Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
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Une réflexion sur le rapport d'enquête BEING BLACK IN PUBLIC, qui explore comment les communautés noires vivent les parcs et les espaces publics, et ce qui nourrit la joie et le sentiment d’appartenance.
Explorez les principaux constats tirés de cinq années du Rapport sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière les tendances, les enjeux et les pratiques qui façonnent les espaces verts à travers le pays.
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« Je pense que la partie que je préfère est le sentier Scarborough Centre Butterfly qui a été créé en premier », déclare Katie Turnbull, à propos du projet pilote qui a lancé la création du parc Meadoway à Toronto.
« Cette partie a été créée en 2013. Il y a des fleurs et des herbes sauvages, des jardins collectifs ainsi que des parterres d’arbustes, et les parties gazonnées sont toutes bien tondues. Pour moi, il s’agit d’un endroit où j’aime me promener avec ma famille et mes amis. Mais j’aime aussi leur faire découvrir les parties qui n’ont pas encore été restaurées et leur montrer la différence entre les pelouses bien tondues et ce que nous pourrions avoir à la place. »
En tant que cheffe de projet principale à l’Office de protection de la nature de la région de Toronto (TRCA)*, Katie Turnbull travaille sur le projet Meadoway* depuis sa création. D’un sentier pour les papillons, elle l’a vu se métamorphoser en un projet visant à transformer le corridor hydroélectrique de la Gatineau de 16 kilomètres en un parc linéaire constitué d’espaces verts et de prairies, ainsi que d’une piste pour la marche et le cyclisme. Ce parc traversera Scarborough, dans la banlieue Est de Toronto, et reliera le centre-ville de Toronto avec le parc urbain national de la Rouge, à l’extrémité Est de la ville.
Les corridors hydroélectriques sont omniprésents dans les villes. Le projet Meadoway permet de repenser leur utilisation en les transformant en lieux de loisirs et de connectivité, en habitats pour la faune et la migration des animaux, et en lieux uniques mêlant paysages dessinés par l’Homme et paysages naturels.
« Il s’agit d’un projet visant à se réapproprier un espace industriel », explique Corey Wells, également chef de projet principal au TRCA. « Nous avons totalement transformé cet endroit que la plupart des gens voyaient comme un lieu peu propice au vélo ou à la détente. » Corey Wells souligne qu’il existe plus de 500 kilomètres de corridors hydroélectriques à Toronto, et le projet de Scarborough peut servir de modèle pour créer de nouveaux parcs et de nouveaux espaces pour la faune.
Le parc Meadoway dispose de grands panoramas. Certains points culminants offrent une vue panoramique dégagée du centre-ville, et ce, sur plusieurs kilomètres et sans aucun arbre ni immeuble. Toronto est connue pour ses ravins – véritables crevasses naturelles qui serpentent du point septentrional de la ville jusqu’au lac – qui sillonnent généralement le paysage du nord au sud, sans connexions latérales. À l’image de ces espaces verts, les corridors hydroélectriques traversant Toronto représentent des ravins façonnés par l’Homme, ainsi que des chemins de traverse reliant un système de ravins et à un autre sur les plateaux. Comme le dit Corey Wells : « Il s’agit de l’épine dorsale de Scarborough. »
Le corridor de la Gatineau émerge de la vallée de la rivière Don au niveau de la rue Bermondsey qui sera la « porte d’entrée Ouest » du parc Meadoway et sera raccordé au sentier de l’East Don qui mènera directement au centre-ville de Toronto. À partir de là, le corridor se dirige vers l’Est, reliant sur son chemin vers le parc urbain national de la Rouge sept rivières, 15 parcs, 13 quartiers et une future aire de plus de 200 hectares de prairies cultivées. Bien que le parc Meadoway ne soit pas encore terminé, il est désormais possible d’en parcourir une grande partie à pied ou à vélo afin de découvrir les différentes étapes de ce projet qui s’échelonnera sur sept ans. La piste entraîne les voyageurs sur une série de longues pentes douces qui montent et descendent vers les bassins versants. Une promenade à vélo sur ce sentier qui serpente entre les pylônes hydroélectriques et devant des dizaines de panneaux interdisant le fauchage, et qui abrite ce que Katie Turnbull appelle un « habitat central » devient une véritable expérience de contemplation. Néanmoins, le projet Meadoway ne se contente pas de laisser pousser l’herbe.
Avant la création du Meadoway, le corridor de la Gatineau était généralement tondu six fois par an.
« Ce que nous devons faire est un travail assez en profondeur , nous voyons ce projet comme un processus sur trois à cinq ans. La première année, nous avons recours à des pratiques agricoles et utilisons effectivement des machines agricoles pour retirer le gazon. »
Katie Turnbull
Après avoir retiré le gazon existant grâce au fauchage ou au labourage du sol, on plante des semences d’avoine. Le but est de faire émerger les autres graines qui se trouvent dans le sol afin qu’elles puissent pousser à la place du gazon. L’avoine permet aussi aux espèces envahissantes, telles que le dompte-venin de Russie et le chardon des champs, de pousser, tout en limitant leur croissance et en facilitant leur élimination. Ces herbes seront alors fauchées, et on répétera ce processus quatre fois durant l’été jusqu’à ce que toutes les plantes envahissantes non désirées soient supprimées.
À l’automne, on sèmera des graines afin de déclencher le processus de stratification naturelle. Ceci consiste à exposer les graines à un temps froid et humide, pendant lequel le gel et le dégel feront sortir les graines de leur dormance en fissurant leur enveloppe pour leur permettre d’absorber l’humidité.
Ce processus permet aux graines de germer au printemps. « Nous utilisons divers mélanges de graines adaptés à l’humidité des sols et à l’endroit où nous les semons sur les 16 kilomètres de sentier », explique Katie Turnbull.
« Toutes les semences utilisées proviennent de pépinières locales qui nous fournissent des espèces indigènes originaires du sud de l’Ontario. Nous essayons de choisir des semences qui permettent d’augmenter la diversité des espèces végétales, améliorent la santé de l’écosystème, offrent diverses périodes de floraison du printemps à l’automne, constituent des plantes hôtes pour les pollinisateurs et les oiseaux, possèdent de longues racines pour permettre de stabiliser les sols, sont résistantes à la sécheresse et fournissent des sources de nourriture aux oiseaux en hiver. »
Des dizaines d’espèces différentes sont plantées, en fonction de l’habitat en question : prairie à papillons, prairie humide, herbes sèches, talus de hautes terres, etc. Les semences les plus utilisées sont : le barbon de Gérard, l’aster de Nouvelle-Angleterre, la monarde fistuleuse, l’œnothère, le panic érigé, la rudbeckie, le silphe perfolié, la verveine hastée, l’asclépiade commune, et bien d’autres encore.
Le TRCA passe alors à la phase de gestion adaptative et de suivi. Il surveille l’apparition d’autres espèces envahissantes, contrôle l’évolution de la prairie et effectue des semis intercalaires si nécessaire. En parallèle, la Ville de Toronto tond une zone gazonnée de 3,25 mètres le long du sentier, ainsi qu’une bande tampon de 5 mètres le long des maisons qui donnent sur le parc Meadoway. Un entretien permanent est nécessaire, car, comme l’explique Katie Turnbull, toutes les prairies ont tendance à se transformer en friche arbustive, puis en forêt.
« Ce que me disent souvent les résidents lorsque je parle avec eux sur le sentier, c’est qu’ils peuvent entendre les pollinisateurs », confie Katie Turnbull. « Un grand nombre d’entre eux avaient rarement vu ce genre d’insectes ou entendu le chant des oiseaux auparavant, et tout d’un coup, ils les entendent grâce au nouvel habitat créé par cette prairie. »
C’est ce que Katie Turnbull appelle « l’optimisation des services écologiques » qui apparaît lorsque l’on accroît la biodiversité et la résilience des écosystèmes dans le corridor électrique. Grâce aux plantes de prairie plus hautes, les oiseaux, les papillons ainsi que les autres pollinisateurs y trouvent désormais refuge. Pour les espèces passant l’hiver sur place, la prairie peut les aider à traverser la saison froide. Et pour les oiseaux et papillons migrateurs, elle constitue pour eux une zone d’alimentation et de repos sur leur passage. Quant aux chevreuils et autres animaux sauvages de grande taille, ils peuvent désormais se déplacer entre les différents ravins.
