Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
Pourquoi les événements dans les parcs sont-ils importants ? Comment les subventions s'intègrent-elles dans les objectifs plus larges des Ami·es des parcs pour susciter des changements dans les parcs urbains ?
Le programme InTO the Ravines crée des occasions pour la population torontoise de se réunir, d’explorer les ravins, d’en apprendre davantage sur leurs avantages sociaux et écologiques, et de soutenir leur préservation.
Une réflexion sur le rapport d'enquête BEING BLACK IN PUBLIC, qui explore comment les communautés noires vivent les parcs et les espaces publics, et ce qui nourrit la joie et le sentiment d’appartenance.
Explorez les principaux constats tirés de cinq années du Rapport sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière les tendances, les enjeux et les pratiques qui façonnent les espaces verts à travers le pays.
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Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Les solutions à portée de la main ont presque toutes disparu, mais les villes constatent que cette situation a aussi des avantages. Comme l’explique Ann-Marie Nasr, directrice de l’aménagement des parcs et des projets d’immobilisations de Toronto : « Le manque de terrains à transformer en parcs nous force à être plus inventifs. »
Mme Nasr supervise une vague de projets de parcs innovateurs, y compris des installations de loisirs sur des toits, des parcs surplombant des corridors ferroviaires et des parcs linéaires dans des couloirs hydroélectriques. Vancouver vit une expérience semblable, et les plans de conception d’un nouveau parc du centre-ville incluent un sentier surélevé. « Nous devons penser en trois dimensions et utiliser chaque centimètre carré d’espace, surtout sur les sites de petite taille », affirme Dave Hutch, directeur de la planification de la Commission des parcs de Vancouver.
Même si la majorité des projets dans cet article étaient en voie d’élaboration avant la COVID-19, les exigences en matière de distanciation physique ont poussé les villes à faire preuve de créativité afin d’élargir les espaces publics rapidement. Cela pourrait, dans certains cas, renforcer les arguments en faveur de nouveaux espaces publics et accélérer la planification à cet égard.
Ces contraintes forcent les villes à utiliser les espaces « restants », que ceux-ci se trouvent sous des autoroutes ou le long de voies ferrées. Or, ce genre de projets peut avoir des effets indésirables. Par exemple, ils peuvent occasionner le déplacement des gens qui trouvent refuge dans ces espaces et potentiellement contribuer à l’embourgeoisement.
Malgré sa popularité, le parc surélevé High Line de New York a fait l’objet de nombreuses critiques. On a notamment souligné qu’il a fait augmenter le coût des logements et qu’il accueille un nombre disproportionné de visiteurs blancs, malgré la diversité raciale du quartier. En réaction à ces critiques, l’organisation Friends of the High Line a créé un nouveau réseau appelé le High Line Network pour conseiller les responsables de projets de parcs axés sur la réutilisation d’infrastructures sur les pratiques inclusives. Le Bentway de Toronto, un espace public sous une autoroute surélevée, est le seul membre canadien du groupe. Le réseau a publié des trousses d’outils contenant des stratégies pour la planification communautaire et l’adoption de principes d’aménagement équitable. Ces trousses peuvent servir de guide utile pour les villes canadiennes qui entrent dans une nouvelle ère de construction de parcs.
L’une des tendances appelées à s’accentuer est la construction de parcs sur d’autres infrastructures, comme des garages. Certains appellent ces projets des parcs stratifiés parce qu’ils sont basés sur un modèle de propriété stratifié; la Ville n’est pas propriétaire du terrain sous le parc, mais uniquement de la couche du dessus.
De prime abord, tout le monde semble ressortir gagnant de cette situation. Le propriétaire du terrain a l’avantage de pouvoir construire quelque chose, et la Ville tire profit d’un nouveau parc en hauteur. Mais en réalité, les parcs stratifiés posent plusieurs défis sur le plan logistique, juridique et de la conception.
L’intégrité structurale de ce qui se trouve en dessous détermine la quantité de terre qu’on peut mettre, ce qui a des répercussions sur l’aménagement paysager. En outre, lorsque la membrane imperméable qui sépare le parc de la structure sous-jacente a besoin d’entretien, le parc doit souvent être démonté et reconstruit. Ces facteurs en font des options souvent moins vertes, indique Mme Nasr. Cela pose problème lorsque les villes confrontées aux changements climatiques veulent ajouter de la verdure pour la gestion des eaux pluviales et l’atténuation de la chaleur urbaine.
Richmond Hill est parmi les villes qui subissent de la pression pour approuver la construction de ce type de parcs. « La valeur des terrains a augmenté de façon considérable au cours des 10 dernières années, affirme Michelle Dobbie, la responsable de la planification des parcs de la Ville. Cela amène les promoteurs à vouloir maximiser l’espace en construisant des stationnements souterrains.
Mis à part les défis liés à la construction de parcs stratifiés, il y a plusieurs considérations légales et logistiques, comme les engagements financiers à long terme associés aux futures mises à niveau. Reconnaissant que cette pression ne semble pas s’amoindrir, Richmond Hill a commandé une étude sur les parcs stratifiés afin de l’aider à décider si elle devrait accepter ce type de parcs.
Les plans de Vancouver pour un nouveau parc construit partiellement sur le toit du centre commercial réaménagé Oakridge démontrent aussi bien le potentiel que la complexité de ce type de parcs. Les 3,6 hectares du parc seront répartis au niveau du sol et sur le toit du centre commercial, et comprendront des aires pour les rassemblements sociaux, le jardinage et la pratique de sports. En se servant du toit, la Ville a pu créer un parc beaucoup plus grand, explique M. Hutch.
Il affirme que la Commission des parcs a travaillé fort pour négocier la structure de propriété du parc avec le centre commercial. Cette entente comprend des dispositions selon lesquelles l’entretien du parc et le renouvellement des immobilisations sont à la charge du propriétaire du terrain et non de la Commission des parcs. C’était la première fois que la Commission négociait une telle entente. Celle-ci était nécessaire en raison de la complexité liée à la présence de multiples équipes d’entretien sur le site et de la responsabilité à assumer si un employé de la Commission endommageait la membrane de protection. Un comité opérationnel composé d’employés de la Commission et du centre commercial sera créé pour trouver des solutions aux problèmes éventuels.
Comme nous en avons parlé dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier, en planifiant leurs parcs, les villes se préoccupent de plus en plus à la connectivité. On retrouve un nombre grandissant de parcs, de sentiers et d’autres espaces verts linéaires qui se faufilent dans des endroits restreints, donnant du fait même de nouvelles fonctions aux couloirs hydroélectriques et ferroviaires.
La High Level Line à Edmonton est l’un de ces projets. Il découle de la vision d’un groupe communautaire qui a attiré l’attention des représentants de la Ville. Le plan propose de relier des quartiers le long d’une route de 4 km en utilisant un couloir ferroviaire existant qui traverse la rivière Saskatchewan North. L’idée suit les principes de connectivité mis de l’avant dans le Downtown Public Places Plan 2019 de la Ville.
Le projet reliera des parcs existants, mais tirera aussi profit de terrains privés. Par exemple, les propriétaires fonciers pourraient développer leurs sites pour qu’ils s’ouvrent sur la High Level Line ou offrir des commodités.
« La rivière Saskatchewan North et la vallée fluviale sont des atouts importants pour Edmonton — mais ce sont aussi de réelles barrières », explique Kevin Dieterman, porte-parole du groupe. Toutefois, le projet n’est pas qu’un moyen de se rendre du point A au point B. « L’expérience que vous vivrez en vous déplaçant y est pour beaucoup », ajoute-t-il.
Les emprises routières, comme les rues, sont de plus en plus considérées comme des ressources pour la création d’espaces publics temporaires et permanents.
Les nouveaux projets qui prévoient des bordures de trottoir plus basses et un revêtement spécial donnent aux rues une plus grande polyvalence. À Toronto, on appelle cette approche de la conception « parcs plus ». Comme l’explique Mme Nasr : « On peut voir la chose comme une équation : les parcs + les rues = un domaine public incroyable. »
Montréal s’est démarquée comme une véritable pionnière avec les 15 nouvelles rues piétonnes et partagées qu’elle a aménagées depuis cinq ans et qui s’ajoutent aux 50 qui existaient déjà. Le Programme de rues piétonnes et partagées, qui a donné lieu à la création d’un catalogue d’inspirations, soutient la mise en œuvre de projets qui reflètent la culture d’un quartier, notamment par un processus de conception participatif.
