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La cogestion du Corridor écologique Darlington à Montréal

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2023 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

Résumé

  • Le Corridor écologique Darlington a été créé sur une ancienne voie ferrée afin d’établir un lien vital entre espaces urbains et espaces naturels, en donnant la priorité à la restauration écologique et au bien-être des habitant·es.
  • Cette initiative repose sur une structure de cogestion innovante, répartissant les responsabilités entre divers partenaires via des accords de gestion.
  • Initialement destiné à offrir des solutions écologiques, ce projet a vu son champ d’action s’élargir afin de répondre à des problématiques sociales pressantes en établissant des partenariats fructueux fondés sur un modèle de gouvernance partagée efficace.

Alors que de nombreuses Villes s’efforcent d’implanter de « nouveaux » parcs dans des zones urbaines denses, une initiative montréalaise met en évidence le potentiel du partenariat pour tirer parti de ce qui existe déjà.

Situé dans l’arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, le Corridor écologique Darlington a vu le jour grâce à Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité à l’Université de Montréal. L’objectif du projet était de créer un bras de verdure entre le Mont-Royal et l’environnement urbain, en fournissant de nouvelles voies de passage pour la faune et les habitant·es de la ville.

En reliant ensemble une mosaïque d’espaces situés le long d’une ancienne voie ferrée, le projet permet de créer un couloir vert cohérent à partir de terrains fragmentés par des propriétés privées, tout en se basant sur la collaboration.

Carte du Corridor écologique Darlington
Carte du corridor, Corridor écologique de Darlington

Le Corridor écologique Darlington utilise un modèle de cogestion innovant impliquant diverses parties prenantes. En réunissant des établissements universitaires, des organisations de la société civile, des organismes sans but lucratif, des expert·es et des habitant·es du quartier, le projet répond à plusieurs priorités au sein d’un même projet qui profitera à la population et à la nature.

Le concept de cogestion repose sur la collaboration avec un réseau de partenaires dont les rôles et les responsabilités ont été définis dans le cadre d’accords de gestion. Selon ce modèle, Éco-pivot joue le rôle de fiduciaire et fournit un soutien administratif et une supervision. L’Université de Montréal apporte son savoir académique, avec actuellement 19 étudiant·es de maîtrise se consacrant au projet et façonnant son évolution. L’arrondissement joue un rôle central en mettant à disposition une personne dédiée pour que le projet s’inscrive dans le cadre institutionnel de l’arrondissement. Cet engagement tangible de la municipalité légitime l’importance du projet auprès des habitant·es et veille à ce qu’il réponde à des objectifs plus larges.

Plusieurs personnes assises et discutant avec une carte du Corridor écologique Darlington sur la table
Atelier de co-gestion, Corridor écologique de Darlington, Ami·es des parcs, Vincent Fréchette, Montréal, 2022

Le modèle de gouvernance du Corridor écologique Darlington se distingue par sa capacité d’adaptation. Au fil du temps, grâce à la participation de la population et des partenaires, le projet a élargi sa mission et assumé un rôle plus important pour répondre aux défis sociaux du quartier. Le partenariat avec Multi-Caf, une organisation locale axée sur la lutte contre l’insécurité alimentaire dans le quartier, illustre cette évolution. L’organisation a créé un potager aménagé en partenariat avec le YMCA afin d’initier les jeunes à l’agriculture urbaine et au jardinage. Cette collaboration met en évidence la manière dont le corridor est passé d’une initiative axée sur des enjeux écologiques à un projet polyvalent répondant aux problématiques sociales urgentes des habitant·es.

Le Corridor écologique de Darlington a inspiré la création d’autres corridors écologiques dans d’autres quartiers de la ville, conduisant à une initiative similaire dans l’arrondissement du Sud-Ouest. À la suite du tout premier budget participatif de l’arrondissement, l’un des projets retenus a été un corridor écologique reliant l’arrondissement du Sud-Ouest à celui de Lasalle.

Le succès du modèle de Darlington montre la corrélation qui existe entre la mise en relation de divers partenaires et la connexion des espaces verts, offrant ainsi aux Villes une nouvelle voie pour créer des parcs sans dépendre uniquement d’une stratégie d’acquisition de terrains.

Recommendations

  • Explorer des structures de cogestion à titre de nouvelle stratégie pour créer des réseaux d’espaces publics cohérents dans les zones où des espaces en plein air adjacents sont détenus/gérés par divers propriétaires fonciers.
  • Inviter les organisations locales à participer à la prise de décision en tant que partenaires clés afin que le projet soit bien accepté au niveau local et réponde aux besoins des habitant·es, même si cela requiert de changer la portée du projet.
  • Maximiser l’effet environnemental et social des corridors écologiques, non seulement en concevant des projets favorisant la biodiversité, mais aussi en créant des possibilités pour la population d’y participer tout en répondant aux besoins sociaux des habitant·es.

Pour en savoir plus sur ce sujet :

Les solutions de la ville de North Vancouver pour combler l’écart en matière d’inclusion dans les programmes de gestion des parcs

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2023 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

Résumé

  • La ville de North Vancouver œuvre à une participation accrue des groupes méritant l’équité dans son programme historique de Park Stewards, en incluant les personnes mal logées, les nouveaux arrivants et les jeunes à risque.
  • Les stratégies de sensibilisation comprennent l’établissement de partenariats avec des organisations communautaires locales, l’organisation d’événements de gestion adaptés à des groupes spécifiques et la réalisation d’entretiens de départ avec les participant·es moyennant des honoraires.
  • Les mesures prises pour surmonter les obstacles comprennent la distribution gratuite de billets de bus pour les événements d’intendance, l’organisation de déplacements du personnel avec les participant-es aux événements et la visite régulière d’organisations partenaires pour les sensibiliser.

Lors d’un récent sondage menée par les Ami·es des parcs auprès de participant·es à des programmes d’intendance dans de grands parcs urbains, 97 % des personnes interrogées ont déclaré que l’intendance contribuait à leur bien-être mental et 90 % à leur santé physique. Cependant, notre sondage a également laissé entrevoir d’importantes lacunes dans l’accès à ces avantages, les participant·es s’identifiant de manière disproportionnée comme des femmes cisgenres, des personnes valides et des personnes de race blanche.

Programme d’intendance des parcs, Stanley Park, Vancouver, Stanley Park Ecology Society

À North Vancouver, la ville a constaté des lacunes similaires dans son programme City Park Stewards*, une initiative municipale mise en place en 2001 qui propose des activités mensuelles de bénévolat, au cours desquels les habitant•es peuvent participer, telles que l’arrachage de plantes envahissantes, la plantation d’espèces indigènes et des ateliers éducatifs. Pour aider à attirerles groupes sous-représentés, la municipalité a sollicité une subvention de 5 000 $ à BC Healthy Communities, destinée à à soutenir les avantages préventifs pour la santé de ces communautés.

« Nous avons fait une demande en partant de l’idée que nous pourrions renforcer la cohésion communautaire et le sentiment d’appartenance grâce au programme de gestion des parcs en favorisant l’inclusivité et la diversité. »

Anu Garcha, Assistante de planification à la Ville de North Vancouver.

Lorsque la subvention a été accordée, la municipalité a lancé des initiatives de sensibilisation auprès d’organisations desservant des populations diversifiées, notamment des citoyen·es mal logées, des nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants ainsi que des jeunes à risque, et au travers d’autres programmes municipaux, tels que les cours d’anglais à la bibliothèque publique.

« Établir ces relations est nécessaire, car cela nous permet de tisser des liens avec différentes personnes au sein de ces communautés. »

Anu Garcha

Afin de surmonter ces obstacles, la Ville privilégie une approche mettant l’accent sur une facilité de participation et la collecte continue de commentaires pour favoriser les améliorations constantes.

Le processus implique que le personnel municipal se rende dans chaque organisation pour présenter le programme à leurs membres et les avantages d’y participer. La Ville met ensuite en place un événement de gestion sur mesure, conçu spécifiquement pour les membres de cette organisation. Cette première immersion dans le programme sert de brise-glace, encourageant les participant·es à se sentir à l’aise pour s’inscrire à des événements futurs ouverts au grand public.

