Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
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Le programme InTO the Ravines crée des occasions pour la population torontoise de se réunir, d’explorer les ravins, d’en apprendre davantage sur leurs avantages sociaux et écologiques, et de soutenir leur préservation.
Une réflexion sur le rapport d'enquête BEING BLACK IN PUBLIC, qui explore comment les communautés noires vivent les parcs et les espaces publics, et ce qui nourrit la joie et le sentiment d’appartenance.
Explorez les principaux constats tirés de cinq années du Rapport sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière les tendances, les enjeux et les pratiques qui façonnent les espaces verts à travers le pays.
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À Calgary, en ce jour particulièrement printanier, le parc Flyover bourdonne d’activités et de rires enjoués. Entourés d’amis, deux adolescents se balancent sur une balançoire face à face, tandis que des préadolescents progressent dans une « jungle de bambous » (une structure d’escalade en trois dimensions, pour ceux qui ont le cœur bien accroché). Abritée sous le couvert d’un viaduc, une famille s’affronte dans une partie de ping-pong acharnée tandis que, derrière eux, une mère aide le plus jeune de ses enfants à grimper sur l’aire de jeux. On entend des conversations dans plusieurs langues : anglais, français, espagnol.
Dans ce contexte, il est difficile de croire qu’il y a à peine trois ans, cet espace n’était qu’un terrain en graviers à l’allure morose. « C’était plein de détritus, de graffitis, de seringues, de vêtements déchirés; on ne s’y sentait pas en sécurité », explique Ali McMillan, directrice de la planification à la Bridgeland-Riverside Community Association (BRCA).
Construit en 2020 grâce aux financements de l’organisation Parks Foundation de Calgary*, un organisme à but non lucratif dont le mandat est de participer à la création de nouveaux parcs en faveur des résidents, le parc Flyover concrétise l’idée avant-gardiste d’un groupe de résidents engagés qui souhaitaient remettre en état un terrain vague plein de potentiel.
«Nous ne savions pas vraiment quelle direction prendre », explique Ali à propos de l’idée initiale de son groupe. « Nous souhaitions adopter une méthode issue de l’urbanisme tactique pour inciter les gens à voir cet endroit différemment », dit-elle.
Lancée initialement par les résidents, cette petite intervention allait par la suite transformer le quartier de manière durable, et constituer le premier projet de ce genre en Alberta.
Situé à l’extrémité sud du quartier Bridgeland, entre le quartier lui-même et la rivière Bow, le parc Flyover se trouve sous un pont à étagement appelé « Viaduc de la 4e Avenue ». Il fait partie d’un échangeur complexe de routes et de ponts qui relie le nord-est de Calgary, de l’autre côté de la rivière, au centre-ville et à East Village.
Le site sur lequel se trouve aujourd’hui le parc Flyover est resté vacant pendant près de 20 ans. « Beaucoup d’entre nous ne savions même pas que le viaduc existait », explique Miles Bazay, un élève de l’école Langevin, située à 300 mètres au nord du site.Année après année, des milliers de résidents de Bridgeland-Riverside sont passés en voiture, à pied ou à vélo devant cet endroit abandonné.
« C’était la première chose que les gens voyaient lorsqu’ils arrivaient dans notre quartier du centre-ville. Cela donnait une mauvaise impression car cela ressemblait à un terrain vague. Cependant, cet accueil inesthétique ne reflétait pas le caractère unique du quartier.»
Ali McMillan, directrice de la planification à la Bridgeland-Riverside Community Association (BRCA).
Caractérisé par ses maisons d’avant les années 1960, ses logements collectifs modernes ainsi que ses boutiques et restaurants indépendants, Bridgeland-Riverside représente l’une des quartiers les plus dynamiques du centre-ville de Calgary. Et ce sont ces atouts qui ont attiré une population jeune et diversifiée dans le quartier.
Remettre en état cet espace négligé sous le viaduc voulait dire relier les parcs, les jardins communautaires, les terrains de sport et les pistes cyclables du quartier au Bow River Pathway de Calgary, un réseau de 48 km de sentiers à usages multiples. Près d’un quart des résidents du quartier se rendent au travail à pied ou à vélo, et beaucoup d’entre eux empruntent ce réseau.
Malgré le potentiel de cet endroit, la Ville de Calgary n’avait aucune intention de redonner vie à cet espace. Toutefois, en 2016, inspirée par les travaux de Jason Roberts et de sa Better Block Foundation, Ali a décidé de lancer sa propre intervention d’urbanisme tactique.
« Cela nous ouvre les yeux sur la façon dont nous percevons notre quartier et nous montre que notre opinion compte », dit-elle.
L’urbanisme tactique est un mouvement citoyen qui a pris de l’ampleur dans les années 2010. Il encourage les résidents à tester des idées pour se réapproprier et transformer un lieu public oublié en un carrefour dynamique pour la population, et ce, d’une intervention temporaire à une autre.
Pour ce faire, l’installation de parcs éphémères dans des endroits négligés est une tactique courante, et un grand nombre de ces projets aboutissent souvent à des améliorations permanentes*. À cet égard, le parc Flyover a été la première intervention tactique de Calgary à se transformer en un espace permanent.
Afin d’améliorer cet endroit, la BRCA, sous la direction d’Ali, a créé un groupe de travail afin d’ébaucher un plan d’action.
L’objectif était de « concevoir un lieu public agréable » et de « créer une porte d’entrée vers le quartier de Bridgeland-Riverside ».
Pour ce faire, ce document approfondi a décrit les étapes de conception ainsi que l’esthétique qui devaient guider le projet jusqu’à sa réalisation.
Pour améliorer ce lieu public, le groupe de travail s’est inspiré de projets réalisés aux quatre coins du monde, tels que le parc Superkilen à Copenhague* et le parc Drapers Field à Londres*.
Mais malgré les précédentes réussites, la mise en œuvre de ce projet n’a pas été une mince affaire.
« Il s’agit d’un projet vraiment unique, car nous n’avions jamais créé de parc urbain dans une “friche industrielle” en Alberta auparavant », explique Ali, soulignant le scepticisme initial d’un certain nombre d’intervenants, y compris des résidents eux-mêmes. « Beaucoup de gens n’étaient pas en mesure de voir au-delà de l’état actuel de cet endroit… Nous avons donc dû nous battre contre cette perception et essayer de leur montrer comment nous pouvions le transformer. »
En 2017, Ali et le groupe de travail ont effectué la première intervention tactique dans cet endroit.
« La première chose que nous avons faite a été de créer un jardin de moulins à vent. Nous avons installé une vingtaine de moulins à vent, en les plantant simplement dans le sol au beau milieu de l’hiver », se souvient Ali. Cela a permis d’attirer l’attention de nos futurs partenaires.En l’espace d’un an, ces petites interventions ont conduit la BRCA à établir un partenariat avec la Ville de Calgary*, avec les élèves de 6e année de l’école Langevin dans le quartier de Bridgeland et avec l’École d’architecture, d’urbanisme et d’aménagement paysager de l’université de Calgary. Le fait d’inclure des élèves de 6e année a joué un rôle primordial dans le développement du projet qui s’est montré très instructif non seulement pour les enfants, mais aussi pour toutes les personnes investies dans ce projet.
En 2017, le service des Transports de la Ville de Calgary venait tout juste de terminer d’élaborer sa Stratégie de piétonnisation. Toutefois, bien que le conseil municipal n’ait alors pas encore alloué de fonds pour cette stratégie, le service des Transports était prêt à soutenir une initiative citoyenne à petit budget.
Lorsque Jen Malzer, ingénieure des transports à la Ville de Calgary, a entendu parler des activités de la BRCA visant à transformer l’espace sous le viaduc de la 4e Avenue et relier le quartier Bridgeland au sentier au bord de la rivière, elle et son équipe ont sauté sur l’occasion.
« Nous n’avions pas les fonds nécessaires pour engager des consultants, ce que nous faisons généralement avant d’entamer tout projet », explique Jen. Avec les élèves de 6e année de l’école Langevin et les étudiants en Maîtrise d’architecture paysagère de l’université de Calgary, l’équipe de Jen a adopté une approche différente. « Nous avons décidé de laisser les élèves imaginer les différentes parties du projet et leur avons apporté notre expertise quand nous le pouvions », explique-t-elle à propos de ce rôle inhabituel pour le personnel municipal.
Habitués aux multiples allers et retours pendant les séances de mobilisation citoyenne, Jen et son équipe ont donc dû apprendre à « lâcher les rênes » dans ce projet.
En outre, dans le cadre de sa stratégie de piétonnisation, la municipalité était en train de mettre sur pied un programme d’urbanisme tactique. En participant au projet du parc Flyover, le personnel municipal a ainsi pu acquérir une meilleure compréhension du processus.
« Cela nous a donné un bon aperçu de ce que devrait être le rôle de la Ville lorsque nous travaillons avec la population. Nous avons été témoins des possibilités lorsque nous laissons différentes opinions s’exprimer. »
Jen Malzer, ingénieure des transports à la Ville de Calgary
Et dans ce cas, ce sont les élèves de 6e année qui se sont exprimés. Jen rappelle que les enfants sont toujours les bienvenus dans les activités de mobilisation citoyenne organisées par la municipalité, mais ils le font rarement. Ces élèves allaient par la suite jouer un rôle central dans le projet.« C’était une expérience vraiment super. Je n’aurais jamais imaginé que nous puissions faire quelque chose comme ça », dit Miles, qui comptait parmi les participants.
Grâce à la clairvoyance de leurs enseignants, 60 élèves de 6e année de l’école Langevin ont ainsi pu participer à ce projet. « cherchait des élèves pour collaborer avec la Ville et parler des zones de Bridgeland qui sont un peu négligées », se souvient Kate Logan, l’une des enseignantes. Avec sa collègue Elaine Hordo, elles ont sauté sur l’occasion. « Nous cherchions un moyen de faire participer les enfants à un projet de mobilisation, quelque chose qui fasse bouger le quartier », ajoute Kate.
Emballée par le potentiel de cet endroit et les possibilités d’apprentissage pour les élèves, Jen a contribué à coordonner des visites éducatives auprès de différents services de la Ville. Ceci a ainsi permis aux élèves d’acquérir de bonnes bases afin de réfléchir à la transformation de ce lieu. « J’ai fait appel à différents experts, comme des sylviculteurs urbains, des urbanistes, des ingénieurs hydrauliques, afin de leur donner une idée de ce dont ils devaient tenir compte », explique Jen.
Cette expérience a permis aux enfants de réfléchir aux possibilités qu’offrait cet espace. « Nous avons passé beaucoup de temps sur le site, à observer autour de nous », dit Logan. Ils ont également visité d’autres quartiers de la ville et découvert différentes manières d’utiliser un espace vacant en vue de lui redonner vie et créer un esprit de communauté.
« Notre classe a décidé de faire quelque chose de cet endroit », explique Miles. « C’était un très bon emplacement mais il n’était pas utilisé de la bonne façon. »
Au printemps 2017, lorsque les étudiants diplômés de l’université de Calgary se sont lancés dans un atelier de conception, les enfants étaient plus que prêts à apporter leurs contributions. Lors de la première réunion de conception, Ben Hettinga, qui faisait alors partie des étudiants de l’université de Calgary, se souvient avoir été impressionné par les idées des élèves de 6e année. « Parmi leurs idées, il y avait des choses auxquelles on s’attend de la part d’enfants, comme des aires de jeux et des éléments ludiques. Mais il semble qu’ils se soient aussi attachés à en faire un espace sûr et accueillant pour tout le monde. » Jen partage aussi ce sentiment : « les élèves souhaitaient que le projet réponde aux besoins de tous en matière de divertissement, et pas seulement à ceux des enfants ».
Intégrant les connaissances et les idées de tous les élèves, les étudiants en architecture paysagère ont obtenu la mention honorable pour leur projet de conception lors de la cérémonie de remise des prix d’urbanisme du maire de Calgary* et ont remporté un Prix national d’urbanisme*. « Nous nous sommes amusés à imaginer comment égayer cet endroit », déclare humblement Miles. « Nous n’aurions jamais pensé que cela puisse devenir une réalité. Toutefois, nous avons obtenu un financement ce qui a réjoui toute la classe. »
Grâce à cette expérience, les élèves de 6e année ont appris beaucoup de choses en matière d’urbanisme, une possibilité dont bénéficient peu de Calgariens à un si jeune âge.
Selon Kate Logan, ce projet a montré à ses élèves l’importance de l’engagement civique : « en tant que citoyens, nous sommes responsables de nous-mêmes et des autres, et chaque décision que nous prenons a des répercussions sur les autres. »
Selon Ali, la participation de l’école Langevin a également contribué au succès du projet, et ce, en obtenant un financement initial de la part de la Calgary Foundation. « Avec ces fonds, nous avons repeint la route et acheté des chaises et des tables de pique-nique; nous avons aussi construit des jardinières et ce genre de choses », explique-t-elle.
Et leur contribution a été déterminante, car elle a permis de tester leurs idées et de montrer l’intérêt d’un tel projet pour le quartier. Le succès rencontré suite aux améliorations temporaires de l’été 2017 a solidifié le partenariat avec la Parks Foundation et conduit à d’autres améliorations, telles que la création d’une fresque murale et l’installation d’une table de ping-pong.
Au printemps 2019, la Parks Foundation de Calgary a annoncé la construction d’un parc urbain permanent grâce à un don du gouvernement de l’Alberta.
« Je n’aurais jamais pensé que nous puissions avoir un tel impact dans notre quartier », déclare Miles.
Bien que la conception de cet espace ait fait l’objet de modifications successives et qu’un certain nombre d’éléments aient été abandonnés au stade de la construction, le parc Flyover traduit bien l’esprit des jeunes qui ont contribué à sa réalisation.
« Il ne s’agit pas d’une aire de jeux ordinaire. Nous avons essayé de concevoir un endroit pour tous, notamment pour celles et ceux qui n’avaient pas de lieu adapté à eux »
Ali McMillan
Outre les équipements ludiques pour tous les âges, le plan d’aménagement comprend une esplanade pour accueillir les camions de restauration et des événements en plein air, offrant ainsi des possibilités de loisirs aux petits comme aux grands et reflétant l’esprit d’inclusion dont font preuve les élèves de l’école Langevin.
L’approche tactique du projet a également permis d’avancer rapidement. À cet égard, le corridor Bow to Bluff dans le quartier Sunnyside, un projet similaire dans le centre-ville de Calgary et également mené par des résidents mais adoptant une approche plus conventionnelle, a mis près de 10 ans à se concrétiser.
