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Ami•es des parcs publie le deuxième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, mettant en avant les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs.

Alors que nous ébauchions les histoires que nous voulions partager sur la biodiversité, l’aménagement créatif de parcs, l’engagement communautaire et l’itinérance, notre monde changeait. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que loin d’avoir perdu leur pertinence, les sujets traités avaient gagné en urgence.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 27 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.

Etudes de cas

Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant la crise de la COVID‑19.

Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens.

Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés

Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure.

Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs.

Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation.

Webinaire de lancement : Visionnez l’enregistrement

Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Ami•es des parcs publie le troisième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Favoriser l’équité et la résilience : Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.

Partout au Canada, la fréquentation des parcs a fortement augmenté pendant la pandémie, alors que la population se tournait massivement vers les espaces extérieurs pour pouvoir se rassembler en toute sécurité, se connecter à la nature et rester active. Les parcs ont ainsi pris une place encore plus importante dans le quotidien des Canadien·nes, mais les Villes ont dû composer avec de nouvelles pressions liées à la hausse de la fréquentation et aux exigences de santé publique.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 32 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.

Indicateurs clés

Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :

  1. Les parcs ont vu bondir leur fréquentation et ont démontré leur forte valeur ajoutée
  2. Les nouveaux défis ont engendré des façons originales d’utiliser les parcs
  3. Les parcs ont été reconnus comme des infrastructures de santé publique essentielles
  4. La pandémie a souligné les inégalités existantes.
  5. Lutter contre les changements climatiques via les parcs est une priorité grandissante
  6. Un rapport de cette ampleur repose sur un travail d’équipe

Etudes de cas

Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.

Comment les villes cherchent à s’adapter aux changements climatiques et à en atténuer les effets grâce à leurs parcs

Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.

Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs.

Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.

Comment les municipalités canadiennes peuvent-elles miser sur le soutien philanthropique pour leurs parcs et résoudre certaines des difficultés qui y sont liées?

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Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Une occasion unique pour les services des parcs de jouer un rôle positif dans la question de l’itinérance

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Points clés :

  • On reconnaît de plus en plus les parcs comme des infrastructures essentielles pour répondre à nos besoins fondamentaux, que ce soit pour manger, nous détendre et cultiver des liens sociaux. Toutefois, les attentes sociales concernant « les manières acceptables » d’utiliser les parcs engendrent des inégalités dans la façon de profiter de ces activités.
  • Dans tout le pays, de nouveaux programmes associatifs tentent de favoriser le bien-être des gens de manière holistique en répondant simultanément à leurs besoins matériels et sociaux.
  • Les modèles basés sur la solidarité offrent une alternative aux approches habituelles en matière de conception des parcs et d’application des règlements dans ceux-ci; des approches qui ont tendance à exclure les personnes marginalisées.

Comme nous l’avons écrit dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2021, beaucoup de gens ont transféré à l’extérieur, notamment dans les parcs, des activités qu’ils faisaient généralement « à l’intérieur » en raison de la fermeture des espaces intérieurs, comme les restaurants, les bibliothèques et les salles de sport, pendant la pandémie. Manger, aller aux toilettes et rencontrer des amis ne sont que quelques exemples des besoins quotidiens fondamentaux que les gens ont de plus en plus cherché à combler dans les parcs durant la pandémie.

Ces changements d’habitudes ont entraîné un changement de perception sur la raison d’être des parcs. Comme le dit Sara Udow, urbaniste et directrice de la société de mobilisation citoyenne PROCESS : « les gens utilisent les parcs pour combler leurs besoins fondamentaux, et pas seulement pour les loisirs. » D’après notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes canadiennes, 93 % d’entre elles ont convenu que permettre aux gens de répondre à leurs besoins élémentaires est un avantage important des parcs.

Pourtant, des idées étroites sur « les manières acceptables » d’utiliser les parcs, émanant de la stigmatisation et des inégalités basées notamment sur la race, la classe sociale et les capacités individuelles, empêchent certaines personnes de profiter des avantages des parcs pour répondre à leurs besoins quotidiens. Souvent, les personnes qui dépendent le plus des parcs – comme celles confrontées à la précarité du logement et à d’autres formes de marginalisation – sont celles dont on néglige, voire ignore, le plus les besoins.
Par exemple, alors que beaucoup utilisent les parcs comme lieux de repos et de détente, les personnes sans logement, quant à elles, font souvent face à la répression et aux ordres d’évacuation quand elles souhaitent profiter de ce repos pendant la nuit. Et malgré l’intérêt grandissant d’intégrer une optique de santé publique dans la planification des parcs, des caractéristiques de conception hostiles, comme l’utilisation d’éclairages bleus dans les toilettes, qui vont à l’encontre des conseils de santé publique*, contribuent à exclure des parcs les personnes qui consomment des substances.

Cependant, les Villes et leurs populations commencent à reconnaître et à corriger ces inégalités par le biais de programmes qui priorisent le bien-être des personnes les plus souvent exclues. En remettant en question les doctrines en matière de prestation de services, d’application des règlements et de conception environnementale, ces initiatives montrent la voie à suivre pour créer des parcs prenant soin de toutes et tous.

The Gallery, Edmonton. Crédit : Amos Kajner-Nonnekes avec VIGNETTESTM

Dépasser la réponse aux simples besoins matériels

Bien que répondre aux besoins élémentaires des gens en mettant à leur disposition des équipements, comme des toilettes, soit incontournable, l’unique focalisation sur les besoins peut parfois masquer ce que les personnes marginalisées peuvent offrir à la société, explique Azkaa Rahman, analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.

« On passe à côté de beaucoup de choses quand on se concentre uniquement sur l’analyse et la gestion des besoins au lieu de tenir compte des talents, des qualités, des ressources et des forces que les gens peuvent offrir, partager et échanger ».

Azkaa Rahman, Analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.

Azkaa travaille pour RECOVER Urban Wellbeing*, une initiative lancée par la Ville pour favoriser le bien-être de la population, en particulier des personnes sans logement ou marginalisées à Edmonton. Le travail de RECOVER s’appuie sur une recherche socio-ethnographique menée auprès de 59 résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue, qui a permis de déterminer les éléments qu’ils considèrent comme étant essentiels à leur bien-être. 

Cette recherche* a révélé que les besoins sociaux et psychologiques des participants (respect, famille, liens sociaux, et raison d’être) contribuaient davantage à leur idée de bien-être que leurs besoins matériels. Par conséquent, le groupe de travail sur le bien-être a donc porté son attention sur les relations : que ce soit d’établir de bonnes relations avec autrui, la terre, soi-même, la culture, le projet humain ou le sacré.

Chaque année, RECOVER lance et évalue une série de « prototypes sociaux » pour tester différentes approches visant à améliorer le bien-être des gens. Beaucoup de ces tests se déroulent dans des parcs et espaces en plein air. 

Les projets de 2021 comprennent The Gallery*, un projet d’art public qui a mis en lumière le travail d’artistes Autochtones ayant été un temps sans logement, et dont l’objectif explicite est de créer des liens entre les chefs d’entreprise et les résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue. 
Un autre exemple est Soloss*, un prototype qui a mobilisé les résidentes et résidents et les a formés comme « personnel accompagnant » pour aider leurs concitoyens à surmonter un deuil. Pour établir la description de ce rôle, l’équipe du projet a organisé des événements éphémères* au Churchill Square et au Camp Pekiwewin*, un campement Autochtone, afin de recueillir l’avis du public. Grâce au programme qui en a découlé, les accompagnants ont aidé leurs pairs à gérer leur deuil par le biais de l’art, de la musique, d’exercices de respiration, de la danse ou des contes, et ont ainsi comblé une lacune* créée par le fait que « les services professionnels ne peuvent se substituer au soutien et à la solidarité humaine. »

Julia Tran (à gauche) aide un·e employé·e de Grocery Run à transporter une livraison de légumes de City Farms. Crédit : Ville d’Edmonton

À travers le Canada, 48 % des Villes ont déclaré avoir lancé au moins un programme visant à fournir des services sociaux dans les parcs. De nouveaux programmes ont vu le jour dans les parcs pour répondre aux besoins fondamentaux, comme la sécurité alimentaire, les soins de santé et le matériel de survie, tout en mettant les gens au premier plan :

  • À Montréal, l’arrondissement Saint-Léonard met actuellement en place trois cuisines communautaires dans des parcs qui seront exploitées par un organisme venant en aide aux aînés du quartier et qui servira des repas aux résidents.
  • À Vancouver, la fourgonnette de camping Disco Distro* est une boutique sociale ambulante qui offre gratuitement vêtements, articles de toilette, matériel pour passer la nuit dehors et autres articles essentiels aux personnes vivant dans le quartier Downtown Eastside.
  • À Toronto, le centre Anishnawbe Health dirige une unité d’assistance mobile* qui offre des soins adaptés aux personnes Autochtones et à celles vivant dans des campements, comme des tests de dépistage et des vaccins contre la COVID-19.
  • À Surrey, le camion de restauration Beyond Our Walls apporte des repas chauds ainsi que des services dans divers endroits de la ville pour soutenir les personnes sans logement.
  • À Halifax, le campement de People’s Park* a mis en place une initiative gérée par des bénévoles permettant aux personnes souhaitant préparer un repas pour leurs voisins sans logement de s’inscrire sur une liste dédiée à cet effet.

À Edmonton, la nouvelle City Farm* qui a vu le jour en 2020, est un jardin potager de 5 hectares géré par la Ville qui distribue ses récoltes à des groupes associatifs.

Améliorer la sécurité par la solidarité

Face aux préoccupations croissantes concernant le rôle de la police et l’application des règlements dans les parcs, les modèles basés sur la solidarité peuvent offrir une autre forme de sécurité de proximité. 

À Vancouver, le Sweetgrass Clan* dirige une patrouille de sécurité assurée par des personnes Autochtones dans le quartier Downtown Eastside. S’inspirant de la patrouille Bear Clan* de Winnipeg, le groupe entend assurer une présence positive dans les lieux publics du quartier, en proposant des mesures pour désamorcer et résoudre les conflits en se basant sur les enseignements traditionnels Autochtones.

Selon Robbie Epp, le fondateur du groupe, ce modèle présente une alternative aux mesures de maintien de l’ordre en « éliminant de la situation la violence et le stress que beaucoup de gens ressentent dans la rue ». 

« Un élément important dans nos enseignements est que la meilleure façon de prendre soin de nos enfants est de faire preuve de patience et de respect, d’avoir recours au dialogue et de montrer l’exemple », explique-t-il. « Je savais donc qu’une autre approche était possible. »

Outre ses interventions en cas de crise, le Sweetgrass Clan organise des activités pour réunir les gens du quartier, comme un barbecue dans le parc Strathcona organisé en partenariat avec le groupe East Van Skate Crows*. Robbie Epp explique que ce type d’événements peut contribuer à une plus grande prise de conscience et compréhension au sein de la population. Et d’ajouter que « le plus difficile [dans son travail] est de communiquer avec les résidents » pour les aider à comprendre la réalité des Autochtones qui vivent dans la rue.