Si on donne de nouvelles fonctions aux rues depuis des années, la pratique s’est accélérée pendant la crise de la COVID-19. Dès avril et partout au pays, des villes comme Winnipeg, Toronto, Montréal et Vancouver ont commencé à offrir des voies de circulation automobile aux piétons afin de créer des espaces publics temporaires favorisant la distanciation physique.Et depuis avril, les défenseurs et les urbanistes ont approfondi cette conversation. Par exemple, la fabricatrice d’espaces Jay Pitter a souligné les « iniquités spatiales » qui mettent en évidence les limites de tels projets et le fait qu’ils avantagent seulement une partie de la population. Elle a souligné le besoin de recentrer les discussions sur la race, la classe, la capacité et le genre, un appel qui trouve un écho chez d’autres auteurs. En effet, selon les témoignages, les actes antiasiatiques seraient à la hausse dans les espaces publics canadiens depuis le début de la pandémie.
Plus du tiers des villes que nous avons sondées ont signalé une demande croissante pour l’aménagement d’espaces publics sur des propriétés privées (EPPP). Les EPPP sont construits et entretenus par des propriétaires fonciers en vertu d’ententes avec la Ville qui garantissent un accès public. Les villes comme Toronto et Vancouver comptent déjà un grand nombre d’EPPP, tandis que Mississauga, Richmond Hill et Waterloo disent envisager ce type de solution.
« Je pense qu’il est très important que le rôle et la fonction de ces espaces soient clairs », indique Mme Nasr. À Toronto, on a utilisé des EPPP, notamment des sentiers aménagés ou de petits espaces de rassemblement devant des immeubles, pour créer un domaine public plus unifié, sans viser à remplacer les parcs. Selon Mme Nasr, ces espaces peuvent toutefois soulager une partie de la pression sur les parcs dans les zones densément peuplées.
Le caractère public des EPPP a toutefois été remis en question en raison de disputes sur l’accès et parce que certaines entreprises empiétaient sur ces espaces. Et comme il s’agit de propriétés privées, les EPPP peuvent, au bout d’un certain moment, être réaménagés, comme ça a été le cas à Vancouver. Dans un effort pour sensibiliser l’opinion et promouvoir une conception et une visibilité améliorées de ces espaces, Toronto a produit une carte des EPPP, des lignes directrices sur leur conception et une stratégie sur l’affichage visant à préciser que les EPPP sont des espaces publics.
Chris Hardwick est directeur à 02 Planning + Design et il a travaillé à des plans de parcs à Edmonton, à Halifax, à Toronto et à Winnipeg. Il indique que dans vos discussions sur les parcs, vous devez mettre en balance les coûts et les avantages des deux approches qui s’offrent à vous, à savoir l’augmentation du nombre de parcs et l’amélioration des parcs existants.
M. Hardwick maintient que dans les cas où les terrains sont dispendieux et rares, la meilleure stratégie pourrait consister à déployer des ressources afin de garantir le rendement optimal des parcs existants. Cependant, les villes doivent être prévoyantes en faisant rapidement l’acquisition de terrains dans les zones qui sont appelées à se développer plutôt que d’essayer de se rattraper plus tard.
Il ajoute que différents défis existent selon le contexte urbain, la croissance et les changements démographiques. Certaines villes font face à un manque d’espaces pour les parcs, tandis que d’autres en ont trop ou ne disposent pas du bon type d’espaces. Les représentants de Prince George, par exemple, ont affirmé avoir transformé des terrains de baseball sous-utilisés en parcs à chiens.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2019 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
Avouons-le, le Canada est un pays hivernal. Ces initiatives aident les résidents à s’emmitonner et à sortir dans les parcs pendant les mois les plus froids de l’année.
Il va sans dire que l’image du Canada en tant que pays froid et glacé en permanence est un mythe. Mais personne ne peut nier que pendant de longs mois, nos villes sont des endroits frisquets et recouverts de neige.
Certaines villes canadiennes embrassent leur côté hivernal, allant même jusqu’à célébrer cette saison comme la période idéale pour sortir à l’extérieur et profiter des parcs plutôt que de s’encabaner avec une tasse de thé.
Edmonton mène le peloton avec sa WinterCity Strategy (Stratégie de ville hivernale) et l’organisation de son congrès inaugural Winter Cities Shake-Up (Réveil des villes hivernales) en 2017. Saskatoon, qui a accueilli le Winter Cities Shake-Up* en 2019 travaille à sa propre WintercityXYE Strategy*.
Edmonton dirige une variété de programmes hivernaux*, comme la raquette et les pique-niques hivernaux, et en fait activement la promotion pour faire sortir les gens dehors. Dans un sondage récent mené par la Ville, 44 % des résidents ont affirmé avoir une image plus positive de l’hiver depuis que le programme a commencé.
Dans le cadre d’un projet pilote mené en 2017, la Ville a également étendu son Green Shack Program (Programme de cabanes vertes) existant afin qu’il soit offert toute l’année. Dans le cadre de ce programme, le personnel de la Ville contribue à la programmation des parcs en distribuant des équipements récréatifs qui sont rangés des cabanes vertes. Le projet pilote de 120 000 $ comprenait huit cabanes vertes qui ont fait la tournée des parcs de septembre à juin. Le volet hivernal du programme a attiré autant de participants que son pendant estival.
Mais Edmonton n’est pas la seule à s’amuser dans la neige.
Montréal est une autre ville canadienne qui embrasse l’hiver de façon créative. En janvier de 2018, un groupe de collaborateurs, dont La Pépinière Espaces Collectifs, Rues principales et Vivre en Ville, ont lancé le Laboratoire de l’hiver. Le projet vise à reconquérir l’hiver au moyen d’activités amusantes, à commencer par la publication d’un guide pour des espaces publics hivernaux actifs.
Toronto peut se vanter d’offrir le plus grand réseau de patinoires extérieures artificielles au monde. Dernièrement, la Ville a travaillé avec l’organisation montréalaise La Pépiniére afin de lancer son Rink Social Program* (Programme de patinoires sociales). Dans le cadre du programme, on a animé et agrémenté les patinoires extérieures au moyen de foyers, de nourriture et de boissons, d’espaces de rassemblement et d’un service de prêt de patins. La Ville anime également des séances de formation pour les résidents qui veulent créer des patinoires naturelles dans les parcs*en plus de leur offrir une fiche-conseil pratique*.
Halifax et Charlottetown ont toutes deux trouvé des façons créatives de faire sortir les gens dehors et de les faire bouger à l’hiver. L’Emera Oval d’Halifax est l’une des plus grandes patinoires au Canada, et c’est le lieu de soirées cinémas et de soirées DJ. On y trouve également des abris conçus par des artistes et permettant aux gens de se réchauffer. En février de chaque année, Charlottetown accueille WinterlovePEI (Amour hivernal Î-.P-E.), un événement mis sur pied par une organisation communautaire qui fait la promotion d’activités adaptées au froid, comme le yoga hivernal.
Rendez-vous dans un parc et prenez une respiration profonde. Vous vous sentez mieux? Vous n’êtes pas seul. La recherche a permis d’établir des liens étroits entre le fait de passer du temps dans la nature et une amélioration de la santé mentale. Un partenariat entre la Ville de Victoria et Human Nature Counselling s’appuie sur ce principe avec un programme appelé New Roots* (Nouvelles racines).
Le programme emmène des jeunes dans les parcs urbains pour une thérapie axée sur la nature qui combat l’anxiété et les pensées négatives. Les participants se livrent à une variété d’activités individuelles et de groupe, comme la pleine conscience, la tenue d’un journal personnel, la randonnée et des jeux dans la nature. Le programme les aide « à ralentir le rythme, et à renouer avec leurs sens et le monde naturel », explique Katy Rose de Human Nature Counselling.
Le succès du programme est en grande partie dû au fait qu’il est offert dans les parcs de la ville, car, selon Mme Rose, les jeunes « veulent être là ». Les programmes de santé mentale sont généralement offerts à l’intérieur, ce qui peut rendre certaines personnes mal à l’aise. « Il est simplement beaucoup plus facile de bâtir une communauté en plein air », affirme Mme Rose. Elle ajoute que c’est également une occasion pour les jeunes de se sentir liés à leurs parcs locaux.
La Ville est un champion essentiel du programme. Elle aide à trouver du financement et à établir une liaison avec des parcs en particulier. Le programme est offert après les heures de classe à des jeunes du niveau intermédiaire et secondaire. En 2018, il était entièrement financé par Island Health.
Le personnel offre également aux jeunes des projets de services, comme la cueillette de lierre, qui est ensuite séché et tressé. Selon Mme Rose, l’utilisation de l’espèce envahissante comme métaphore permet de montrer aux jeunes comment des éléments en apparence négatifs peuvent être transformés en quelque chose de positif.
Shelley Brown, responsable des programmes de loisirs et de parcs à la Ville, est parmi les principaux défenseurs du programme. Elle a travaillé avec des élèves à un programme de restauration de prés et souligne que « les jeunes se sont rapidement passionnés pour les parcs et les espaces naturels ».