Ces interventions tactiques ont également incité la municipalité à mener d’autres améliorations dans les rues principales du quartier, telles que le Plan directeur du paysage urbain de la 1st Avenue NE qui vise à améliorer l’expérience des piétons et des cyclistes et à relier les infrastructures de Bridgeland, notamment le parc Flyover, au sentier de la rivière Bow.
Mais en définitive, la BRCA a fait plus que transformer un terrain vague en un carrefour dynamique pour la population. Les efforts des résidents ont également contribué à susciter des vocations en urbanisme pour la nouvelle génération.
« Je pense que nous avons beaucoup appris sur ce que nous pouvons réellement faire pour transformer nos quartiers », déclare Miles. « Et si davantage d’élèves pouvaient participer à des projets comme celui-ci, je pense que ce serait très bénéfique pour leur quartier. »
À propos de Ximena González
Ximena González est une autrice indépendante basée à Calgary. Son travail a été publié dans The Sprawl, The Tyee et The Globe and Mail.
Si vous avez déjà fait une promenade dans le parc Elm pendant l’événement League, vous vous êtes peut-être demandé ce qui se passait. Ces gens font-ils vraiment de l’escrime avec des nouilles de piscine? Jouent-ils à la pétanque avec une boîte de soupe Campbell? S’attaquent-ils à un canapé avec des sacs de fèves?
Toutes les personnes qui vivent à Kerrisdale, dans l’ouest de Vancouver, connaissent le parc Elm. On y joue déjà au baseball, au soccer et au tennis. Mais d’où proviennent ces nouveaux sports étranges?
L’artiste Germaine Koh* est la maîtresse de ces jeux et s’est installée dans le parc pour créer ces nouvelles façons de jouer. L’humble chalet du parc, qui abritait autrefois un gardien, est devenu son studio.
En 2011, la commission des parcs de la Ville a trouvé une nouvelle façon d’utiliser ces anciens bâtiments au profit des communautés, en invitant des artistes à proposer des résidences en échange de l’utilisation gratuite de l’espace. La proposition de Germaine Koh était de travailler avec le public pour créer de nouveaux jeux et sports.
Germaine Koh, qui a joué au badminton de compétition, au volley-ball et au roller derby, a voulu explorer les similitudes entre l’art et le sport. Ses amis artistes affirmaient toujours ne pas être sportifs, tandis que ses amis sportifs disaient ne pas être créatifs. Germaine Koh n’aimait pas ce clivage.
« En sport, vous devez constamment pratiquer certaines techniques. Cela permet d’acquérir une plus grande maîtrise, mais aussi des compétences en matière d’improvisation, de stratégie et de négociation, explique Germaine Koh. Toutes ces capacités et compétences sont essentielles dans le processus créatif ».
La commission des parcs a approuvé sa résidence, qui s’est déroulée de 2012 à 2014. Le parc Elm présentait un défi, dit Germaine Koh, « car les gens étaient habitués aux loisirs organisés ». Mais les façons farfelues dont on utilisait les balles, les disques, les cordes, les planches et les arbres attiraient la curiosité des passants, et les jours les plus occupés, ils étaient quelques dizaines à s’arrêter pour participer.
Les chalets des parcs sont par essence des lieux modestes. Ils n’ont qu’un seul étage, sont de couleur beige ou grise et sont souvent rattachées aux toilettes publiques des parcs. Mais pour les artistes comme Germaine Koh, ce sont de précieux espaces au cœur d’une ville dispendieuse.
« L’intérieur était de couleur taupe, ce qui n’aurait pas été mon premier choix, dit Germaine Koh en rigolant. Mais je me sentais tellement privilégiée de pouvoir m’asseoir dans un parc et y travailler ».
Les chalets des parcs de Vancouver ont une longue histoire, mais Germaine Koh et d’autres personnes s’y sont installées, donnant une nouvelle vie à ces bâtiments.La Ville a commencé à construire ces chalets dans les années 1920*. Environ 70 des 230 parcs de la ville en possèdent un. C’est là que vivaient les gardiens de parcs, les Hagrid et « les concierges Willies » de ce monde, qui s’occupaient d’entretenir les parcs et de les surveiller 24 heures sur 24. Vivre gratuitement au sein d’un parc était un avantage particulier de ce poste qu’aucune autre grande ville canadienne n’offrait. Les gardiens s’y installaient pour de longues périodes, généralement entre deux à quatre décennies.
Le couple de gardiens David et Normande Waine vivait dans le chalet de parc le plus prisé de tous, celuiqui se trouve dans l’immense parc Stanley de la ville, à quelques pas de l’océan. Pour l’obtenir, ils ont dû rester 14 ans sur une liste d’attente aussi épaisse que la Bible.
« Nous n’avons jamais rien regretté, a un jour déclaré David Waine au National Post*. C’est un privilège de demeurer ici. »
Mais 2005 allait marquer le début de la fin pour ceux que les Waine appellaient « les yeux et les oreilles » des parcs publics. La Ville a décidé qu’elle ne permettrait plus aux nouveaux gardiens de s’installer dans les chalets de parcs lorsque les précédents prendraient leur retraite. La Ville centralisait ses services et envisageait de nouvelles utilisations pour ces bâtiments, même s’il lui a fallu du temps pour déterminer quoi en faire.
Lorsque les gardiens sont partis, de nombreux chalets de parcs sont demeurés vides ou ont été utilisés à des fins peu imaginatives, comme pour l’entreposage d’équipements sportifs. Dans le cadre d’une expérience, le chalet du parc Grandview, dans l’est de la ville, a été transformé en centre de police communautaire. La population résidente n’ayant pas apprécié cette surveillance accrue, la police a fini par déguerpir.À Vancouver, une commission des parcs* composée de sept commissaires élus supervise et détermine l’orientation politique des parcs de la ville. En 2011, les commissaires ont demandé au personnel de proposer une nouvelle idée pour l’avenir des chalets dans les parcs.
Le personnel est revenu avec une solution qui répondait également à un problème croissant à Vancouver. Les chalets de parcs étaient des biens immobiliers publics de valeur. En même temps, les personnes créatives étaient aux prises avec le coût des studios dans une ville dispendieuse. Pourquoi ne pas les inviter à s’y installer?
Des artistes comme Germaine Koh ont été invités à proposer des résidences à la commission des parcs. Les personnes qui ont vu leur candidature approuvée ont pu utiliser les chalets des parcs comme espaces de studio sans payer de loyer pendant trois ans, avec la possibilité de renouveler leur demande (bien que, contrairement aux gardiens des parcs, les artistes ne vivaient pas dans les chalets des parcs). La commission des parcs a accueilli une première cohorte de huit résidents.
Mais il y avait une condition essentielle. Les artistes devaient réaliser 350 heures de programmation publique en échange de leur résidence.
« Nous ne voulions pas créer un atelier d’art fermé, dans lequel un bijoutier, par exemple, ne ferait que travailler sur sa pratique de joaillerie, explique Marie Lopes, qui s’occupe de la coordination des arts, de la culture et de l’engagement à la Ville. Il faut avoir un certain intérêt pour le travail communautaire ».
Le compositeur Mark Haney a saisi l’occasion pour raconter l’histoire du quartier en musique. Il a tenu une résidence au parc Falaise, au milieu du projet d’habitation pour les anciens combattants de Renfrew Heights, construit pour loger les soldats revenus de la Seconde Guerre mondiale. Mark Haney et un partenaire ont effectué des recherches sur la vie de 11 anciens combattants qui possédaient un lien avec la région en interrogeant leurs proches et en fouillant dans les archives. Le jour du Souvenir de 2014, il a présenté une pièce inspirée par les vétérans intitulée « 11 », avec des clins d’œil musicaux à leur vie. Elle a été interprétée par onze musiciens dans le parc à flanc de colline, chacun jouant d’un instrument de cuivre choisi en fonction de la personnalité de l’ancien combattant.
Depuis, la commission des parcs a élargi le programme pour accueillir des participants de diverses disciplines, soit des athlètes, des écologistes, des chefs, des groupes culturels et plus encore. Ce programme est actuellement en place dans 23 parcs et offre désormais des espaces de bureaux à des groupes à but non lucratif, en plus des studios.
Une résidence au parc Adanac apprend aux habitants comment lutter contre les « invasions » dans les parcs publics et les jardins privés: le chalet du parc abrite l’Invasive Species Council of Metro Vancouver , qui lutte contre tout type d’espèces envahissantes, de la renouée jusqu’à la fourmi de feu européenne.
Mr. Fire-Man, au parc Maclean, apprend aux habitants à récolter du bois et à fabriquer leurs propres instruments de musique. Night Hoops, qui vient en aide aux jeunes à risque, propose un programme de basket-ball gratuit et met les jeunes en contact avec des mentors autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du terrain. L’Iris Film Collective au parc Burrard View partage l’amour du septième art. Si vous préférez une autre forme d’art visuel, il y a le Cloudscape Comics Collective au parc Memorial.
Lors de chaque cycle de résidences, la commission des parcs affiche les chalets de parcs disponibles ainsi que l’orientation recommandée pour chacun d’entre eux. Un chalet situé dans un parc à proximité d’un écosystème diversifié, par exemple, pourrait être utilisé à des fins de gérance de l’environnement. Les personnes et les organisations candidates peuvent indiquer le chalet de parcs qu’elles préfèrent, mais c’est la commission des parcs qui prend la décision finale. Par exemple, le chalet du parc Strathcona accueille une résidence du Working Group on Indigenous Food Sovereignty . C’est un choix très à propos, car le parc se trouve à proximité du lieu de résidence de nombreux Autochtones et constitue un espace vert rare dans cette partie du centre-ville.
La commission des parcs apporte à chaque titulaire d’une résidence l’aide d’un agent ou d’une agente de liaison qui les met en relation avec le personnel et les programmes du centre communautaire le plus proche. De cette façon, les titulaires de résidences apprennent à connaître les habitants et habitantes des environs ainsi que leurs intérêts.
Certains chalets de parcs étaient prêts à être utilisés, d’autres avaient besoin d’être rénovés, mais la plupart « avaient juste besoin d’une couche de peinture, explique Marie Lopes. Avec un peu d’huile de coude, nous avons pu les transformer à nouveau en espaces actifs. »
Ce ne sont pas tous les artistes qui ont envie de passer 350 heures avec le public, même si le loyer est compris. Mais c’était parfait pour Germaine Koh, car la League, le nom donné à sa résidence, n’était pas un projet artistique qu’elle aurait pu réaliser seule. Elle avait besoin de joueurs pour essayer, peaufiner, voire inventer les jeux avec elle. Elle a pu sortir de cette résidence avec un lot de jeux testés par le public et créés en collaboration avec lui.
Germaine Koh était ravie de voir des personnes avec des capacités athlétiques variées participer à l’action, soit en jouant ou en dirigeant le jeu.
« C’est intéressant : certains jeux sont plus cérébraux alors que d’autres sont plus physiques », dit-elle.
Dans « Scrumble », les joueurs et joueuses portent des t-shirts avec une lettre sur le devant et une autre à l’arrière, et ils tentent d’épeler des mots en se réagençant. Dans « Petri », on marque des points en lançant des balles dans des « boîtes de Petri » de différentes tailles, qui sont en fait des cercles dessinés sur le terrain. Les balles ont chacune des qualités bactériennes différentes et peuvent permettre de multiplier les points, de sorte que la croissance exponentielle peut soudainement propulser quelqu’un à la première place. (Peut-être un bon jeu post-COVID? Germaine Koh se le demande à présent).
Les joueurs et joueuses ont également apprivoisé non seulement le terrain, mais le parc lui-même. Par exemple, des équipes ont rivalisé pour construire la meilleure structure pour faire pousser des haricots dans la cour du chalet. Jeu de patience et d’ingénierie, la course a duré tout l’été pour voir quels haricots pousseraient le plus haut. Germaine Koh décrit l’expérience comme une « lente course vers de nouveaux sommets ».
Un vieux canapé prêté au chalet ne passait pas par la porte. Il a donc été placé à l’extérieur pour les parties de « Couchie ». Ce jeu a été présenté à l’équipe de la League par deux amis qui l’avaient inventé lorsqu’ils étaient colocataires à l’université. Les joueurs lancent des sacs de fèves pour essayer de les loger entre les coussins du canapé et gagner ainsi des points.
Certains jeux ont amené les gens à sortir des limites du parc. Le corridor Arbutus, à proximité du parc, était une voie désaffectée du Canadien Pacifique qui partait du fleuve Fraser vers le nord, traversait le quartier de Kerrisdale, où se trouve le parc, et remontait jusqu’à False Creek. Il sera finalement acheté par la Ville en 2016 et converti en une voie verte de 8,5 kilomètres nommée Arbutus Greenway et destinée à un usage récréatif.
Même lorsqu’il s’agissait d’une piste désaffectée, Germaine Koh voyait son potentiel. Comme les chalets de parcs, la piste était un espace urbain sous-utilisé qui n’attendait qu’à être réinventé. Elle a encouragé les joueurs et joueuses à marcher le long de la piste et à transformer l’expérience en une sorte de jeu. L’un d’eux a trouvé les feuillets perdus d’un livre et s’est mis à les lire en marchant. Germaine Koh a elle-même récupéré un verre d’eau dans la rivière et l’a porté jusqu’au ruisseau, où elle l’a déposé.
Germaine Koh réfléchit beaucoup à la question théorique de ce qu’est le jeu, mais son simple espoir pour les participants et participantes de la League était qu’ils apprennent à adopter une attitude ludique au quotidien.
« L’une des intentions était d’élargir la notion du jeu et d’arrêter de penser que le jeu n’est qu’un truc pour les enfants ou quelque chose qui se déroule uniquement sur un terrain de sport, dit-elle. Le jeu est un moyen de développer des compétences utiles pour la résolution de problèmes et une attitude de créativité au quotidien. »
Avant que Fresh Roots ne s’installe dans son chalet de parc, l’association d’agriculture urbaine à but non lucratif faisait déjà preuve de créativité dans son usage de terrains urbains sous-utilisés. L’organisation a été fondée en 2009 et s’associe à des écoles pour transformer leurs cours en jardins comestibles et apprendre aux jeunes à cultiver des aliments frais.
Lorsque l’occasion s’est présentée d’occuper un chalet de parc, Fresh Roots a posé sa candidature et s’est installé dans celui du parc Norquay. Fresh Roots vient d’être approuvé pour un second mandat.
Le parc Norquay se trouve sur une artère très fréquentée de la ville, la Kingsway, et le chalet du parc est situé à côté de l’aire de jeux et du parc à jets d’eau. C’est un endroit toujours bondé de monde dans un parc très fréquenté. Fresh Roots a développé un jardin communautaire impossible à manquer, entretenu par le personnel et des bénévoles.