Dans le même temps, les espaces verts peuvent constituer des lieux de guérison pour les personnes vulnérables, explique-t-il. « C’est lorsque l’on se rassemble dans un parc que les gens se sentent le plus à l’aise », dit-il. « Ils s’assoient simplement dans l’herbe, pieds nus et remuant les orteils et ont l’air détendu… et c’est de ça dont nous avons besoin. » 

D’autres Villes commencent également à tester des patrouilles civiles dans l’espace public. À Montréal, un projet pilote lancé dans l’arrondissement Ville-Marie a recruté une équipe mobile de huit intervenants psychosociaux pour mettre en œuvre des activités de médiation et pour désamorcer et résoudre des conflits dans les lieux publics. 

Selon Alexandra Flynn, professeure à UBC, il est important, lors de la mise en œuvre de ce type de programmes, d’informer le public, y compris les personnes des campements, du rôle précis de ces intervenants. 
Dans un rapport sur les campements à Toronto publié récemment*, elle a constaté que, sur le site web de la Ville, les ambassadeurs des parcs sont décrits comme étant « des messagers ou des représentants autorisés… de bonne volonté ». Dans les faits, ce personnel est formé pour travailler en étroite collaboration avec les autorités policières pour surveiller et signaler les problèmes liés aux campements. « Si c’est le rôle de ces effectifs, alors les municipalités doivent expliquer cet objectif plus clairement », déclare-t-elle.

Le gazebo de Dartmouth Commons, à Halifax, permet de se rassembler et de s’abriter des intempéries. Crédit : Adri Stark

Intégrer la solidarité dans la conception

Dans le cadre d’un projet de recherche récent entrepris par les Amis des parcs en partenariat avec des étudiantes et étudiants de School of Cities de l’Université de Toronto, nous avons constaté que concevoir des parcs favorisant le bien-être et l’inclusion des personnes sans logement nécessite de « désapprendre » les méthodes de conception traditionnelles.

Par exemple, des personnes qui ont été un temps sans logement nous ont dit que l’idée des « Yeux sur la rue », rendue célèbre par l’urbaniste Jane Jacobs, est problématique pour les personnes dont la vie privée est à la vue de tous dans les parcs. Également connue sous le nom de « surveillance naturelle », la création d’un champ de vision clair visant à minimiser l’intimité dans les parcs est souvent considérée comme un modèle à suivre dans le domaine de l’urbanisme, et ce, dans une optique de Prévention du crime par l’aménagement du milieu (PCAM) – une stratégie que 76 % des Villes interrogées ont déclaré utiliser.

Mais pour les personnes qui n’ont pas accès à un espace privé comme un logement, avoir une protection visuelle, notamment avec des buissons ou des arbustes, est essentiel. « Être constamment à la vue du public… est tellement humiliant, de même qu’être constamment ignoré, mais aussi constamment surveillé », dit Diana Chan McNally, coordonnatrice de la formation et de la mobilisation au Toronto Drop-In Network. 

Pour Daniela Mergarten, une activiste ayant une expérience vécue, les gens ont besoin d’intimité afin d’avoir « une certaine autonomie ». Les experts en justice raciale remettent également en question les stratégies de conception favorisant la surveillance. Comme l’a écrit Amina Yasin*, la PCAM « a criminalisé dans le passé les personnes Noires, Autochtones et pauvres dans l’espace public ».

Au lieu d’avoir recours à des méthodes de conception basées sur la méfiance et qui encouragent la surveillance entre voisins ou tentent de contrôler les comportements, les personnes que nous avons interrogées nous ont dit que la conception des parcs devrait plutôt être axée sur la confiance, la solidarité et la dignité.

Cela inclut notamment d’adopter une approche de réduction des risques pour favoriser le bien-être des personnes qui consomment des substances. Hannah Leyland, une architecte travaillant à Vancouver et spécialisée dans la conception d’espaces dédiés à la consommation de drogues*, a déclaré que des aménagements spécifiques, comme des conteneurs pour objets tranchants et des toilettes publiques plus sûres*, peuvent non seulement sauver des vies, mais aussi contribuer à déstigmatiser la dépendance. La présence de ces éléments dans les parcs « véhicule le message selon lequel le quartier se préoccupe des personnes qui consomment des substances », explique Hannah Leyland.

Ces aménagements permettent également aux gens de passer du temps dans les parcs, seuls ou à plusieurs. Les personnes sans logement nous ont dit que l’absence d’aménagements, comme des bancs confortables, des kiosques de jardin couverts et des aires de pique-nique, entravait leur capacité à satisfaire leurs besoins fondamentaux, comme se reposer et socialiser dignement. La chercheuse Cara Chellew, spécialiste de l’espace public, qualifie cette absence d’« aménagements fantômes ». Selon elle, ces éléments sont intentionnellement laissés de côté dans la conception des parcs, en raison de leur capacité à susciter des « comportements indésirables », comme de « flâner sur la voie publique ».
Comme l’écrivent les auteurs de Care and the City*, « se préoccuper profondément des autres … [est] une compétence que l’on acquière peut-être le mieux dans les lieux publics et accessibles qui nous donnent la possibilité de recevoir, d’offrir et de partager de l’empathie ». En adoptant ces éléments de manière plus intentionnelle dans les parcs et les programmes, il est possible de concrétiser le potentiel des parcs en tant que lieux de solidarité pour toutes et tous.

Ami•es des parcs publie le quatrième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Entretenir les relations et la réciprocité : Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.

Le rapport de cette année s’éloigne peu à peu des répercussions de la pandémie pour explorer comment les apprentissages des deux dernières années peuvent ouvrir la voie à des approches plus équitables et plus créatives en matière de planification, d’aménagement et d’animation des parcs.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 30 municipalités et de plus de 3 000 résident·es de villes canadiennes.

Indicateurs clés

Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :

  1. La popularité des parcs – Les Villes canadiennes ont encore vu augmenter le temps passé par leurs populations dans les parcs
  2. Redonner à la nature – Il n’est pas surprenant que les gens aient continué à être attirés par la nature en ville afin de se détendre pendant la pandémie
  3. Souligner le leadership Autochtone – La décolonisation, la représentation Autochtone et le leadership des peuples Autochtones dans les parcs urbains est une priorité de plus en plus importante pour les Villes du Canada, qui mènent certaines initiatives dans ce sens
  4. Rémunérer la participation – Même avant la pandémie, les budgets dédiés aux parcs étaient continuellement mis à rude épreuve. En effet, si vous avez lu les trois derniers Rapports sur les parcs urbains du Canada, vous aurez peut-être l’impression que nous commençons à nous répéter.
  5. Maximiser la mobilisation – La pandémie a transformé la manière de mobiliser le public à propos des parcs, bouleversant les traditionnelles méthodes de réunion en personne, comme les assemblées publiques, et mettant les Villes au défi de réimaginer la mobilisation publique
  6. Repenser les approches liées à l’itinérance – La question de l’itinérance, de plus en plus complexe et visible dans les parcs, se trouve au premier plan des préoccupations tant des municipalités que des citadines et citadins

Etudes de cas

Comment des chef·fes de file à travers le pays utilisent diverses méthodes pour encourager les gens à se rapprocher de la nature en allant à leur rencontre.

Comment dépasser les simples consultations ponctuelles en investissant dans l’établissement de relations de confiance à long terme peut permettre de renouer le dialogue, de redistribuer le pouvoir et de réimaginer les parcs

Comment renforcer notre sentiment de connexion avec la nature grâce à la prise de conscience, la réciprocité et la gratitude – et pourquoi est-ce important.

À la découverte des efforts menés par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs et honorer les histoires des peuples Autochtones des terres sur lesquelles ces villes sont construites.

Comment la concertation publique sur les parcs peut favoriser l’établissement de relations durables une fois le processus de consultation terminé.

Comment les approches de financement collaboratif et les investissements des différents niveaux de gouvernement permettent d’envisager de nouvelles façons de subventionner les parcs.

Les répercussions de la pandémie sur les budgets des parcs et l’importance des investissements fondés sur l’équité.

Une occasion unique pour les services des parcs de jouer un rôle positif dans la question de l’itinérance

Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.

Webinaire de lancement : Visionnez l’enregistrement

Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Le personnel des parcs municipaux gère des actifs publics parmi les plus essentiels et pourtant sous-estimés : les parcs urbains et espaces verts. Bien plus que de simples terrains gazonnés, ces lieux sont de véritables lieux de sociabilisation pour les citadin·es, qui offrent une infrastructure environnementale cruciale et des ressources essentielles en matière de santé publique.

Le Rapport sur les parcs urbains du Canada (RPUC) fournit des données et des témoignages démontrant l’importance des parcs au personnel des parcs municipaux, aux groupes citoyens, aux associations à but non lucratif et au grand public. Publié annuellement entre 2019 et 2024, le rapport a mis en lumière les tendances, les défis et les occasions qui façonnent la planification, la gestion et l’expérience des espaces verts publics. Au cours de cette période, 46 municipalités y ont participé, représentant collectivement 48 % de la population canadienne.

Ce rapport synthèse rassemble les principaux constats des RPUC au cours de ces années charnières. Il propose un index thématique et soigneusement structuré des données et des récits recueillis au fil des années, accompagné d’analyses sur les tendances observées.

Indicateurs clés

1 – Enjeu de santé : Les parcs sont un investissement dans la santé publique

L’une des tendances les plus fréquentes issues des données de nos rapports concerne la fréquentation grandissante des parcs urbains et leur reconnaissance en tant que lieux publics essentiels. Cette évolution a été largement accélérée par la pandémie de COVID-19. Ce que l’on considérait précédemment comme de simples aménagements publics sont désormais perçus comme des lieux indispensables à la santé mentale et physique ainsi qu’au bien-être des citadin·es.

2 – Manque de financement : Ressources et capacités limitées

Malgré les données indiquant une fréquentation et une appréciation accrues du public pour les parcs, les municipalités déclarent faire face à des contraintes en termes de budget et de personnel. Ceci limite leur capacité à entretenir et à améliorer leur réseau de parcs.

3 – Fonction écologique : Adaptation climatique et biodiversité

Les parcs urbains assument des fonctions écologiques, notamment en matière d’adaptation climatique et de soutien à la biodiversité en milieu urbain. En raison de l’intensification des effets des changements climatiques, ces fonctions font l’objet d’une attention grandissante.

4 – Équité et accès : S’attaquer aux obstacles systémiques

À partir de 2021, les municipalités participantes ont fait état d’initiatives visant à promouvoir l’équité, l’inclusion et la réconciliation dans leurs activités de planification et de gestion des parcs. Ceci reflète une prise de conscience sociétale plus large des obstacles systémiques à l’accès aux parcs et à leurs bienfaits.

5 – Évolution des pratiques : Mobilisation du public et opérations plus complexes

La gestion des parcs comprend désormais des dimensions sociales complexes qui dépassent leur simple entretien traditionnel. Ceci implique de mettre en place des stratégies de mobilisation du public et de prendre en charge des problématiques urbaines liées à l’espace public.

Tous les rapports

Comment le secteur des parcs peut relever les défis complexes actuels grâce à la collaboration et aux partenariats.

Comment la résolution de conflits et la transformation de défis en possibilités peut rendre les parcs plus équitables et plus durables. 

Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.

Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.

Explorez les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs urbains.

