Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
Pourquoi les événements dans les parcs sont-ils importants ? Comment les subventions s'intègrent-elles dans les objectifs plus larges des Ami·es des parcs pour susciter des changements dans les parcs urbains ?
Découvrez les projets des Champion·nes des parcs urbains de Montréal qui transforment des espaces sous-utilisés en lieux verdoyants favorisant la biodiversité, la résilience climatique et la vie de quartier.
In 2026, 72 community groups and organizations across the country are receiving TD Park People Grants. They’ll be bringing people together in parks and green spaces through creative, inclusive, and environmentally focused events.
Une réflexion sur le rapport d'enquête BEING BLACK IN PUBLIC, qui explore comment les communautés noires vivent les parcs et les espaces publics, et ce qui nourrit la joie et le sentiment d’appartenance.
Explorez les principaux constats tirés de cinq années du Rapport sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière les tendances, les enjeux et les pratiques qui façonnent les espaces verts à travers le pays.
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Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Alors que les changements climatiques engendrent davantage de sécheresses, d’inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes, les Villes canadiennes se lancent dans une nouvelle phase de planification pour leurs parcs en les considérant comme des infrastructures écologiques. Pour ce faire, les espaces verts doivent être pensés de manière à améliorer les processus naturels, notamment en les transformant en véritables éponges pour absorber l’excès d’eau de pluie et réduire les risques d’inondation.
Ces parcs remplissent une triple fonction : atténuer les effets des phénomènes météorologiques extrêmes, renforcer la biodiversité en augmentant la surface d’habitat naturel et offrir des lieux de rencontre et de loisirs. Toutes ces initiatives bénéficient d’ailleurs de l’appui de la population. En effet, 92 % des quelque 3500 personnes interrogées en avril 2021 dans le cadre de notre sondage pancanadien ont dit vouloir que les parcs intègrent des infrastructures résilientes aux changements climatiques.
Qu’il s’agisse de transformer des rues en oasis de verdure, de concevoir des parcs autour du thème de l’eau ou de ramener à leur état naturel l’embouchure de certaines rivières, les huit projets suivants nous permettent d’imaginer des villes plus résilientes face aux changements climatiques.
À la suite des importantes inondations survenues en 2017 et 2019 dans les districts de Pointe-Gatineau et du lac Beauchamp, les propriétés lourdement touchées ont été cédées à la Ville et les résidents relogés. Un processus de plan directeur pour aménager ces lots vacants a été lancé en 2020, sous la direction du Conseil régional de l’environnement et du développement de l’Outaouais, avec un comité de travail auquel Ami·es des parcs a également participé.
Par ce plan directeur, la Ville souhaitait, avec l’apport de la communauté, repenser les secteurs longeant la rivière Gatineau afin d’améliorer la protection contre les inondations. Plutôt que de proposer des transformations d’envergure, le plan met de l’avant une approche sous forme de boîte à outils à l’échelle du lot, avec un ensemble d’actions pouvant être mises en place selon le contexte local, soit par la Ville, soit par des groupes communautaires. Cette boîte à outils comprend 25 typologies réparties en cinq catégories :
« L’un des objectifs principaux du projet était de susciter un élan et d’inspirer les gens à passer à l’action, » souligne Manon Otto, du studio Mandaworks*, urbaniste du projet. « Nous devions canaliser leur énergie et leur intérêt en proposant une boîte à outils entièrement démocratique. »
Pour une analyse plus approfondie de ce projet, consultez l’étude de cas d’Ami·es des parcs réalisée grâce au soutien du Centre Intact d’adaptation au climat.
Sur les rives du lac Ontario à Toronto, un immense parc et un nouveau quartier sont en train de voir le jour.
Mené par l’organisation Waterfront Toronto en collaboration avec la municipalité, le projet visant à rétablir l’état naturel de l’embouchure de la rivière Don et à protéger la zone portuaire des inondations permettra de créer de nouveaux parcs et habitats naturels. En redonnant à l’embouchure de la Don son caractère naturel et en créant un nouveau quartier insulaire, il garantira également une protection contre les inondations.
Selon Shannon Baker, directrice du projet « Parks and Public Realm » de Waterfront Toronto, le projet vise à créer un rempart contre une éventuelle inondation à l’échelle régionale, mais aussi contre toute fluctuation du niveau du lac. Michael van Valkenburgh Associates, une société d’architectes paysagistes, a étudié l’embouchure des rivières, ainsi que les zones humides au bord du lac Ontario, afin de définir l’approche conceptuelle de ce projet.
L’objectif n’est pas de retenir l’eau ou de l’empêcher de monter et de descendre, mais « de l’accepter et de renforcer notre résilience, comme le ferait un système naturel », dit Shannon Baker. Pour ce faire, les experts ont soigneusement choisi des espèces végétales « capables de se plier et de fléchir en permettant à l’eau de passer. »
Le réaménagement de l’embouchure de la rivière demande de tenir compte de l’interdépendance des différents écosystèmes. D’après Pina Mallozzi, directrice du projet de Waterfront Toronto, il est important d’accorder une attention particulière aux espèces de plantes utilisées dans les zones humides. En raison des sédiments et d’autres détritus amenés par la rivière dans les zones humides adjacentes, il a fallu choisir les plantes avec soin pour s’assurer qu’elles puissent résister à ces conditions.
