes de dépendance côtoient la plus grande concentration de Tibétains hors d’Asie. C’est aussi un quartier qui s’embourgeoise rapidement.

Le groupe Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a pris des mesures concrètes pour recueillir les commentaires du plus grand nombre de personnes possible du quartier.

  • Très vite, Susan Armstrong, fondatrice du groupe, a appris deux leçons importantes :
    en abordant les problèmes du parc sous l’angle de la sécurité, le dossier progresse plus rapidement auprès de la municipalité;
  • les membres de la collectivité doivent participer au processus parce qu’ils sont les mieux placés pour parler de leur parc et qu’ils peuvent se sentir mis de côté par ceux qui tentent d’apporter leur aide.

Susan Armstrong a fondé ce nouveau groupe en lançant une pétition pour demander à la ville de remplacer une structure de jeu brisée. La pétition comprenait des photos de la structure en piteux état et a donné au groupe une raison de joindre la collectivité et de lui faire savoir qu’il travaillait activement pour interpeller l’administration municipale. Il a aussi annoncé qu’une réunion aurait lieu dans le parc après le dépôt de la pétition pour discuter des étapes suivantes.

« En fait, les résidents plus riches ont tendance à s’exprimer davantage et à laisser peu de place aux autres », explique Susan.
Le groupe a réglé ce problème en décentralisant la discussion, c’est-à-dire qu’il a permis aux gens de partager leur point de vue sur les changements qui pourraient être apportés dans les endroits du parc qu’ils fréquentent. Un petit groupe de bénévoles a rencontré les résidents un par un pour les informer des changements éventuels et pour recueillir leurs commentaires. C’est aussi une excellente façon pour les groupes voués aux parcs de rencontrer les voisins et de joindre des résidents qui autrement, ne se seraient peut-être pas manifestés. Des avis sur les changements ont également été affichés à la bibliothèque, au centre communautaire, à diverses réunions communautaires et, bien sûr, dans le parc.

De petits changements aux effets énormes

Le rapport de 40 pages de Metrac sur Graham Park formule de nombreuses recommandations pour améliorer l’éclairage et la visibilité, les caractéristiques du parc, la qualité de l’entretien, l’accès au parc et son embellissement afin de créer un espace attrayant et invitant. Le rapport a été communiqué au conseiller municipal et à la police.

Julian Back sait qu’il faudra du temps pour mettre en œuvre les changements et il est convaincu que les principaux changements structurels seront éventuellement apportés. Mais il s’est aussi rendu compte que les petites victoires contribuent à entretenir l’enthousiasme.

L’aménagement d’une entrée plus attrayante dans le parc était l’une des principales recommandations du rapport. Avant, une affiche forçait les gens à entrer dans le parc par un passage étroit grossièrement pavé et pas très rassurant. Maintenant que l’affiche a été déplacée et que le chemin a été repavé, l’entrée du parc s’en est trouvée agrandie. Comme il s’agit de la voie d’accès au parc, le changement a fait forte impression dans la collectivité.
Autre conclusion du rapport : la ruelle au fond du parc étant couverte de graffitis, la vue dans le parc était rebutante et sinistre.
Grâce aux fonds recueillis dans le cadre d’une campagne de financement participatif organisée par la collectivité et au soutien de la municipalité, Julian Back et Kim Lesperence ont retenu les services de Wall Expressions and Street Art Toronto et 40 murs et garages ont été recouverts d’œuvres d’art colorées en une seule fin de semaine. Ce blitz de peinture a permis de créer une éclatante « galerie d’art extérieure ».

Julian et Kim ont invité la collectivité à participer à une fête au parc Graham pendant que les artistes étaient à l’œuvre. La fête a été l’occasion de présenter les nouvelles murales qui ont ajouté l’éclat qui faisait cruellement défaut dans le parc.

Susan de Friends of Masaryk Park insiste sur l’importance des petits changements.

« Une fois que les résidents remarquent quelques améliorations, leur opinion sur le parc commence à changer. »

Une fois la pétition déposée, la structure de jeu du parc a été remplacée dans un délai de six mois. Ensuite, la ville a enlevé une clôture et une zone dense de buissons et baissé une colline pour améliorer le panorama et rendre le parc plus invitant et accessible à partir de la rue.

Au cours des deux prochaines années, les bancs cassés seront enlevés et remplacés, et enfin, un plus grand nombre de poubelles seront installées pour améliorer considérablement la propreté. De petits changements pour de grands résultats.

Susan a appris qu’il est important d’avoir un plan pour apporter des changements dans le parc, mais aussi qu’il faut être prêt à faire preuve de souplesse.

« Présentez toujours poliment vos demandes à la ville et insistez sur la sécurité », conseille-t-elle.
Naturellement, il reste encore beaucoup d’autres points à la liste des requêtes des Friends of Masaryk Park, mais c’est un processus à longue échéance qui comporte des avantages : les gens ont le sentiment que l’histoire du parc est respectée et constatent les effets des petits changements sur l’utilisation du parc.

De l’importance de l’animation du parc

Le sentiment de sécurité augmente quand plus de gens sont invités à venir au parc. En général, un endroit animé est un endroit sécuritaire. Ce qui renvoie au principe des « yeux sur la rue » de Jane Jacobs.

Friends of Masaryk Park collabore depuis longtemps avec les organismes locaux pour animer le parc. Greenest City, organisme à but non lucratif local, a aménagé le magnifique jardin communautaire HOPE dans le parc, et il s’est associé aux Friends of Masaryk Park pour organiser des fêtes, des projets artistiques et des repas-partage et fournir du soutien pour le marché Good Food estival et automnal.

De plus, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a collaboré avec la bibliothèque locale pour offrir des séances de lecture aux enfants, a obtenu des tambours du centre de santé communautaire pour donner des leçons de batterie offertes par la collectivité et a aidé l’organisme Greenest City à organiser un marché Good Food dans le parc.

Friends of Masaryk Park organise aussi ses propres activités, comme des repas familiaux à la pizza dans le parc, le défilé des citrouilles, la vente annuelle de livres à 50 cents pour enfants, des soirées cinéma et de combats d’eau.

Susan conseille d’être patient, de bonifier et de répéter les activités, car il faut littéralement des années avant qu’elles ne deviennent populaires.

Depuis les changements dans Graham Park, Julian a constaté que plus de jeunes vont au parc et plus de camps de jour d’été y organisent des activités. C’est le début d’un long parcours pour rétablir le sentiment de sécurité au sein de la collectivité, et les effets positifs se font déjà sentir.années suivantes. Qui plus est, tout le monde aura besoin de décompresser. Cela sera aussi une bonne occasion d’échanger ses impressions sur l’événement !

Quand j’étais enfant, j’ai grandi dans l’ouest de Vancouver, et la voie ferrée de l’Arbutus Corridor passait derrière les hautes haies de notre jardin. Ma sœur et moi jouions au bord des voies ferrées avec les enfants du quartier, laissant souvent sur les rails des pièces de monnaie que nous retrouvions, le lendemain, aplaties par les trains qui passaient.  

Les enfants ont la faculté de transformer n’importe quel espace, même une voie ferrée, en un espace de rencontre et de jeu. Près de 40 ans plus tard, de nombreuses villes dans le monde adoptent des idées originales pour convertir des terrains industriels sous-exploités en espaces publics. À cet égard, le chemin ferroviaire de l’Arbutus Corridor, que la ville de Vancouver a acheté en 2016, illustre bien l’approche innovante adoptée actuellement pour la conception des parcs. En effet, la municipalité s’efforce de transformer cette voie ferrée, qu’elle rebaptisera « Arbutus Greenway », en un réseau de sentiers et de parcs traversant l’ouest de Vancouver.  

« L’Arbutus Corridor a une longue histoire derrière lui et traverse des zones de la ville qui, dans l’esprit de la population, sont déjà aménagées. Le convertir en voie verte a été un acte de ténacité et de créativité. Nous avons dû collaborer avec les résidents pour changer leur perception, et imaginer un parc qui n’attendait que d’être révélé. »

Antonio Gómez-Palacio, associé chez DIALOG, le cabinet d’urbanisme dirigeant les phases de conception et de mobilisation citoyenne du projet.

L’histoire de la voie verte remonte à plus de 100 ans : depuis ses débuts en tant que chemin de fer pour les voyageurs et l’industrie locale, jusqu’aux négociations litigieuses entre la Ville de Vancouver et le Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) pour son acquisition. Aujourd’hui, il est devenu une voie de transport actif qui s’étend de la destination touristique de Granville Island jusqu’à la limite sud de Vancouver, surplombant le fleuve Fraser. À l’avenir, elle deviendra un chemin multimodal reliant une série de parcs et d’espaces publics. En attendant, les résidents ont trouvé des manières innovantes de rassembler les gens sur son parcours.

