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Avec le soutien de Parcs Canada, Ami·es des parcs ont récemment organisé une série de réunions de concertation visant à orienter le futur réseau de parcs urbains nationaux.

Pendant ces réunions, les personnes présentes ont répondu à une question très importante :

Quels sont les facteurs clés pour créer un réseau de parcs urbains nationaux à la fois inclusifs, accessibles et accueillants?

Les personnes participant aux réunions représentaient un large éventail de perspectives, d’opinions, de domaines d’expertise et de localités. À cet égard, nous avons reçu l’avis de groupes centrés sur la nature, d’organisations municipales dédiées aux personnes souffrant de handicaps physiques et de troubles du développement, de jeunes, de personnes sans logement, de nouveaux arrivants, et de personnes Autochtones, Noires et de couleur (PANDC).

Après avoir analysé les réponses, Ami·es des parcs a déterminé 9 facteurs clés qui contribuent à des expériences de grands parcs urbains plus inclusives, accessibles et accueillantes.

Parc du Mont-Royal, Montréal

1. Diversité des espaces et des expériences

D’après les personnes ayant participé à nos réunions, voici le type d’espaces et d’expériences qui contribuent à créer des parcs urbains inclusifs, accessibles et accueillants.

  • Les gens fréquentent les parcs urbains pour des raisons très diverses. Les personnes interrogées ont le plus souvent indiqué qu’elles se rendaient dans les parcs pour :
    • Être en plein air,
    • Être proche de la nature,
    • Socialiser avec leur entourage,
    • Pratiquer des activités physiques en plein air, et
    • Vider leur esprit.

Observation des oiseaux. Crédit : Stanley Park Ecology Society

Étant donné que les parcs répondent à des besoins aussi divers, les participants à ces séances de travail nous ont rappelé que les parcs doivent être des espaces polyvalents pouvant être utilisés simultanément pour différents usages et fonctions. Les participants ont souligné que pour atteindre ces objectifs, les parcs doivent posséder :

  • le parfait mélange d’aménagements disponibles, comme des toilettes, des tables de pique-nique, des sentiers et des zones réservées aux chiens,
  • divers types d’espaces verts dont les gens peuvent profiter, comme des pelouses entretenues, des zones naturelles et des forêts,
  • des espaces verts favorisant des liens plus profonds avec la nature en étant, par exemple, en contact avec des éléments naturels, la biodiversité et la faune,
  • une gamme de programmes intéressants, comme des activités de loisirs actives et passives, des activités d’intendance environnementale, etc.

2. Élargir le rôle et la définition d’un parc

Nous avons également recueilli plusieurs réflexions sur les termes « parc » et « parc urbain ».

Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc » était suffisamment large pour refléter un vaste éventail de besoins et d’intérêts des usagers.

Les réflexions se sont ensuite portées sur le terme « parc urbain ». Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc urbain » prêtait à confusion, car le mot « urbain » peut suggérer moins d’éléments naturels ou sauvages. Selon l’auditoire, cette terminologie était peut-être plus logique à Toronto ou à Vancouver, mais elle était moins applicable aux parcs des Villes comme Winnipeg ou Saskatoon.

3. Accessibilité des parcs

Lorsque les gens pénètrent dans un parc, ils peuvent faire face à de nombreux « éléments inconnus ». On nous a dit que ces « éléments inconnus », c’est-à-dire des événements ou expériences inattendus, peuvent constituer des obstacles importants pour visiter ou apprécier les parcs. Dans certains cas, il s’avère que ces « éléments inconnus » peuvent s’accompagner de risques bien réels.

Les discussions ont identifié la nécessité de rendre les parcs accessibles aux personnes de toutes les aptitudes.

Elles ont notamment souligné que, pour être véritablement inclusifs, accessibles et accueillants, les parcs doivent répondre aux besoins des personnes ayant des capacités mentales et physiques différentes, ainsi qu’aux besoins des personnes confrontées à des barrières linguistiques.

Une des solutions proposées pour rendre les parcs plus inclusifs et accueillants était d’améliorer l’accessibilité physique des sentiers, des espaces verts et des aménagements. D’autres propositions étaient d’ajouter à ces aménagements diverses manières de s’orienter, notamment grâce à une signalisation s’appuyant sur du texte, des pictogrammes et des codes QR.

4. Liens avec la nature

Les personnes qui fréquentent les parcs ont souvent des préférences différentes concernant les éléments naturels et les expériences dont elles souhaitent profiter dans les parcs urbains. Certaines personnes ont indiqué préférer découvrir une nature « intacte » ou vierge, tandis que d’autres apprécient les possibilités d’interagir directement avec la nature via des activités pédagogiques ou des programmes liés à la nature.

D’autres ont mentionné l’importance d’intégrer davantage la technologie dans les parcs, par exemple en offrant une connexion Wi-Fi gratuite, ainsi qu’une signalisation et des possibilités d’apprentissage numériques afin de développer les liens avec la nature.

L’un des thèmes ayant émergé des discussions était la nécessité de trouver un équilibre entre l’intégrité écologique des parcs urbains et les besoins sociaux aux niveaux individuels et collectifs. Les participants aux séances ont mis en exergue que des outils pédagogiques, de communication et des activités environnementales peuvent contribuer à trouver un équilibre entre l’intégrité écologique d’un parc et son utilisation par les riverains.

Walk in the Park Vancouver, Formation des participant·es au programme à Trout Lake, 2021

5. Déplacements vers les parcs et à l’intérieur de ceux-ci

Les discussions ont montré la nécessité de faciliter l’accès jusqu’aux parcs urbains et à l’intérieur de ceux-ci. L’emphase a été mise sur la facilité d’accès en voiture et à des places de stationnement, ainsi qu’à l’accès en transports en commun, en vélo et en trottinette grâce à des pistes cyclables, et à pied grâce à des sentiers pédestres.

Les personnes qui fréquentent les parcs ont besoin de moyens pratiques pour s’y rendre, mais doivent aussi pouvoir se déplacer facilement à l’intérieur, jusqu’aux aménagements et activités.

Bien que les participants aient utilisé le terme « accès » au sens large, leurs commentaires suggéraient généralement des améliorations dans les domaines suivants :

  • Distance : Des arrêts d’autobus situés plus près, voire à l’intérieur des parcs, en particulier pour les groupes en quête d’équité.
  • Fréquence : Des passages fréquents d’autobus, et des parcs dotés de sentiers permettant aux gens de se déplacer à travers le parc.
  • Qualité supérieure : Des places de stationnement sécurisées pour les vélos, des modes d’orientation clairs et variés indiquant les différents types de pistes (pavées, en gravier) et le niveau de difficulté.