« Cela exige beaucoup de travail, et les mauvaises herbes prennent le dessus! », soupire Caroline Manuel, responsable des communications et de l’engagement, qui travaille dans le bureau du chalet du parc. La baisse du nombre de volontaires due à la pandémie a rendu difficile l’entretien du jardin communautaire. Pourtant, la récolte est abondante cette année. Il y a des haricots verts, des feuilles de betterave, de la rhubarbe, des framboisiers, des groseilliers sanguins, de la sauge, du thym et bien plus encore. Le public est invité à prendre de tout.
Implantée dans cette partie du quartier est, Fresh Roots s’associe à d’autres groupes situés à proximité, tels que des camps d’été et des groupes de personnes âgées.
« Nous avons testé les eaux et beaucoup de gens veulent plonger les mains dans la terre et avoir un accès direct à un espace à entretenir », dit Mme Manuel.
Fresh Roots organise également des événements dénommés « Art in the Park ». L’art qu’ils pratiquaient dans les camps d’été, soit des bricolages comme des « bombes à semences », s’est avéré si populaire qu’ils l’ont proposé au public.
Le chalet du parc a permis à l’association d’avoir une présence physique dans la communauté et de nouer des liens plus larges. Ce contact est particulièrement utile, car 40 % de la population du quartier de Renfrew-Collingwood ne parle pas anglais à la maison.
« Tout le monde n’est pas présent sur les médias sociaux, affirme Mme Manuel. Nous mettons des affiches dans autant de langues que nous le pouvons, nous discutons avec les gens qui passent, nous essayons simplement d’être là pour que les gens commencent à se sentir à l’aise de poser des questions. »
Mme Lopes est heureuse que la commission des parcs puisse apporter son aide en plaçant les artistes et les groupes culturels au cœur des communautés qu’ils servent.
« Dans une ville où les loyers sont exorbitants, le programme soulage cette pression que vivent les artistes et les organismes à but non lucratif pour trouver un studio ou un bureau », dit-elle.
Marie Lopes ne saurait trop insister sur le fait que c’est la « porte ouverte » qui est la clé du succès du programme.
En introduisant l’art et l’engagement dans les parcs de tous les jours, le programme Fieldhouse élimine certaines des barrières qui empêchent l’accès à l’art et à d’autres activités dans les musées ou les programmes officiels. Et cet engagement peut être aussi décontracté ou aussi collaboratif que le souhaitent les habitants et habitantes de la ville. Ils peuvent s’arrêter dans un parc voisin pendant une demi-heure pour profiter de la musique proposée par la résidence. Ou bien ils peuvent participer étroitement à la résidence pendant les trois années complètes.
Elle ajoute que la commission des parcs reçoit parfois des appels d’autres villes qui souhaitent en savoir plus sur les chalets de parcs, car elles sont devenues un programme phare.
Non loin de là, North Vancouver propose des résidences dans la Blue Cabin, un chalet flottant rénové dont la construction remonte à 1927. Richmond organise des résidences dans la maison patrimoniale Branscombe House, l’une des premières maisons de colons dans ce qui était autrefois le village de Steveston.
Marie Lopes donne ce conseil aux villes qui souhaitent lancer des programmes similaires, que ce soit dans des chalets de parcs ou d’autres bâtiments inutilisés.
« Examinez attentivement vos actifs, dit-elle. Arrêtez de considérer vos espaces inutilisés comme problématiques. Ce sont plutôt des occasions à saisir. Recherchez des collaborations dont tout le monde ressort gagnant. Le bénéfice pour la communauté est tout simplement illimité ».
À propos de Christopher Cheung
Christopher Cheung est un journaliste basé à Vancouver. Il s’intéresse au pouvoir et aux politiques liés au changement urbain et à comment les différentes disaporas présentes à Vancouver font en sorte de se créer un foyer dans une ville aux géritages coloniaux. Il est employé pour The Tyee.
Afin de comprendre la signification nuancée du terme « gestion de la terre », j’ai été amenée à lire le livre d’Aldo Leopold « Almanach d’un comté des sables » écrit en 1949.
En voici un extrait : « Si nous considérons la terre comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect. »
En 1949, Aldo Leopold disait déjà que « le confort à tout prix fait partie du dogme moderne ». Il était loin de se douter que bien des années après émergeraient les véhicules utilitaires de sport, les plats prêts à consommer et la mode éphémère. Alors que la culture de la facilité continue de régner en maître, les gens commencent à en constater le coût réel. De plus en plus de personnes souhaitent sortir de la « matrice » de ces dogmes modernes afin d’établir un lien profond avec la nature. Le programme Parcs Cœur vital d’Ami·es des parcs est le seul programme au Canada dont l’objectif est de maximiser les effets et les avantages des grands parcs urbains du pays. Il célèbre le travail des bénévoles qui se dévouent corps et âme en consacrant leur temps et leur énergie à bâtir un avenir meilleur et plus respectueux de l’environnement face aux changements climatiques.
Pour les non-initiés, éliminer les espèces envahissantes dans un parc peut sembler un travail anodin, mais il n’en est rien. Dans un récent essai, Stephanie Foo*, journaliste et créatrice de balados, parle de son expérience dans le cadre d’un projet d’élimination des espèces envahissantes dans un parc de la Ville de New York. L’expérience, telle qu’elle la décrit, a joué un rôle clé pour l’aider à sortir d’une écoanxiété profonde qui la terrassait jusque-là.
« Il y a quelques années, j’ai fait une dépression nerveuse à cause, entre autres, de l’avenir sombre de notre planète », confie-t-elle simplement au début de son essai.
Stephanie Foo a pu reconstruire sa vie en développant un sentiment d’appartenance, notamment avec la nature.
En tant que superintendante à la Ville de New York, lorsqu’elle arrache des plantes envahissantes, voici ce qu’elle ressent :
« Quand j’ai terminé, je me tourne vers l’arbre que j’ai libéré des lianes et je passe ma main sur les cicatrices qu’elles ont laissées sur son écorce. Je m’émerveille devant ses branches qui s’élancent vers le haut, là où elles doivent être, je touche son tronc et je lui dis : “De rien”. C’est plutôt agréable de commencer la journée en sauvant une vie. »
Stephanie Foo
En effet, le travail que réalisent les bénévoles dans les grands parcs urbains du Canada a vraiment un caractère vital.
Commençons par quelques faits :
Quant au travail d’ordre vital des bénévoles, il repose sur le fait de redonner vie à l’eau, aux sols, aux habitats, et bien plus encore. À Stanley Park, ce travail de restauration concret a engendré une augmentation de la population d’hirondelles rustiques et de grands hérons du Pacifique. Ceci constitue un très bon signe. Les grands hérons du Pacifique étant au sommet de la chaîne alimentaire, leur retour dans le parc est le signe d’un écosystème sain et performant.
Des recherches sur les grands parcs indiquent qu’en raison de leur taille et de la richesse de leur biodiversité, ils offrent plus d’avantages écologiques que les plus petits parcs. En bref, alors que la pelouse et quelques espèces d’arbres clés sont bien dans les parcs près de chez vous, les grands parcs, quant à eux, débordent de vie, allant du lombric au grand cervidé. Grâce à leur taille et leur biodiversité, les grands parcs séquestrent davantage de carbone, réduisent l’effet des îlots de chaleur et atténuent davantage le bruit des villes que les plus petits parcs.
Dans certains milieux, on appelle parfois « services écosystémiques » les services rendus par ces grands parcs. Cependant, une fois que l’on a attribué le terme « communauté » à la relation entre humains et nature, on se rend compte que ce terme n’est plus du tout adapté.
Dans son essai, Stephanie Foo cite l’incroyable livre « Tresser les herbes sacrées » de Robin Wall Kimmerer, et ce qu’il lui a appris sur la création d’une nouvelle relation avec le monde naturel. Dans ce livre, l’auteure entremêle brillamment ses connaissances en tant que botaniste, mère et membre de la nation Potawatomi aux États-Unis, pour nous montrer tout ce que les plantes peuvent nous enseigner. Bien avant Aldo Leopold, les sources de connaissance Autochtones décrivaient la relation entre les humains et la nature comme une relation de réciprocité.
Le savoir Autochtone tiré du livre « Tresser les herbes sacrées » et sa formation en tant que « superintendante » aux parcs de la Ville de New York ont eu un profond impact dans la vie de Stephanie Foo :
« J’ai été stupéfaite d’apprendre l’incidence réelle que nous pouvons avoir en protégeant les arbres. D’après cette carte sur les arbres de la Ville de New York, j’ai ainsi appris qu’un platane près de chez moi permettait, grâce à son ombre, d’économiser 2 500 kilowattheures d’énergie, de collecter 6 100 gallons d’eau de pluie (évitant que nos eaux usées se déversent dans les océans et les rivières) et d’éliminer 4 livres d’émissions polluantes ainsi que 10 500 tonnes de dioxyde de carbone de l’air chaque année. Les personnes vivant dans des zones plus arborées présentent une santé mentale plus solide; des zones où le taux de criminalité est aussi plus faible et où la valeur de l’immobilier est plus élevée. Quant aux zones les moins arborées, elles présentent le taux le plus élevé de maladies respiratoires. Protéger les arbres ne relève donc pas de l’altruisme. C’est une façon de prendre soin de soi-même. »
L’idée simple, mais primordiale selon laquelle la gestion de la terre et la santé personnelle sont interconnectées constitue l’une des raisons pour lesquelles les Amis des parcs souhaitent veiller à ce que chaque personne vivant en milieu urbain au Canada dispose près de chez elle d’un parc Cœur vital présentant des avantages écologiques et sociaux. Comme nous l’a rappelé Aldo Leopold : « Aucun changement éthique important ne s’est jamais produit sans un remaniement intime de nos loyautés, de nos affections, de nos centres d’intérêt et de nos convictions intellectuelles. »
Les Amis des parcs, High Park Nature Centre, Stanley Park Ecology Society et Les amis de la montagne participent tous activement au programme « Parcs Cœur vital ». Nous sommes profondément reconnaissants pour le dévouement des bénévoles qui redéfinissent le concept de « communauté ».
Si vous souhaitez vous aussi vous investir près de chez vous, communiquez avec l’une de ces ONG chefs de file à Toronto, Montréal et Vancouver :
Dans le magnifique documentaire d’Alan Zweig intitulé 15 Reasons to Live* (en anglais seulement), l’une des histoires parle d’un musicien de Toronto qui développe une véritable passion pour les oiseaux. Celui-ci passe du désintérêt total à une quasi obsession pour nos amis à plumes. Dans ce documentaire, Jack Breakfast explique ainsi son obsession pour les oiseaux :
« Si les oiseaux ne venaient qu’une fois par an, ce jour-là, tout le monde arrêterait ce qu’il est en train de faire pour s’en émerveiller. »
C’est vrai. En raison de leur omniprésence, nous ne prêtons guère attention aux oiseaux.Pourtant, il s’avère que l’hiver est le moment idéal pour commencer à vous enticher de ces petites bêtes. Voici ce que Kazeem Kuteyi, l’organisateur principal de Flock Together Toronto*, un groupe dédié à l’ornithologie en milieu urbain pour personnes de couleur, et Andrés Jiménez, le coordonnateur du programme Oiseaux Canada, vous conseillent pour commencer à observer les oiseaux pendant l’hiver, et ce, sans avoir à revêtir de pantalon beige en toile!
Le premier conseil d’Andrés est d’éviter les étiquettes. Lorsque l’on emploie le terme « ornithologue », on imagine souvent des seniors avec un pantalon beige en toile et des jumelles autour du cou. En toute franchise, cela ne fait qu’intimider encore plus les gens et les empêche d’explorer leur curiosité pour les oiseaux.
Alors, passez outre le nom scientifique et considérez plutôt les oiseaux comme de fascinants êtres à plumes que vous pourrez découvrir au fil du temps.
Quant à Kazeem, ses conseils pour surmonter le caractère intimidant des activités ornithologiques sont très similaires. Avant la pandémie, Kazeem était DJ. Il faisait la promotion des événements musicaux auprès des jeunes de la vingtaine qui le considéraient comme un pro dans le milieu des discothèques de Toronto. Rien à voir, donc, avec la vie d’un ornithologue.
Lorsque la pandémie est survenue et que les discothèques ont fermé leurs portes, Kazeem a décidé d’explorer son intérêt pour les oiseaux. Il a ainsi décidé d’inviter son entourage à l’accompagner au parc High Park de Toronto pour y observer les oiseaux. Bien que ni lui ni son entourage n’aient le profil typique d’un ornithologue, ils ont décidé de franchir le pas :
« L’idée est de s’approprier des espaces dans lesquels beaucoup d’entre nous ne se sentent ni à l’aise ni à leur place, de par notre conditionnement », explique-t-il.
L’organisation Flock Together mise ainsi sur une approche résolument plus « libre » de l’ornithologie. Au départ, les membres du groupe ne connaissaient le nom d’aucun oiseau et disposaient, pour seul équipement, d’une seule paire de jumelles à 10 dollars qu’ils se passaient d’une personne à l’autre. Leur observation des oiseaux ne suivait aucun itinéraire prédéterminé. À la place, ils préféraient se laisser porter par leur curiosité. Sur les 15 personnes qui se sont réunies à High Park ce jour-là, la plupart se sont contentées d’utiliser leurs yeux et leurs oreilles pour se familiariser avec les oiseaux. Mais ce qui importait le plus encore à Kazeem et à son entourage était d’abandonner les idées préconçues sur ce qu’est un ornithologue et d’inventer leur propre manière d’observer les oiseaux.
Lors d’une entrevue récente, Kazeem a déclaré :
« Nous avons parlé des oiseaux, mais aussi de musique, d’art et de la vie en général. C’est le même genre de conversations que n’importe qui pourrait avoir dans une discothèque bruyante ou pendant un souper. La seule différence est que vous vous trouvez dans ce cadre magnifique et paisible. Et c’est gratuit. »
Andrés partage lui aussi ce sentiment. Selon lui, lorsque l’on essaie d’observer les oiseaux pour la première fois, il est important de prêter davantage attention à son environnement et de se laisser guider par sa curiosité. Vous pouvez les photographier ou les dessiner, simplement écouter leurs chants, et décider d’attendre avant d’investir dans une paire de jumelles. Ce qu’il est important de se rappeler est qu’il n’est pas nécessaire d’être un expert et que l’on peut simplement être à l’écoute des oiseaux qui nous entourent. Si cela vous amène à vous intéresser davantage à l’ornithologie, alors qu’à cela ne tienne!