Une femme qui enlève des plantes envahissantes
Programme d’intendance des parcs, Lost Lagoon in Stanley Park, Vancouver

À la fin des événements, le personnel de la municipalité invite les participant·es à partager leurs impressions lors d’un entretien de départ volontaire.L’entretien aborde des questions sur le ressenti des participant·es en matière d’accueil et d’inclusion, l’effet des événements sur leur sentiment de connexion avec autrui et avec l’environnement ainsi que leurs suggestions pour améliorer la situation. Il convient de souligner que les personnes qui participent à ces entretiens reçoivent des honoraires en guise de reconnaissance pour leur temps et leurs idées.

Les participant·es ont fait part de multiples bénéfices découlant du programme, comme la découverte de nouveaux espaces verts, l’approfondissement de leur compréhension de l’écologie locale et la création de nouvelles amitiés.

Le personnel municipal s’inspire de ces entretiens pour continuer à maximiser ces avantages, a déclaré Angela Negenman, coordonnatrice environnementale à la Ville de North Vancouver.

« Pour les personnes itinérantes, peut-être que cela pourrait leur permettre de décrocher un emploi dans le domaine de l’aménagement paysager? En découvrant ces informations grâce à cette méthode, nous pourrions perfectionner le programme. »

Angela Negenman, Coordonnatrice environnementale à la Ville de North Vancouver

Les discussions ont également mis en lumière des obstacles significatifs. Par exemple, le personnel municipal a découvert que se rendre aux événements peut être un défi, non seulement en termes d’accès aux transports, mais aussi à l’idée de s’aventurer dans de nouvelles zones de la ville. En réponse, la municipalité a mis à la disposition des participant·es des billets de bus gratuits. Dans la mesure du possible, un membre de l’équipe de l’organisation partenaire les accompagne jusqu’au parc.

« Je n’aurais jamais songé [à ces obstacles] s’ils ne nous avaient pas été signalés. C’est vraiment révélateur. »

Angela Negenman

Une autre leçon que nous avons tirée est que la sensibilisation est plus efficace « dans le monde réel », c’est-à-dire grâce à des affiches et des visites en personne et cela doit être fait de manière constante, étant donné que de nombreuses organisations connaissent des changements constants. À titre d’exemple, les personnes venant d’un refuge local ne restent souvent que pour de courtes durées.

Les avantages du programme d’intendance ne sont pas réservés qu’aux participant·es. Pour la Ville, le programme revêt une importance cruciale en matière d’éducation du public, de développement de pratiques de préservation durables et de restauration des zones naturelles dégradées.

Un autre avantage inattendu est l’amélioration du moral au sein du personnel des parcs. Angela a noté que pour le personnel des opérations impliqué dans le programme, s’engager directement avec la communauté et assister à l’éducation publique en pleine action « leur donne une perspective différente sur le travail ».

Ce sont des bénéfices qu’Angela comprend de manière intime : « c’est vraiment inspirant et cela m’épanouit. »

Recommendations

  • Établir un point d’accès convivial pour les personnes novices en matière de préservation en organisant un premier événement personnalisé en partenariat avec une organisation locale au service de la communauté que vous souhaitez attirer.
  • Mener des sondages auprès des participant·es à l’intendance provenant de communautés méritant l’équité afin de nouer des relations et de mieux comprendre les obstacles potentiels, tout en s’assurant d’offrir des honoraires.
  • S’engager à effectuer des visites de sensibilisation en personne auprès des organisations communautaires partenaires, en reconnaissant qu’il y a beaucoup de changement au sein de ces organisations.

Harmoniser la nature avec les loisirs : la stratégie Eco Park de Brampton

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2023 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

Résumé

  • Les projets de naturalisation offrent d’importants avantages sociaux et environnementaux. Ils peuvent également susciter des préoccupations pour les communautés en raison de la possible réduction de l’espace pour d’autres activités au sein des parcs ainsi que des inquiétudes quant à l’aspect visuel de ces espaces.
  • La Ville de Brampton mise sur une stratégie urbaine ainsi que sur un système de notation pour repérer des emplacements appropriés dans les parcs pour les projets de naturalisation, en collaboration avec les intendant·es de la communauté pour favoriser des décisions éclairées.
  • Afin de relever les défis inhérents aux projets de naturalisation, il faut mettre l’accent sur l’adhésion précoce du personnel interne, la participation des citoyen·es dans le choix des emplacements, la mise en place de programmes de protection de l’environnement et la communication à l’aide d’une signalisation claire.

De plus en plus de Villes du Canada accordent la priorité à la naturalisation des parcs existants. Transformer des espaces bien entretenus dans les parcs en prairies naturelles offre de nombreux avantages, dont l’augmentation de la résilience climatique, de la biodiversité et de la connexion avec la nature pour les citadin·es.

Champ avec des plantes indigènes en croissance et une pancarte de restauration.
Zone de restauration de prairie, The Meadoway, Toronto

Cependant, ces projets se sont également révélés controversés. Par exemple, le projet pilote « sans tonte [no-mow] »* de Vancouver, qui a permis la naturalisation de certaines sections de parcs, a suscité l’opposition de quelques citadin·es qui considéraient ces espaces comme négligés, un défi auquel de nombreuses autres villes du Canada ont également été confrontées.

Karley Cianchino se passionne pour la naturalisation des parcs. En tant que spécialiste des projets environnementaux pour la Ville de Brampton, Karley a pour mission de concevoir des parcs en étroite collaboration avec les communautés, en mettant l’accent sur la nature.

La Ville de Brampton accorde la priorité aux projets de naturalisation grâce à sa stratégie Eco Park*, unique en son genre. Il s’agit d’une stratégie à l’échelle de la Ville qui intègre des principes visant à préserver et à valoriser à la fois le patrimoine naturel et culturel. La stratégie intègre un outil pratique pour comprendre comment planifier des espaces, en les situant sur une échelle allant des systèmes hautement naturalisés aux systèmes sociaux très performants, tout en reconnaissant que la plupart des espaces se situent quelque part entre les deux.

Schéma du système naturalisé et social pour la Stratégie Éco-Parc de Brampton

La Ville utilise également un système de notation qui classe les parcs en fonction de leurs attributs sociaux, culturels et environnementaux. Cette méthode permet ensuite à la Ville de déterminer quelles améliorations sont nécessaires et où.

« Si un parc obtient un faible score environnemental, nous chercherons des opportunités pour faire avancer les travaux de restauration »

Karley Cianchino, Spécialiste des projets environnementaux pour la Ville de Brampton

Même si elles sont excellentes, les stratégies ont tendance à ne pas être mises en application, recueillant la poussière sur une étagère. Pour éviter que cela ne se produise, Karley a révélé qu’elle était fortement impliquée dans la coordination de son équipe interne, notamment lors des réunions Eco Park bimestrielles, ainsi que lors de « conversations informelles » avec ses collègues au sujet de nouveaux projets et de la façon de mettre en œuvre les objectifs Eco Park. Par exemple, si un parc fait l’objet de rénovations, cela pourrait être l’occasion d’entreprendre des travaux de naturalisation en même temps. Cette stratégie vise à minimiser la mobilisation citoyenne redondante et l’allocation de ressources, tout en favorisant la synergie entre les projets.

Néanmoins, tous ces projets ne se déroulent pas sans encombre. Récemment, la Ville a rendu une grande section du Dearbourne Park plus naturelle, un parc très fréquenté du quartier. Cela constitue une première pour la Ville dans le cadre de son programme de naturalisation. La réaction n’a pas été positive, affirme Karley, les gens faisant remarquer qu’ils avaient perdu de l’espace au sein du parc qu’ils utilisaient auparavant pour d’autres activités.

Des personnes se rassemblant dans un parc près d'une pancarte indiquant « Habitat pour pollinisateurs ».
Consultation citoyenne, habitat des pollinisateurs du parc Dearbourne, ville de Brampton, 2023

La municipalité a organisé une réunion communautaire avec les citadin·es qui ont choisi un espace plus petit de 10 000 pieds carrés dans le parc pour en faire un habitat adapté pour les pollinisateurs et qui serait géré par le groupe communautaire créé par Karley, avec le soutien continu de la Ville. Karley a partagé ses projets pour l’avenir, dont son souhait de mettre en place un système de codes QR dans les endroits identifiés pour une éventuelle naturalisation, incitant les citadin·es à informer la Ville de leur utilisation actuelle de l’espace.