« Il s’agit d’un projet très complexe, mais lorsqu’il sera terminé, on aura l’impression d’être dans un grand parc naturel et vert, et c’est ce qui en fera toute la réussite », dit Pina Mallozzi.
Selon le personnel de la Ville de Brampton, le Sustainable Neighbourhood Action Program* (SNAP) repose sur un « modèle de collaboration avec les quartiers en faveur de la rénovation urbaine durable et de la lutte contre les changements climatiques ». SNAP « vise à responsabiliser les résidents en les incitant à trouver des solutions adaptées à leur quartier et à créer des lieux de convivialité ».
Le programme s’appuie sur divers partenariats, notamment avec la Ville de Brampton, l’Office de protection de la nature de la région de Toronto, la Credit Valley Conservation Authority, la région de Peel, ainsi que des organisations citoyennes et des entreprises. Grâce à ces partenariats, SNAP tient compte à la fois des besoins de la population et des priorités de la Ville en matière de résilience pour créer un plan d’action personnalisé à travers différents projets, tels que la modernisation des espaces existants.
En 2020, le projet SNAP County Court* a lancé l’initiative « Upper Nine Pond » dans le quartier County Court de Brampton. L’objectif était de répondre aux besoins en matière de résilience et d’espace public de la population en réaménageant le bassin de traitement des eaux pluviales afin d’améliorer la qualité de l’eau et créer « un espace public attrayant comprenant un sentier, des bancs et des éléments naturels », explique le personnel.
Achevé en 2020, ce parc de 17 hectares permet de gérer sur place la totalité des eaux pluviales. Il a également la capacité de retenir davantage d’eau que celle produite par une crue à récurrence de 200 ans. Les éléments d’infrastructures écologiques du parc, comprenant 9000 mètres carrés de jardins pluviaux, ont bénéficié d’une subvention de 750 000 $ du programme « Municipalités pour l’innovation climatique » de la Fédération canadienne des municipalités, financée par le Gouvernement fédéral.
D’après le personnel de la Ville, l’aire de jeux d’eau dans le parc dispose aussi du premier système d’eau à double usage de l’Ontario. Ce système recueille et traite l’eau sur place et la réutilise pour l’irrigation, réduisant ainsi la quantité d’eau utilisée dans le parc.
Ouvert en 2019, Saigon Park*, d’une superficie de 3,5 hectares, est doté d’un important centre de traitement des eaux pluviales créé à partir d’un bassin central conçu pour protéger les quartiers voisins d’une crue à récurrence de 100 ans. Le bassin ainsi que les espèces végétales qui y ont été plantées améliorent l’habitat aquatique et la qualité de l’eau.
En outre, le parc comprend un circuit pédestre d’un kilomètre doté d’équipements de conditionnement physique. Des installations artistiques publiques viennent aussi valoriser l’environnement, comme l’œuvre intitulée « A Year in Weather » de l’artiste Ferruccio Sardella.
Sur le site dédié à sa collection d’art public*, la Ville indique que « cette œuvre vise à honorer le projet de traitement des eaux pluviales de Saigon Park. Elle symbolise l’équilibre entre les phénomènes météorologiques, les systèmes naturels et l’environnement bâti. »
Lauréat en 2021 du Prix d’excellence du jury de l’Association des architectes paysagistes du Canada (AAPC) pour ses paysages publics à grande échelle, Dale Hodges Park à Calgary a transformé une ancienne carrière de gravier au bord de la rivière Bow en un parc de 40 hectares. Il dispose aussi d’un centre de traitement des eaux pluviales capable de résorber les eaux de ruissellement de plus de 1700 hectares alentour.
Qualifié de « nouveau type d’espace public à haute performance » sur le site de l’AAPC, Dale Hodges Park représente « le parcours des eaux pluviales à travers une série d’expériences conçues en collaboration avec les services des parcs, des ressources en eau et de l’art public de la Ville, en mettant l’accent sur la manière dont circule l’eau dans le paysage ».
Grâce à un projet de conception sélectionné suite à un concours ouvert, Montréal veut faire passer l’avenue McGill en plein cœur du centre-ville d’une rue bitumée à un paysage naturalisé. Le lauréat du concours de design est celui qui a le mieux répondu aux objectifs de la Ville : élargir les espaces verts, réduire l’effet des îlots de chaleur urbains dû aux surfaces bitumées et augmenter la résilience et la biodiversité grâce à un choix de plantes riche et diversifié.
L’équipe qui a remporté le concours entend réinventer l’Avenue, en la transformant en une série de petits « salons naturels » et conviviaux, reliés par un long banc-bordure et une rigole de drainage. Ce nouvel espace offrira aux usagers du centre-ville une immersion quotidienne dans la nature, qui contraste avec la densité et le niveau de développement du quartier environnant.