Mme Brown explique qu’une composante importante de son travail consiste à aider à trouver du financement pour veiller à ce que New Roots demeure gratuit. « Parce que ce programme est relativement nouveau et parce qu’il s’éloigne de l’idée que les gens se font généralement de la thérapie, nous voulions éliminer le plus d’obstacles possibles à son accès », affirme-t-elle.
Le rôle de la nature dans l’amélioration de la santé mentale est également au centre d’un autre partenariat, cette fois à Guelph. En effet, la Ville héberge un organisme de bienfaisance enregistré qui gère l’Enabling Garden* (Jardin bienfaisant) du parc Riverside, un espace de jardin accessible qui offre des expériences thérapeutiques par l’entremise de l’horticulture.
« Le jardin thérapeutique offre une ambiance apaisante et engageante dans laquelle, aidés d’un hortithérapeute agréé, les gens peuvent tisser des liens dans leur communauté de façon créative et parler de leur vécu afin de favoriser leur bien-être et d’alléger leur souffrance », explique Anna Kroetsch, une hortithérapeute du jardin.
Le jardin a été conçu pour pouvoir accueillir tout le monde, peu importe l’âge ou les capacités. « Avec son sentier large, accessible et à l’éclairage doux ainsi que ses pancartes écrites en braille et ses plates-bandes surélevées, le jardin peut accueillir des gens qui ne pourraient peut-être pas avoir accès à la nature dans d’autres circonstances et leur permet de profiter confortablement des odeurs, des textures et des goûts du monde naturel, et ce, peu importe leurs capacités », affirme Mme Kroetsch.
Vancouver transforme des pavillons de parcs vides en centres névralgiques des arts et de la culture dans le cadre de son programme original appelé Fieldhouse Activation Program (Programme d’animation Fieldhouse).
Dans le cadre d’un partenariat d’entraide, la Ville associe des groupes communautaires à des pavillons de parcs vacants. Autrefois les suites des préposés à l’entretien, ces espaces sont offerts aux groupes gratuitement en échange de 350 heures d’animation communautaire.
Lancé en 2011, le programme est maintenant mis en œuvre dans 22 parcs et accepte les candidatures de groupes voués aux arts, au sport, à l’environnement, à l’alimentation locale ou à l’engagement social pour des résidences de trois ans.
Pour la résidence commençant en 2019*, les programmes comprennent des projets d’alimentation autochtone, des activités intergénérationnelles, des camps de rock pour les filles, des échanges de semences, des ateliers de cinématographie écologique, et plus.
À Toronto, la Ville amorce la troisième année de son populaire programme Arts in the Parks (Les arts dans les parcs), dirigé par le Conseil des arts de Toronto. Comme l’a indiqué la directrice du Conseil Claire Hopkins dans un billet de blogue en 2018, l’idée est née du manque d’endroits pouvant accueillir les œuvres d’artistes à l’extérieur du centre-ville.
Elle a également remarqué que de nombreux artistes avaient du mal à obtenir des permis et des autorisations pour réaliser des activités dans les parcs. « L’argent des contribuables qui est versé aux organisations artistiques est censé servir à créer des œuvres, mais ces organisations sont obligées de consacrer la majorité de leurs fonds à l’obtention de permis et à la promotion d’événements publics gratuits », explique Mme Hopkinson.
Le programme ne vise surtout pas à parachuter les arts dans les quartiers. C’est pourquoi on insiste pour travailler avec des groupes communautaires locaux afin de s’assurer que les œuvres sont appropriées et adaptées aux quartiers.
En 2018, le programme a permis de tenir 282 événements dans 36 parcs aux quatre coins de la ville, et la majorité de ces événements se sont déroulés à l’extérieur du centre-ville. Une boîte à outils créée en 2019 fournit plus d’information à ceux qui voudraient créer des programmes semblables. Elle porte notamment sur le financement, les partenariats, les interventions dans la communauté et l’évaluation. Artist in Residence (Artiste en résidence) est un programme à plus petite échelle mis en œuvre par la Ville de Waterloo. Ce programme qui s’inscrit dans le plan culturel de la Ville permet à « des artistes de travailler en partenariat avec la Ville pour offrir des projets d’art communautaires à tous les citoyens, peu importe leur âge, leurs capacités et leur expérience ». En 2018, le programme a présenté des œuvres des artistes Denise St Marie et Timothy Walker dans le parc Waterloo. Les œuvres comprenaient des promenades de mots, des activités narratives et des chasses au trésor.
En préparation de la Conférence d’Ami·es des parcs, qui se tiendra du 21 au 23 septembre 2022, Ami·es des parcs a rencontré Betty Lepps, la nouvelle directrice des relations urbaines de la Commission des parcs de Vancouver. Dans son précédent poste au BC Housing, Betty a participé à la réinstallation de plus de 280 personnes vivant au parc Strathcona. Elle a également contribué à la création du premier tribunal autochtone de justice réparatrice à Calgary. Formée en leadership dans le domaine de l’enfance et en sciences sociales, elle a travaillé sur les changements systémiques auprès des populations vulnérables, un engagement très apprécié aux niveaux local, municipal, ministériel et national.
Betty Lepps : Toute personne vivant dans une ville est considérée comme un·e résident·e. Et en tant que résident·e, chaque personne a des droits fondamentaux, et a droit au bien-être et à la dignité. La Ville fournit des aménagements intérieurs et extérieurs afin de favoriser le bien-être de ses résidentes et résidents. Cela vaut pour tout le monde, y compris pour les personnes qui vivent dans les parcs.
Pour ce faire, nous devons prendre en compte les notions d’équité et d’égalité. Nous ne pouvons pas donner à chaque usager et usagère des parcs ce dont il ou elle a besoin. Mais en termes d’égalité, tout le monde doit pouvoir ressentir les effets bénéfiques des parcs sur leur bien-être. Les parcs fournissent des services favorisant le bien-être des humains. Nous devons veiller à ce que toute personne vivant dans une ville dispose d’un accès universel à ces services.
C’est ça l’égalité et cela doit s’appliquer à tous les usagers et usagères des parcs : qu’ils soient à pied, qu’ils utilisent une poussette, qu’ils se déplacent en fauteuil roulant, qu’ils fassent du vélo ou qu’ils vivent dans le parc.
Mais je tiens à souligner que la responsabilité de veiller au bien-être des résidentes et résidents d’une ville ne relève pas uniquement des autorités municipales. Cette responsabilité appartient aussi à chaque personne vivant dans cette ville. Les personnes qui vivent dans les parcs font partie du tissu social d’une ville, c’est pourquoi il incombe à chaque personne qui y vit de veiller au respect de leurs droits et à leur bien-être.
BL : Ceci doit passer par quatre choses : la communication, la compréhension, le respect et la collaboration.
Tout le monde a un passé. Pour établir des relations, nous devons tenir compte du passé des gens afin de lutter contre la stigmatisation, la honte et les fausses représentations.
Dans mon poste de directrice des relations urbaines*, le premier du genre dans le pays, je me vois comme un intermédiaire entre des gens très différents afin de mettre en lumière leur passé respectif.
En 35 ans de carrière dans le développement communautaire, j’ai appris qu’il faut beaucoup de temps pour susciter un changement systémique. Mais c’est en maintenant le dialogue que l’on peut y parvenir.
Sans communication et sans compréhension, les gens se créent leurs propres représentations des autres. Ils se dissocient alors profondément d’eux et commencent à croire à ces fausses représentations. Certains peuvent se dire : « ces gens ne sont pas comme moi » ou « ces gens n’inspirent pas confiance » ou « voilà ce dont ces gens ont besoin ». Nos habitudes coloniales nous empêchent souvent d’être à l’écoute des autres et de chercher à les comprendre.
Le problème des personnes sans logement qui vivent dans les parcs ne relève pas d’un seul système. Cette question concerne autant la Commission des parcs de Vancouver, que les sapeurs-pompiers, les services de santé, la Ville, la province, les services du logement, et les résidents du quartier. Ceci concerne un grand nombre de parties prenantes. Et ceci constitue une occasion incroyable de créer un changement systémique. Si nous misons sur la collaboration, la communication, la compréhension et le respect, nous pouvons continuer d’avancer sur cette voie.
BL : Nous devons avant tout transformer notre culture. Pour que les services des parcs et loisirs soient au service des personnes qu’ils sont censés servir, nous devons être à l’écoute des gens et de leur passé respectif.
C’est la seule façon de changer nos perceptions internes et de transformer notre culture.