Andrés Jiménez, coordonnateur du programme d’Oiseaux Canada, me confie :
« Nous devrions arrêter d’appeler les gens qui vont passer l’hiver dans le sud des “snowbirds”. Les vrais oiseaux des neiges sont les oiseaux de l’Arctique qui côtoient habituellement les ours polaires. Chaque année, ils migrent dans le sud du Canada pour y trouver un habitat plus tempéré et de la nourriture. »
Ainsi, chaque hiver, les Canadiens ont le privilège de pouvoir observer des oiseaux qui ne nous rendent visite que temporairement. Vous pouvez découvrir une merveilleuse exposition itinérante avec des oiseaux venant de la forêt boréale, comme des bruants des neiges, des sizerins flammés, des harfangs des neiges et des buses pattues, et ce, simplement en passant le pas de votre porte.
« Je déteste vraiment l’hiver », dit Kazeem. En organisant des événements pour Flock Together, l’observation des oiseaux lui a ainsi donné une raison de sortir de chez lui. Malheureusement, les événements de Flock Together ont dû être interrompus à cause de la pandémie. Toutefois, le point de vue de Kazeem reste d’actualité. En effet, l’observation des oiseaux peut être une bonne manière de nous distraire pendant nos promenades hivernales tant redoutées.
Kazeem ajoute que l’observation des oiseaux en hiver offre une manière apaisante de profiter du calme que procure la neige. Cela vous permet de ralentir la cadence et d’être plus à l’écoute de votre environnement lorsque vous vous promenez en hiver.
Un autre avantage est qu’il est plus facile d’observer les oiseaux en hiver lorsque les arbres ont perdu leurs feuilles.
Andrés encourage les ornithologues en herbe à créer des liens réciproques avec les oiseaux.
Installez une petite mangeoire à oiseaux à l’extérieur et utilisez-la en guise d’invitation à nouer une relation durable avec eux. L’observation des oiseaux peut aussi amener les nouveaux amateurs d’ornithologie à s’engager dans leur protection et leur bien-être. Lorsque les gens se découvrent un intérêt pour les oiseaux, ils sont beaucoup moins enclins à laisser leur chat en liberté. Ils sont aussi plus susceptibles de mettre des autocollants sur leurs fenêtres ou d’éteindre leurs lumières la nuit pour éviter les collisions. Vous pouvez aussi planter des plantes endémiques dans votre jardin pour fournir de la nourriture et un habitat à nos chers amis à plumes venant de l’Arctique pendant leur brève passage dans nos contrées.
Le Grand dénombrement des oiseaux, organisé par Oiseaux Canada et qui se déroulera du 12 au 14 février, est la manière idéale d’entrer en relation avec les oiseaux. Il vous suffit d’observer les oiseaux pendant au moins 15 minutes chaque jour pendant ces quatre jours. Vous saisissez ensuite ces données sur le site ebird.ca*. Vous pouvez également reconnaître les oiseaux présents dans votre quartier en utilisant le Guide d’identification d’Oiseaux Canada. Quant à l’application Merlin Bird (en anglais), elle vous offre un guide pratique sur les oiseaux de votre région avec des photos, leurs chants et une description utile des espèces d’oiseaux susceptibles de se poser dans votre jardin. Ensuite, vous pouvez ajouter vos photos d’oiseaux sur une carte mise à jour en temps réel. À chaque fois que d’autres ornithologues amateurs dénombrent de nouveaux oiseaux près de chez eux, leurs photos se matérialisent sur la carte par des petits flashs d’appareil photo. Votre contribution à la science à l’échelle locale permet de soutenir la recherche ornithologique à l’échelle mondiale. Pas mal, n’est-ce pas?
Les associations citoyennes œuvrant pour les parcs ont conçu des activités pour observer les oiseaux, à la fois ludiques, sûres et respectant les règles de distanciation physique, que vous pourrez facilement reproduire avec votre association.
Cette année, par exemple, grâce à la Bourse TD Ami·es des parcs, la Société artistique Still Moon Arts* a invité les résidents de Vancouver à se reconnecter avec la nature et à créer une symphonie de chants d’oiseaux sur Internet.
Ce concert innovant a permis aux résidents de rendre hommage aux oiseaux.
« L’observation et l’écoute des oiseaux sont des activités idéales, car elles peuvent se faire par soi-même, n’importe quand et n’importe où. Cela nous permet d’entrer en relation avec d’autres êtres vivants avec qui nous partageons l’habitat. »
Carmen Rosen, Directrice artistique de Still Moon Arts.
Cette initiative collective visant à créer des liens avec les oiseaux a vu le jour après une discussion sur Internet animée par Sara Ross (RedSara)*, une éducatrice en environnement. Les participants ont appris à reconnaître les oiseaux que l’on peut apercevoir à l’aube, ainsi que le chant des oiseaux lorsque le soleil commence à se lever.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Remarque : Cet article revient sur les émeutes et les agressions raciales de l’an dernier, notamment sur l’assassinat de George Floyd, le combat pour défendre les terres des Wet’sutwet’en et les agressions perpétrées contre les personnes d’origine asiatique.
L’an dernier a été marqué par une vague sans précédent de mouvements revendiquant plus de justice raciale, qui ont suscité l’espoir et la résilience en plein milieu d’une pandémie (une tâche d’une ampleur considérable). Partout au Canada et dans le reste du monde, les personnes Noires, Autochtones et de couleur ont réclamé davantage de justice sous toutes ses formes.
En s’opposant à la construction d’un oléoduc, les chefs héréditaires Wet’sutwet’en ont affirmé leurs droits sur leurs terres ancestrales* et mis en évidence les méthodes coloniales encore utilisées de nos jours. Quelques mois plus tard, l’assassinat de George Floyd a suscité une prise de conscience similaire* sur les conditions de vie des personnes Noires en Amérique et ailleurs. Ces mouvements nous ont contraints à avoir des conversations embarrassantes sur les conséquences persistantes du racisme et de la colonisation.
Il n’est donc pas surprenant que ces combats sociaux se soient manifestés dans l’espace public. Jusqu’à présent, les experts du secteur de l’urbanisme notamment vantaient les mérites de l’espace public comme étant un endroit « neutre »* face à la politique et à l’oppression. Ils partaient du principe que l’accès et la manière d’interagir avec son environnement étaient les mêmes pour tout le monde, quelle que soit son identité.
Or, les agressions raciales qu’ont subies Christian Cooper, un Afro-Américain observant les oiseaux à Central Park, et Justine Abigail Yu, une Philippine canadienne se reposant dans un parc public, ont remis en question cette « neutralité ». Depuis l’an dernier, le Chinese Canadian National Council* recueille les plaintes de personnes victimes de crimes haineux anti-asiatiques sur Internet. Sur les centaines d’incidents déclarés, plus de 50 % se sont produits dans des lieux publics.
Dans le cadre des initiatives solidaires prises en réaction à ces incidents, comme la fermeture de certaines rues et voies ferrées, ainsi que d’autres lieux publics, des intellectuels de renom, comme Jay Pitter, ont répondu directement à cette question* : « L’aménagement urbain a la capacité soit de perpétuer les inégalités dans les villes, soit de les résoudre », a-t-elle déclaré dans une entrevue télévisée.
Ces faits et ces chiffres ont confirmé ce que beaucoup de personnes Noires, Autochtones et de couleur savaient déjà sur cette prétendue neutralité : qu’elle ne reflète pas la réalité. En tout cas, pas pour celles et ceux dont l’expérience dans les lieux publics a été affectée par leur identité raciale, au même titre que les aménagements ou l’entretien de ces espaces. Le droit de se trouver dans ces lieux publics, en toute liberté, était tout aussi important pour elles pour s’y sentir bien. En définitive, on a fini par reconnaître que ce sont ces mêmes groupes de personnes qui devraient apporter les changements nécessaires.
Grâce à leurs recherches, leurs plaidoyers et leurs fonctions municipales, les personnes de couleur ont revendiqué le droit d’exister en tant que chefs de file dans le cercle rapproché des urbanistes. Tandis que les mouvements populaires nous ont contraints à porter un regard critique sur les diverses manières dont nous nous rendons complices du racisme, les personnes travaillant dans les parcs et les lieux publics ont été forcées de faire de même.
À cet égard, Jacqueline L. Scott a constaté l’énorme engouement suscité par son travail. Dans le cadre de son doctorat à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto, elle étudie l’expérience des personnes Noires dans la nature. Depuis le regain d’activité du mouvement Black Lives Matter, elle a été invitée à participer à un nombre sans précédent de webinaires et d’entretiens avec les médias pour parler de son travail.
Elle attribue cet intérêt accru au fait que les gens comprennent enfin que « la discrimination raciale qui s’opère dans les activités en plein air ou dans le secteur de l’environnement est le même que partout ailleurs ». Dans notre sondage pancanadien d’avril 2021, 77 % des personnes interrogées étaient d’avis que l’expérience de certaines personnes dans les parcs était différente en fonction de leur identité. Créer des points de convergence entre l’écologie et la justice sociale permet aussi d’établir un dialogue avec des groupes souvent racialisés.
Jacqueline L. Scott constate que les services des parcs et loisirs avec lesquels elle a travaillé se caractérisent par les mêmes structures hiérarchiques. Le « mur blanc » que représente le personnel constitue un véritable obstacle pour les services qui auraient la capacité interne de faire changer les choses. Pour illustrer cela, le Diversity Institute a enregistré qu’en 2019, seulement 2,2 % des postes de haute direction du secteur public dans la région du Grand Montréal étaient occupés par des personnes racialisées.
Minaz Asani-Kanji, directrice de diffusion d’Ami·es des parcs, a également remarqué ce phénomène. « On voit rarement des personnes Noires ou de couleur occuper ces postes. Que ce soient les superviseurs des parcs ou même les personnes embauchées pour l’été. »
Pour y répondre, certaines municipalités ont engagé des spécialistes afin d’offrir de nouvelles perspectives et de mettre en œuvre des initiatives favorisant l’équité. À Thunder Bay*, le responsable de l’inclusion et des relations avec les Autochtones et l’agent de liaison Autochtone ont entamé des discussions sur la manière de décoloniser l’espace public et de permettre aux Autochtones de se le réapproprier. Des projets tels que le Northwood Splash Pad ont ainsi pu bénéficier de cet engagement ciblé. Quant à Edmonton, l’initiative Indigenous Framework* est née d’un partenariat avec des groupes Autochtones et d’un engagement à éliminer les barrières à l’emploi auxquelles ils sont confrontés.
Bien que ces étapes soient importantes, d’après Minaz Asani-Kanji, elles ne suffiront peut-être pas à inciter ces personnes à postuler si elles ne sont pas conscientes des possibilités d’emploi qui s’offrent à elles dans les parcs ou espaces verts urbains. Jacqueline L. Scott appelle cela des « barrières à l’information » ou des « infos exclusives ». Non seulement certains groupes Autochtones sont moins susceptibles de s’imaginer travailler pour les services des parcs, mais il se peut aussi qu’ils ne disposent pas des relations ni des renseignements nécessaires pour être sélectionnés pour ces postes. C’est justement sur l’établissement de ces relations que porte le travail de Minaz Asani-Kanji au sein d’Ami·es des parcs. En ciblant spécifiquement les groupes défavorisés par le biais du programme « Susciter le changement » mis en place par l’organisation, elle les aide à donner vie à leur projet dans les parcs en leur fournissant les outils nécessaires pour traiter avec les services des parcs de la Ville.
Pour renforcer les capacités et développer des relations, il est nécessaire avant tout de creuser la question au cœur de ces problématiques : celle des rapports de force inégaux.
Lourdenie Jean, fondatrice de « L’environnement, c’est intersectionnel », s’est donné pour objectif de s’attaquer à ce problème. Dans son travail, elle adopte une approche intersectionnelle afin d’identifier les groupes marginalisés et les manières dont ils subissent cette discrimination.
« Ces rapports de force existent partout, même dans les parcs et les espaces verts. Le racisme, le sexisme et le capitalisme sont toujours présents. » Et ceci touche les quartiers, les organisations communautaires et les municipalités à tous les niveaux. Ces sujets délicats peuvent susciter une certaine crainte, mais il est nécessaire de les aborder en faisant preuve de courage. Car c’est à partir de ces conversations que naissent les idées audacieuses*.
C’est le cas de l’urbaniste Lena Philips* qui propose des idées aux organisations locales prêtes à allouer leurs ressources plus délibérément. D’après elle, il faudrait commencer par rémunérer le travail fourni par les personnes qui s’investissent. Afin d’améliorer le soutien qu’elles offrent à leur public, ces organisations devraient également revoir les critères qu’elles utilisent pour évaluer les demandes de financement et de programmes en tenant compte de la riche expertise des personnes Noires, Autochtones et de couleur.
Ces groupes de personnes se sont également organisés pour renforcer leurs propres capacités en dehors des institutions officielles. Ceci a pris plusieurs formes, mais en général ils se sont efforcés de développer les compétences en leadership de leurs membres.
À Halifax, l’entreprise sociale Hope Blooms* propose aux jeunes des programmes diversifiés axés sur l’agriculture, afin de répondre aux problèmes d’insécurité alimentaire, ainsi que des programmes de leadership.
L’Ethọ́s Lab* s’adresse directement aux jeunes Noirs de Vancouver en leur offrant des possibilités de mentorat afin qu’ils puissent concevoir et créer des espaces dans lesquels ils et elles se sentent en sécurité. À travers ces deux initiatives, les leaders en herbe apprennent à reconnaître et à combattre les structures hiérarchiques qui marginalisent leur communauté. Pour conclure, Lourdenie Jean rappelle que le partage du pouvoir devrait être la préoccupation de tous, car selon elle, « l’intégration des personnes marginalisées profite à tout le monde ».
Tandis que les manifestations et les barricades baissent en intensité, les personnes qui ne sont pas directement touchées par ces questions peuvent être tentées de penser que le travail est terminé. À ce propos, sur les 32 services des parcs interrogés pour le rapport de cette année, seuls cinq (17 %) ont déclaré que la lutte contre les inégalités systémiques et la discrimination dans les parcs constituait un défi pour eux, contre huit (27 %) qui ont déclaré qu’il s’agissait d’un défi mineur.
C’est là que la responsabilité des décideurs politiques et des organisations comme Ami·es des parcs doit entrer en jeu. En juin 2020, nous avons publié une déclaration* dans laquelle nous nous engageons à adopter des processus internes pour lutter contre le racisme sous toutes ses formes. Depuis lors, notre organisation a progressé dans cette démarche et documenté ses progrès ici.
