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Prescription sociale et nature : une approche innovante pour favoriser la santé et les liens humains 

Ayan Mohamed, Nadha Hassen, Kobisha Rajeswaran, Kate Mulligan

13 janvier, 2026
National - Canada
Toronto, Ontario

Crédit : Little Community Garden, participant·e au programme Sparking Change

Quand on pense aux services de santé, ce sont souvent des images d’hôpitaux, de salles d’attente dans un cabinet médical ou de médicaments qui nous viennent à l’esprit. Mais si la réponse pour se sentir mieux passait aussi par des promenades dans un parc ou des activités de jardinage en groupe ? Ami·es des parcs considère l’intégration sociale et le contact humain comme de puissants leviers pour améliorer la santé et le bien-être des gens. Voilà l’essence même de la prescription sociale et nature. Cette pratique en plein essor encourage les individus à (re)prendre contact avec la nature et les autres afin d’améliorer leur bien-être mental, physique et social.

« Les parcs et les zones naturelles offrent de nombreux avantages pour le bien public. Il y a bien entendu la santé physique, car on effectue une activité physique, on fait de l’exercice et on prend l’air. Mais les avantages pour la santé mentale sont aussi incroyables. Vous savez, je vis près de High Park, qui est proche de l’hôpital Saint-Joseph. Pour moi, Saint-Joseph et High Park représentent les deux principales structures médicales dans mon quartier. Elles sont essentielles pour la santé physique, la santé mentale et la cohésion sociale de la population, en particulier dans une ville comme Toronto. ».

Personnel de la Ville de Toronto

Qu’est-ce que la prescription sociale et nature ?

La prescription sociale et nature consiste à encourager le grand public à participer à des programmes collectifs axés sur la nature afin d’améliorer leur bien-être général1. Il peut s’agir d’activités de jardinage, de rencontres culturelles, de marches en groupe ou d’activités artistiques dans un parc. 

L’idée est de favoriser le mieux-être en reprenant contact avec la nature, avec les autres et avec soi-même. 

Ces programmes ne sont pas uniquement mis en œuvre dans le domaine médical. Ils sont aussi proposés par des personnes passionnées et engagées dans leur quartier qui connaissent bien les besoins de leurs concitoyens et concitoyennes.  Ce modèle suit généralement un processus établi : un ou une prestataire de santé identifie un besoin, une agente ou un agent de liaison aide la patiente ou le patient à déterminer ses intérêts, puis l’oriente vers des activités collectives axées sur la nature2. Dans ce processus, les activités collectives remplissent la fonction d’intervention sociale et permettent de traduire cette prescription dans les faits.

Qui sont les agent·es de liaison ?

Les agentes ou agents de liaison (également appelé·es navigatrices ou navigateurs, éclaireuses ou éclaireurs, et coordonnatrices ou coordonnateurs communautaires) fournissent un soutien personnalisé en faisant le lien entre les services de santé et les services sociaux. Ces professionnel·les aident à déterminer les besoins et objectifs des patient·es. Ils éliminent les obstacles et facilitent leur accès aux ressources disponibles. Ils établissent des liens de confiance et créent un plan de traitement en collaboration avec la ou le bénéficiaire. Leur rôle est complémentaire de celui des prestataires de soins de santé et de services sociaux. Ils apportent un soutien additionnel dans le cadre d’une équipe interprofessionnelle de soins.

Conférence Ami.es des parcs 2023

Une approche essentielle, surtout à l’heure actuelle

La prévalence de l’isolement social, de l’anxiété et de l’épuisement professionnel est en hausse4. Pour de nombreuses personnes, en particulier les personnes racialisées, immigrantes et à faibles revenus, accéder à des services de santé mentale reste un défi et présente de multiples obstacles5.

C’est là que la prescription sociale et nature joue un rôle crucial :

Un processus basé sur un accès facilité, la pertinence culturelle et l’autonomisation visant un mieux-être

Des recherches montrent que passer du temps dans la nature peut atténuer le stress, l’anxiété et la dépression6. Une étude a révélé qu’une simple promenade de 20 minutes dans un parc peut réduire considérablement le taux de cortisol, l’hormone associée au stress.

Mais au-delà des données scientifiques, Ami·es des parcs apporte son soutien au public pour renouer avec la nature, avec sa culture et avec les autres.

Proposer une intervention sociale avec le programme Susciter le changement

Notre programme Susciter le changement n’a pas été conçu en tant que « prescription sociale et nature ». Dans ce parcours de soins, il correspond plutôt à l’étape de l’intervention sociale. Il s’agit du type d’activités collectives vers lesquelles le système de santé pourrait un jour orienter ses patients et patientes. 

Grâce à des événements culturels, des activités de jardinage ou des promenades dans la nature, des personnes engagées dans leur quartier favorisent le mieux-être de leurs concitoyens et concitoyennes en les aidant à se connecter à l’esprit d’un lieu, à la culture et à la joie. Ce programme soutient la création de groupes souhaitant organiser régulièrement des activités dans un parc de leur quartier. Il renforce leur capacité afin de plaider en faveur de l’amélioration de leurs espaces verts. Il encourage les partenariats pour élargir la gamme d’activités et de possibilités dont les groupes citoyens œuvrant pour un parc peuvent profiter.