Soutenir les intendant·es communautaires sera un élément clé du succès continu du projet. Avec l’aide de bénévoles, Karley a supervisé le premier « bioblitz » du groupe, au cours de laquelle les citadin·es ont évalué le nombre de pollinisateurs avant la plantation d’espèces indigènes cet automne. Karley collabore également avec le groupe pour discuter des actions que les gens peuvent entreprendre dans leur propre jardin pour soutenir les efforts de naturalisation. Au centre de la stratégie Eco Park se trouve une série d’habitats interconnectés et de corridors verts,

« Et ce n’est pas quelque chose que l’on peut réaliser uniquement avec des terrains publics. Il est essentiel que nous informions les propriétaires fonciers et les aidions à renforcer leurs compétences afin de naturaliser leurs espaces d’une manière qui leur convienne »

Karley Cianchino, Spécialiste des projets environnementaux pour la Ville de Brampton

Recommendations

  • Assurer une consultation à la fois du personnel interne et des citadin·es concernant les sites des projets de naturalisation afin de réduire au minimum les défis liés aux problèmes opérationnels et rallier la communauté.
  • Fournir aux conseiller·ère·s locaux·cales une formation sur les avantages de la naturalisation ainsi que sur les préoccupations courantes afin qu’iels puissent s’adresser aux citadin·es en toute confiance et répondre à leurs questions.
  • Créer des synergies entre les projets de naturalisation et les occasions d’engagement citoyen pour amener plus de citadin·es à participer au projet à plus long terme et favoriser un sentiment de responsabilité partagée concernant les nouveaux espaces.

Lectures complémentaires :

Comment Vancouver utilise une méthode de cartographie innovante pour orienter les investissements privilégiant l’équité dans les parcs.

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2023 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

Résumé

  • VanPlay est un plan directeur ambitieux pour les parcs et loisirs de Vancouver, qui cherche à répondre aux problèmes d’équité, de croissance de la population et de changements démographiques de la ville pour veiller à ce que les espaces verts répondent aux besoins de l’ensemble de la population.
  • En analysant des facteurs comme l’accès aux parcs, l’offre de loisirs présentant une réduction des barrières économiques et la couverture forestière, ce plan directeur vise à améliorer la prise de décision et l’adoption de politiques ciblées pour remédier aux inégalités historiques.
  • VanPlay propose une stratégie intégrée comprenant des pistes cyclables, la revitalisation des cours d’eau en ville et l’ajout d’éléments rendant le réseau des parcs plus dynamique, connecté et accessible.

Depuis quatre ans, la Commission des parcs de Vancouver met en œuvre son plan directeur VanPlay qui guidera la gestion de ses parcs et loisirs pour les 25 prochaines années. En abordant les questions d’équité, de croissance de la population et de changements démographiques, cette stratégie prépare le terrain pour les investissements dans les espaces verts et permet à la Ville de répondre aux besoins émergents.

Si la Ville compte aujourd’hui plus de parcs qu’il y a 25 ans, la densification rapide s’est traduite par une diminution d’un tiers de l’espace de parc par personne. Pour relever ce défi, le plan directeur offre une série d’outils afin d’améliorer la prise de décision, en tenant compte de la diversité des besoins et des groupes d’utilisateur·trices.

Cette stratégie se distingue des autres par la prise en compte de principes d’équité, comme l’étude de facteurs tels que l’intersectionnalité, les privilèges et l’oppression. VanPlay repose sur une volonté de corriger les inégalités historiques en matière d’accès et de qualité des parcs dans les différents quartiers. Cette stratégie positionne ainsi la Ville de Vancouver comme un leader dans ce domaine.

Elle utilise des données géospatiales pour identifier les zones mal desservies qui nécessitent des investissements accrus dans leurs parcs. Ces zones, connues sous le nom de « Zones d’initiative », sont déterminées à partir d’une analyse de trois facteurs clés : le manque d’accès aux parcs, la demande pour des loisirs présentant une réduction des barrières et la couverture forestière. Avec la possibilité d’ajouter des facteurs supplémentaires au fil du temps, comme le revenu, la mobilisation citoyenne, les investissements financiers et les données démographiques, la Commission des parcs peut mieux déterminer les différents besoins et cibler efficacement les diverses politiques clés à mettre en œuvre.

Des personnes courant et promenant leur chien sur une zone piétonne au bord de l'eau
Front de mer, Vancouver, Conseil d’administration des parcs et loisirs de Vancouver, 2021

La stratégie concernant la gestion des eaux constitue une priorité importante pour VanPlay. Pourtant réputée pour son front de mer et ses plages, Vancouver a malheureusement enterré 91 % de ses cours d’eau urbains. VanPlay entend donc améliorer la biodiversité et la gestion des eaux de pluie en exhumant ces cours d’eau et en leur redonnant vie. Cette initiative permet à la fois de créer davantage d’espaces naturels en ville, d’offrir au public de nouveaux aménagements tout en contrôlant les eaux de pluie en cas d’orage. Il s’agit d’un grand pas en avant pour la biodiversité et la capacité à résister aux changements climatiques.

Parlons maintenant des rues qui jouent un rôle crucial dans l’espace public des municipalités. À Vancouver, les rues occupent 32 % de la superficie de la ville, contre 11 % pour les parcs. Afin de tirer parti de ce potentiel inexploité, VanPlay encourage la transformation des rues en espaces publics. En collaboration avec les services d’urbanisme et d’ingénierie, le plan directeur propose notamment la création de mini-parcs, le barrage de certaines rues et l’activation des ruelles afin de répondre à la demande croissante en espaces publics de la population.

Une femme sur une trotinette sur une voie dédiée aux deux-roues
Piste cyclable, Vancouver, Ville de Vancouver

VanPlay accorde aussi une grande importance à la connectivité. La Ville de Vancouver est fière de posséder le plus long sentier continu en bord de mer du monde : l’emblématique Seawall de 28 kilomètres. S’inspirant de cet atout, VanPlay vise à élargir le réseau de pistes cyclables et de sentiers piétonniers de la Ville. Le plan directeur introduit également des « améliorations du réseau », comme des stations de réparation de vélos, des panneaux d’orientation, des lampadaires et des bancs. Ces éléments améliorent non seulement la connectivité, mais aussi la sécurité, l’utilité et l’expérience en général des usager·es entre les différentes destinations.

Recommendations

  • Investir dans des outils fondés sur des données et tenant compte de l’équité, afin d’allouer les ressources limitées pour répondre aux besoins les plus importants.
  • Collaborer avec les services des transports et d’autres services concernés pour créer un plan de financement et d’exploitation des rues transformées en espaces publics piétonniers temporaires, permanents ou flexibles.
  • Étudier les approches permettant de promouvoir un réseau de parcs plus « connecté », en intégrant les parcs avec les zones bleues, les autres parcs urbains et les pistes cyclables.

Lectures complémentaires :

Comment la réduction des espaces et des financements disponibles pour les parcs pousse les Villes à se remettre en question 

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2023 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

Résumé

  • Avec la raréfaction des espaces verts et des financements disponibles, les Villes cherchent de plus en plus à améliorer la qualité et la performance des sites existants.
  • Peu de Villes mesurent la qualité des infrastructures et de l’expérience des usager·es dans les parcs, alors que toutes possèdent des indicateurs pour mesurer la quantité des parcs.
  • Comparer les divers usages afin d’en tirer pleinement parti fait partie des moyens pour maximiser le potentiel des parcs existants.

Alors que les Villes s’efforcent de trouver et de financer de nouveaux espaces verts pour répondre à la croissance démographique, certaines parties prenantes affirment que la solution réside en partie dans l’amélioration de leur qualité.

Bien qu’il soit essentiel de disposer d’un nombre suffisant d’espaces verts, la qualité de ces espaces peut aussi influencer dans une large mesure leur utilisation. La recherche de qualité peut concerner les aménagements existants (ou manquants), mais aussi le sentiment de s’y sentir bienvenus et en sécurité.

« Nous devons prendre conscience que nous entrons dans une période où il sera de plus en plus difficile de créer des parcs dans le cadre des projets d’aménagement du territoire ce qui, en l’absence d’autres outils d’acquisition de terrain, entraînera une réduction des parcs par habitant·e au fil du temps », a déclaré une personne en charge de la gestion de parc travaillant pour une municipalité de l’Ontario, en faisant référence aux changements apportés à la législation provinciale de l’Ontario qui affectent la quantité de parcs obtenue par les Villes par le biais des projets d’aménagement.