Et la couverture végétale plus importante permet aussi de filtrer l’air et donc d’atténuer la pollution. Grâce au développement du système racinaire des plantes indigènes, dont certains font plus de deux mètres de long, la terre peut également retenir davantage d’eau en ralentissant le ruissellement de l’eau et donc le risque d’inondation. La diminution de la tonte entraîne aussi une réduction des coûts d’entretien et des émissions polluantes. De plus, l’augmentation du nombre de prairies pourrait également avoir un effet rafraîchissant.
« Nous cherchons actuellement à déterminer la différence de température que génèrent une pelouse et une prairie, respectivement », explique Katie Turnbull. « Ce ne sont que des résultats préliminaires, mais il semblerait qu’il existe une différence de près de neuf degrés. »
« Pour moi, son plus grand potentiel réside dans sa connectivité », explique Nina-Marie Lister, professeure à l’école de planification urbaine et régionale de l’Université Ryerson et directrice de l’Ecological Design Lab, qui a organisé un atelier de conception pour le parc Meadoway.
« Il s’agit d’un espace qui relie différents quartiers, mais c’est aussi un espace comprenant plusieurs habitats et topographies. »
Selon Nina-Marie Lister, une prairie, contrairement à une forêt, offre un espace à ciel ouvert qui permet d’observer les oiseaux et de tirer parti de la lumière du soleil, que ce soit pour faire pousser des plantes destinées à la consommation humaine, grâce à l’agriculture urbaine, ou simplement pour se détendre. « Je dirais qu’il s’agit d’une expérience très différente de la nature », ajoute-t-elle. « D’une part, sur le plan physique, il y a l’idée de connectivité, et d’autre part, sur le plan visuel, il y a l’idée d’ouverture. Avec sa vue panoramique sur les plateaux, le parc Meadoway contraste avec les ravins qui dessinent des sortes de plis dans le paysage. »
« La plupart des projets traditionnels visant à se réapproprier l’espace industriel dans le monde concernent des terrains autrefois exploités à des fins industrielles, mais dont l’activité a cessé, et qui ont été transformés en lieux publics, comme la High Line de New York », dit Corey Wells.
« Le parc Meadoway est unique en ce sens que l’espace est encore utilisé pour son objectif premier ». Corey Wells fait référence au « Programme provincial d’usage secondaire des terres » d’Hydro One, permettant que les corridors électriques soient utilisés à d’autres fins tant que leur fonction principale, celle d’acheminer l’électricité, continue d’être assurée. Il peut s’agir, par exemple, d’un stationnement construit par un promoteur près d’un lotissement existant, ou de terrains de sport aménagés par la Ville sous des pylônes électriques. Un porte-parole a fait savoir que, même si les corridors sont principalement destinés à acheminer l’électricité d’une manière sûre et fiable, Hydro One collabore volontiers avec les municipalités et les organisations locales pour trouver d’autres manières de les utiliser en toute sécurité.
« Je pense que Hydro One apprend, tout comme nous, à s’ouvrir à la possibilité d’utiliser ces espaces qui ne sont généralement pas des endroits où l’on aime passer du temps », déclare Corey Wells. Outre le fait d’éviter de planter des arbres là où ils pourraient entrer en contact avec les fils électriques, Corey Wells explique que l’emplacement des plantations et des sentiers est choisi pour faciliter l’entretien des installations électriques, et que l’aménagement d’une prairie représente le choix parfait pour favoriser l’ensemble de ces usages.
Cette phase d’apprentissage a également été vécue par un certain nombre d’agences et de groupes, dont le TRCA, Hydro One et les différents services de la Ville de Toronto, car chaque groupe, avec ses propres mandats et intérêts fondamentaux, a trouvé le moyen de travailler ensemble sur ce projet commun.
Le Meadoway constitue également un exemple de partenariat public-privé, un concept plus courant dans les parcs des États-Unis qu’au Canada. Ce partenariat public-privé a été créé dans le cadre du Défi de la Fondation de la famille Weston, une initiative portant sur les parcs urbains, qui a permis de financer le projet pilote du sentier Scarborough Centre Butterfly. Le succès de ce premier projet de revitalisation a conduit la Fondation à s’engager à verser jusqu’à 25 millions de dollars afin de revitaliser l’ensemble des 200 hectares de parcs.
« Suite à la réaction enthousiaste du public après l’inauguration du sentier, nous avons pris conscience du potentiel d’expansion de ce projet pilote, le projet Meadoway a vraiment tout pour plaire : que ce soient ses avantages écologiques, les possibilités de recherche et d’éducation, sans oublier la promotion du transport actif. Il a la capacité d’avoir des effets salutaires importants sur le bien-être mental et physique des résidents de ce secteur. »
Emma Adamo, présidente de la Fondation de la famille Weston
Toutefois, ce projet présente une certaine complexité si l’on considère l’étendue des consultations publiques requises à l’heure actuelle.
« Nous avons mis en place un comité de liaison avec le public, qui comprend un certain nombre d’organisations locales, de résidents, d’ONG, d’initiatives telles que WalkTO* et BikeTO*, et de groupes spécialisés dans la réparation de vélos à Scarborough », explique Corey Wells. «
Il regroupe des personnes partageant les mêmes valeurs et ayant différentes idées sur la façon dont d’utiliser cet espace. Nous avons fait appel à eux dans un premier temps comme base de réflexion. »
Étant donné le fait que les résidents connaissent bien ces endroits et savent comment ils les utilisent, leur rétroaction a joué un rôle important dans la planification des sentiers et des points de raccordement. Les plans ont donc été adaptés en conséquence avant d’être présentés au grand public pendant des journées portes ouvertes et dans des centres d’information.
Par ailleurs, le TRCA a conçu une « boîte à outils de visualisation »* présentant des simulations dynamiques et attrayantes, des expériences de réalité virtuelle et même une carte de l’ensemble du corridor d’une longueur de 7 mètres, sur laquelle les gens ont pu apposer des autocollants et des notes personnelles pendant les réunions de consultation publique.
Le TRCA s’est également adressé spécifiquement aux nouveaux Canadiens résidant dans la ville cosmopolite de Scarborough pour qu’ils donnent leur avis sur le projet Meadoway. Les élèves des écoles à proximité du projet ont aussi reçu des graines afin de se familiariser avec les espèces végétales qui ont été plantées. Toutes ces activités de sensibilisation ont permis d’obtenir l’adhésion des résidents et de faire en sorte qu’ils soient parties prenantes du projet.
Après avoir étudié tous les commentaires reçus, les équipes de conception du projet Meadoway ont commencé à planifier les choses plus en détail : bancs, supports à vélos, poubelles, etc. Ces commentaires ont aussi servi à concevoir les intersections des sentiers, où le parc Meadoway traverse les sentiers nord-sud, les endroits pour s’asseoir ainsi que des aires de jeux, et pour aménager des jardins plus entretenus. Quant au système de signalisation, il est encore en cours de planification. Il comprendra des panneaux indiquant aux visiteurs où ils se trouvent et peuvent se rendre, mais aussi des panneaux les informant sur le patrimoine naturel et Autochtone du secteur, ainsi que sur la géomorphologie des cours d’eau traversés par le parc Meadoway.
Créer un corridor naturel continu à travers une ville dense n’est pas une mince affaire. Nina-Marie Lister indique que plus de 30 points de passage routier dans le parc Meadoway présentent un certain nombre de difficultés, non seulement pour les humains mais aussi pour la faune sauvage. « Si nous donnons la priorité aux piétons et aux créatures particulièrement vulnérables à la circulation routière, nous devons alors ralentir la circulation », explique Nina-Marie Lister.
« Si nous percevons le parc Meadoway comme une priorité, nous devons réfléchir très sérieusement à la manière de créer un espace vert viable et doté d’un accès sécuritaire pour les humains et la faune sauvage, ainsi qu’aux investissements financiers requis, et ce, au même titre que les égouts et les chemins de fer. »
Bien que la construction de tunnels sous la route ne soit pas la solution privilégiée, construire des ponts s’avère coûteux. Selon Nina Marie Lister, l’intersection du parc Meadoway avec le boulevard Crockford dans le quartier Golden Mile illustre modestement mais clairement l’une des façons de ralentir la circulation routière. Au lieu d’un passage à niveau avec des feux de signalisation, la route est « rétrécie » et l’asphalte traditionnel est remplacé par des pavés ce qui incite les automobilistes à ralentir.