D’une voie ferrée à une voie verte

L’Arbutus Corridor, auparavant appelé le « Vancouver & Lulu Island Railway », a été construit en 1902 par le CFCP afin de relier Vancouver au village de Steveston à Richmond, réputé pour son industrie de la pêche et de la conserverie. En 1905, la société BC Electric a signé un bail auprès du CFCP, a électrifié la voie ferrée et a commencé à fournir un service ferroviaire pour voyageurs appelé « Interurban ». Le train partait de l’extrémité nord du pont Granville, traversait les quartiers ouest de Vancouver et terminait son parcours à Richmond. Les trains interurbains ont cessé de circuler en 1952, mais les trains de marchandises courts ont continué à emprunter l’Arbutus Corridor jusqu’en 2001 (l’un de ses derniers clients était la brasserie Molson). Après cela, les voies sont restées à l’abandon pendant 15 ans.  

Pendant tout ce temps, la municipalité a toujours eu le souhait de transformer la voie ferrée en une voie verte. En 2000, le Conseil a adopté un plan de développement officiel pour l’Arbutus Corridor, en proposant d’en faire une voie verte de transport à usage multiple. En 2014, la Ville de Vancouver a finalement entamé des négociations avec CFCP pour acheter le terrain qui traverse certaines propriétés comptant parmi les plus prisées d’Amérique du Nord. Toutefois, ils ne sont pas parvenus à s’entendre sur le prix. En conséquence, CFCP a menacé de faire circuler des trains sur la ligne et, pour préparer le terrain, la société a commencé à détruire les jardins communautaires installés le long des voies. Ces mesures ont accéléré les négociations et un accord a été trouvé en mars 2016, concluant la vente de l’Arbutus Corridor pour 55 millions de dollars. Le maire de l’époque, Gregor Robertson, avait déclaré que les quelque 17 hectares seraient utilisés comme voie verte, avec la possibilité d’ajouter ultérieurement un système léger sur rail pour voyageurs.

Embarquement immédiat

La Ville n’a pas attendu que le projet soit finalisé pour rendre la voie verte accessible au public. En l’espace d’un an, Vancouver a construit une piste asphaltée temporaire de 9,5 km le long de la voie ferrée, reliant six quartiers dans l’ouest de la ville.   La voie verte dans sa version provisoire est en place depuis plus de quatre ans et a été largement plébiscitée par les résidents qui l’empruntent régulièrement. Chaque jour, elle attire des milliers de personnes qui peuvent la parcourir en marchant, ou en faisant du vélo ou du patin entre False Creek et le fleuve Fraser. Selon une étude sur la santé* menée par INTERACT entre 2016 et 2019 sur la voie verte, sa fréquentation augmente de façon exponentielle chaque année. À cet égard, les résidents la considèrent comme une oasis de verdure au cœur de la ville, où ils peuvent se promener d’un bout à l’autre en toute sécurité et en toute tranquillité et créer des liens sociaux.

« Cela a pavé la voie pour faire de nouvelles rencontres et faire connaissance avec ses voisins. »

Participant à l’étude dans le quartier de Marpole.

« On a une impression d’espace et d’ouverture. J’ai l’impression d’être soudain en pleine nature au beau milieu d’une ville très animée, et tout est tellement paisible. »

Participant à l’étude, originaire de Kerrisdale.

En 2018, le conseil municipal de Vancouver a approuvé un projet d’amélioration du sentier afin que les résidents puissent bénéficier de plus d’endroits où se rassembler, se reposer et profiter du paysage environnant. C’est cette décision qui a donné le coup d’envoi pour amorcer la planification de l’Arbutus Greenway. Même si les plans ambitieux pour cette voie verte ne devraient pas se concrétiser avant 2034, de nombreuses organisations locales s’efforcent d’exploiter l’espace existant à travers divers projets pour révéler tout son potentiel.

L’Arbutus Greenway Neighbour Hub, surnommé la « bibliothèque d’objets » (“lending library of things”) a été créé par Neighbour Lab*, une coopérative spécialisée dans la conception et l’urbanisme, en collaboration avec Thingery*. Un coin salon et un tableau d’affichage ont été mis à la disposition des visiteurs pour diffuser des informations. L’installation phare était une manivelle que les passants pouvaient activer pour produire de l’énergie cinétique afin de recharger leur téléphone cellulaire.  

« Nous avons lancé le Neighbour Hub afin de créer un centre communautaire et un lieu de rassemblement près de l’Arbutus Greenway », explique Stephanie Koenig, développeuse de contenu pour Neighbour Lab. « Nous avons conçu et mis en œuvre le projet en collaboration avec une équipe d’intendance du quartier. Un jour, un voisin qui passait par là pendant l’installation nous a même proposés de construire gratuitement une bibliothèque sur le côté! »

Trouver des espaces publics dans une ville densément peuplée

La prochaine étape dans l’évolution de la voie verte consistera à la transformer de manière permanente, afin qu’il ne s’agisse pas seulement d’un sentier, mais aussi d’une destination multifonctions, tant pour les nombreux quartiers situés à ses abords, mais aussi pour tous les résidents de Vancouver.  

Selon la municipalité, « l’Arbutus Greenway fait désormais partie intégrante du paysage de la ville de Vancouver. La municipalité prévoit d’en faire une destination axée sur la nature et sur l’histoire des lieux qu’elle relie entre eux. »

Les voies vertes sont en général des parcs linéaires destinés aux piétons et aux cyclistes et relient des réserves naturelles, des lieux culturels, des sites historiques, des quartiers et des zones commerciales. Les voies vertes les plus populaires de Vancouver ont généralement été construites à cet effet et au bord de la mer, comme les digues de Stanley Park et de False Creek. L’Arbutus Greenway est la première voie verte reliant le nord et le sud de Vancouver qui traverse une zone déjà bâtie, en utilisant des terrains industriels réaffectés. Le projet de conversion de l’Arbutus Corridor s’inscrit dans une tendance croissante en matière d’urbanisme visant à transformer des infrastructures obsolètes en espace public. L’un des exemples les plus célèbres est la High Line de New York, un parc linéaire surélevé de 2,33 km de long créé sur un ancien embranchement du New York Central Railroad. Depuis son ouverture en juin 2009, la High Line est devenue une attraction touristique. En 2019, on a estimé qu’elle accueillait huit millions de visiteurs par an. Des projets tels que la High Line et l’Arbutus Greenway de Vancouver montrent qu’il est possible de créer de nouveaux espaces verts dans une ville densément peuplée. Lorsque les municipalités ne sont pas en mesure de convertir des stationnements en parcs, elles doivent alors faire preuve de créativité pour trouver d’autres parcelles de terrain sous-exploitées. Au Canada, le projet Meadoway à Scarborough*, près de Toronto, entend transformer un corridor hydroélectrique en un sentier de 16 kilomètres composé d’espaces verts urbains et de prairies. La Ville de Toronto a également lancé le projet Bentway* afin de transformer en parc linéaire un espace inutilisé sous l’autoroute Gardiner, près du lac Ontario. En 2020, la nécessité d’accroître le nombre de parcs dans les villes a atteint un point culminant. En raison de la pandémie de COVID-19 et des mesures de confinement qui ont forcé les résidents à rester chez eux, les villes ont dû répondre à une demande accrue en matière d’accès à la nature. Ceci a démontré clairement que les parcs ne sont pas seulement « souhaitables », mais qu’ils sont essentiels pour notre bien-être.  