Grâce aux coalitions officielles et non officielles formées avec des acteurs du changement, les personnes Noires, Autochtones et de couleur n’ont jamais autant fait entendre leur voix. À ce propos, Jacqueline L. Scott a brillamment résumé ce sentiment : « Voici ce que je pense de ces organisations : vous avez une opportunité à saisir maintenant. À moins que vous espériez que tout cela disparaisse? Mais pour ma part, je ne crois pas que nous allons disparaître. »
Au Canada, les activités philanthropiques ont souvent privilégié les institutions publiques, comme les universités, les hôpitaux et les arts, mais moins les parcs. Toutefois, ces dernières années au Canada, des philanthropes ont fait don de nouveaux espaces publics de grande envergure. Avec l’appréciation croissante pour les parcs pendant la pandémie, ceux-ci pourraient bénéficier d’un intérêt accru de la part des philanthropes, ce qui présente à la fois des défis et des possibilités.
Pour Sheila Taylor, directrice générale de Parks Foundation Calgary, une organisation indépendante qui soutient principalement des projets citoyens dans les parcs, les activités philanthropiques en faveur des parcs sont liées à l’esprit d’entreprise de la Ville.
Les citoyennes et citoyens se sont toujours investis afin de créer la ville qu’ils désirent », dit-elle. « Ils sont profondément attachés à leurs parcs et lieux publics, comme nous le constatons de plus en plus depuis le début de la pandémie. Et quand les gens sont attachés à quelque chose, ils souhaitent y contribuer, que ce soit en donnant de leur temps, de leurs talents ou par une contribution financière. »
Selon Doug Bennet, du service des Parcs, forêts et loisirs de la Ville de Toronto, ce sont ces liens profonds qui expliquent également pourquoi les gens font des dons en faveur des parcs. « La philanthropie leur permet de faire un don pour soutenir des causes qui leur sont chères », dit-il. « Ils aiment leurs parcs et beaucoup ont envie de donner en retour. »
La philanthropie en faveur des parcs n’en est encore qu’à ses débuts au Canada. Bien que certaines initiatives aient bénéficié de dons importants, comme les 25 millions de dollars versés au projet Meadoway de Toronto, la majorité des fonds sont octroyés à des projets plus petits, comme des terrains de jeux et des programmes publics. Ces dons importants peuvent provenir de particuliers, de fondations, d’entreprises et de collectes de fonds locales.
Selon Doug Bennet, qui a vu l’intérêt philanthropique pour les parcs croître au cours de ses huit années d’expérience avec la Ville, si les dons en faveur des parcs peuvent avoir une incidence réelle, il est important de garder à l’esprit l’échelle de ces investissements par rapport au budget global des parcs urbains financé par les pouvoirs publics.
« Ces sommes ne sont pas insignifiantes, mais elles ne sont pas énormes non plus », dit-il. Dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020, la Ville de Toronto a notamment indiqué qu’elle avait reçu 8 millions de dollars venant de sources privées pour un budget d’investissement de plus de 100 millions de dollars, ce qui montre la prédominance du financement public.
Même pour les projets de parcs bénéficiant du soutien des philanthropes, les fonds privés couvrent rarement la totalité des dépenses. À Calgary, le programme Leverage Partners de la Ville fournit un financement de contrepartie pour les projets de parcs recevant l’appui des philanthropes et des citoyens, et a débloqué un budget de 8 millions de dollars pour la période de 2019-2022. La Ville de Thunder Bay a lancé un programme similaire* et offre aux citoyens de couvrir la moitié des coûts des projets de plus de 100 000 $. Quant à Ottawa, la municipalité répartit son programme de partage des coûts entre des projets d’investissement à petite échelle et à grande échelle.
Bien que le Canada soit loin d’avoir atteint le niveau des États-Unis en matière de philanthropie pour ses parcs, nous pouvons néanmoins tirer des leçons de leur expérience. La réduction drastique des budgets alloués aux services des parcs aux États-Unis a coïncidé avec une explosion des parcs financés et exploités par le secteur privé.
Bien que les budgets des parcs au Canada soient serrés, ils n’ont cependant pas subi les mêmes coupes budgétaires drastiques auxquelles ont été soumises de nombreuses villes aux États-Unis. En effet, celles-ci ont dû transférer une partie des responsabilités du secteur public en matière d’entretien et de financement des parcs municipaux au secteur privé.
Cette évolution s’est traduite par des dons absolument vertigineux, comme un don de 100 millions de dollars* pour Central Park à New York et un autre de 465 millions de dollars* pour la création et l’exploitation du parc Gathering Place à Tulsa.
Ces dons de plus en plus importants suscitent aussi des inquiétudes. Les opposants affirment que ces dons substantiels* interfèrent avec la planification des parcs pour se conformer à la vision des bailleurs de fonds, se substituent aux investissements du secteur public et entraînent un surfinancement des parcs phares dans des quartiers aisés, majoritairement blancs, au détriment des quartiers racialisés à faibles revenus.
Face au problème, de nouvelles initiatives philanthropiques, axées sur l’équité, l’investissement dans les quartiers défavorisés et le renforcement des capacités locales, ont vu le jour aux États-Unis.
C’est le cas, par exemple, de Reimagining the Civic Commons*. Centrée sur l’équité, cette initiative philanthropique a été lancée dans 10 villes américaines et finance des lieux publics pour soutenir le développement économique, la durabilité et les liens sociaux de manière équitable. De nombreuses ressources* sur les méthodes de mobilisation, la conception et l’évaluation des retombées ont été publiées dans le cadre de ce projet. L’exemple de la High Line de New York est tout aussi intéressant. Suite à des critiques selon lesquelles ce parc linéaire, financé par des fonds privés, était principalement destiné aux visiteurs blancs* et était responsable de l’embourgeoisement du quartier, l’organisation à but non lucratif à l’origine du parc a lancé le réseau High Line Network. Cette nouvelle organisation, dont les parcs Bentway et Meadoway au Canada reçoivent le soutien philanthropique, publie des ressources* pour aider d’autres parcs à se servir d’un modèle de développement plus inclusif et équitable.
Les activités philanthropiques doivent répondre aux besoins de la population et s’abstenir de proposer un plan tout fait qui ne laisserait que peu de place au public pour s’exprimer sur le produit fini. Pour ce faire, les Villes doivent adopter un processus transparent et équitable lors de l’évaluation des projets. Même si, pour certains bailleurs de fonds, ce processus peut s’avérer frustrant à cause de la lenteur des approbations, il est toutefois essentiel pour garantir le droit de regard du public.
Selon Nico Bernard, responsable du développement des investissements des parcs à Calgary, la Ville s’est largement attachée à définir sa collaboration avec Parks Foundation Calgary, notamment concernant les attentes au niveau des projets.
Pour ses projets, la municipalité a recours au processus de gestion « Stage-gate »* qui repose sur plusieurs évaluations. Ceci permet de garantir que les projets s’inscrivent dans la vision stratégique de la municipalité et répondent aux besoins réels des usagères et usagers. Entre la proposition et la phase de construction, les projets sont soumis à plusieurs évaluations. « Il faut être rigoureux pour veiller à ce que les projets soient vérifiés de près », explique Nico Bernard.
La vérification requiert notamment de « réfléchir à l’usage futur de l’espace et pas seulement lors de sa construction initiale », explique Sheila Taylor. Dès le départ, et avant de conclure toute entente de collecte de fonds, il faut déterminer qui sera responsable de l’entretien de ce lieu à long terme.
La Fondation a également aidé la Ville à concrétiser des projets de parcs prioritaires, comme la Rotary-Mattamy Greenway*, qui vient d’être terminée. Avec un budget de 50 millions de dollars financé par des fonds privés et publics, cette voie verte de 138 km relie 55 quartiers de la ville et s’inscrit dans la vision stratégique de la Ville.
À Toronto, Doug Bennet explique que tout don supérieur à 50 000 dollars doit être soumis au vote du conseil municipal et nécessite donc un certain devoir de diligence. « L’objectif est de veiller à ce que les projets proposés coïncident avec les intérêts de la Ville », dit-il.
Et d’ajouter que la Ville dirige les dons des entreprises vers ses zones d’amélioration des quartiers, soumises à divers critères en matière d’équité, et vers d’autres zones qui ne font peut-être pas l’objet du même intérêt philanthropique que d’autres quartiers.
Toute opportunité philanthropique en faveur des parcs doit être examinée en tenant compte de la question de l’équité. À cet égard, des études récentes sur les dons réalisés au Canada ont révélé des contrastes saisissants.
Publié en 2020, le rapport intitulé Unfunded: Black Communities Overlooked by Canadian Philanthropy* a compilé les données financières venant de fondations canadiennes afin d’étudier celles qui recevaient des financements. Bien que le rapport ne porte pas uniquement sur les investissements effectués dans les parcs, ses conclusions montrent que les organisations dirigées par des personnes Noires sont systématiquement oubliées des activités philanthropiques au Canada, un phénomène qui devrait faire réfléchir le secteur des parcs également. Sur 100 $ versés par les principales fondations canadiennes, 0,03 $ ont été octroyés à des organisations dirigées par des personnes Noires, tandis que 0,07 $ ont été versés par des fondations citoyennes.
Selon Rudayna Buhabeshi, spécialiste des politiques et des programmes avec près de cinq ans d’expérience dans le secteur caritatif au Canada, la question de l’équité raciale doit figurer dans l’évaluation du financement des parcs, surtout lorsque l’on connaît les vertus bénéfiques des espaces verts de qualité pour la santé mentale et physique.
Selon Rudayna Buhabeshi, même s’il est important d’examiner les groupes et quartiers qui ont reçu des fonds dans le passé, les organisations doivent aussi réfléchir, dès la phase de conception de leurs programmes, à ce qu’elles peuvent faire pour s’adresser aux groupes dirigés par des personnes Noires et Autochtones, si ce n’est pas le cas.
Par exemple, si un bailleur de fonds souhaite toucher une population particulière, il doit alors mettre en évidence cet engagement dans la subvention elle-même, ajoute-t-elle. Si dans le passé, les citoyennes et citoyens ne voient pas de gens qui leur ressemblent bénéficier d’un soutien, alors « il leur est difficile de savoir qu’il s’agit d’une priorité pour l’organisation. »
Il est également essentiel de revoir la manière dont les subventions sont examinées, un sujet que Rudayna Buhabeshi a abordé dans un article paru en 2021 dans The Philanthropist* à propos du racisme anti-Noirs dans ce secteur au Canada.
En outre, elle souligne qu’une attention particulière doit être accordée à l’évaluation basée sur les « capacités » des organisations bénéficiaires. En effet, les groupes ayant moins d’expérience ont tendance à être laissés de côté, et les financements à être toujours octroyés aux mêmes groupes. Plutôt que de pénaliser les groupes ayant moins d’expérience dans la rédaction de demandes de subvention, les bailleurs de fonds devraient y voir la possibilité d’aider ces groupes à se développer, explique Rudayna Buhabeshi.
Ce sujet a été repris par Lena Phillips, une urbaniste et consultante spécialisée dans les questions d’oppression, dans un article de 2020* sur la manière de rendre les lieux publics plus sûrs. Elle y explique notamment comment les modèles de financement actuels privilégient certains groupes, entravent la possibilité de certains groupes d’y avoir accès en exigeant qu’ils aient le statut d’organisme de bienfaisance ou soient constitués en société.
Depuis, certaines agences d’octroi de subventions ont pris des mesures pour lever ces obstacles. La Toronto Foundation* et la Vancouver Foundation* proposent des subventions ciblant spécifiquement les organisations dirigées par des personnes Noires et Autochtones. Elles leur offrent des consultations téléphoniques et tentent de réduire les obstacles liés à l’exigence d’avoir le statut d’organisme de bienfaisance.Bien qu’il s’agisse d’une subvention publique, l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé, lancée par le Gouvernement fédéral en 2021 et mise en œuvre par Fondations communautaires du Canada, offrait aux candidats un guide sur l’équité*. Conçu par Jay Pitter, une Canadienne spécialiste de l’aménagement des lieux de convivialité [« placemaking » en anglais], ce guide servira aux organismes, aux municipalités et aux fondations pour la conception de leurs programmes.
Bien qu’il soit surtout question d’argent lorsque l’on parle des activités de philanthropie en faveur des parcs, un autre aspect essentiel qui, selon certains experts, serait encore plus important que l’aspect financier, est le renforcement des capacités et l’établissement d’une bonne gestion au niveau local.
Selon Erika Nikolai, directrice générale des Amis des parcs, ce qui fait toute la différence, c’est le temps et l’énergie que consacrent les citoyens pour l’organisation de programmes publics. Ces activités à petite échelle contribuent à renforcer la cohésion sociale, mais aussi la capacité de ces groupes à organiser des activités de plus grande envergure et à plaider en faveur du changement.
D’après elle, la pandémie a mis en évidence l’importance des programmes publics qui permettent aux résidentes et résidents de rester en contact et en santé. Plutôt que d’octroyer la majorité des dons philanthropiques aux projets d’investissement, selon elle, il pourrait être utile de soutenir ce genre d’activités qui requièrent aussi moins d’argent.
Les projets philanthropiques peuvent également contribuer à créer des liens. Si tous les projets de parcs financés par les municipalités s’appuient sur des consultations publiques, la participation directe des citoyens, notamment dans la collecte de fonds, la conception du projet, ou les deux, pourrait avoir un effet direct sur ces consultations.
Pour Sheila Taylor, la philanthropie requiert de forger des alliances en faveur des parcs, de même qu’un sentiment de responsabilité partagée et un but commun. « Pour moi, la philanthropie ce n’est pas seulement donner de l’argent, c’est aussi partager son temps et ses talents pour soutenir une cause », dit-elle.
À cet égard, la Fondation s’attache à outiller les citoyens plutôt que de prendre en charge elle-même les projets. Par exemple, elle subventionne les études de conception et aide les organisations à gérer les aspects financiers de leur projet.
