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Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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En raison du vaste éventail d’avantages liés à la vie sociale, à la santé et à la sécurité alimentaire, les installations comme les jardins communautaires sont devenues des incontournables dans de nombreuses villes.

Les infrastructures alimentaires locales sont d’autant plus importantes en temps de crise, comme nous l’avons vu lorsque certaines provinces, notamment l’Ontario*, la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick*, ont déclaré que les jardins communautaires constituaient un service essentiel pendant la pandémie de COVID-19.

Alors que la résilience communautaire prend de plus en plus d’importance, environ les trois quarts des villes ont signalé que la demande de projets alimentaires était également à la hausse, leur donnant l’occasion d’utiliser les parcs à cette fin pour renforcer les communautés.

Concevez des installations alimentaires dans les parcs et soyez créatifs

Des bénévoles préparent des pizzas au four communautaire de Park Avenue à Dartmouth, Halifax. Crédit : Lorrie Rand

Lorsque la ville de Halifax a été frappée par l’ouragan Dorian, laissant les résidents sans électricité, le groupe Park Avenue Community Oven de Dartmouth a offert à la communauté de la pizza cuite dans le four du parc local. De plus, en réponse à la crise de la COVID-19, Victoria a temporairement réaffecté les employés des parcs à la culture de plus de 75 000 plantes alimentaires* à l’intention des résidents dans le besoin. 

Comme l’a conclu une étude menée en 2019*, ces exemples montrent comment les installations alimentaires dans les parcs ainsi que les réseaux de soutien qu’elles permettent d’établir constituent « une importante protection contre les événements stressants de la vie ».

Pourtant, il revient souvent aux groupes communautaires de revendiquer des installations comme des jardins communautaires une fois le parc construit, affirme Alex Harned, coordonnatrice des systèmes alimentaires de la Ville de Victoria. Elle souligne que cette tâche peut être lourde, notamment parce qu’il faut faire concurrence à d’autres groupes d’usagers. 

Mme Harned voit plutôt un grand potentiel pour les villes, qui peuvent commencer à intégrer, dans la phase de conception (ou de nouvelle conception) des parcs, ces installations qui constituent une « nécessité dans chaque parc, et non pas un aspect auquel il faut penser après coup ».

Mme Harned a souligné qu’en général, cette « transition n’a toujours pas eu lieu », mais nous avons tout de même constaté que certaines villes avaient pris des mesures en ce sens :

  • Au moment de la planification de l’espace vert à l’extérieur du centre mâmawêyatitân de Regina*, un milieu communautaire qui comprend une école secondaire, une bibliothèque et des espaces récréatifs, la Ville a collaboré avec des Aînés autochtones et le chef cuisinier de l’école pour veiller à l’inclusion d’arbres fruitiers, de fines herbes et de baies auxquels aurait accès la communauté. 
  • Publiée en 2020, la politique en agriculture urbaine de Longueuil insiste sur l’importance d’intégrer des installations alimentaires gérées par des résidents et des organismes sans but lucratif dans les espaces publics des quartiers.
  • Dans un parc de Waterloo, les voisins peuvent prendre leurs repas ensemble grâce à une œuvre d’art fonctionnelle* prenant la forme d’une table pouvant accueillir 200 personnes.
  • À Ottawa, à Halifax, à Calgary et à Toronto, on trouve des fours dans les parcs (y compris des fours tandoori à Calgary et à Toronto) autour desquels les groupes communautaires se rassemblent, comme dans le parc Bayshore d’Ottawa.

Soutenez les gens qui ont des projets

Victoria organise des ateliers de jardinage dans le cadre du programme Growing in the City. Crédit : Ville de Victoria

Qu’il s’agisse d’un jardin, d’un four ou d’une forêt comestible, les installations alimentaires dépendent souvent des efforts que consacrent des bénévoles dévoués à l’entretien et aux programmes. 

Les villes peuvent leur prêter main-forte en assurant la coordination et en fournissant des ressources, comme le fait Victoria depuis 2016 par l’entremise de Growing in the City* (GITC). Créé pour répondre à la demande communautaire, ce programme soutient les projets alimentaires menés par la communauté dans des espaces verts. Ceux-ci vont d’une agriculture commerciale à petite échelle à l’intendance des arbres fruitiers, en passant par le jardinage de rue et bien d’autres projets*. 

GITC offre du soutien aux groupes pendant la phase de démarrage des projets ainsi que par la suite. Par exemple, la Ville informe les groupes responsables de jardins communautaires des terrains disponibles et offre un financement initial (nouveau en 2020), mais fournit également des subventions de 10 000 $ à des coordonnateurs bénévoles pour assurer la durabilité du travail au fil du temps et soutenir les programmes axés sur les jardins. 

Tous ces travaux sont supervisés par la coordonnatrice à temps plein des systèmes alimentaires de Victoria, un poste unique relevant du service des parcs et créé dans le cadre du programme GITC. 

D’autres villes contribuent également à la coordination des groupes de jardinage, que ce soit directement ou par l’entremise de partenariats :

  • À Guelph, les employés municipaux ont formé le Community Gardening Network Working Group, qui comprend un forum en ligne où les gens peuvent échanger des renseignements et des rencontres régulières dans le cadre desquelles les coordonnateurs bénévoles discutent des pratiques exemplaires, des possibilités de subventions et des événements à venir. 
  • Depuis presque deux décennies, Ottawa travaille en étroite collaboration avec Alimentation juste*, une organisation communautaire gérant notamment un réseau de jardins communautaires qui aide les gens à démarrer leur jardin, offre des subventions et fournit des séances de renforcement des compétences.

Multipliez les occasions de s’impliquer

Jardin communautaire Nelson Park à Vancouver. Crédit : Park People

Bien que certaines personnes aiment faire des travaux de jardinage ou s’activer autour d’un four, il faut s’assurer d’offrir des possibilités alimentaires aux gens qui n’ont peu de temps à donner. 

Pour ce faire, on peut offrir au public un accès gratuit à certains produits. Selon une étude* de 2019 portant sur un verger de Montréal, les plantes alimentaires peuvent accroître le capital social des résidents, leur sentiment d’attachement et leurs connaissances à l’égard de l’alimentation, sans exiger d’eux un grand investissement de temps ni un niveau élevé de compétences ou d’engagement.

  • Edmonton a créé une carte en ligne* montrant l’emplacement de tous les arbres à fruits comestibles accessibles au public dans la ville. Red Deer a fait de même relativement à ses forêts alimentaires communautaires*, dont la gestion s’effectue souvent en partenariat avec des groupes communautaires. 
  • À Prince George* et à Fredericton*, les employés municipaux aident à entretenir les plantes alimentaires dans les parcs, et le public est encouragé à aller faire ses cueillettes.

Appuyez-vous sur l’alimentation pour élaborer des programmes créatifs

Participants au dîner communautaire de la Gordon Neighbourhood House à Vancouver. Crédit : Matthew Schroeter

Partout au pays, des groupes communautaires nous montrent comment l’alimentation peut servir de point de départ à l’apprentissage et à l’établissement de liens sociaux.

  • Toronto est le premier endroit au Canada à accueillir une épicerie installée dans un conteneur d’expédition, le Moss Park Market*, marché exploité par Building Roots. Offrant des options de dons et de paiement selon les moyens, le marché a été créé pour combler le besoin d’une épicerie locale abordable, soulevé par la communauté. La plupart des produits sont cultivés tout près, à la ferme urbaine Ashbridges, où certains des clients du marché travaillent maintenant comme bénévoles, selon Lisa Kates de Building Roots.
  • À Saskatoon, le projet askîy*, un site désaffecté où l’on pratique la culture en bac, est mené par des jeunes autochtones et non autochtones dans le cadre d’un programme de stage d’été qui met l’accent sur le renforcement des compétences, la durabilité et les liens culturels.
  • Des groupes d’alimentation locaux, comme le Working Group on Indigenous Food Sovereignty*, peuvent s’installer dans les parcs de Vancouver dans le cadre du Fieldhouse Activation Program* pour offrir des espaces de jardinage et tenir des événements publics gratuits. 
  • À Halifax, deux entreprises sociales travaillant auprès des jeunes, Hope Blooms* et BEEA Honey with Heart*, utilisent les parcs pour fournir des occasions de formation et de leadership aux jeunes. 
  • La ferme d’apprentissage de Langley*, la ferme urbaine Hayes* de Fredericton, la ferme Loutet* de North Vancouver et la ferme McQuesten* de Hamilton montrent comment les fermes urbaines peuvent servir d’espaces d’apprentissage en offrant des programmes d’éducation.

Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Les solutions à portée de la main ont presque toutes disparu, mais les villes constatent que cette situation a aussi des avantages. Comme l’explique Ann-Marie Nasr, directrice de l’aménagement des parcs et des projets d’immobilisations de Toronto : « Le manque de terrains à transformer en parcs nous force à être plus inventifs. » 

Mme Nasr supervise une vague de projets de parcs innovateurs, y compris des installations de loisirs sur des toits, des parcs surplombant des corridors ferroviaires et des parcs linéaires dans des couloirs hydroélectriques. Vancouver vit une expérience semblable, et les plans de conception d’un nouveau parc du centre-ville incluent un sentier surélevé. « Nous devons penser en trois dimensions et utiliser chaque centimètre carré d’espace, surtout sur les sites de petite taille », affirme Dave Hutch, directeur de la planification de la Commission des parcs de Vancouver. 

Même si la majorité des projets dans cet article étaient en voie d’élaboration avant la COVID-19, les exigences en matière de distanciation physique ont poussé les villes à faire preuve de créativité afin d’élargir les espaces publics rapidement. Cela pourrait, dans certains cas, renforcer les arguments en faveur de nouveaux espaces publics et accélérer la planification à cet égard.

Ces contraintes forcent les villes à utiliser les espaces « restants », que ceux-ci se trouvent sous des autoroutes ou le long de voies ferrées. Or, ce genre de projets peut avoir des effets indésirables. Par exemple, ils peuvent occasionner le déplacement des gens qui trouvent refuge dans ces espaces et potentiellement contribuer à l’embourgeoisement. 

Malgré sa popularité, le parc surélevé High Line de New York a fait l’objet de nombreuses critiques. On a notamment souligné qu’il a fait augmenter le coût des logements et qu’il accueille un nombre disproportionné de visiteurs blancs, malgré la diversité raciale du quartier. En réaction à ces critiques, l’organisation Friends of the High Line a créé un nouveau réseau appelé le High Line Network pour conseiller les responsables de projets de parcs axés sur la réutilisation d’infrastructures sur les pratiques inclusives. Le Bentway de Toronto, un espace public sous une autoroute surélevée, est le seul membre canadien du groupe. 
Le réseau a publié des trousses d’outils contenant des stratégies pour la planification communautaire et l’adoption de principes d’aménagement équitable. Ces trousses peuvent servir de guide utile pour les villes canadiennes qui entrent dans une nouvelle ère de construction de parcs.

Des parcs en hauteur

Rendu de l’espace vert du parc du centre commercial Oakridge. Crédit : Conseil des parcs de Vancouver

L’une des tendances appelées à s’accentuer est la construction de parcs sur d’autres infrastructures, comme des garages. Certains appellent ces projets des parcs stratifiés parce qu’ils sont basés sur un modèle de propriété stratifié; la Ville n’est pas propriétaire du terrain sous le parc, mais uniquement de la couche du dessus. 

De prime abord, tout le monde semble ressortir gagnant de cette situation. Le propriétaire du terrain a l’avantage de pouvoir construire quelque chose, et la Ville tire profit d’un nouveau parc en hauteur. Mais en réalité, les parcs stratifiés posent plusieurs défis sur le plan logistique, juridique et de la conception. 

L’intégrité structurale de ce qui se trouve en dessous détermine la quantité de terre qu’on peut mettre, ce qui a des répercussions sur l’aménagement paysager. En outre, lorsque la membrane imperméable qui sépare le parc de la structure sous-jacente a besoin d’entretien, le parc doit souvent être démonté et reconstruit. Ces facteurs en font des options souvent moins vertes, indique Mme Nasr. Cela pose problème lorsque les villes confrontées aux changements climatiques veulent ajouter de la verdure pour la gestion des eaux pluviales et l’atténuation de la chaleur urbaine.

Richmond Hill est parmi les villes qui subissent de la pression pour approuver la construction de ce type de parcs. « La valeur des terrains a augmenté de façon considérable au cours des 10 dernières années, affirme Michelle Dobbie, la responsable de la planification des parcs de la Ville. Cela amène les promoteurs à vouloir maximiser l’espace en construisant des stationnements souterrains. 

Mis à part les défis liés à la construction de parcs stratifiés, il y a plusieurs considérations légales et logistiques, comme les engagements financiers à long terme associés aux futures mises à niveau. Reconnaissant que cette pression ne semble pas s’amoindrir, Richmond Hill a commandé une étude sur les parcs stratifiés afin de l’aider à décider si elle devrait accepter ce type de parcs.