Ami·es des parcs et Evergreen, promenade en vélo dans les ravins. Crédit : Thomas Chang, 2021

6. Sécurité et sentiment d’appartenance

Les discussions ont montré que le sentiment d’appartenance jouait un rôle prépondérant dans la fréquentation et l’appréciation des parcs. Le sentiment d’appartenance à un lieu découle souvent du fait de se sentir en sécurité, bien accueilli et représenté.

Les usagers racialisés, Autochtones et sans logement se retrouvent souvent face aux gardes forestiers, à la police et aux agents chargés de l’application de la réglementation municipale. La présence des forces de l’ordre dans les parcs est souvent considérée comme perpétuant des pratiques policières reposant depuis longtemps sur l’oppression et le racisme. Par conséquent, la présence de gardes forestiers, de la police et d’agents chargés de l’application des règlements municipaux dans les parcs donne souvent le sentiment aux PANC et aux usagers sans logement de ne pas y être en sécurité ni d’y être les bienvenus.

7.  Connectivité et réseaux de parcs

Certaines personnes ont souligné diverses façons d’intégrer davantage les parcs dans la vie des gens, aux niveaux collectif et individuel. D’après les suggestions que nous avons recueillies, les parcs seraient mieux intégrés dans la vie quotidienne des gens si leurs programmes ou les possibilités de bénévolat étaient communiqués dans des endroits comme les bibliothèques et les centres de loisirs.

D’autres propositions portaient sur le fait d’encourager les organisations et groupes locaux à donner leurs programmes dans des parcs urbains.

2021 InTO the Ravines Champions, Riffat Fatima & Lubna Rehman à E.T Seton Park ravine

8. Partage de connaissances

Certains échanges lors des réunions ont abordé la possibilité de sensibiliser le public aux pratiques d’intendance environnementale Autochtones et de mieux les intégrer dans les programmes d’éducation à l’environnement dans les parcs.

Quant à l’utilisation de la technologie dans les parcs, les avis étaient partagés : certains pensaient que son utilisation ne devrait pas être encouragée dans les milieux naturels, et d’autres que la technologie pouvait mieux connecter les gens à la nature. Certaines personnes ont expliqué que la technologie pourrait permettre d’améliorer la sécurité et le partage d’informations dans les parcs, tandis que les visites autoguidées et l’accès au WI-FI dans les parcs, en particulier dans les zones sans service, seraient bien accueillis.

D’autres étaient d’avis que les données générées dans les parcs pourraient contribuer à améliorer les activités proposées et à susciter un plus grand intérêt pour les parcs, et que ces données pourraient permettre aux usagers des parcs de signaler tout problème éventuel.

Cuisine ton quartier, Parc Jarry, Montréal, 2022

9. Gouvernance

Les échanges au cours des réunions ont indiqué le souhait d’établir des partenariats innovants dans les parcs. 

De l’idée initiale à la conception, en passant par l’animation et la gouvernance des parcs, les personnes fréquentant ces espaces souhaitent voir une meilleure répartition des pouvoirs, une plus grande collaboration et un partage de la prise de décision entre les différents niveaux de gouvernement et les ONG actives dans les parcs et les associations locales.

Conférence Coeur de la ville, 2018. Crédit : Charles Olivier

Enseignements clés et conclusions

Les réunions de concertation auprès des différentes parties prenantes ont permis d’obtenir un riche aperçu de la façon dont les organisations canadiennes œuvrant en faveur des parcs envisagent l’avenir des grands parcs urbains. Nous avons appris que le public attendait avec impatience la mise en œuvre d’approches innovantes mettant les usagers et les divers groupes de population au premier plan, offrant une large gamme d’activités et d’aménagements, proposant des activités d’intendance environnementale et permettant de se rapprocher de la nature.

De plus, les initiatives de Parcs Canada visant à rapprocher les gens de la nature en ville grâce à sa future Politique et son réseau de parcs urbains ont suscité le soutien et l’enthousiasme de l’auditoire. La participation de parties prenantes généralement absentes des activités de concertation sur les parcs a été des plus enrichissantes.

Ces réunions ont clairement montré les nombreuses opportunités de développer ces relations et d’accroître les initiatives de concertation en vue de créer des parcs urbains plus inclusifs, accessibles et accueillants.

Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Pendant la pandémie, les gens ont passé plus de temps à l’extérieur et ont ainsi reconnu les avantages des parcs. Ils nous aident à nous détendre, à rester actifs et à créer des liens avec les autres en toute sécurité. Par ailleurs, les parcs jouent aussi un rôle crucial pour lutter contre une autre crise imminente dans les villes : les changements climatiques. 

Les parcs procurent un certain nombre d’avantages pour atténuer les changements climatiques et nous aider à nous y adapter : ils purifient l’air, offrent une protection contre les inondations et régulent la température. Alors que les tempêtes deviennent plus violentes et que le climat se réchauffe à cause des changements climatiques, les parcs jouent un rôle encore plus important. 

Cependant, les espaces verts urbains, et leurs avantages, ne sont pas répartis de manière égale. 

Si vous vivez dans un quartier avec beaucoup de parcs et d’arbres, vous habitez probablement dans un quartier où la majorité des résidents sont blancs et ont des revenus plus élevés. De nombreuses études montrent que les quartiers racialisés et avec des revenus modestes disposent de moins d’espaces verts, ce qui les expose davantage aux effets des changements climatiques.

Selon Sherry Yano, une ancienne employée de la Fondation David Suzuki, ces quartiers sont souvent situés à proximité de zones plus polluées et exposées aux catastrophes naturelles. Cette situation, appelée racisme environnemental*, a fait l’objet de recherches récentes menées au Canada :

  • Une étude réalisée* à Montréal, Toronto et Vancouver a révélé que les foyers de pollution atmosphérique se concentraient dans les quartiers où vivent majoritairement des personnes immigrées, racialisées et ayant des revenus modestes.
  • Une autre étude* portant sur cinq villes canadiennes a révélé que les quartiers présentant une forte vulnérabilité socioéconomique comptaient à la fois moins d’arbres et une couverture arborée moins résistante. Selon les conclusions des auteurs : « les personnes qui ont le plus besoin des vertus de la forêt en ville sont également celles qui risquent le plus de la perdre ».
  • Un rapport de Santé Canada indique à propos des fortes chaleurs qui touchent certaines zones urbaines que « leur effet est disproportionnellement grave pour les populations marginalisées et les résidents de quartier à faible revenu » qui disposent de moins d’espaces verts.