Des sièges et bancs extérieurs dans un parc verdoyant.
Parc Andrée Lachappelle, Montréal, Clémence Marcastel, Ami•es des parcs, 2022

« Nous devons donc nous intéresser de plus près à la qualité et à l’utilisation de ces espaces plutôt qu’à leur quantité. »

Personne en charge de la gestion de parc

Ce gestionnaire de parc a fait remarquer que sa Ville constatait déjà une réduction de la superficie des parcs dans les demandes d’aménagement du territoire. Dans certaines zones nouvellement aménagées et à densité moyenne ou élevée, la Ville observe une réduction allant jusqu’à 60 % de la capacité à créer de nouveaux parcs. Cette réduction est encore plus flagrante dans les quartiers fortement peuplés où de plus en plus de personnes doivent partager des espaces publics de plus en plus restreints.

Tout en soulignant à quel point ce changement est préjudiciable, ce gestionnaire entrevoit également pour les Villes une occasion intéressante d’examiner de plus près leurs actifs existants et la manière de les utiliser au mieux.

Alors, en quoi consiste le fait de mettre l’accent sur la qualité?

Cela passe par exemple par le fait de veiller à ce que les parcs disposent des infrastructures dont les habitant•es du quartier ont besoin et que ces infrastructures soient en bon état. Cela passe aussi par l’étude des dimensions socioculturelles d’un parc et de déterminer si les infrastructures, les programmes et la conception du parc en général conviennent aux habitant•es du quartier.

Ces mesures semblent élémentaires, pourtant seulement 43 % des Villes ont dit mesurer la qualité de leurs parcs. Elles sont encore moins nombreuses à recueillir des données sociodémographiques sur l’utilisation de leurs parcs afin de déterminer si ces parcs répondent aux divers besoins de leurs usager·es. Dans le même temps, 100 % des Villes ont déclaré que leurs infrastructures vieillissantes et la gestion de leurs actifs constituaient un défi pour elles.

Selon l’avis d’une personne en charge de la gestion des parcs, la solution consiste notamment à revoir comment tirer pleinement parti des parcs et à faire en sorte de maximiser le potentiel des terrains et des infrastructures.

À cet égard, cette personne a noté que l’un des défis auxquels étaient confrontées les Villes en croissance est de concevoir des installations sportives de grande taille, comme un terrain de soccer ou de baseball, qui requièrent une grande superficie tout en offrant une seule utilisation possible. Selon elle, étant donné la nécessité pour les Villes de fournir davantage d’installations de ce type pour répondre à la demande, elles devront trouver des moyens d’intensifier l’usage de leurs actifs existants pendant de plus longues périodes, plutôt que de simplement chercher des endroits où construire de nouvelles installations.

Une des pistes pourrait être d’installer des dômes saisonniers au-dessus des terrains de sport afin de les utiliser toute l’année, quelles que soient les conditions météorologiques. Certaines Villes, comme North Vancouver, transforment des infrastructures désaffectées en installations répondant à la demande actuelle, comme la transformation d’une ancienne piscine en planchodrome. D’autres Villes divisent les activités entre la période chaude et la période froide, convertissant ainsi des installations autrefois destinées à une utilisation unique, comme les courts de tennis, en espaces multifonctionnels, comme des parcs à chiens sans laisse pendant les mois d’hiver.

Tous ces exemples illustrent le potentiel qui réside dans la transformation des sites existants pour garantir leur fonctionnement optimal et faire en sorte qu’ils répondent aux besoins actuels de la population.

Des personns jouant au beach volley dans un parc
Parc La Fontaine, Montréal, Clémence Condemi, Ami·es des parcs, 2022

À cet égard, cette personne a noté que l’un des défis auxquels étaient confrontées les Villes en croissance est de concevoir des installations sportives de grande taille, comme un terrain de soccer ou de baseball, qui requièrent une grande superficie tout en offrant une seule utilisation possible. Selon elle, étant donné la nécessité pour les Villes de fournir davantage d’installations de ce type pour répondre à la demande, elles devront trouver des moyens d’intensifier l’usage de leurs actifs existants pendant de plus longues périodes, plutôt que de simplement chercher des endroits où construire de nouvelles installations.

Une des pistes pourrait être d’installer des dômes saisonniers au-dessus des terrains de sport afin de les utiliser toute l’année, quelles que soient les conditions météorologiques. Certaines Villes, comme North Vancouver, transforment des infrastructures désaffectées en installations répondant à la demande actuelle, comme la transformation d’une ancienne piscine en planchodrome. D’autres Villes divisent les activités entre la période chaude et la période froide, convertissant ainsi des installations autrefois destinées à une utilisation unique, comme les courts de tennis, en espaces multifonctionnels, comme des parcs à chiens sans laisse pendant les mois d’hiver.

Tous ces exemples illustrent le potentiel qui réside dans la transformation des sites existants pour garantir leur fonctionnement optimal et faire en sorte qu’ils répondent aux besoins actuels de la population.

Recommendations

  • Veiller à ce que ces espaces soient conçus de manière à maximiser leur utilisation par tous les temps et en toutes saisons, notamment grâce à des structures ombragées, des auvents et d’autres éléments permettant de gérer les microclimats.
  • Évaluer régulièrement la qualité des parcs en examinant le nombre et l’état de leurs infrastructures, mais mener aussi des sondages auprès des habitant•es pour mieux comprendre leur expérience non observable en matière de sécurité, de confort et d’inclusion, en accordant une attention particulière aux groupes méritant l’équité.
  • Concevoir des espaces offrant une utilisation flexible, en trouvant des moyens de répondre à différents usages, en fonction de la saison ou de l’heure de la journée, et en concevant des installations pouvant être utilisées au moins de deux manières différentes.

Élaboré par le Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté (CÉRSÉ), ce rapport propose une typologie et dresse un portrait des initiatives d’appropriation citoyenne se déroulant dans les parcs montréalais. 

En s’appuyant sur les 239 initiatives identifiées par l’équipe du CÉRSÉ entre 2020 et 2021, ce rapport donne un aperçu de la diversité des initiatives qui ont cours dans les parcs de Montréal. Il examine les différentes formes d’activités, les impacts tangibles et intangibles, leur temporalité, l’origines des ressources humaines, matérielles et financières déployées, les types de gouvernance et les motivations qui animent ces initiatives.

Ce travail de recherche a été rédigé par David Smith et Faten Kikano, chercheurs et conseillers en transfert au CÉRSÉ (Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté). Il s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche intitulé « Initiatives d’appropriation citoyenne des parcs urbains à Montréal : modèles, enjeux, stratégies et résultats sociaux », réalisé en partenariat avec Ami·es des parcs et le Centre d’écologie urbaine.

Ce rapport de recherche, réalisé par le Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté (CÉRSÉ), vise à approfondir notre compréhension des initiatives d’appropriation citoyenne dans plusieurs disciplines et à documenter des études de cas pertinentes.

Pour ce faire, le rapport explore plusieurs théories relatives à l’appropriation de l’espace en psychologie environnementale, en sociologie urbaine et en aménagement. Il propose ensuite un aperçu des facteurs et des enjeux liés aux pratiques d’appropriation citoyenne, en s’appuyant sur des cas documentés dans différentes municipalités québécoises, incluant plusieurs parcs situés à Montréal. Cette synthèse est conçue comme une référence utile pour les chercheurs et les membres d’organismes partenaires engagés dans l’étude et la mise en œuvre de démarches inclusives d’appropriation citoyenne des parcs.

Ce travail de recherche a été rédigé par David Smith et Faten Kikano, chercheurs et conseillers en transfert au CÉRSÉ (Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté). Il s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche intitulé « Initiatives d’appropriation citoyenne des parcs urbains à Montréal : modèles, enjeux, stratégies et résultats sociaux », réalisé en partenariat avec Ami·es des parcs et le Centre d’écologie urbaine.