Augmenter les espaces verts et la couverture forestière dans un environnement urbain dense en réaménageant une rue afin qu’elle ressemble davantage à un parc permettra à la ville de s’adapter aux effets des changements climatiques, explique Noémie Bélanger, conseillère en aménagement pour le Projet Sainte-Catherine Ouest et McGill College. Cependant, transformer une rue en un environnement plus naturel peut s’avérer difficile en raison des installations de services publics souterrains pouvant entraver les projets horticoles en surface.
Implanter une jeune forêt en plein milieu d’un centre-ville de manière à ce qu’elle favorise la biodiversité au niveau fonctionnel requiert la participation d’experts capables d’anticiper la croissance des strates végétales et leur entretien. La Ville a d’ailleurs vu ce projet comme une possibilité de faire participer la population, ainsi que des chercheurs universitaires. Selon Noémie Bélanger, bien que les pratiques de planification aient tendance à adopter des approches plus écologiques et que les Villes intègrent davantage ces critères dans leurs exigences de conception, elles doivent en faire plus pour élaborer des instruments en mesure de surveiller l’évolution des changements climatique dans les parcs urbains et d’évaluer les risques.
Le projet St George Rainway montre le potentiel de faire renaître d’anciens cours d’eau, en les faisant ressortir de terre et illustre toute l’importance des revendications citoyennes pour faire émerger de nouvelles idées. Né il y a plus de 10 ans à partir de l’idée ambitieuse des résidents de restaurer un cours d’eau disparu dans le quartier de Mt Pleasant à Vancouver, ce projet s’apprête à passer au stade de la consultation publique organisée par la Ville.
« La rue St George était autrefois traversée par le ruisseau te Statlew, aussi connu sous le nom de St George Creek », indique le site de la Ville dédié au projet. « Au début du 20e siècle, ce ruisseau historique a été enseveli pour y construire à la place des rues et des habitations. Le projet St George Rainway entend réimaginer cette voie d’eau historique en créant des infrastructures écologiques pour capter et filtrer les eaux de pluie venant des rues et des trottoirs adjacents ».
« Ce projet fournira non seulement des services essentiels, comme la gestion des eaux de pluie, mais il constituera aussi une trame bleue et verte unique qui améliorera l’espace public et les rues, et apportera plus de verdure et de biodiversité dans le quartier », indique la Ville.Ce projet fait suite à d’autres initiatives visant à faire renaître les cours d’eau de Vancouver, notamment à Tatlow Park et Volunteer Park, que nous avions mentionnés dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
Marcher pieds nus dans l’herbe est une sensation unique, de même qu’entendre le gazouillis des oiseaux ou sentir l’odeur de la terre mouillée après une averse. Ces expériences sensorielles nous amènent, souvent inconsciemment, à interrompre ce que nous faisons pour ressentir ces sensations, pour écouter et respirer profondément.
Pendant la pandémie, de nombreux citadins et citadines ont eu envie de se rendre dans des parcs et espaces naturels. Selon notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes canadiennes, 54 % ont déclaré qu’elles cherchaient le plus souvent à se rendre dans des parcs naturalisés – une hausse par rapport aux 34 % du sondage de l’an dernier – ce qui souligne l’importance croissante d’être en contact avec la nature en ville.
Même les petits espaces jouent un rôle important : 71 % des personnes interrogées ont déclaré que même les petits espaces naturalisés situés à moins de 10 minutes à pied de leur domicile, comme un jardin avec des plantes indigènes ou une prairie, contribuaient à favoriser leur lien avec la nature. Seule la moitié des personnes interrogées ont dit la même chose pour les espaces naturels de plus grandes tailles.
Dans l’ensemble, 87 % des personnes interrogées ont déclaré ressentir une forte connexion avec la nature – un chiffre relativement stable, toutes origines raciales et sociales confondues. Toutefois, le degré de connexion avec la nature semble croître avec l’âge, puisqu’il s’élève à 83 % pour les 18-29 ans et à 94 % pour les personnes âgées de 65 ans et plus.
À quel point avons-nous conscience de notre corps et de la Terre sur laquelle nous vivons? Connaissons-nous les espèces d’arbres de notre parc? Quelle est la dernière fois que nous avons fait notre part pour les endroits qui nous offrent tant de choses?
Ces questions mettent en évidence la différence entre le fait de passer du temps dehors – une activité utile et bénéfique en soi – et le fait de se sentir proche du monde naturel. Le sentiment d’être lié à la nature et non séparé d’elle est une caractéristique que les chercheurs appellent « la connexion avec la nature » [nature connectedness]. D’après un rapport* :
La connexion avec la nature représente le degré auquel chaque personne intègre la nature dans son identité en créant un sentiment d’unité entre elle-même et le monde naturel.
Un autre l’a définie* comme étant « l’appréciation et la valorisation de toute vie transcendant l’utilisation objective de la nature pour les besoins de l’humanité. »
Bien que cette idée puisse paraître philosophique, la connexion avec la nature a des répercussions matérielles sur notre façon de vivre, nos émotions et notre empreinte écologique – autant d’éléments fondamentaux à une époque marquée de plus en plus par les problèmes de santé mentale et les effets des changements climatiques.