Les plans de Vancouver pour un nouveau parc construit partiellement sur le toit du centre commercial réaménagé Oakridge démontrent aussi bien le potentiel que la complexité de ce type de parcs. Les 3,6 hectares du parc seront répartis au niveau du sol et sur le toit du centre commercial, et comprendront des aires pour les rassemblements sociaux, le jardinage et la pratique de sports. En se servant du toit, la Ville a pu créer un parc beaucoup plus grand, explique M. Hutch. 

Il affirme que la Commission des parcs a travaillé fort pour négocier la structure de propriété du parc avec le centre commercial. Cette entente comprend des dispositions selon lesquelles l’entretien du parc et le renouvellement des immobilisations sont à la charge du propriétaire du terrain et non de la Commission des parcs. C’était la première fois que la Commission négociait une telle entente. Celle-ci était nécessaire en raison de la complexité liée à la présence de multiples équipes d’entretien sur le site et de la responsabilité à assumer si un employé de la Commission endommageait la membrane de protection. Un comité opérationnel composé d’employés de la Commission et du centre commercial sera créé pour trouver des solutions aux problèmes éventuels.

Un réseau connecté

High Level Line – jonction Grandin à Edmonton. Crédit : High Level Line

Comme nous en avons parlé dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier, en planifiant leurs parcs, les villes se préoccupent de plus en plus à la connectivité. On retrouve un nombre grandissant de parcs, de sentiers et d’autres espaces verts linéaires qui se faufilent dans des endroits restreints, donnant du fait même de nouvelles fonctions aux couloirs hydroélectriques et ferroviaires.

La High Level Line à Edmonton est l’un de ces projets. Il découle de la vision d’un groupe communautaire qui a attiré l’attention des représentants de la Ville. Le plan propose de relier des quartiers le long d’une route de 4 km en utilisant un couloir ferroviaire existant qui traverse la rivière Saskatchewan North. L’idée suit les principes de connectivité mis de l’avant dans le Downtown Public Places Plan 2019 de la Ville. 

Le projet reliera des parcs existants, mais tirera aussi profit de terrains privés. Par exemple, les propriétaires fonciers pourraient développer leurs sites pour qu’ils s’ouvrent sur la High Level Line ou offrir des commodités. 

« La rivière Saskatchewan North et la vallée fluviale sont des atouts importants pour Edmonton — mais ce sont aussi de réelles barrières », explique Kevin Dieterman, porte-parole du groupe. Toutefois, le projet n’est pas qu’un moyen de se rendre du point A au point B. « L’expérience que vous vivrez en vous déplaçant y est pour beaucoup », ajoute-t-il.

De la rue au parc

Rue piétonne à Montréal. Crédit : Park People

Les emprises routières, comme les rues, sont de plus en plus considérées comme des ressources pour la création d’espaces publics temporaires et permanents. 

Les nouveaux projets qui prévoient des bordures de trottoir plus basses et un revêtement spécial donnent aux rues une plus grande polyvalence. À Toronto, on appelle cette approche de la conception « parcs plus ». Comme l’explique Mme Nasr : « On peut voir la chose comme une équation : les parcs + les rues = un domaine public incroyable. » 

Montréal s’est démarquée comme une véritable pionnière avec les 15 nouvelles rues piétonnes et partagées qu’elle a aménagées depuis cinq ans et qui s’ajoutent aux 50 qui existaient déjà. Le Programme de rues piétonnes et partagées, qui a donné lieu à la création d’un catalogue d’inspirations, soutient la mise en œuvre de projets qui reflètent la culture d’un quartier, notamment par un processus de conception participatif.

Si on donne de nouvelles fonctions aux rues depuis des années, la pratique s’est accélérée pendant la crise de la COVID-19. Dès avril et partout au pays, des villes comme Winnipeg, Toronto, Montréal et Vancouver ont commencé à offrir des voies de circulation automobile aux piétons afin de créer des espaces publics temporaires favorisant la distanciation physique.
Et depuis avril, les défenseurs et les urbanistes ont approfondi cette conversation. Par exemple, la fabricatrice d’espaces Jay Pitter a souligné les « iniquités spatiales » qui mettent en évidence les limites de tels projets et le fait qu’ils avantagent seulement une partie de la population.  Elle a souligné le besoin de recentrer les discussions sur la race, la classe, la capacité et le genre, un appel qui trouve un écho chez d’autres auteurs. En effet, selon les témoignages, les actes antiasiatiques seraient à la hausse dans les espaces publics canadiens depuis le début de la pandémie.

Espace privé, commodité publique

Plus du tiers des villes que nous avons sondées ont signalé une demande croissante pour l’aménagement d’espaces publics sur des propriétés privées (EPPP). Les EPPP sont construits et entretenus par des propriétaires fonciers en vertu d’ententes avec la Ville qui garantissent un accès public. Les villes comme Toronto et Vancouver comptent déjà un grand nombre d’EPPP, tandis que Mississauga, Richmond Hill et Waterloo disent envisager ce type de solution.

« Je pense qu’il est très important que le rôle et la fonction de ces espaces soient clairs », indique Mme Nasr. À Toronto, on a utilisé des EPPP, notamment des sentiers aménagés ou de petits espaces de rassemblement devant des immeubles, pour créer un domaine public plus unifié, sans viser à remplacer les parcs. Selon Mme Nasr, ces espaces peuvent toutefois soulager une partie de la pression sur les parcs dans les zones densément peuplées. 

Le caractère public des EPPP a toutefois été remis en question en raison de disputes sur l’accès et parce que certaines entreprises empiétaient sur ces espaces. Et comme il s’agit de propriétés privées, les EPPP peuvent, au bout d’un certain moment, être réaménagés, comme ça a été le cas à Vancouver
Dans un effort pour sensibiliser l’opinion et promouvoir une conception et une visibilité améliorées de ces espaces, Toronto a produit une carte des EPPP, des lignes directrices sur leur conception et une stratégie sur l’affichage visant à préciser que les EPPP sont des espaces publics.

Accroître ou améliorer?

Rendu de l’espace public du réaménagement de Square One à Mississauga. Crédit : Oxford Properties Group et Alberta Investment Management Corporation

Chris Hardwick est directeur à 02 Planning + Design et il a travaillé à des plans de parcs à Edmonton, à Halifax, à Toronto et à Winnipeg. Il indique que dans vos discussions sur les parcs, vous devez mettre en balance les coûts et les avantages des deux approches qui s’offrent à vous, à savoir l’augmentation du nombre de parcs et l’amélioration des parcs existants. 

M. Hardwick maintient que dans les cas où les terrains sont dispendieux et rares, la meilleure stratégie pourrait consister à déployer des ressources afin de garantir le rendement optimal des parcs existants. Cependant, les villes doivent être prévoyantes en faisant rapidement l’acquisition de terrains dans les zones qui sont appelées à se développer plutôt que d’essayer de se rattraper plus tard.

Il ajoute que différents défis existent selon le contexte urbain, la croissance et les changements démographiques. Certaines villes font face à un manque d’espaces pour les parcs, tandis que d’autres en ont trop ou ne disposent pas du bon type d’espaces. Les représentants de Prince George, par exemple, ont affirmé avoir transformé des terrains de baseball sous-utilisés en parcs à chiens.

Des initiatives inspirantes qui aident les résidents à s’emmitonner et à sortir dans les parcs pendant les mois les plus froids de l’année

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2019 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Avouons-le, le Canada est un pays hivernal. Ces initiatives aident les résidents à s’emmitonner et à sortir dans les parcs pendant les mois les plus froids de l’année.

Il va sans dire que l’image du Canada en tant que pays froid et glacé en permanence est un mythe. Mais personne ne peut nier que pendant de longs mois, nos villes sont des endroits frisquets et recouverts de neige. 

Certaines villes canadiennes embrassent leur côté hivernal, allant même jusqu’à célébrer cette saison comme la période idéale pour sortir à l’extérieur et profiter des parcs plutôt que de s’encabaner avec une tasse de thé. 

Edmonton mène le peloton avec sa WinterCity Strategy (Stratégie de ville hivernale) et l’organisation de son congrès inaugural Winter Cities Shake-Up (Réveil des villes hivernales) en 2017. Saskatoon, qui a accueilli le Winter Cities Shake-Up* en 2019 travaille à sa propre WintercityXYE Strategy*. 

Edmonton dirige une variété de programmes hivernaux*, comme la raquette et les pique-niques hivernaux, et en fait activement la promotion pour faire sortir les gens dehors. Dans un sondage récent mené par la Ville, 44 % des résidents ont affirmé avoir une image plus positive de l’hiver depuis que le programme a commencé.

Dans le cadre d’un projet pilote mené en 2017, la Ville a également étendu son Green Shack Program (Programme de cabanes vertes) existant afin qu’il soit offert toute l’année. Dans le cadre de ce programme, le personnel de la Ville contribue à la programmation des parcs en distribuant des équipements récréatifs qui sont rangés des cabanes vertes. Le projet pilote de 120 000 $ comprenait huit cabanes vertes qui ont fait la tournée des parcs de septembre à juin. Le volet hivernal du programme a attiré autant de participants que son pendant estival.

Mais Edmonton n’est pas la seule à s’amuser dans la neige.

Montréal est une autre ville canadienne qui embrasse l’hiver de façon créative. En janvier de 2018, un groupe de collaborateurs, dont La Pépinière Espaces Collectifs, Rues principales et Vivre en Ville, ont lancé le Laboratoire de l’hiver. Le projet vise à reconquérir l’hiver au moyen d’activités amusantes, à commencer par la publication d’un guide pour des espaces publics hivernaux actifs. 

Toronto peut se vanter d’offrir le plus grand réseau de patinoires extérieures artificielles au monde. Dernièrement, la Ville a travaillé avec l’organisation montréalaise La Pépiniére afin de lancer son Rink Social Program* (Programme de patinoires sociales). Dans le cadre du programme, on a animé et agrémenté les patinoires extérieures au moyen de foyers, de nourriture et de boissons, d’espaces de rassemblement et d’un service de prêt de patins. La Ville anime également des séances de formation pour les résidents qui veulent créer des patinoires naturelles dans les parcs*en plus de leur offrir une fiche-conseil pratique*.

Halifax et Charlottetown ont toutes deux trouvé des façons créatives de faire sortir les gens dehors et de les faire bouger à l’hiver. L’Emera Oval d’Halifax est l’une des plus grandes patinoires au Canada, et c’est le lieu de soirées cinémas et de soirées DJ. On y trouve également des abris conçus par des artistes et permettant aux gens de se réchauffer. En février de chaque année, Charlottetown accueille WinterlovePEI (Amour hivernal Î-.P-E.), un événement mis sur pied par une organisation communautaire qui fait la promotion d’activités adaptées au froid, comme le yoga hivernal.

Des programmes novateurs et créatifs apportent l’art, la gastronomie et des thérapies de santé mentale dans les parcs urbains

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2019 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Rendez-vous dans un parc et prenez une respiration profonde. Vous vous sentez mieux? Vous n’êtes pas seul. La recherche a permis d’établir des liens étroits entre le fait de passer du temps dans la nature et une amélioration de la santé mentale. Un partenariat entre la Ville de Victoria et Human Nature Counselling s’appuie sur ce principe avec un programme appelé New Roots* (Nouvelles racines). 

Le programme emmène des jeunes dans les parcs urbains pour une thérapie axée sur la nature qui combat l’anxiété et les pensées négatives. Les participants se livrent à une variété d’activités individuelles et de groupe, comme la pleine conscience, la tenue d’un journal personnel, la randonnée et des jeux dans la nature. Le programme les aide « à ralentir le rythme, et à renouer avec leurs sens et le monde naturel », explique Katy Rose de Human Nature Counselling. 

Le succès du programme est en grande partie dû au fait qu’il est offert dans les parcs de la ville, car, selon Mme Rose, les jeunes « veulent être là ». Les programmes de santé mentale sont généralement offerts à l’intérieur, ce qui peut rendre certaines personnes mal à l’aise. « Il est simplement beaucoup plus facile de bâtir une communauté en plein air », affirme Mme Rose. Elle ajoute que c’est également une occasion pour les jeunes de se sentir liés à leurs parcs locaux.

La Ville est un champion essentiel du programme. Elle aide à trouver du financement et à établir une liaison avec des parcs en particulier. Le programme est offert après les heures de classe à des jeunes du niveau intermédiaire et secondaire. En 2018, il était entièrement financé par Island Health. 

Le personnel offre également aux jeunes des projets de services, comme la cueillette de lierre, qui est ensuite séché et tressé. Selon Mme Rose, l’utilisation de l’espèce envahissante comme métaphore permet de montrer aux jeunes comment des éléments en apparence négatifs peuvent être transformés en quelque chose de positif. 

Shelley Brown, responsable des programmes de loisirs et de parcs à la Ville, est parmi les principaux défenseurs du programme. Elle a travaillé avec des élèves à un programme de restauration de prés et souligne que « les jeunes se sont rapidement passionnés pour les parcs et les espaces naturels ». 