« Le jardin musical que nous avons créé l’an dernier a suscité une immense mobilisation de la part des résidentes et résidents de Calgary, et beaucoup ont fait des dons », explique Sheila Taylor au sujet du parc Quinterra Legacy Garden* construit à la mémoire de cinq jeunes assassinés en 2014. « Le parc musical a bénéficié du soutien de plusieurs centaines de donateurs, et cette expérience a été véritablement transformatrice. »
À Toronto, Doug Bennet cite la construction d’aires de jeux financées par des philanthropes. Selon lui, faire participer les résidents à la construction d’aires de jeux est un moyen de créer un dialogue. « En établissant des partenariats, il est possible de créer un climat de confiance, ce qui est primordial pour le gouvernement. »
Par ailleurs, les municipalités peuvent exploiter le potentiel lié aux activités de gestion et à l’établissement d’un dialogue en lançant des initiatives de budgétisation participative. Ce processus financé par des fonds publics permet aux citoyennes et citoyens de proposer des projets et de voter pour qu’ils soient financés dans leur quartier. Des Villes canadiennes comme Kitchener, Montréal, Longueuil et Toronto ont testé ce processus à différents degrés. À cet égard, Montréal a approuvé un budget de 10 millions de dollars pour des projets favorisant la résilience sociale et écologique. Dans ces villes, les taux de participation étaient plus élevés* que les consultations traditionnelles sur les parcs. Toutefois, ce processus a aussi soulevé certaines inquiétudes quant à la possibilité de créer une atmosphère compétitive*, d’où l’importance d’un processus décisionnel équitable et transparent, que les financements soient privés ou publics.
Enfin, les lieux publics peuvent aussi profiter des idées innovantes et de l’esprit créatif que portent les projets philanthropiques et citoyens. Contrairement au service des parcs d’une Ville, les résidentes et résidents voient parfois des liens entre les différents types de lieux publics qu’ils fréquentent au quotidien, comme les parcs, les corridors hydroélectriques et les rues.
Selon Marisol Narvaez, responsable des partenariats à la Ville de Calgary, la philanthropie « nous amène à repenser notre approche vis-à-vis des lieux publics ».
Il suffit de regarder le Flyover Park* construit récemment à Calgary. Ce parc unique est né de l’idée de résidentes et résidents qui souhaitaient réimaginer ce lieu public situé sous un pont à étagement.
Avec les élèves d’une école secondaire, ils ont imaginé ce qu’ils pourraient en faire, puis ont fait appel à des étudiants en architecture paysagère de l’Université de Calgary pour les aider à concrétiser leurs idées. Par la suite, le projet a bénéficié à la fois de financements privés et de fonds publics du gouvernement provincial et de la Ville.
Aujourd’hui, ce parc est devenu un endroit très apprécié de la population. Cependant, comme le dit Sheila Taylor, « tout a commencé quand des enfants ont eu l’idée de créer un parc à cet endroit ».
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
Points clés :
Comme nous l’avons écrit dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2021, beaucoup de gens ont transféré à l’extérieur, notamment dans les parcs, des activités qu’ils faisaient généralement « à l’intérieur » en raison de la fermeture des espaces intérieurs, comme les restaurants, les bibliothèques et les salles de sport, pendant la pandémie. Manger, aller aux toilettes et rencontrer des amis ne sont que quelques exemples des besoins quotidiens fondamentaux que les gens ont de plus en plus cherché à combler dans les parcs durant la pandémie.
Ces changements d’habitudes ont entraîné un changement de perception sur la raison d’être des parcs. Comme le dit Sara Udow, urbaniste et directrice de la société de mobilisation citoyenne PROCESS : « les gens utilisent les parcs pour combler leurs besoins fondamentaux, et pas seulement pour les loisirs. » D’après notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes canadiennes, 93 % d’entre elles ont convenu que permettre aux gens de répondre à leurs besoins élémentaires est un avantage important des parcs.
Pourtant, des idées étroites sur « les manières acceptables » d’utiliser les parcs, émanant de la stigmatisation et des inégalités basées notamment sur la race, la classe sociale et les capacités individuelles, empêchent certaines personnes de profiter des avantages des parcs pour répondre à leurs besoins quotidiens. Souvent, les personnes qui dépendent le plus des parcs – comme celles confrontées à la précarité du logement et à d’autres formes de marginalisation – sont celles dont on néglige, voire ignore, le plus les besoins.Par exemple, alors que beaucoup utilisent les parcs comme lieux de repos et de détente, les personnes sans logement, quant à elles, font souvent face à la répression et aux ordres d’évacuation quand elles souhaitent profiter de ce repos pendant la nuit. Et malgré l’intérêt grandissant d’intégrer une optique de santé publique dans la planification des parcs, des caractéristiques de conception hostiles, comme l’utilisation d’éclairages bleus dans les toilettes, qui vont à l’encontre des conseils de santé publique*, contribuent à exclure des parcs les personnes qui consomment des substances.
Cependant, les Villes et leurs populations commencent à reconnaître et à corriger ces inégalités par le biais de programmes qui priorisent le bien-être des personnes les plus souvent exclues. En remettant en question les doctrines en matière de prestation de services, d’application des règlements et de conception environnementale, ces initiatives montrent la voie à suivre pour créer des parcs prenant soin de toutes et tous.
Bien que répondre aux besoins élémentaires des gens en mettant à leur disposition des équipements, comme des toilettes, soit incontournable, l’unique focalisation sur les besoins peut parfois masquer ce que les personnes marginalisées peuvent offrir à la société, explique Azkaa Rahman, analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.
« On passe à côté de beaucoup de choses quand on se concentre uniquement sur l’analyse et la gestion des besoins au lieu de tenir compte des talents, des qualités, des ressources et des forces que les gens peuvent offrir, partager et échanger ».
Azkaa Rahman, Analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.
Azkaa travaille pour RECOVER Urban Wellbeing*, une initiative lancée par la Ville pour favoriser le bien-être de la population, en particulier des personnes sans logement ou marginalisées à Edmonton. Le travail de RECOVER s’appuie sur une recherche socio-ethnographique menée auprès de 59 résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue, qui a permis de déterminer les éléments qu’ils considèrent comme étant essentiels à leur bien-être.
Cette recherche* a révélé que les besoins sociaux et psychologiques des participants (respect, famille, liens sociaux, et raison d’être) contribuaient davantage à leur idée de bien-être que leurs besoins matériels. Par conséquent, le groupe de travail sur le bien-être a donc porté son attention sur les relations : que ce soit d’établir de bonnes relations avec autrui, la terre, soi-même, la culture, le projet humain ou le sacré.
Chaque année, RECOVER lance et évalue une série de « prototypes sociaux » pour tester différentes approches visant à améliorer le bien-être des gens. Beaucoup de ces tests se déroulent dans des parcs et espaces en plein air.
Les projets de 2021 comprennent The Gallery*, un projet d’art public qui a mis en lumière le travail d’artistes Autochtones ayant été un temps sans logement, et dont l’objectif explicite est de créer des liens entre les chefs d’entreprise et les résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue. Un autre exemple est Soloss*, un prototype qui a mobilisé les résidentes et résidents et les a formés comme « personnel accompagnant » pour aider leurs concitoyens à surmonter un deuil. Pour établir la description de ce rôle, l’équipe du projet a organisé des événements éphémères* au Churchill Square et au Camp Pekiwewin*, un campement Autochtone, afin de recueillir l’avis du public. Grâce au programme qui en a découlé, les accompagnants ont aidé leurs pairs à gérer leur deuil par le biais de l’art, de la musique, d’exercices de respiration, de la danse ou des contes, et ont ainsi comblé une lacune* créée par le fait que « les services professionnels ne peuvent se substituer au soutien et à la solidarité humaine. »
À travers le Canada, 48 % des Villes ont déclaré avoir lancé au moins un programme visant à fournir des services sociaux dans les parcs. De nouveaux programmes ont vu le jour dans les parcs pour répondre aux besoins fondamentaux, comme la sécurité alimentaire, les soins de santé et le matériel de survie, tout en mettant les gens au premier plan :
À Edmonton, la nouvelle City Farm* qui a vu le jour en 2020, est un jardin potager de 5 hectares géré par la Ville qui distribue ses récoltes à des groupes associatifs.
Face aux préoccupations croissantes concernant le rôle de la police et l’application des règlements dans les parcs, les modèles basés sur la solidarité peuvent offrir une autre forme de sécurité de proximité.
À Vancouver, le Sweetgrass Clan* dirige une patrouille de sécurité assurée par des personnes Autochtones dans le quartier Downtown Eastside. S’inspirant de la patrouille Bear Clan* de Winnipeg, le groupe entend assurer une présence positive dans les lieux publics du quartier, en proposant des mesures pour désamorcer et résoudre les conflits en se basant sur les enseignements traditionnels Autochtones.
Selon Robbie Epp, le fondateur du groupe, ce modèle présente une alternative aux mesures de maintien de l’ordre en « éliminant de la situation la violence et le stress que beaucoup de gens ressentent dans la rue ».
« Un élément important dans nos enseignements est que la meilleure façon de prendre soin de nos enfants est de faire preuve de patience et de respect, d’avoir recours au dialogue et de montrer l’exemple », explique-t-il. « Je savais donc qu’une autre approche était possible. »
Outre ses interventions en cas de crise, le Sweetgrass Clan organise des activités pour réunir les gens du quartier, comme un barbecue dans le parc Strathcona organisé en partenariat avec le groupe East Van Skate Crows*. Robbie Epp explique que ce type d’événements peut contribuer à une plus grande prise de conscience et compréhension au sein de la population. Et d’ajouter que « le plus difficile [dans son travail] est de communiquer avec les résidents » pour les aider à comprendre la réalité des Autochtones qui vivent dans la rue.
Dans le même temps, les espaces verts peuvent constituer des lieux de guérison pour les personnes vulnérables, explique-t-il. « C’est lorsque l’on se rassemble dans un parc que les gens se sentent le plus à l’aise », dit-il. « Ils s’assoient simplement dans l’herbe, pieds nus et remuant les orteils et ont l’air détendu… et c’est de ça dont nous avons besoin. »
D’autres Villes commencent également à tester des patrouilles civiles dans l’espace public. À Montréal, un projet pilote lancé dans l’arrondissement Ville-Marie a recruté une équipe mobile de huit intervenants psychosociaux pour mettre en œuvre des activités de médiation et pour désamorcer et résoudre des conflits dans les lieux publics.
Selon Alexandra Flynn, professeure à UBC, il est important, lors de la mise en œuvre de ce type de programmes, d’informer le public, y compris les personnes des campements, du rôle précis de ces intervenants. Dans un rapport sur les campements à Toronto publié récemment*, elle a constaté que, sur le site web de la Ville, les ambassadeurs des parcs sont décrits comme étant « des messagers ou des représentants autorisés… de bonne volonté ». Dans les faits, ce personnel est formé pour travailler en étroite collaboration avec les autorités policières pour surveiller et signaler les problèmes liés aux campements. « Si c’est le rôle de ces effectifs, alors les municipalités doivent expliquer cet objectif plus clairement », déclare-t-elle.
Dans le cadre d’un projet de recherche récent entrepris par les Amis des parcs en partenariat avec des étudiantes et étudiants de School of Cities de l’Université de Toronto, nous avons constaté que concevoir des parcs favorisant le bien-être et l’inclusion des personnes sans logement nécessite de « désapprendre » les méthodes de conception traditionnelles.
Par exemple, des personnes qui ont été un temps sans logement nous ont dit que l’idée des « Yeux sur la rue », rendue célèbre par l’urbaniste Jane Jacobs, est problématique pour les personnes dont la vie privée est à la vue de tous dans les parcs. Également connue sous le nom de « surveillance naturelle », la création d’un champ de vision clair visant à minimiser l’intimité dans les parcs est souvent considérée comme un modèle à suivre dans le domaine de l’urbanisme, et ce, dans une optique de Prévention du crime par l’aménagement du milieu (PCAM) – une stratégie que 76 % des Villes interrogées ont déclaré utiliser.
Mais pour les personnes qui n’ont pas accès à un espace privé comme un logement, avoir une protection visuelle, notamment avec des buissons ou des arbustes, est essentiel. « Être constamment à la vue du public… est tellement humiliant, de même qu’être constamment ignoré, mais aussi constamment surveillé », dit Diana Chan McNally, coordonnatrice de la formation et de la mobilisation au Toronto Drop-In Network.
Pour Daniela Mergarten, une activiste ayant une expérience vécue, les gens ont besoin d’intimité afin d’avoir « une certaine autonomie ». Les experts en justice raciale remettent également en question les stratégies de conception favorisant la surveillance. Comme l’a écrit Amina Yasin*, la PCAM « a criminalisé dans le passé les personnes Noires, Autochtones et pauvres dans l’espace public ».
Au lieu d’avoir recours à des méthodes de conception basées sur la méfiance et qui encouragent la surveillance entre voisins ou tentent de contrôler les comportements, les personnes que nous avons interrogées nous ont dit que la conception des parcs devrait plutôt être axée sur la confiance, la solidarité et la dignité.
Cela inclut notamment d’adopter une approche de réduction des risques pour favoriser le bien-être des personnes qui consomment des substances. Hannah Leyland, une architecte travaillant à Vancouver et spécialisée dans la conception d’espaces dédiés à la consommation de drogues*, a déclaré que des aménagements spécifiques, comme des conteneurs pour objets tranchants et des toilettes publiques plus sûres*, peuvent non seulement sauver des vies, mais aussi contribuer à déstigmatiser la dépendance. La présence de ces éléments dans les parcs « véhicule le message selon lequel le quartier se préoccupe des personnes qui consomment des substances », explique Hannah Leyland.
Ces aménagements permettent également aux gens de passer du temps dans les parcs, seuls ou à plusieurs. Les personnes sans logement nous ont dit que l’absence d’aménagements, comme des bancs confortables, des kiosques de jardin couverts et des aires de pique-nique, entravait leur capacité à satisfaire leurs besoins fondamentaux, comme se reposer et socialiser dignement. La chercheuse Cara Chellew, spécialiste de l’espace public, qualifie cette absence d’« aménagements fantômes ». Selon elle, ces éléments sont intentionnellement laissés de côté dans la conception des parcs, en raison de leur capacité à susciter des « comportements indésirables », comme de « flâner sur la voie publique ».Comme l’écrivent les auteurs de Care and the City*, « se préoccuper profondément des autres … [est] une compétence que l’on acquière peut-être le mieux dans les lieux publics et accessibles qui nous donnent la possibilité de recevoir, d’offrir et de partager de l’empathie ». En adoptant ces éléments de manière plus intentionnelle dans les parcs et les programmes, il est possible de concrétiser le potentiel des parcs en tant que lieux de solidarité pour toutes et tous.
Alors que les camps de fortune se multiplient dans tout le pays, les services des parcs sont confrontés à un défi inédit : tandis que les parcs sont devenus des endroits illustrant très clairement la crise du logement, la capacité d’identifier des solutions de relogement permanentes se trouve en dehors de leur champ de compétence.