La connexion avec la nature est souvent liée au bien-être hédonique de vivre dans le moment présent (le fait de se sentir bien), mais elle est aussi fortement liée au bien-être eudémonique* (le fait de bien fonctionner), qui contribue à l’épanouissement personnel et au bien-être à long terme.Les personnes qui se disent plus proches de la nature font souvent preuve d’un plus grand intérêt pour les activités respectueuses de l’environnement*. Lorsque nous nous synchronisons avec le monde naturel, nous ressentons davantage d’émotions positives*, comme la vitalité. En outre, nous ruminons moins* et nous faisons preuve de plus de bonté et de générosité* envers notre entourage, une conséquence attribuée par cette étude à la capacité de la nature de susciter des sentiments d’émerveillement qui nous permettent de faire preuve de « désintéressement* », c’est-à-dire le fait de détacher notre attention de nous-mêmes.
Professeure agrégée à la faculté de psychologie de l’Université Trent, en Ontario, Lisa Nisbet a mené des études au Canada sur la connexion avec la nature et passe beaucoup de temps à réfléchir sur ce sujet.
Cette connexion avec la nature est « ancrée en nous » comme un trait de personnalité relativement stable », explique-t-elle, en la distinguant du temps que l’on passe simplement en plein air. On peut traverser un parc tous les jours pour aller au travail, mais cela ne veut pas dire nécessairement que l’on se sent connecté à cet environnement.
La connexion avec la nature peut en dire long sur le comportement d’une personne. De nombreuses études ont montré que les gens se disant plus proches de la nature passent également plus de temps en plein air et sont prêts à parcourir une plus grande distance pour passer du temps dans la nature. Dans ses propres recherches sur la pandémie, Dre Nisbet a constaté que les étudiantes et étudiants universitaires se disant très proches de la nature « en réalité se servaient plus de la nature comme moyen de faire face à la situation que les personnes déconnectées de la nature ».
Pour Lisa Nisbet, les parcs urbains et l’éducation à l’environnement offrent d’énormes possibilités. Beaucoup de gens ne voient qu’une « masse verte », dit-elle. « Oh, c’est un arbre. Mais ne serait-ce pas un chêne rouge? Que savons-nous à son sujet? Comment contribue-t-il à atténuer les effets des changements climatiques et à améliorer la qualité du sol? Quels types de créatures aiment s’y abriter? Je crois que c’est en enrichissant leurs connaissances que les gens peuvent renforcer leur sentiment de connexion. »
S’il est possible d’établir ces liens avec la nature à tout âge, Lisa Nisbet souligne néanmoins l’importance de l’éducation à l’environnement chez les enfants. « En apprenant ces choses très tôt et en apprenant à reconnaître les plantes et les animaux de nos écosystèmes, nous sommes davantage conscients de ce qui vit dans notre environnement et, selon moi, pouvons davantage développer notre empathie », explique-t-elle.
Bien avant que les chercheurs n’inventent le terme « connexion avec la nature », cette vision du monde existait déjà. Et elle perdure encore aujourd’hui : elle est à la base des relations qu’entretiennent de nombreux peuples Autochtones avec la Terre et de leur rôle de gardiens; une relation qui repose sur « la révérence, l’humilité et la réciprocité ».
Conteuse, guide en sylvothérapie et éducatrice, Carolynne Crawley gère l’organisation Msit No’kmaq*. Elle indique que beaucoup de gens ignorent souvent l’importance d’entretenir des relations réciproques avec la Terre et les autres êtres vivants. « Les gens ont tendance à accorder une priorité moindre à leur relation avec la Terre qu’à leur relation avec un être cher », souligne-t-elle.
De nombreux peuples Autochtones attachent une grande importance au principe de réciprocité et voient la nature et les autres espèces vivantes comme faisant partie de la même famille. « Les aînés dans mon entourage m’ont appris que toute vie est sacrée », explique Carolynne.
En tant qu’êtres humains, nous avons la responsabilité individuelle et collective d’entretenir de bonnes relations avec notre planète Terre, tout comme nous devons entretenir de bonnes relations avec nous-mêmes et les autres.
Selon Carolynne, nous voyons trop souvent la Terre comme un gisement de ressources à exploiter à tout prix. « J’invite toujours les gens à réfléchir à leurs relations avec autrui. Si l’on passe son temps à donner, donner, donner en permanence, et que l’autre personne ne fait que prendre, prendre, prendre sans faire preuve de respect ni de gratitude, alors il y a un déséquilibre. » Cela peut consister à ramasser les déchets sur un sentier et à prendre conscience de notre incidence sur les autres êtres vivants.
La réciprocité peut également se traduire par une plus grande attention portée à notre langage, un aspect que Carolynne explore dans ses ateliers. « Il m’arrive d’entendre des termes utilisés en référence à la Terre et aux êtres vivants qui manquent de respect, de gratitude et d’amour envers ceux-ci. Et donc, dans mes ateliers et webinaires, nous nous interrogeons sur ces termes et essayons de les décortiquer. »
Prenons le mot dirt en anglais qui veut dire à la fois « terre » et « saleté ». Carolynne se penche donc sur ce terme, souvent utilisé pour parler de la terre, et demande à son auditoire s’il véhicule un sentiment de respect pour la terre et tout ce que celle-ci nous offre. Bien que ces aspects puissent paraître insignifiants, le langage peut façonner notre manière d’appréhender le monde et transmet également à notre entourage – notamment aux enfants – la valeur que l’on accorde aux choses, explique-t-elle.