Mme Brown explique qu’une composante importante de son travail consiste à aider à trouver du financement pour veiller à ce que New Roots demeure gratuit. « Parce que ce programme est relativement nouveau et parce qu’il s’éloigne de l’idée que les gens se font généralement de la thérapie, nous voulions éliminer le plus d’obstacles possibles à son accès », affirme-t-elle. 

Le rôle de la nature dans l’amélioration de la santé mentale est également au centre d’un autre partenariat, cette fois à Guelph. En effet, la Ville héberge un organisme de bienfaisance enregistré qui gère l’Enabling Garden* (Jardin bienfaisant) du parc Riverside, un espace de jardin accessible qui offre des expériences thérapeutiques par l’entremise de l’horticulture. 

« Le jardin thérapeutique offre une ambiance apaisante et engageante dans laquelle, aidés d’un hortithérapeute agréé, les gens peuvent tisser des liens dans leur communauté de façon créative et parler de leur vécu afin de favoriser leur bien-être et d’alléger leur souffrance », explique Anna Kroetsch, une hortithérapeute du jardin. 

Le jardin a été conçu pour pouvoir accueillir tout le monde, peu importe l’âge ou les capacités. « Avec son sentier large, accessible et à l’éclairage doux ainsi que ses pancartes écrites en braille et ses plates-bandes surélevées, le jardin peut accueillir des gens qui ne pourraient peut-être pas avoir accès à la nature dans d’autres circonstances et leur permet de profiter confortablement des odeurs, des textures et des goûts du monde naturel, et ce, peu importe leurs capacités », affirme Mme Kroetsch.

Bâtir une communauté par les arts dans les parcs

Vancouver transforme des pavillons de parcs vides en centres névralgiques des arts et de la culture dans le cadre de son programme original appelé Fieldhouse Activation Program (Programme d’animation Fieldhouse). 

Dans le cadre d’un partenariat d’entraide, la Ville associe des groupes communautaires à des pavillons de parcs vacants. Autrefois les suites des préposés à l’entretien, ces espaces sont offerts aux groupes gratuitement en échange de 350 heures d’animation communautaire. 

Lancé en 2011, le programme est maintenant mis en œuvre dans 22 parcs et accepte les candidatures de groupes voués aux arts, au sport, à l’environnement, à l’alimentation locale ou à l’engagement social pour des résidences de trois ans. 

Pour la résidence commençant en 2019*, les programmes comprennent des projets d’alimentation autochtone, des activités intergénérationnelles, des camps de rock pour les filles, des échanges de semences, des ateliers de cinématographie écologique, et plus.

À Toronto, la Ville amorce la troisième année de son populaire programme Arts in the Parks (Les arts dans les parcs), dirigé par le Conseil des arts de Toronto. Comme l’a indiqué la directrice du Conseil Claire Hopkins dans un billet de blogue en 2018, l’idée est née du manque d’endroits pouvant accueillir les œuvres d’artistes à l’extérieur du centre-ville. 

Elle a également remarqué que de nombreux artistes avaient du mal à obtenir des permis et des autorisations pour réaliser des activités dans les parcs. « L’argent des contribuables qui est versé aux organisations artistiques est censé servir à créer des œuvres, mais ces organisations sont obligées de consacrer la majorité de leurs fonds à l’obtention de permis et à la promotion d’événements publics gratuits », explique Mme Hopkinson.

Le programme ne vise surtout pas à parachuter les arts dans les quartiers. C’est pourquoi on insiste pour travailler avec des groupes communautaires locaux afin de s’assurer que les œuvres sont appropriées et adaptées aux quartiers. 

En 2018, le programme a permis de tenir 282 événements dans 36 parcs aux quatre coins de la ville, et la majorité de ces événements se sont déroulés à l’extérieur du centre-ville. Une boîte à outils créée en 2019 fournit plus d’information à ceux qui voudraient créer des programmes semblables. Elle porte notamment sur le financement, les partenariats, les interventions dans la communauté et l’évaluation. 
Artist in Residence (Artiste en résidence) est un programme à plus petite échelle mis en œuvre par la Ville de Waterloo. Ce programme qui s’inscrit dans le plan culturel de la Ville permet à « des artistes de travailler en partenariat avec la Ville pour offrir des projets d’art communautaires à tous les citoyens, peu importe leur âge, leurs capacités et leur expérience ». En 2018, le programme a présenté des œuvres des artistes Denise St Marie et Timothy Walker dans le parc Waterloo. Les œuvres comprenaient des promenades de mots, des activités narratives et des chasses au trésor.

Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Si les projets de biodiversité à petite échelle sont essentiels, il n’en demeure pas moins que la taille a de l’importance quand il est question de nature : les vastes espaces peuvent accueillir une plus grande diversité de plantes qui, à leur tour, peuvent soutenir une plus grande diversité et un plus grand nombre d’espèces. Les vastes espaces naturels fournissent aussi des services écologiques critiques en purifiant l’air, en contribuant à la gestion des eaux pluviales et en réduisant la chaleur urbaine, des enjeux qui gagnent d’ailleurs en importance à mesure que les changements climatiques accroissent le stress environnemental.

Les villes utilisent différents outils stratégiques et de planification pour protéger les écosystèmes urbains sensibles ou les liens d’habitats importants. Leur désignation en tant que zones écologiquement vulnérables est parmi ces outils. Par exemple, Toronto a désigné 68 nouvelles ZEV, Montréal a mis en place un programme de gestion des écosystèmes pour ses grands parcs et Fredericton a lancé deux nouveaux plans de gestion des grands parcs.

Toutefois, si 52 % des villes ont des plans environnementaux comprenant des objectifs en matière de biodiversité, seulement 19 % ont indiqué avoir des stratégies de biodiversité municipales. Une planification municipale plus englobante qui tient compte des espèces clés, comprend des plans d’éducation et d’intendance et identifie les corridors d’habitats est donc nécessaire.

Créer des liens à toutes les échelles

Promenade en bois dans une forêt
La promenade Bose Forest à Surrey. Crédit: Pamela Zevit

Les parcelles d’habitats, aussi grandes soient-elles, ne suffiront pas si elles sont isolées.

Qu’il s’agisse d’un paysage urbain ou d’une aire naturelle intacte, vous devez relier les réseaux pour favoriser des écosystèmes qui fonctionnent efficacement, explique Pamela Zevit, planificatrice de la conservation de la biodiversité de Surrey.

La connectivité garantit que la faune n’est pas confinée dans ce que Mme Zevit appelle des « îlots d’habitat ». Ceux-ci se dégradent facilement à cause de la pollution, de la maladie ou de perturbations, ne laissant aux animaux aucun endroit où aller.

C’est pourquoi Surrey a investi autant d’énergie dans la planification de son réseau d’infrastructures vertes : une série de corridors d’habitats éparpillés dans toute la ville et qui relient de plus grands centres d’habitats. Si la planification à l’échelle municipale est importante, il faut aussi établir des liens au sein de réseaux régionaux. Après tout, les animaux ne s’arrêtent pas aux frontières des villes. Surrey s’est donc assurée que son réseau est relié aux systèmes naturels des villes avoisinantes.

« Surrey désire fortement devenir un chef de file, affirme Mme Zevit. Nous avons déployé ces efforts très tôt pour relier beaucoup de points, et nous pourrons participer aux futurs projets qui seront mis sur pied à l’échelle régionale, quels qu’ils soient. »

À l’intérieur de ses propres frontières, la Ville travaille également à l’approbation de ses premières lignes directrices en matière de conception axée sur la biodiversité. Ces lignes directrices couvriront non seulement les aires naturelles, mais aussi les lieux qui constituent, dans les mots de Mme Zevit, la « matrice urbaine ». Il s’agit de tous ces lieux à l’extérieur des parcs et des aires naturelles qui ont une incidence sur la biodiversité.

« Elles [les lignes directrices] constituent une approche exhaustive et depuis longtemps attendue qui relie tous les guides de conception et les documents de construction existants et tous ces outils dont nous disposons pour nous indiquer comment intégrer des objectifs en matière de biodiversité dans toutes les activités de la ville », explique Mme Zevit.

Calgary a elle aussi approuvé une stratégie de la biodiversité en 2015 et elle travaille fort à sa mise en œuvre afin de restaurer les espaces naturels et de garantir la connectivité.

Champ à l'aube avec la silhouette d’une ville en arrière-plan
Nose Hill Park à Calgary. Crédit: Chris Manderson

Depuis deux ans, la Ville a identifié et évalué les composantes de son réseau écologique afin de pouvoir déterminer quels projets de restauration et de mise en valeur sont prioritaires. Elle a même produit un guide sur la naturalisation des parcs existants.

Avant que ce travail d’évaluation soit entrepris, Calgary n’avait pas de « mécanisme pour l’établissement de priorités municipales en matière de conservation de la biodiversité ou de restauration des habitats », explique Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages. Les mesures prises répondaient plutôt à des besoins ponctuels. Elle ajoute qu’à Calgary, comme dans de nombreuses autres villes canadiennes, le développement urbain s’est opéré un quartier à la fois, et la planification urbaine s’est faite principalement à l’échelle locale plutôt que globalement, dans toute la ville ou dans toute la région.

« Bien que cette approche aide à garder publiques des parcelles de terres riches en biodiversité et très variées sur le plan des paysages, il nous manquait ce pilier écologique qui nous permet d’examiner comment le développement des quartiers contribue ou nuit à la connectivité à l’échelle de la ville ou de la région », déclare Mme Carney.

Pour effectuer son évaluation, la Ville a examiné la perméabilité des paysages pour les déplacements de la faune, la taille des zones d’habitat et les usages des terres adjacentes. Elle a aussi déterminé dans quelle mesure l’espace était essentiel au fonctionnement du réseau écologique dans son ensemble.

Même si on adopte une approche globale dans toute la ville, Mme Carney affirme que les parcs de petite taille jouent un rôle dans la connectivité au même titre que les espaces plus vastes. Les parcs de grande taille servent de « réservoirs de la biodiversité » tandis que les plus petits, qu’ils soient naturels ou entretenus, fournissent des habitats pour les petites espèces, servent de « relais » et permettent aux gens de côtoyer la nature au quotidien.

Pour ces espaces plus petits, les villes peuvent se tourner vers des politiques de développement afin de préserver et d’améliorer la connectivité. Par exemple, par ses politiques de zonage des corridors verts, le District de Langley soutient la biodiversité en s’assurant qu’il y a des corridors verts et des zones tampons dans chacune de ses communautés. Red Deer, quant à elle, dresse le profil écologique de chaque nouveau lotissement afin de garantir que ses caractéristiques naturelles sont protégées.

Restaurez les cours d’eau

Dessin numérique d'une ville avec des bâtiments, des espaces verts et des plans d'eau
Une embouchure naturalisée le long de la rivière Don. Crédit: Waterfront Toronto

Les secteurs riverains (les habitats le long des cours d’eau) sont des zones particulièrement riches pour la biodiversité, et ils constituent d’importants liens d’habitats. Ils jouent également un rôle essentiel dans l’atténuation des risques liés aux changements climatiques puisqu’ils assurent une protection contre les inondations et préviennent les dommages occasionnés par des événements météorologiques extrêmes.

Le projet du Nicomekl River Park restaurera et mettra en valeur des zones écologiques riveraines uniques en les transformant en parc linéaire de 3 km alliant nature, art, patrimoine, loisirs et espaces sociaux. La Ville a publié un plan patrimonial et une stratégie d’art public, auxquels s’ajoute un plan d’aménagement. Celui-ci souligne les occasions de reconnaître l’histoire et les pratiques autochtones ainsi que les plantes indigènes au moyen d’une programmation, d’affiches et de dénominations.

Sous l’égide de l’organisation Waterfront Toronto, la Ville de Toronto entreprend elle aussi un projet de restauration majeur impliquant la naturalisation de l’embouchure de la rivière Don, qui se jette dans le lac Ontario. Le projet, qui suppose aussi la création de parcs-rues axés sur la biodiversité dans les nouveaux quartiers de cette région, fournira une protection contre les inondations et restaurera des paysages perdus.

À plus petite échelle, Vancouver s’apprête à déterrer un ruisseau qui traverse les parcs Tatlow et Volunteer, restaurant ainsi un cours d’eau qui se jetait jadis dans la baie English. Comme beaucoup d’autres ruisseaux, celui visé par ce projet a été enterré au fil du développement de Vancouver, une pratique adoptée par de nombreuses villes dans le cadre de l’urbanisation.

Le projet donne suite aux priorités établies dans le nouveau plan directeur pour les parcs de Vancouver, VanPlay, qui visent à restaurer les espaces sauvages et à accroître la connectivité. En ramenant le ruisseau à la surface, on créera un nouvel habitat pour les espèces aquatiques, les oiseaux et les pollinisateurs. Le ruisseau contribuera aussi à la gestion des eaux pluviales et à l’amélioration de la qualité de l’eau.