Pour l’instant, nous pensons que la responsabilité de « régler ce problème » incombe à d’autres ou relève de la compétence d’autrui. Certes, nous devons mettre en place des règlements et instaurer des limites, mais comment le faire sans avoir recours à la répression? Sans avoir recours aux amendes? Qu’en est-il du dialogue? Pourrait-on commencer par établir un dialogue?
Il n’existe pas de solution miracle pour « régler ce problème ». La seule manière de « régler ce problème » est de créer un changement systémique, et ceci passe par une écoute active. Ce n’est qu’à ce moment-là que des personnes de tous les horizons pourront profiter des parcs pour combler leurs besoins spirituels, physiques et émotionnels. Ce n’est qu’à ce moment-là que les parcs deviendront des endroits où chacun se sent en sécurité et bienvenu, et où les gens ont plaisir à se créer des souvenirs, comme il se doit.
Gérer la situation des personnes qui vivent dans nos parcs est une question d’équité et une responsabilité humanitaire, et c’est la voie que nous devons prendre pour y parvenir.
Avec le soutien de Parcs Canada, Ami·es des parcs ont récemment organisé une série de réunions de concertation visant à orienter le futur réseau de parcs urbains nationaux.
Pendant ces réunions, les personnes présentes ont répondu à une question très importante :
Quels sont les facteurs clés pour créer un réseau de parcs urbains nationaux à la fois inclusifs, accessibles et accueillants?
Les personnes participant aux réunions représentaient un large éventail de perspectives, d’opinions, de domaines d’expertise et de localités. À cet égard, nous avons reçu l’avis de groupes centrés sur la nature, d’organisations municipales dédiées aux personnes souffrant de handicaps physiques et de troubles du développement, de jeunes, de personnes sans logement, de nouveaux arrivants, et de personnes Autochtones, Noires et de couleur (PANDC).
Après avoir analysé les réponses, Ami·es des parcs a déterminé 9 facteurs clés qui contribuent à des expériences de grands parcs urbains plus inclusives, accessibles et accueillantes.
D’après les personnes ayant participé à nos réunions, voici le type d’espaces et d’expériences qui contribuent à créer des parcs urbains inclusifs, accessibles et accueillants.
Étant donné que les parcs répondent à des besoins aussi divers, les participants à ces séances de travail nous ont rappelé que les parcs doivent être des espaces polyvalents pouvant être utilisés simultanément pour différents usages et fonctions. Les participants ont souligné que pour atteindre ces objectifs, les parcs doivent posséder :
Nous avons également recueilli plusieurs réflexions sur les termes « parc » et « parc urbain ».
Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc » était suffisamment large pour refléter un vaste éventail de besoins et d’intérêts des usagers.
Les réflexions se sont ensuite portées sur le terme « parc urbain ». Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc urbain » prêtait à confusion, car le mot « urbain » peut suggérer moins d’éléments naturels ou sauvages. Selon l’auditoire, cette terminologie était peut-être plus logique à Toronto ou à Vancouver, mais elle était moins applicable aux parcs des Villes comme Winnipeg ou Saskatoon.
Lorsque les gens pénètrent dans un parc, ils peuvent faire face à de nombreux « éléments inconnus ». On nous a dit que ces « éléments inconnus », c’est-à-dire des événements ou expériences inattendus, peuvent constituer des obstacles importants pour visiter ou apprécier les parcs. Dans certains cas, il s’avère que ces « éléments inconnus » peuvent s’accompagner de risques bien réels.
Les discussions ont identifié la nécessité de rendre les parcs accessibles aux personnes de toutes les aptitudes.
Elles ont notamment souligné que, pour être véritablement inclusifs, accessibles et accueillants, les parcs doivent répondre aux besoins des personnes ayant des capacités mentales et physiques différentes, ainsi qu’aux besoins des personnes confrontées à des barrières linguistiques.
Une des solutions proposées pour rendre les parcs plus inclusifs et accueillants était d’améliorer l’accessibilité physique des sentiers, des espaces verts et des aménagements. D’autres propositions étaient d’ajouter à ces aménagements diverses manières de s’orienter, notamment grâce à une signalisation s’appuyant sur du texte, des pictogrammes et des codes QR.
Les personnes qui fréquentent les parcs ont souvent des préférences différentes concernant les éléments naturels et les expériences dont elles souhaitent profiter dans les parcs urbains. Certaines personnes ont indiqué préférer découvrir une nature « intacte » ou vierge, tandis que d’autres apprécient les possibilités d’interagir directement avec la nature via des activités pédagogiques ou des programmes liés à la nature.
D’autres ont mentionné l’importance d’intégrer davantage la technologie dans les parcs, par exemple en offrant une connexion Wi-Fi gratuite, ainsi qu’une signalisation et des possibilités d’apprentissage numériques afin de développer les liens avec la nature.
L’un des thèmes ayant émergé des discussions était la nécessité de trouver un équilibre entre l’intégrité écologique des parcs urbains et les besoins sociaux aux niveaux individuels et collectifs. Les participants aux séances ont mis en exergue que des outils pédagogiques, de communication et des activités environnementales peuvent contribuer à trouver un équilibre entre l’intégrité écologique d’un parc et son utilisation par les riverains.
Les discussions ont montré la nécessité de faciliter l’accès jusqu’aux parcs urbains et à l’intérieur de ceux-ci. L’emphase a été mise sur la facilité d’accès en voiture et à des places de stationnement, ainsi qu’à l’accès en transports en commun, en vélo et en trottinette grâce à des pistes cyclables, et à pied grâce à des sentiers pédestres.
Les personnes qui fréquentent les parcs ont besoin de moyens pratiques pour s’y rendre, mais doivent aussi pouvoir se déplacer facilement à l’intérieur, jusqu’aux aménagements et activités.
Bien que les participants aient utilisé le terme « accès » au sens large, leurs commentaires suggéraient généralement des améliorations dans les domaines suivants :
Les discussions ont montré que le sentiment d’appartenance jouait un rôle prépondérant dans la fréquentation et l’appréciation des parcs. Le sentiment d’appartenance à un lieu découle souvent du fait de se sentir en sécurité, bien accueilli et représenté.
Les usagers racialisés, Autochtones et sans logement se retrouvent souvent face aux gardes forestiers, à la police et aux agents chargés de l’application de la réglementation municipale. La présence des forces de l’ordre dans les parcs est souvent considérée comme perpétuant des pratiques policières reposant depuis longtemps sur l’oppression et le racisme. Par conséquent, la présence de gardes forestiers, de la police et d’agents chargés de l’application des règlements municipaux dans les parcs donne souvent le sentiment aux PANC et aux usagers sans logement de ne pas y être en sécurité ni d’y être les bienvenus.
Certaines personnes ont souligné diverses façons d’intégrer davantage les parcs dans la vie des gens, aux niveaux collectif et individuel. D’après les suggestions que nous avons recueillies, les parcs seraient mieux intégrés dans la vie quotidienne des gens si leurs programmes ou les possibilités de bénévolat étaient communiqués dans des endroits comme les bibliothèques et les centres de loisirs.
D’autres propositions portaient sur le fait d’encourager les organisations et groupes locaux à donner leurs programmes dans des parcs urbains.
Certains échanges lors des réunions ont abordé la possibilité de sensibiliser le public aux pratiques d’intendance environnementale Autochtones et de mieux les intégrer dans les programmes d’éducation à l’environnement dans les parcs.
Quant à l’utilisation de la technologie dans les parcs, les avis étaient partagés : certains pensaient que son utilisation ne devrait pas être encouragée dans les milieux naturels, et d’autres que la technologie pouvait mieux connecter les gens à la nature. Certaines personnes ont expliqué que la technologie pourrait permettre d’améliorer la sécurité et le partage d’informations dans les parcs, tandis que les visites autoguidées et l’accès au WI-FI dans les parcs, en particulier dans les zones sans service, seraient bien accueillis.
D’autres étaient d’avis que les données générées dans les parcs pourraient contribuer à améliorer les activités proposées et à susciter un plus grand intérêt pour les parcs, et que ces données pourraient permettre aux usagers des parcs de signaler tout problème éventuel.
Les échanges au cours des réunions ont indiqué le souhait d’établir des partenariats innovants dans les parcs.
De l’idée initiale à la conception, en passant par l’animation et la gouvernance des parcs, les personnes fréquentant ces espaces souhaitent voir une meilleure répartition des pouvoirs, une plus grande collaboration et un partage de la prise de décision entre les différents niveaux de gouvernement et les ONG actives dans les parcs et les associations locales.
Les réunions de concertation auprès des différentes parties prenantes ont permis d’obtenir un riche aperçu de la façon dont les organisations canadiennes œuvrant en faveur des parcs envisagent l’avenir des grands parcs urbains. Nous avons appris que le public attendait avec impatience la mise en œuvre d’approches innovantes mettant les usagers et les divers groupes de population au premier plan, offrant une large gamme d’activités et d’aménagements, proposant des activités d’intendance environnementale et permettant de se rapprocher de la nature.