L’autoroute 401, avec ses larges voies expresses et collectrices, représente peut-être le plus grand défi à relever pour assurer la continuité du parc Meadoway. Celle-ci traverse le corridor électrique juste au nord du campus de l’Université de Toronto à Scarborough, là où le corridor prend fin au niveau du parc urbain national de la Rouge. Le TRCA étudie la possibilité de faire passer les usagers de transport actif par le campus, dans le cadre du projet d’améliorations majeures prévu dans le plan directeur de l’université pour ces sentiers. Ceci comprend le sentier en épingles à cheveux qui relie le fond du ravin au campus puis la route Conlins, où des pistes cyclables protégées ont été aménagées récemment pour permettre aux cyclistes de passer au-dessus de l’autoroute.
Le TRCA a été contacté par un certain nombre de municipalités et d’organisations répertoriant ce genre de corridors dans leur juridiction et réfléchissant à la manière de les utiliser à d’autres fins et pour d’autres usages. Néanmoins, le TRCA espère que les gens s’approprieront le parc Meadoway et que celui-ci deviendra le moteur d’autres changements sur son parcours.
« D’ici 10 à 15 ans, j’aimerais voir apparaître un réseau de sentiers interconnectés et continus d’est en ouest, lorsque viendra le temps de planifier de nouveaux aménagements et d’améliorer les parcs, j’espère qu’on pensera à la manière de les relier au parc Meadoway. J’espère vraiment qu’il ressemblera aux branches d’un arbre pour l’ensemble de Scarborough. »
Corey Wells
Quant à Nina Marie Lister, elle le voit comme le « jardin pédagogique par excellence »; un jardin qui a le pouvoir d’inspirer non seulement d’autres Villes, mais aussi les résidents afin d’en faire de même dans leurs propriétés privées.
« Si la Ville et le TRCA peuvent le faire, nous pouvons tous le faire. » Pour elle, il s’agit d’une véritable pépinière, au sens littéral comme au sens figuré, pour la création de jardins naturalisés. Quant à Katie Turnbull, elle espère que le parc plaira aux gens. « J’espère qu’il s’agira d’un endroit où les résidents et le grand public viendront profiter de la nature et de la biodiversité », dit-elle. « J’espère que cela les aidera à voir qu’un autre type d’habitats est possible dans les villes. »
À propos de Shawn Micallef
Shawn Micallef est l’auteur de Stroll: Psychogeographic Walking Tours of Toronto* et Full Frontal TO* (nommé pour le Toronto Book Award en 2013), auteur d’une chronique hebdomadaire* pour le Toronto Star, et éditeur sénior et co-propriétaire du magazine inédpendant lauréat du Prix Jane Jacobs, Spacing*.Shawn enseigne à l’Université de Toronto et a été boursier en journalisme canadien de 2011-2012 au Massey College de l’Université de Toronto. En 2002, en tant que résident au sein du Canadian Film Centre’s Media Lab, il a co-fondé le projet de documentaire filmé avec cellulaire qui s’est étendu à plus de deux douzaines de villes dans le monde. Le dernier ouvrage de Shawn s’intitule Frontier City: Toronto on the Verge of Greatness*.
Afin de comprendre la signification nuancée du terme « gestion de la terre », j’ai été amenée à lire le livre d’Aldo Leopold « Almanach d’un comté des sables » écrit en 1949.
En voici un extrait : « Si nous considérons la terre comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect. »
En 1949, Aldo Leopold disait déjà que « le confort à tout prix fait partie du dogme moderne ». Il était loin de se douter que bien des années après émergeraient les véhicules utilitaires de sport, les plats prêts à consommer et la mode éphémère. Alors que la culture de la facilité continue de régner en maître, les gens commencent à en constater le coût réel. De plus en plus de personnes souhaitent sortir de la « matrice » de ces dogmes modernes afin d’établir un lien profond avec la nature. Le programme Parcs Cœur vital d’Ami·es des parcs est le seul programme au Canada dont l’objectif est de maximiser les effets et les avantages des grands parcs urbains du pays. Il célèbre le travail des bénévoles qui se dévouent corps et âme en consacrant leur temps et leur énergie à bâtir un avenir meilleur et plus respectueux de l’environnement face aux changements climatiques.
Pour les non-initiés, éliminer les espèces envahissantes dans un parc peut sembler un travail anodin, mais il n’en est rien. Dans un récent essai, Stephanie Foo*, journaliste et créatrice de balados, parle de son expérience dans le cadre d’un projet d’élimination des espèces envahissantes dans un parc de la Ville de New York. L’expérience, telle qu’elle la décrit, a joué un rôle clé pour l’aider à sortir d’une écoanxiété profonde qui la terrassait jusque-là.
« Il y a quelques années, j’ai fait une dépression nerveuse à cause, entre autres, de l’avenir sombre de notre planète », confie-t-elle simplement au début de son essai.
Stephanie Foo a pu reconstruire sa vie en développant un sentiment d’appartenance, notamment avec la nature.
En tant que superintendante à la Ville de New York, lorsqu’elle arrache des plantes envahissantes, voici ce qu’elle ressent :
« Quand j’ai terminé, je me tourne vers l’arbre que j’ai libéré des lianes et je passe ma main sur les cicatrices qu’elles ont laissées sur son écorce. Je m’émerveille devant ses branches qui s’élancent vers le haut, là où elles doivent être, je touche son tronc et je lui dis : “De rien”. C’est plutôt agréable de commencer la journée en sauvant une vie. »
Stephanie Foo
En effet, le travail que réalisent les bénévoles dans les grands parcs urbains du Canada a vraiment un caractère vital.
Commençons par quelques faits :
Quant au travail d’ordre vital des bénévoles, il repose sur le fait de redonner vie à l’eau, aux sols, aux habitats, et bien plus encore. À Stanley Park, ce travail de restauration concret a engendré une augmentation de la population d’hirondelles rustiques et de grands hérons du Pacifique. Ceci constitue un très bon signe. Les grands hérons du Pacifique étant au sommet de la chaîne alimentaire, leur retour dans le parc est le signe d’un écosystème sain et performant.
Des recherches sur les grands parcs indiquent qu’en raison de leur taille et de la richesse de leur biodiversité, ils offrent plus d’avantages écologiques que les plus petits parcs. En bref, alors que la pelouse et quelques espèces d’arbres clés sont bien dans les parcs près de chez vous, les grands parcs, quant à eux, débordent de vie, allant du lombric au grand cervidé. Grâce à leur taille et leur biodiversité, les grands parcs séquestrent davantage de carbone, réduisent l’effet des îlots de chaleur et atténuent davantage le bruit des villes que les plus petits parcs.
Dans certains milieux, on appelle parfois « services écosystémiques » les services rendus par ces grands parcs. Cependant, une fois que l’on a attribué le terme « communauté » à la relation entre humains et nature, on se rend compte que ce terme n’est plus du tout adapté.
Dans son essai, Stephanie Foo cite l’incroyable livre « Tresser les herbes sacrées » de Robin Wall Kimmerer, et ce qu’il lui a appris sur la création d’une nouvelle relation avec le monde naturel. Dans ce livre, l’auteure entremêle brillamment ses connaissances en tant que botaniste, mère et membre de la nation Potawatomi aux États-Unis, pour nous montrer tout ce que les plantes peuvent nous enseigner. Bien avant Aldo Leopold, les sources de connaissance Autochtones décrivaient la relation entre les humains et la nature comme une relation de réciprocité.
Le savoir Autochtone tiré du livre « Tresser les herbes sacrées » et sa formation en tant que « superintendante » aux parcs de la Ville de New York ont eu un profond impact dans la vie de Stephanie Foo :
« J’ai été stupéfaite d’apprendre l’incidence réelle que nous pouvons avoir en protégeant les arbres. D’après cette carte sur les arbres de la Ville de New York, j’ai ainsi appris qu’un platane près de chez moi permettait, grâce à son ombre, d’économiser 2 500 kilowattheures d’énergie, de collecter 6 100 gallons d’eau de pluie (évitant que nos eaux usées se déversent dans les océans et les rivières) et d’éliminer 4 livres d’émissions polluantes ainsi que 10 500 tonnes de dioxyde de carbone de l’air chaque année. Les personnes vivant dans des zones plus arborées présentent une santé mentale plus solide; des zones où le taux de criminalité est aussi plus faible et où la valeur de l’immobilier est plus élevée. Quant aux zones les moins arborées, elles présentent le taux le plus élevé de maladies respiratoires. Protéger les arbres ne relève donc pas de l’altruisme. C’est une façon de prendre soin de soi-même. »
L’idée simple, mais primordiale selon laquelle la gestion de la terre et la santé personnelle sont interconnectées constitue l’une des raisons pour lesquelles les Amis des parcs souhaitent veiller à ce que chaque personne vivant en milieu urbain au Canada dispose près de chez elle d’un parc Cœur vital présentant des avantages écologiques et sociaux. Comme nous l’a rappelé Aldo Leopold : « Aucun changement éthique important ne s’est jamais produit sans un remaniement intime de nos loyautés, de nos affections, de nos centres d’intérêt et de nos convictions intellectuelles. »
Les Amis des parcs, High Park Nature Centre, Stanley Park Ecology Society et Les amis de la montagne participent tous activement au programme « Parcs Cœur vital ». Nous sommes profondément reconnaissants pour le dévouement des bénévoles qui redéfinissent le concept de « communauté ».