Transformer les couloirs hydroélectrique en corridors de la biodiversité

Corridor d'espaces verts dans une grande ville
Meadoway Western Gateway à Toronto. Crédit: TRCA

Les étendues souvent vastes de pelouses tondues dans les couloirs hydroélectriques qui traversent les villes sur des kilomètres sont de plus en plus reconnues comme des zones potentielles d’habitats reliés.

Prenons l’exemple du Meadoway, un projet mené par l’Office de protection de la nature de Toronto en partenariat avec la Ville, Hydro One et la Fondation W.-Garfield-Weston, un bailleur de fonds philanthropique.

Enfant dans un champ de fleurs, avec des papillons et des câbles électriques au-dessus de la tête
Meadoway Childs Eye View à Toronto. Crédit: TRCA

Le plan, dont la mise en œuvre est déjà amorcée, vise à naturaliser un couloir hydroélectrique de 16 km qui traverse Scarborough, reliant deux grandes aires naturelles à chaque extrémité : le parc urbain national de la Rouge et le ravin de la vallée de Don. Lorsqu’il sera terminé, le Meadoway comportera des centaines d’acres de prés servant d’habitats ainsi que des zones de terres humides restaurées, un long sentier et des espaces pour les rassemblements sociaux. Une trousse de visualisation en ligne démontre le potentiel du projet, qui devrait être terminé d’ici 2024.

Montréal a elle aussi annoncé des plans pour un corridor de la biodiversité dans un couloir hydroélectrique de l’arrondissement Saint-Laurent. « Les changements climatiques nous obligent à agir vite en adoptant des solutions innovatrices », a expliqué le maire de l’arrondissement Alan DeSousa. Il a décrit le projet de « laboratoire » qui permettra aux autres d’apprendre. La construction du projet se fera sur 450 hectares de terrain et donnera lieu à des habitats naturels, à des sentiers et à des toits verts installés sur les immeubles avoisinants.

Corridor d'espaces verts dans une grande ville
Le Corridor pour la biodiversité du Saint-Laurent. Crédit: Table Architecture, LAND Italia, civiliti, Biodiversité Conseil

Voyez grand pour les grands parcs

Plan avec une zone de projet surlignée en vert
Blue Mountain Wilderness Connector. Crédit: Nova Scotia Land Trust

Voici ce que font d’autres villes canadiennes pour créer et mettre en valeur leurs vastes parcs nature et améliorer la connectivité des habitats :

  • En 2019, la mairesse de Montréal a annoncé une vision pour la création d’un vaste système d’espaces verts urbains appelé Grand parc de l’Ouest. Situé dans l’ouest de l’île de Montréal, le nouveau parc sera constitué de parcs existants reliés entre eux et de 1 600 hectares de nouveaux espaces verts, pour une superficie totale de 3 000 hectares.
  • Halifax travaille avec le Nova Scotia Nature Trust pour préserver une zone sauvage de 230 hectares à 20 minutes du centre-ville baptisée le Blue Mountain Wilderness Connector. La directrice générale du Nova Scotia Nature Trust Bonnie Sutherland a expliqué à la CBC que ce territoire est « parmi les dernières vastes zones sauvages intactes dans la grande région de Halifax ». La région abrite plusieurs espèces en péril et était appelée à accueillir un ensemble résidentiel.
  • En 2019, Kingston a approuvé un nouveau plan directeur pour le parc Belle, ouvrant la voie à un projet sur 15 ans visant la restauration du parc de 45 hectares, le plan grand parc urbain exploité par la ville. Le terrain était une décharge transformée en parcours de golf et inclut Belle Island, un lieu d’une très grande importance en tant que cimetière autochtone dont la propriété est partagée entre le Conseil des chefs de la nation Mohawk et la municipalité. Le nouveau plan appelle à la promouvoir la biodiversité via des projets de naturalisation et la création d’accès récréatif comme des sentiers de promenade.
  • Richmond Hill va de l’avant avec un grand projet de restauration d’un boisé dans le parc de l’observatoire David Dunlap, qui fait 40 hectares. Ce projet est décrit dans le plan directeur du parc qui a été approuvé en 2016 et qui identifie aussi des terres humides et des corridors d’habitats sauvages. Des efforts de promotion ont permis de conserver ces terres pour la création d’un parc plutôt que pour le développement.
  • En 2020, Toronto a approuvé un plan de mise en œuvre pour sa Ravine Strategy qui cible ce réseau de zones écologiquement riches qui sillonnent la ville. Le plan prévoit la création d’une unité spéciale des ravins qui surveillera le travail, ainsi que des fonds supplémentaires pour la conservation, les mesures de nettoyage et l’intendance communautaire.

Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Les changements climatiques et la perte de biodiversité imposent un stress à nos écosystèmes, et il est donc plus important que jamais d’engager les résidents dans la conservation urbaine.

Comment s’y prendre alors pour mobiliser les gens malgré leurs vies occupées tout en respectant le savoir traditionnel et en faisant participer un plus grand nombre de personnes à la conversation sur la conservation.

Réfléchissez à la méthode et au message

Selon Jennifer Pierce, chercheuse en biodiversité à l’Université de la Colombie-Britannique, pour rallier les gens autour de la biodiversité, il faut articuler cette dernière d’une façon qui les touche.

Elle recommande de se poser des questions comme « Comment la biodiversité s’inscrit-elle dans leurs vies? Dans leurs valeurs? » Dans certains cas, il faudra laisser tomber les arguments axés uniquement sur l’environnement et relier la biodiversité à d’autres enjeux qui préoccupent les gens.

Comme nous l’avons souligné dans notre description de projets de biodiversité urbaine à l’échelle des quartiers, l’un des avantages des initiatives locales est leur capacité à rendre la biodiversité tangible et pertinente. Une étude récente a également montré qu’exposer les gens à la nature à proximité de chez eux peut avoir une incidence positive sur leur engagement dans des enjeux environnementaux plus globaux.

En misant sur leur attachement à leur domicile ou à leur quartier, et en leur montrant comment des jardins de plantes indigènes et des jardins de pluie pourraient, par exemple, leur faire économiser de l’argent (comme le fait le programme de remises de Guelph), il est possible d’inclure plus de gens dans la conversation.

Le travail auprès des jeunes est un autre moyen de mobiliser les gens. La population des écoles est représentative de la société, explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée à l’Université Ryerson. Les élèves peuvent relayer des messages sur l’importance de la biodiversité à leurs parents, comme ils l’ont fait pour le recyclage dans les années 1980. « Ce sont les enfants qui ont poussé leurs parents à se mettre au recyclage en montrant l’exemple », indique Mme Lister.

Respectez et honorez la protection des terres par les peuples autochtones

Des personnes plantant des végétaux dans un jardin communautaire
Les Amis de Watkinson Park. Crédit: l’Aînée Marlene Bluebird

Joce Two Crows Tremblay, de l’Indigenous Land Stewardship Circle à Toronto, travaille directement avec des jeunes de la rue et des membres des populations autochtones urbaines. Ensemble, ils plantent des espèces indigènes dans les parcs et les espaces publics locaux et s’en occupent.

Ces jardins sont un moyen important de renouer avec la terre, les traditions et les cérémonies, des liens qui ont été coupés dans le cadre du processus de colonisation.

« Pour 50 % de la population autochtone qui vit en milieu urbain, les parcs sont les seuls endroits qui nous permettent de renouer avec la terre. Mettre ses mains dans la terre favorise grandement la guérison. »

Joce Two Crows Tremblay compile la recherche et éduque les gens sur les pratiques de gestion des espèces moins envahissantes. Son travail est profondément ancré dans la reconnaissance du fait que le mode de pensée colonial est souvent reproduit dans notre gestion des espèces et des paysages.

Introduire de nouvelles façons de penser nécessite des efforts constants et le renforcement des intentions auprès de l’ensemble du personnel, un apprentissage que Joce Two Crows Tremblay a fait lorsqu’on a accidentellement tondu leurs jardins des trois soeurs. La personne qui coupe le gazon doit comprendre, tout autant que la direction, les efforts pour renforcer la biodiversité et le travail de réconciliation dans les parcs.

Nous incorporons peu le savoir et les pratiques autochtones d’aménagement des terres dans notre travail lié à la biodiversité, et « c’est une lacune énorme et irresponsable », affirme Mme Lister.

Elle souligne que le personnel municipal qui met en place des stratégies de biodiversité a de bonnes intentions et est conscient de la nécessité d’accroître la participation des Autochtones dans ces efforts, mais il reconnaît aussi que les organisations et les communautés autochtones sont à la limite de leurs capacités.

« Il est reconnu depuis longtemps que les schémas de colonisation et l’histoire coloniale sont répétés et enracinés dans les façons dont nous construisons nos paysages, explique Mme Lister. Et comme le dit Lorraine Johnson, il doit y avoir une décolonisation du jardin. »

Sans se pencher spécifiquement sur les parcs urbains, une étude menée à l’Université de la Colombie-Britannique en 2019 a souligné l’importance des pratiques autochtones d’intendance des terres et révélé que la biodiversité était plus riche sur les terres aménagées par des Autochtones. En effet, le nombre d’espèces uniques y est supérieur de 40 %.

Engendrez le respect et un souci pour la biodiversité

Panneau d'interprétation dans une forêt
Des panneaux d’interprétation dans la Forêt Bose à Surrey. Crédit: Pamela Zevit

Sensibiliser la population globale afin qu’elle se préoccupe de la biodiversité peut être difficile. Si certaines personnes « adorent un endroit à la vie, à la mort », d’autres font abstraction de ses écosystèmes sensibles, y éparpillent leurs déchets ou permettent à leur chien d’y courir en liberté.

Or, comme l’a fait remarquer Don Carruthers Den Hoed de l’Université Mount Royal, la façon dont nous parlons d’un endroit, le nom que nous lui attribuons et le discours dont nous l’entourons peuvent contribuer à faire comprendre son importance. Les humains cherchent constamment des indices sur le comportement à adopter et l’usage à faire d’un lieu.

M. Carruthers Den Hoed mentionne une étude où on a dit aux participants qu’ils allaient au parc. Avant même de s’y rendre, les gens percevaient déjà cet endroit comme un lieu restaurateur, et ce en raison du terme utilisé. En désignant un lieu de « parc » ou de « paysage sensible », nous influençons les liens que les gens développeront avec cet endroit.

Dans une autre de ses études, M. Carruthers Den Hoed a effectué un « test aveugle » de la nature. Il a réparti les participants dans trois groupes et a emmené les groupes au même endroit, mais en modifiant les conditions pour chacun d’eux : à son arrivée, le premier groupe y a vu une affiche indiquant qu’il s’agissait d’un parc, le deuxième n’a pas vu d’affiche, et le troisième a pu interagir avec des Aînés autochtones qui leur ont parlé de la signification spirituelle du lieu.

M. Carruthers Den Hoed a découvert que la manière dont les gens perçoivent un espace — l’importance qu’ils y accordent et le niveau perçu de soins qu’il exige — est influencée par ce qu’ils apprennent sur cet espace, que ce soit par des affiches ou par des récits. Par conséquent, il souligne qu’il est essentiel de réfléchir à ce que les installations, les affiches et l’aménagement d’un parc disent au sujet de son importance et de sa raison d’être.

Des moyens créatifs de rallier les gens et de les mobiliser

Voici certaines des pratiques créatives adoptées par les villes et les communautés pour faire participer les gens à la préservation et à la mise en valeur de la biodiversité urbaine.

TIREZ PROFIT DU POUVOIR DE L’ART.

  • À Montréal, Les Amis du Champ des Possibles ont organisé des séances de dessin botanique pour attirer les artistes et les résidents locaux dans un terrain vacant transformé en aire naturalisée.
  • La Ville de Montréal a collaboré avec des étudiants en communications de l’Université Concordia pour créer une série de 25 courts métrages artistiques intitulée Portraits d’Arbres et visant à sensibiliser les gens aux arbres en milieu urbain.
  • Pour la première fois de leur histoire, la division de la culture et la division des parcs de Mississauga ont travaillé ensemble pour créer une œuvre d’art public agissant en même temps d’hôtel pour les abeilles dans le parc commémoratif Jack Darling.

FAITES PREUVE D’ORIGINALITÉ.

  • Dans un esprit ludique, la Fondation David Suzuki a lancé la campagne Bee-BnB en adaptant l’idée des réseaux d’hébergement partagé aux pollinisateurs. L’objectif du projet était d’encourager les gens à planter des jardins de plantes indigènes dans leur quartier.

TRANSFORMEZ LA NATURE EN LABORATOIRE D’APPRENTISSAGE.

  • À Edmonton, la BioTrousse Urbaine aide les gens à prendre part à la science citoyenne et à effectuer une surveillance nature dans leur parc local.
  • Diverses villes, dont Calgary, participent au Défi Nature Urbaine, qui incite les résidents à recueillir de l’information sur la faune locale pendant plusieurs jours. Calgary travaille aussi avec des résidents au contrôle de caméras qui filment la faune en plus de s’allier à un programme de surveillance des amphibiens.
  • Regina tient la Ladybug Day, une journée où les résidents sont invités à libérer des milliers de coccinelles pour maîtriser la population de pucerons.
  • Montréal s’est alliée au Fonds mondial pour la nature Canada dans le cadre de Biopolis, une initiative qui met en lumière des projets de biodiversité et qui comprend une bibliothèque de ressources.
  • Winnipeg dirige le Living Prairie Museum, qui effectue de la recherche sur la diversité des pollinisateurs dans la ville et le contrôle des espèces envahissantes.