De plus, les initiatives de Parcs Canada visant à rapprocher les gens de la nature en ville grâce à sa future Politique et son réseau de parcs urbains ont suscité le soutien et l’enthousiasme de l’auditoire. La participation de parties prenantes généralement absentes des activités de concertation sur les parcs a été des plus enrichissantes.
Ces réunions ont clairement montré les nombreuses opportunités de développer ces relations et d’accroître les initiatives de concertation en vue de créer des parcs urbains plus inclusifs, accessibles et accueillants.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
Pendant la pandémie, les gens ont passé plus de temps à l’extérieur et ont ainsi reconnu les avantages des parcs. Ils nous aident à nous détendre, à rester actifs et à créer des liens avec les autres en toute sécurité. Par ailleurs, les parcs jouent aussi un rôle crucial pour lutter contre une autre crise imminente dans les villes : les changements climatiques.
Les parcs procurent un certain nombre d’avantages pour atténuer les changements climatiques et nous aider à nous y adapter : ils purifient l’air, offrent une protection contre les inondations et régulent la température. Alors que les tempêtes deviennent plus violentes et que le climat se réchauffe à cause des changements climatiques, les parcs jouent un rôle encore plus important.
Cependant, les espaces verts urbains, et leurs avantages, ne sont pas répartis de manière égale.
Si vous vivez dans un quartier avec beaucoup de parcs et d’arbres, vous habitez probablement dans un quartier où la majorité des résidents sont blancs et ont des revenus plus élevés. De nombreuses études montrent que les quartiers racialisés et avec des revenus modestes disposent de moins d’espaces verts, ce qui les expose davantage aux effets des changements climatiques.
Selon Sherry Yano, une ancienne employée de la Fondation David Suzuki, ces quartiers sont souvent situés à proximité de zones plus polluées et exposées aux catastrophes naturelles. Cette situation, appelée racisme environnemental*, a fait l’objet de recherches récentes menées au Canada :
En réponse à de telles inégalités, des militants au Canada* demandent que les questions de justice sociale soient intégrées dans les plans d’action pour le climat.
Ces revendications s’inscrivent dans un long combat pour plus de justice environnementale*. Pour ce faire, ce mouvement s’efforce de réparer les préjudices qu’a subis l’environnement et de faire en sorte que les répercussions environnementales à la fois négatives et positives soient réparties équitablement.
Ce mouvement concerne également les parcs urbains. Nous nous sommes entretenus avec des experts pour connaître les implications pour les parcs urbains d’une telle approche favorisant un plus grand accès aux espaces verts et à leurs atouts en matière de résilience climatique.
Tandis qu’un nouveau projet de loi fédéral* vise à lutter contre le racisme environnemental au Canada, une étude réalisée en 2020* a révélé que « les indicateurs de justice environnementale ne sont pas encore intégrés systématiquement dans les décisions politiques au niveau local, provincial ou fédéral. » Et le fossé se creuse encore : « Même dans les cas où l’on encourage la prise en compte des questions d’équité dans la planification, peu de directives existent sur la manière de mesurer ces considérations et de surveiller qu’elles sont mises en œuvre. »
Ces constatations découlent de notre examen approfondi des plans d’action sur les changements climatiques et les systèmes de parcs existants au Canada. Bien que ces plans abordent le thème de l’équité en tant que principe général, peu d’entre eux le formalisent dans des politiques et encore moins reconnaissent spécifiquement les inégalités raciales.
Certaines Villes, cependant, ont commencé à prendre des initiatives :
En tenant compte des questions d’équité pour l’aménagement des parcs, et en se concentrant en particulier sur les personnes davantage exposées aux effets des changements climatiques, ces plans d’action, s’ils sont mis en œuvre, permettent aux villes de faire profiter aux résidents des atouts des espaces verts en matière de résilience climatique.
Lorsque nous abordons la question des inégalités dans l’accès aux espaces verts, nous parlons souvent des quartiers qui ont moins de parcs. D’après l’article de Setha Low*, la question de la distribution ne constitue néanmoins qu’un aspect de la justice environnementale dans les parcs. Nous devons aussi évaluer l’équité des processus décisionnels (justice procédurale) et si les personnes sont traitées avec respect (justice interactionnelle).
Pour ce faire, cette évaluation demande de poser des questions telles que :
Les aspects liés aux processus, à l’influence et au respect peuvent avoir des répercussions considérables sur la capacité d’une Ville à lutter contre les inégalités.
Comme le dit Chad Townsend, planificateur principal de la commission des parcs de Vancouver, « il est utile d’adopter un plan directeur qui reconnaisse les inégalités », comme dans le projet « Initiative Zones » lancé par la Ville de Vancouver. Toutefois, cela « ne permet pas de changer immédiatement d’où viennent les revendications. »
Dans notre sondage pancanadien, seulement 35 % des personnes interrogées avaient l’impression d’avoir la capacité d’influencer les décisions concernant leurs parcs.
Changer la manière de mobiliser les gens, ainsi que le public visé, n’est pas une mince affaire. Selon Sherry Yano, les inégalités en matière de répartition que nous constatons aujourd’hui sont le résultat d’une inégalité de pouvoir au niveau décisionnel, qui privilégie certaines personnes au détriment d’autres. « Si l’on continue de maintenir les mêmes systèmes, on continuera alors à maintenir les conditions à l’origine de ces problèmes. »
Nous pouvons commencer par proposer à divers groupes de personnes affectés par ces problématiques de participer de manière significative à la réalisation des résultats attendus, au lieu de chercher à les mobiliser uniquement dans le but d’obtenir leur avis.
D’après Jay Pitter, une Canadienne spécialiste de l’aménagement des lieux de convivialité [« placemaking » en anglais], « si le processus de mobilisation citoyenne n’a pas aidé à répondre à l’objectif plus large de concilier les différences et de créer de nouveaux liens, alors il n’a pas aidé la population. » Organiser des groupes de discussion plus petits ou des marches pourrait offrir de nouvelles possibilités de dialogue.
Larissa Crawford, fondatrice de Future Ancestors Services, une entreprise sociale dirigée par des jeunes Autochtones et Noirs qui milite en faveur de la justice climatique, encourage les pouvoirs publics à faire appel aux jeunes d’origines culturelles diverses et de leur donner une place dans les décisions. « Contrairement aux générations précédentes, et même à la mienne, ces jeunes doivent tenir compte de la question de la durabilité », explique-t-elle.
La diversité n’est pas qu’une question de race et d’identité, elle repose aussi sur les expériences diverses de ces personnes, poursuit-elle. Au lieu de donner la priorité aux diplômes universitaires ou aux compétences professionnelles, nous devons élargir notre champ de vision en reconnaissant la contribution des personnes ayant des expériences de vie différentes, comme les pratiques Autochtones de gestion de la terre.
« Lorsque l’on ne valorise qu’un seul savoir et qu’un seul type d’expérience pour ces espaces verts, nous nous parlons à nous-mêmes », déclare-t-elle.
Les parcs fournissent une infrastructure sociale et peuvent renforcer les réseaux de soutien en cas de besoin. Cela s’est confirmé pendant la pandémie. En effet, 71 % des personnes interrogées dans le cadre de notre sondage pancanadien ont déclaré que les parcs avaient eu des effets positifs sur leur capacité à maintenir des liens sociaux pendant la crise.
Selon les experts, ces liens sociaux sont également essentiels pour faire face aux changements climatiques.
Florence Lecour-Cyr est agente de programmation, planification et recherche au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle affirme que les liens créés dans les parcs peuvent contribuer à établir un réseau de soutien social, en particulier pour les personnes vulnérables, telles que les aînés et les personnes à mobilité réduite.
Comme le souligne une étude*, l’espace social qu’offrent les parcs « peut être vital [pour les personnes isolées] en cas de températures extrêmes ». Le fait d’avoir un voisin qui prend des nouvelles pendant une canicule ou d’avoir un endroit où se réfugier en cas de panne d’électricité peut, dans certaines circonstances, faire la différence entre la vie et la mort.
D’après Anne Pelletier, du Service environnement urbain et saines habitudes de vie à la Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud de Montréal, il est important, surtout en ce qui concerne les changements climatiques, que les Villes mesurent les liens sociaux. Toutefois, elle reconnaît que « ce phénomène n’est pas facile à évaluer. »
À cet égard, certaines initiatives ont vu le jour, notamment celle de l’organisation Reimagining the Civic Commons avec son projet Measurement Framework* et celle de la Toronto Foundation avec le projet Social Capital Study*.