Dans une enquête de juin 2020 menée par les Amis des parcs au Canada, 80 % des citoyens ont déclaré que les parcs étaient devenus plus importants pour leur santé mentale pendant la pandémie. Comme l’a écrit un participant : « Comme je vis seul, mes promenades et mes sorties à l’extérieur ont été les seuls moments où j’ai pu avoir un contact social pendant quatre mois. Sans accès aux parcs, aux ravins, aux sentiers et au bord de l’eau, j’aurais bien moins vécu les choses. »

Un chemin et une destination

En 2017, la ville de Vancouver a collaboré avec DIALOG, un cabinet d’urbanisme et de conception canadien, afin de lancer une vaste campagne de mobilisation citoyenne pour la future transformation de l’Arbutus Greenway Avant que la ville ne lance le processus officiel de mobilisation citoyenne, les résidents étaient déjà emballés et enthousiastes à propos de cette idée. Le personnel municipal a commencé par placer des panneaux le long de l’Arbutus Corridor pour encourager les résidents à participer à sa transformation, des résidents qui y ont répondu en grand nombre. Cette consultation a montré un désir fort de voir cette voie verte devenir une voie de transport sûre et accessible, permettant de créer des liens et d’être en contact avec la nature :

« Ce sentier devrait interdire la circulation aux voitures, permettre aux gens de le parcourir à leur rythme, de s’arrêter pour profiter de la nature et de faire une pause dans un des restaurants à proximité. Des parcs et des espaces ouverts pour se détendre. »

« J’aimerais que l’on réintroduise la faune locale avec, si possible, plus d’oiseaux, plus de pollinisateurs. Je veux avoir l’impression d’être dans la nature tout en étant au beau milieu de la ville. » 

« C’est pourquoi nous avons décidé de faire de la voie verte un lieu de vie et non un simple chemin multimodal », explique Antonio Gómez-Palacio. « Les résidents étaient déjà tellement investis dans le projet. Nous avons donc décidé de garder l’idée d’un parc et de lieux historiques durant la phase de conception. »

Pendant la phase de planification et de conception, l’équipe du projet Arbutus Greenway a eu 7 000 interactions avec le public lors de plus de 50 événements, dont un atelier de conception sur plusieurs jours, de nombreux ateliers avec les parties prenantes, des journées portes ouvertes et des sondages en ligne. Des organisations locales telles que le Vancouver Public Space Network ont aussi participé au processus de mobilisation citoyenne dès le début, afin de veiller à ce que la voie verte offre des espaces publics dynamiques et réponde aux besoins des piétons et des cyclistes.

« Nous avons défendu l’idée que le sentier soit d’abord destiné aux piétons, qu’il offre des pistes cyclables séparées pour tous les âges et tous les niveaux, qu’il établisse un tracé clair pour le futur tramway et, bien sûr, qu’il offre beaucoup de verdure. »

Naomi Wittes Reichstein, responsable du projet Arbutus Greenway pour le Vancouver Public Space Network.

Le tramway auquel Naomi Wittes Reichstein fait référence représente un élément important dans la conception de l’Arbutus Greenway : la future construction d’un Système léger sur rail (SLR). Bien que cela fasse toujours partie des plans généraux pour la voie verte, l’humain continuera de rester au cœur de ce projet.  

« Nous avons participé à de nombreux projets de ce type et c’est toujours le véhicule le plus gros qui gagne. Pour le projet de l’Arbutus Greenway, la logique a été inversée en créant un lieu de vie pour les résidents, et non un espace pour le tramway. Je n’ai jamais vu ça, ni avant ni depuis », déclare Antonio Gómez-Palacio. « Nous avons fait en sorte qu’aucun programme communautaire ne disparaisse lorsque le tramway sera construit. » 

Voici le résumé de la Ville de Vancouver sur le processus de consultation :  

« Le projet de l’Arbutus Greenway est né d’une mobilisation citoyenne importante. Il repose sur les aspirations des résidents pour la voie verte et sur le genre d’utilisations, d’activités et d’expériences qu’ils apprécient. De même, le processus de planification a fait émerger un certain nombre de thèmes prépondérants. Les participants ont notamment exprimé le souhait que cet espace soit un lieu sûr, agréable et accessible, qu’il soit propice aux interactions sociales, au jeu et à la détente, et qu’il offre des possibilités en matière d’écologie et d’agriculture urbaines. »

L’idée

L’Arbutus Greenway relie plusieurs quartiers de Vancouver, dont Kitsilano, Arbutus Ridge, Shaughnessy, Kerrisdale et Marpole. Afin de refléter cette diversité, l’idée à long terme est que la voie verte soit divisée en huit zones avec des caractéristiques distinctes pour favoriser la détente et illustrer l’aspect et l’ambiance des quartiers environnants. Elle proposera des espaces revitalisés favorisant le mouvement et la détente.  

Par exemple, une zone dans le secteur commercial du quartier Arbutus Ridge deviendra une « allée électrisée », en référence à la présence de poteaux électriques et à sa proximité avec Broadway, une avenue commerciale et voie de circulation très fréquentée. Cette zone offrira un panorama urbain avec deux esplanades reliées à l’extension souterraine du SkyTrain sur Broadway, ainsi que de grandes structures suspendues pour accrocher des installations artistiques publiques, des lumières et protéger contre les intempéries.  

« Nous voulions nous appuyer sur le caractère existant de ces quartiers », explique Lindsey Fryett-Jerke, urbaniste chez DIALOG. « Dans la future « allée électrisée », nous avons remarqué que des enfants y vendaient de la limonade et que des gens y vendaient des vêtements. Nous nous sommes donc inspirés du thème du commerce informel qui est ressorti de nos observations et avons conçu des bancs longs et larges où les gens pourront exposer des objets. »

« Dans la partie la plus au sud de la voie verte, les gens aiment regarder les avions atterrir à l’aéroport. C’est pourquoi, nous avons créé une tour d’observation », explique Lindsey Fryett-Jerke. Cette zone, baptisée “The Lookout », sera dotée d’une plateforme panoramique à plusieurs étages offrant une vue sur le delta du fleuve Fraser, l’aéroport international de Vancouver et les îles San Juan.

Les six autres zones comprendront des espaces de rencontre et pour profiter de la nature. La zone “Harvest Table, dont le thème est la gastronomie, comprendra des aménagements paysagers comestibles, de longues tables communales pour manger en plein air avec les voisins, ainsi qu’un espace dédié aux activités éphémères. Les zones “The Ridge” et “Woodland Bend” constitueront des sanctuaires naturels, tandis que le “Garden Path” constituera une zone humide, avec une passerelle en bois et un kiosque public. Des lieux de rencontre et d’activités seront créés sur de grandes places au “Kerrydale Pass”, le plus grand pôle d’activités commerciales et civiques de la voie verte, et au “Marpole Meander”. Un grand jardin communautaire, des tables de ping-pong et de jeux de société, un échiquier géant, des hamacs, une piste pour apprendre à faire du vélo, un cabanon communautaire partagé et des structures suspendues pour accrocher des installations artistiques publiques et des lumières font aussi partie des plans. L’aménagement de la voie verte sera réparti selon quatre plans d’investissement successifs (avec la création de deux zones caractéristiques pour chaque plan).  

« L’Arbutus Corridor a toujours été perçu comme l’arrière-cour des quartiers qu’il traversait », explique Antonio Gómez-Palacio. « Grâce à ce nouveau projet, il en sera désormais la devanture, et cette conversion à 180 degrés en fera un espace sûr, accueillant et ouvert à tous. »

Plus de trente ans après, le terrain de jeu secret de mon enfance va devenir une destination traversant toute la ville et dont pourront profiter des personnes de tous âges et de toutes capacités.

 

À propos de Jillian Glover

Jillian est une professionnelle accréditée des communications spécialisée dans les enjeux de transports publics et d’urbanisme. Anciennement commissaire pour les aménagements urbains de la ville de Vancouver, elle détient une maitrise d’études urbaines de l’Université Simon Fraser. Originaire de Vancouver, elle écrite sur les enjeux urbains pour The City Life*, reconnu comme l’un des meilleurs blogues urbains par The Guardian.

Comment bien préparer le prochain groupe de bénévoles à jouer son rôle? Diane Dalkin, présidente de Friends of Reader Rock Garden Society (FoRRGS)* à Calgary, s’est fait un point d’honneur de planifier la relève pour le poste de présidente bénévole du Conseil bien avant d’être prête à quitter ses fonctions auprès de ce groupe consultatif bénévole sans but lucratif. Voici ses conseils sur la planification de la relève pour aider votre groupe à assurer son avenir.

Votre mandat n’est pas éternel

Depuis le premier jour, Diane Dalkin exerce ses activités en partant du principe qu’elle ne travaillera pas toujours pour cet organisme. Elle en a parlé ouvertement avec le conseil d’administration et a décidé d’utiliser ce principe comme ligne directrice dans le cadre de ses fonctions. Elle admet d’emblée que cette approche a radicalement changé le mode de fonctionnement de son groupe. La planification intégrée de la relève a incité son équipe à codifier les pratiques et à documenter les données historiques de façon plus délibérée. Par exemple, il y avait depuis longtemps une entente verbale entre FoRRGS et la Ville de Calgary : la ville s’était engagée à fournir au groupe un accès gratuit à ses locaux et du matériel de marketing, et FoRRGS, à gérer les programmes éducatifs et à participer aux collectes de fonds pour le parc. Peu après ses débuts comme présidente du Conseil, Diane a demandé que cette entente verbale soit officialisée par écrit au moyen d’une lettre d’entente annuelle, pour que les futurs membres du groupe et le personnel municipal aient une compréhension claire de l’accord mutuel et en bénéficient, peu importe les changements de personnel.