Comment dépasser les simples consultations ponctuelles en investissant dans l’établissement de relations de confiance à long terme peut permettre de renouer le dialogue, de redistribuer le pouvoir et de réimaginer les parcs

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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  • Au début de la pandémie, devant l’urgence de répondre aux besoins émergents, les municipalités ont souvent dû précipiter ou passer outre l’étape de concertation. Face à cette situation, les gens ont de plus en plus utilisé les parcs comme lieux de protestation pour faire entendre leur voix.
  • Pour y répondre, certaines Villes ont décidé de changer de trajectoire en considérant les groupes citoyens comme des collaborateurs et en développant avec eux des relations à long terme, plutôt que des relations ponctuelles le temps d’un projet. 
  • L’établissement de relations solides entre la municipalité et la population requiert de tenir compte du contexte spécifique de chaque quartier. À cet effet, les groupes citoyens mobilisés pour un parc peuvent fournir une perspective essentielle sur les besoins des gens de leur quartier, mais les Villes doivent néanmoins allouer les ressources et le temps nécessaire à leurs effectifs pour créer des liens significatifs avec ceux-ci.

Alors que des activistes font pression pour faire changer les choses dans des domaines comme le maintien de l’ordre, la question de l’itinérance et la justice raciale, ces deux dernières années ont mis en lumière une dégradation des relations, une méfiance et une frustration au sein de la population. Mais ces efforts ont également montré que les gens souhaitent faire entendre leur voix.

« La population et les groupes de pression sont devenus beaucoup plus attentifs aux choix que fait la Ville », explique Alexandra Flynn, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique et experte en gouvernance municipale. D’après elle, les parcs sont devenus d’importants lieux de protestation et d’opposition, et les gens ont désormais « des attentes très élevées vis-à-vis des municipalités et de leur capacité à y répondre ».

Toutefois, dans le même temps, la pandémie a aussi bouleversé le processus de concertation au sujet des parcs. Lorsque le virus a fait son apparition, les consultations publiques en personne sont devenues impossibles, forçant les Villes à se tourner vers Internet. À cet égard, 81 % d’entre elles ont déclaré utiliser davantage les méthodes de concertation en ligne.

Mais les répercussions sur la concertation publique au sujet des parcs vont bien plus loin que la simple transition d’un modèle en personne à un modèle en ligne. 

Au début de la pandémie, les Villes se sont empressées de lancer des projets pilotes, en transformant par exemple des rues en terrasses publiques et en assouplissant les règlements municipaux sur la consommation d’alcool. Dans l’urgence de répondre aux besoins immédiats, les Villes ont souvent précipité ou court-circuité l’étape de concertation publique. Si l’on regarde ce qu’il se passe cette année : 92 % des Villes interrogées ont déclaré avoir prolongé ou pérennisé au moins un programme pilote lancé dans un parc suite à la pandémie.

Alexandra Flynn, qui a étudié la gouvernance municipale pendant la pandémie, appelle ce changement de méthode de concertation une « gouvernance éphémère* ».

« Il est facile de défendre la gouvernance éphémère lorsque l’on aime vraiment les résultats », explique-t-elle en rappelant que ces programmes d’extension de l’espace public sont populaires chez les urbanistes. Mais ce processus est intrinsèquement antidémocratique, ajoute-t-elle, car les Villes « ont, d’une certaine manière, tiré parti de la pandémie pour ne pas concerter le public ».

Pour Alexandra Flynn, ceci soulève certaines questions : « Pourquoi a-t-on dû contourner le processus de concertation pour ces projets? Cela révèle-t-il des problèmes plus importants dans les processus existants? » Selon elle, « même en dehors de la pandémie, les modèles de gouvernance, dans la plupart des juridictions, ne sont vraiment pas en mesure de répondre adéquatement à la demande de concertation des personnes qui souhaitent prendre part » aux décisions entourant les parcs.

En effet, les résultats de notre sondage ont révélé que seuls 22 % des personnes vivant en ville avaient le sentiment d’avoir la capacité d’influencer les décisions liées à leurs parcs, soit une baisse par rapport aux 34 % du rapport de l’an dernier.

À l’heure où les Villes passent peu à peu de la riposte immédiate à la pandémie à une planification à plus long terme, elles peuvent saisir l’occasion de repenser la concertation publique en offrant aux gens un plus grand pouvoir de décision sur les questions relatives aux parcs qui les touchent le plus, explique Koa Thornhill, responsable des programmes aux Amis des parcs, qui a travaillé en étroite collaboration avec des groupes en quête d’équité.

Selon elle, les mouvements de revendication populaires qui ont émergé pendant la pandémie « nous amènent à ce beau moment de réflexion pour déterminer la manière de décentraliser une partie du pouvoir exercé par les espaces [institutionnels] ».

Knowsy Fest, Edmonton. Crédit photo : Daniel Chamberlain, New Tab Productions pour InWithForward

Prendre le temps maintenant pour accélérer les choses plus tard

Pour établir des relations durables avec la population, répartir le pouvoir implique d’aller plus loin qu’une simple consultation ponctuelle au sujet d’un projet. Pour cela, il faut reconnaître et valoriser le fait que les résidentes et résidents connaissent leurs besoins mieux que quiconque. 

Selon Zahra Ebrahim, cofondatrice de Monumental et présidente du conseil d’administration des Amis des parcs, allouer le temps et les ressources nécessaires pour créer des liens significatifs avec le public dès le départ est absolument crucial, car « lorsque le temps viendra de mener un processus de concertation très pointu… vous pourrez alors tirer parti de ces relations solides. » Et d’ajouter : « il s’agit d’une réorientation dans la manière de collaborer et d’établir des partenariats, c’est-à-dire de prendre le temps maintenant pour accélérer les choses plus tard ».

À cet égard, la Ville d’Edmonton a décidé de mettre cette approche en pratique. Dans le cadre de son initiative RECOVER Urban Wellness, elle a mis en place des « prototypes sociaux » en vue de créer des modèles de concertation adaptés aux groupes en quête d’équité. L’un des prototypes de 2021, appelé Auricle* pose cette question : « comment une Ville peut-elle mobiliser les gens de manière plus humble et authentique en écoutant et en comprenant activement leur point de vue sur la question du bien-être? » 

Pour ce projet, la Ville a recruté dans le quartier d’Alberta Avenue une équipe de 10 personnes appelées Local Listeners pour sonder l’opinion publique au moyen de la narration. L’équipe a ainsi pu recueillir plus de 150 témoignages, communiqués par la suite lors d’un événement appelé Knowsy Fest. Ce festival célébrant le partage de connaissances au sein du quartier a invité le public à interpréter ces témoignages et à faire part de ses idées sur la manière dont la Ville pourrait utiliser ces connaissances.

Comme le dit Azkaa Rahman, analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton et membre de l’équipe de RECOVER, ce type de concertation publique « nécessite un changement de trajectoire et d’accepter que les relations se développent à mesure que la confiance grandit ». 

« Consacrer du temps et des ressources pour établir des relations peut être difficile lorsque l’on dépend de l’argent des contribuables », déclare Azkaa Rahman. « Les retombées étant difficiles à voir dans l’immédiat, il peut être difficile de justifier l’utilité d’écouter et d’établir des relations. » Mais selon Azkaa, cette approche est essentielle pour changer la donne.

Événement organisé par les Jeunes Leaders d’East York à Toronto, 2021. Crédit photo : Stephanie Stanov

Adopter une approche sur mesure

Lorsque l’on cherche à établir des relations, il est important d’être attentif à la dynamique du quartier, explique Alexandra Flynn. Il peut être relativement simple d’établir un contact avec les quartiers qui ont reçu de bons services de la part du gouvernement dans le passé, mais « dans beaucoup de quartiers, les gens ne ressentent pas le même niveau de confiance », ajoute-t-elle. 

Pour comprendre les priorités uniques qui existent dans chaque quartier, Zahra Ebrahim et ses collègues suggèrent que les Villes entreprennent périodiquement une « étude d’impact sur l’équité » par quartier. 

Cela demanderait la cocréation de profils des quartiers en s’appuyant sur les données démographiques afin de déterminer comment adapter leurs méthodes de concertation en fonction des besoins des résidents. Elles pourraient par exemple proposer des services de garde d’enfants dans les quartiers présentant un pourcentage élevé de familles monoparentales ou traduire les documents dans les langues les plus parlées. 

À Brampton, la plateforme Nurturing Neighbourhoods* fournit un modèle utile pour établir des relations avec le public et créer un climat de confiance. Ce programme est né de l’engagement pris par la Ville dans le cadre de sa stratégie Vision 2040 Brampton*. Son but est de mener des audits de quartier afin de déterminer les priorités en matière d’améliorations continues et progressives dans les quartiers, en collaboration avec la population. 

En 2021, le programme Nurturing Neighbourhoods a proposé des promenades guidées en ligne* dans chacun des quartiers de la ville. Les visites mettaient en vedette des parcs, entreprises et espaces publics de la ville, et mettaient l’accent sur les façons dont les résidentes et résidents pouvaient prendre part à la vie dans leur quartier. Les visites ont été complétées par des sondages en ligne spécifiques aux quartiers, ainsi que des outils de cartographie interactifs invitant le public à identifier des endroits à propos desquels il a des préoccupations ou des idées d’amélioration. La Ville utilisera ces idées pour créer un plan d’action à long terme pour chaque quartier.

À Kelowna, la Ville cherche également à adopter une approche favorisant la concertation publique dans chaque quartier. Elle fait ainsi équipe avec des associations de quartier pour « décentraliser les programmes proposés dans les parcs [et] mettre en place des aménagements et des programmes qui reflètent mieux les besoins des résidentes et résidents », déclare un membre du personnel municipal. 

Koa Thornhill souligne l’importance pour les Villes de s’engager à « créer des liens étroits avec les organisations locales », et rappelle la possibilité d’entrer en contact avec la population par le biais des effectifs travaillant déjà sur le terrain.

Le personnel d’entretien des parcs, par exemple, pourrait percevoir son rôle comme étant à la fois d’entretenir les pelouses, mais aussi les relations humaines. À ce propos, Koa Thornhill recommande de fournir au personnel des parcs travaillant sur le terrain une « formation pour cultiver et gérer les relations humaines ». Selon elle, ceci pourrait remonter le moral des troupes en « leur permettant de voir que les gens sont vraiment reconnaissants et soucieux du travail qu’ils font ».

Événement de jardinage organisé par Free the Fern à Vancouver, 2021. Crédit photo : Free the Fern

Ce dont les groupes citoyens ont besoin

Sur la thématique du renforcement des relations avec la population, les résultats de notre sondage national mené auprès de 150 groupes citoyens mobilisés pour un parc donnent un aperçu des mesures que peuvent prendre les municipalités.

63 % des Villes ont déclaré avoir des liens solides avec les groupes citoyens mobilisés pour un parc, mais lorsque nous avons posé la même question à ces derniers, seuls 44 % ont déclaré la même chose vis-à-vis de leur municipalité. Ce chiffre était encore plus bas, soit 38 %, parmi les groupes s’identifiant comme des groupes en quête d’équité. Cette divergence montre que les relations avec la société civile ne sont peut-être pas aussi solides que le personnel municipal le perçoit.