Les groupes citoyens qui s’impliquent dans les parcs urbains manquent souvent de balises pour définir le partage des rôles et responsabilités avec leur administration municipale. Cela complique beaucoup leurs relations et limite les synergies. Qui sont les partenaires clés à réunir pour se coordonner ? Quelle est l’étendue des champs d’actions de chacun ? Lisez comment un processus d’accompagnement du Réseau des ami·es des parcs de Montréal a permis de clarifier les rôles et responsabilités autour du projet de Corridor écologique Darlington !

Contexte

Les citadins et citadines ont une appréciation grandissante des parcs et désirent s’impliquer de plus en plus, c’est ce que révèle le rapport sur les parcs urbains du Canada de 2022. Notamment, les gens perçoivent que les parcs ont des effets positifs sur leur santé mentale, physique et sociale. Cette affection pour les parcs s’est traduite par leur fréquentation accrue au cours des dernières années. Mais, malgré l’envie de s’impliquer, la plupart ne pensent pas avoir d’influence sur les décisions liées à leurs parcs ; moins du quart de la population a le sentiment d’avoir voix au chapitre ou la capacité d’influencer les décisions liées à leurs parcs. Plus préoccupant encore, parmi les groupes citoyens mobilisés pour les parcs, moins de la moitié disent entretenir des liens solides avec leur municipalité. Or, ceux-ci disent vouloir approfondir les relations, ce qui montre leur intérêt pour une plus forte collaboration.

C’est dans ce contexte que le Réseau des ami·es des parcs de Montréal a souhaité soutenir un groupe impliqué dans les parcs de la métropole du Québec pour favoriser l’émergence de mécanismes de cogestion de ces espaces publics avec l’administration municipale. Ami·es des parcs et le Centre d’écologie urbaine (CEU) ont donc élaboré une démarche d’accompagnement pouvant mener à la formulation d’une entente de cogestion entre l’organisme Éco-pivot et l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce pour la coordination des actions dans le Corridor écologique Darlington, un projet qui visait à recréer des liens entre les espaces naturels, mais aussi entre les gens et entre les humains et la nature.

Source: Ami·es des parcs, Vincent Fréchette, Montréal, 2022

Éco-pivot et le Corridor écologique Darlington

Éco-pivot, fondé en 2021, est un organisme à but non lucratif (OBNL) qui s’appuie sur une approche socioécologique pour la création de connectivités urbaines pour répondre aux enjeux de fragmentation d’habitats et qui offre des services pour faciliter l’intégration des enjeux de biodiversité. Éco-pivot promeut par exemple la création de corridors écologiques utiles autant pour la biodiversité que pour les communautés locales (services écosystémiques et agriculture urbaine).

Un corridor écologique est un lien pour la biodiversité locale, constitué d’arbres, unissant des espaces verts existants dans la trame urbaine par une approche interdisciplinaire et visant l’atteinte d’une grande diversité d’objectifs propres à chaque milieu. Ces objectifs sont souvent associés aux défis que rencontreront les villes face aux changements climatiques.1

Éco-pivot est fiduciaire du projet du Corridor écologique Darlington, mais ce projet a pris forme en 2012 grâce au rêve et à l’implication d’Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité à l’Université de Montréal et de l’architecte du paysage Marie Le Mélédo qui conçoivent un projet de corridor écologique vivrier entre des lieux d’importances : 

  • Axe nord-sud reliant le mont Royal à la voie de chemin de fer par l’avenue Darlington (voir Illustrations) ;
  • Axe est-ouest reliant l’Hippodrome et le campus MIL via la voie de chemin de fer.

Le but est de faciliter le déplacement de la faune, de la flore, mais aussi l’amélioration du cadre de vie des résidents et résidentes du quartier de Côte-des-Neiges, car le projet a aussi pour cible l’éducation à l’environnement, la gestion des eaux pluviales, la diminution des îlots de chaleur et bien d’autres choses encore.2  Dès ses débuts, c’est la collaboration de l’Université de Montréal et de l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce qui permet la réalisation du projet.3  

L’axe nord-sud du Corridor écologique Darlington, tel que rêvé, et ses principaux sites d’intervention :

Source: Éco-pivot, 2022

Principaux sites d’intervention du Corridor écologique Darlington :

Source: Éco-pivot, 2022

La zone desservie par le Corridor écologique Darlington

Le Corridor écologique Darlington se situe dans l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. C’est l’arrondissement de Montréal le plus populeux, avec près de 170 000 personnes qui y résident. C’est un arrondissement où 77 % de la population est issue de l’immigration et où plus de 24 % des personnes vivent en situation de pauvreté. La zone desservie par le Corridor est comprise entre le district Côte-des-Neiges et le district Darlington.4  Ces districts sont fort contrastés d’un point de vue socioéconomique ; notamment, le district Darlington compte une population plus défavorisée et moins scolarisée.5

Quelques notions de cogestion

La participation dans la ville n’est pas comprise par tous de la même manière, car plusieurs niveaux de participation et d’influence peuvent s’exercer. L’échelle de la participation décrit cinq paliers d’implication croissante qui commence par le partage d’information et se termine par la codécision (voir illustration6). C’est à ce dernier stade que se greffe le principe de cogestion.

Source : Centre d’écologie urbaine, 2015

La cogestion émane d’abord du monde entrepreneurial dans l’Allemagne d’après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion des syndicats.7 Elle consiste en la « gestion en commun d’un organisme, d’une institution, etc., par les différents membres qui les composent ou par leurs représentants, notamment par le patronat et les travailleurs dans une entreprise ».8 

Au Québec, comme ailleurs, les modes de gouvernance des parcs peuvent suivre plusieurs modèles. On y trouve le plus souvent un modèle qui implique uniquement les institutions publiques, lorsque les municipalités sont seules gestionnaires des lieux, par exemple. À l’inverse, on voit parfois un modèle pour lequel une ville conclut un accord afin qu’une organisation gère un espace public de manière assez indépendante. Mais on voit de plus en plus apparaître des modèles hybrides qui impliquent des partenariats formels, par exemple entre une ville et un OBNL, pour gérer ensemble des lieux publics, comme c’est le cas avec les Amis du champ des possibles ou avec les Amis de la montagne. Dans ce contexte, des ententes de gestion sont formulées pour préciser les rôles et responsabilités des différents partenaires.  

Le processus d’accompagnement 

Afin de favoriser l’établissement d’une entente de cogestion entre Éco-pivot et l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, un accompagnement a été proposé par le Réseau des ami·es des parcs de Montréal entre juillet et novembre 2022. 

Les objectifs généraux de l’accompagnement étaient : 

  • Appuyer le Corridor écologique Darlington dans la création d’une vision de la gouvernance partagée et de l’intervention collaborative avec les parties prenantes.
  • Élaborer un cadre de gouvernance participative des parcs inclus dans le Corridor écologique Darlington.
  • Développer une vision commune de la zone de la Place Darlington allant jusqu’au parc Martin-Luther-King, sans s’y limiter.

L’implication du Réseau des ami·es des parcs de Montréal a surtout consisté à organiser et à animer 3 ateliers collaboratifs au cours de l’automne 2022 pour inciter les parties prenantes à s’engager plus loin dans la collaboration. Éco-pivot s’est occupé des relations avec d’autres partenaires et de certains aspects logistiques associés aux rencontres. L’Arrondissement a coordonné la participation de son personnel, a fourni la salle de réunion pour tenir les ateliers et a imprimé des cartes en grand format. 

Objectifs des ateliers 

Atelier 1 : Mieux connaître le corridor écologique Darlington ; enjeux avec les parties prenantes  

Objectifs :

  • Présenter le projet du Corridor Darlington aux parties prenantes.
  • Identifier les éléments d’adhésion et les défis en matière de collaboration entre les parties prenantes autour du Corridor écologique Darlington.

Atelier 2 : Rêver le corridor écologique Darlington ; identification d’orientations communes (Marche exploratoire de 5 arrêts et atelier en salle)

Objectifs :

  • Bonifier le diagnostic en dialogue avec les parties prenantes et professionnels de l’Arrondissement.
  • Faire ressortir les éléments d’une vision commune pour le cadre de cogestion.