Si vous souhaitez vous aussi vous investir près de chez vous, communiquez avec l’une de ces ONG chefs de file à Toronto, Montréal et Vancouver :
Dans le magnifique documentaire d’Alan Zweig intitulé 15 Reasons to Live* (en anglais seulement), l’une des histoires parle d’un musicien de Toronto qui développe une véritable passion pour les oiseaux. Celui-ci passe du désintérêt total à une quasi obsession pour nos amis à plumes. Dans ce documentaire, Jack Breakfast explique ainsi son obsession pour les oiseaux :
« Si les oiseaux ne venaient qu’une fois par an, ce jour-là, tout le monde arrêterait ce qu’il est en train de faire pour s’en émerveiller. »
C’est vrai. En raison de leur omniprésence, nous ne prêtons guère attention aux oiseaux.Pourtant, il s’avère que l’hiver est le moment idéal pour commencer à vous enticher de ces petites bêtes. Voici ce que Kazeem Kuteyi, l’organisateur principal de Flock Together Toronto*, un groupe dédié à l’ornithologie en milieu urbain pour personnes de couleur, et Andrés Jiménez, le coordonnateur du programme Oiseaux Canada, vous conseillent pour commencer à observer les oiseaux pendant l’hiver, et ce, sans avoir à revêtir de pantalon beige en toile!
Le premier conseil d’Andrés est d’éviter les étiquettes. Lorsque l’on emploie le terme « ornithologue », on imagine souvent des seniors avec un pantalon beige en toile et des jumelles autour du cou. En toute franchise, cela ne fait qu’intimider encore plus les gens et les empêche d’explorer leur curiosité pour les oiseaux.
Alors, passez outre le nom scientifique et considérez plutôt les oiseaux comme de fascinants êtres à plumes que vous pourrez découvrir au fil du temps.
Quant à Kazeem, ses conseils pour surmonter le caractère intimidant des activités ornithologiques sont très similaires. Avant la pandémie, Kazeem était DJ. Il faisait la promotion des événements musicaux auprès des jeunes de la vingtaine qui le considéraient comme un pro dans le milieu des discothèques de Toronto. Rien à voir, donc, avec la vie d’un ornithologue.
Lorsque la pandémie est survenue et que les discothèques ont fermé leurs portes, Kazeem a décidé d’explorer son intérêt pour les oiseaux. Il a ainsi décidé d’inviter son entourage à l’accompagner au parc High Park de Toronto pour y observer les oiseaux. Bien que ni lui ni son entourage n’aient le profil typique d’un ornithologue, ils ont décidé de franchir le pas :
« L’idée est de s’approprier des espaces dans lesquels beaucoup d’entre nous ne se sentent ni à l’aise ni à leur place, de par notre conditionnement », explique-t-il.
L’organisation Flock Together mise ainsi sur une approche résolument plus « libre » de l’ornithologie. Au départ, les membres du groupe ne connaissaient le nom d’aucun oiseau et disposaient, pour seul équipement, d’une seule paire de jumelles à 10 dollars qu’ils se passaient d’une personne à l’autre. Leur observation des oiseaux ne suivait aucun itinéraire prédéterminé. À la place, ils préféraient se laisser porter par leur curiosité. Sur les 15 personnes qui se sont réunies à High Park ce jour-là, la plupart se sont contentées d’utiliser leurs yeux et leurs oreilles pour se familiariser avec les oiseaux. Mais ce qui importait le plus encore à Kazeem et à son entourage était d’abandonner les idées préconçues sur ce qu’est un ornithologue et d’inventer leur propre manière d’observer les oiseaux.
Lors d’une entrevue récente, Kazeem a déclaré :
« Nous avons parlé des oiseaux, mais aussi de musique, d’art et de la vie en général. C’est le même genre de conversations que n’importe qui pourrait avoir dans une discothèque bruyante ou pendant un souper. La seule différence est que vous vous trouvez dans ce cadre magnifique et paisible. Et c’est gratuit. »
Andrés partage lui aussi ce sentiment. Selon lui, lorsque l’on essaie d’observer les oiseaux pour la première fois, il est important de prêter davantage attention à son environnement et de se laisser guider par sa curiosité. Vous pouvez les photographier ou les dessiner, simplement écouter leurs chants, et décider d’attendre avant d’investir dans une paire de jumelles. Ce qu’il est important de se rappeler est qu’il n’est pas nécessaire d’être un expert et que l’on peut simplement être à l’écoute des oiseaux qui nous entourent. Si cela vous amène à vous intéresser davantage à l’ornithologie, alors qu’à cela ne tienne!
Andrés Jiménez, coordonnateur du programme d’Oiseaux Canada, me confie :
« Nous devrions arrêter d’appeler les gens qui vont passer l’hiver dans le sud des “snowbirds”. Les vrais oiseaux des neiges sont les oiseaux de l’Arctique qui côtoient habituellement les ours polaires. Chaque année, ils migrent dans le sud du Canada pour y trouver un habitat plus tempéré et de la nourriture. »
Ainsi, chaque hiver, les Canadiens ont le privilège de pouvoir observer des oiseaux qui ne nous rendent visite que temporairement. Vous pouvez découvrir une merveilleuse exposition itinérante avec des oiseaux venant de la forêt boréale, comme des bruants des neiges, des sizerins flammés, des harfangs des neiges et des buses pattues, et ce, simplement en passant le pas de votre porte.
« Je déteste vraiment l’hiver », dit Kazeem. En organisant des événements pour Flock Together, l’observation des oiseaux lui a ainsi donné une raison de sortir de chez lui. Malheureusement, les événements de Flock Together ont dû être interrompus à cause de la pandémie. Toutefois, le point de vue de Kazeem reste d’actualité. En effet, l’observation des oiseaux peut être une bonne manière de nous distraire pendant nos promenades hivernales tant redoutées.
Kazeem ajoute que l’observation des oiseaux en hiver offre une manière apaisante de profiter du calme que procure la neige. Cela vous permet de ralentir la cadence et d’être plus à l’écoute de votre environnement lorsque vous vous promenez en hiver.
Un autre avantage est qu’il est plus facile d’observer les oiseaux en hiver lorsque les arbres ont perdu leurs feuilles.
Andrés encourage les ornithologues en herbe à créer des liens réciproques avec les oiseaux.
Installez une petite mangeoire à oiseaux à l’extérieur et utilisez-la en guise d’invitation à nouer une relation durable avec eux. L’observation des oiseaux peut aussi amener les nouveaux amateurs d’ornithologie à s’engager dans leur protection et leur bien-être. Lorsque les gens se découvrent un intérêt pour les oiseaux, ils sont beaucoup moins enclins à laisser leur chat en liberté. Ils sont aussi plus susceptibles de mettre des autocollants sur leurs fenêtres ou d’éteindre leurs lumières la nuit pour éviter les collisions. Vous pouvez aussi planter des plantes endémiques dans votre jardin pour fournir de la nourriture et un habitat à nos chers amis à plumes venant de l’Arctique pendant leur brève passage dans nos contrées.