Cependant, en tant qu’organisateurs, intendants des terres et fournisseurs d’aménagements publics, les services des parcs peuvent tirer parti de leurs forces pour jouer un rôle positif face au problème de l’itinérance : que ce soit en fournissant des services basés sur les droits de la personne ou en approfondissant leur relation avec les personnes vivant dans des camps de fortune.
« Depuis le début de la pandémie, on assiste à une prolifération et à un élargissement des campements », explique Alexandra Flynn, professeure à l’Université de Colombie-Britannique, qui a étudié les mesures prises par les Villes face aux campements pendant la pandémie. « Ceci a mis davantage de pression sur les Villes canadiennes qui ont dû gérer ces campements ».
Dans notre sondage mené auprès des municipalités, 90 % d’entre elles ont déclaré que la question de l’itinérance dans les parcs représentait un défi, qui n’est d’ailleurs pas près de se résoudre.
Les spécialistes, y compris le personnel de première ligne, les personnes qui ont été en situation d’itinérance et les professionnels de la santé publique, alertent tous sur l’urgence de tenir compte de cette réalité dans la planification municipale.
« J’espère que ce problème va prendre fin, mais dans un avenir proche, j’anticipe que les gens doivent encore dormir dans les parcs. C’est triste, mais c’est une réalité à laquelle nous devons faire face », déclare Matthew Huxley, un militant qui a connu l’itinérance.
Diana Chan McNally, du Toronto Drop-In Network, ajoute : « En dépit des bonnes intentions, les gens ont toujours la conviction qu’il faut déplacer les personnes sans logement des parcs. Nous devons abandonner cette idée une bonne fois pour toutes. Parce que dans les faits… les gens n’ont absolument nul autre endroit où aller. »
Les spécialistes de la santé publique partagent aussi cette idée. Ils appellent les Villes à tenir compte des camps de sans-abris dans leur planification afin d’améliorer la résilience des systèmes de parcs et de se préparer aux projections prévoyant une augmentation des personnes sans logement* en raison des changements climatiques*, ainsi qu’une hausse de la fréquentation des espaces verts* pendant les vagues de chaleur.
Comme nous l’avons écrit dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020, les approches encourageant le déplacement des personnes sans logement – que ce soit la conception défensive des parcs ou l’évacuation des campements – engendrent de nombreux préjudices. Chasser des parcs les personnes sans logement peut les obliger à se réfugier dans des endroits plus isolés où elles seront davantage exposées aux dangers. Ceci peut aussi compliquer la tâche du personnel de terrain pour maintenir un lien avec celles et ceux qu’il tente d’aider.
De plus, tandis que les Peuples Autochtones sont touchés de manière disproportionnée par la précarité du logement – et représentent entre 28 et 34 % des personnes sans abri* alors qu’ils ne constituent qu’un peu plus de 4 % de la population canadienne –, déplacer les personnes des parcs continue d’illustrer des pratiques coloniales basées sur la violence* et la spoliation des terres, minant tout effort de réconciliation.
Malgré le sentiment répandu selon lequel les campements empêchent les autres de profiter des parcs, notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes du Canada suggère que la plupart ne sont pas de cet avis.
62 % des personnes interrogées ayant remarqué des campements dans leur parc ont déclaré que cela n’avait aucunement nui à leur fréquentation des parcs – preuve que les personnes qui se rendent dans les parcs sont ouvertes à l’idée de partager cet espace avec les personnes sans logement.
Les services des parcs abordent généralement les camps des sans-abris d’un point de vue opérationnel, en se préoccupant surtout de l’entretien des parcs. Bien que ce travail soit important, il est insuffisant pour répondre aux besoins complexes des personnes qui ont trouvé refuge dans les parcs.
Pour répondre à la situation, la Ville de Vancouver a créé un nouveau poste au sein de sa Commission des parcs* afin d’assurer la direction des relations urbaines. Ce poste, le premier du genre au Canada, se concentrera sur l’établissement de relations avec les personnes vivant dans les campements et les partenaires sociaux.
D’après Donnie Rosa, responsable de la direction générale de la Commission des parcs, ce nouveau poste transmet un message clair : « cet aspect s’inscrit dans le domaine d’activité des professionnels des parcs de la Ville ». La mise en place d’une équipe spécialisée et dotée de l’expertise adéquate allégera la charge qui pèse sur les effectifs responsables de l’exploitation des parcs, qui doivent souvent répondre aux problèmes de l’itinérance.
Ce nouveau poste a été créé après le lancement d’un processus* par la Commission des parcs en partenariat avec la Ville de Vancouver et BC Housing afin de déplacer les personnes vivant dans un grand campement au parc Strathcona vers des hébergements intérieurs au printemps 2021. Toutefois, les nouveaux camps qui ont vu le jour depuis lors soulignent la nécessité de poursuivre ce travail.
Lors de l’établissement d’un dialogue avec les sans-abris installés au parc Strathcona, la Commission des parcs s’est appuyée sur quatre principes directeurs : la réduction des risques, une intervention tenant compte des traumatismes, la réconciliation et la collaboration. Dans les faits, le processus s’est basé sur le soutien du personnel des services sociaux plutôt que celui de la police, sur la participation des effectifs de la Commission des parcs à une cérémonie du feu dirigée par des Aînés Autochtones avant d’entrer dans le camp des sans-abris, et sur la nécessité de veiller au langage utilisé, notamment en respectant les biens personnels des gens dans le parc plutôt qu’en les considérant comme des déchets.
Donnie Rosa reconnaît que se conformer à ces principes n’était pas chose facile au vu des systèmes coloniaux existants. Certains jours, les rencontres avec les personnes vivant dans les campements pouvaient durer plusieurs heures, car celles-ci avaient des choses importantes à communiquer au personnel des parcs.
« Ce n’est pas comme ça que nous travaillons. Nous enchaînons généralement les réunions », explique-t-elle, mais ces moments ont été d’une importance capitale pour toute l’équipe. « En tant que colons, mais aussi représentants des institutions pour lesquelles nous travaillons, nous devions entendre tout cela et y consacrer le temps nécessaire. »
Donnie Rosa souligne que, pour mener ce travail consciencieusement, il faut faire preuve de souplesse vis-à-vis des structures et des délais en place. « Nous devons nous soutenir mutuellement en nous disant que nous adoptons la bonne approche, celle de faire passer le bien-être d’une personne avant une échéance. »
De nombreuses Villes commencent à adopter une approche fondée sur les droits de la personne pour aborder la question de l’itinérance*, dont l’objectif est de veiller à ce que les personnes sans logement aient accès à des aménagements et des services essentiels dans les parcs. Par exemple :
Souvent formé dans des domaines tels que les loisirs, la gestion des ressources naturelles ou l’architecture paysagère plutôt que dans les sciences sociales ou le développement communautaire, le personnel des parcs, peut se sentir mal équipé pour répondre au problème des personnes sans logement, explique Donnie Rosa.
En effet, dans le cadre de notre sondage réalisé auprès de 30 municipalités, 56 % ont identifié comme obstacle le manque de connaissances ou de formation de leur personnel des parcs sur la question de l’itinérance. Certaines Villes, comme Gatineau et Toronto, ont fait état des initiatives récentes visant à sensibiliser et former leur personnel des parcs sur la question de l’itinérance.
Cependant, Donnie Rosa encourage les membres du personnel des parcs à reconnaître aussi leurs forces actuelles : « Nous favorisons le développement communautaire et les liens sociaux, et nous devons utiliser cela dans ces situations pour rassembler les gens et leur ménager un espace de parole. »
Le fait d’encourager une culture basée sur l’humilité, le dialogue et l’apprentissage collectif a joué un rôle crucial dans la capacité de la Commission des parcs à respecter ces principes directeurs. « J’ai appris beaucoup plus… au cours de ce processus que je n’aurais jamais pu apprendre en suivant n’importe quel cours ou formation », relate Donnie Rosa. « Et cela, grâce au simple fait de mettre en pratique ces principes et de faire des erreurs… et puis de tenir compte de ces erreurs et de nous demander : comment pouvons-nous faire mieux? »
Donnie Rosa explique que l’une des erreurs commises par la Commission des parcs après le départ des itinérants du camp du parc Strathcona a été que son personnel a évacué les tentes et les articles personnels laissés sur place, pensant que ceux-ci avaient été abandonnés. Avec le recul, Donnie Rosa aurait aimé accorder plus de temps aux sans-abris pour s’assurer que le personnel ne retire que les objets dont ils étaient prêts à se séparer.
Saisir l’opportunité de faire participer les personnes en situation d’itinérance au processus de réhabilitation du parc en utilisant un modèle d’emploi entre pairs est un enseignement que le personnel retiendra pour la prochaine fois. En effet, les personnes déplacées du camp voulaient participer à la remise en état du parc après leur départ, explique Donnie Rosa.
Un récent rapport de l’Université York* indique que les Villes disposent de deux types de pouvoirs pour aborder la gestion des camps de fortune : un pouvoir juridique formel, via les règlements par exemple, et un pouvoir informel, via des messages qui façonnent l’opinion publique sur ces campements.
Les services des parcs sont bien placés pour tirer parti de ce pouvoir informel afin de changer le discours sur les campements. Et cette démarche a toute son importance étant donné que 70 % des Villes déclarent rencontrer des difficultés dans la gestion des personnes sans logement en raison des plaintes du public. En faisant des parcs des lieux propices à la conscientisation de la population, les Villes peuvent non seulement sensibiliser le public au partage de l’espace et le mettre à l’aise à cet égard, mais aussi contribuer à réduire les plaintes et alléger la charge qui pèse sur les effectifs des parcs.
Dans son plan d’action sur l’itinérance publié récemment, la Ville de Gatineau cite comme orientation stratégique le fait d’« améliorer le vivre-ensemble et faciliter la cohabitation dans l’espace public ». Pour ce faire, le personnel municipal a jusqu’à présent mis en place des « comités de cohabitation » dans les quartiers pour chercher, avec les parties prenantes, comme les organismes de services sociaux, le public et les entreprises, à conscientiser le public sur l’itinérance.
« Ce qu’on fait au comité de cohabitation, c’est de la déstigmatisation », explique Julie Sénéchal, coordonnatrice du développement des communautés à la Ville de Gatineau. Cette orientation a été proposée par des personnes sans logement participant au comité qui ont identifié « la question des préjugés et comment eux le vivent » comme une priorité importante, explique Julie Sénéchal.
Le premier comité a été formé dans le quartier de l’Île de Hull où un espace vert cogéré par la Commission de la capitale nationale, le ministère des Transports du Québec et la Ville de Gatineau sert de camping pour les sans-abris. Située à côté de cet espace vert, une école secondaire faisait partie des principaux partenaires du comité. À cette fin, les élèves ont interrogé leurs camarades pour comprendre leurs questions et leurs préoccupations sur l’itinérance. En se basant sur les commentaires des élèves, le comité de cohabitation élabore actuellement des vidéos d’information pour sensibiliser les gens du quartier afin qu’ils soient plus à l’aise de partager leur espace.
Les programmes mis en place dans l’espace public contribuent également à favoriser l’inclusion. À cet égard, la Ville organise des activités de nettoyage de quartier en partenariat avec des organisations locales et les personnes vivant dans les camps. Elle entend aussi lancer un programme d’agriculture urbaine qui embaucherait comme jardiniers des personnes sans logement en partenariat avec un organisme de services local.
Ce projet n’en est encore qu’aux premiers stades de sa mise en œuvre, mais Julie Sénéchal indique que la concertation régulière et de qualité des personnes sans logement sera cruciale pour sa réussite.
« Il faut aller à la rencontre des gens, c’est ma méthode de travail », explique Julie Sénéchal. Elle a bon espoir que ce projet contribuera à établir les bases d’une collaboration plus forte avec les personnes sans logement. Et d’ajouter que le plan d’action « nous permet de mettre en place des outils qui favoriseront une réelle participation et d’inclure les personnes en situation d’itinérance dans les processus de planification ».
« [Les personnes sans logement] connaissent la ville sous un autre angle que nous », dit-elle. « Il y a du monde qui a des choses à dire et on veut s’assurer de les entendre. »
À Montréal, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal va dans le même sens avec son nouveau Plan de cohabitation sociale et de partage de l’espace public. Le plan comprend une fiche d’information qui décrit la réalité des personnes en situation d’itinérance et encourage la population à établir des relations amicales avec celles-ci dans leur voisinage en leur disant bonjour ou en partageant un café.
Les programmes citoyens peuvent également contribuer à changer les idées reçues. Dans le parc Martin-Luther-King de Montréal, l’organisme Exeko a organisé une exposition de photos présentant des portraits de sans-abris afin de conscientiser les personnes visitant le parc.
Les programmes menés dans les parcs peuvent être particulièrement utiles pour aborder les questions controversées liées aux camps de fortune. Des initiatives comme l’événement dédié à la réduction de la stigmatisation*, organisé en l’honneur de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses dans le parc Kaministiquia River Heritage de Thunder Bay, peuvent aider le public à faire preuve de plus de compassion lorsqu’il voit des seringues usagées dans les parcs, par exemple.
Des programmes comme ceux-ci constituent une source d’inspiration pour envisager un avenir dans lequel les parcs, et les services des parcs, sont considérés comme faisant partie de la solution à la question de l’itinérance. Pour Donnie Rosa, le défi à relever est de réfléchir à « comment faire de ce [parc] un lieu agréable et pas seulement un lieu de répit? Comment peut-on faire en sorte que votre séjour, votre visite ou votre vie ici se passe le mieux possible? »gagent à mieux travailler ensemble, les parcs s’en trouvent doublement gagnants.
Alors que les budgets des parcs sont restés stables pendant la pandémie, les municipalités ont dû assumer la désinfection et l’entretien des zones à forte fréquentation, causant pour elles une pression accrue et les obligeant à étirer davantage leurs budgets.
La pandémie a également entraîné des retards dans les projets de parcs et fait augmenter le coût des matériaux, ce qui pourrait avoir des répercussions à plus long terme sur la modernisation des parcs.
Par ailleurs, la pandémie ayant fait ressurgir les problèmes d’équité, de nombreuses municipalités prévoient de nouvelles stratégies pour leurs parcs afin de garantir une distribution plus équitable des fonds.
C’est une histoire vieille comme le monde, ou du moins aussi vieille que les budgets des services des parcs. À mesure que les villes s’agrandissent et que la fréquentation et les types d’activités augmentent dans les parcs, les budgets des parcs, en particulier les budgets de fonctionnement, deviennent de plus en plus serrés.
Que se passe-t-il alors quand les services des parcs qui devaient déjà faire face à des contraintes et des infrastructures vieillissantes se retrouvent confrontés à une pandémie?