En réponse à de telles inégalités, des militants au Canada* demandent que les questions de justice sociale soient intégrées dans les plans d’action pour le climat. 

Ces revendications s’inscrivent dans un long combat pour plus de justice environnementale*. Pour ce faire, ce mouvement s’efforce de réparer les préjudices qu’a subis l’environnement et de faire en sorte que les répercussions environnementales à la fois négatives et positives soient réparties équitablement. 

Ce mouvement concerne également les parcs urbains. Nous nous sommes entretenus avec des experts pour connaître les implications pour les parcs urbains d’une telle approche favorisant un plus grand accès aux espaces verts et à leurs atouts en matière de résilience climatique.

Avoir recours à des politiques axées sur l’équité pour établir des priorités d’action

Tandis qu’un nouveau projet de loi fédéral* vise à lutter contre le racisme environnemental au Canada, une étude réalisée en 2020* a révélé que « les indicateurs de justice environnementale ne sont pas encore intégrés systématiquement dans les décisions politiques au niveau local, provincial ou fédéral. » Et le fossé se creuse encore : « Même dans les cas où l’on encourage la prise en compte des questions d’équité dans la planification, peu de directives existent sur la manière de mesurer ces considérations et de surveiller qu’elles sont mises en œuvre. » 

Ces constatations découlent de notre examen approfondi des plans d’action sur les changements climatiques et les systèmes de parcs existants au Canada. Bien que ces plans abordent le thème de l’équité en tant que principe général, peu d’entre eux le formalisent dans des politiques et encore moins reconnaissent spécifiquement les inégalités raciales.

Certaines Villes, cependant, ont commencé à prendre des initiatives :

  • La Green Infrastructure Strategy* de la Ville de Saskatoon s’appuie sur une « politique du triple avantage » pour évaluer les projets en fonction de l’intégrité environnementale, de l’équité sociale, du bien-être culturel et de la responsabilité financière. 
  • Le Climate Action Plan* de la Ville de Mississauga, quant à lui, comprend l’identification des risques liés au climat pour les personnes vulnérables, comme la chaleur extrême et l’insécurité alimentaire, ainsi que l’élaboration de plans d’adaptation ciblés.
  • La Breathe Strategy* de la Ville d’Edmonton souligne l’importance « d’identifier les moyens de remédier au racisme » dans les espaces verts. Elle comprend aussi des politiques visant à « tenir compte des besoins socioéconomiques, culturels, physiques et psychologiques des bénéficiaires » dans la conception et les programmes des parcs.
  • La Parkland Strategy* de la Ville de Toronto contient un cadre de travail relatif aux domaines prioritaires qui comporte des indicateurs liés à l’accès aux parcs, à la croissance anticipée et à la proportion de résidents à revenus modestes. 
  • Pour prioriser les investissements, le projet Initiative Zones* de la Ville de Vancouver s’appuie sur des indicateurs liés à la couverture arborée, à l’accès aux parcs et à la demande d’activités récréatives présentant peu d’obstacles. Quant au plan d’action d’urgence climatique de la Ville, il met fortement l’accent sur l’équité*, en utilisant des indicateurs appelés « equity milestones ».

En tenant compte des questions d’équité pour l’aménagement des parcs, et en se concentrant en particulier sur les personnes davantage exposées aux effets des changements climatiques, ces plans d’action, s’ils sont mis en œuvre, permettent aux villes de faire profiter aux résidents des atouts des espaces verts en matière de résilience climatique.

Se concentrer sur la participation et pas seulement sur la distribution

Lorsque nous abordons la question des inégalités dans l’accès aux espaces verts, nous parlons souvent des quartiers qui ont moins de parcs. D’après l’article de Setha Low*, la question de la distribution ne constitue néanmoins qu’un aspect de la justice environnementale dans les parcs. Nous devons aussi évaluer l’équité des processus décisionnels (justice procédurale) et si les personnes sont traitées avec respect (justice interactionnelle). 

Pour ce faire, cette évaluation demande de poser des questions telles que : 

  • Comment le personnel est-il engagé pour les projets d’espaces verts et qui est laissé de côté? 
  • Quelle influence les citoyennes et citoyens ont-ils dans les décisions et dans les résultats? 
  • Quel est le niveau de confiance et d’attention mutuel dans le processus? 

Les aspects liés aux processus, à l’influence et au respect peuvent avoir des répercussions considérables sur la capacité d’une Ville à lutter contre les inégalités. 

Comme le dit Chad Townsend, planificateur principal de la commission des parcs de Vancouver, « il est utile d’adopter un plan directeur qui reconnaisse les inégalités », comme dans le projet « Initiative Zones » lancé par la Ville de Vancouver. Toutefois, cela « ne permet pas de changer immédiatement d’où viennent les revendications. »

Dans notre sondage pancanadien, seulement 35 % des personnes interrogées avaient l’impression d’avoir la capacité d’influencer les décisions concernant leurs parcs.

Changer la manière de mobiliser les gens, ainsi que le public visé, n’est pas une mince affaire. Selon Sherry Yano, les inégalités en matière de répartition que nous constatons aujourd’hui sont le résultat d’une inégalité de pouvoir au niveau décisionnel, qui privilégie certaines personnes au détriment d’autres. « Si l’on continue de maintenir les mêmes systèmes, on continuera alors à maintenir les conditions à l’origine de ces problèmes. »

Nous pouvons commencer par proposer à divers groupes de personnes affectés par ces problématiques de participer de manière significative à la réalisation des résultats attendus, au lieu de chercher à les mobiliser uniquement dans le but d’obtenir leur avis. 

D’après Jay Pitter, une Canadienne spécialiste de l’aménagement des lieux de convivialité [« placemaking » en anglais], « si le processus de mobilisation citoyenne n’a pas aidé à répondre à l’objectif plus large de concilier les différences et de créer de nouveaux liens, alors il n’a pas aidé la population. » Organiser des groupes de discussion plus petits ou des marches pourrait offrir de nouvelles possibilités de dialogue.