Heureusement, 83 % de ces groupes ont dit être prêts à approfondir cette relation avec leur municipalité. Lorsqu’on leur a demandé ce que les Villes pouvaient faire pour soutenir leur travail, voici les thématiques qui ont émergé :

  • Clarifier les services et le processus de demande des Villes. Comme l’a dit l’un des groupes, « nous ne savons pas ce que la municipalité PEUT faire pour nous, donc nous ne savons pas ce que nous pouvons demander ». De même, les groupes aimeraient que le processus soit plus clair pour les requêtes simples, comme pour demander un nouveau banc ou une nouvelle poubelle.
  • Structurer et rationaliser la communication par le biais d’une personne désignée par la Ville pour assurer la liaison avec le public et organiser des prises de contact régulières avec les groupes locaux. Fournir des accords de partenariat clairs et faire preuve de transparence sur les processus internes et les délais afin de gérer les attentes et instaurer un climat de confiance.
  • Formaliser la réciprocité dans les mandats du personnel et les politiques municipales. Un groupe a fait part de son mécontement et dit avoir l’impression que la Ville « déléguait l’entretien des espaces verts aux résidents » sans que ceux-ci en retirent un quelconque avantage ». Un autre groupe a fait remarquer que, même s’il reçoit le soutien du personnel municipal, « on a toujours l’impression qu’ils font quelque chose qui va au-delà de leur travail ». Ces groupes ont également suggéré que « ce serait fantastique s’il existait des mesures plus officielles sur les programmes dans les parcs, ainsi que des mandats favorisant le soutien mutuel entre les groupes et le personnel municipal ».
  • Partager l’expertise du personnel municipal, comme celle des responsables de la planification environnementale, des biologistes spécialisés en conservation, des spécialistes de la concertation publique et du personnel chargé de la communication, afin de compléter l’expertise des résidentes et résidents.
  • Renforcer et élargir les activités mises en œuvre par le public en promouvant le travail des groupes citoyens via les moyens de communication de la Ville, et en soutenant l’apprentissage mutuel grâce à des plateformes réunissant les acteurs locaux. Partager les ressources, y compris des subventions avec moins de conditions, qui permettent aux groupes de déterminer comment avoir le plus de retombées dans leur parc.
  • Laisser les groupes Autochtones prendre les choses en main Dans notre sondage, un groupe Autochtone nous a dit que l’objectif visé dans leur relation avec la municipalité était d’obtenir la souveraineté. En étant conscientes du droit des peuples Autochtones à s’autogouverner, les Villes pourraient s’efforcer d’abolir les obstacles bureaucratiques, comme l’obligation d’obtenir un permis pour organiser un feu sacré ou une cérémonie culturelle. 

Toutefois, ce que les groupes recherchent par-dessus tout, c’est d’être perçus comme des partenaires utiles travaillant à un objectif commun : de faire en sorte que les parcs servent au mieux la population. Comme nous l’a dit un groupe, « il faut que les municipalités nous fassent confiance. Les personnes qui s’occupent de ces espaces sont souvent les mieux placées pour savoir ce dont elles ont besoin, car elles sont là tous les jours. »

À cet égard, Alexandra Flynn a bon espoir que les choses iront dans cette direction, car selon elle : « les municipalités sont dotées de beaucoup de gens qui se soucient profondément et passionnément de ces questions. » Lorsque la population et les Villes s’engagent à mieux travailler ensemble, les parcs s’en trouvent doublement gagnants.

Comment la concertation publique sur les parcs peut favoriser l’établissement de relations durables une fois le processus de consultation terminé

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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  • Les groupes en quête d’équité sont confrontés de façon disproportionnée à des obstacles pour participer aux processus de concertation sur les parcs. 48 % des personnes ayant répondu à notre sondage et s’identifiant comme des personnes racialisées ont déclaré ne pas savoir comment s’investir dans les processus de planification des parcs, contre 36 % des personnes s’identifiant comme des personnes blanches.
  • Pour mettre en œuvre des stratégies de concertation équitable, il est nécessaire de planifier une phase de préconcertation afin d’établir un dialogue, de faciliter des discussions en petits groupes et de confier aux résidentes et résidents la responsabilité de concevoir eux-mêmes les activités de concertation.
  • Les Villes cherchent de plus en plus à offrir des mesures de concertation fondées sur l’équité, mais il se peut qu’elles doivent adapter leurs politiques et protocoles afin de supprimer leurs obstacles internes.

Café du bien-être de Thorncliffe, célébration de l’Aïd à Toronto

La pandémie a bouleversé la manière dont les Villes concertent le public à propos des parcs. Dans notre sondage, 92 % des Villes ont déclaré que la pandémie avait changé leur façon de mobiliser la population, et 23 % ont déclaré que la concertation était devenue une plus grande priorité depuis le début de la pandémie.

Comme nous l’avons écrit dans un autre article de ce Rapport sur les parcs urbains du Canada, ce n’est pas seulement le format des concertations publiques qui a changé avec la transition d’une méthode en personne à une méthode en ligne. Les Villes attachent aussi une plus grande attention à l’établissement de relations avec des groupes souvent laissés de côté. À cet égard, 35 % d’entre elles ont indiqué qu’elles avaient cherché plus intentionnellement à dialoguer avec des groupes en quête d’équité.

« Les gens prennent de plus en plus conscience des inégalités systémiques, c’est pourquoi « si nous voulons favoriser l’équité dans nos parcs, nous devons communiquer avec les personnes les plus affectées ».

Personnel de la Ville de Guelph

Ce travail est nécessaire. Notre sondage public a montré que les groupes en quête d’équité étaient confrontés de façon disproportionnée à des obstacles pour participer aux processus de planification des parcs. Globalement, les trois principaux obstacles cités étaient : ne pas savoir comment participer (36 %), ne pas savoir si sa participation fera changer les choses (31 %), et ne pas avoir assez de temps pour participer (28 %). À cet égard, ces pourcentages étaient plus élevés pour les personnes s’identifiant comme des personnes Noires, Autochtones ou de couleur (PANDC), soit 48 %, 35 % et 36 %, respectivement.

Face à ces obstacles, les Villes et les groupes citoyens des quatre coins du pays s’efforcent de trouver des méthodes innovantes qui mettent l’équité au premier plan.

Répartir le pouvoir par le jeu

Selon Jennifer Chan, cofondatrice et présidente de l’organisation Department of Imaginary Affairs (DIA), il faut inciter le public à contribuer au processus de concertation. L’été dernier, son organisation a mené un projet intitulé A Tale of Two Parks* afin de mettre en lumière les expériences positives et négatives en matière de sécurité des gens dans les parcs. Dans le cadre de ce projet, six jeunes racialisés ont été recrutés pour mener une enquête d’opinion sociale auprès des personnes – en particulier les PANDC – visitant deux parcs de Toronto. 

Au cours des conversations qu’elle a menées avec les gens dans ces parcs, l’équipe de DIA a appris que ceux-ci avaient souvent de grandes idées de changement pour ces parcs. Toutefois, certains d’entre eux ont dit : « peu importe les idées que nous avons, de toute façon la Ville ne se soucie pas de nous », relate Jennifer Chan. « J’ai été frappée par cette affirmation qui m’a poussée à me demander comment nous pouvions mener une concertation publique valable lorsque les gens pensent que la Ville ne se soucie pas d’eux. »

En réponse, le DIA a conçu un jeu de planification participative intitulé « What if Parks Were Designed By Us?» [Et si nous concevions nous-mêmes nos parcs?] Le jeu permet aux participants de définir et de vivre en quelques minutes un processus de planification prenant généralement plusieurs mois. Il invite les participants à faire équipe pour créer leur propre processus de planification, renforcer leur capacité collective pour identifier les problèmes, établir des ambitions communes, et même s’entraîner à gérer les difficultés qui se présentent sur leur chemin. 

En transformant en jeu le processus de planification, le DIA souhaite réduire les obstacles qui existent dans le processus de planification et imaginer de nouvelles possibilités de concertation pour les parcs en s’éloignant des mécanismes traditionnels, comme les assemblées publiques dans lesquelles « l’ensemble du pouvoir est détenu par la Ville et non par le public », explique Jennifer Chan.

Tenir compte des personnes (qui ne sont pas) présentes autour de la table

Depuis 2020, la Ville de Toronto concerte la population dans le cadre de son plan directeur du parc de l’île de Toronto qui définira de nouvelles ambitions pour ce parc très prisé et accessible en quelques minutes du centre-ville en traversier. Il s’agit d’un projet emblématique qui comprend un grand nombre de parties prenantes, car l’île se doit de répondre aux besoins de toute la population torontoise.

Diagramme de processus pour le programme des Ambassadeurs jeunesse. Crédit : Ville de Toronto

Une priorité essentielle pour l’équipe responsable de la concertation publique sera donc d’intégrer des considérations sur l’équité dans tout le processus. D’après Daniel Fusca, directeur de la consultation au service Parks, Forestry and Recreation de la Ville : « On définit vraiment l’équité en identifiant les personnes présentes ou pas autour de la table ».

Le processus a commencé par une phase de préconcertation – une nouvelle approche adoptée par ce service de la Ville. Pour ce faire, la municipalité a invité des organisations citoyennes, des partenaires Autochtones et d’autres services de la Ville pour connaître leurs priorités et déterminer la manière dont ils souhaitaient y participer.

Daniel Fusca ajoute que cette phase de préconcertation « est contraire à l’instinct de la plupart des gens sur ce que constitue une concertation adaptée ». D’après les méthodes de concertation conventionnelles, on s’attend généralement à ce que la Ville « présente quelque chose au public pour qu’il donne son avis dessus, sinon c’est une perte de temps ».

Selon lui, « convaincre tout le monde que c’était une bonne idée a demandé un peu de travail ». « Cela pousse les gens à sortir un peu de leur zone de confort. »

Cette phase de préconcertation avec la Première Nation des Mississaugas of the Credit et d’autres partenaires Autochtones était particulièrement cruciale étant donné que les îles de Toronto constituent un lieu sacré de guérison et de cérémonie pour eux. Suite à ces conversations, la Ville a pris conscience de l’importance d’intégrer une cérémonie lors des événements de concertation publique et de revoir sa reconnaissance de territoire afin d’englober les cours d’eau ainsi que les terres. 

Elle a également appris que chaque partenaire Autochtone avait des préférences différentes en matière de collaboration. Certains titulaires de droits préféraient notamment participer à des réunions régulières avec la municipalité. Au cours de chaque phase, elle a aussi organisé des cercles de discussion dirigés par un animateur Autochtone auprès des groupes Autochtones vivant en milieu urbain, un aspect jugé important par ces groupes. 

En tant que responsable des projets stratégiques à la Ville de Toronto, Lori Ellis reconnaît que la phase de préconcertation a pris du temps et a nécessité d’adapter le cahier des charges défini initialement. « Toutefois, les avantages sont inestimables, car cela permet d’établir un climat de confiance et de faire preuve de transparence », explique-t-elle. Et d’ajouter que la Ville cherche désormais à intégrer cette phase de préconcertation dans ses prochains projets.

Ceci a aussi permis de créer les fondements d’une collaboration régulière avec différents groupes afin de les informer de la manière dont leurs commentaires ont été utilisés. L’équipe responsable du projet a cherché à ce que ces rencontres aient du sens, et les a ainsi adaptées en fonction des intérêts et opinions spécifiques de ces groupes, explique Daniel Fusca. « Nous avons capturé les éléments les plus significatifs pour eux dans nos présentations et essayé de tenir compte de tout ce qu’ils nous ont dit », relate-t-il.