Pour faire bref : des pressions supplémentaires, la nécessité d’innover et une plus grande importance accordée à la manière d’octroyer plus équitablement des fonds aux parcs dans l’avenir.
Pour la deuxième année consécutive, les municipalités ont déclaré que la pandémie avait exercé de lourdes pressions sur leurs budgets de fonctionnement déjà mis à rude épreuve; des budgets servant à financer, par exemple, la tonte des pelouses. Les budgets municipaux n’ont pas été réduits pendant la pandémie, mais en raison de l’ajout de dépenses découlant des mesures sanitaires, on a dû en faire plus avec la même source de financement.
Comme l’a dit Niall Lobley, directeur des parcs et des cimetières de la Ville de Kitchener : les budgets des parcs sont « souvent étirés au maximum, et ont encore une fois été étirés un peu plus. »
Niall indique que, pendant la pandémie, des ressources « énormes » ont été investies dans la désinfection, le recrutement d’effectifs supplémentaires pour surveiller le respect des règles de distanciation physique et les zones à forte fréquentation, le ramassage des déchets et les mesures visant à atténuer les dégâts dans les zones naturelles en raison de la forte fréquentation.
À Regina, Trevor Klein, coordonnateur des opérations de soutien aux parcs, a déclaré que le personnel a travaillé d’arrache-pied pour trouver dans les budgets existants un moyen de financer le programme d’hiver de la ville, qui encourage les gens à utiliser les parcs pendant la saison hivernale.
Trevor Klein a ajouté que les demandes de services et les attentes liées à la qualité des parcs avaient augmenté pendant la pandémie. Les personnes en télétravail ont eu plus de temps pendant la journée pour visiter les parcs près de chez elles, ce qui les a amenées à être davantage au contact du personnel des parcs qu’elles n’auraient pas vu autrement si elles avaient été sur leur lieu de travail. Ceci a entraîné une « augmentation des demandes de services et du niveau d’attente en ce qui concerne la tonte des pelouses et l’élagage, ainsi que la mise à disposition de certains aménagements pour le public », explique Trevor Klein.
Dans le même temps, il explique qu’au début de la pandémie, le service des parcs a souffert d’un manque de personnel suite à une directive de la Ville les empêchant d’embaucher du personnel temporaire supplémentaire pendant l’été 2020. Les coûts de formation ont donc augmenté lorsque ce personnel a été embauché à nouveau en 2021. À cet égard, 50 % des Villes ont indiqué que le manque de personnel avait été problématique pendant la pandémie.
À Ottawa, le personnel municipal a indiqué qu’au début de la pandémie, ils avaient commencé à « réduire certaines activités d’entretien » afin de « faire face en partie à la nécessité de leur service de faire des économies en raison des pressions supplémentaires anticipées pendant toute l’année 2020. »
La municipalité a ensuite adapté ses services pour répondre à « l’évolution des besoins », y compris une hausse considérable du coût de la collecte des déchets qui a commencé en 2020 et se poursuit aujourd’hui. Le personnel municipal a également expliqué que certains « budgets d’exploitation des parcs ont été réattribués pour permettre de compenser les coûts liés à la pandémie », pour couvrir notamment le coût des toilettes portatives ou des bornes pour se laver les mains.
Toutefois, tout n’a pas été aussi mauvais. Certains services des parcs ont pu tirer parti des fonds dédiés à la riposte à la pandémie pour financer par exemple des projets de transport actif, comme l’amélioration des sentiers, ou la relance économique grâce au financement du tourisme.
Si, en moyenne, les budgets sont restés stables pendant la pandémie, Niall Lobley, de Kitchener, s’inquiète de ce que réservent les années à venir, surtout à mesure que les municipalités doivent faire face aux retombées budgétaires des dépenses élevées engagées pendant la pandémie.
« Je m’attends à ce que, pendant quelques années, ces retombées affectent les structures financées par les contribuables, que ce soit au niveau municipal, provincial ou fédéral »
Niall Lobley
« En règle générale, ces périodes d’amortissement peuvent être assez difficiles pour les services publics et récréatifs comme les parcs et les loisirs », ajoute Niall. « Ces services subissent généralement les coupes budgétaires les plus importantes et les plus précoces lorsque la municipalité doit reconstituer son capital après avoir engagé des dépenses publiques très élevées. »
Néanmoins, il apparaît clairement que les résidentes et résidents appellent à plus, et non à moins, d’investissements : 87 % des personnes interrogées dans le cadre de notre sondage mené auprès de plus de 3 000 citadines et citadins au Canada ont déclaré qu’elles souhaitaient voir les Villes consacrer plus de fonds publics aux parcs. Ainsi, 36 % des personnes interrogées souhaitent que davantage de fonds soient alloués à l’entretien et 35 % souhaitent des aménagements de meilleure qualité.
Le fait d’avoir présenté les parcs comme des infrastructures de santé publique et souligné l’importance croissante des parcs pour notre santé mentale et physique ces deux dernières années pourrait être un moyen de faire pression pour que les financements rattrapent leur retard.
Outre le fait de devoir faire plus avec moins, de nombreuses Villes ont également indiqué que la construction et la modernisation des parcs étaient devenues plus coûteuses. En effet, 69 % des Villes ont déclaré avoir dû retarder des projets d’investissement en raison de la pandémie, et 86 % ont indiqué que les augmentations de coûts présentaient un vrai défi.
Il est difficile d’attribuer cette hausse des coûts uniquement à la pandémie, explique Niall Lobley, ajoutant que cette tendance existait déjà avant la crise sanitaire. Cependant, la pandémie et les dernières perturbations dans les chaînes d’approvisionnement n’ont pas aidé.
Niall cite l’exemple des aires de jeux, dont le coût a augmenté de 15 % par an, tandis que « des éléments d’infrastructure comme les bancs, les chaises, les tables de pique-nique et toutes ces choses voient leurs coûts augmenter en raison des délais d’approvisionnement à l’échelle internationale. »
En raison de la fréquentation accrue des parcs, les attentes du public en matière de conception des parcs ont également changé, d’où une hausse des coûts de conception et de construction.
« Nous ne parlons pas seulement de remplacer quelques équipements dans des aires de jeux », explique Niall. « Nous parlons plus d’une modernisation complète des parcs de quartiers. »
« Selon moi, il sera très difficile en 2022 et dans les années qui suivent de respecter les délais et les budgets alloués aux projets », déclare-t-il.
Le personnel de la Ville d’Ottawa confirme également ce défi à long terme, ajoutant que, si cette tendance venait à se maintenir, la hausse des coûts pourrait engendrer « une réduction du nombre de projets de modernisation réalisés chaque année ou nécessiter des budgets plus importants pour maintenir les niveaux de services existants. »
Comme l’explique le personnel : « les délais d’approvisionnement en matériaux plus longs ont entraîné des retards dans certains projets, mais notre processus de planification tient compte des éventuels retards et augmentations des coûts. Il se peut que l’exécution des prochains projets requiert plus de temps et soit plus coûteuse, mais nous continuerons à adapter nos budgets et nos délais en fonction des conditions du marché. »
L’une des principales tendances découlant de la pandémie est d’avoir fait émerger à nouveau les inégalités existantes dans l’accès aux parcs et la capacité des gens d’en profiter. Les parcs étant désormais considérés comme des endroits vitaux pour maintenir son équilibre mental et ses liens sociaux, le fait que certains quartiers soient plus verts que d’autres est devenu flagrant.
Aujourd’hui, alors que les Villes passent peu à peu de la riposte immédiate à la pandémie à une planification à plus long terme, nombre d’entre elles se tournent vers de nouvelles stratégies reposant sur des indicateurs axés sur l’équité pour orienter leurs décisions en matière d’investissement dans les parcs pour les années à venir.
Selon Niall Lobley, « la plus grande priorité et le plus grand changement dans les priorités opérationnelles » de la stratégie en cours d’élaboration de la Ville de Kitchener intitulée Places and Spaces, repose sur les investissements fondés sur l’équité.
« Ce que j’entends par là, c’est que nous ne nous contentons pas d’investir là où se trouve l’argent [des promoteurs], ou dans les nouveaux parcs en construction. Nous voulons aussi investir délibérément dans les zones ayant bénéficié d’investissements moindres dans la revitalisation et le développement de leurs parcs. Les parcs les plus anciens se trouvent dans les quartiers qui ont probablement le plus besoin de ces parcs d’un point de vue social », explique-t-il.
Prenons l’exemple de la forêt urbaine, un sujet que nous avons exploré dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier. Grâce à un recensement à l’échelle municipale, la Ville a constaté que la couverture forestière de certains quartiers dépassait l’objectif de 30 %, tandis que celle d’autres quartiers était en dessous de la moitié de ce taux. « Lorsque l’on superpose deux cartes, on se rend compte que les endroits disposant d’une couverture forestière moindre correspondent généralement aux quartiers en quête d’équité, c’est-à-dire des quartiers densément peuplés, dont la population vit en majorité dans des appartements locatifs et présente un statut socioéconomique faible », explique-t-il.
Bien que Kitchener s’engageait déjà sur cette voie avant la pandémie, Niall indique qu’il ne peut s’empêcher de penser que cette décision résulte au moins en partie de la pandémie qui a fait réapparaître les problèmes d’équité.
La résurgence du mouvement Black Lives Matter et le camp Land Back, qui défend les droits territoriaux des Autochtones à Kitchener, ont contribué à la fois à sensibiliser les décideurs et à les pousser à agir, explique Niall.
« Je dirais que les mouvements sociaux que nous avons vus se développer pendant la pandémie nous ont vraiment permis de faire avancer [la problématique de l’équité] avec un plus grand sens de l’urgence. »
D’autres Villes canadiennes s’engagent également sur cette voie. Ces dernières années, Vancouver et Toronto ont toutes deux communiqué des plans pour leurs parcs comprenant des indicateurs mesurant l’équité. Trevor Klein, de Regina, indique que le prochain plan directeur pour les parcs et espaces ouverts de sa Ville, qui s’étendra sur 25 ans, mettra l’accent sur la répartition équitable des parcs, ce qui comprend non seulement les espaces verts, mais aussi les installations et les aménagements comme les aires de pique-nique.
À Ottawa, le personnel municipal a souligné le nouveau plan directeur des parcs de la Ville, qui se base sur l’indice d’équité des quartiers d’Ottawa*, une ressource créée par le Conseil de planification sociale d’Ottawa, pour établir des priorités en matière d’investissement dans les parcs. Le personnel municipal a également indiqué que cette approche fondée sur l’équité sera au cœur du prochain Plan directeur des espaces verts et du Plan de gestion de la forêt urbaine ainsi que dans la Stratégie de résilience climatique.
Bien que les effets de la pandémie se feront certainement encore sentir ces prochaines années, l’attention plus grande accordée par les Villes aux investissements équitables les aidera à rendre leurs réseaux de parcs plus résilients pour l’avenir.
On dit souvent que toutes bonnes choses ont une fin. Mais parfois, avec un peu de chance, cette fin peut être le début de quelque chose d’encore plus spécial. C’est exactement ce qu’il s’est passé au Parc Jarry dans l’arrondissement de Villeray-St-Michel-Parc-Extension à Montréal : le groupe citoyen Coalition des amis du Parc Jarry (CAP Jarry), bénéficiaire de la bourse TD Ami·es des parcs, y a fait renaître des cendres du temps des fêtes une Forêt Éphémère d’arbres de Noël recyclés, de rêves et d’espoirs.
Chaque Janvier, lorsque le temps des fêtes tire à sa fin, les sapins de Noël dénudés s’amoncellent sur les trottoirs, attendant lugubrement le service de ramassage de la ville. Au Canada, environ 6 millions de sapins se retrouvent à la décharge chaque année. S’ils ne sont pas recyclés correctement et simplement jetés, chaque arbre peut créer environ 16 kg de dioxyde de carbone. Non seulement cela représente une empreinte écologique importante, mais cela perd également une excellente opportunité de donner aux arbres une seconde vie plus percutante.
Le CAP Jarry, dirigé par Michel Lafleur, s’est engagé à relever ce défi cette année. Au lieu de la traditionnelle décharge, ils ont invité les résidents de Montréal à apporter leurs sapins de Noël dégarnis au Parc Jarry, à les planter dans des pots en bois construits pour l’occasion, et ainsi créer une Forêt Éphémère magique. Les familles et amis ont pu se promener librement entre plus de 250 arbres, tout en respectant les mesures de santé publique et de distanciation physique. Au bout des deux semaines d’installation, un service spécialisé en réaffectation du bois s’est chargé de ramasser et recycler les arbres adéquatement.
Pour ajouter à l’esprit magique de l’événement, les participants étaient invités à écrire leurs vœux pour la nouvelle année ainsi que leurs souhaits pour des nouveaux aménagements urbains dans leurs parcs et à les attacher à leur sapin. Cela a donné à chaque arbre une touche personnelle et a donné aux gens une chance d’exprimer leur vision de l’avenir. À une époque où les interactions sociales sont rares et où nous aspirons à interagir avec les autres, lire les souhaits personnels sur chaque arbre ressemblait à un échange intime avec les anciens propriétaires de l’arbre de Noël – leurs idées, leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir.
La forêt a créé un sentiment de connexion humaine à un moment où les gens en ont le plus besoin. Marcher à travers les centaines d’arbres au milieu du vaste parc Jarry fut une expérience inspirante, joyeuse et franchement magique.
“Tout le monde était souriant”, se rappelle Mme. Fumagalli, la maire de l’arrondissement VIlleray-St-Michel-Parc-Extension.
“Il y avait beaucoup de curiosité, une forme d’entraide, surtout une telle synergie… Le projet a eu d’énormes retombées positives”.
Ce qui a surtout marqué la maire Fumagalli, qui a eu un rôle facilitateur dans la planification de l’événement, c’est la manière extraordinaire dont les citoyens se sont appropriés et impliqués dans leurs parcs cet hiver. De la Forêt Éphémère aux hordes de Montréalais qui ont construit des bonhommes de neige dans les parcs de la ville après une tempête de neige, elle dit que nous voyons clairement «la nécessité pendant l’hiver d’avoir une sorte d’animation, surtout avec le contexte COVID actuel».
Une autre clé de la réussite de cet événement se trouve dans sa simplicité : l’idée est facilement transférable d’un parc à un autre, mais aussi d’une ville à une autre.
“Je suis certaine que c’est une idée qui fera boule de neige”, assure la maire Fumagalli. “Il y a tant de potentiel, autant pour les terrains vagues que les petits parcs. Le côté reproductible à petite échelle, facilement duplicable et demandant peu de ressources, ça rend cette initiative idéale”.