Créer des points d’entrée multiples pour les nouveaux membres

Diane croit fermement que le potentiel de leadership peut provenir de n’importe quel secteur dans l’organisation et que l’accueil de nouvelles personnes est la clé de la planification de la relève. C’est pourquoi elle a mis en place des stratégies qui facilitent l’accès aux gens qui veulent se joindre à FoRRGS. Voici ses conseils à cet égard

Éliminer les obstacles

Diane et son groupe ont changé la structure d’adhésion pour permettre aux gens de se joindre à la FoRRGS sans avoir à siéger au conseil. De cette façon, les nouveaux membres peuvent entrer facilement dans l’organisation, lui consacrer du temps et leurs talents en fonction de leur disponibilité, et apprendre les rouages de l’organisation. C’est aussi pour eux l’occasion de s’approprier l’objectif du groupe, avant de s’investir davantage à titre de membre du conseil d’administration. Diane explique que cette stratégie a permis d’attirer plusieurs nouveaux membres dans le groupe et qu’elle sert maintenant de passerelle pour approfondir l’engagement.

Valoriser la marque

FoRRGS a un récit extraordinaire à raconter sur le parc historique Reader Rock Garden. Diane a rapidement réalisé que ce récit devait être présenté sur des plateformes de marketing importantes comme le site Web de l’organisme. Reconnaissant l’importance de la technologie dans la stratégie de communication actuelle (par ex. les médias sociaux), Diane a misé sur le recrutement de gens doués en technologie en mesure de créer le site Web et le contenu des médias sociaux. Diane croit que la forte présence en ligne du groupe, où l’on présente l’héritage du parc, son histoire, la vie des plantes, les nouvelles et les événements, est essentielle pour attirer de nouveaux publics.

Voir au-delà des candidats évidents

Auparavant, le groupe était principalement constitué de passionnés d’histoire. Diane et l’équipe de FoRRGS ont réalisé qu’il y avait une occasion en or d’attirer différents usagers du parc dans le groupe. Ils ont donc invité des amateurs de plantes, des enseignants, des photographes, des ornithologues amateurs et des amoureux inconditionnels du parc à s’investir davantage auprès de l’organisme. Aujourd’hui, l’équipe comprend notamment des maîtres-jardiniers, des enseignants à la retraite, des ingénieurs, des géologues, des professeurs de yoga, des artistes, des professionnels des communications, des conseillers financiers et des étudiants. La diversité du groupe fait en sorte que les idées continuent de susciter de l’intérêt et permet de mettre sur pied des programmes qui séduisent un vaste public parmi les utilisateurs du parc.

Bâtir des connaissances institutionnelles

Diane a mis différentes pratiques en place pour faire en sorte que les données importantes du parc soient conservées dans la mémoire institutionnelle, et non seulement dans la mémoire d’une personne. Par exemple, les membres de l’équipe sont encouragés à travailler en équipe de deux et à mettre l’accent sur le partage d’information. Ainsi, un des deux membres encadre le perfectionnement d’une aptitude en particulier de son coéquipier, et si quelqu’un doit quitter le groupe, un autre bénévole prend le relais et fait avancer les projets. Bien sûr, personne n’aime penser qu’une histoire tire à sa fin. Mais lorsqu’on prévoit la fin dès le début de son engagement bénévole, on peut faire du dernier chapitre un moment heureux et réussi pour tout le monde.

En tant que petit organisme communautaire, comment recueillez-vous des fonds pour atteindre vos objectifs? Vous devez attirer de nouveaux membres, entreprendre des projets pouvant comporter des coûts de base et annoncer les activités que vous organisez. Et quand vous voulez réaliser un projet ambitieux, vous devez redoubler de créativité pour recueillir des fonds. 

Au Canada, les organismes populaires peuvent être une association, une administration fiduciaire, un organisme sans but lucratif ou un organisme de bienfaisance. Seuls deux d’entre eux vous permettent de remettre des reçus fiscaux et de présenter une demande pour obtenir la plupart des subventions publiques. Il s’agit des administrations fiduciaires et des organismes de bienfaisance. La constitution d’une administration fiduciaire est la façon la plus simple et la plus rapide de délivrer des reçus fiscaux et d’avoir accès aux subventions. Essentiellement, vous associez votre groupe à un organisme de bienfaisance dont le mandat s’apparente au vôtre. Les reçus fiscaux sont importants pour les donateurs, surtout les grands donateurs, parce qu’une partie des fonds donnés sont déduits de leur revenu.

Processus d’association avec une administration fiduciaire

Le processus d’association avec une administration fiduciaire est relativement simple. Commencez par trouver un organisme de bienfaisance inscrit dont le mandat est similaire au vôtre. Par exemple, si votre mandat consiste à entretenir et à améliorer un parc local, vous pourriez vous associer avec un organisme de bienfaisance environnemental, même si son mandat consiste à protéger les aires naturelles au Canada.


Faites ensuite une proposition à cet organisme. Il ne fera pas de tort d’avoir quelqu’un de votre côté au sein de l’organisme. À un moment donné, vous aurez probablement besoin d’expliquer vos objectifs à son conseil d’administration.
Pour constituer une administration fiduciaire de bienfaisance, vous aurez besoin d’une lettre d’accord décrivant les modalités du partenariat et le rôle et les responsabilités de votre groupe et de l’organisme de bienfaisance. C’est à peu près tout.

Pour ce qui est des responsabilités, votre groupe devrait normalement être chargé de trouver des subventions et de présenter des demandes, de gérer les produits livrables, le financement et la relation avec le bailleur de fonds et de lui remettre des rapports. Pour sa part, l’administration fiduciaire devrait fournir le statut légal d’organisme de bienfaisance, les antécédents et la crédibilité que vous pouvez mentionner dans votre proposition, un compte bancaire et l’infrastructure financière pour gérer les fonds. Comme organisme de bienfaisance, elle aura une structure de gouvernance légale avec probablement un conseil d’administration et produira des états financiers et un rapport annuel pour répondre aux exigences de la plupart des bailleurs de fonds.

Qu’obtient l’administration fiduciaire en retour ?

Une fiducie pourrait accepter votre proposition principalement pour faire avancer sa propre cause. Si elle veut informer le public des aires naturelles tout en travaillant à leur préservation, elle peut accorder de l’importance à votre mandat de maintenir l’intégrité d’un parc local et d’en profiter. De la même façon, si elle travaille à améliorer les conditions de vie des démunis, elle peut comprendre l’importance d’un parc sécuritaire et agréable pour les activités récréatives en plein air et la santé mentale.


Les administrations fiduciaires font avancer leur cause, mais elles obtiennent aussi une part des fonds que vous recueillez – généralement entre 10 % et 15 %. Cela peut sembler beaucoup pour pas grand-chose en retour, mais rappelez-vous que l’organisme de bienfaisance doit maintenir l’infrastructure, préparer les déclarations d’impôt, traiter des chèques et s’occuper de la tenue de livres. En s’associant avec vous, l’administration fiduciaire s’expose aussi au risque d’atteinte à la réputation. Que se passe-t-il si vous la mettez dans l’embarras?


Il y a lieu de discuter d’un autre type de risque, à savoir le risque juridique, avant de signer un contrat d’association. Serez-vous couvert par la police d’assurance de la fiducie? Le cas échéant, elle doit communiquer avec le représentant de sa compagnie d’assurance et des frais supplémentaires peuvent être engagés. Ou elle peut vous demander de prouver que vous avez votre propre assurance responsabilité civile.

Pourquoi ne pas simplement devenir un organisme de bienfaisance ?

Vous vous dites peut-être : « si nous nous inscrivons comme organisme de bienfaisance, nous pouvons garder tous les fonds que nous recueillons. » Effectivement, mais il y a une raison pour laquelle la plupart des organismes populaires choisissent une autre voie. La plupart sont chapeautés par des :

  • associations;
  • administrations fiduciaires;
  • organismes sans but lucratif;
  • organismes de bienfaisance.

Il faut des années pour devenir un organisme de bienfaisance; il faut aussi engager un avocat et ce statut comporte des obligations comme former et maintenir un conseil d’administration et produire une déclaration d’impôt chaque année.

Choix d’une fiducie

Tout groupe constitué en organisme de bienfaisance peut être votre fiduciaire, pour autant que vous partagiez des points communs avec son mandat caritatif. Nous conseillons souvent aux groupes de parcs de s’associer avec des organismes locaux pour pouvoir organiser des activités ensemble. Par exemple, si l’organisme de bienfaisance met sur pied un festival de rue, vous pourriez y participer en programmant un festival dans le parc en même temps.


Il n’est pas toujours évident de trouver des organismes de bienfaisance. Commencez par examiner ce qui a déjà été fait : les groupes de parcs sont souvent chapeautés par des organismes de santé communautaires, des organismes confessionnels ou d’autres organismes de quartier.