« Nous avons nous-mêmes constaté l’effet positif des parcs et espaces verts bien entretenus sur la santé et le bien-être des habitants et habitantes de notre quartier. À travers le programme Susciter le changement, nous avons fait en sorte que les espaces de plein air favorisent davantage l’inclusion et l’accessibilité. Nous avons œuvré pour l’activité physique, la santé mentale et la création de liens sociaux. »

Leader communautaire

A group of men and women doing yoga in a park
Crédit : Greystone Neighbourhood Group, participant·e au programme Sparking Change

En 2024, plus de 50 groupes ont bénéficié du programme Susciter le changement* pour animer des espaces verts à Toronto. Conjointement, ils ont permis d’organiser 110 jours d’activités et ont touché plus de 3 300 personnes. La plupart des personnes participantes (96 %) ont déclaré ressentir des liens humains plus forts7. En outre, une grande majorité (80 %) a également déclaré que ce programme leur avait donné un plus grand sentiment d’intégration sociale dans leur quartier.

Une voie à suivre

La prescription sociale et nature ne vise pas à remplacer les services de santé traditionnels. Son rôle est plutôt d’élargir notre compréhension concernant d’autres méthodes de soins. Elle rappelle aussi que les cliniques ou les hôpitaux ne sont pas les seuls à pouvoir améliorer notre santé. Nous pouvons le faire dans notre quotidien : dans un parc près de chez nous, dans un jardin collectif ou en passant du temps en plein air avec d’autres personnes. 

Ami·es des parcs a constaté l’impact humain de ces initiatives collectives. Un simple échange, un moment de bienveillance et du temps passé dans la nature permettent de réduire l’isolement, d’améliorer la santé mentale et de procurer de la joie.  

« Localiser et découvrir les magnifiques parcs de Toronto a été une aventure et une révélation pour moi. J’ai remarqué un changement d’expression sur le visage de notre groupe d’aînés dès notre arrivée au parc. Ils ont été émerveillés par la végétation luxuriante et les animaux présents dans ces espaces verts. Parler des bienfaits d’être dans un endroit aussi paisible et serein nous a procuré un sentiment de bien-être collectif. Merci à Ami·es des parcs. »

Leader communautaire

Créer des ponts entre les interventions sociales comme Susciter le changement et le système de santé présente à la fois des défis et des opportunités. Comment pouvons-nous promouvoir ce genre d’initiatives auprès du système de santé actuel ?  Que faudrait-il faire pour que des prestataires de soins de santé prescrivent une promenade en groupe dans un parc ? Comment les agent·es de liaison et les prestataires de soins de santé pourraient-ils collaborer avec des personnes engagées dans leur quartier pour orienter les patientes et patients vers des programmes tenant compte de leurs besoins, de leur langue et de leur culture ? 

Voici quelles propositions pour réaliser ces ambitions : 

  • Partenariats entre des prestataires de soins de santé et des organisations locales. 
  • Modèles de financement durable pour pérenniser des programmes comme Susciter le changement. 
  • Sensibilisation du personnel de santé aux bienfaits des programmes dans la nature et des activités collectives comme formes légitimes de soins. 
  • Accès aux espaces verts axé sur l’équité pour prendre en compte les besoins des personnes racialisées, immigrantes, marginalisées ou en quête d’équité dans l’élaboration et la mise en œuvre des programmes. 

En créant ces ponts, les Villes pourraient ainsi exploiter le plein potentiel de la prescription sociale et nature.  

En investissant dans le bien-être de la population dans tous ses aspects, nous contribuons non seulement à améliorer la santé des citadins et citadines, mais aussi à favoriser leur intégration sociale.  

Références 
  1. England N. NHS England Green social prescribing [Internet]. [Cité le 4 août 2025]. https://www.england.nhs.uk/personalisedcare/social-prescribing/green-social-prescribing/*
  1. Marx V, More KR. Developing Scotland’s First Green Health Prescription Pathway: A One-Stop Shop for Nature-Based Intervention Referrals. Frontiers in psychology. Le 5 avril 2022, 13:817803. 
  2. Institut canadien de prescription sociale. Cadre de compétences des agents de liaison pour la prescription sociale au Canada [Internet]. [Cité le 28 août 2025]. https://www.socialprescribing.ca/fr-ca/link-worker-competency-framework
  3. CAMH [Internet]. [Cité le 15 août 2025]. L’anxiété, les sentiments de dépression et la solitude atteignent leur plus haut niveau chez les Canadien.ne.s depuis le printemps 2020. https://www.camh.ca/fr/camh-news-and-stories/anxiety-depression-loneliness-among-canadians-spikes-to-highest-levels*
  4. Infobase santé – Agence de la santé publique du Canada [Internet]. [Cité le 15 août 2025]. Faits saillants – Inégalités en matière de santé mentale, de bien-être et de mieux-être au Canada. https://sante-infobase.canada.ca/sante-mentale/inegalites/*
  5. Jimenez MP, DeVille NV, Elliott EG, Schiff JE, Wilt GE, Hart JE, et al. Associations between Nature Exposure and Health: A Review of the Evidence. International journal of environmental research and public health. 30 avril 2021;18(9):4790. 
  6. Hunter MR, Gillespie BW, Chen SYP. Urban Nature Experiences Reduce Stress in the Context of Daily Life Based on Salivary Biomarkers. Frontiers in Psychology. 4 avril 2019;10. 
  7. 2024 Impact report: Activating Parks, Building Community, and Creating Change. Disponible à : https://parkpeople.ca/2024-impact-report/*
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