Daniel Fusca ajoute que la Ville a aussi adopté une autre stratégie : celle de chercher en permanence à « identifier les intérêts clés non représentés et de veiller le plus possible à y remédier ». Par exemple, après avoir remarqué lors de la première phase de concertation que les jeunes et les groupes racialisés vivant à l’extérieur du centre-ville étaient sous-représentés, la municipalité a décidé de créer le programme Youth Ambassador

Ceci a permis de former une équipe de 10 jeunes âgés de 15 à 27 ans, parlant collectivement neuf langues différentes et vivant dans des quartiers situés en périphérie du centre-ville. Ils ont reçu une formation ainsi qu’un budget pour concevoir leur propre programme de sensibilisation publique. 

Aujourd’hui coordonnateur principal de la consultation publique à la Ville de Toronto, Pablo Muñoz a travaillé auparavant comme intervenant dans les services à la jeunesse. Il souligne le rôle important que jouent les jeunes en tant qu’agents de liaison auprès du public. « Pour beaucoup de familles immigrantes et réfugiées, les enfants et les jeunes constituent souvent leur lien avec le monde anglophone canadien. Ils jouent souvent le rôle de traducteurs et un rôle de premier plan à bien des égards », dit-il. Les Amis des parcs ont repris cette constatation dans une recherche récente étudiant les obstacles que rencontrent les gens vivant dans des quartiers en quête d’équité à Vancouver en matière de concertation sur les parcs.

Événement pop-up de participation des Ambassadeurs jeunesse à Centre Island. Crédit : Ville de Toronto

Nous avons également appris que, malgré la diversité des publics participant à un projet, il est essentiel de consacrer le temps nécessaire pour approfondir les discussions en organisant des ateliers en petits groupes axés sur l’équité.

Certains ateliers comprenaient des exercices de visualisation guidés par Bob Goulais*, un animateur anishinaabe, invitant les participantes et participants à fermer les yeux pour imaginer à quoi ressembleraient les îles dans l’avenir. « Très différente de la concertation bureaucratique, cette méthode se concentre sur le ressenti en tenant un peu plus compte de l’âme et de l’esprit », explique Pablo Muñoz.

Entre autres initiatives, la Ville a également organisé une séance approfondie sur l’équité et le sentiment d’appartenance, ainsi qu’une entrevue en visioconférence avec des activistes et des historiens sur l’histoire LGBTQ2S+ de Hanlan’s Point, une plage nudiste sur les îles de Toronto.

Dans ces réunions, « le taux de participation est généralement plus faible, mais la conversation beaucoup plus riche. Et d’ailleurs, aucune de ces conversations ne s’est jamais déroulée comme nous l’anticipions. Mais, elles ont toujours été des plus utiles », déclare Pablo Muñoz.

Initiatives entreprises par d’autres Villes :

  • Approfondir la discussion grâce à des entrevues individuelles : Afin de guider l’élaboration de son nouveau Plan directeur des parcs et des infrastructures de loisirs, la Ville d’Ottawa a mené des entrevues individuelles organisées par son personnel des bureaux responsables de l’accessibilité et de la lutte contre le racisme, auprès d’organismes travaillant avec des groupes en quête d’équité.
  • Aller à la rencontre des gens : En vue d’élaborer sa nouvelle stratégie pour les planchistes appelée CitySkate, la Ville de Vancouver a mis en place, via sa Commission des parcs, des planchodromes éphémères en partenariat avec la Vancouver Skateboard Coalition. « Ce processus de concertation nous a permis d’en apprendre beaucoup sur la communauté très diversifiée des planchistes de Vancouver… et sur les possibilités de soutenir cette communauté traditionnellement perçue comme des fauteurs de troubles par le grand public », explique un membre de la Commission.
  • Élargir l’éventail des parties prenantes grâce aux outils numériques : La Ville de Mississauga a eu davantage recours aux outils en ligne, en publiant notamment plus de messages sur les réseaux sociaux : « Ces [méthodes] nous ont permis de diffuser plus largement nos annonces sur les projets, et de recueillir des opinions plus diversifiées qu’avec nos traditionnelles réunions en personne », relate un membre du personnel municipal.

Améliorer les politiques et les protocoles

Atelier de jardinage au Jardin communautaire temporaire de Marpole, Vancouver, juin 2022. Crédit : Jardin communautaire temporaire de Marpole

Zahra Ebrahim, cofondatrice de l’organisation Monumental* et présidente du conseil d’administration des Amis des parcs, a déclaré que les efforts des Villes visant à approfondir les activités de concertation étaient « vouées à l’échec » à bien des égards. Grâce aux recherches menées pour concevoir la boîte à outils Making Space* – une ressource destinée à faire participer les groupes en quête d’équité aux processus de planification –, Zahra Ebrahim et son équipe ont appris que les Villes peuvent être confrontées à des obstacles internes entravant la mise en œuvre de processus efficaces.

Toutefois, selon Zahra Ebrahim, beaucoup de ces problèmes pourraient être résolus par de simples interventions :

  • Formaliser l’équité dans la conception des consultations. Selon Zahra Ebrahim, souvent, il n’existe pas de mandat officiel pour intégrer l’équité dans la conception de la consultation. Celle-ci est donc réalisée « au coup par coup et laissée au bon vouloir de la personne responsable » qui est libre d’opter pour certains éléments, comme d’offrir une traduction, de rémunérer les participants et de proposer une garde d’enfants. 
  • Élaborer un protocole clair pour planifier la transition. Comme cela se produit souvent au sein des municipalités, les projets passent des mains d’un membre du personnel à un autre, souvent sans qu’aucune structure n’existe pour documenter le résumé du processus, des résultats et des apprentissages. La création d’un système permettant au personnel de consigner ses activités dans un simple document récapitulatif indiquant les échéances du projet, les groupes qui ont été concertés et leurs coordonnées, contribuerait grandement à maintenir ces relations en cas de changement de personnel.
  • Favoriser la réciprocité et la reddition de compte auprès des groupes citoyens. Lorsqu’une municipalité demande à des groupes de quartier de mobiliser les résidentes et résidents pour ses besoins de concertation, celle-ci pourrait établir un système pour veiller à ce que ces groupes soient correctement rémunérés pour le temps et l’expertise qu’ils offrent. De même, instaurer un processus de reddition de compte permettrait à ces organisations de comprendre comment la Ville a utilisé les commentaires recueillis auprès du public et d’en faire elles-mêmes part aux résidentes et résidents.
  • Évaluer les aspects liés à l’équité dans les soumissions aux appels d’offres. Lorsque les municipalités externalisent leurs activités de concertation au moyen d’un appel d’offres, les exigences liées aux compétences des organismes candidats en matière de concertation des groupes en quête d’équité sont souvent minimes. Si dans leurs appels d’offres, les Villes demandent parfois aux organismes candidats de décrire comment ils ont travaillé auparavant auprès de groupes en quête d’équité, les questions tendent à être superficielles. Celles-ci devraient plutôt susciter une réflexion nuancée sur les méthodes spécifiques utilisées pour lever les obstacles rencontrés par ces groupes.

À la découverte des efforts menés par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs et honorer les histoires des peuples Autochtones des terres sur lesquelles ces villes sont construites

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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  • Afin de comprendre où nous allons, nous devons comprendre d’où nous venons. La confiscation des terres, les politiques de famine et les pensionnats Autochtones sont quelques exemples montrant comment l’idéologie colonialiste a façonné notre rapport à la terre. 
  • Si les Prairies sont marquées par une histoire révélant des méthodes de colonisation brutales, les provinces du centre du Canada prennent depuis l’an dernier des mesures significatives afin de décoloniser leurs parcs.
  • Alors, comment pouvons-nous tirer parti de cet élan en faveur de la décolonisation dans les parcs urbains? Dans notre sondage public de cette année, 59 % des personnes interrogées se sont déclarées favorables à ce que les parcs soient renommés. Mener des consultations approfondies, respecter les espèces végétales indigènes dans les parcs et promouvoir des programmes éducatifs font partie des idées avancées comme points de départ.

La découverte régulière de tombes anonymes a forcé le Canada à reconnaître le lourd passé de ses pensionnats Autochtones comptant parmi les tactiques coloniales du pays afin de faire disparaître les Autochtones. Dernièrement, la société civile a exercé de fortes pressions sur les municipalités pour changer le nom des rues et des établissements d’enseignement secondaire et postsecondaire nommés d’après des personnages de l’histoire coloniale.

C’est au moment où les colons ont commencé à revendiquer les terres, à établir des frontières et à spolier les Premières Nations, les Métis et les Inuits qu’est né le Canada. Et si les répercussions passées et actuelles de la colonisation peuvent être très différentes d’une région à l’autre, les provinces des Prairies ont notamment été fondées sur l’appropriation des terres et le déplacement des moyens de subsistance des Autochtones afin de créer des opportunités agricoles qui ont permis aux colons blancs de prospérer. Les peuples Autochtones ont ainsi connu une histoire violente marquée par l’expropriation de leurs terres, les pensionnats et la privation de nourriture suite à l’extinction des bisons et des politiques gouvernementales.

De par leur nature, les villes incarnent cette spoliation, et les terrains sur lesquels se trouvent les parcs urbains ne font pas exception. Nahomi Amberer nous rappelle la relation préexistante que les peuples Autochtones entretenaient avec la terre avant leur contact avec les Européens, et comment les colons ont miné cette relation en accaparant leurs terres, y compris les terrains sur lesquels se trouvent aujourd’hui les parcs. « La division des terres était communément utilisée pour s’approprier une terre déjà habitée par des peuples Autochtones », a-t-elle écrit dans le rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier. 
D’ailleurs, les Autochtones continuent de voir les stigmates de cette histoire violente : que ce soit en traversant la campagne en voiture ou en se promenant dans un quartier. Les noms de certains lieux continuent d’honorer les personnages emblématiques de l’histoire coloniale qui ont largement contribué au génocide des peuples Autochtones. Néanmoins, les espaces urbains peuvent aussi être propices à la conscientisation. Alors, comment créer des espaces délaissant le passé colonial pour se tourner vers la promotion des savoirs Autochtones?

Depuis l’an dernier, des mesures sans précédent ont été prises par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs urbains et ménager une place à leurs antécédents historiques Autochtones. Il s’agit d’un jalon particulièrement important pour ces municipalités qui comptent la plus grande part d’Autochtones vivant en ville du pays. En outre, grâce à ces mesures de décolonisation en cours dans les parcs municipaux, les Autochtones qui vivent en milieu urbain peuvent désormais avoir accès à la nature et aux cérémonies traditionnelles sans avoir à quitter la ville.

wiinibig (eaux boueuses en ojibwé), Winnipeg

Prenons la ville de Winnipeg, qui compte la plus grande population Autochtone urbaine du Canada, et le jardin Indigenous Peoples* comme point de départ. Chargée des relations avec les Autochtones au sein de l’Assiniboine Park Conservancy, Anna Huard décrit le jardin comme étant le fruit d’une vaste entreprise de consultation auprès de la population, des Matriarches, des Gardiens du savoir, des Aînés et d’un cabinet d’architectes Autochtones. « Dans un projet comme celui-ci, le processus de consultation doit inclure de nombreuses parties prenantes », explique-t-elle. « Dès lors que d’autres personnes se sont jointes à nous, nous avons commencé à ressentir que nous faisions partie d’une grande famille. Nous ne pouvons pas nous contenter d’un seul porte-parole Autochtone. »

Les espèces végétales indigènes ont contribué à l’aménagement du jardin et, pour que la population s’investisse davantage, les jeunes Autochtones ont été invités à participer à la plantation d’arbres et à la construction des passerelles en bois. Le parc présente des places circulaires dédiées aux thèmes du feu et de l’eau, ainsi que des panneaux d’interprétation comprenant des traductions en langues ancestrales Ojibwé, Cri, Dakota, Oji-Cree, Michif, Dene et Inuktitut. 