Avant de conclure un accord, il est important de trouver chaussure à son pied. Pour cela, vous devez parler franchement avec l’administration fiduciaire éventuelle de vos mandats, de vos activités prévues et de vos objectifs. Il est conseillé de consigner ces échanges dans un protocole d’accord ou une lettre d’accord, également appelé contrat d’association.

Une administration fiduciaire est la façon la plus pratique pour un petit groupe de jouir des avantages importants d’un organisme de bienfaisance sans s’occuper de toutes les formalités ni assumer les frais initiaux. Si vous choisissez cette voie, nous vous souhaitons bonne chance dans votre recherche! Nous espérons que votre groupe prendra de l’essor!

Songez-vous à aménager un jardin communautaire? Chloe Sanchez est en train d’en créer un pour son logement communautaire. Ses expériences et ses conseils pourraient vous aider à vous lancer.

Selon elle, les espaces verts « libèrent la faculté d’épanouissement et de croissance chez les gens ». C’est cette croyance qui est à l’origine de son projet de jardin communautaire, qui rendra accessible le pouvoir de guérison des plantes aux gens du voisinage. Chloe réside au 415 Willowdale, un logement communautaire de l’organisme Toronto Community Housing* situé dans la banlieue rapprochée de North York. La communauté comprend 280 logements qui ont un accès très limité aux espaces verts. À titre de représentante des locataires du 415 Willowdale, elle travaille depuis trois ans à son projet d’un espace extérieur où les gens de sa communauté et d’ailleurs pourraient se ressourcer.

Il y a deux ans, grâce à la subvention que lui ont accordée Park People et la TD, Chloe a pu commencer à imaginer et à planifier son projet de verdissement. Elle s’est vite rendu compte que la propriété où elle souhaitait établir son jardin communautaire n’appartenait pas à l’organisme Toronto Community Housing, mais plutôt à la Ville de Toronto. Cette découverte inattendue a compliqué les choses et a retardé le projet. Malgré cet obstacle, Chloe est demeurée optimiste et n’a pas tardé à organiser des événements pour animer l’espace vert vacant et sensibiliser la communauté aux bienfaits d’un jardin où pousseraient toutes sortes de plantes médicinales bienfaisantes. Aujourd’hui, Chloe passe à la prochaine étape de la réalisation de son projet de serre pour cultiver des plantes qui guérissent.

Voici comment elle s’y est prise.

Tisser des liens

Ce conseil de Chloe est très simple : commencez par votre conseiller ou conseillère municipal(e). « Vous devez absolument créer des liens avec votre conseiller, mais comme son emploi du temps est probablement très chargé, ce ne sera pas nécessairement facile. »

Lors de votre première rencontre, Chloe suggère d’apporter votre proposition, votre plan d’affaires et vos plans du jardin. Chloe et son groupe étaient si bien préparés qu’ils ont reçu une réponse positive de leur conseiller et ont ainsi pu élaborer d’autres plans pour répondre à ses questions et à ses préoccupations. Il s’inquiétait notamment du vandalisme et des vols dont avaient été victimes plusieurs autres jardins communautaires. Pour aider à dissiper cette crainte, Chloe a collaboré avec la Ville à la création d’un concept de serre. Elle suggère d’ailleurs aux groupes de travailler en partenariat avec leurs bailleurs de fonds, qui peuvent offrir bien plus qu’une aide financière au projet. Elle souligne le mérite de la Fondation TD des amis de l’environnement (FAE TD) d’avoir fourni des conseils pratiques et des commentaires sur le projet initial de jardin et sur la serre. « Ils ont collaboré à tant de projets. 

C’est une bonne idée de rencontrer des partenaires financiers comme la FAE TD pour recevoir des conseils et des suggestions qui aident à réaliser le projet. Comme vous, ils ont intérêt à ce que le projet fonctionne. »

Trouver des experts

Chloe sait beaucoup de choses sur les plantes médicinales, mais elle sait aussi qu’il y a des gens qui sont spécialistes de ce domaine: « Si j’ignore quelque chose, je l’ignore, c’est tout. Mais ce n’est pas bien grave, parce que je suis entourée de gens qui peuvent m’aider. »

Avec son groupe, elle a consulté d’innombrables experts, y compris des chefs autochtones, des horticulteurs, des naturopathes et des éducateurs. Ceux-ci ont même animé de nombreux événements publics sur les lieux, comme des promenades dans la nature et des ateliers de confection de produits naturels comme des confitures, des thés aux herbes et des onguents naturels. Ces activités aident les membres de la communauté à s’impliquer dans le projet de jardin communautaire et à en constater directement les bienfaits. 

Chloe suggère aux groupes de prévoir autant que possible un cachet pour les personnes qui offrent leur expertise : « offrir une rétribution, aussi petite soit-elle, montre que vous valorisez leur temps et leurs connaissances ». Son groupe a également travaillé avec un grand nombre de professionnels, dont des architectes, des urbanistes et des élus municipaux qui ont contribué à la réalisation du projet de serre. Selon elle, le succès d’un projet repose sur le choix des collaborateurs. Prenez votre temps pour choisir les professionnels que vous voulez dans votre équipe.

Il faut tout un village

Chloe travaille avec une équipe de dix bénévoles. Dans ses moments les plus occupés, l’équipe se rencontre une fois par semaine, et l’hiver, une fois par mois. Le groupe s’est partagé diverses responsabilités, comme le bénévolat, les relations communautaires et la coordination des ateliers. Les bénévoles se chargeront aussi de superviser les plans finaux de la serre et de son bâtiment. « C’est important d’avoir une équipe diversifiée. On a besoin de gens possédant différentes aptitudes pour nous aider dans nos relations avec les partenaires financiers, la Ville, les participants et le jardin lui-même. Gardez l’esprit ouvert, » recommande Chloe.

Intégrer la diversité

La communauté de North York, où vit Chloe, est particulièrement multiculturelle. Son groupe a mis en œuvre des moyens pour impliquer les différentes communautés culturelles dans le projet de jardin guérissant et de serre. L’organisation d’activités, par exemple une cérémonie du thé iranienne, aide à mobiliser la communauté iranienne locale. Le groupe a également entretenu des liens avec la communauté chinoise de la région grâce à des activités régulières comme du tai-chi et des ateliers sur la médecine traditionnelle chinoise. De plus, les communautés autochtones ont été sensibilisées à la cause à l’aide de promenades dans la nature et d’activités visant à expliquer les nombreuses utilités des herbes comme le foin d’odeur et la sauge. Quand vous choisirez quoi faire pousser dans le jardin, Chloe conseille bien entendu des incontournables comme la lavande et la bergamote, mais elle conseille aussi de consulter des personnes appartenant à différents groupes ethniques et de voir quelles plantes peuvent être cultivées localement.

Prendre son temps

Il y a une chose que Chloe veut mettre au clair dès le départ : « prenez de grandes respirations, ça risque de prendre du temps. « Pour obtenir ses permis pour la serre, le groupe du 415 Willowdale a dû attendre plus de deux ans. Un progrès lent a aussi ses avantages, fait remarquer Chloe.  » À chaque étape, j’ai appris quelque chose qui allait améliorer le projet. »  La construction de la serre est prévue pour 2019. Le projet aura pris trois ans à se concrétiser, mais il aura un effet extrêmement positif dans la communauté.

Les partenariats peuvent être fructueux, mais trouver et bâtir le bon partenariat peut aussi présenter un défi et demander beaucoup de temps. Si vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde que l’organisation avec laquelle vous voulez travailler, un partenariat peut même être contre-productif. Pour qu’un partenariat fonctionne bien, il est essentiel de partager la même vision et de bâtir la confiance.

Bâtir des partenariats avec d’autres groupes de la collectivité peut vous aider à atteindre vos buts plus rapidement et efficacement. Nous avons parlé avec Shahina Sayani, planificatrice communautaire pour la ville de Toronto, qui nous a fait part de ses conseils pour établir des partenariats communautaires fructueux.

Définir une vision commune

L’organisme communautaire avec lequel vous voulez faire équipe partage-t-il votre vision? Commencez par articuler clairement votre vision comme organisation ainsi que votre vision du projet sur lequel vous souhaitez collaborer. Si votre vision n’est pas tout à fait claire, n’hésitez pas à le dire. Les partenariats les plus efficaces sont établis lorsque les organisations démarrent le processus avec une idée et construisent ensemble une vision et un plan. 

Conseil d’initié : Si le groupe avec lequel vous voulez travailler possède un site Web ou d’autres types de matériel de communication, renseignez-vous sur l’organisation pour déterminer si son objectif et sa vision s’accordent avec les vôtres. Si c’est le cas, articulez clairement votre vision du projet à la première rencontre et évaluez la réaction de l’autre partie.