Carolynne recommande d’utiliser tous nos sens et d’appréhender le monde avec la curiosité d’un enfant. « La randonnée est une excellente activité », dit-elle. « Mais souvent, l’idée est d’aller d’un point A à un point B », alors que les enfants préfèrent, pour leur part, errer et explorer.
À cet égard, une étude publiée par Dre Nisbet* met en évidence les avantages de pratiquer la pleine conscience dans la nature en concentrant son attention sur ses expériences sensorielles. Dans notre sondage, 81 % des personnes interrogées ont déclaré qu’entendre le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles dans les arbres les aidait à se sentir connectées à la nature.
Quant au travail de Carolynne Crawley, il vise en grande partie à aider les gens à « se reconnecter à leur relation avec la Terre » et à leur donner la possibilité de ralentir le rythme et prendre conscience du monde qui les entoure. « Je crois que cette relation, cette mémoire, est dans notre ADN », déclare-t-elle. « Certains aînés parlent d’ailleurs de la « mémoire du sang ». »
« Au cours de l’histoire, l’être humain a été arraché violemment de cette relation à différents moments », ajoute-t-elle. « Et pourtant, nous voyons encore que des peuples Autochtones du monde entier entretiennent toujours cette relation. »
Carolynne souligne que reconnaître et honorer le rôle des peuples Autochtones en tant que « gardiens inhérents de la terre » devrait être au cœur des programmes d’éducation et d’intendance environnementales. Et d’ajouter qu’il est primordial d’établir des relations avec les peuples Autochtones et les organisations qui mènent déjà ce travail.
Cultiver une plus grande connexion avec la nature peut sembler difficile au quotidien pour celles et ceux qui vivent en ville. Comme nous l’avons déjà abordé, ce rapprochement avec la nature est entravé par de nombreuses inégalités dans l’accès aux espaces verts urbains et la capacité d’en bénéficier, avec des répercussions en matière de justice climatique, d’équité dans la conception des parcs et de santé publique.
Pouvoir passer du temps dans la nature peut être une activité réservée aux privilégiés, comme le souligne Zamani Ra, fondatrice et directrice générale de l’organisation CEED Canada.
Selon Zamani, il est essentiel d’adopter une approche d’anti-oppression, en tenant compte des besoins spécifiques aux niveaux collectif et individuel, en particulier lorsque l’on travaille auprès de groupes racialisés et à faibles revenus. Pour les personnes n’ayant pas de jardin chez elles ni la possibilité de quitter la ville, trouver le temps de se rendre dans un espace vert peut être difficile ou exige de sacrifier le temps qu’elles passent en famille, ou de prendre sur leurs heures de travail ou de sommeil.
Pour comprendre si les gens pensent avoir suffisamment de temps dans leur vie pour faire ce qu’ils doivent faire, mais aussi ce qu’ils veulent faire, Zamani s’appuie sur le concept de pauvreté en termes de temps disponible*.
Lorsque Zamani a pris la décision délibérée de passer plus de temps dans la nature pour son propre bien-être, notamment en faisant de longues marches dans un ravin près de chez elle, elle a dû accepter de travailler moins, et donc d’avoir moins de revenus. « Cela a été une décision coûteuse », explique-t-elle, en précisant qu’à l’époque, elle vivait sous le seuil de pauvreté. « J’ai dû me convaincre du fait qu’en réalité, le risque que je prenais était acceptable pour le moment. »
Cependant, pour être en contact avec la nature, nous n’avons pas besoin de chercher bien loin. En effet, nous incarnons cette connexion avec la nature en marchant, en respirant et en écoutant notre cœur battre.
« La nature est au cœur de tout ce que je fais », déclare Zamani, en ajoutant que son travail repose sur une vision du monde centrée sur l’Afrique :
Que je sois à l’intérieur ou à l’extérieur de mon appartement, peu importe », car la nature est en nous… de même que la Terre, le vent, l’eau et le feu.
« Je pense que parfois les gens se sentent mal parce qu’ils n’ont pas la possibilité de passer du temps dans ces endroits », comme les grands parcs situés hors des villes, dit Zamani. Dans ces situations-là, elle veut nous rappeler que la nature n’est pas seulement autour de nous, elle est aussi en nous.
« Je veux donner aux gens les moyens d’agir avec ce qu’ils ont déjà », explique-t-elle. Et cela peut simplement être de trouver un moment pour se connecter à la nature dans son propre foyer en remarquant le soleil sur son visage ou la brise à travers une fenêtre. Selon Zamani, commencer par faire un petit pas en avant est déjà une grande chose. « Et puis, une fois que nous en sommes conscients, nous serons plus susceptibles de vouloir aller plus loin. »
Les personnes qui vivent dans des villes du Canada choisissent de passer plus de temps dans la nature. Lors de notre sondage réalisé auprès de plus de 3 000 personnes, 54 % d’entre elles ont déclaré se rendre le plus souvent dans des parcs naturels ou « sauvages », contre 34 % l’année dernière. Les Villes répondent également à cet intérêt accru, puisque près de 60 % d’entre elles déclarent avoir déjà mis en place des activités d’intendance environnementale ou envisagent de le faire en raison de la forte demande.