Des défis complexes, comme les changements climatiques, nous forcent à remettre en cause les méthodes compartimentées que nous utilisons souvent pour résoudre les problèmes et avec lesquelles les Villes se répartissent le travail.
« On se concentre sur un apprentissage très compartimenté, que ce soit au niveau opérationnel, politique ou scientifique », déclare Sheila Boudreau, architecte paysagiste et fondatrice de SpruceLab*. « Je pense que les Villes doivent rompre avec l’approche cloisonnée de leurs services », en créant des groupes de travail interdisciplinaires.
Si nous n’adoptons pas une perspective large et globale des changements climatiques, « nos efforts seront voués à l’échec », prévient-elle. Adopter une approche environnementale à petite échelle dans un projet peut permettre d’atteindre des résultats à court terme, mais ceci ne permettra pas de relever ce défi à long terme ni de répondre aux besoins sociaux de la population.
À cet égard, il est essentiel, selon Sheila Boudreau, de lutter contre la discrimination pour faciliter l’accès de la population aux parcs et à leurs avantages face aux changements climatiques. Si quelqu’un n’est pas à l’aise de se rendre dans un espace vert nouvellement créé, par exemple par crainte d’être discriminé en raison de son origine raciale ou parce qu’il s’agit d’un usager sans logement, alors cette personne ne pourra pas profiter des atouts du parc, comme une meilleure qualité de l’air et les températures plus fraîches.
La question de l’« éco-embourgeoisement »* illustre la raison pour laquelle une approche interdisciplinaire doit être utilisée dans les projets d’espaces verts. L’éco-embourgeoisement se produit lorsque des investissements réalisés dans les espaces verts des quartiers à revenus modestes entraînent une augmentation de la valeur des propriétés, qui peut alors entraîner le déplacement des résidents initialement ciblés par ces investissements.
Si les nouveaux espaces verts présentent des avantages sur le plan social et de la résilience climatique, ils peuvent aussi soulever certaines préoccupations. C’est notamment le cas d’une allée verte mise en place dans le quartier Saint-Henri de Montréal afin d’atténuer la chaleur et qui a engendré une levée de boucliers de la part des opposants au projet craignant que la hausse des loyers ne force les résidents à quitter le quartier. À Vancouver, un projet de parc en bord de mer* à proximité du Downtown Eastside, un quartier à faible revenu, a suscité des débats similaires.D’après Florence Lecour-Cyr, pour éviter que les investissements dans les espaces verts ne contribuent au processus d’embourgeoisement, ils doivent coïncider avec des politiques sociales et de logement visant à garantir des loyers abordables. Pour Anne Pelletier, la participation des résidents à la planification et à la dynamisation des parcs permettra de créer des lieux favorisant leur sentiment d’appartenance, une idée reprise par la National Recreation and Parks Association* dans son exposé sur le développement équitable des parcs.
Le savoir et les pratiques Autochtones en matière de gestion de la terre sont riches d’enseignements et peuvent servir de base pour répondre aux changements climatiques. Toutefois, ils sont rarement pris en compte dans les politiques municipales.
Les participants du Indigenous Climate Action Summit* de Toronto ont milité pour une approche plus globale tenant compte des considérations sur le plan spirituel et de la justice. « Si la Ville continue d’ignorer les questions de colonisation dans ses politiques et ne cherche pas à y répondre, elle perpétuera alors les mêmes comportements problématiques », peut-on lire dans les notes de la conférence. Par exemple, plutôt que de se contenter d’indicateurs quantitatifs (par exemple, en dénombrant les espèces), les participants ont suggéré d’utiliser des indicateurs plus larges pour mesurer la réussite des projets, en se demandant si nous sommes de bons ancêtres.
« À moins de reconnaître le rôle important que doivent jouer les peuples Autochtones dans [les initiatives de lutte contre les changements climatiques], il sera difficile d’atteindre les résultats les plus fiables et efficaces », déclare Larissa Crawford.
En guise d’exemple, elle souligne la réussite des régimes de cogestion mis en place dans les parcs nationaux entre Parcs Canada et des Premières Nations Autochtones. « Ces régimes de gestion des parcs comptent parmi les plus innovants que j’ai rencontrés. Ils sont également reconnus pour leur capacité à évaluer la santé environnementale d’une manière totalement nouvelle. »
Une étude réalisée en 2019 par l’Université de la Colombie-Britannique a révélé l’importance des pratiques Autochtones en matière de gestion de la terre. Selon cette étude, la biodiversité était plus élevée sur les terres gérées par des Autochtones, avec 40 % d’espèces uniques supplémentaires*.
Selon Larissa Crawford, cette démarche doit commencer par reconnaître les préjudices qu’ont subis les Autochtones et la spoliation historique des terres Autochtones à l’origine de la création des parcs, une histoire souvent passée sous silence.
Ce n’est qu’après avoir pris le temps de reconnaître ces préjudices que « nous pourrons chercher à établir des relations concrètes et significatives avec les gardiens ancestraux de cette terre », explique-t-elle.
Selon elle, « cela nous permettra non seulement d’essayer de rétablir les relations au sein de la population, mais ceci nous permettra aussi de tirer parti de l’immense expertise que possèdent les personnes Autochtones, notamment en ce qui concerne la terre et les pratiques durables, ainsi que l’écosystème et notre rôle d’humains dans cet écosystème. »
Les changements climatiques touchent tous les domaines de notre vie : l’agriculture, les transports et la construction immobilière. Et il en va de même pour nos parcs urbains.
Comme nous l’avons souligné dans d’autres parties de ce rapport, les parcs contribuent de différentes manières à atténuer les changements climatiques et nous aident à nous y adapter. Par exemple, la végétation des parcs contribue à réduire le CO2 dans l’atmosphère, à faire baisser la température pendant les vagues de chaleur et à absorber l’excès de pluie pour éviter les inondations pendant un phénomène météorologique extrême.
Cependant, les changements climatiques mettent également à rude épreuve nos espaces verts, avec un risque accru de dégâts lors d’une tempête et en modifiant le climat de croissance des plantes. À cet égard, 84 % des municipalités ont indiqué que la protection contre les effets des changements climatiques et contre les conditions météorologiques extrêmes constituait un défi majeur pour elles.
Pour que les parcs puissent procurer des avantages importants en matière de résilience climatique, nous devons changer la manière de planifier, de concevoir et d’entretenir les espaces verts afin qu’ils puissent s’adapter et prospérer dans des conditions climatiques fluctuantes. Et ces changements interviendront dans tous les domaines, que ce soit pour la planification des systèmes de parcs, l’esthétique des parcs ou les équipements utilisés pour tondre l’herbe.
De plus en plus de Villes canadiennes envisagent actuellement des plans d’adaptation aux changements climatiques, que ce soit via de nouveaux plans d’action pour le climat, des mesures climatiques intégrées aux plans directeurs de leurs systèmes de parcs, ou les deux. Cette année, 72 % des Villes ont déclaré avoir adopté un plan d’action pour le climat. Cette augmentation par rapport à l’an dernier s’explique à la fois par l’ajout de nouvelles villes dans le rapport de 2021 et par l’approbation de nombreux plans d’action pour le climat en 2020.
Toutefois, certains de ces travaux de planification n’en sont qu’à leurs débuts. En effet, si presque tous les plans directeurs des systèmes de parcs au Canada font référence aux changements climatiques, un grand nombre de leurs recommandations requièrent d’aller plus loin afin de fournir des directives permettant de mieux intégrer les normes de résilience climatique dans la planification des parcs.
Cela ne veut pas dire que les Villes ne construisent pas de parcs résilients face aux changements climatiques. Cependant, il s’agit parfois de projets ponctuels, comme un jardin pluvial installé dans un parc pour réduire les risques d’inondation, plutôt que de changements systématiques dans la conception et l’aménagement des parcs.
Mais la situation commence à changer.
Prenons l’exemple du nouveau plan d’action sur les changements climatiques de la Ville de Mississauga. Celui-ci préconise d’intégrer dans les normes d’aménagement des parcs des considérations relatives aux changements climatiques. Selon Leya Barry, superviseure des projets contre les changements climatiques de la Ville, la municipalité effectuait déjà ce genre de travail d’un parc à un autre. Toutefois, lorsque quelqu’un [un membre du personnel de la Ville] défend une initiative et qu’il part ou change de poste, il arrive souvent que l’on perde cet élan ainsi que l’attention accordée au projet. » Le fait de planifier la résilience des parcs face aux changements climatiques de manière standardisée permettra d’institutionnaliser ces pratiques et d’en garantir la pérennité.
De plus, l’adoption d’une approche globale formalisant les pratiques au niveau municipal peut contribuer à promouvoir une nouvelle façon de faire les choses et à établir des partenariats entre différents services municipaux, comme les services des parcs, des transports et des eaux.