Le jardin ayant été inauguré l’été dernier, Anna Huard espère voir cet espace utilisé plus fréquemment pour offrir des programmes de contes pour les jeunes, l’apprentissage des langues Autochtones et un programme sur les plantes indigènes comprenant une visite guidée et des ateliers pour fabriquer des pommades. Selon elle, cet espace offre surtout aux Autochtones vivant en milieu urbain la possibilité de renforcer leurs liens avec la terre et leur culture sans avoir à quitter la ville.

Foyer cérémoniel dans le jardin des peuples autochtones, Assiniboine Park Conservancy

oskana kâ-asastêki (ou, de manière plus informelle, Wascana, qui signifie « tas d’os » en cri), Regina

Récemment, la Ville de Regina a également fait un grand pas en avant pour décoloniser ses espaces verts. L’année dernière, cédant à la pression publique, la municipalité a finalement déplacé la statue de John A. MacDonald située dans le parc Victoria dans le centre-ville. Malgré l’émergence d’initiatives et de pétitions plaidant pour le retrait de la statue depuis des années, le site web de la Ville* indique qu’en mars 2021, le conseil municipal a approuvé le déplacement de la statue vers un lieu de stockage, « avant que l’administration organise une consultation publique plus large et collabore avec ses partenaires afin de trouver un emplacement adapté à la statue et de la remettre dans son contexte. »

En outre, le Buffalo Peoples Art Institute* (BPAI), une organisation dédiée aux questions de justice sociale à Regina, a plaidé activement pour faire changer le nom d’un parc public du centre-ville. Au printemps de l’année dernière, la municipalité a officiellement remplacé le nom du parc Dewdney, situé dans le quartier North Central, par parc « Buffalo Meadows »*, en raison de la pression constante exercée par des organisations comme le BPAI et du soutien du public. La Ville a également approuvé un vote pour remplacer le nom de la piscine Dewdney par piscine « Buffalo Meadows ». Edgar Dewdney était une personnalité de l’histoire coloniale qui a administré et supervisé la politique des pensionnats. Il est aussi à l’origine de la politique de famine dirigée contre les peuples Autochtones du Canada.

Joely BigEagle-Kequahtooway*, membre de la Première Nation White Bear et résidente de Regina, a créé le BPAI pour contribuer à rééduquer les gens des Prairies sur l’importance de la présence du bison avant qu’il ne soit exterminé. Elle explique que Regina, souvent surnommée « Pile of Bones » (tas d’os) parce qu’elle a été littéralement construite sur les os des bisons, doit reconnaître les antécédents historiques de son territoire. « Avant la colonisation, c’était le territoire des bisons », déclare-t-elle.

L’idée de militer pour faire changer le nom du parc a commencé il y a quelques années et s’est traduite par des campagnes de sensibilisation auprès du public pendant des barbecues de quartier et en invitant les gens à signer des pétitions. Après avoir recueilli suffisamment de signatures, le groupe et ses alliés ont présenté la pétition au conseil municipal et au comité de toponymie civique. La décision de renommer le parc a été votée et approuvée par la Ville, mais le BPAI attend toujours une approbation pour que le nom de l’avenue Dewdney – une rue importante de la ville – soit aussi remplacé par avenue Buffalo.

Joely explique que le changement de nom du parc encourage les gens à recréer des liens avec la terre, et représente une démarche cruciale pour le quartier North Central où résident de nombreux Autochtones. 
« Même en milieu urbain, notre environnement doit refléter ce qu’est notre identité collective », déclare-t-elle. « Nous devons déterminer si nous souhaitons perpétuer ou préserver dans l’avenir l’héritage des personnages de l’histoire coloniale, et nous demander également si ces noms contribuent à avancer sur le chemin de la Vérité et de la Réconciliation. »

Le BPAI entend poursuivre son travail pour faire revivre l’histoire du bison dans les plaines grâce à des installations d’art publiques, des ateliers sur la préparation des peaux de bison et l’organisation d’un festival annuel sur le bison dans le parc qui vient d’adopter son nom.

amiskwaciwâskahikan (maison de la colline des castors, en cri), Edmonton

La Ville d’Edmonton a également fait des progrès importants cette année grâce à l’intégration des connaissances Autochtones dans les parcs, notamment avec la construction du parc kihciy askiy* (terre sacrée, en cri) qui a débuté l’an dernier dans le parc Whitemud. 

Il aura fallu 15 ans pour que ce projet commence à voir le jour, après que l’Indigenous Elders Cultural Resource Society ait proposé à la Ville de créer un site culturel urbain que les Autochtones pourraient utiliser pour organiser des cérémonies culturelles et partager leurs savoirs. Bien que cette reconnaissance se soit fait attendre, il est désormais possible de lire ceci sur le site Internet de la Ville : « bien avant de devenir une terre agricole, le site de kihciy askiy a été utilisé pendant des siècles par les peuples Autochtones pour récolter des plantes médicinales à des fins thérapeutiques. »

Après avoir établi un conseil des aînés en 2015 pour œuvrer aux côtés de son équipe chargée du projet, la Ville s’est attachée à suivre les conseils culturels de celui-ci durant tout le processus de conception du parc. Outre la consultation des Aînés et des Gardiens du savoir, la municipalité s’est également appuyée sur les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (FFADA) et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones pour orienter ses travaux.

« Conformément à la culture Autochtone prônant le respect de la terre, le projet a été conçu pour s’intégrer entièrement dans son environnement dans la vallée fluviale d’Edmonton », explique Chelsea Burden, gestionnaire du projet à la Ville d’Edmonton. Dans cette optique, la municipalité a également réalisé une étude d’impact sur l’environnement afin de veiller à ce que la construction du site endommage le moins possible les espèces végétales et arboricoles indigènes de la vallée. 

Les plans d’aménagement du parc prévoient des espaces cérémoniels et des huttes de sudation, la possibilité de cultiver des plantes médicinales indigènes, ainsi qu’une infrastructure pour accueillir des camps culturels et des cercles de discussion. L’ouverture officielle du parc est prévue pour le début de l’année 2023.

Personnes devant un tipi lors d'une cérémonie de bénédiction
Cérémonie de bénédiction du sol kihciy askiy. Crédit : Teresa Marshall

La voie à suivre

Alors que l’on continue de découvrir de nouvelles tombes anonymes à travers le pays, l’histoire et la présence des Autochtones doivent être mises en haut des priorités de toute urgence. Reconnaître les répercussions dévastatrices passées et actuelles du colonialisme et chercher activement à faire changer les choses, en s’appuyant sur les liens ancestraux que cultivent les peuples Autochtones avec la terre, sont deux processus qui peuvent et doivent se dérouler concomitamment. 

Par exemple, en janvier 2022, le président de la Commission des parcs de Vancouver, Stuart McKinnon, a présenté une motion en faveur d’un régime de cogestion des parcs municipaux se trouvant sur les territoires traditionnels des Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh. « Je pense que, pour favoriser la réconciliation dans ce pays, il faut reconnaître le fait que le territoire sur lequel se trouve Vancouver est une terre occupée », a écrit Stuart McKinnon dans un article de la CBC*


Il reste encore beaucoup de travail à faire pour réparer les dommages causés dans le passé par la violence coloniale. C’est pourquoi les gouvernements aux niveaux municipal, provincial et fédéral doivent s’attacher à mener des consultations constructives auprès des populations Autochtones pour commencer à faire des parcs urbains des lieux d’apprentissage culturel. Pour que la consultation porte ses fruits, les stratégies de concertation publique doivent prévoir l’établissement de relations authentiques avec un large éventail de membres de la communauté Autochtone et accueillir avec respect les visions du monde diverses des Autochtones. De plus, les municipalités doivent reconnaître que le fait d’encourager les Autochtones à jouer un rôle prépondérant dans la création de programmes éducatifs et de formations linguistiques, dans la signalisation des parcs, et dans la mise en place de jardins de plantes médicinales contribue également à rendre la société plus forte. 
Ces initiatives permettent aussi aux Autochtones vivant en milieu urbain d’avoir accès à certaines de leurs cérémonies et traditions, et permettent par la même occasion aux non-Autochtones d’en apprendre davantage sur les gardiens ancestraux des terres qu’ils occupent.

Et en définitive, travailler les uns avec les autres dans le respect mutuel peut aussi constituer une façon d’honorer l’esprit sur lequel se sont construites les relations en lien avec les Traités.

Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure

 

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Si vous voulez voir un employé des parcs grimacer, vous n’avez qu’à mentionner les parcs à chiens. Rien n’est plus controversé que le fait de réserver un espace vert dans un parc pour que les chiens puissent courir en liberté. 

Mais les parcs à chiens font également l’objet d’une demande accrue, comme l’ont souligné 85 % des villes dans le cadre de notre sondage, et ils peuvent offrir d’importants avantages sur le plan social. Cependant, les villes peinent à trouver des terrains convenables et à atténuer les préoccupations au sein de la communauté.La crise de la COVID-19 complique encore plus la situation, puisqu’un grand nombre de villes canadiennes, notamment Edmonton*, Ottawa*, Calgary* et Toronto*, ont limité l’accès aux parcs à chiens, ou les ont fermés, pour favoriser la distanciation physique. En mai, Edmonton a ouvert les parcs à chiens* dans le cadre de sa première série de mesures de déconfinement. Toutefois, à long terme, les exigences en matière de distanciation physique pourraient poser problème aux villes qui éprouvent déjà de la difficulté à fournir suffisamment de ces espaces.

Conflits découlant de l’espace limité

Aire pour chiens en liberté. Crédit : Ville de Calgary

Le nombre de nos amis à quatre pattes croît au même rythme que les villes. Bon nombre de ces dernières font face à des pressions pour établir davantage d’espaces réservés aux chiens, tout en répondant aux demandes des autres usagers des parcs, ce qui engendre des conflits.

En 2011, Waterloo a abandonné un projet pilote visant la création de six parcs à chiens en raison d’un manque de soutien public* et envisage maintenant de passer d’un seul parc à chiens à trois. Le conseil municipal de Guelph a failli fermer* le seul parc à chiens clôturé de la ville après avoir reçu des plaintes de membres de la communauté, mais a finalement annulé sa décision. L’animosité peut rapidement atteindre des sommets absurdes. À Toronto, quelqu’un a verrouillé* un parc à chiens, et un résident a fait jouer des enregistrements de jappements par sa fenêtre pour énerver les chiens.

Les espaces naturels constituent une autre préoccupation dans la mesure où, laissés en liberté, les chiens peuvent nuire aux plantes sensibles et perturber la faune. 

Ron Buchan, responsable de la stratégie communautaire en matière de parcs de Calgary, a déclaré que la Ville avait refusé des demandes communautaires de nouveaux parcs à chiens adjacents à des milieux naturels. Toutefois, parmi les 152 espaces de la ville où les chiens peuvent se promener sans laisse, seulement 11 sont clôturés, ce qui signifie que dans les parcs qui bordent des milieux naturels, rien n’empêche les chiens de se diriger vers les habitats sensibles.