Il est clair que la nature exerce un fort pouvoir d’attraction lorsqu’il s’agit de retrouver un équilibre mental, physique ou psychique, un besoin fortement accru par les deux années difficiles de la pandémie.
Même si passer du temps dans la nature évoque souvent l’idée de marcher sur des sentiers sauvages, pour autant, il n’est pas nécessaire de se rendre dans un grand parc pour faire cette expérience. Comme nous l’avons mentionné dans notre autre article sur ce sujet, se sentir plus proche de la nature peut évoquer différentes choses pour différentes personnes. Pour certains d’entre nous, il peut s’agir de partager des anecdotes pendant une promenade dans un parc avec des amis; ou d’être plus attentifs à la nature chez nous ou près de chez nous. Cela peut aussi vouloir dire donner de son temps pour planter des arbres ou entretenir un jardin dans notre quartier.
Les exemples ci-dessous illustrent des programmes créés par des chef·fes de file des quatre coins du pays pour aider les gens à se rapprocher de la nature de manières différentes, mais tout aussi significatives.
Lorsque Tammy Harkey a remarqué que des femmes de sa communauté souffraient de problèmes psychologiques au début de la pandémie, elle a décidé de faire quelque chose. Mère, grand-mère, conseillère et fière membre de la bande indienne de Musqueam, Tammy Harkey occupe actuellement le poste de présidente du Native Education College. Elle-même passionnée de marche, elle a créé les Musqueam Road Warriors, un groupe de marche pour femmes Autochtones dans le parc Pacific Spirit de Vancouver.
Le parc revêt une importance particulière pour la Nation Musqueam, car il fait partie de ses territoires traditionnels non cédés* et était autrefois proche de son village, explique-t-elle. C’est pourquoi, selon elle, les personnes Autochtones devraient se tourner vers ces endroits pour prendre soin d’elles-mêmes.
Se sentir connecté à la nature signifie ressentir un lien avec la terre, mais aussi avec les histoires liées au parc, aux plantes et aux remèdes qui s’y trouvent. « Nous avons désormais un groupe entier qui partage les histoires et les souvenirs de leurs familles », déclare Tammy Harkey. « Des histoires vraiment émouvantes. Des choses que je n’ai jamais entendues. »
« Les Aînées de notre groupe de marche sont devenues de véritables enseignantes », dit-elle, en soulignant l’importance de l’apprentissage intergénérationnel. Emportées par le tourbillon de la vie avant la pandémie, elles avaient peut-être oublié de prendre le temps d’écouter « ce qu’elles avaient à nous enseigner, ainsi que les messages et histoires qu’elles devaient nous transmettre », explique-t-elle. Mais le calme de la forêt et les cèdres tout autour d’elles les ont aidées à être plus présentes.
Aujourd’hui, le groupe existe toujours et compte une soixantaine de femmes et de jeunes filles de tous âges qui se retrouvent pour aller marcher dans le parc. Tammy Harkey souligne l’importance que ce groupe soit centré sur les femmes.
Lorsque les femmes parviennent à retrouver une stabilité – les mères de famille et les matriarches de leur communauté –, ceci se répercute sur la santé et la joie de vivre de toute une famille. Et c’est une tendance claire que nous avons vu émerger de notre groupe.
Pendant la pandémie, de nombreux citadins et citadines ont voulu passer du temps dans la nature pour réduire leur anxiété. Toutefois, se rendre dans des espaces verts n’est pas toujours facile ou possible pour les personnes en situation de handicap.
Selon Kari Krogh, cofondatrice de la EcoWisdom Forest Preserve*, « la pandémie a fait exploser les facteurs de stress pour les personnes présentant d’importants niveaux de handicap physique ». « Sortir, même prendre les transports en commun, lorsqu’on a une constitution fragile – et lorsque les gens vous toussent dessus – pour aller dans un parc », était un réel défi. Sans parler des potentiels problèmes d’accessibilité une fois sur place, ajoute-t-elle.
C’est pourquoi Paul Gauthier, directeur général du Individualized Funding Resource Centre* et elle ont créé un groupe offrant des programmes de bien-être axés sur la nature et accessibles en ligne.
Ces programmes sont ouverts aux personnes de toutes capacités qui peuvent participer depuis un lit, à côté d’une fenêtre ou dans un parc à proximité.
Les personnes en situation de handicap peuvent retirer de nombreux bienfaits de la nature et apporter leur contribution. Toutefois, elles ont besoin qu’on leur offre différentes manières d’accéder aux parcs publics
Kari Krogh, EcoWisdom Forest Preserve
Né de sa passion et de celle de Paul Gauthier, ce programme découle de leur expérience personnelle, explique Kari Krogh, ajoutant qu’elle a développé un handicap grave et a vécu trois ans entre quatre murs. « Je ressentais en permanence de fortes douleurs et j’étais tout simplement immobilisée », se souvient-elle. « J’aurais aimé avoir accès à un programme comme celui que nous proposons. »
Le programme a donc été conçu pour offrir un maximum de souplesse, en utilisant des vidéos sur la nature et des messages inspirés de la sylvothérapie et des neurosciences. L’équipe d’animation guide les participantes et participants dans des exercices de pleine conscience dans la nature, en les invitant à utiliser leurs sens, comme le toucher et l’odorat, ainsi que la visualisation.