Deux personnes debout sur un sentier entouré de végétation
Les Champ des Possibles à Montréal. Crédit: Les Ami·es des parcs

DÉMYSTIFIEZ LA FAUNE.

  • Ottawa organise des conférences sur la faune données par des experts de différentes espèces animales qui vivent dans la ville.
  • Toronto produit une série de livrets sur la biodiversité sur les abeilles, les araignées, les poissons et d’autres bestioles locales.
  • Montréal a lancé la ligne Info-coyotes pour permettre aux résidents de signaler la présence de coyotes et pour aider les gens à se sentir plus à l’aise à l’idée de coexister avec cette population animale. (La Ville a aussi un plan de gestion du coyote qui met l’accent sur la collaboration des résidents.)

RENDEZ LA NATURE ACCESSIBLE.

  • Les autobus Nana de Montréal permettent aux citadins de se rendre dans les grandes aires naturelles des environs qui ne sont pas accessibles par le transport en commun.
  • Le programme Into the Greenbelt dans le sud de l’Ontario offre des bourses aux résidents de communautés défavorisées pour qu’ils puissent faire une visite guidée d’une journée en autobus et découvrir la ceinture de verdure.
  • La carte en ligne des aires naturelles d’Ottawa fournit des directions et de l’information sur les randonnées, y compris les sentiers accessibles en fauteuil roulant.
Sentier et végétation avec bâtiment et coucher de soleil en arrière-plan
Les Champ des Possibles à Montréal. Crédit: Les Ami·es des parcs

Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant pandémie

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Se promener au parc est quelque chose que nous sommes nombreux à faire intuitivement lorsque nous ressentons de l’anxiété. Et qui ne ressent pas d’anxiété en cette ère de la COVID-19? Les médecins ont même commencé à prescrire la nature à l’instar d’un remède. Mais les parcs ont-ils tous les mêmes bienfaits pour notre bien-être psychologique?

Dans les années 1990, des études pionnières ont montré que l’exposition à la nature, même quand il ne s’agit que de jeter un regard par la fenêtre, pouvait réduire le stress, améliorer la concentration et nous aider à guérir plus vite. Ces travaux de recherche ne faisaient toutefois pas la distinction entre les espaces sauvages et les pelouses semées d’arbres.

Des études plus récentes ont approfondi le sujet en explorant la réponse des gens à différents environnements naturels. Elles se sont intéressées au temps passé dans des zones biodiversifiées (plus longue était la période passée dans la nature, plus l’effet positif était important) et aux types de végétation présente (les fleurs aux couleurs vives étaient stimulantes, les plantes vertes, apaisantes). Les chercheurs ont aussi voulu savoir si la présence de mobilier comme des bancs de parc réduisait les bienfaits des aires naturelles. (Cette hypothèse a été infirmée.)

Dans l’ensemble, les gens ont fait état d’un sentiment de bien-être accru dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus biodiversifiées, une conclusion qui a des implications importantes pour la planification de la biodiversité urbaine et les mesures d’engagement prises.

L’accès à la nature et à la biodiversité est devenu encore plus essentiel pour notre santé mentale avec la COVID-19. La pandémie a augmenté le stress et démantelé les réseaux de soutien personnels de bien des gens, et la moitié des Canadiens ont signalé que leur santé mentale s’était appauvrie. Dans ce contexte, l’Association canadienne pour la santé mentale a mis en garde contre une potentielle « pandémie subséquente » de troubles mentaux.

Pendant le confinement, les gens n’avaient d’autres choix que d’essayer de concilier les mesures prescrites par le gouvernement et leur désir de prendre l’air pour se vider l’esprit. Selon un sondage mondial mené auprès de 2 000 personnes, la santé mentale et la santé physique étaient des moteurs importants de l’utilisation de l’espace public durant la pandémie. Le même sondage a révélé que les gens trouvaient refuge dans des endroits près de la maison, ce qui souligne la nécessité pressante de s’assurer que les aires naturelles sont distribuées de façon équitable à travers nos villes.

Une nouvelle frontière

Des gens marchant dans une forêt par une journée ensoleillée
Une promenade dans les bois. Crédit: Ami·es des parcs

Quand on parle des bienfaits de la biodiversité, on décrit souvent les effets environnementaux et les services écosystémiques. Ces notions englobent tout ce que font les aires naturelles pour aider à purifier l’air, à fournir des aliments, à prévenir les inondations, à contrôler les températures extrêmes, etc. Il est très important de voir la nature comme une infrastructure verte, mais ce discours fait abstraction du rôle que jouent ces espaces en tant qu’infrastructures psychologiques.

« Le recoupement entre la richesse de la vie sur terre et le bien-être humain est maintenant bien établi dans la science, et il s’impose rapidement comme un impératif dans les pratiques de conception et de planification », explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée et directrice de l’Ecological Design Lab à l’Université Ryerson. Elle a d’ailleurs désigné ce domaine de « nouvelle frontière ».

« Nos parcs et nos espaces verts publics n’ont jamais été aussi importants pour les citadins, surtout sur le plan de la santé mentale et des effets bénéfiques de la nature urbaine sur le bien-être, insiste-t-elle. Des chants d’oiseaux à la lumière du soleil en passant par les fleurs sauvages et les promenades à l’ombre des arbres, nous savons maintenant que la capacité d’accéder au plein air de façon sécuritaire est une nécessité, et une prescription vitale pour le bien-être.

« Plus vite nous reconnaîtrons que notre présence dans la nature est une source de réconfort psychologique, plus nous serons à même de protéger la nature pour notre propre bien-être », ajoute-t-elle.

Don Carruthers Den Hoed, un chercheur à l’Université Mount Royal qui gère également le Canadian Parks Collective for Innovation and Leadership, a mené ses propres études sur les liens entre la biodiversité et le bien-être. Il maintient que parler du bien-être peut être un moyen de faire participer un plus grand nombre de personnes aux conversations sur les parcs et la biodiversité. Il souligne d’ailleurs que l’indice canadien du bien-être peut inspirer des discussions sur les multiples bienfaits des parcs.

Selon M. Carruthers Den Hoed, il est facile de comprendre comment les parcs contribuent aux aspects de l’indice comme les loisirs et l’environnement. Mais qu’en est-il de l’engagement démocratique et de la vitalité communautaire? Le chercheur indique que les villes devraient s’appuyer sur l’indice pour faire valoir que si les programmes de bénévolat contribuent au travail de restauration naturelle, ils renforcent aussi la vitalité et le bien-être des communautés.

Éducation, restauration et bien-être : trois avantages à retirer de la nature

Clôture en bois entourée de végétation avec un panneau représentant un oiseau qui chante
Une zone réservée aux oiseaux. Crédit: Ami·es des parcs

Les effets de la biodiversité sur le bien-être dépendent souvent autant de la perception des gens que du niveau de biodiversité réelle d’une aire naturelle. Par exemple, dans une étude menée en 2012, les sondés ont signalé des niveaux de bien-être plus élevés dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus naturelles, même si leur perception ne cadrait pas avec les niveaux réels de biodiversité.

Les chercheurs ont souligné que ces résultats mettent en lumière une occasion à saisir. Combler l’écart entre la perception et la réalité par de l’éducation naturelle et des initiatives d’intendance pourrait donner lieu à des « scénarios dont tout le monde ressort gagnant » et qui « maximisent aussi bien la conservation de la biodiversité que le bien-être humain. »

Autrement dit, plus nous améliorons la biodiversité de notre ville et fournissons aux résidents des moyens de s’occuper des espaces naturels urbains, plus les gens pourront les apprécier et mieux ils se sentiront en conséquence.

Robin Wall Kimmerer a décrit cette relation réciproque entre l’intendance de la terre et le bien-être humain dans son livre Braiding Sweetgrass, qui allie savoir autochtone et science de la nature.

« Restaurer le territoire sans restaurer les liens est un exercice vide de sens, écrit-elle. Ce sont les liens qui perdureront et qui assureront le maintien du territoire restauré. Il est donc tout aussi essentiel de rétablir les liens entre les gens et le paysage que de rétablir des systèmes hydrologiques appropriés et d’éliminer les contaminants. Ces liens sont des remèdes pour la terre. »

Une occasion ratée ?

Des gens dans un canot sur une rivière
Des canoës sur la rivière Humber à Toronto. Crédit: Ami·es des parcs

Nina-Marie Lister considère que le Canada passe à côté d’une occasion en or en ne tirant pas profit des effets positifs de la biodiversité sur la santé et le bien-être. « Pour un pays qui jouit d’une aussi grande biodiversité, nous accusons un retard pour ce qui est des stratégies de protection qui peuvent améliorer le bien-être humain. Je pense qu’il est urgemment nécessaire de rapprocher la biodiversité et la santé dans nos politiques publiques. »

Selon Don Carruthers Den Hoed, bien que les gestionnaires de parcs parlent souvent des bienfaits spirituels de la nature, « ceux-ci ne sont jamais mentionnés dans les plans d’aménagement. C’est parmi les aspects très importants qui attirent les gens vers la nature et pourtant, c’est quelque chose qu’on a tendance à écarter du revers de la main. »

Dans notre examen des stratégies de biodiversité des villes canadiennes, nous avons constaté que même si celles-ci mentionnent les bienfaits de la biodiversité sur le bien-être humain, c’est souvent en termes très généraux plutôt que sous forme de politiques ou de mesures recommandées.

Cela ne veut toutefois pas dire que les liens entre la biodiversité et la santé publique sont absents des réflexions menées par les villes

Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages à la Ville de Calgary, reconnaît le lien entre la santé mentale et la biodiversité. Elle affirme d’ailleurs que dans son travail de cartographie des réseaux écologiques, la Ville « vise à trouver des moyens d’élargir l’accès aux parcs pour les Calgariens de manière à inclure des expériences nature plus facilement accessibles ».

Les effets positifs d’une expérience de la biodiversité et de la nature sur le bien-être soulèvent des questions importantes sur l’accès équitable aux aires naturelles qui abritent une riche biodiversité, surtout à la lumière de l’augmentation des troubles de santé mentale due à la COVID-19.

Personne avec son vélo assise sous un arbre
S’allonger sous un arbre. Crédit: Les Ami·es des parcs

Comme l’a conclu la chercheuse en santé Nadha Hassen, les iniquités raciales et socioéconomiques dans l’accès à des espaces verts de qualité peuvent être un facteur déterminant des problèmes de santé mentale. « Dans les milieux urbains, les quartiers à faible revenu et ceux qui accueillent de nouveaux arrivants ou des populations racialisées ont tendance à offrir un accès limité à des espaces verts de qualité comparés aux quartiers où le revenu moyen est plus élevé ou ceux dont la majorité des résidents sont blancs », écrit-elle.

Assurer l’équité « représente un travail énorme », souligne M. Carruthers Den Hoed. En effet, l’équité est un aspect important qui est absent de nombreuses stratégies sur la biodiversité. M. Carruthers Den Hoed maintient d’ailleurs que l’équité ne se résume pas à l’accès (les gens peuvent-ils profiter d’espaces naturels à proximité?) et qu’elle est aussi liée à l’inclusion (dans quelle mesure les gens contribuent-ils à façonner ces espaces naturels?).

« Comment l’équité s’inscrit-elle dans les réflexions menant à la prise de décisions, celles sur l’emploi et les avantages économiques de tout ce qui se passe dans un parc, demande M. Carruthers Den Hoed. Je pense que c’est dans ce domaine que se fera le travail le plus intéressant. »

Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Pendant la pandémie, les gens ont passé plus de temps à l’extérieur et ont ainsi reconnu les avantages des parcs. Ils nous aident à nous détendre, à rester actifs et à créer des liens avec les autres en toute sécurité. Par ailleurs, les parcs jouent aussi un rôle crucial pour lutter contre une autre crise imminente dans les villes : les changements climatiques. 

Les parcs procurent un certain nombre d’avantages pour atténuer les changements climatiques et nous aider à nous y adapter : ils purifient l’air, offrent une protection contre les inondations et régulent la température. Alors que les tempêtes deviennent plus violentes et que le climat se réchauffe à cause des changements climatiques, les parcs jouent un rôle encore plus important. 

Cependant, les espaces verts urbains, et leurs avantages, ne sont pas répartis de manière égale. 

Si vous vivez dans un quartier avec beaucoup de parcs et d’arbres, vous habitez probablement dans un quartier où la majorité des résidents sont blancs et ont des revenus plus élevés. De nombreuses études montrent que les quartiers racialisés et avec des revenus modestes disposent de moins d’espaces verts, ce qui les expose davantage aux effets des changements climatiques.