Pour régler ce problème, Calgary élabore des initiatives, notamment un programme de conservateurs de parcs ciblant les secteurs conflictuels à forte utilisation, des projets de sensibilisation à la restauration de l’habitat et aux règlements à respecter pour les propriétaires de chiens ainsi qu’un programme « adoptez un parc » visant à encourager l’intendance.

Le nombre de parcs à chiens varie grandement d’une ville à l’autre et bon nombre semblent avoir été planifiés de manière ponctuelle. Il est difficile de trouver des endroits convenables pour laisser les chiens en liberté, surtout dans les villes où les parcs sont déjà en nombre insuffisant. 

« Il manque de parcs dans de nombreux secteurs de Hamilton, explique un employé de la Ville. Il y a quelques conflits entre les gens qui veulent que les terrains leur soient réservés et ceux qui souhaitent que les chiens puissent en profiter. » Témoignant de la complexité engendrée par le manque d’espaces, les deux derniers parcs à chiens que la Ville a créés ont été approuvés par le conseil municipal, même s’ils ne respectaient pas les politiques de la Ville en ce qui a trait à la taille.

Une stratégie municipale liée à la gestion et à l’élargissement des zones où les chiens peuvent se promener sans laisse peut être un excellent moyen d’atténuer les préoccupations, à la fois pour les propriétaires de chiens et les autres résidents, affirme Eric Code, fondateur du Toronto Dog Park Community Group (groupe communautaire des parcs à chiens de Toronto), qui compte 2 000 membres. « Si vous marchez sur un fil de fer, vous avez besoin d’un balancier, ajoute-t-il. C’est le rôle des politiques. » 

Nous avons constaté que le tiers des villes avaient mis en place des stratégies relatives à ces espaces qui comprennent des critères de planification et de conception pour leur établissement et leur gestion. Selon M. Buchan, le plan de gestion de la Ville de Calgary a été d’une aide « immense » depuis sa création il y a 10 ans, puisqu’il fournit un cadre décisionnel limpide sur la façon d’élargir les zones pour les chiens en liberté et les endroits à privilégier pour ce faire en plus d’offrir des réponses claires à fournir aux résidents.
La Ville d’Ottawa utilise un système de points pour désigner les parcs à chiens. Elle autorise la présence de chiens sans laisse dans 175 parcs. En outre, dans 62 autres parcs, les chiens peuvent se promener en liberté à certains moments et dans certains lieux, dont 9 sont clôturés.

Avantages des parcs à chiens sur le plan social

Vallée d’Etobicoke à Mississauga. Crédit : Eric Code

Pour Eric Code, les parcs à chiens offrent bien d’autres avantages que celui de permettre à son chien de jouer; ils créent un sentiment de communauté, offrant un « troisième lieu », entre le milieu de travail et la maison, où il peut nouer des relations avec les autres.

Selon M. Code, il est plus aisé d’engager une conversation avec un étranger lorsqu’on emmène son chien au parc. Vous n’iriez pas nécessairement vers des gens qui se lancent la balle pour commencer à leur parler. Mais vous pouvez facilement faire de nouvelles rencontres au parc à chiens.

« Dans le monde d’aujourd’hui, en particulier à Toronto, où une certaine froideur règne, les parcs à chiens donnent l’impression d’être dans un petit village, ce qu’on ne retrouve nulle part ailleurs », souligne-t-il. 

Des recherches démontrent l’importance des parcs à chiens sur le plan social. 
Selon une étude*, le fait d’avoir un chien augmente la probabilité de rencontrer des gens dans la communauté, puisque cela permet de briser la glace. Une autre étude* a conclu que les chiens aidaient à réduire le sentiment d’isolement social et à augmenter les chances d’établir un réseau de soutien social. Il a également été prouvé que les parcs à chiens accroissent le sentiment de sécurité étant donné que les propriétaires de chiens utilisent les parcs en dehors des « heures normales », soit au petit matin ou le soir.

Inculquez un sentiment de responsabilité

Patrouille P.U.P.P.Y. Crédit : Ville de Calgary

En réponse aux pressions budgétaires et aux désirs de mobilisation communautaire accrue, certaines villes canadiennes comptent sur des programmes qui font participer les membres de la communauté à la gestion des parcs à chiens ou aux collectes de fonds connexes. Dans certains cas, elles mettent elles-mêmes de tels programmes sur pied. 

Après avoir souligné les « ressources limitées » de la Ville, Edmonton envisage la création de parcs à chiens gérés par la communauté* pour aider à élargir l’offre. Le Club d’agilité de Montréal est exploité par un organisme sans but lucratif communautaire qui fournit un espace où les chiens peuvent faire des parcours d’agilité. À Gatineau, le Club canin Aylmer*, qui compte 1 200 membres, a conclu une entente avec la Ville pour l’exploitation d’une aire d’exercice canin au parc Paul-Pelletier.

Mais, parmi toutes les villes que nous avons sondées, c’est Mississauga qui a conclu l’entente la plus complète prévoyant une gestion communautaire des espaces où les chiens peuvent être laissés en liberté. En 1997, un règlement municipal a permis d’établir, dans les parcs, des zones où les chiens peuvent se promener sans laisse. Les coûts et la gestion de ces espaces incombent à un organisme sans but lucratif qui s’appelle Leash-Free Mississauga*; cependant, la Ville a offert un soutien financier à l’organisme en 2016, en raison de problèmes de financement découlant de l’augmentation de la demande. 

À Calgary, la Ville a mis en place un programme de bénévolat, PUPPY*, qui incite les gens à ramasser les excréments de leurs chiens; selon M. Buchan, les groupes communautaires responsables des parcs à chiens aident à réduire le nombre de plaintes puisque les gens assument un rôle d’intendance. 

Eric Code a souligné que les programmes qui encouragent les résidents à participer plus activement à la gestion des parcs à chiens peuvent contribuer à atténuer les frustrations des gens pour de bon. Ils aident à inculquer un sentiment de responsabilité, réduisant ainsi le nombre de propriétaires de chiens qui ne respectent pas les règles.

« Lorsque les gens sont bénévoles et que vous leur donnez l’occasion d’améliorer les parcs à chiens, ils en prennent énormément soin et en tirent une grande fierté », mentionne M. Code.

Faites preuve de créativité

Colline pour chiens du parc High Park à Toronto. Crédit : Eric Code

  • Trouvez des espaces à l’extérieur des parcs. Calgary espère établir un plus grand nombre de zones où les chiens peuvent se promener sans laisse dans les corridors hydroélectriques, tout en encourageant les promoteurs immobiliers à créer des installations pour chiens dans les nouveaux projets d’habitation. Pour faire de même, Toronto a publié ses Pet-Friendly Design Guidelines for High Density Communities*.
  • Améliorez les espaces existants. Kingston améliore l’éclairage dans ses parcs à chiens pour les rendre plus sécuritaires et plus invitants la nuit et au cours de l’hiver.
  • Créez des espaces temporaires. Edmonton et Regina ont créé des parcs à chiens temporaires à certains endroits, comme des courts de tennis, durant les périodes où ils ne sont pas utilisés. Guelph a approuvé l’utilisation de 41 terrains de sport par les propriétaires de chiens lorsque ces espaces ne sont pas occupés.
  • Créez des espaces distincts. Hamilton a mené un projet pilote consistant en l’aménagement, dans un parc, d’un enclos réservé aux petits chiens. La Ville prévoit élargir l’offre compte tenu des commentaires positifs reçus.
  • Écoutez les commentaires et tenez-en compte. North Vancouver mène un projet pilote concernant une nouvelle zone pour les chiens en liberté le long de ses rives, recueillant les commentaires du public et tenant à jour un site Web* pour montrer les modifications apportées.
  • Transformez les excréments en énergie. Les villes de Waterloo* et de Mississauga* ont tenté de régler le problème de l’augmentation des excréments de chiens dans les parcs en mettant à l’essai des bacs désignés dont le contenu est envoyé vers des installations où il est transformé en énergie.

Comment les approches de financement collaboratif et les investissements des différents niveaux de gouvernement permettent d’envisager de nouvelles façons de subventionner les parcs

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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  • Établir un budget participatif repose sur le fait de solliciter directement les résidentes et résidents pour qu’ils votent sur des améliorations dans l’espace public, révélant ainsi les priorités de la population qui peuvent différer de celles des fonctionnaires élus.
  • Les bourses communautaires obligent souvent les Villes à repenser leurs processus et à établir une culture interne de soutien pour dire « oui » aux projets innovants.
  • Les récents investissements du gouvernement fédéral dans le Programme des parcs urbains nationaux et l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé ont ouvert de nouvelles voies de collaboration entre les municipalités et les organisations de la société civile.

Concerter directement le public par le biais des budgets participatifs

Bien que les municipalités offrent aux résidentes et résidents de multiples moyens de participer à l’élaboration des budgets via des réunions publiques, des sondages et d’autres activités, il est souvent difficile de savoir comment leurs avis influencent les décisions finales. Les personnes plébiscitant les budgets participatifs espèrent changer la donne en offrant aux résidentes et résidents une manière de contribuer directement aux décisions en matière de financement.

Mont-Royal, Montréal. Credit: Adèle Beausoleil

Dans le passé, des Villes comme Toronto, Kitchener et Longueuil ont lancé des projets pilotes pour tester la budgétisation participative. Sur le plan positif, les études ont fait ressortir que la budgétisation participative entraînait des taux de participation plus élevés* que les méthodes de concertation traditionnelles sur les parcs. Cependant, elles ont également identifié la possibilité d’engendrer une atmosphère de compétition* entre les membres du public. 

La manière de concevoir un processus de budget participatif transparent, équitable et inclusif est une question à laquelle Isabelle Gaudette a beaucoup réfléchi. En tant que coordonnatrice des processus participatifs pour le Centre d’écologie urbaine de Montréal, elle a travaillé en 2021 avec la Ville de Montréal pour concevoir et exécuter son programme de budget participatif de 10 millions de dollars.

La Ville a ainsi reçu 620 propositions du public qui ont fait l’objet d’une étude de faisabilité pour ne retenir que 35 propositions sur lesquelles les résidentes et résidents ont voté en juin 2021. Les projets devaient avoir une valeur entre 500 000 et 3 millions de dollars, être réalisables sur une propriété de la Ville et « contribuer à accélérer la transition écologique et sociale de Montréal » en lien avec les changements climatiques, la biodiversité, l’équité ou la consommation durable de ressources. Selon Isabelle Gaudette, Montréal poursuit ce programme en y allouant un budget de 60 millions de dollars pour les trois prochaines années. 

Toute personne âgée de plus de 12 ans et possédant ou ne possédant pas la citoyenneté pouvait voter. D’ailleurs, près d’un quart des personnes ayant voté étaient des jeunes et des personnes sans la citoyenneté, explique Isabelle Gaudette. Le taux de participation a ainsi atteint l’objectif que s’était fixé l’équipe du projet, soit 1 % de la population. Bien que cela puisse sembler peu, cela représente 20 000 personnes votant directement sur des décisions budgétaires qui sont généralement prises par une poignée de fonctionnaires élus et municipaux. 