La Rain City Strategy* de Vancouver, par exemple, coordonne les améliorations requises dans l’infrastructure verte, comme les jardins pluviaux, les fossés végétalisés et les zones de rétention, réalisées dans les rues, les parcs et les aménagements afin d’atteindre l’objectif de capter 90 % des précipitations. Pour montrer toute l’importance de cette stratégie, le personnel des parcs nous a dit* que « sans politique globale, les projets d’infrastructure verte ont surtout été des projets pilotes à l’initiative du personnel… plutôt qu’une approche faisant partie intégrante des programmes d’investissement de la Ville ».
De même, Kitchener a approuvé une politique municipale exigeant que tous les projets d’aménagements privés et publics réduisent le ruissellement des eaux de pluie en captant les premiers 12,5 mm de précipitations là où ils tombent, plutôt que de les laisser ruisseler dans les canalisations souterraines. À cet égard, le RBJ Schlegel Park illustre cette attention portée à la gestion des eaux de pluie grâce à des pratiques innovantes. Achevé dernièrement, le parc gère toutes les précipitations sur place et réutilise l’eau de l’aire de jeux d’eau pour l’irrigation du parc.Enfin, la municipalité de Brampton a récemment approuvé l’Eco Park Strategy* afin d’encadrer le développement d’un système de parcs résilients et connectés, axés sur le retour à l’état naturel, l’intégrité écologique et la reconnaissance des valeurs sociales et culturelles. L’« EcoPark Toolkit » créé par la municipalité fournira des directives à la fois pour le développement des parcs urbains et pour les groupes citoyens, comme « Adoptez un parc », afin d’atteindre dans des projets spécifiques les objectifs indiqués dans la stratégie. À travers le programme Eco Park, la Ville a déjà mis ce plan en pratique afin de redonner aux berges bétonnées du canal des parcs Jefferson, Jordan et Jayfield* leur caractère naturel.
Selon l’endroit où l’on se trouve au Canada et la période de l’année, les changements climatiques engendrent une hausse des températures, une augmentation des précipitations ou des sécheresses plus fréquentes. Il est donc important de s’interroger sur les types de plantes et d’arbres les mieux adaptés aux parcs, et d’utiliser des espèces plus résistantes aux changements climatiques qui n’auraient peut-être pas poussé dans certaines villes.
Le plan d’adaptation au climat* d’Edmonton, par exemple, indique que d’ici 2050, la durée de la saison de croissance dans la ville pourrait augmenter de 22 jours, ce qui nécessitera d’utiliser les espèces végétales les mieux adaptées. Le personnel des parcs de la Ville de Regina a, quant à lui, déclaré que les changements climatiques incitaient à planter de nouvelles espèces d’arbres.
Ainsi, ces changements auront différentes répercussions sur le paysage de nos parcs : par exemple, les parterres de fleurs annuelles dans les parcs seront remplacés par des fleurs sauvages indigènes. Mais ces changements affecteront aussi un autre élément omniprésent dans les parcs : la pelouse.
Bien que les pelouses bien entretenues aient encore de beaux jours devant elles, car elles sont essentielles à la pratique du sport en plein air et à la détente, les Villes souhaitent de plus en plus que ces espaces retrouvent un caractère naturel, en créant notamment des « prairies à tonte réduite ».
En se détournant de la monoculture du gazon, les parcs peuvent stimuler la biodiversité et accroître leurs vertus face aux changements climatiques. À cet égard, des études* ont montré que* la présence de plantes variées permettait de rafraîchir davantage l’air qu’une pelouse. Et comme l’a indiqué le personnel de la Ville d’Edmonton, « le fait de rétablir ces espaces à l’état naturel permet de réduire le besoin de tondre », ce qui permet ainsi de faire baisser les émissions générées par le matériel de motoculture. Afin d’accroître cette pratique, le personnel de la Ville d’Edmonton a dit avoir adapté les normes d’aménagement paysager* pour se concentrer sur les possibilités de rétablir à leur état naturel « les espaces non entretenus, à faible utilisation ou les endroits présentant des avantages écologiques à retrouver leur état naturel ». De même, dans ses directives d’aménagement paysager* de 2019, la Ville de Brampton indique vouloir planter des espèces résistantes aux changements climatiques et y a inscrit des exigences en matière de densité des plantes dans ses parcs.
Donner plus de place aux paysages à l’état naturel requiert de mobiliser le public, de répondre à ses attentes au niveau de l’esthétique des parcs ainsi qu’à ses préoccupations liées à la faune et à la flore.
« Nous avons habitué le public à avoir une pelouse bien tondue et des parterres de fleurs en bonne et due forme dans les parcs », explique Chad Townsend, planificateur principal de la commission des parcs de Vancouver. Cependant, la commission est en train de convertir davantage d’espaces verts en prairies à tonte réduite. Approuvé dernièrement, un projet pilote* permettra de convertir 37 hectares dans 18 parcs municipaux en paysages laissés davantage à l’état naturel.
« Les personnes habituées à une esthétique différente ont du mal à accepter ces changements », déclare Chad Townsend. « Pour certains, ces espaces ont l’air négligés et mal entretenus en comparaison, mais c’est à cela que ressemblent les endroits laissés à l’état naturel. »
La signalisation peut toutefois faciliter la transition. D’après Chad Townsend, la commission souhaite créer des sentiers à travers certaines prairies et placer des panneaux de signalisation invitant les gens à les utiliser. De même, pour le projet Meadoway à Toronto, dont l’objectif est de naturaliser un corridor hydroélectrique de 16 km, l’Office de protection de la nature de la région de Toronto a installé des panneaux d’information sur les nouvelles prairies afin d’expliquer pourquoi leur apparence est différente de celles des autres zones du parc.
Gérer les attentes du public suite aux dégâts réguliers engendrés par les tempêtes de plus en plus dévastatrices dans les parcs, comme le très populaire Seawall du Stanley Park* à Vancouver, constitue aussi un objectif important.
« Le premier réflexe est de réparer ce qui a été « endommagé », explique Chad Townsend. « Le public s’attend à ce que l’on trouve un moyen de faire repousser les cèdres, de remplir les bassins et de réparer le mur. »
« Il est plus facile de mettre une rustine sur ce qui a été endommagé que de penser à long terme », dit-il. Selon lui, il est important de trouver un équilibre entre les mesures innovantes requises pour créer des parcs résilients face aux changements climatiques et la prise en compte des attentes du public concernant les espaces verts populaires.
La Ville doit donc choisir entre se barricader contre la montée du niveau de la mer ou accepter que certains parcs soient parfois inondés et donc les concevoir en conséquence, explique Chad Townsend.Pour s’attaquer au problème, la municipalité invite le public à discuter des conséquences de l’élévation du niveau de la mer dans le cadre d’un programme appelé Sea2City*, qui attire l’attention sur les répercussions possibles sur les parcs riverains. Dans le cadre de ce programme, des panneaux illustrant les futurs niveaux de laisse de haute mer ont été installés dans les parcs du bord de mer, et une série de vidéos intitulées « Conversations in Canoes » a été réalisée avec divers experts.
Malgré les défis majeurs que représentent les changements climatiques, les Villes ne sont pas les seules à tenter de les relever. Comme nous l’avons souligné dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier, les projets citoyens « Petits mais puissants » peuvent avoir des répercussions considérables.
Selon Michael Polanyi, directeur des politiques de Nature Canada, les projets de quartier peuvent servir de « validation de principe ». La réussite de tels projets peut en effet ouvrir la voie à des projets de plus grande envergure et encourager des changements au niveau des politiques municipales.
« Planter des arbres dans les parcs, créer des jardins collectifs, distribuer des citernes d’eau de pluie dans un quartier ou essayer de restaurer une petite parcelle de zone humide sont des initiatives importantes qui mobilisent et sensibilisent les gens. Elles permettent aussi de susciter l’intérêt et l’appui des politiciens », dit-il.
De plus, les projets de quartier permettent de montrer la marche à suivre pour lever les obstacles en matière de résilience dans les villes. « Lorsque les résidents mettent en œuvre des initiatives au niveau local, ils prennent en même temps conscience des obstacles existants, que ce soit en matière de financement ou en raison d’un système de permis absurde ou d’un règlement auquel ils doivent se plier », explique Michael Polanyi.
Selon lui, « les villes constituent souvent des laboratoires dans lesquels se produisent des changements plus importants. » Par exemple, certains militants ont joué un rôle essentiel dans l’interdiction des pesticides, qui a d’abord été adoptée au niveau municipal, puis au niveau provincial.