Selon Sherry Yano, une ancienne employée de la Fondation David Suzuki, ces quartiers sont souvent situés à proximité de zones plus polluées et exposées aux catastrophes naturelles. Cette situation, appelée racisme environnemental*, a fait l’objet de recherches récentes menées au Canada :

  • Une étude réalisée* à Montréal, Toronto et Vancouver a révélé que les foyers de pollution atmosphérique se concentraient dans les quartiers où vivent majoritairement des personnes immigrées, racialisées et ayant des revenus modestes.
  • Une autre étude* portant sur cinq villes canadiennes a révélé que les quartiers présentant une forte vulnérabilité socioéconomique comptaient à la fois moins d’arbres et une couverture arborée moins résistante. Selon les conclusions des auteurs : « les personnes qui ont le plus besoin des vertus de la forêt en ville sont également celles qui risquent le plus de la perdre ».
  • Un rapport de Santé Canada indique à propos des fortes chaleurs qui touchent certaines zones urbaines que « leur effet est disproportionnellement grave pour les populations marginalisées et les résidents de quartier à faible revenu » qui disposent de moins d’espaces verts.

En réponse à de telles inégalités, des militants au Canada* demandent que les questions de justice sociale soient intégrées dans les plans d’action pour le climat. 

Ces revendications s’inscrivent dans un long combat pour plus de justice environnementale*. Pour ce faire, ce mouvement s’efforce de réparer les préjudices qu’a subis l’environnement et de faire en sorte que les répercussions environnementales à la fois négatives et positives soient réparties équitablement. 

Ce mouvement concerne également les parcs urbains. Nous nous sommes entretenus avec des experts pour connaître les implications pour les parcs urbains d’une telle approche favorisant un plus grand accès aux espaces verts et à leurs atouts en matière de résilience climatique.

Avoir recours à des politiques axées sur l’équité pour établir des priorités d’action

Tandis qu’un nouveau projet de loi fédéral* vise à lutter contre le racisme environnemental au Canada, une étude réalisée en 2020* a révélé que « les indicateurs de justice environnementale ne sont pas encore intégrés systématiquement dans les décisions politiques au niveau local, provincial ou fédéral. » Et le fossé se creuse encore : « Même dans les cas où l’on encourage la prise en compte des questions d’équité dans la planification, peu de directives existent sur la manière de mesurer ces considérations et de surveiller qu’elles sont mises en œuvre. » 

Ces constatations découlent de notre examen approfondi des plans d’action sur les changements climatiques et les systèmes de parcs existants au Canada. Bien que ces plans abordent le thème de l’équité en tant que principe général, peu d’entre eux le formalisent dans des politiques et encore moins reconnaissent spécifiquement les inégalités raciales.

Certaines Villes, cependant, ont commencé à prendre des initiatives :

  • La Green Infrastructure Strategy* de la Ville de Saskatoon s’appuie sur une « politique du triple avantage » pour évaluer les projets en fonction de l’intégrité environnementale, de l’équité sociale, du bien-être culturel et de la responsabilité financière. 
  • Le Climate Action Plan* de la Ville de Mississauga, quant à lui, comprend l’identification des risques liés au climat pour les personnes vulnérables, comme la chaleur extrême et l’insécurité alimentaire, ainsi que l’élaboration de plans d’adaptation ciblés.
  • La Breathe Strategy* de la Ville d’Edmonton souligne l’importance « d’identifier les moyens de remédier au racisme » dans les espaces verts. Elle comprend aussi des politiques visant à « tenir compte des besoins socioéconomiques, culturels, physiques et psychologiques des bénéficiaires » dans la conception et les programmes des parcs.
  • La Parkland Strategy* de la Ville de Toronto contient un cadre de travail relatif aux domaines prioritaires qui comporte des indicateurs liés à l’accès aux parcs, à la croissance anticipée et à la proportion de résidents à revenus modestes. 
  • Pour prioriser les investissements, le projet Initiative Zones* de la Ville de Vancouver s’appuie sur des indicateurs liés à la couverture arborée, à l’accès aux parcs et à la demande d’activités récréatives présentant peu d’obstacles. Quant au plan d’action d’urgence climatique de la Ville, il met fortement l’accent sur l’équité*, en utilisant des indicateurs appelés « equity milestones ».

En tenant compte des questions d’équité pour l’aménagement des parcs, et en se concentrant en particulier sur les personnes davantage exposées aux effets des changements climatiques, ces plans d’action, s’ils sont mis en œuvre, permettent aux villes de faire profiter aux résidents des atouts des espaces verts en matière de résilience climatique.

Se concentrer sur la participation et pas seulement sur la distribution

Lorsque nous abordons la question des inégalités dans l’accès aux espaces verts, nous parlons souvent des quartiers qui ont moins de parcs. D’après l’article de Setha Low*, la question de la distribution ne constitue néanmoins qu’un aspect de la justice environnementale dans les parcs. Nous devons aussi évaluer l’équité des processus décisionnels (justice procédurale) et si les personnes sont traitées avec respect (justice interactionnelle). 

Pour ce faire, cette évaluation demande de poser des questions telles que : 

  • Comment le personnel est-il engagé pour les projets d’espaces verts et qui est laissé de côté? 
  • Quelle influence les citoyennes et citoyens ont-ils dans les décisions et dans les résultats? 
  • Quel est le niveau de confiance et d’attention mutuel dans le processus? 

Les aspects liés aux processus, à l’influence et au respect peuvent avoir des répercussions considérables sur la capacité d’une Ville à lutter contre les inégalités. 

Comme le dit Chad Townsend, planificateur principal de la commission des parcs de Vancouver, « il est utile d’adopter un plan directeur qui reconnaisse les inégalités », comme dans le projet « Initiative Zones » lancé par la Ville de Vancouver. Toutefois, cela « ne permet pas de changer immédiatement d’où viennent les revendications. »

Dans notre sondage pancanadien, seulement 35 % des personnes interrogées avaient l’impression d’avoir la capacité d’influencer les décisions concernant leurs parcs.

Changer la manière de mobiliser les gens, ainsi que le public visé, n’est pas une mince affaire. Selon Sherry Yano, les inégalités en matière de répartition que nous constatons aujourd’hui sont le résultat d’une inégalité de pouvoir au niveau décisionnel, qui privilégie certaines personnes au détriment d’autres. « Si l’on continue de maintenir les mêmes systèmes, on continuera alors à maintenir les conditions à l’origine de ces problèmes. »

Nous pouvons commencer par proposer à divers groupes de personnes affectés par ces problématiques de participer de manière significative à la réalisation des résultats attendus, au lieu de chercher à les mobiliser uniquement dans le but d’obtenir leur avis. 

D’après Jay Pitter, une Canadienne spécialiste de l’aménagement des lieux de convivialité [« placemaking » en anglais], « si le processus de mobilisation citoyenne n’a pas aidé à répondre à l’objectif plus large de concilier les différences et de créer de nouveaux liens, alors il n’a pas aidé la population. » Organiser des groupes de discussion plus petits ou des marches pourrait offrir de nouvelles possibilités de dialogue.

Larissa Crawford, fondatrice de Future Ancestors Services, une entreprise sociale dirigée par des jeunes Autochtones et Noirs qui milite en faveur de la justice climatique, encourage les pouvoirs publics à faire appel aux jeunes d’origines culturelles diverses et de leur donner une place dans les décisions. « Contrairement aux générations précédentes, et même à la mienne, ces jeunes doivent tenir compte de la question de la durabilité », explique-t-elle.

La diversité n’est pas qu’une question de race et d’identité, elle repose aussi sur les expériences diverses de ces personnes, poursuit-elle. Au lieu de donner la priorité aux diplômes universitaires ou aux compétences professionnelles, nous devons élargir notre champ de vision en reconnaissant la contribution des personnes ayant des expériences de vie différentes, comme les pratiques Autochtones de gestion de la terre.

« Lorsque l’on ne valorise qu’un seul savoir et qu’un seul type d’expérience pour ces espaces verts, nous nous parlons à nous-mêmes », déclare-t-elle.

Zones d’initiative de Vancouver. Crédit : Conseil des parcs de Vancouver

Mesurer la résilience sociale

Les parcs fournissent une infrastructure sociale et peuvent renforcer les réseaux de soutien en cas de besoin. Cela s’est confirmé pendant la pandémie. En effet, 71 % des personnes interrogées dans le cadre de notre sondage pancanadien ont déclaré que les parcs avaient eu des effets positifs sur leur capacité à maintenir des liens sociaux pendant la crise. 

Selon les experts, ces liens sociaux sont également essentiels pour faire face aux changements climatiques. 

Florence Lecour-Cyr est agente de programmation, planification et recherche au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle affirme que les liens créés dans les parcs peuvent contribuer à établir un réseau de soutien social, en particulier pour les personnes vulnérables, telles que les aînés et les personnes à mobilité réduite. 

Comme le souligne une étude*, l’espace social qu’offrent les parcs « peut être vital [pour les personnes isolées] en cas de températures extrêmes ». Le fait d’avoir un voisin qui prend des nouvelles pendant une canicule ou d’avoir un endroit où se réfugier en cas de panne d’électricité peut, dans certaines circonstances, faire la différence entre la vie et la mort.

D’après Anne Pelletier, du Service environnement urbain et saines habitudes de vie à la Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud de Montréal, il est important, surtout en ce qui concerne les changements climatiques, que les Villes mesurent les liens sociaux. Toutefois, elle reconnaît que « ce phénomène n’est pas facile à évaluer. » 

À cet égard, certaines initiatives ont vu le jour, notamment celle de l’organisation Reimagining the Civic Commons avec son projet Measurement Framework* et celle de la Toronto Foundation avec le projet Social Capital Study*.

Faire tomber les murs entre le secteur social et le secteur environnemental

Des défis complexes, comme les changements climatiques, nous forcent à remettre en cause les méthodes compartimentées que nous utilisons souvent pour résoudre les problèmes et avec lesquelles les Villes se répartissent le travail. 

« On se concentre sur un apprentissage très compartimenté, que ce soit au niveau opérationnel, politique ou scientifique », déclare Sheila Boudreau, architecte paysagiste et fondatrice de SpruceLab*. « Je pense que les Villes doivent rompre avec l’approche cloisonnée de leurs services », en créant des groupes de travail interdisciplinaires.

Si nous n’adoptons pas une perspective large et globale des changements climatiques, « nos efforts seront voués à l’échec », prévient-elle. Adopter une approche environnementale à petite échelle dans un projet peut permettre d’atteindre des résultats à court terme, mais ceci ne permettra pas de relever ce défi à long terme ni de répondre aux besoins sociaux de la population. 

À cet égard, il est essentiel, selon Sheila Boudreau, de lutter contre la discrimination pour faciliter l’accès de la population aux parcs et à leurs avantages face aux changements climatiques. Si quelqu’un n’est pas à l’aise de se rendre dans un espace vert nouvellement créé, par exemple par crainte d’être discriminé en raison de son origine raciale ou parce qu’il s’agit d’un usager sans logement, alors cette personne ne pourra pas profiter des atouts du parc, comme une meilleure qualité de l’air et les températures plus fraîches. 

La question de l’« éco-embourgeoisement »* illustre la raison pour laquelle une approche interdisciplinaire doit être utilisée dans les projets d’espaces verts. L’éco-embourgeoisement se produit lorsque des investissements réalisés dans les espaces verts des quartiers à revenus modestes entraînent une augmentation de la valeur des propriétés, qui peut alors entraîner le déplacement des résidents initialement ciblés par ces investissements. 

Si les nouveaux espaces verts présentent des avantages sur le plan social et de la résilience climatique, ils peuvent aussi soulever certaines préoccupations. C’est notamment le cas d’une allée verte mise en place dans le quartier Saint-Henri de Montréal afin d’atténuer la chaleur et qui a engendré une levée de boucliers de la part des opposants au projet craignant que la hausse des loyers ne force les résidents à quitter le quartier. À Vancouver, un projet de parc en bord de mer* à proximité du Downtown Eastside, un quartier à faible revenu, a suscité des débats similaires.
D’après Florence Lecour-Cyr, pour éviter que les investissements dans les espaces verts ne contribuent au processus d’embourgeoisement, ils doivent coïncider avec des politiques sociales et de logement visant à garantir des loyers abordables. Pour Anne Pelletier, la participation des résidents à la planification et à la dynamisation des parcs permettra de créer des lieux favorisant leur sentiment d’appartenance, une idée reprise par la National Recreation and Parks Association* dans son exposé sur le développement équitable des parcs.

Prioriser la vérité et la réconciliation avec les peuples Autochtones

Le savoir et les pratiques Autochtones en matière de gestion de la terre sont riches d’enseignements et peuvent servir de base pour répondre aux changements climatiques. Toutefois, ils sont rarement pris en compte dans les politiques municipales. 