Le Grand dénombrement des oiseaux, organisé par Oiseaux Canada et qui se déroulera du 12 au 14 février, est la manière idéale d’entrer en relation avec les oiseaux. Il vous suffit d’observer les oiseaux pendant au moins 15 minutes chaque jour pendant ces quatre jours. Vous saisissez ensuite ces données sur le site ebird.ca*. Vous pouvez également reconnaître les oiseaux présents dans votre quartier en utilisant le Guide d’identification d’Oiseaux Canada. Quant à l’application Merlin Bird (en anglais), elle vous offre un guide pratique sur les oiseaux de votre région avec des photos, leurs chants et une description utile des espèces d’oiseaux susceptibles de se poser dans votre jardin. Ensuite, vous pouvez ajouter vos photos d’oiseaux sur une carte mise à jour en temps réel. À chaque fois que d’autres ornithologues amateurs dénombrent de nouveaux oiseaux près de chez eux, leurs photos se matérialisent sur la carte par des petits flashs d’appareil photo. Votre contribution à la science à l’échelle locale permet de soutenir la recherche ornithologique à l’échelle mondiale. Pas mal, n’est-ce pas?
Les associations citoyennes œuvrant pour les parcs ont conçu des activités pour observer les oiseaux, à la fois ludiques, sûres et respectant les règles de distanciation physique, que vous pourrez facilement reproduire avec votre association.
Cette année, par exemple, grâce à la Bourse TD Ami·es des parcs, la Société artistique Still Moon Arts* a invité les résidents de Vancouver à se reconnecter avec la nature et à créer une symphonie de chants d’oiseaux sur Internet.
Ce concert innovant a permis aux résidents de rendre hommage aux oiseaux.
« L’observation et l’écoute des oiseaux sont des activités idéales, car elles peuvent se faire par soi-même, n’importe quand et n’importe où. Cela nous permet d’entrer en relation avec d’autres êtres vivants avec qui nous partageons l’habitat. »
Carmen Rosen, Directrice artistique de Still Moon Arts.
Cette initiative collective visant à créer des liens avec les oiseaux a vu le jour après une discussion sur Internet animée par Sara Ross (RedSara)*, une éducatrice en environnement. Les participants ont appris à reconnaître les oiseaux que l’on peut apercevoir à l’aube, ainsi que le chant des oiseaux lorsque le soleil commence à se lever.
Ami•es des parcs publie le deuxième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, mettant en avant les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs.
Alors que nous ébauchions les histoires que nous voulions partager sur la biodiversité, l’aménagement créatif de parcs, l’engagement communautaire et l’itinérance, notre monde changeait. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que loin d’avoir perdu leur pertinence, les sujets traités avaient gagné en urgence.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 27 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.
Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant la crise de la COVID‑19.
Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens.
Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés
Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure.
Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs.
Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation.
Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.
Ami•es des parcs publie le troisième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Favoriser l’équité et la résilience : Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.
Partout au Canada, la fréquentation des parcs a fortement augmenté pendant la pandémie, alors que la population se tournait massivement vers les espaces extérieurs pour pouvoir se rassembler en toute sécurité, se connecter à la nature et rester active. Les parcs ont ainsi pris une place encore plus importante dans le quotidien des Canadien·nes, mais les Villes ont dû composer avec de nouvelles pressions liées à la hausse de la fréquentation et aux exigences de santé publique.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 32 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.
Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :
Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.
Comment les villes cherchent à s’adapter aux changements climatiques et à en atténuer les effets grâce à leurs parcs
Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.
Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs.
Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.
Comment les municipalités canadiennes peuvent-elles miser sur le soutien philanthropique pour leurs parcs et résoudre certaines des difficultés qui y sont liées?
Ami•es des parcs publie le quatrième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Entretenir les relations et la réciprocité : Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.
Le rapport de cette année s’éloigne peu à peu des répercussions de la pandémie pour explorer comment les apprentissages des deux dernières années peuvent ouvrir la voie à des approches plus équitables et plus créatives en matière de planification, d’aménagement et d’animation des parcs.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 30 municipalités et de plus de 3 000 résident·es de villes canadiennes.
Comment des chef·fes de file à travers le pays utilisent diverses méthodes pour encourager les gens à se rapprocher de la nature en allant à leur rencontre.
Comment dépasser les simples consultations ponctuelles en investissant dans l’établissement de relations de confiance à long terme peut permettre de renouer le dialogue, de redistribuer le pouvoir et de réimaginer les parcs
Comment renforcer notre sentiment de connexion avec la nature grâce à la prise de conscience, la réciprocité et la gratitude – et pourquoi est-ce important.
À la découverte des efforts menés par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs et honorer les histoires des peuples Autochtones des terres sur lesquelles ces villes sont construites.
Comment la concertation publique sur les parcs peut favoriser l’établissement de relations durables une fois le processus de consultation terminé.
Comment les approches de financement collaboratif et les investissements des différents niveaux de gouvernement permettent d’envisager de nouvelles façons de subventionner les parcs.
Les répercussions de la pandémie sur les budgets des parcs et l’importance des investissements fondés sur l’équité.
Une occasion unique pour les services des parcs de jouer un rôle positif dans la question de l’itinérance
Le personnel des parcs municipaux gère des actifs publics parmi les plus essentiels et pourtant sous-estimés : les parcs urbains et espaces verts. Bien plus que de simples terrains gazonnés, ces lieux sont de véritables lieux de sociabilisation pour les citadin·es, qui offrent une infrastructure environnementale cruciale et des ressources essentielles en matière de santé publique.
Le Rapport sur les parcs urbains du Canada (RPUC) fournit des données et des témoignages démontrant l’importance des parcs au personnel des parcs municipaux, aux groupes citoyens, aux associations à but non lucratif et au grand public. Publié annuellement entre 2019 et 2024, le rapport a mis en lumière les tendances, les défis et les occasions qui façonnent la planification, la gestion et l’expérience des espaces verts publics. Au cours de cette période, 46 municipalités y ont participé, représentant collectivement 48 % de la population canadienne.
Ce rapport synthèse rassemble les principaux constats des RPUC au cours de ces années charnières. Il propose un index thématique et soigneusement structuré des données et des récits recueillis au fil des années, accompagné d’analyses sur les tendances observées.
1 – Enjeu de santé : Les parcs sont un investissement dans la santé publique
L’une des tendances les plus fréquentes issues des données de nos rapports concerne la fréquentation grandissante des parcs urbains et leur reconnaissance en tant que lieux publics essentiels. Cette évolution a été largement accélérée par la pandémie de COVID-19. Ce que l’on considérait précédemment comme de simples aménagements publics sont désormais perçus comme des lieux indispensables à la santé mentale et physique ainsi qu’au bien-être des citadin·es.
2 – Manque de financement : Ressources et capacités limitées
Malgré les données indiquant une fréquentation et une appréciation accrues du public pour les parcs, les municipalités déclarent faire face à des contraintes en termes de budget et de personnel. Ceci limite leur capacité à entretenir et à améliorer leur réseau de parcs.
3 – Fonction écologique : Adaptation climatique et biodiversité
Les parcs urbains assument des fonctions écologiques, notamment en matière d’adaptation climatique et de soutien à la biodiversité en milieu urbain. En raison de l’intensification des effets des changements climatiques, ces fonctions font l’objet d’une attention grandissante.
4 – Équité et accès : S’attaquer aux obstacles systémiques
À partir de 2021, les municipalités participantes ont fait état d’initiatives visant à promouvoir l’équité, l’inclusion et la réconciliation dans leurs activités de planification et de gestion des parcs. Ceci reflète une prise de conscience sociétale plus large des obstacles systémiques à l’accès aux parcs et à leurs bienfaits.
5 – Évolution des pratiques : Mobilisation du public et opérations plus complexes
La gestion des parcs comprend désormais des dimensions sociales complexes qui dépassent leur simple entretien traditionnel. Ceci implique de mettre en place des stratégies de mobilisation du public et de prendre en charge des problématiques urbaines liées à l’espace public.
Comment le secteur des parcs peut relever les défis complexes actuels grâce à la collaboration et aux partenariats.
Comment la résolution de conflits et la transformation de défis en possibilités peut rendre les parcs plus équitables et plus durables.
Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.
Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.
Explorez les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs urbains.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Si les projets de biodiversité à petite échelle sont essentiels, il n’en demeure pas moins que la taille a de l’importance quand il est question de nature : les vastes espaces peuvent accueillir une plus grande diversité de plantes qui, à leur tour, peuvent soutenir une plus grande diversité et un plus grand nombre d’espèces. Les vastes espaces naturels fournissent aussi des services écologiques critiques en purifiant l’air, en contribuant à la gestion des eaux pluviales et en réduisant la chaleur urbaine, des enjeux qui gagnent d’ailleurs en importance à mesure que les changements climatiques accroissent le stress environnemental.