Créer un lien de confiance

Bâtir la confiance prend du temps. Dans un véritable partenariat, les deux parties doivent être capables d’investir du temps pour travailler ensemble. Si vous pouvez tous les deux engager des ressources suffisantes, vous avez franchi le deuxième obstacle. Ensuite vient le respect; tous les partenaires doivent siéger également à la table. Votre organisme communautaire est peut-être de petite taille et composé de bénévoles dévoués. 

Maintenant, imaginez que vous établissez un partenariat avec une église locale, un club Rotary ou toute autre organisation communautaire bien établie. Ferez-vous partie du projet à parts égales? Les partenariats qui fonctionnent le mieux sont ceux qui sont établis d’égal à égal. 

Voici ce qu’en pense Shahina :

« Les partenariats réussis sont établis d’égal à égal. Engagez-vous à créer une plateforme équitable pour la collaboration. »

On peut déterminer si la relation est équitable en examinant différents points comme les études, le bénévolat (par rapport au travail professionnel), la race, l’âge et le sexe. Comment les deux parties composent-elles avec la diversité à la table? Est-ce valorisé? L’expérience pratique des bénévoles est-elle considérée comme aussi valable que la réussite scolaire ou l’expérience professionnelle? Il est essentiel que chacun se sente à l’aise, soit entendu et valorisé et que le processus soit inclusif. 

Conseil d’initié :La confiance est quelque chose que l’on ressent; mettez votre sixième sens à l’œuvre dès que vous commencez à interagir avec un organisme communautaire. Vos idées sont-elles bien accueillies? Est-ce que vos collègues et vous estimez que vous avez du pouvoir et de la valeur? Discutez avec vos collègues après la première rencontre. Il est probable que votre réaction instinctive soit la bonne.

Communiquer clairement

Il va sans dire qu’un partenariat efficace repose sur un mode de communication clair. Toutes les personnes à la table doivent savoir dès le début quelles sont les attentes au sujet des éléments suivants :

  • Rôles
  • Échéanciers
  • Livrables

Conseil d’initié : Clarifiez cette partie de votre vision dès le début du processus. Indiquez comment vous voyez la répartition des rôles, quel est votre échéancier et quels sont les éléments qui, selon vous, contribuent à la réussite. De plus, précisez clairement s’il faut établir des rencontres et des communications régulières et déterminez qui sera la personne responsable des communications de chaque côté.

Définir des jalons

Les jalons vous permettent de déterminer si vos partenaires et vous êtes sur la bonne voie. Shahina soulève une question importante à ce sujet : « La clarté est très importante. Assurez-vous que tout le monde sache dès le départ quelles sont les attentes de toutes parts. » Si vous construisez une plate-bande de fleurs par exemple, voici les jalons qui pourraient être établis :

  • Faire l’ébauche des détails de la plate-bande
  • Estimer les coûts ou le matériel requis
  • Obtenir l’approbation du service des parcs
  • Obtenir le financement ou un don pour la terre à jardin, les plantes et les autres matériaux
  • Choisir une date et recruter les bénévoles
  • Réaliser la plate-bande

Conseil d’initié :Rédigez une liste d’étapes, élaborez un échéancier et assurez-vous qu’un partenaire s’engage à vérifier celui-ci régulièrement pour assurer l’atteinte de chaque jalon, peu importe qui est responsable.

Élaborer une stratégie de sortie

Ne vous engagez pas dans un processus dont vous ne pouvez vous libérer. Si votre partenariat est informel, c’est-à-dire qu’il n’exige pas l’établissement d’un contrat, déterminez dès le départ que vous ferez tout votre possible pour travailler ensemble, mais élaborez un plan de secours. Voici le point de vue de Shahina à cet égard : « Vous ne voudriez pas vous marier s’il était impossible de divorcer. C’est la même chose avec un partenariat; il faut s’assurer d’avoir une stratégie de sortie. » 

Conseil d’initié : Reconnaissez dès le départ la possibilité que la collaboration puisse ne pas fonctionner. Si vous avez conclu un contrat, assurez-vous que celui-ci renferme une clause de sortie stipulant par exemple que chacune des parties peut annuler l’entente sur préavis écrit de 14 jours.

Souligner les réalisations

Le projet a-t-il réussi? Qu’avez-vous appris l’un de l’autre? Reconnaître les apprentissages croisés est essentiel et valorisant lorsque vous établissez un partenariat. Célébrer ensemble vos réalisations est inspirant, permet de solidifier le partenariat et donne envie aux deux parties d’entreprendre d’autres projets ensemble. 

Conseil d’initié : Rencontrez les partenaires à la fin du projet pour célébrer votre réalisation commune, ou réunissez-vous plus tard pour faire l’évaluation, voir ce que vous avez appris l’un de l’autre et comment le projet aurait pu être amélioré. 

N’oubliez pas d’exprimer votre gratitude! Vous pourriez par exemple apporter des muffins à la rencontre ou envoyer une lettre d’appréciation et de reconnaissance officielle, ou encore présenter les résultats du projet aux membres de l’organisme communautaire partenaire.

Le géographe québécois Louis-Edmond Hamelin (1923-2020) est à l’origine de la notion de nordicité. L’hiver est une saison, physique et naturelle, et un état d’esprit.L’art de vivre l’hiver au quotidien ou la nordicité, c’est d’abord l’idée d’harmoniser nos vies avec le rythme de la nature. De ralentir, de se reposer, de jouer dehors, de s’encabaner. C’est aussi de nombreuses opportunités de s’intéresser à nos perceptions, attitudes et comportements devant les éléments naturels de l’hiver et les enjeux de résilience saisonnière.

Des sculptures de neiges réalisées après la tempête de neige qui a frappé Montréal en Janvier 2021.

De nombreux exemples récents nous montrent à quel point l’hiver apporte quelque chose en plus à la culture, au vivre ensemble et à la vie en ville. C’est le cas des patinoires maison qui se multiplient dans les cours arrière et les ruelles blanches. Le vélo d’hiver connaît un essor remarquable. Les parcs urbains sont pris d’assaut par les marcheurs, joggeurs et amateurs de glissade, ski de fond et raquette. Ils deviennent même l’espace d’une tempête parfaite un musée à ciel ouvert de forteresses et de sculptures de neige.

« L’hiver il faut d’abord parvenir à mieux le comprendre, pour arriver à bien le vivre.» (Chartier, 2019)Daniel Chartier, fondateur et directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique.

Le parc urbain : point de convergence des expériences de l’hiver

Le parc urbain de proximité est le lieu idéal pour découvrir comment nous incarnons cette nordicité physique, mentale ou pratique, et pour commencer à explorer toutes les dimensions de la ville en hiver. Découvrez ici le potentiel de ces expériences et gardez-les en mémoire pour préparer vos prochaines aventures extérieures :

L’hiver, une saison imprévisible: soyez prêts à tout

L’hiver est une saison variable et imprévisible qui implique des considérations pratiques. D’abord et avant tout, le choix des vêtements ou d’équipements est indispensable pour faire face aux conditions météorologiques, parfois extrêmes, comme le froid, la glace ou la “slush”.

Afin de vous préparer à ces imprévues lors de vos déplacements quotidiens ou sorties dans votre parc, misez sur un habillement multicouche et des matières respirantes reconnues pour conserver la chaleur (ex.: laine mérinos).

Être bien équipé aide à prévenir les dangers que peuvent représenter la glace ou le verglas. Les crampons à glace ajustables, par exemple, sont une solution à moindre coût pour assurer que vos déplacements à pied demeurent sécuritaires et agréables.

Nous voyons même la création de programme pour offrir gratuitement ce type d’équipement aux aînés, afin d’encourager la pratique de la marche en hiver et aussi de contrer l’isolement.

Passez du temps dehors, pour votre bien-être physique et mental

Il est essentiel de passer du temps dehors, surtout en hiver, que ce soient 10 à 20 minutes, pour bénéficier des bienfaits nécessaires à notre santé mentale et physique. Ceci est d’autant plus important en période de pandémie et de confinement..

Cela vous aidera aussi à aborder l’hiver avec une attitude positive. Que vous choisissiez la pratique d’activités de plein-air ou de prioriser des déplacements actifs, vous profitez de l’apport en luminosité et de l’effet vivifiant et méditatif de bouger dehors en hiver, avec l’air froid.

Acceptez l’hiver et le froid tels qu’ils sont

« Pour transformer nos attitudes, il faut prendre conscience que notre perception du milieu et le langage utilisé pour décrire les divers phénomènes jouent un rôle primordial. » (Pressman 1985, cité dans Zardini 2005.)