Larissa Crawford, fondatrice de Future Ancestors Services, une entreprise sociale dirigée par des jeunes Autochtones et Noirs qui milite en faveur de la justice climatique, encourage les pouvoirs publics à faire appel aux jeunes d’origines culturelles diverses et de leur donner une place dans les décisions. « Contrairement aux générations précédentes, et même à la mienne, ces jeunes doivent tenir compte de la question de la durabilité », explique-t-elle.

La diversité n’est pas qu’une question de race et d’identité, elle repose aussi sur les expériences diverses de ces personnes, poursuit-elle. Au lieu de donner la priorité aux diplômes universitaires ou aux compétences professionnelles, nous devons élargir notre champ de vision en reconnaissant la contribution des personnes ayant des expériences de vie différentes, comme les pratiques Autochtones de gestion de la terre.

« Lorsque l’on ne valorise qu’un seul savoir et qu’un seul type d’expérience pour ces espaces verts, nous nous parlons à nous-mêmes », déclare-t-elle.

Zones d’initiative de Vancouver. Crédit : Conseil des parcs de Vancouver

Mesurer la résilience sociale

Les parcs fournissent une infrastructure sociale et peuvent renforcer les réseaux de soutien en cas de besoin. Cela s’est confirmé pendant la pandémie. En effet, 71 % des personnes interrogées dans le cadre de notre sondage pancanadien ont déclaré que les parcs avaient eu des effets positifs sur leur capacité à maintenir des liens sociaux pendant la crise. 

Selon les experts, ces liens sociaux sont également essentiels pour faire face aux changements climatiques. 

Florence Lecour-Cyr est agente de programmation, planification et recherche au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle affirme que les liens créés dans les parcs peuvent contribuer à établir un réseau de soutien social, en particulier pour les personnes vulnérables, telles que les aînés et les personnes à mobilité réduite. 

Comme le souligne une étude*, l’espace social qu’offrent les parcs « peut être vital [pour les personnes isolées] en cas de températures extrêmes ». Le fait d’avoir un voisin qui prend des nouvelles pendant une canicule ou d’avoir un endroit où se réfugier en cas de panne d’électricité peut, dans certaines circonstances, faire la différence entre la vie et la mort.

D’après Anne Pelletier, du Service environnement urbain et saines habitudes de vie à la Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud de Montréal, il est important, surtout en ce qui concerne les changements climatiques, que les Villes mesurent les liens sociaux. Toutefois, elle reconnaît que « ce phénomène n’est pas facile à évaluer. » 

À cet égard, certaines initiatives ont vu le jour, notamment celle de l’organisation Reimagining the Civic Commons avec son projet Measurement Framework* et celle de la Toronto Foundation avec le projet Social Capital Study*.

Faire tomber les murs entre le secteur social et le secteur environnemental

Des défis complexes, comme les changements climatiques, nous forcent à remettre en cause les méthodes compartimentées que nous utilisons souvent pour résoudre les problèmes et avec lesquelles les Villes se répartissent le travail. 

« On se concentre sur un apprentissage très compartimenté, que ce soit au niveau opérationnel, politique ou scientifique », déclare Sheila Boudreau, architecte paysagiste et fondatrice de SpruceLab*. « Je pense que les Villes doivent rompre avec l’approche cloisonnée de leurs services », en créant des groupes de travail interdisciplinaires.

Si nous n’adoptons pas une perspective large et globale des changements climatiques, « nos efforts seront voués à l’échec », prévient-elle. Adopter une approche environnementale à petite échelle dans un projet peut permettre d’atteindre des résultats à court terme, mais ceci ne permettra pas de relever ce défi à long terme ni de répondre aux besoins sociaux de la population. 

À cet égard, il est essentiel, selon Sheila Boudreau, de lutter contre la discrimination pour faciliter l’accès de la population aux parcs et à leurs avantages face aux changements climatiques. Si quelqu’un n’est pas à l’aise de se rendre dans un espace vert nouvellement créé, par exemple par crainte d’être discriminé en raison de son origine raciale ou parce qu’il s’agit d’un usager sans logement, alors cette personne ne pourra pas profiter des atouts du parc, comme une meilleure qualité de l’air et les températures plus fraîches. 

La question de l’« éco-embourgeoisement »* illustre la raison pour laquelle une approche interdisciplinaire doit être utilisée dans les projets d’espaces verts. L’éco-embourgeoisement se produit lorsque des investissements réalisés dans les espaces verts des quartiers à revenus modestes entraînent une augmentation de la valeur des propriétés, qui peut alors entraîner le déplacement des résidents initialement ciblés par ces investissements. 

Si les nouveaux espaces verts présentent des avantages sur le plan social et de la résilience climatique, ils peuvent aussi soulever certaines préoccupations. C’est notamment le cas d’une allée verte mise en place dans le quartier Saint-Henri de Montréal afin d’atténuer la chaleur et qui a engendré une levée de boucliers de la part des opposants au projet craignant que la hausse des loyers ne force les résidents à quitter le quartier. À Vancouver, un projet de parc en bord de mer* à proximité du Downtown Eastside, un quartier à faible revenu, a suscité des débats similaires.
D’après Florence Lecour-Cyr, pour éviter que les investissements dans les espaces verts ne contribuent au processus d’embourgeoisement, ils doivent coïncider avec des politiques sociales et de logement visant à garantir des loyers abordables. Pour Anne Pelletier, la participation des résidents à la planification et à la dynamisation des parcs permettra de créer des lieux favorisant leur sentiment d’appartenance, une idée reprise par la National Recreation and Parks Association* dans son exposé sur le développement équitable des parcs.

Prioriser la vérité et la réconciliation avec les peuples Autochtones

Le savoir et les pratiques Autochtones en matière de gestion de la terre sont riches d’enseignements et peuvent servir de base pour répondre aux changements climatiques. Toutefois, ils sont rarement pris en compte dans les politiques municipales. 

Les participants du Indigenous Climate Action Summit* de Toronto ont milité pour une approche plus globale tenant compte des considérations sur le plan spirituel et de la justice. « Si la Ville continue d’ignorer les questions de colonisation dans ses politiques et ne cherche pas à y répondre, elle perpétuera alors les mêmes comportements problématiques », peut-on lire dans les notes de la conférence. Par exemple, plutôt que de se contenter d’indicateurs quantitatifs (par exemple, en dénombrant les espèces), les participants ont suggéré d’utiliser des indicateurs plus larges pour mesurer la réussite des projets, en se demandant si nous sommes de bons ancêtres. 

« À moins de reconnaître le rôle important que doivent jouer les peuples Autochtones dans [les initiatives de lutte contre les changements climatiques], il sera difficile d’atteindre les résultats les plus fiables et efficaces », déclare Larissa Crawford. 