Atelier 3 : Un corridor écologique Darlington pour tous et toutes ; définition du type de gouvernance partagé

 Objectifs :

  • Présenter des exemples inspirants de réponses aux enjeux (liés aux thématiques, et à la vision).
  • Explorer des pistes de solutions pour le Corridor Darlington, et la répartition des rôles.
Présentation d’Alexandre Beaudoin lors du second atelier (source: Ami·es des parcs, Vincent Fréchette, Montréal, 2022)
Travail en sous-groupe lors du second atelier (source: Ami·es des parcs, Vincent Fréchette, Montréal, 2022)
Yolande Moreau participant au second atelier (source: Ami·es des parcs, Vincent Fréchette, Montréal, 2022)

Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité, Université de Montréal et initiateur du projet de corridor écologique, a partagé quant à lui la vision de son équipe pour la suite de la collaboration. Il croit qu’une table de coordination entre les parties prenantes serait la voie pour garder le dialogue et avancer de concert vers la mise en œuvre d’un Corridor écologique Darlington, tant pour son aménagement que pour son animation.

Alexandre Beaudoin parlant de la perspective d’Éco-pivot (source : Ami·es des parcs, Montréal, 2022)

Les résultats

Le premier atelier a permis de brosser le portrait du Corridor écologique Darlington en révélant ses enjeux particuliers et d’extraire les thèmes principaux sur lesquels travailler lors de l’atelier suivant. par exemple, les participantes et les participants ont constaté le manque de clarté des rôles des parties prenantes et la déficience de leur coordination; la méconnaissance du Corridor écologique Darlington par la population du quartier et son manque de mobilisation ainsi que le déficit d’aménagements inclusifs et le manque d’employés ou de bénévoles pour le suivi des plantations.

Le brassage des idées lors du diagnostic des lieux (source: Éco-pivot, Montréal, 2022)

Le second atelier a permis de préciser le portrait du Corridor écologique Darlington, mais surtout de déterminer des orientations pour guider les parties prenantes dans une possible gestion partagée des lieux. Ainsi, on souhaite spécifier les rôles de chacun afin de coordonner les ressources pour mieux répondre aux besoins sur le terrain. On veut également renforcer la communication entre les partenaires, ainsi qu’avec les résidents et résidentes, par exemple en partageant l’information sur les projets en développement dans une infolettre, en prévoyant un plan de mobilisation et en tenant des rencontres annuelles.

Alexandre Beaudoin présente les orientations proposées par un groupe lors de la plénière (source: Éco-pivot, Montréal, 2022)

Orientations communes prioritaires:

Thème 1:  la concertation des parties prenantes

  • Bien définir les rôles et les responsabilités des parties prenantes.  
  • Cibler les secteurs clés pour concentrer les efforts sur l’atteinte des objectifs communs.
  • Impliquer toutes les parties prenantes. 

Thème 2: la cocréation et de la gestion participative du Corridor écologique Darlington

  • Créer et entretenir des relations entre les partenaires. 
  • Collaborer régulièrement pour coordonner les décisions 
  • Mobiliser les résidents et résidentes dans la réalisation des projets.

Lors du troisième atelier, l’exercice visant à définir des rôles possibles des parties prenantes impliquées dans le Corridor écologique Darlington a été fructueux. Il a révélé des complémentarités qui laissent voir une meilleure répartition des champs d’action et des responsabilités.

Julien Voyez revient sur les rôles et responsabilités (source: Ami·es des parcs, Vincent Fréchette, Montréal, 2022)

Si l’on attend de la part des organisations partenaires qu’elles consultent, mobilisent et animent l’espace du Corridor écologique Darlington, on s’attend à ce que la municipalité soutienne les organismes et qu’elle définisse un cadre réglementaire qui permette des zones de liberté pour les actions du milieu communautaire (tableau 1). Une interface inattendue a aussi été créée par les participants où l’on trouve des rôles communs et des responsabilités partagées, ce qui démontre une forte volonté de collaboration entre la Ville et ses partenaires. Quant aux citoyens et citoyennes, on souhaite leur implication grandissante ; on voudrait les voir exprimer leurs besoins et leurs rêves et qu’ils et elles participent à donner vie au Corridor écologique Darlington. 

Citoyennes et citoyensOrganisations partenairesOrganisations et ArrondissementArrondissement
S’exprimer (p. ex., réclamer les changements et rappeler les citoyens(-nes) oubliés(-ées), répondre aux sondages et proposer des actions)Communiquer (p. ex. établir le dialogue, sensibiliser en différentes langues)Coordonner ensemble(p. ex. mécanismes de concertation, d’arbitrage, dépôt de projets)Appuyer (p. ex. les organismes, proposer des sources de financement et de matériel)
Influencer (p. ex. les élus(-es) et les organismes)Mobiliser (faire de l’empowerment)Répondre aux besoins de la communautéEncadrer/céder une part décisionnelle (p. ex. négocier les marges de liberté)
Participer (p. ex. entretien, sensibilisation, plantations, rencontres)Collecter les rêves  (p. ex. projets citoyens).Montrer l’exemple (p. ex. jouer un rôle de leader)Modifier les règlements (p. ex. encadrer le respect de l’environnement)
S’organiser (p. ex. créer des comités)Représenter (p. ex. les marginaux).S’informer mutuellement de manière proactiveInformer/transparence (p. ex. plans de communications en différentes langues, faire connaître ses intentions)
Célébrer (p. ex. s’approprier les sites)Organiser/Animer (p. ex. réunions, activités, intendance environnementale)Respecter (p. ex. procédures et responsabilités)Analyser/Expertise (p. ex. valider les possibles)

Tableau 1 : Pistes de cogestion du Corridor écologique Darlington (concertation, aménagement et animation)

Le dernier élément du processus d’accompagnement a été de faire émerger des éléments pouvant former une base d’entente de gouvernance partagée entre Éco-pivot et l’Arrondissement. C’est une étape très encourageante, mais les détails n’ont été partagés qu’entre les partenaires pour l’instant.

Bons coups, défis et recommandations

Le processus d’accompagnement nous apparaît comme un succès et les suites sont très prometteuses. L’ensemble des partenaires participants semble très satisfait du processus et enthousiaste à poursuivre des démarches de coopération pouvant mener à la formation d’une entente de cogestion. Voici quelques éléments que nous retenons de cette expérience.

Bons coups

  • La collaboration a été fructueuse entre les organisations qui étaient très différentes, mais complémentaires. 
  • L’Arrondissement s’est montré très ouvert et profondément impliqué tout au long de la démarche.

Défis

  • Le nombre de participants(-tes) a été plus faible qu’espéré ; la mobilisation des parties prenantes demeure un défi pour qu’elles accordent le temps nécessaire à la concertation. 
  • La démarche d’accompagnement, en raison de certaines contraintes, n’a permis de réaliser que trois ateliers plutôt que les quatre qui étaient envisagés initialement. L’objectif d’aboutir à une entente de cogestion en trois ateliers était trop ambitieux. 

Recommandations

  • Maintenir le lien et informer l’ensemble des parties prenantes de la suite du processus.
  • Continuer à organiser des rencontres ponctuelles avec les parties prenantes, de préférence en personne.
  • Partager l’expérience pour susciter le développement de nouvelles ententes de gouvernance partagée, par exemple à l’occasion du forum du Réseau des ami·es des parcs de Montréal ou lors d’une autre rencontre destinée à ses membres.
  • Pour améliorer la formule des ateliers, il serait utile d’organiser les ateliers chez différents partenaires pour mieux les impliquer dans la démarche collaborative.

Conclusion

Dans le cadre du Réseau des ami·es des parcs de Montréal, Ami·es des parcs et le Centre d’écologie urbaine ont organisé une série d’ateliers collaboratifs pour favoriser le rapprochement des parties prenantes du Corridor écologique Darlington et pour formuler ensemble l’ébauche d’une entente de cogestion pour l’aménagement et l’animation de certains espaces publics. 

Au-delà des ateliers, une série de réunions a eu lieu pour organiser et coordonner toutes les étapes du processus et décider des suivis à réaliser par chaque partie prenante. Ces rencontres ont aidé à formuler une stratégie, à planifier les actions, mais surtout à renforcer les liens de confiance entre le Réseau des ami·es des parcs de Montréal, Éco-pivot et les personnes représentant l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Grâce aux liens approfondis et aux habitudes de collaboration amplifiées au fil de cette démarche d’accompagnement, nous pressentons que la poursuite des efforts pourrait mener à l’établissement d’une entente de cogestion.    