La nordicité mentale est un état d’esprit. C’est le fait d’accepter l’hiver et le froid tels qu’ils sont. En acceptant l’hiver et le froid pour ce qu’ils sont, vous pourrez vous inventer un hiver heureux. Pour vous y aider, voici quelques conseils pratiques:

  • Tenez un carnet de bord sur l’hiver dans votre quartier. Que ce soit en tenant un journal papier, en partageant des notes, des photos, des vidéos, des témoignages, etc. sur un blogue ou sur les réseaux sociaux.
    Intéressez-vous à vos perceptions : Quelle est votre relation avec l’hiver? Comment percevez-vous les éléments naturels de l’hiver (ex: neige, froid, slush, etc.) d’un point de vue de vos sens? Quels sont les mots-clés qui réfèrent à des activités d’hiver dans votre parc?
  • En adoptant ces stratégies pratiques et en questionnant vos perceptions de l’hiver et du froid, vous comprendrez mieux ce qui vous procure du plaisir ou vous inquiète quand arrive la saison froide. Vous pourrez ainsi avoir plus confiance en vous et en l’hiver.

Recherchez la beauté hivernale

Au retour de l’école avec vos enfants ou lors d’une petite pause de télétravail, prenez le temps de regarder les paysages naturels et urbains autour de vous. Recherchez l’accumulation de neige blanche, sans traces ou en buttes, les arbres enneigés, les étangs ou les rivières gelées, ou les aménagements urbains qui favorisent les microclimats (ensoleillement, protection au vent).

Piscine du parc Jarry à Montréal après une tempête de neige

Cette quête de la beauté naturelle et urbaine est une façon d’apprécier et de contempler l’hiver tous les jours.

Le caractère éphémère de la neige en ville, devient aussi une occasion de la célébrer et de lui faire honneur. Profitez de la prochaine tempête pour en ressentir les effets de lenteur, de calme et de réduction du bruit. Et pourquoi ne pas en profiter pour commencer un prochain concours de sculptures de neige dans vos parcs urbains?

Les parcs urbains, des lieux à adapter pour l’hiver et toutes les saisons

Plus nous passons de temps dehors en hiver, plus nous nous adaptons aux températures et aux éléments, et plus nous aimons cette saison. Et faire avec l’hiver urbain, c’est s’habituer aux changements de saison qui rythment nos vies.

Il est donc crucial que nos espaces urbains s’adaptent à toutes les saisons, y compris à l’hiver. C’est ce qu’on appelle la résilience saisonnière des espaces publics. Ce phénomène gagne en importance et rejoint le mouvement des Villes d’hiver (Winter Cities)*. Un mouvement né d’une volonté de mieux adapter les environnements urbains à la réalité hivernale, de promouvoir des pratiques innovantes en matière de design urbain et de montrer l’impact de l’appropriation des espaces publics par les communautés locales, peu importe la saison.

De plus en plus, des outils se développent pour les décideurs, les professionnels et les citoyens qui souhaitent contribuer à mieux adapter les collectivités à la réalité hivernale. Voici l’exemple de Montréal avec son Guide Ville d’hiver – Principes et stratégies d’aménagement hivernal du réseau actif d’espaces publics montréalais.

Mieux comprendre comment notre nordicité s’incarne au quotidien est un processus en mouvement, comme les saisons qui se suivent. Chose certaine, la pandémie nous donne soif de nature, et ce, même depuis l’arrivée de l’hiver. Il est donc essentiel que nos parcs urbains et espaces publics demeurent accessibles et adaptés selon le cycle des saisons.

Les parcs n’ont jamais été aussi fréquentés qu’au cours de l’année passée. Toutefois, leurs bienfaits n’ont pas été équitablement partagés, un aspect mis en évidence dans notre Rapport sur les parcs urbains du Canada.

L’apparition et l’application de lois en lien avec la COVID ont donné naissance à une culture croissante de surveillance, de maintien de l’ordre et de peur qui pourrait facilement faire partie de notre « nouvelle normalité » si elle n’est pas reconnue et combattue. Un nouveau rapport de l’Ombudsman de Toronto* offre un aperçu de ces réalités et propose d’en tirer des leçons pour changer les choses. Le rapport, publié au début du mois, a révélé que les règlements en lien avec la COVID dans les parcs de Toronto ont été mal communiqués et injustement appliqués en avril et mai 2020.

Des cercles de distanciation sociale dans les parcs, Steve Russell pour Toronto Star via Getty Images

Nous savons que les ressources des villes ont été mises à rude épreuve pendant la pandémie. Elles ont dû être confrontées à la fois à des situations qui évoluent rapidement et aux recommandations de la santé publique, tout en étant sous-équipées. Par exemple, 60 % des villes ayant participé à notre rapport sur les parcs urbains du Canada ont déclaré que la COVID avait occasionné des répercussions négatives sur les budgets d’exploitation des parcs, ce qui a rendu encore plus difficile d’en faire plus avec moins. Il est toutefois nécessaire d’examiner les mesures prises par le passé et les mesures actuelles, comme l’a fait l’Ombudsman, dans le but de tracer une nouvelle voie à suivre.

Les conclusions du rapport de l’Ombudsman indiquent notamment que les directives de la ville de Toronto concernant l’utilisation de certains équipements de parc n’étaient pas claires. Par exemple, les bancs ne figuraient pas sur le site  internet de la ville en tant qu’équipement ne pouvant être utilisé pourtant  des personnes ont reçu des contraventions pour s’en être servi.

L’Ombudsman conclut « qu’en raison de messages confus et incohérents, certaines personnes ont craint d’utiliser nos parcs publics de peur de recevoir une contravention, ce qui est injuste! »

Le rapport a également révélé que les policiers chargés de l’application des lois ont reçu pour instruction d’adopter une approche de « tolérance zéro », décrite par l’Ombudsman comme « inacceptable, peu claire et injuste ». Cela a donné à certains policiers l’impression qu’ils devaient abandonner leur pouvoir discrétionnaire habituel en favorisant l’émission de contraventions en tout temps.

Selon le rapport, l’application des lois a eu une incidence disproportionnée sur les personnes pauvres, marginalisées et sans-abris. Des enquêtes indépendantes ont mis en lumière deux incidents graves de discrimination raciale à la suite de l’application des lois entre mai et juin 2020.Nous avons vu d’autres cas similaires à travers le Canada. À Montréal, par exemple, un groupe de cinq femmes racisées ont été injustement interpellées et ont reçu des amendes* dans le parc très fréquenté de Jeanne Mance. À Ottawa, un homme noir a été agressé par un policier* alors qu’il était accompagné de sa fille de sept ans dans un parc. Un rapport* de l’Association canadienne des libertés civiles a révélé que des cas similaires de discrimination étaient répandus et avaient souvent lieu dans des parcs.

Les dangers d’une culture de répression dans les parcs

Les résultats du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada confirment que ces problèmes s’étendent à travers le Canada et ne sont pas liés qu’aux premières phases de la pandémie. Parmi les 32 villes interrogées afin de produire le rapport, 84 % ont déclaré avoir renforcé l’application des lois en réponse aux mesures de distanciation physique en lien avec la COVID-19.

Cette augmentation de l’application des lois a coïncidé avec un accroissement des obstacles empêchant les personnes de jouir des parcs. Ces obstacles ne s’appliquent pas de manière égale pour tout le monde. 

Dans notre enquête auprès d’environ 3 500 personnes de la population canadienne, les personnes s’identifiant comme étant Noires, Autochtones ou de couleur étaient plus susceptibles de déclarer avoir été victimes de jugement social de la part d’autres usagers du parc (28 %), de la peur de recevoir une contravention ou d’être contrôlé par la police (24 %) et de harcèlement ou de discrimination de la part d’autres usagers du parc (22 %). Le taux de réponse de la population canadienne blanche a été inférieur sur tous les points, respectivement de 17 %, 15 % et 8 %. 

Compte tenu de ces obstacles, il n’est pas surprenant que nous ayons aussi constaté que les PANDC (personnes Autochtones, Noires et de couleur) du Canada  étaient moins susceptible de profiter des bienfaits des parcs sur leur santé pendant la pandémie. Par exemple, 88 % des personnes interrogées s’identifiant comme blanches ont déclaré que les parcs avaient des répercussions positives sur leur santé mentale, contre 69 % et 72 % pour les personnes s’identifiant comme Noires et Autochtones. 

Ces résultats mettent en évidence les effets préoccupants de la sécurisation croissante des parcs, une tendance qui existait avant la pandémie, mais qui s’est accélérée depuis. Cela se déroule parfois de manière subtile. Il suffit de prendre comme exemple les bancs avec des accoudoirs centraux qui empêchent les gens de s’allonger, un exemple classique de design urbain défensif*. Cela peut également se manifester par des « aménagements fantômes* », un terme inventé par l’universitaire Cara Chellew qui désigne l’absence de commodités telles que des toilettes ou des zones de rassemblement abritées, censés attirer les comportements « indésirables ». Étant donné que certaines villes ont fermé les toilettes des parcs pendant la pandémie ou enlevé des bancs permettant de s’asseoir de façon rapprochée afin de favoriser la distanciation physique, il sera essentiel de veiller à ce que ces commodités soient à nouveau disponibles dans les parcs une fois les restrictions levées.