En guise d’exemple, elle souligne la réussite des régimes de cogestion mis en place dans les parcs nationaux entre Parcs Canada et des Premières Nations Autochtones. « Ces régimes de gestion des parcs comptent parmi les plus innovants que j’ai rencontrés. Ils sont également reconnus pour leur capacité à évaluer la santé environnementale d’une manière totalement nouvelle. »

Une étude réalisée en 2019 par l’Université de la Colombie-Britannique a révélé l’importance des pratiques Autochtones en matière de gestion de la terre. Selon cette étude, la biodiversité était plus élevée sur les terres gérées par des Autochtones, avec 40 % d’espèces uniques supplémentaires*.

Selon Larissa Crawford, cette démarche doit commencer par reconnaître les préjudices qu’ont subis les Autochtones et la spoliation historique des terres Autochtones à l’origine de la création des parcs, une histoire souvent passée sous silence. 

Ce n’est qu’après avoir pris le temps de reconnaître ces préjudices que « nous pourrons chercher à établir des relations concrètes et significatives avec les gardiens ancestraux de cette terre », explique-t-elle. 

Selon elle, « cela nous permettra non seulement d’essayer de rétablir les relations au sein de la population, mais ceci nous permettra aussi de tirer parti de l’immense expertise que possèdent les personnes Autochtones, notamment en ce qui concerne la terre et les pratiques durables, ainsi que l’écosystème et notre rôle d’humains dans cet écosystème. »


Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Les changements climatiques touchent tous les domaines de notre vie : l’agriculture, les transports et la construction immobilière. Et il en va de même pour nos parcs urbains.

Comme nous l’avons souligné dans d’autres parties de ce rapport, les parcs contribuent de différentes manières à atténuer les changements climatiques et nous aident à nous y adapter. Par exemple, la végétation des parcs contribue à réduire le CO2 dans l’atmosphère, à faire baisser la température pendant les vagues de chaleur et à absorber l’excès de pluie pour éviter les inondations pendant un phénomène météorologique extrême. 

Cependant, les changements climatiques mettent également à rude épreuve nos espaces verts, avec un risque accru de dégâts lors d’une tempête et en modifiant le climat de croissance des plantes. À cet égard, 84 % des municipalités ont indiqué que la protection contre les effets des changements climatiques et contre les conditions météorologiques extrêmes constituait un défi majeur pour elles. 

Pour que les parcs puissent procurer des avantages importants en matière de résilience climatique, nous devons changer la manière de planifier, de concevoir et d’entretenir les espaces verts afin qu’ils puissent s’adapter et prospérer dans des conditions climatiques fluctuantes. Et ces changements interviendront dans tous les domaines, que ce soit pour la planification des systèmes de parcs, l’esthétique des parcs ou les équipements utilisés pour tondre l’herbe.

D’une initiative ponctuelle à une approche systématique

De plus en plus de Villes canadiennes envisagent actuellement des plans d’adaptation aux changements climatiques, que ce soit via de nouveaux plans d’action pour le climat, des mesures climatiques intégrées aux plans directeurs de leurs systèmes de parcs, ou les deux. Cette année, 72 % des Villes ont déclaré avoir adopté un plan d’action pour le climat. Cette augmentation par rapport à l’an dernier s’explique à la fois par l’ajout de nouvelles villes dans le rapport de 2021 et par l’approbation de nombreux plans d’action pour le climat en 2020.

Toutefois, certains de ces travaux de planification n’en sont qu’à leurs débuts. En effet, si presque tous les plans directeurs des systèmes de parcs au Canada font référence aux changements climatiques, un grand nombre de leurs recommandations requièrent d’aller plus loin afin de fournir des directives permettant de mieux intégrer les normes de résilience climatique dans la planification des parcs.

Cela ne veut pas dire que les Villes ne construisent pas de parcs résilients face aux changements climatiques. Cependant, il s’agit parfois de projets ponctuels, comme un jardin pluvial installé dans un parc pour réduire les risques d’inondation, plutôt que de changements systématiques dans la conception et l’aménagement des parcs.

Mais la situation commence à changer. 

Prenons l’exemple du nouveau plan d’action sur les changements climatiques de la Ville de Mississauga. Celui-ci préconise d’intégrer dans les normes d’aménagement des parcs des considérations relatives aux changements climatiques. Selon Leya Barry, superviseure des projets contre les changements climatiques de la Ville, la municipalité effectuait déjà ce genre de travail d’un parc à un autre. Toutefois, lorsque quelqu’un [un membre du personnel de la Ville] défend une initiative et qu’il part ou change de poste, il arrive souvent que l’on perde cet élan ainsi que l’attention accordée au projet. » Le fait de planifier la résilience des parcs face aux changements climatiques de manière standardisée permettra d’institutionnaliser ces pratiques et d’en garantir la pérennité.

De plus, l’adoption d’une approche globale formalisant les pratiques au niveau municipal peut contribuer à promouvoir une nouvelle façon de faire les choses et à établir des partenariats entre différents services municipaux, comme les services des parcs, des transports et des eaux. 

La Rain City Strategy* de Vancouver, par exemple, coordonne les améliorations requises dans l’infrastructure verte, comme les jardins pluviaux, les fossés végétalisés et les zones de rétention, réalisées dans les rues, les parcs et les aménagements afin d’atteindre l’objectif de capter 90 % des précipitations. Pour montrer toute l’importance de cette stratégie, le personnel des parcs nous a dit* que « sans politique globale, les projets d’infrastructure verte ont surtout été des projets pilotes à l’initiative du personnel… plutôt qu’une approche faisant partie intégrante des programmes d’investissement de la Ville ».

De même, Kitchener a approuvé une politique municipale exigeant que tous les projets d’aménagements privés et publics réduisent le ruissellement des eaux de pluie en captant les premiers 12,5 mm de précipitations là où ils tombent, plutôt que de les laisser ruisseler dans les canalisations souterraines. À cet égard, le RBJ Schlegel Park illustre cette attention portée à la gestion des eaux de pluie grâce à des pratiques innovantes. Achevé dernièrement, le parc gère toutes les précipitations sur place et réutilise l’eau de l’aire de jeux d’eau pour l’irrigation du parc.
Enfin, la municipalité de Brampton a récemment approuvé l’Eco Park Strategy* afin d’encadrer le développement d’un système de parcs résilients et connectés, axés sur le retour à l’état naturel, l’intégrité écologique et la reconnaissance des valeurs sociales et culturelles. L’« EcoPark Toolkit » créé par la municipalité fournira des directives à la fois pour le développement des parcs urbains et pour les groupes citoyens, comme « Adoptez un parc », afin d’atteindre dans des projets spécifiques les objectifs indiqués dans la stratégie. À travers le programme Eco Park, la Ville a déjà mis ce plan en pratique afin de redonner aux berges bétonnées du canal des parcs Jefferson, Jordan et Jayfield* leur caractère naturel.