« Pendant la pandémie, nous nous sommes sentis dépassés par tant de choses », dit Kari Krogh. « [Ce programme] permet aux personnes en situation de handicap de se retrouver entre elles pour se soutenir mutuellement », comme le reflètent les propos des personnes ayant participé au programme. L’un d’eux a fait remarquer que ses douleurs s’étaient atténuées et qu’il était « devenu plus détendu, joyeux et optimiste ». Un autre a déclaré qu’il « apprenait à utiliser la nature comme une ressource gratuite pour développer sa résilience ».
Bénéficiant initialement du financement de démarrage issu du programme de Bourses TD Ami·es des parcs, Paul Gauthier et Kari Krogh ont ensuite pu recevoir des fonds de l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé du Gouvernement fédéral. Ceci leur a permis d’étendre leurs activités et de créer un programme accessible formant d’autres personnes à la mise en œuvre d’activités de bien-être axées sur la nature.
Au-delà de son rôle d’organisateur, Paul Gauthier a pu lui aussi retirer des avantages de son temps passé dans la nature. Il explique que, pendant la pandémie, son niveau de stress avait grandement augmenté en raison de son travail de soutien auprès des personnes en situation de handicap.
« Le fait de pouvoir faire une pause, de me recentrer sur moi-même et de prendre du recul sur mes problèmes du quotidien m’a vraiment permis de voir comment prendre soin de moi-même », dit-il. « Je suis aussi conscient qu’en faisant cela, je peux davantage aider les autres par la suite. »
S’inspirant du concept d’intelligence émotionnelle, l’équipe d’Eva Riccius, gestionnaire des parcs à la Ville de Saanich, a inventé le terme « intelligence naturelle » lors de la conception d’un programme visant à promouvoir les liens avec la nature à Saanich. Peu importe que vous commenciez à passer du temps dans la nature ou que vous fassiez de la randonnée depuis longtemps, « tout le monde y a accès, quel que soit son niveau », dit-elle.
Ce programme a été conçu pour inciter les gens à se rapprocher de la nature par des moyens facilement accessibles : que ce soit d’identifier les oiseaux dans leur jardin ou de participer à des activités de restauration environnementale.
Conscient de la « fatigue des écrans » ressentie par beaucoup de gens, le personnel de la Ville de Saanich a présenté cette campagne comme un moyen de s’éloigner des écrans électroniques pour s’immerger dans la verdure. La municipalité s’est donc associée à la chaîne d’information et au journal de la ville pour transmettre des témoignages, a organisé des randonnées et des séances de bains de forêt, et a mis en avant diverses expériences dans les parcs grâce à une page dédiée sur son site internet*.
Cette initiative a entraîné une augmentation spectaculaire de la fréquentation des parcs, au-delà de la tendance déjà constatée pendant la pandémie. Utilisant des données générées par Google, l’équipe d’Eva Riccius a analysé le nombre de personnes fréquentant les parcs par rapport à un point de comparaison enregistré en 2019. Cette analyse a fait ressortir une augmentation de 100 % pendant la campagne, soit bien plus que la hausse induite par la pandémie et observée dans les municipalités voisines du Grand Vancouver.
En outre, le programme offre des suggestions sur la manière de pratiquer la réciprocité en incitant les gens à réfléchir à des moyens d’aider à leur tour la nature, en participant à des activités d’intendance, par exemple. Sur ce dernier point, Eva Riccius explique que l’intérêt a été tel qu’ils ont dû cesser d’accepter des bénévoles pour le moment.
Le programme a également suscité de nouvelles idées pour apporter des changements à long terme à certains parcs de la ville. Pour l’instant, beaucoup n’offrent que de l’herbe, des arbres et une aire de jeux, ajoute-t-elle. La Ville cherche aussi à adopter des mesures de naturalisation stratégiques dans certaines parties de ces parcs au moyen de plantations et de projets de restauration. Ces mesures pourraient contribuer à réduire l’arrosage et à créer divers habitats naturels – des initiatives déjà mises en œuvre dans des villes comme Vancouver, Kitchener, Mississauga et Edmonton.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2023 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
Il s’agit d’une législation provinciale qui modifie la Loi sur l’aménagement du territoire, qui régit la manière dont les espaces verts sont cédés aux municipalités, ainsi que la Loi sur les redevances d’aménagement, qui régit la manière dont les espaces verts et leurs installations liés à la croissance sont financés. Le projet de loi a réduit la quantité d’espaces verts que les municipalités se verront céder, ainsi que le montant du financement destiné à l’aménagement des parcs. Il aura également une incidence sur les critères de sélection des espaces verts à l’avenir, qui seront soumis aux futures réglementations, y compris les terrains grevés et les espaces publics privés.