Les villes utilisent différents outils stratégiques et de planification pour protéger les écosystèmes urbains sensibles ou les liens d’habitats importants. Leur désignation en tant que zones écologiquement vulnérables est parmi ces outils. Par exemple, Toronto a désigné 68 nouvelles ZEV, Montréal a mis en place un programme de gestion des écosystèmes pour ses grands parcs et Fredericton a lancé deux nouveaux plans de gestion des grands parcs.
Toutefois, si 52 % des villes ont des plans environnementaux comprenant des objectifs en matière de biodiversité, seulement 19 % ont indiqué avoir des stratégies de biodiversité municipales. Une planification municipale plus englobante qui tient compte des espèces clés, comprend des plans d’éducation et d’intendance et identifie les corridors d’habitats est donc nécessaire.
Les parcelles d’habitats, aussi grandes soient-elles, ne suffiront pas si elles sont isolées.
Qu’il s’agisse d’un paysage urbain ou d’une aire naturelle intacte, vous devez relier les réseaux pour favoriser des écosystèmes qui fonctionnent efficacement, explique Pamela Zevit, planificatrice de la conservation de la biodiversité de Surrey.
La connectivité garantit que la faune n’est pas confinée dans ce que Mme Zevit appelle des « îlots d’habitat ». Ceux-ci se dégradent facilement à cause de la pollution, de la maladie ou de perturbations, ne laissant aux animaux aucun endroit où aller.
C’est pourquoi Surrey a investi autant d’énergie dans la planification de son réseau d’infrastructures vertes : une série de corridors d’habitats éparpillés dans toute la ville et qui relient de plus grands centres d’habitats. Si la planification à l’échelle municipale est importante, il faut aussi établir des liens au sein de réseaux régionaux. Après tout, les animaux ne s’arrêtent pas aux frontières des villes. Surrey s’est donc assurée que son réseau est relié aux systèmes naturels des villes avoisinantes.
« Surrey désire fortement devenir un chef de file, affirme Mme Zevit. Nous avons déployé ces efforts très tôt pour relier beaucoup de points, et nous pourrons participer aux futurs projets qui seront mis sur pied à l’échelle régionale, quels qu’ils soient. »
À l’intérieur de ses propres frontières, la Ville travaille également à l’approbation de ses premières lignes directrices en matière de conception axée sur la biodiversité. Ces lignes directrices couvriront non seulement les aires naturelles, mais aussi les lieux qui constituent, dans les mots de Mme Zevit, la « matrice urbaine ». Il s’agit de tous ces lieux à l’extérieur des parcs et des aires naturelles qui ont une incidence sur la biodiversité.
« Elles [les lignes directrices] constituent une approche exhaustive et depuis longtemps attendue qui relie tous les guides de conception et les documents de construction existants et tous ces outils dont nous disposons pour nous indiquer comment intégrer des objectifs en matière de biodiversité dans toutes les activités de la ville », explique Mme Zevit.
Calgary a elle aussi approuvé une stratégie de la biodiversité en 2015 et elle travaille fort à sa mise en œuvre afin de restaurer les espaces naturels et de garantir la connectivité.
Depuis deux ans, la Ville a identifié et évalué les composantes de son réseau écologique afin de pouvoir déterminer quels projets de restauration et de mise en valeur sont prioritaires. Elle a même produit un guide sur la naturalisation des parcs existants.
Avant que ce travail d’évaluation soit entrepris, Calgary n’avait pas de « mécanisme pour l’établissement de priorités municipales en matière de conservation de la biodiversité ou de restauration des habitats », explique Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages. Les mesures prises répondaient plutôt à des besoins ponctuels. Elle ajoute qu’à Calgary, comme dans de nombreuses autres villes canadiennes, le développement urbain s’est opéré un quartier à la fois, et la planification urbaine s’est faite principalement à l’échelle locale plutôt que globalement, dans toute la ville ou dans toute la région.
« Bien que cette approche aide à garder publiques des parcelles de terres riches en biodiversité et très variées sur le plan des paysages, il nous manquait ce pilier écologique qui nous permet d’examiner comment le développement des quartiers contribue ou nuit à la connectivité à l’échelle de la ville ou de la région », déclare Mme Carney.
Pour effectuer son évaluation, la Ville a examiné la perméabilité des paysages pour les déplacements de la faune, la taille des zones d’habitat et les usages des terres adjacentes. Elle a aussi déterminé dans quelle mesure l’espace était essentiel au fonctionnement du réseau écologique dans son ensemble.
Même si on adopte une approche globale dans toute la ville, Mme Carney affirme que les parcs de petite taille jouent un rôle dans la connectivité au même titre que les espaces plus vastes. Les parcs de grande taille servent de « réservoirs de la biodiversité » tandis que les plus petits, qu’ils soient naturels ou entretenus, fournissent des habitats pour les petites espèces, servent de « relais » et permettent aux gens de côtoyer la nature au quotidien.
Pour ces espaces plus petits, les villes peuvent se tourner vers des politiques de développement afin de préserver et d’améliorer la connectivité. Par exemple, par ses politiques de zonage des corridors verts, le District de Langley soutient la biodiversité en s’assurant qu’il y a des corridors verts et des zones tampons dans chacune de ses communautés. Red Deer, quant à elle, dresse le profil écologique de chaque nouveau lotissement afin de garantir que ses caractéristiques naturelles sont protégées.
Les secteurs riverains (les habitats le long des cours d’eau) sont des zones particulièrement riches pour la biodiversité, et ils constituent d’importants liens d’habitats. Ils jouent également un rôle essentiel dans l’atténuation des risques liés aux changements climatiques puisqu’ils assurent une protection contre les inondations et préviennent les dommages occasionnés par des événements météorologiques extrêmes.
Le projet du Nicomekl River Park restaurera et mettra en valeur des zones écologiques riveraines uniques en les transformant en parc linéaire de 3 km alliant nature, art, patrimoine, loisirs et espaces sociaux. La Ville a publié un plan patrimonial et une stratégie d’art public, auxquels s’ajoute un plan d’aménagement. Celui-ci souligne les occasions de reconnaître l’histoire et les pratiques autochtones ainsi que les plantes indigènes au moyen d’une programmation, d’affiches et de dénominations.
Sous l’égide de l’organisation Waterfront Toronto, la Ville de Toronto entreprend elle aussi un projet de restauration majeur impliquant la naturalisation de l’embouchure de la rivière Don, qui se jette dans le lac Ontario. Le projet, qui suppose aussi la création de parcs-rues axés sur la biodiversité dans les nouveaux quartiers de cette région, fournira une protection contre les inondations et restaurera des paysages perdus.
À plus petite échelle, Vancouver s’apprête à déterrer un ruisseau qui traverse les parcs Tatlow et Volunteer, restaurant ainsi un cours d’eau qui se jetait jadis dans la baie English. Comme beaucoup d’autres ruisseaux, celui visé par ce projet a été enterré au fil du développement de Vancouver, une pratique adoptée par de nombreuses villes dans le cadre de l’urbanisation.
Le projet donne suite aux priorités établies dans le nouveau plan directeur pour les parcs de Vancouver, VanPlay, qui visent à restaurer les espaces sauvages et à accroître la connectivité. En ramenant le ruisseau à la surface, on créera un nouvel habitat pour les espèces aquatiques, les oiseaux et les pollinisateurs. Le ruisseau contribuera aussi à la gestion des eaux pluviales et à l’amélioration de la qualité de l’eau.
Les étendues souvent vastes de pelouses tondues dans les couloirs hydroélectriques qui traversent les villes sur des kilomètres sont de plus en plus reconnues comme des zones potentielles d’habitats reliés.
Prenons l’exemple du Meadoway, un projet mené par l’Office de protection de la nature de Toronto en partenariat avec la Ville, Hydro One et la Fondation W.-Garfield-Weston, un bailleur de fonds philanthropique.
Le plan, dont la mise en œuvre est déjà amorcée, vise à naturaliser un couloir hydroélectrique de 16 km qui traverse Scarborough, reliant deux grandes aires naturelles à chaque extrémité : le parc urbain national de la Rouge et le ravin de la vallée de Don. Lorsqu’il sera terminé, le Meadoway comportera des centaines d’acres de prés servant d’habitats ainsi que des zones de terres humides restaurées, un long sentier et des espaces pour les rassemblements sociaux. Une trousse de visualisation en ligne démontre le potentiel du projet, qui devrait être terminé d’ici 2024.