Réseau vert de Brampton conçu comme un éco-parc. Crédit : Ville de Brampton

 

Miser sur des espèces adaptées et résistantes

Selon l’endroit où l’on se trouve au Canada et la période de l’année, les changements climatiques engendrent une hausse des températures, une augmentation des précipitations ou des sécheresses plus fréquentes. Il est donc important de s’interroger sur les types de plantes et d’arbres les mieux adaptés aux parcs, et d’utiliser des espèces plus résistantes aux changements climatiques qui n’auraient peut-être pas poussé dans certaines villes. 

Le plan d’adaptation au climat* d’Edmonton, par exemple, indique que d’ici 2050, la durée de la saison de croissance dans la ville pourrait augmenter de 22 jours, ce qui nécessitera d’utiliser les espèces végétales les mieux adaptées. Le personnel des parcs de la Ville de Regina a, quant à lui, déclaré que les changements climatiques incitaient à planter de nouvelles espèces d’arbres. 

Ainsi, ces changements auront différentes répercussions sur le paysage de nos parcs : par exemple, les parterres de fleurs annuelles dans les parcs seront remplacés par des fleurs sauvages indigènes. Mais ces changements affecteront aussi un autre élément omniprésent dans les parcs : la pelouse.

Bien que les pelouses bien entretenues aient encore de beaux jours devant elles, car elles sont essentielles à la pratique du sport en plein air et à la détente, les Villes souhaitent de plus en plus que ces espaces retrouvent un caractère naturel, en créant notamment des « prairies à tonte réduite ». 

En se détournant de la monoculture du gazon, les parcs peuvent stimuler la biodiversité et accroître leurs vertus face aux changements climatiques. À cet égard, des études* ont montré que* la présence de plantes variées permettait de rafraîchir davantage l’air qu’une pelouse. Et comme l’a indiqué le personnel de la Ville d’Edmonton, « le fait de rétablir ces espaces à l’état naturel permet de réduire le besoin de tondre », ce qui permet ainsi de faire baisser les émissions générées par le matériel de motoculture. 
Afin d’accroître cette pratique, le personnel de la Ville d’Edmonton a dit avoir adapté les normes d’aménagement paysager* pour se concentrer sur les possibilités de rétablir à leur état naturel « les espaces non entretenus, à faible utilisation ou les endroits présentant des avantages écologiques à retrouver leur état naturel ». De même, dans ses directives d’aménagement paysager* de 2019, la Ville de Brampton indique vouloir planter des espèces résistantes aux changements climatiques et y a inscrit des exigences en matière de densité des plantes dans ses parcs.


Prairie renaturalisée. Crédit : Jake Tobin Garrett

Répondre aux attentes du public

Donner plus de place aux paysages à l’état naturel requiert de mobiliser le public, de répondre à ses attentes au niveau de l’esthétique des parcs ainsi qu’à ses préoccupations liées à la faune et à la flore. 

« Nous avons habitué le public à avoir une pelouse bien tondue et des parterres de fleurs en bonne et due forme dans les parcs », explique Chad Townsend, planificateur principal de la commission des parcs de Vancouver. Cependant, la commission est en train de convertir davantage d’espaces verts en prairies à tonte réduite. Approuvé dernièrement, un projet pilote* permettra de convertir 37 hectares dans 18 parcs municipaux en paysages laissés davantage à l’état naturel. 

« Les personnes habituées à une esthétique différente ont du mal à accepter ces changements », déclare Chad Townsend. « Pour certains, ces espaces ont l’air négligés et mal entretenus en comparaison, mais c’est à cela que ressemblent les endroits laissés à l’état naturel. » 

La signalisation peut toutefois faciliter la transition. D’après Chad Townsend, la commission souhaite créer des sentiers à travers certaines prairies et placer des panneaux de signalisation invitant les gens à les utiliser. De même, pour le projet Meadoway à Toronto, dont l’objectif est de naturaliser un corridor hydroélectrique de 16 km, l’Office de protection de la nature de la région de Toronto a installé des panneaux d’information sur les nouvelles prairies afin d’expliquer pourquoi leur apparence est différente de celles des autres zones du parc.

Dommages causés par la tempête à la digue maritime de Vancouver. Crédit : Ali Nayeri

Savoir quand reconstruire et quand réimagine

Gérer les attentes du public suite aux dégâts réguliers engendrés par les tempêtes de plus en plus dévastatrices dans les parcs, comme le très populaire Seawall du Stanley Park* à Vancouver, constitue aussi un objectif important.

« Le premier réflexe est de réparer ce qui a été « endommagé », explique Chad Townsend. « Le public s’attend à ce que l’on trouve un moyen de faire repousser les cèdres, de remplir les bassins et de réparer le mur. » 

« Il est plus facile de mettre une rustine sur ce qui a été endommagé que de penser à long terme », dit-il. Selon lui, il est important de trouver un équilibre entre les mesures innovantes requises pour créer des parcs résilients face aux changements climatiques et la prise en compte des attentes du public concernant les espaces verts populaires.

La Ville doit donc choisir entre se barricader contre la montée du niveau de la mer ou accepter que certains parcs soient parfois inondés et donc les concevoir en conséquence, explique Chad Townsend.
Pour s’attaquer au problème, la municipalité invite le public à discuter des conséquences de l’élévation du niveau de la mer dans le cadre d’un programme appelé Sea2City*, qui attire l’attention sur les répercussions possibles sur les parcs riverains. Dans le cadre de ce programme, des panneaux illustrant les futurs niveaux de laisse de haute mer ont été installés dans les parcs du bord de mer, et une série de vidéos intitulées « Conversations in Canoes » a été réalisée avec divers experts.

Panneau sur l’élévation du niveau de la mer à Vancouver. Crédit : Chad Townsend

L’importance des initiatives citoyennes

Malgré les défis majeurs que représentent les changements climatiques, les Villes ne sont pas les seules à tenter de les relever. Comme nous l’avons souligné dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier, les projets citoyens « Petits mais puissants » peuvent avoir des répercussions considérables. 