En outre, le processus montre également comment les priorités du public peuvent différer de celles des fonctionnaires de la Ville, explique Isabelle Gaudette. Parmi les sept projets lauréats, on compte notamment des mini-forêts, un projet d’agriculture urbaine et des voies vertes. Cependant, le deuxième projet d’amélioration le plus plébiscité était d’ajouter 125 fontaines à eau et stations de remplissage dans les parcs de six arrondissements.

« Je ne pense pas que les professionnels et les élus auraient dit : « on va mettre des fontaines pour boire dans tous les parcs ». Ça a l’air basique, mais c’est ce que les gens ont choisi. C’est un besoin de base »

Isabelle Gaudette, Coordonnateur·rice des démarches participatives pour le Centre d’écologie urbaine de Montréal

Voici ce qu’Isabelle Gaudette conseille pour établir un budget participatif :

  • Mettre en place un comité directeur auprès du public pour donner son point de vue sur le processus, s’aligner sur les besoins du public et évaluer les résultats afin d’améliorer les processus pour la prochaine fois. 
  • Veiller à ce que les projets profitent à plusieurs parcs pour éviter que les quartiers n’entrent en concurrence et que les gens votent uniquement pour des améliorations dans des lieux proches de chez eux. 
  • Consacrer une partie du budget total à la concertation publique, car le processus de budgétisation participative nécessite un travail important sur le terrain pour inciter les gens à voter, en particulier auprès des groupes sous-représentés et en quête d’équité, comme les personnes nouvellement arrivées au Canada et les jeunes.
  • Tenir compte des coûts d’exploitation pour l’entretien une fois les projets achevés afin de garantir un financement permanent adéquat au-delà des fonds d’investissement alloués par le budget participatif.

Pop-up de crème glacée à Eastbridge Green, à Waterloo. Crédit : Janice Jim

Innover grâce aux bourses communautaires

La plupart des Villes canadiennes offrent un programme de bourses ou des fonds de contrepartie aux résidentes et résidents qui souhaitent entreprendre des projets dans l’espace public, qu’il s’agisse de petits événements ou de projets d’infrastructure plus grands.

Toutefois, bon nombre de ces programmes de bourse ont été remis en question lorsque les aménagements des parcs ont été fermés ou restreints à cause de la pandémie et que les directives de santé publique ont découragé les rassemblements. 

À Waterloo, la Ville, consciente de la situation, a introduit des changements temporaires dans certaines bourses communautaires. Elle a ainsi démontré une plus grande souplesse dans l’utilisation des fonds (achat d’équipements de protection individuelle pour les bénévoles, par ex.), a réduit les exigences en matière de fonds de contrepartie étant donné la difficulté accrue d’accumuler des heures de bénévolat, et a encouragé les projets portant sur la santé publique, le bien-être de la population et l’isolement social. 
Le personnel de la Ville de Waterloo déclare que « ces changements ont représenté une étape importante pour supprimer les obstacles et aidé la population à trouver des manières uniques et sûres de favoriser les liens sociaux ». À cet égard, le Neighbourhood Matching Fund* a permis de financer par exemple l’ajout de bancs supplémentaires dans les parcs, des panneaux d’affichage et l’agrandissement des jardins collectifs. Une mini-bourse d’un montant maximal de 300 $ a également permis de financer de petits événements dans les parcs, comme une dégustation de crème glacée couplée à un centre de dépistage éphémère de la COVID-19.

Portraits de la Hamilton Amateur Athletic Association (coin). Avec l’aimable autorisation de la Ville de Hamilton. Crédit : Jeff Tessier

À Hamilton, la Ville teste une nouvelle approche avec son programme pilote Placemaking Grant*. Grâce à un don de 100 000 $ de la Patrick J. McNally Charitable Foundation, Sarah Ehmke, la responsable du programme, a déclaré que celui-ci se focalisait sur les « moyens innovants et temporaires d’activer les lieux publics ».

Bien que ce programme ait été conçu avant la pandémie, selon Sarah Ehmke, il n’en est devenu que plus pertinent pour les gens qui souhaitaient passer plus de temps dehors. Bien que la Ville ne dispose alors que de fonds pour 10 à 12 projets, Sarah Ehmke a discuté avec 50 personnes proposant des idées. « Un certain nombre des propositions que nous avons reçues […] répondaient directement aux expériences vécues par les gens dans les lieux publics pendant la pandémie », explique-t-elle. 

Dans le cadre d’un projet mené dans le parc de l’Association athlétique amateur de Hamilton, un photographe a photographié des personnes (avec leur autorisation) utilisant le parc de diverses manières pendant la pandémie. La bourse a permis de financer une exposition de photos dans ce parc « pour montrer les différentes façons dont les gens ont utilisé le parc pendant la pandémie », relate Sarah Ehmke. Les photos montrent des gens promenant un chien, des enfants qui jouent et des personnes utilisant les infrastructures du parc comme salle de sport en plein air. 

Pour veiller à ce que la population et l’équité soient au cœur de ces projets, la Ville a encouragé les groupes déposant une demande à proposer des projets dans leur quartier et à montrer l’établissement de partenariats attestant qu’ils ont bien « pris en compte les besoins, désirs et utilisations des lieux publics d’autres usagères et usagers ».

Voici ce que conseille Sarah Ehmke pour l’élaboration du programme de bourses :

  • Utiliser un processus de demande en deux phases invitant d’abord les groupes à exprimer leur intérêt. Ceci favorise un échange entre le groupe candidat et le personnel de la Ville pour s’assurer que les idées proposées sont techniquement réalisables et qu’elles répondent aux exigences avant que les demandeurs ne se lancent à remplir leur dossier de candidature. 
  • Prévoir un budget d’exploitation pour les projets afin de compenser les frais municipaux, comme les permis d’affichage, qui peuvent absorber une grande partie du budget d’un petit projet. Supprimer entièrement ces frais peut être compliqué, car ils proviennent souvent des budgets d’autres services.
  • Allouer du temps pour les discussions entre membres du personnel municipal pour étudier les nouvelles idées contenues dans les propositions de projet – une phase non comprise dans les processus actuels de la Ville. D’après Sarah Ehmke, c’est en prenant le temps d’aborder ces questions que « nous pourrons mettre en place des projets qui aboutiront à un oui plutôt qu’à un non ». 
  • Promouvoir la nature temporaire des projets est un autre moyen d’« aboutir à un oui », mais cela donne aussi « une certaine liberté au public de proposer des projets qui peuvent convenir pour le moment, mais qui ne dureront pas forcément dans le temps », explique Sarah Ehmke.

De nouvelles possibilités grâce aux investissements du Fédéral

Bien que le gouvernement fédéral n’ait jamais beaucoup investi dans les parcs municipaux, il a cependant lancé deux nouvelles initiatives de financement ouvrant la voie à de nouvelles collaborations.

Parc Riverdale à Toronto. Crédit : Jake Tobin Garrett

Le Réseau des parcs urbains nationaux

Bien qu’encore en phase de conception, le gouvernement fédéral a annoncé en 2021 qu’il s’engageait à verser 130 millions de dollars sur cinq ans pour la création d’un réseau de parcs urbains nationaux par Parcs Canada. Ces initiatives font suite à son investissement en 2012 pour créer le parc urbain national de la Rouge dans la région du Grand Toronto.

« Les parcs urbains constituent la prochaine étape pour Parcs Canada qui, depuis plus de 110 ans, participe à la création de parcs nationaux, de lieux historiques nationaux et d’aires marines nationales de conservation », explique Miriam Padolsky, directrice des parcs urbains et des corridors écologiques à Parcs Canada.

Dans le cadre de ce nouveau programme, qui s’inscrit dans l’objectif du gouvernement de préserver 25 % des aires terrestres et des eaux intérieures d’ici 2025, Parcs Canada travaillera avec les gouvernements, les partenaires Autochtones, les agences de conservation et d’autres parties prenantes pour créer ou agrandir des parcs urbains nationaux dans les municipalités ou à proximité.

« Les parcs urbains nationaux offriront un certain nombre d’avantages importants qui correspondent aux priorités de Parcs Canada. Ils contribueront à protéger la biodiversité, à favoriser la résilience climatique, à rapprocher les gens de la nature et à soutenir la réconciliation avec les populations Autochtones. »

Miriam Padolsky, Directrice des parcs urbains et des corridors écologiques à Parcs Canada.

L’Initiative pour des collectivités en santé 

Financée également par le gouvernement fédéral, l’Initiative pour des collectivités en santé disposait d’une structure unique offrant une aide financière aux organisations de la société civile afin de « créer et adapter des espaces publics en fonction des nouvelles réalités imposées par la COVID-19 ». Ce programme de 31 millions de dollars était géré par Fondations communautaires du Canada (les Amis des parcs étaient également partenaires du programme).

Il a permis de financer plus de 550 projets, mais la demande était bien plus importante. Fondations communautaires du Canada a reçu plus de 6 000 candidatures pour un montant total de 650 millions de dollars, ce qui montre à quel point le besoin de financement des lieux publics communautaires était – et reste – important. 

Les trois quarts du financement ont été octroyés à des organisations sans but lucratif et de bienfaisance, une priorité décrite par Fondations communautaires du Canada dans son rapport final : l’initiative « démontre tout le potentiel des innovations à petite échelle pour transformer des espaces publics » et « tout le potentiel des infrastructures communautaires pour repenser des enjeux sociaux et jouer un rôle central dans la recherche et la réalisation de solutions de relance novatrices ».

Ce programme comprenait un Guide sur l’équité préparées par le cabinet Jay Pitter Placemaking* pour les bénéficiaires potentiels de ces financements. Ce document s’est également avéré utile pour d’autres programmes municipaux de bourses. Dans le cadre de son projet pilote Placemaking Grant décrit plus haut, la Ville de Hamilton a notamment orienté les bénéficiaires de ses bourses vers ce document. Dans une étude portant sur la manière dont ont été octroyées les bourses, Fondations communautaires Canada a constaté que l’initiative avait surtout profité « aux personnes à faible revenu ou vivant dans la pauvreté, aux personnes en situation de handicap et aux personnes nouvellement arrivées au Canada ».

Pour voir la liste complète des projets, consultez cette carte* ou prenez connaissance des initiatives suivantes :

  • À Calgary, la Crossroads Community Association a mis en place des plates-bandes surélevées accessibles, des bancs, une forêt nourricière et une aire de jeu naturelle afin de créer « un pôle en plein air dans lequel les gens peuvent se rencontrer, apprendre, jardiner, jouer, manger et se détendre ».
  • La Nation Squamish a construit des pavillons de jardin appelés Sḵwx̱wú7mesh Community Gathering Gazebos pour « offrir aux familles de la Nation Squamish un espace en plein air sûr et dynamique pour se rencontrer régulièrement et continuer à apprendre leur langue, leurs arts et leur culture. »
  • À Richmond, en Colombie-Britannique (C.-B.), la Sharing Farm mettra en place un potager dans le parc Terra Nova dont les récoltes seront données à la banque alimentaire de Richmond, et offrira des possibilités pour faire du bénévolat.
  • Dans le canton de Langley, en C.-B., la stɑl̓əw̓ Arts and Cultural Society subventionnera le travail de 10 artistes Autochtones qui créeront des œuvres d’art publiques « illustrant les plantes, les animaux et les paysages de la région », ainsi que des vidéos décrivant le processus.