Montréal a elle aussi annoncé des plans pour un corridor de la biodiversité dans un couloir hydroélectrique de l’arrondissement Saint-Laurent. « Les changements climatiques nous obligent à agir vite en adoptant des solutions innovatrices », a expliqué le maire de l’arrondissement Alan DeSousa. Il a décrit le projet de « laboratoire » qui permettra aux autres d’apprendre. La construction du projet se fera sur 450 hectares de terrain et donnera lieu à des habitats naturels, à des sentiers et à des toits verts installés sur les immeubles avoisinants.
Voici ce que font d’autres villes canadiennes pour créer et mettre en valeur leurs vastes parcs nature et améliorer la connectivité des habitats :
Les changements climatiques et la perte de biodiversité imposent un stress à nos écosystèmes, et il est donc plus important que jamais d’engager les résidents dans la conservation urbaine.
Comment s’y prendre alors pour mobiliser les gens malgré leurs vies occupées tout en respectant le savoir traditionnel et en faisant participer un plus grand nombre de personnes à la conversation sur la conservation.
Selon Jennifer Pierce, chercheuse en biodiversité à l’Université de la Colombie-Britannique, pour rallier les gens autour de la biodiversité, il faut articuler cette dernière d’une façon qui les touche.
Elle recommande de se poser des questions comme « Comment la biodiversité s’inscrit-elle dans leurs vies? Dans leurs valeurs? » Dans certains cas, il faudra laisser tomber les arguments axés uniquement sur l’environnement et relier la biodiversité à d’autres enjeux qui préoccupent les gens.
Comme nous l’avons souligné dans notre description de projets de biodiversité urbaine à l’échelle des quartiers, l’un des avantages des initiatives locales est leur capacité à rendre la biodiversité tangible et pertinente. Une étude récente a également montré qu’exposer les gens à la nature à proximité de chez eux peut avoir une incidence positive sur leur engagement dans des enjeux environnementaux plus globaux.
En misant sur leur attachement à leur domicile ou à leur quartier, et en leur montrant comment des jardins de plantes indigènes et des jardins de pluie pourraient, par exemple, leur faire économiser de l’argent (comme le fait le programme de remises de Guelph), il est possible d’inclure plus de gens dans la conversation.
Le travail auprès des jeunes est un autre moyen de mobiliser les gens. La population des écoles est représentative de la société, explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée à l’Université Ryerson. Les élèves peuvent relayer des messages sur l’importance de la biodiversité à leurs parents, comme ils l’ont fait pour le recyclage dans les années 1980. « Ce sont les enfants qui ont poussé leurs parents à se mettre au recyclage en montrant l’exemple », indique Mme Lister.
Joce Two Crows Tremblay, de l’Indigenous Land Stewardship Circle à Toronto, travaille directement avec des jeunes de la rue et des membres des populations autochtones urbaines. Ensemble, ils plantent des espèces indigènes dans les parcs et les espaces publics locaux et s’en occupent.
Ces jardins sont un moyen important de renouer avec la terre, les traditions et les cérémonies, des liens qui ont été coupés dans le cadre du processus de colonisation.
« Pour 50 % de la population autochtone qui vit en milieu urbain, les parcs sont les seuls endroits qui nous permettent de renouer avec la terre. Mettre ses mains dans la terre favorise grandement la guérison. »
Joce Two Crows Tremblay compile la recherche et éduque les gens sur les pratiques de gestion des espèces moins envahissantes. Son travail est profondément ancré dans la reconnaissance du fait que le mode de pensée colonial est souvent reproduit dans notre gestion des espèces et des paysages.
Introduire de nouvelles façons de penser nécessite des efforts constants et le renforcement des intentions auprès de l’ensemble du personnel, un apprentissage que Joce Two Crows Tremblay a fait lorsqu’on a accidentellement tondu leurs jardins des trois soeurs. La personne qui coupe le gazon doit comprendre, tout autant que la direction, les efforts pour renforcer la biodiversité et le travail de réconciliation dans les parcs.
Nous incorporons peu le savoir et les pratiques autochtones d’aménagement des terres dans notre travail lié à la biodiversité, et « c’est une lacune énorme et irresponsable », affirme Mme Lister.
Elle souligne que le personnel municipal qui met en place des stratégies de biodiversité a de bonnes intentions et est conscient de la nécessité d’accroître la participation des Autochtones dans ces efforts, mais il reconnaît aussi que les organisations et les communautés autochtones sont à la limite de leurs capacités.
« Il est reconnu depuis longtemps que les schémas de colonisation et l’histoire coloniale sont répétés et enracinés dans les façons dont nous construisons nos paysages, explique Mme Lister. Et comme le dit Lorraine Johnson, il doit y avoir une décolonisation du jardin. »
Sans se pencher spécifiquement sur les parcs urbains, une étude menée à l’Université de la Colombie-Britannique en 2019 a souligné l’importance des pratiques autochtones d’intendance des terres et révélé que la biodiversité était plus riche sur les terres aménagées par des Autochtones. En effet, le nombre d’espèces uniques y est supérieur de 40 %.
Sensibiliser la population globale afin qu’elle se préoccupe de la biodiversité peut être difficile. Si certaines personnes « adorent un endroit à la vie, à la mort », d’autres font abstraction de ses écosystèmes sensibles, y éparpillent leurs déchets ou permettent à leur chien d’y courir en liberté.
Or, comme l’a fait remarquer Don Carruthers Den Hoed de l’Université Mount Royal, la façon dont nous parlons d’un endroit, le nom que nous lui attribuons et le discours dont nous l’entourons peuvent contribuer à faire comprendre son importance. Les humains cherchent constamment des indices sur le comportement à adopter et l’usage à faire d’un lieu.
M. Carruthers Den Hoed mentionne une étude où on a dit aux participants qu’ils allaient au parc. Avant même de s’y rendre, les gens percevaient déjà cet endroit comme un lieu restaurateur, et ce en raison du terme utilisé. En désignant un lieu de « parc » ou de « paysage sensible », nous influençons les liens que les gens développeront avec cet endroit.
Dans une autre de ses études, M. Carruthers Den Hoed a effectué un « test aveugle » de la nature. Il a réparti les participants dans trois groupes et a emmené les groupes au même endroit, mais en modifiant les conditions pour chacun d’eux : à son arrivée, le premier groupe y a vu une affiche indiquant qu’il s’agissait d’un parc, le deuxième n’a pas vu d’affiche, et le troisième a pu interagir avec des Aînés autochtones qui leur ont parlé de la signification spirituelle du lieu.
M. Carruthers Den Hoed a découvert que la manière dont les gens perçoivent un espace — l’importance qu’ils y accordent et le niveau perçu de soins qu’il exige — est influencée par ce qu’ils apprennent sur cet espace, que ce soit par des affiches ou par des récits. Par conséquent, il souligne qu’il est essentiel de réfléchir à ce que les installations, les affiches et l’aménagement d’un parc disent au sujet de son importance et de sa raison d’être.
Voici certaines des pratiques créatives adoptées par les villes et les communautés pour faire participer les gens à la préservation et à la mise en valeur de la biodiversité urbaine.
TIREZ PROFIT DU POUVOIR DE L’ART.
FAITES PREUVE D’ORIGINALITÉ.
TRANSFORMEZ LA NATURE EN LABORATOIRE D’APPRENTISSAGE.
DÉMYSTIFIEZ LA FAUNE.
RENDEZ LA NATURE ACCESSIBLE.
Se promener au parc est quelque chose que nous sommes nombreux à faire intuitivement lorsque nous ressentons de l’anxiété. Et qui ne ressent pas d’anxiété en cette ère de la COVID-19? Les médecins ont même commencé à prescrire la nature à l’instar d’un remède. Mais les parcs ont-ils tous les mêmes bienfaits pour notre bien-être psychologique?
Dans les années 1990, des études pionnières ont montré que l’exposition à la nature, même quand il ne s’agit que de jeter un regard par la fenêtre, pouvait réduire le stress, améliorer la concentration et nous aider à guérir plus vite. Ces travaux de recherche ne faisaient toutefois pas la distinction entre les espaces sauvages et les pelouses semées d’arbres.