Selon Michael Polanyi, directeur des politiques de Nature Canada, les projets de quartier peuvent servir de « validation de principe ». La réussite de tels projets peut en effet ouvrir la voie à des projets de plus grande envergure et encourager des changements au niveau des politiques municipales.

« Planter des arbres dans les parcs, créer des jardins collectifs, distribuer des citernes d’eau de pluie dans un quartier ou essayer de restaurer une petite parcelle de zone humide sont des initiatives importantes qui mobilisent et sensibilisent les gens. Elles permettent aussi de susciter l’intérêt et l’appui des politiciens », dit-il.

De plus, les projets de quartier permettent de montrer la marche à suivre pour lever les obstacles en matière de résilience dans les villes. « Lorsque les résidents mettent en œuvre des initiatives au niveau local, ils prennent en même temps conscience des obstacles existants, que ce soit en matière de financement ou en raison d’un système de permis absurde ou d’un règlement auquel ils doivent se plier », explique Michael Polanyi.

Selon lui, « les villes constituent souvent des laboratoires dans lesquels se produisent des changements plus importants. » Par exemple, certains militants ont joué un rôle essentiel dans l’interdiction des pesticides, qui a d’abord été adoptée au niveau municipal, puis au niveau provincial. 

« Souvent, c’est en œuvrant au niveau local que l’on peut faire bouger les choses au niveau municipal et susciter un changement », dit-il.

D’autres manières dont les villes utilisent les parcs pour lutter contre les changements climatiques

  • Planifier. La municipalité de Richmond Hill évalue actuellement sa couverture arborée pour planifier l’emplacement des futurs parcs qui seront implantés le long de l’axe de croissance économique de la rue Yonge afin d’atténuer l’effet des îlots de chaleur. 
  • Créer une couverture arborée résiliente. La Ville de Victoria a planté 40 % d’arbres supplémentaires dans l’espace public et a réalisé une analyse Lidar pour évaluer sa couverture arborée et suivre les progrès accomplis. Les programmes « Roots for Trees* » d’Edmonton et « One Million Tree » de Mississauga* et Brampton* s’appuient sur des partenariats au niveau local pour atteindre les objectifs de plantation d’arbres de ces municipalités.
  • Réduire la dépendance à la voiture. La Ville de Laval élabore actuellement une trame verte et bleue, qui reliera les parcs par des voies cyclables et piétonnes dotées d’une plus grande couverture arborée. Quant à Kelowna, la Ville a conçu des « artères civiques » qui relient les sentiers aux parcs, aux écoles et à d’autres lieux publics. 
  • Tirer parti des nouveaux financements. Kingston, Kitchener et Brampton ont bénéficié du Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes financé par le gouvernement du Canada. Elles les utiliseront pour lancer divers projets de résilience climatique dans les parcs, notamment pour la protection des rives à Kingston, pour l’infrastructure de gestion des eaux pluviales dans les parcs* à Kitchener et pour la protection contre les inondations du centre-ville à Brampton. 
  • Établir des collaborations. Grâce à un partenariat avec le Climate Lab* de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, la Ville de Charlottetown surveille l’érosion du littoral dans l’un de ses parcs en bord de mer.
  • Que la lumière soit. Afin de réduire la consommation d’énergie dans ses parcs, Kitchener a modernisé l’éclairage en remplaçant les lampadaires des sentiers par des systèmes LED et des lumières intelligentes. 
  • Des pratiques de tonte plus écologiques. De nombreuses villes ont de plus en plus recours à des équipements électriques pour l’entretien de leurs parcs. Victoria a déjà converti 20 % de son matériel de motoculture à essence en optant pour des équipements électriques. En 2020, la Ville de Mississauga a approuvé la politique Green Fleet and Equipment Policy* dotée d’un cadre décisionnel concernant le moment et la manière d’acheter des équipements électriques et à faibles émissions.


Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Un mur de soutènement constitue un élément d’infrastructure, mais qu’en est-il d’un parc au bord de l’eau?

Reconnaissant les avantages des espaces verts en matière de résilience climatique, comme la protection contre les inondations, de nombreuses Villes canadiennes se dirigent de plus en plus vers des solutions fondées sur la nature qui considèrent les parcs comme des éléments clés de l’infrastructure verte. 

Selon les chercheurs, les solutions fondées sur la nature* sont « des solutions inspirées de la nature, qui s’appuient sur la nature ou la copient » et qui comprennent « la valorisation, la restauration, la création et la conception de réseaux écologiques se caractérisant par la multifonctionnalité et la connectivité. »

En d’autres termes, au lieu de tuyaux et de murs en béton, nous pouvons construire des parcs qui imitent ou valorisent les processus naturels, comme un étang qui protège des inondations en retenant l’eau. Ces lieux offrent alors des avantages en matière de résilience climatique et créent des espaces de loisirs et des habitats naturels, ce qu’un tuyau ne peut pas faire.

Afin de présenter les espaces naturels urbains comme des infrastructures, certains chercheurs canadiens sont d’avis que nous devons d’abord comprendre comment ces espaces naturels permettent de créer une ville fonctionnelle et résiliente face aux changements climatiques. Ceci passe notamment par l’attribution d’une valeur financière aux services rendus par un espace vert, comme la quantité de carbone qu’il absorbe ou la manière dont il contribue à résorber les eaux de pluie.
Sans cette prise en compte, la préservation ou la valorisation des espaces verts pourraient pâtir d’un manque d’incitations économiques, des espaces qui seraient alors sous-évalués par rapport à d’autres utilisations foncières, comme les routes, affirment les auteurs d’une étude réalisée à Montréal*. Selon eux, pour « endiguer ce problème », nous pouvons « démontrer la contribution économique réelle du capital naturel en matière de bien-être et tenir compte du coût de la dégradation de ces infrastructures. »

Dépression pour retenir l’eau. Crédit : Jake Tobin Garrett

Comptabiliser les actifs naturels

C’est ce que certaines Villes canadiennes espèrent faire. Les nouveaux plans de lutte contre les changements climatiques de Calgary, Guelph et Edmonton envisagent des études d’évaluation des actifs naturels. Et l’Initiative des actifs naturels municipaux (MNAI), un organisme à but non lucratif dont la mission est d’« aider les municipalités à comptabiliser les actifs naturels », a lancé un nouveau projet* en collaboration avec 22 municipalités canadiennes, dont Charlottetown, Kelowna, Surrey, le Canton de Langley, Winnipeg, Mississauga et Halifax. 