Un banc public rendu innaccessible avec de la bande collante. Cara Chellew

Ou encore, prendre en compte la culture de délation (soient les voisins surveillant leurs voisins) qui a augmenté dans les parcs, alimentée par des lignes de dénonciation COVID. Depuis avril 2020, Toronto a reçu* plus de 30 000 plaintes liées aux mesures en vigueur en lien avec la COVID dans les parcs. Non seulement cette situation met à rude épreuve les ressources en personnel existantes, mais elle s’accompagne également d’un « risque considérable de plaintes infondées, d’une focalisation excessive sur les personnes marginalisées et d’une application des lois  discriminatoire par la police et les agents municipaux » affirment les experts*.

Répercussions sur les usagers des parcs en situation d’itinérance

Bien que sortant du cadre de l’enquête de l’Ombudsman, peu d’exemples illustrent aussi bien la sécurisation des parcs que celui de l’expulsion des résidents d’un campement dans le parc Trinity Bellwoods à Toronto*. Il s’agit d’une démonstration de force brutale à laquelle ont participé des centaines de policiers, des agents de sécurité privés et des employés de la ville pour superviser l’expulsion d’à peine quelques dizaines de résidents du campement. 

La ville a reconduit cette opération le 20 juillet au parc Alexandra* en encerclant le parc de policiers et d’agents de sécurité pour expulser les résidents du campement. Elle a notamment arrêté neuf personnes et interdit aux journalistes de pénétrer dans la zone. 

Cette façon d’appliquer les lois cause un préjudice direct envers les personnes résidant dans les campements. Comme nous l’avons examiné dans notre Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, les recherches démontrent que parmi leurs conséquences néfastes*, les démantèlements de campements déracinent souvent les réseaux de soutien, conduisent les personnes dans des endroits plus isolés où ils sont exposés à des risques accrus pour leur sécurité, et violent les droits*des peuples autochtones*.

Des actions comme celles-ci contribuent aussi profondément à la stigmatisation des sans-abris. Dans le cadre de l’expulsion des sans-abris du parc Trinity Bellwoods, la ville a érigé des clôtures* autour du périmètre de l’ancien campement, une zone surveillée par des agents de sécurité, afin de permettre la « restauration de l’environnement », empêchant ainsi les gens de s’y installer. 

Des clôtures similaires ont été érigées dans d’autres parcs où existaient d’anciens campements, notamment le parc George Hislop de Toronto et le parc Oppenheimer de Vancouver*. Bien que le gazon de ces parcs aurait certainement besoin d’être entretenu, on peut en dire autant des nombreux autres parcs de la ville où des clôtures ne sont toujours pas érigées. Il est difficile de ne pas imaginer qu’il existe des motifs cachés, comme d’empêcher les sans-abris d’accéder aux parcs. 

En plus d’avoir un rôle fonctionnel en empêchant l’accès au parc, les clôtures ont aussi un rôle symbolique : elles aggravent les hostilités existantes en contribuant à une dynamique de blâme dans laquelle les personnes logées attribuent la « perte » de leur parc aux dommages environnementaux causés par leurs voisins sans-abris. Il n’est pas rare que les communautés de sans-abris et les questions environnementales soient dressés les uns contre les autres lors de conversations sur les parcs. Nous devons toutefois remettre les choses dans leur contexte : l’impact environnemental d’une personne sans-abri est moins important que celui d’une personne logée ayant plus de revenus disponibles pour participer au processus de consommation (il suffit de se fier à l’impact environnemental causé* par des centaines de fêtards à Trinity Bellwoods pendant plusieurs fins de semaine). Ces actes cruels dépeignent les sans-abris comme des destructeurs de l’environnement, les positionnant comme des boucs émissaires alors que la réelle attention devrait plutôt porter sur notre échec collectif à réaliser le droit au logement pour tous.

Les points à retenir pour changer les choses

Le rapport de l’Ombudsman contient 14 recommandations systémiques que la ville s’est engagée à mettre en place, notamment en demandant au Municipal Licensing & Standards (MLS) d’élaborer une stratégie de lutte contre le racisme, ainsi qu’un plan visant à « écouter immédiatement les organisations communautaires, en particulier les organisations qui aident les personnes vulnérables et marginalisées », afin de s’assurer que leurs commentaires nous éclairent sur les activités répressives.

Un atelier créatif place Émile Gamelin à Montréal. Audrey-Lise Mallet pour Exeko en 2017.

Sur la base de ces recommandations et en nous appuyant sur les recherches antérieures d’Ami·es des parcs, nous proposons les conseils suivants pour aider à créer des parcs qui ne reposent pas sur des principes de répression et la sécurisation :

Les règlements peuvent avoir un effet positif et ne doivent pas être systématiquement appliqués

Les règlements des parcs peuvent être utiles, même en dehors du contexte d’une crise de santé publique. D’anciens travaux de recherche d’Ami·es des parcs* ont démontré que l’absence de règles claires peut créer une certaine anxiété quant à ce qui est permis ou non, empêchant des personnes de fréquenter un parc. En revanche, les règlements positifs, soient ceux qui sont formulés en termes de ce que vous pouvez faire, peuvent être habilitantes, car elles contribuent à éliminer les incertitudes. En d’autres termes, les règlements peuvent être libérateurs à condition qu’ils soient clairs, raisonnables, et culturellement appropriées. Par exemple, en plaçant un panneau dans l’herbe indiquant « venez pique-niquer ici » plutôt que d’envelopper les tables de pique-nique dans du ruban adhésif.

Mais les règlements ne doivent pas systématiquement être de nature punitive. Un Rapport de l’Université McGill* explorant l’application des lois en lien avec la COVID souligne qu’il existe peu de preuves empiriques concernant l’efficacité des amendes comme stratégie pour faire accepter des contraintes. En outre, comme l’affirment les auteurs du rapport, on peut raisonnablement penser que ces mesures « causeront plus de mal que de bien, en particulier pour les populations marginalisées ».

Passer du déplacement à l’inclusion

Plutôt que de chercher à repousser les communautés de sans-abri hors des parcs, reconnaître les personnes en situation d’itinérance comme des utilisateurs légitimes du parc dans les processus de planification, de programmation et d’engagement peuvent nous aider à construire des parcs plus inclusifs et à apprendre à mieux coexister*. Nous pouvons tirer des leçons du travail d’organisations qui, partout au Canada, présentent des possibilités d’approches plus inclusives, allant de l’embauche d’un travailleur social dans un parc à l’animation d’ateliers artistiques en plein air pour créer des liens entre les voisins logés et itinérants, en passant par l’embauche de membres de la communauté de sans-abris dans un café qui célèbre la cuisine autochtone au sein de parcs.

Utiliser l’art pour mobiliser les personnes itinérantes du square Viger à Montréal dans le cadre de consultation en vue d’un redéveloppement urbain. Mikael Theimer pour Exeko.

Ces stratégies ne protègent pas seulement les usagers des parcs en situation d’itinérance contre la violence, mais permettent aussi de répondre à leurs besoins fondamentaux. En outre, ce type de programme renforce les liens communautaires entre les utilisateurs du parc, qu’ils soient logés ou non, et favorise une plus grande empathie et une meilleure compréhension, ce qui s’avère difficile à développer dans d’autres contextes.

Tirer profit des réseaux communautaires

Le renforcement des relations et des canaux de communication entre le personnel de la Ville et les groupes communautaires est une recommandation formulée à la fois dans le rapport de l’Ombudsman ainsi que dans notre propre Rapport sur les parcs urbains du Canada. Comme l’écrit l’Ombudsman, la Ville « manque une possibilité importante et essentielle d’écouter les voix des communautés de la Ville de Toronto lors de la conception et de l’évaluation de ses activités de l’application des lois. Cela devrait être une priorité, en particulier pour les communautés vulnérables et marginalisées ».Plutôt que d’appliquer les lois de façon punitive, les municipalités devraient plutôt établir des relations avec les groupes citoyens locaux pour les parcs, dont plus de 1 000 existent au Canada, ainsi qu’avec les organisations partenaires. Ces groupes peuvent fournir des informations précieuses sur les besoins et les réalités du terrain, aider à diffuser des informations sur les pratiques de collecte sécuritaire et collaborer à des programmes qui permettront aux gens de profiter à nouveau des parcs ensemble.