Des études plus récentes ont approfondi le sujet en explorant la réponse des gens à différents environnements naturels. Elles se sont intéressées au temps passé dans des zones biodiversifiées (plus longue était la période passée dans la nature, plus l’effet positif était important) et aux types de végétation présente (les fleurs aux couleurs vives étaient stimulantes, les plantes vertes, apaisantes). Les chercheurs ont aussi voulu savoir si la présence de mobilier comme des bancs de parc réduisait les bienfaits des aires naturelles. (Cette hypothèse a été infirmée.)
Dans l’ensemble, les gens ont fait état d’un sentiment de bien-être accru dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus biodiversifiées, une conclusion qui a des implications importantes pour la planification de la biodiversité urbaine et les mesures d’engagement prises.
L’accès à la nature et à la biodiversité est devenu encore plus essentiel pour notre santé mentale avec la COVID-19. La pandémie a augmenté le stress et démantelé les réseaux de soutien personnels de bien des gens, et la moitié des Canadiens ont signalé que leur santé mentale s’était appauvrie. Dans ce contexte, l’Association canadienne pour la santé mentale a mis en garde contre une potentielle « pandémie subséquente » de troubles mentaux.
Pendant le confinement, les gens n’avaient d’autres choix que d’essayer de concilier les mesures prescrites par le gouvernement et leur désir de prendre l’air pour se vider l’esprit. Selon un sondage mondial mené auprès de 2 000 personnes, la santé mentale et la santé physique étaient des moteurs importants de l’utilisation de l’espace public durant la pandémie. Le même sondage a révélé que les gens trouvaient refuge dans des endroits près de la maison, ce qui souligne la nécessité pressante de s’assurer que les aires naturelles sont distribuées de façon équitable à travers nos villes.
Quand on parle des bienfaits de la biodiversité, on décrit souvent les effets environnementaux et les services écosystémiques. Ces notions englobent tout ce que font les aires naturelles pour aider à purifier l’air, à fournir des aliments, à prévenir les inondations, à contrôler les températures extrêmes, etc. Il est très important de voir la nature comme une infrastructure verte, mais ce discours fait abstraction du rôle que jouent ces espaces en tant qu’infrastructures psychologiques.
« Le recoupement entre la richesse de la vie sur terre et le bien-être humain est maintenant bien établi dans la science, et il s’impose rapidement comme un impératif dans les pratiques de conception et de planification », explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée et directrice de l’Ecological Design Lab à l’Université Ryerson. Elle a d’ailleurs désigné ce domaine de « nouvelle frontière ».
« Nos parcs et nos espaces verts publics n’ont jamais été aussi importants pour les citadins, surtout sur le plan de la santé mentale et des effets bénéfiques de la nature urbaine sur le bien-être, insiste-t-elle. Des chants d’oiseaux à la lumière du soleil en passant par les fleurs sauvages et les promenades à l’ombre des arbres, nous savons maintenant que la capacité d’accéder au plein air de façon sécuritaire est une nécessité, et une prescription vitale pour le bien-être.
« Plus vite nous reconnaîtrons que notre présence dans la nature est une source de réconfort psychologique, plus nous serons à même de protéger la nature pour notre propre bien-être », ajoute-t-elle.
Don Carruthers Den Hoed, un chercheur à l’Université Mount Royal qui gère également le Canadian Parks Collective for Innovation and Leadership, a mené ses propres études sur les liens entre la biodiversité et le bien-être. Il maintient que parler du bien-être peut être un moyen de faire participer un plus grand nombre de personnes aux conversations sur les parcs et la biodiversité. Il souligne d’ailleurs que l’indice canadien du bien-être peut inspirer des discussions sur les multiples bienfaits des parcs.
Selon M. Carruthers Den Hoed, il est facile de comprendre comment les parcs contribuent aux aspects de l’indice comme les loisirs et l’environnement. Mais qu’en est-il de l’engagement démocratique et de la vitalité communautaire? Le chercheur indique que les villes devraient s’appuyer sur l’indice pour faire valoir que si les programmes de bénévolat contribuent au travail de restauration naturelle, ils renforcent aussi la vitalité et le bien-être des communautés.
Les effets de la biodiversité sur le bien-être dépendent souvent autant de la perception des gens que du niveau de biodiversité réelle d’une aire naturelle. Par exemple, dans une étude menée en 2012, les sondés ont signalé des niveaux de bien-être plus élevés dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus naturelles, même si leur perception ne cadrait pas avec les niveaux réels de biodiversité.
Les chercheurs ont souligné que ces résultats mettent en lumière une occasion à saisir. Combler l’écart entre la perception et la réalité par de l’éducation naturelle et des initiatives d’intendance pourrait donner lieu à des « scénarios dont tout le monde ressort gagnant » et qui « maximisent aussi bien la conservation de la biodiversité que le bien-être humain. »
Autrement dit, plus nous améliorons la biodiversité de notre ville et fournissons aux résidents des moyens de s’occuper des espaces naturels urbains, plus les gens pourront les apprécier et mieux ils se sentiront en conséquence.
Robin Wall Kimmerer a décrit cette relation réciproque entre l’intendance de la terre et le bien-être humain dans son livre Braiding Sweetgrass, qui allie savoir autochtone et science de la nature.
« Restaurer le territoire sans restaurer les liens est un exercice vide de sens, écrit-elle. Ce sont les liens qui perdureront et qui assureront le maintien du territoire restauré. Il est donc tout aussi essentiel de rétablir les liens entre les gens et le paysage que de rétablir des systèmes hydrologiques appropriés et d’éliminer les contaminants. Ces liens sont des remèdes pour la terre. »
Nina-Marie Lister considère que le Canada passe à côté d’une occasion en or en ne tirant pas profit des effets positifs de la biodiversité sur la santé et le bien-être. « Pour un pays qui jouit d’une aussi grande biodiversité, nous accusons un retard pour ce qui est des stratégies de protection qui peuvent améliorer le bien-être humain. Je pense qu’il est urgemment nécessaire de rapprocher la biodiversité et la santé dans nos politiques publiques. »
Selon Don Carruthers Den Hoed, bien que les gestionnaires de parcs parlent souvent des bienfaits spirituels de la nature, « ceux-ci ne sont jamais mentionnés dans les plans d’aménagement. C’est parmi les aspects très importants qui attirent les gens vers la nature et pourtant, c’est quelque chose qu’on a tendance à écarter du revers de la main. »
Dans notre examen des stratégies de biodiversité des villes canadiennes, nous avons constaté que même si celles-ci mentionnent les bienfaits de la biodiversité sur le bien-être humain, c’est souvent en termes très généraux plutôt que sous forme de politiques ou de mesures recommandées.
Cela ne veut toutefois pas dire que les liens entre la biodiversité et la santé publique sont absents des réflexions menées par les villes
Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages à la Ville de Calgary, reconnaît le lien entre la santé mentale et la biodiversité. Elle affirme d’ailleurs que dans son travail de cartographie des réseaux écologiques, la Ville « vise à trouver des moyens d’élargir l’accès aux parcs pour les Calgariens de manière à inclure des expériences nature plus facilement accessibles ».
Les effets positifs d’une expérience de la biodiversité et de la nature sur le bien-être soulèvent des questions importantes sur l’accès équitable aux aires naturelles qui abritent une riche biodiversité, surtout à la lumière de l’augmentation des troubles de santé mentale due à la COVID-19.
Comme l’a conclu la chercheuse en santé Nadha Hassen, les iniquités raciales et socioéconomiques dans l’accès à des espaces verts de qualité peuvent être un facteur déterminant des problèmes de santé mentale. « Dans les milieux urbains, les quartiers à faible revenu et ceux qui accueillent de nouveaux arrivants ou des populations racialisées ont tendance à offrir un accès limité à des espaces verts de qualité comparés aux quartiers où le revenu moyen est plus élevé ou ceux dont la majorité des résidents sont blancs », écrit-elle.
Assurer l’équité « représente un travail énorme », souligne M. Carruthers Den Hoed. En effet, l’équité est un aspect important qui est absent de nombreuses stratégies sur la biodiversité. M. Carruthers Den Hoed maintient d’ailleurs que l’équité ne se résume pas à l’accès (les gens peuvent-ils profiter d’espaces naturels à proximité?) et qu’elle est aussi liée à l’inclusion (dans quelle mesure les gens contribuent-ils à façonner ces espaces naturels?).
« Comment l’équité s’inscrit-elle dans les réflexions menant à la prise de décisions, celles sur l’emploi et les avantages économiques de tout ce qui se passe dans un parc, demande M. Carruthers Den Hoed. Je pense que c’est dans ce domaine que se fera le travail le plus intéressant. »