Avec l’appui de ces Villes, ce projet prévoit de recenser les biens naturels en répertoriant leur localisation et leur état. Cette démarche peut aider les Villes à accroître leur résilience climatique en protégeant et en valorisant leurs actifs naturels, tels que les bois, ruisseaux et autres espaces naturels. Selon le MNAI : « Les actifs naturels peuvent fournir le même niveau de service que de nombreux actifs construits par l’homme, et souvent à un coût bien moindre au niveau financier et environnemental. »

Cette initiative a attiré l’attention des partisans de cette cause, comme Michael Polanyi, responsable des politiques de Nature Canada. Il voit dans ce travail une manière de mieux prendre en compte les services rendus par les espaces naturels dans les activités de planification. 

Le fait de montrer clairement « à quel point nous sommes dépendants des services intangibles que fournit la nature semble être l’élan dont nous avons besoin pour changer la façon dont nous prenons des décisions », dit Michael Polanyi. « Les conseillers municipaux et les décideurs sont tellement focalisés sur l’aspect économique des choses. Tant que les services rendus ne sont pas visibles, il est difficile de justifier pourquoi on devrait investir dans la protection. » 

Des études indépendantes ont tenté de mettre en lumière certains de ces services intangibles, du moins sur le plan financier. 

Un rapport des Services économiques TD de 2014* sur la valeur des forêts urbaines à Halifax, Montréal et Vancouver a montré que la qualité de l’air, la gestion des eaux pluviales, l’énergie (coûts de chauffage et de refroidissement) et la séquestration du carbone engendraient des économies financières. Le rapport a montré que, pour chaque dollar consacré à leur entretien, les arbres génèrent chaque année des bienfaits allant de 2 $ à Montréal jusqu’à 13 $ à Halifax. Un rapport similaire réalisé à Toronto a révélé que les bienfaits annuels procurés par les arbres se chiffraient à 80 millions de dollars pour les Torontoises et Torontois, soit environ 125 $ par résident. 


Pluie dans un parc. Crédit : Jake Tobin Garrett

Une évaluation difficile à réaliser

Les Villes entendent réaliser elles-mêmes ce type d’évaluation, en tenant compte dans leurs calculs non seulement des arbres, mais aussi de l’ensemble des espaces verts. 

Selon Leya Barry, superviseure des projets contre les changements climatiques à Mississauga, une étude réalisée en 2016 par le Bureau d’assurances du Canada sur les phénomènes climatiques a été un véritable « déclencheur » pour la Ville pour lutter contre les changements climatiques. « Cette étude a illustré clairement ce qu’il va se passer si nous ne commençons pas à être plus proactifs et à voir les choses dans leur globalité. »

Cette étude a révélé* que le coût d’une tempête de verglas extrême pourrait engendrer jusqu’à 38 millions de dollars de dégâts à Mississauga.

Face à cette réalité, la municipalité a commandé une évaluation des risques climatiques* pour trois de ses parcs. Alors que l’on utilise généralement ce processus pour évaluer les infrastructures matérielles, comme les ponts, la Ville souhaitait aussi examiner ses infrastructures naturelles afin de mieux comprendre le risque encouru pour ses espaces verts, explique Leya Barry. Selon cette étude, les menaces les plus importantes étaient liées aux inondations, aux tempêtes de verglas, à la chaleur et au vent, ce dernier facteur pouvant grandement endommager les arbres de la Ville, selon Leya Barry.

Cependant, le fait d’attribuer une valeur aux espaces naturels, comme les installations de traitement des eaux pluviales, les parcs et même les terrains de sport, peut s’avérer délicat. 

« Il est très difficile d’estimer les actifs naturels d’un point de vue strictement financier, car cette démarche ne tient pas compte de tous les autres avantages et services que ces actifs fournissent », dit Leya Barry. « Par exemple, si l’on a dépensé 400 $ pour un arbre et que l’on pense que le coût de remplacement sera de 400 $, ce serait vraiment simplifier les choses et cela pose certains problèmes. » 

D’après elle, la municipalité ne sait pas comment la valeur culturelle sera calculée, mais elle espère qu’elle le sera lorsque la Ville commencera le processus d’évaluation. 

D’autres villes sont également confrontées à la difficulté d’attribuer une valeur financière aux espaces verts. 

Comment évaluer les avantages sociaux des parcs et les liens qu’ils permettent de créer entre voisins? Qu’en est-il du plaisir esthétique de voir les rayons du soleil à travers les feuilles? Ou l’effet relaxant que nous ressentons quand nous marchons dans une forêt en ville? Est-il pertinent de considérer les parcs en termes financiers? Le fait de les réduire à des aspects économiques risque-t-il de faire disparaître leurs avantages plus intangibles, pourtant cruciaux?

À cet égard, la nouvelle Green Strategy* de Saskatoon, publiée en 2020 en même temps que l’étude Natural Capital Asset Valuation*, aborde la difficulté d’utiliser la terminologie financière pour décrire la valeur des biens naturels. Cette étude a été financée dans le cadre du programme Municipalités pour l’innovation climatique de la Fédération canadienne des municipalités. 

L’étude de Saskatoon décrit les services écosystémiques à évaluer, comme la séquestration du carbone, la pollinisation, la qualité de l’air et la régulation climatique, la production fourragère, ainsi que la santé mentale et physique. L’étude comprend également des évaluations de la vulnérabilité des écosystèmes clés, comme les zones humides, les prairies et les forêts. 

Si l’étude d’évaluation a également mis en évidence l’importance culturelle, patrimoniale et esthétique des parcs, ses conclusions ont montré qu’il était nécessaire de reconnaître davantage ces atouts et qu’il était difficile « de les quantifier sur le plan financier ». Les auteurs de cette étude ont également conclu qu’il était important d’inviter les parties prenantes à y exprimer des points de vue différents sur les services fournis par les écosystèmes, comme les services culturels.

D’après le personnel de la Ville, « la nature et les espaces culturels ne doivent pas uniquement être perçus d’un point de vue capitaliste. Selon leurs visions du monde, de nombreux Autochtones voient la terre comme sacrée et estiment que les humains ne devraient pas la considérer en termes économiques », ajoute-t-il. « Lorsque nous adoptons une approche de gestion des actifs, il ne faut pas perdre de vue la valeur intrinsèque de la nature. »