De manière générale, ce projet pilote fut un succès aux yeux des organisations participantes autant que pour le Réseau des ami·es des parcs de Montréal. Cette réussite nous encourage à améliorer la démarche d’accompagnement et à la proposer dans d’autres quartiers pour favoriser le rapprochement entre les organisations amies de parcs et les instances municipales. Ainsi, si les conditions s’y prêtaient à l’avenir, une telle démarche pourrait susciter la multiplication de la cogestion dans les parcs montréalais pour mieux servir les intérêts de la communauté tout en révélant le pouvoir des parcs.

Annexe

1. Beaudoin, A., Bissonnette, J. F., Messier, C., Dupras, J. (soumis) Les corridors écologiques urbains : défis de gouvernance pour passer de la théorie à la pratique. Vertigo.

 2. Sampson, X. (2022, 31 mai). Le corridor écologique Darlington, un rêve qui devient réalité. Société Radio‑Canada.

3. Corridor écologique Darlington. (s.d.).

4. Ville de Montréal (2017). Profil de district électoral : Darlington, Arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grace et Profil de district électoral : Côte-des-Neiges, Arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

5. Ville de Montréal (2018). Atlas sociodémographique : Recensement 2016, Arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

6. Santé Canada. (2000). Cité dans Centre d’écologie urbaine. (2015). L’urbanisme participatif : Aménager la ville avec et pour ses citoyens.

7. Sandoz, G. (1980). Principes et pratiques de la cogestion. Dans Autogestions, NS N° 2-3. Mouvements alternatifs et cogestions en Allemagne fédérale. 

8. Université de Sherbrooke. (2022). Cogestion. Dans Usito : le dictionnaire.

Bibliographie


Ce travail de recherche a été rédigé par le Réseau des ami·es des parcs de Montréal en collaboration avec le Corridor écologique Darlington et Éco-pivot.

Rédaction :

  • Yann Vergriete, chef de projet sénior, Ami·es des parcs / Park People
  • Julien Voyer, chargé de projet et de développement, Centre d’écologie urbaine
  • Tarrah Beaudoin, coordinatrice du Corridor écologique Darlington, Éco-pivot
  • Alexandre Beaudoin, chargé de projet et membre fondateur d’Éco-pivot

Le Réseau des Ami·es des parcs de Montréal

Entretien avec Jay Pitter sur les expériences des personnes Noires dans les parcs et espaces publics

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2024 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

Résumé

  • En raison du racisme systémique qui persiste dans les parcs et espaces publics, de nombreuses personnes racisées renoncent à les fréquenter, redoutant discriminations et violences.
  • La majorité des citadin·es (67 %) et des Villes interrogées (66 %) s’accordent sur la nécessité pour les parcs de prendre des mesures en faveur de la justice et de l’équité raciales.
  • Malgré une prise de conscience accrue, seuls 17 % des Villes se sentent equipées pour s’attaquer à ces enjeux. Ce qui souligne l’importance des recherches de Jay Pitter, qui offrent des stratégies pour renforcer l’identité culturelle Noire et favoriser l’inclusion dans les parcs.

Au fil des dernières années, nous avons collectivement pris conscience de la prévalence du racisme systémique dans les parcs et les espaces publics. Historiquement, ces espaces ont été des lieux où les personnes Noires, Autochtones et racisées ont été confrontées à la suspicion, à la surveillance, au harcèlement, à la violence, voire même à la mort.

Année après année, notre sondage a révélé qu’environ un· citadin·e sur 10 évite les parcs et espaces verts par crainte de discrimination ou de surveillance policière. 

Cette année, lorsqu’on a demandé si les parcs urbains devraient faire davantage pour traiter l’équité et la justice raciale, plus des deux tiers (67 %) ont répondu par l’affirmative. De même, en 2023, 66 % des Villes ont reconnu le rôle des parcs dans la lutte contre le racisme.

En dépit d’une prise de conscience croissante, les mesures prises demeurent limitées. À peine 17 % des Villes s’estiment suffisamment outillées pour combattre le racisme, laissant les besoins des populations racisées de côté.

Comment les municipalités peuvent-elles passer de la prise de conscience à l’action ? Nous avons discuté avec Jay Pitter* à propos d’ “ÊTRE UNE PERSONNE NOIRE DANS L’ESPACE PUBLIC”, un sondage binational développé par Jay Pitter Placemaking (Chercheuse principale : Jay Pitter, co-chercheur : Professeur L. Anders Sandberg) et administré par l’Institute for Social Research. Le sondage posait la question suivante : « Quelles sont les politiques d’aménagement des espaces publics, les approches de conception et les attitudes sociales tacites qui diminuent ou améliorent l’expérience des personnes Noires dans les villes »?

Cette recherche met en lumière les zones d’ombre autour de l’expérience des personnes Noires dans les parcs et espaces publics au Canada et aux États-Unis. Jay Pitter a relevé un manque de données, en particulier au Canada, sur la perception et l’expérience des communautés Noires dans ces espaces. Beaucoup d’organisations mesurent l’inclusion de manière limitée, en mettant l’accent sur la sécurité ou l’absence de violence à l’égard des personnes Noires, mais Jay Pitter souligne que ce n’est pas suffisant : atténuer la violence ne doit être qu’un point de départ.

Ses recherches explorent également comment les traumatismes historiques et actuels liés au racisme, à la brutalité policière et à la violence dans les espaces publics, ainsi que les inégalités en matière de mobilité et le manque de voies vers la prospérité économique, affectent le bien-être des personnes Noires, leur sentiment d’appartenance sociale et leur droit à l’appropriation des lieux publics.

« Ce sondage vise à combler un vide laissé par les autres statistiques, en plaçant les personnes Noires au centre, en tant qu’êtres humains et spirituels à part entière. Les études et témoignages précédents omettent souvent de mentionner les répercussions des incidents liés à l’insécurité et aux restrictions. Que signifient ces chiffres ? Qu’en est-il de la santé mentale des personnes Noires, leur identité, leur sentiment d’appartenance, ainsi que leur imagination et leurs aspirations ? Un de mes principaux objectifs était de réhumaniser les individus et communautés Noires en leur offrant un espace pour une introspection, une guérison intérieure et l’expression libre de leurs rêves. »

Jay Pitter, Experte en aménagement, professeure adjointe en urbanisme et auteure

Le sondage ÊTRE UNE PERSONNE NOIRE DANS L’ESPACE PUBLIC adopte une approche axée sur les ressources tout en prenant en compte les traumatismes, afin de valoriser la joie et le savoir des personnes Noires. Les participant·es ont été invité·es à partager des souvenirs et expériences positives dans les espaces publics. Jay Pitter insiste sur l’importance d’apprendre des succès, et pas seulement des tragédies.

Jay Pitter met également en avant la contribution des communautés Noires aux espaces publics.

« Je ne voulais pas réduire notre présence dans l’espace public à une simple expérience de victimisation. Malgré l’esclavage, des siècles de politiques excluant les personnes noires des espaces publics et des expériences disproportionnées de violence et d’itinérance, le travail, le savoir-faire en création d’espaces publics et la culture des communautés noires ont grandement contribué à façonner et revitaliser ces espaces. Nous y apportons de la vie. »

Jay Pitter, Experte en aménagement, professeure adjointe en urbanisme et auteure

En mettant l’accent sur la joie et en reconnaissant les contributions des personnes Noires dans la création d’espaces, cette approche illustre comment les villes peuvent collaborer avec les groupes méritant l’équité sans les contraindre à revisiter des récits d’oppression. Jay Pitter a mentionné que plusieurs personnes se sont dites reconnaissantes d’avoir pu partager leurs expériences positives.

Les conclusions de ce sondage seront partagées dans un rapport axé sur l’action en février 2025, offrant aux villes et institutions des pistes pour encourager une véritable inclusion des communautés Noires dans les parcs et autres espaces publics. Jay Pitter a révélé certaines conclusions préliminaires : les parcs figurent parmi les espaces publics les plus fréquentés par les communautés Noires et sont généralement perçus comme des lieux sécuritaires. Toutefois, les parcs peinent à promouvoir l’identité culturelle noire, un profond sentiment d’appartenance et des programmes inclusifs.