« Souvent, c’est en œuvrant au niveau local que l’on peut faire bouger les choses au niveau municipal et susciter un changement », dit-il.
Un mur de soutènement constitue un élément d’infrastructure, mais qu’en est-il d’un parc au bord de l’eau?
Reconnaissant les avantages des espaces verts en matière de résilience climatique, comme la protection contre les inondations, de nombreuses Villes canadiennes se dirigent de plus en plus vers des solutions fondées sur la nature qui considèrent les parcs comme des éléments clés de l’infrastructure verte.
Selon les chercheurs, les solutions fondées sur la nature* sont « des solutions inspirées de la nature, qui s’appuient sur la nature ou la copient » et qui comprennent « la valorisation, la restauration, la création et la conception de réseaux écologiques se caractérisant par la multifonctionnalité et la connectivité. »
En d’autres termes, au lieu de tuyaux et de murs en béton, nous pouvons construire des parcs qui imitent ou valorisent les processus naturels, comme un étang qui protège des inondations en retenant l’eau. Ces lieux offrent alors des avantages en matière de résilience climatique et créent des espaces de loisirs et des habitats naturels, ce qu’un tuyau ne peut pas faire.
Afin de présenter les espaces naturels urbains comme des infrastructures, certains chercheurs canadiens sont d’avis que nous devons d’abord comprendre comment ces espaces naturels permettent de créer une ville fonctionnelle et résiliente face aux changements climatiques. Ceci passe notamment par l’attribution d’une valeur financière aux services rendus par un espace vert, comme la quantité de carbone qu’il absorbe ou la manière dont il contribue à résorber les eaux de pluie.Sans cette prise en compte, la préservation ou la valorisation des espaces verts pourraient pâtir d’un manque d’incitations économiques, des espaces qui seraient alors sous-évalués par rapport à d’autres utilisations foncières, comme les routes, affirment les auteurs d’une étude réalisée à Montréal*. Selon eux, pour « endiguer ce problème », nous pouvons « démontrer la contribution économique réelle du capital naturel en matière de bien-être et tenir compte du coût de la dégradation de ces infrastructures. »
C’est ce que certaines Villes canadiennes espèrent faire. Les nouveaux plans de lutte contre les changements climatiques de Calgary, Guelph et Edmonton envisagent des études d’évaluation des actifs naturels. Et l’Initiative des actifs naturels municipaux (MNAI), un organisme à but non lucratif dont la mission est d’« aider les municipalités à comptabiliser les actifs naturels », a lancé un nouveau projet* en collaboration avec 22 municipalités canadiennes, dont Charlottetown, Kelowna, Surrey, le Canton de Langley, Winnipeg, Mississauga et Halifax.
Avec l’appui de ces Villes, ce projet prévoit de recenser les biens naturels en répertoriant leur localisation et leur état. Cette démarche peut aider les Villes à accroître leur résilience climatique en protégeant et en valorisant leurs actifs naturels, tels que les bois, ruisseaux et autres espaces naturels. Selon le MNAI : « Les actifs naturels peuvent fournir le même niveau de service que de nombreux actifs construits par l’homme, et souvent à un coût bien moindre au niveau financier et environnemental. »
Cette initiative a attiré l’attention des partisans de cette cause, comme Michael Polanyi, responsable des politiques de Nature Canada. Il voit dans ce travail une manière de mieux prendre en compte les services rendus par les espaces naturels dans les activités de planification.
Le fait de montrer clairement « à quel point nous sommes dépendants des services intangibles que fournit la nature semble être l’élan dont nous avons besoin pour changer la façon dont nous prenons des décisions », dit Michael Polanyi. « Les conseillers municipaux et les décideurs sont tellement focalisés sur l’aspect économique des choses. Tant que les services rendus ne sont pas visibles, il est difficile de justifier pourquoi on devrait investir dans la protection. »
Des études indépendantes ont tenté de mettre en lumière certains de ces services intangibles, du moins sur le plan financier.
Un rapport des Services économiques TD de 2014* sur la valeur des forêts urbaines à Halifax, Montréal et Vancouver a montré que la qualité de l’air, la gestion des eaux pluviales, l’énergie (coûts de chauffage et de refroidissement) et la séquestration du carbone engendraient des économies financières. Le rapport a montré que, pour chaque dollar consacré à leur entretien, les arbres génèrent chaque année des bienfaits allant de 2 $ à Montréal jusqu’à 13 $ à Halifax. Un rapport similaire réalisé à Toronto a révélé que les bienfaits annuels procurés par les arbres se chiffraient à 80 millions de dollars pour les Torontoises et Torontois, soit environ 125 $ par résident.
Les Villes entendent réaliser elles-mêmes ce type d’évaluation, en tenant compte dans leurs calculs non seulement des arbres, mais aussi de l’ensemble des espaces verts.
Selon Leya Barry, superviseure des projets contre les changements climatiques à Mississauga, une étude réalisée en 2016 par le Bureau d’assurances du Canada sur les phénomènes climatiques a été un véritable « déclencheur » pour la Ville pour lutter contre les changements climatiques. « Cette étude a illustré clairement ce qu’il va se passer si nous ne commençons pas à être plus proactifs et à voir les choses dans leur globalité. »
Cette étude a révélé* que le coût d’une tempête de verglas extrême pourrait engendrer jusqu’à 38 millions de dollars de dégâts à Mississauga.
Face à cette réalité, la municipalité a commandé une évaluation des risques climatiques* pour trois de ses parcs. Alors que l’on utilise généralement ce processus pour évaluer les infrastructures matérielles, comme les ponts, la Ville souhaitait aussi examiner ses infrastructures naturelles afin de mieux comprendre le risque encouru pour ses espaces verts, explique Leya Barry. Selon cette étude, les menaces les plus importantes étaient liées aux inondations, aux tempêtes de verglas, à la chaleur et au vent, ce dernier facteur pouvant grandement endommager les arbres de la Ville, selon Leya Barry.
Cependant, le fait d’attribuer une valeur aux espaces naturels, comme les installations de traitement des eaux pluviales, les parcs et même les terrains de sport, peut s’avérer délicat.
« Il est très difficile d’estimer les actifs naturels d’un point de vue strictement financier, car cette démarche ne tient pas compte de tous les autres avantages et services que ces actifs fournissent », dit Leya Barry. « Par exemple, si l’on a dépensé 400 $ pour un arbre et que l’on pense que le coût de remplacement sera de 400 $, ce serait vraiment simplifier les choses et cela pose certains problèmes. »
D’après elle, la municipalité ne sait pas comment la valeur culturelle sera calculée, mais elle espère qu’elle le sera lorsque la Ville commencera le processus d’évaluation.
D’autres villes sont également confrontées à la difficulté d’attribuer une valeur financière aux espaces verts.
Comment évaluer les avantages sociaux des parcs et les liens qu’ils permettent de créer entre voisins? Qu’en est-il du plaisir esthétique de voir les rayons du soleil à travers les feuilles? Ou l’effet relaxant que nous ressentons quand nous marchons dans une forêt en ville? Est-il pertinent de considérer les parcs en termes financiers? Le fait de les réduire à des aspects économiques risque-t-il de faire disparaître leurs avantages plus intangibles, pourtant cruciaux?
À cet égard, la nouvelle Green Strategy* de Saskatoon, publiée en 2020 en même temps que l’étude Natural Capital Asset Valuation*, aborde la difficulté d’utiliser la terminologie financière pour décrire la valeur des biens naturels. Cette étude a été financée dans le cadre du programme Municipalités pour l’innovation climatique de la Fédération canadienne des municipalités.
L’étude de Saskatoon décrit les services écosystémiques à évaluer, comme la séquestration du carbone, la pollinisation, la qualité de l’air et la régulation climatique, la production fourragère, ainsi que la santé mentale et physique. L’étude comprend également des évaluations de la vulnérabilité des écosystèmes clés, comme les zones humides, les prairies et les forêts.
Si l’étude d’évaluation a également mis en évidence l’importance culturelle, patrimoniale et esthétique des parcs, ses conclusions ont montré qu’il était nécessaire de reconnaître davantage ces atouts et qu’il était difficile « de les quantifier sur le plan financier ». Les auteurs de cette étude ont également conclu qu’il était important d’inviter les parties prenantes à y exprimer des points de vue différents sur les services fournis par les écosystèmes, comme les services culturels.
D’après le personnel de la Ville, « la nature et les espaces culturels ne doivent pas uniquement être perçus d’un point de vue capitaliste. Selon leurs visions du monde, de nombreux Autochtones voient la terre comme sacrée et estiment que les humains ne devraient pas la considérer en termes économiques », ajoute-t-il. « Lorsque nous adoptons une approche de gestion des actifs, il ne faut pas perdre de vue la valeur intrinsèque de la nature. »