Les participants du Indigenous Climate Action Summit* de Toronto ont milité pour une approche plus globale tenant compte des considérations sur le plan spirituel et de la justice. « Si la Ville continue d’ignorer les questions de colonisation dans ses politiques et ne cherche pas à y répondre, elle perpétuera alors les mêmes comportements problématiques », peut-on lire dans les notes de la conférence. Par exemple, plutôt que de se contenter d’indicateurs quantitatifs (par exemple, en dénombrant les espèces), les participants ont suggéré d’utiliser des indicateurs plus larges pour mesurer la réussite des projets, en se demandant si nous sommes de bons ancêtres. 

« À moins de reconnaître le rôle important que doivent jouer les peuples Autochtones dans [les initiatives de lutte contre les changements climatiques], il sera difficile d’atteindre les résultats les plus fiables et efficaces », déclare Larissa Crawford. 

En guise d’exemple, elle souligne la réussite des régimes de cogestion mis en place dans les parcs nationaux entre Parcs Canada et des Premières Nations Autochtones. « Ces régimes de gestion des parcs comptent parmi les plus innovants que j’ai rencontrés. Ils sont également reconnus pour leur capacité à évaluer la santé environnementale d’une manière totalement nouvelle. »

Une étude réalisée en 2019 par l’Université de la Colombie-Britannique a révélé l’importance des pratiques Autochtones en matière de gestion de la terre. Selon cette étude, la biodiversité était plus élevée sur les terres gérées par des Autochtones, avec 40 % d’espèces uniques supplémentaires*.

Selon Larissa Crawford, cette démarche doit commencer par reconnaître les préjudices qu’ont subis les Autochtones et la spoliation historique des terres Autochtones à l’origine de la création des parcs, une histoire souvent passée sous silence. 

Ce n’est qu’après avoir pris le temps de reconnaître ces préjudices que « nous pourrons chercher à établir des relations concrètes et significatives avec les gardiens ancestraux de cette terre », explique-t-elle. 

Selon elle, « cela nous permettra non seulement d’essayer de rétablir les relations au sein de la population, mais ceci nous permettra aussi de tirer parti de l’immense expertise que possèdent les personnes Autochtones, notamment en ce qui concerne la terre et les pratiques durables, ainsi que l’écosystème et notre rôle d’humains dans cet écosystème. »


Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Les changements climatiques touchent tous les domaines de notre vie : l’agriculture, les transports et la construction immobilière. Et il en va de même pour nos parcs urbains.

Comme nous l’avons souligné dans d’autres parties de ce rapport, les parcs contribuent de différentes manières à atténuer les changements climatiques et nous aident à nous y adapter. Par exemple, la végétation des parcs contribue à réduire le CO2 dans l’atmosphère, à faire baisser la température pendant les vagues de chaleur et à absorber l’excès de pluie pour éviter les inondations pendant un phénomène météorologique extrême. 

Cependant, les changements climatiques mettent également à rude épreuve nos espaces verts, avec un risque accru de dégâts lors d’une tempête et en modifiant le climat de croissance des plantes. À cet égard, 84 % des municipalités ont indiqué que la protection contre les effets des changements climatiques et contre les conditions météorologiques extrêmes constituait un défi majeur pour elles. 

Pour que les parcs puissent procurer des avantages importants en matière de résilience climatique, nous devons changer la manière de planifier, de concevoir et d’entretenir les espaces verts afin qu’ils puissent s’adapter et prospérer dans des conditions climatiques fluctuantes. Et ces changements interviendront dans tous les domaines, que ce soit pour la planification des systèmes de parcs, l’esthétique des parcs ou les équipements utilisés pour tondre l’herbe.

D’une initiative ponctuelle à une approche systématique

De plus en plus de Villes canadiennes envisagent actuellement des plans d’adaptation aux changements climatiques, que ce soit via de nouveaux plans d’action pour le climat, des mesures climatiques intégrées aux plans directeurs de leurs systèmes de parcs, ou les deux. Cette année, 72 % des Villes ont déclaré avoir adopté un plan d’action pour le climat. Cette augmentation par rapport à l’an dernier s’explique à la fois par l’ajout de nouvelles villes dans le rapport de 2021 et par l’approbation de nombreux plans d’action pour le climat en 2020.

Toutefois, certains de ces travaux de planification n’en sont qu’à leurs débuts. En effet, si presque tous les plans directeurs des systèmes de parcs au Canada font référence aux changements climatiques, un grand nombre de leurs recommandations requièrent d’aller plus loin afin de fournir des directives permettant de mieux intégrer les normes de résilience climatique dans la planification des parcs.

Cela ne veut pas dire que les Villes ne construisent pas de parcs résilients face aux changements climatiques. Cependant, il s’agit parfois de projets ponctuels, comme un jardin pluvial installé dans un parc pour réduire les risques d’inondation, plutôt que de changements systématiques dans la conception et l’aménagement des parcs.

Mais la situation commence à changer. 

Prenons l’exemple du nouveau plan d’action sur les changements climatiques de la Ville de Mississauga. Celui-ci préconise d’intégrer dans les normes d’aménagement des parcs des considérations relatives aux changements climatiques. Selon Leya Barry, superviseure des projets contre les changements climatiques de la Ville, la municipalité effectuait déjà ce genre de travail d’un parc à un autre. Toutefois, lorsque quelqu’un [un membre du personnel de la Ville] défend une initiative et qu’il part ou change de poste, il arrive souvent que l’on perde cet élan ainsi que l’attention accordée au projet. » Le fait de planifier la résilience des parcs face aux changements climatiques de manière standardisée permettra d’institutionnaliser ces pratiques et d’en garantir la pérennité.

De plus, l’adoption d’une approche globale formalisant les pratiques au niveau municipal peut contribuer à promouvoir une nouvelle façon de faire les choses et à établir des partenariats entre différents services municipaux, comme les services des parcs, des transports et des eaux. 

La Rain City Strategy* de Vancouver, par exemple, coordonne les améliorations requises dans l’infrastructure verte, comme les jardins pluviaux, les fossés végétalisés et les zones de rétention, réalisées dans les rues, les parcs et les aménagements afin d’atteindre l’objectif de capter 90 % des précipitations. Pour montrer toute l’importance de cette stratégie, le personnel des parcs nous a dit* que « sans politique globale, les projets d’infrastructure verte ont surtout été des projets pilotes à l’initiative du personnel… plutôt qu’une approche faisant partie intégrante des programmes d’investissement de la Ville ».

De même, Kitchener a approuvé une politique municipale exigeant que tous les projets d’aménagements privés et publics réduisent le ruissellement des eaux de pluie en captant les premiers 12,5 mm de précipitations là où ils tombent, plutôt que de les laisser ruisseler dans les canalisations souterraines. À cet égard, le RBJ Schlegel Park illustre cette attention portée à la gestion des eaux de pluie grâce à des pratiques innovantes. Achevé dernièrement, le parc gère toutes les précipitations sur place et réutilise l’eau de l’aire de jeux d’eau pour l’irrigation du parc.
Enfin, la municipalité de Brampton a récemment approuvé l’Eco Park Strategy* afin d’encadrer le développement d’un système de parcs résilients et connectés, axés sur le retour à l’état naturel, l’intégrité écologique et la reconnaissance des valeurs sociales et culturelles. L’« EcoPark Toolkit » créé par la municipalité fournira des directives à la fois pour le développement des parcs urbains et pour les groupes citoyens, comme « Adoptez un parc », afin d’atteindre dans des projets spécifiques les objectifs indiqués dans la stratégie. À travers le programme Eco Park, la Ville a déjà mis ce plan en pratique afin de redonner aux berges bétonnées du canal des parcs Jefferson, Jordan et Jayfield* leur caractère naturel.

Réseau vert de Brampton conçu comme un éco-parc. Crédit : Ville de Brampton

 

Miser sur des espèces adaptées et résistantes

Selon l’endroit où l’on se trouve au Canada et la période de l’année, les changements climatiques engendrent une hausse des températures, une augmentation des précipitations ou des sécheresses plus fréquentes. Il est donc important de s’interroger sur les types de plantes et d’arbres les mieux adaptés aux parcs, et d’utiliser des espèces plus résistantes aux changements climatiques qui n’auraient peut-être pas poussé dans certaines villes. 

Le plan d’adaptation au climat* d’Edmonton, par exemple, indique que d’ici 2050, la durée de la saison de croissance dans la ville pourrait augmenter de 22 jours, ce qui nécessitera d’utiliser les espèces végétales les mieux adaptées. Le personnel des parcs de la Ville de Regina a, quant à lui, déclaré que les changements climatiques incitaient à planter de nouvelles espèces d’arbres. 

Ainsi, ces changements auront différentes répercussions sur le paysage de nos parcs : par exemple, les parterres de fleurs annuelles dans les parcs seront remplacés par des fleurs sauvages indigènes. Mais ces changements affecteront aussi un autre élément omniprésent dans les parcs : la pelouse.

Bien que les pelouses bien entretenues aient encore de beaux jours devant elles, car elles sont essentielles à la pratique du sport en plein air et à la détente, les Villes souhaitent de plus en plus que ces espaces retrouvent un caractère naturel, en créant notamment des « prairies à tonte réduite ». 

En se détournant de la monoculture du gazon, les parcs peuvent stimuler la biodiversité et accroître leurs vertus face aux changements climatiques. À cet égard, des études* ont montré que* la présence de plantes variées permettait de rafraîchir davantage l’air qu’une pelouse. Et comme l’a indiqué le personnel de la Ville d’Edmonton, « le fait de rétablir ces espaces à l’état naturel permet de réduire le besoin de tondre », ce qui permet ainsi de faire baisser les émissions générées par le matériel de motoculture. 
Afin d’accroître cette pratique, le personnel de la Ville d’Edmonton a dit avoir adapté les normes d’aménagement paysager* pour se concentrer sur les possibilités de rétablir à leur état naturel « les espaces non entretenus, à faible utilisation ou les endroits présentant des avantages écologiques à retrouver leur état naturel ». De même, dans ses directives d’aménagement paysager* de 2019, la Ville de Brampton indique vouloir planter des espèces résistantes aux changements climatiques et y a inscrit des exigences en matière de densité des plantes dans ses parcs.


Prairie renaturalisée. Crédit : Jake Tobin Garrett

Répondre aux attentes du public

Donner plus de place aux paysages à l’état naturel requiert de mobiliser le public, de répondre à ses attentes au niveau de l’esthétique des parcs ainsi qu’à ses préoccupations liées à la faune et à la flore. 

« Nous avons habitué le public à avoir une pelouse bien tondue et des parterres de fleurs en bonne et due forme dans les parcs », explique Chad Townsend, planificateur principal de la commission des parcs de Vancouver. Cependant, la commission est en train de convertir davantage d’espaces verts en prairies à tonte réduite. Approuvé dernièrement, un projet pilote* permettra de convertir 37 hectares dans 18 parcs municipaux en paysages laissés davantage à l’état naturel. 

« Les personnes habituées à une esthétique différente ont du mal à accepter ces changements », déclare Chad Townsend. « Pour certains, ces espaces ont l’air négligés et mal entretenus en comparaison, mais c’est à cela que ressemblent les endroits laissés à l’état naturel. » 

La signalisation peut toutefois faciliter la transition. D’après Chad Townsend, la commission souhaite créer des sentiers à travers certaines prairies et placer des panneaux de signalisation invitant les gens à les utiliser. De même, pour le projet Meadoway à Toronto, dont l’objectif est de naturaliser un corridor hydroélectrique de 16 km, l’Office de protection de la nature de la région de Toronto a installé des panneaux d’information sur les nouvelles prairies afin d’expliquer pourquoi leur apparence est différente de celles des autres zones du parc.

Dommages causés par la tempête à la digue maritime de Vancouver. Crédit : Ali Nayeri

Savoir quand reconstruire et quand réimagine

Gérer les attentes du public suite aux dégâts réguliers engendrés par les tempêtes de plus en plus dévastatrices dans les parcs, comme le très populaire Seawall du Stanley Park* à Vancouver, constitue aussi un objectif important.

« Le premier réflexe est de réparer ce qui a été « endommagé », explique Chad Townsend. « Le public s’attend à ce que l’on trouve un moyen de faire repousser les cèdres, de remplir les bassins et de réparer le mur. » 

« Il est plus facile de mettre une rustine sur ce qui a été endommagé que de penser à long terme », dit-il. Selon lui, il est important de trouver un équilibre entre les mesures innovantes requises pour créer des parcs résilients face aux changements climatiques et la prise en compte des attentes du public concernant les espaces verts populaires.

La Ville doit donc choisir entre se barricader contre la montée du niveau de la mer ou accepter que certains parcs soient parfois inondés et donc les concevoir en conséquence, explique Chad Townsend.
Pour s’attaquer au problème, la municipalité invite le public à discuter des conséquences de l’élévation du niveau de la mer dans le cadre d’un programme appelé Sea2City*, qui attire l’attention sur les répercussions possibles sur les parcs riverains. Dans le cadre de ce programme, des panneaux illustrant les futurs niveaux de laisse de haute mer ont été installés dans les parcs du bord de mer, et une série de vidéos intitulées « Conversations in Canoes » a été réalisée avec divers experts.