Selon Jay Pitter, il existe des opportunités considérables pour progresser, notamment à travers la co-création d’espaces, une représentation accrue des personnes Noires dans la gestion des parcs, le partage du pouvoir, ainsi que des événements qui valorisent les communautés Noires. Pour en savoir plus sur la manière dont votre ville peut favoriser l’inclusion des communautés Noires dans les espaces publics, consultez le site internet jaypitter.com* pour accéder au rapport complet à partir de février 2025.

Recommandations 

  • Mener des activités de mobilisation citoyenne auprès des communautés racisées en adoptant une approche axée sur les forces et éclairée par les traumatismes, tout en mettant l’accent sur des discussions visant à célébrer l’identité culturelle.
  • Mesurer l’inclusion dans les parcs autrement que par le sentiment de sécurité ou l’absence de violence et de discrimination envers les communautés Noires. 
  • Recourir à des récits et à d’autres approches qualitatives afin de développer une compréhension plus approfondie des données, y compris des enjeux sociospatiaux et de la qualité des expériences dans les parcs.
  • Permettre aux communautés Noires de participer à la co-création de parcs, de politiques et de programmes, pour renforcer l’identité culturelle et le sentiment d’appartenance dans les parcs.

Un modèle de partenariat entre la Première Nation Tsleil-Waututh et les parcs régionaux du Grand Vancouver

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2024 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

Éléments clés

  • Un accord de coopération entre les parcs régionaux du Grand Vancouver et la Première Nation Tsleil-Waututh met en place des mécanismes de cogestion pour le parc régional təmtəmíxʷtən/Belcarra
  • Le parc s’étend sur le territoire traditionnel de la Première Nation, où se trouvait autrefois un village ancestral.
  • Les comités paritaires jouent un rôle clé dans la coordination de la co-gouvernance et la planification des initiatives du parc.

Dans la région métropolitaine de Vancouver, une entente inédite entre les parcs régionaux du Grand Vancouver et la Première Nation Tsleil-Waututh redéfinit la gestion des parcs. Ce partenariat novateur met en lumière une nouvelle approche, alliant préservation de l’environnement et reconnaissance de l’héritage culturel, passé et présent, des Premières Nations. 

S’étendant sur de 2 560 acres, le parc régional təmtəmíxʷtən/Belcarra* est deux fois et demie plus grand que le parc Stanley de Vancouver et accueille 1,2 million de visiteur·euses par an. Autrefois, ce parc abritait le plus grand village ancestral de la nation Tsleil-Waututh.

təmtəmíxųtən/Parc régional de Belcarra. Crédit : Parcs régionaux du Grand Vancouver.

Gabriel George, membre de la Première Nation Tsleil-Waututh et directeur national du développement des terres et ressources issues des traités, souligne la fracture historique causée par la transformation de ce territoire en parc : « Cela nous a coupé·e·s de notre terre. Ce partenariat est un moyen essentiel pour nous de réaffirmer nos droits. »

Mike Redpath, directeur des parcs régionaux du Grand Vancouver, a précisé que la collaboration avec la Première NationTsleil-Waututh a débuté en 2017, menant à l’élaboration d’un « Accord de coopération et de planification culturelle* » signé en 2020. L’accord établit des principes directeurs clairs pour la gestion conjointe du parc. Ce cadre inclut la préservation des ressources naturelles, la valorisation récréative du site, et une sensibilisation accrue du public à l’héritage de la Nation. 

« L’accord reconnaît pleinement qu’il s’agit d’une terre publique. Cependant, il y a eu une utilisation traditionnelle du site, et l’accord vise à trouver un équilibre entre les deux », a déclaré Mike Redpath. 

Une bonne gouvernance est la pierre angulaire d’un partenariat réussi. L’accord de coopération prévoit deux mécanismes de gouvernance : un comité de direction et un comité technique, composés à la fois de membres de la Nation et des parcs régionaux du Grand Vancouver. 

Le comité technique établit les priorités des projets dans un plan de travail annuel, qui est ensuite approuvé par le comité de direction et soumis durant le processus budgétaire annuel. Chaque projet comprend un « accord d’engagement », qui définit les livrables et garantit que les deux partenaires comprennent bien leurs rôles et responsabilités. 

L’accord comprend également des politiques de développement économique, notamment le recours à des entrepreneur·ses approuvé·es par la Première NationTsleil-Waututh pour encourager les entreprises locales à prospérer dans le parc. 

« Nous avions une économie solide, mais elle nous a été largement confisquée », a souligné Gabriel George. « Nous avions des devises plus anciennes que le papier. Nous avions des systèmes d’échange. Nous avons perdu tout cela. » Il a rappelé que son peuple récoltait des palourdes depuis des millénaires, mais qu’il a ensuite été contraint de « se faufiler la nuit, après avoir été privé de ce droit ». Rechercher des occasions économiques aujourd’hui est donc, selon lui, « un droit inhérent ».

Bien que l’accord de coopération ait été signé il y a seulement quatre ans, plusieurs projets d’envergure ont déjà été réalisés depuis, et d’autres sont en cours.

L’un des premiers a été le renommage officiel du parc en 2021, désormais connu sous le nom de təmtəmíxʷtən/Belcarra Regional Park. C’était la première fois que les parcs régionaux du Grand Vancouver effectuaient une telle démarche en partenariat avec les communautés des Premières Nations. 

Pour Gabriel George, il ne s’agit pas simplement de « renommer » le parc.

« C’est bien plus que cela. C’est reconnaître le véritable nom de cet endroit. C’est important parce que nous avons besoin d’être représenté·es. Nous devons être vu·es et entendu·es sur notre propre territoire. »

Gabriel George, Membre de la Première Nation Tsleil-Waututh et directeur national du développement des terres et ressources issues des traités

Mike Redpath a également souligné que cette initiative créait un précédent en matière de dénomination des parcs du Grand Vancouver, ouvrant la voie à son application dans d’autres lieux. En effet, un autre parc régional a récemment été renommé, abandonnant le nom de Colony Farm Regional Park pour devenir ƛ̓éxətəm (tla-hut-um) Regional Park*, un nom attribué par la Première Nation kʷikʷəƛ̓əm (Kwikwetlem), qui signifie « nous vous accueillons ».

Parmi les autres projets communs, un mât de bienvenue a été érigé sur l’ancien site du village traditionnel de la Nation. D’autres projets incluent des efforts de restauration environnementale, la mise en place de programmes éducatifs, ainsi qu’une étude sur le patrimoine culturel pour approfondir la compréhension de l’histoire du parc.

Malgré le temps nécessaire pour la mise en place de cet accord, Mike Redpath, directeur des parcs régionaux du Grand Vancouver, souligne les bénéfices indéniables. Le personnel peut « décrocher le téléphone et parler à quelqu’un de la Nation qui leur est familier. Cela contribue à faire progresser les projets communs, et parfois même plus rapidement. » 

La volonté d’essayer de faire les choses différemment est un facteur de réussite. « C’est un processus de changement », a déclaré Mike Redpath, ajoutant que c’est une manière différente de faire des affaires à bien des égards. Il a mis l’accent sur l’importance d’une communication initiale et soutenue pour bâtir la confiance nécessaire à une collaboration forte.

« L’accord n’est qu’un bout de papier, ce sont les relations humaines et la collaboration qui font la véritable différence. »

Mike Redpath, Directeur des parcs régionaux du Grand Vancouver

Gabriel George appuie ces propos. « Il peut être si facile de ne pas changer les choses », a-t-il déclaré, mais il est important de sortir des zones de confort et de faire les choses différemment. « Vous ne pouvez pas tout résoudre, mais vous pouvez réfléchir à l’héritage que vous souhaitez laisser. »

« Je pense que, pour les Nations Autochtones, les parcs peuvent être des lieux importants à occuper et à se réapproprier », a-t-il déclaré, ajoutant qu’ils ont connu de grands succès dans certaines de leurs initiatives liées aux parcs « C’est notre maison. C’est comme l’extension de notre communauté. »

Recommandations 

  • Veiller à instaurer des points de communication réguliers, notamment par le biais d’ententes spécifiques pour chaque projet, afin de garantir une répartition claire des rôles et responsabilités.
  • Envisager la création de comités formels composés de membres des deux parties pour favoriser une co-gouvernance.
  • Prendre le temps nécessaire pour établir une communication solide et bâtir la confiance entre les partenaires afin d’assurer un succès durable.