Panneau sur l’élévation du niveau de la mer à Vancouver. Crédit : Chad Townsend

L’importance des initiatives citoyennes

Malgré les défis majeurs que représentent les changements climatiques, les Villes ne sont pas les seules à tenter de les relever. Comme nous l’avons souligné dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier, les projets citoyens « Petits mais puissants » peuvent avoir des répercussions considérables. 

Selon Michael Polanyi, directeur des politiques de Nature Canada, les projets de quartier peuvent servir de « validation de principe ». La réussite de tels projets peut en effet ouvrir la voie à des projets de plus grande envergure et encourager des changements au niveau des politiques municipales.

« Planter des arbres dans les parcs, créer des jardins collectifs, distribuer des citernes d’eau de pluie dans un quartier ou essayer de restaurer une petite parcelle de zone humide sont des initiatives importantes qui mobilisent et sensibilisent les gens. Elles permettent aussi de susciter l’intérêt et l’appui des politiciens », dit-il.

De plus, les projets de quartier permettent de montrer la marche à suivre pour lever les obstacles en matière de résilience dans les villes. « Lorsque les résidents mettent en œuvre des initiatives au niveau local, ils prennent en même temps conscience des obstacles existants, que ce soit en matière de financement ou en raison d’un système de permis absurde ou d’un règlement auquel ils doivent se plier », explique Michael Polanyi.

Selon lui, « les villes constituent souvent des laboratoires dans lesquels se produisent des changements plus importants. » Par exemple, certains militants ont joué un rôle essentiel dans l’interdiction des pesticides, qui a d’abord été adoptée au niveau municipal, puis au niveau provincial. 

« Souvent, c’est en œuvrant au niveau local que l’on peut faire bouger les choses au niveau municipal et susciter un changement », dit-il.

D’autres manières dont les villes utilisent les parcs pour lutter contre les changements climatiques

  • Planifier. La municipalité de Richmond Hill évalue actuellement sa couverture arborée pour planifier l’emplacement des futurs parcs qui seront implantés le long de l’axe de croissance économique de la rue Yonge afin d’atténuer l’effet des îlots de chaleur. 
  • Créer une couverture arborée résiliente. La Ville de Victoria a planté 40 % d’arbres supplémentaires dans l’espace public et a réalisé une analyse Lidar pour évaluer sa couverture arborée et suivre les progrès accomplis. Les programmes « Roots for Trees* » d’Edmonton et « One Million Tree » de Mississauga* et Brampton* s’appuient sur des partenariats au niveau local pour atteindre les objectifs de plantation d’arbres de ces municipalités.
  • Réduire la dépendance à la voiture. La Ville de Laval élabore actuellement une trame verte et bleue, qui reliera les parcs par des voies cyclables et piétonnes dotées d’une plus grande couverture arborée. Quant à Kelowna, la Ville a conçu des « artères civiques » qui relient les sentiers aux parcs, aux écoles et à d’autres lieux publics. 
  • Tirer parti des nouveaux financements. Kingston, Kitchener et Brampton ont bénéficié du Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes financé par le gouvernement du Canada. Elles les utiliseront pour lancer divers projets de résilience climatique dans les parcs, notamment pour la protection des rives à Kingston, pour l’infrastructure de gestion des eaux pluviales dans les parcs* à Kitchener et pour la protection contre les inondations du centre-ville à Brampton. 
  • Établir des collaborations. Grâce à un partenariat avec le Climate Lab* de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, la Ville de Charlottetown surveille l’érosion du littoral dans l’un de ses parcs en bord de mer.
  • Que la lumière soit. Afin de réduire la consommation d’énergie dans ses parcs, Kitchener a modernisé l’éclairage en remplaçant les lampadaires des sentiers par des systèmes LED et des lumières intelligentes. 
  • Des pratiques de tonte plus écologiques. De nombreuses villes ont de plus en plus recours à des équipements électriques pour l’entretien de leurs parcs. Victoria a déjà converti 20 % de son matériel de motoculture à essence en optant pour des équipements électriques. En 2020, la Ville de Mississauga a approuvé la politique Green Fleet and Equipment Policy* dotée d’un cadre décisionnel concernant le moment et la manière d’acheter des équipements électriques et à faibles émissions.


Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Un mur de soutènement constitue un élément d’infrastructure, mais qu’en est-il d’un parc au bord de l’eau?

Reconnaissant les avantages des espaces verts en matière de résilience climatique, comme la protection contre les inondations, de nombreuses Villes canadiennes se dirigent de plus en plus vers des solutions fondées sur la nature qui considèrent les parcs comme des éléments clés de l’infrastructure verte. 

Selon les chercheurs, les solutions fondées sur la nature* sont « des solutions inspirées de la nature, qui s’appuient sur la nature ou la copient » et qui comprennent « la valorisation, la restauration, la création et la conception de réseaux écologiques se caractérisant par la multifonctionnalité et la connectivité. »

En d’autres termes, au lieu de tuyaux et de murs en béton, nous pouvons construire des parcs qui imitent ou valorisent les processus naturels, comme un étang qui protège des inondations en retenant l’eau. Ces lieux offrent alors des avantages en matière de résilience climatique et créent des espaces de loisirs et des habitats naturels, ce qu’un tuyau ne peut pas faire.

Afin de présenter les espaces naturels urbains comme des infrastructures, certains chercheurs canadiens sont d’avis que nous devons d’abord comprendre comment ces espaces naturels permettent de créer une ville fonctionnelle et résiliente face aux changements climatiques. Ceci passe notamment par l’attribution d’une valeur financière aux services rendus par un espace vert, comme la quantité de carbone qu’il absorbe ou la manière dont il contribue à résorber les eaux de pluie.
Sans cette prise en compte, la préservation ou la valorisation des espaces verts pourraient pâtir d’un manque d’incitations économiques, des espaces qui seraient alors sous-évalués par rapport à d’autres utilisations foncières, comme les routes, affirment les auteurs d’une étude réalisée à Montréal*. Selon eux, pour « endiguer ce problème », nous pouvons « démontrer la contribution économique réelle du capital naturel en matière de bien-être et tenir compte du coût de la dégradation de ces infrastructures. »

Dépression pour retenir l’eau. Crédit : Jake Tobin Garrett

Comptabiliser les actifs naturels

C’est ce que certaines Villes canadiennes espèrent faire. Les nouveaux plans de lutte contre les changements climatiques de Calgary, Guelph et Edmonton envisagent des études d’évaluation des actifs naturels. Et l’Initiative des actifs naturels municipaux (MNAI), un organisme à but non lucratif dont la mission est d’« aider les municipalités à comptabiliser les actifs naturels », a lancé un nouveau projet* en collaboration avec 22 municipalités canadiennes, dont Charlottetown, Kelowna, Surrey, le Canton de Langley, Winnipeg, Mississauga et Halifax. 

Avec l’appui de ces Villes, ce projet prévoit de recenser les biens naturels en répertoriant leur localisation et leur état. Cette démarche peut aider les Villes à accroître leur résilience climatique en protégeant et en valorisant leurs actifs naturels, tels que les bois, ruisseaux et autres espaces naturels. Selon le MNAI : « Les actifs naturels peuvent fournir le même niveau de service que de nombreux actifs construits par l’homme, et souvent à un coût bien moindre au niveau financier et environnemental. »

Cette initiative a attiré l’attention des partisans de cette cause, comme Michael Polanyi, responsable des politiques de Nature Canada. Il voit dans ce travail une manière de mieux prendre en compte les services rendus par les espaces naturels dans les activités de planification. 

Le fait de montrer clairement « à quel point nous sommes dépendants des services intangibles que fournit la nature semble être l’élan dont nous avons besoin pour changer la façon dont nous prenons des décisions », dit Michael Polanyi. « Les conseillers municipaux et les décideurs sont tellement focalisés sur l’aspect économique des choses. Tant que les services rendus ne sont pas visibles, il est difficile de justifier pourquoi on devrait investir dans la protection. » 

Des études indépendantes ont tenté de mettre en lumière certains de ces services intangibles, du moins sur le plan financier. 

Un rapport des Services économiques TD de 2014* sur la valeur des forêts urbaines à Halifax, Montréal et Vancouver a montré que la qualité de l’air, la gestion des eaux pluviales, l’énergie (coûts de chauffage et de refroidissement) et la séquestration du carbone engendraient des économies financières. Le rapport a montré que, pour chaque dollar consacré à leur entretien, les arbres génèrent chaque année des bienfaits allant de 2 $ à Montréal jusqu’à 13 $ à Halifax. Un rapport similaire réalisé à Toronto a révélé que les bienfaits annuels procurés par les arbres se chiffraient à 80 millions de dollars pour les Torontoises et Torontois, soit environ 125 $ par résident. 


Pluie dans un parc. Crédit : Jake Tobin Garrett

Une évaluation difficile à réaliser

Les Villes entendent réaliser elles-mêmes ce type d’évaluation, en tenant compte dans leurs calculs non seulement des arbres, mais aussi de l’ensemble des espaces verts. 

Selon Leya Barry, superviseure des projets contre les changements climatiques à Mississauga, une étude réalisée en 2016 par le Bureau d’assurances du Canada sur les phénomènes climatiques a été un véritable « déclencheur » pour la Ville pour lutter contre les changements climatiques. « Cette étude a illustré clairement ce qu’il va se passer si nous ne commençons pas à être plus proactifs et à voir les choses dans leur globalité. »

Cette étude a révélé* que le coût d’une tempête de verglas extrême pourrait engendrer jusqu’à 38 millions de dollars de dégâts à Mississauga.

Face à cette réalité, la municipalité a commandé une évaluation des risques climatiques* pour trois de ses parcs. Alors que l’on utilise généralement ce processus pour évaluer les infrastructures matérielles, comme les ponts, la Ville souhaitait aussi examiner ses infrastructures naturelles afin de mieux comprendre le risque encouru pour ses espaces verts, explique Leya Barry. Selon cette étude, les menaces les plus importantes étaient liées aux inondations, aux tempêtes de verglas, à la chaleur et au vent, ce dernier facteur pouvant grandement endommager les arbres de la Ville, selon Leya Barry.

Cependant, le fait d’attribuer une valeur aux espaces naturels, comme les installations de traitement des eaux pluviales, les parcs et même les terrains de sport, peut s’avérer délicat. 

« Il est très difficile d’estimer les actifs naturels d’un point de vue strictement financier, car cette démarche ne tient pas compte de tous les autres avantages et services que ces actifs fournissent », dit Leya Barry. « Par exemple, si l’on a dépensé 400 $ pour un arbre et que l’on pense que le coût de remplacement sera de 400 $, ce serait vraiment simplifier les choses et cela pose certains problèmes. » 

D’après elle, la municipalité ne sait pas comment la valeur culturelle sera calculée, mais elle espère qu’elle le sera lorsque la Ville commencera le processus d’évaluation. 

D’autres villes sont également confrontées à la difficulté d’attribuer une valeur financière aux espaces verts. 

Comment évaluer les avantages sociaux des parcs et les liens qu’ils permettent de créer entre voisins? Qu’en est-il du plaisir esthétique de voir les rayons du soleil à travers les feuilles? Ou l’effet relaxant que nous ressentons quand nous marchons dans une forêt en ville? Est-il pertinent de considérer les parcs en termes financiers? Le fait de les réduire à des aspects économiques risque-t-il de faire disparaître leurs avantages plus intangibles, pourtant cruciaux?

À cet égard, la nouvelle Green Strategy* de Saskatoon, publiée en 2020 en même temps que l’étude Natural Capital Asset Valuation*, aborde la difficulté d’utiliser la terminologie financière pour décrire la valeur des biens naturels. Cette étude a été financée dans le cadre du programme Municipalités pour l’innovation climatique de la Fédération canadienne des municipalités. 

L’étude de Saskatoon décrit les services écosystémiques à évaluer, comme la séquestration du carbone, la pollinisation, la qualité de l’air et la régulation climatique, la production fourragère, ainsi que la santé mentale et physique. L’étude comprend également des évaluations de la vulnérabilité des écosystèmes clés, comme les zones humides, les prairies et les forêts. 

Si l’étude d’évaluation a également mis en évidence l’importance culturelle, patrimoniale et esthétique des parcs, ses conclusions ont montré qu’il était nécessaire de reconnaître davantage ces atouts et qu’il était difficile « de les quantifier sur le plan financier ». Les auteurs de cette étude ont également conclu qu’il était important d’inviter les parties prenantes à y exprimer des points de vue différents sur les services fournis par les écosystèmes, comme les services culturels.

D’après le personnel de la Ville, « la nature et les espaces culturels ne doivent pas uniquement être perçus d’un point de vue capitaliste. Selon leurs visions du monde, de nombreux Autochtones voient la terre comme sacrée et estiment que les humains ne devraient pas la considérer en termes économiques », ajoute-t-il. « Lorsque nous adoptons une approche de gestion des actifs, il ne faut pas perdre de vue la valeur intrinsèque de la nature. »