Je pense que les promoteurs se sont plaints à la Province des différents frais exigés pour la construction de nouveaux logements. Le secteur du logement s’est largement mobilisé en expliquant à quel point ces frais augmentaient le coût de construction des nouveaux logements. Il a aussi montré que certaines municipalités n’utilisaient pas leurs réserves allouées aux espaces verts. Je pense que ces deux éléments, associés à la volonté du gouvernement provincial de se doter rapidement d’un plus grand nombre de logements, sont à l’origine de ces changements.
À court terme, de nombreuses municipalités revoient leur plan d’investissement et tentent de déterminer si elles peuvent encore se permettre ce genre de choses. À long terme, je dirais que les projets immobiliers construits après l’adoption du Projet de loi 23 disposeront de moins d’espaces verts que les projets construits avant son adoption, ce qui risque d’engendrer une certaine inégalité au fil du temps.
L’objectif était surtout de partager des connaissances et de se soutenir mutuellement afin de décider d’éventuelles stratégies de plaidoyer. Nous voulions savoir si les municipalités souhaitaient mener ces activités elles-mêmes ou par l’intermédiaire d’autres groupes, comme des associations professionnelles dédiées aux parcs. À l’heure actuelle, nous comptons 12 municipalités participantes, représentées par des responsables ou des spécialistes de l’aménagement des parcs. L’interprétation de ces textes pouvant différer d’une personne à l’autre, il était donc important de savoir comment les gens comprenaient ces informations et quelles informations ils avaient obtenues de leurs sources.
Nous avons surtout utilisé des notes d’information du conseil et des messages de sensibilisation via l’association des municipalités de l’Ontario (Association of Municipalities in Ontario), de l’association des architectes-paysagistes de l’Ontario (Ontario Landscape Association) et de l’institut des planificateurs professionnels de l’Ontario (Ontario Professional Planners Institute), que le gouvernement semblait écouter davantage. Les municipalités ne semblaient pas vouloir mener une campagne publique, probablement en raison des délais très courts.
Aucun changement n’a été effectué dans les dispositions réduisant les espaces verts que les municipalités se verront céder ni les indemnisations financières qu’elles recevront. Toutefois, nous avons réussi à soustraire les terrains grevés et les espaces publics privés des mains des promoteurs. Une future réglementation doit désormais officialiser le tout, qui, espérons-le, sera assortie de critères, comme la création d’espaces à distance de marche du site concerné. D’autre part, la possibilité selon laquelle les promoteurs pourraient suggérer de céder des terres situées en dehors du site sera également soumise à une future réglementation. Il s’agit là de changements importants.
Nous continuons également à organiser des discussions mensuelles en ligne pour permettre aux membres de ce groupe de travail de poser leurs questions ou d’exposer leur problème. De plus, nous échangeons des courriels avec les autres membres sur des problématiques que nous rencontrons et dont la résolution peut servir aux autres.
Selon moi, avoir plusieurs groupes dotés d’une certaine crédibilité sur un sujet spécifique et communiquant le même message permet de faire progresser un dossier. Il vous reste donc à déterminer les groupes qui partagent la même position que vous et à veiller à communiquer les mêmes messages et les mêmes préoccupations clés. Si vous pouvez identifier les groupes qui reçoivent l’attention du gouvernement provincial, vous avez alors de meilleures chances de faire entendre votre message que si vous faites cavalier seul. Parfois, vous réussirez, parfois non. Toutefois, chaque petite victoire dans les dossiers sur lesquels vous travaillez – comme les endroits où les gens se divertissent – est utile.
Les toilettes publiques sont une nécessité dans les parcs. Effectivement, selon notre enquête d’opinion, les toilettes publiques accessibles tout au long de l’année ont été identifiées comme le principal équipement que les personnes sondées aimeraient voir davantage dans les parcs. Elles font également partie intégrante d’une conception des parcs urbains basée sur les droits humains*, une perspective de plus en plus importante alors que de nombreuses villes continuent de lutter contre la crise du logement.
Toutefois, s’assurer que les toilettes soient accessibles, sûres et bien entretenues constitue un défi pour de nombreuses villes.
La Ville d’Edmonton s’attaque de front à ces défis en expérimentant des approches créatives pour améliorer la mise à disposition, la sécurité et l’entretien des toilettes.
Parmi les initiatives les plus réussies de la Ville, on trouve le programme d’intendance de toilettes publiques, qui emploie du personnel pour surveiller et entretenir les toilettes dans des endroits où la sécurité s’avère une préoccupation majeure. Les personnes sont embauchées en collaboration avec Hiregood*, une entreprise sociale locale qui crée des opportunités d’emploi pour toute personne ayant une expérience vécue d’itinérance et de pauvreté et pouvant rencontrer des difficultés sur le marché de l’emploi.
Mis en place pour la première fois en décembre 2019 sous la forme d’un projet pilote de trois mois, le programme s’est étendu depuis lors, passant de 3 à 12 sites et permet l’emploi d’environ 100 personnes à temps plein et à temps partiel. Alors que les premiers emplacements se trouvaient dans des parcs et des espaces publics, le programme d’intendance s’est maintenant élargi dans certaines bibliothèques et stations de transport en commun d’Edmonton.
« Nous avions des toilettes que vous auriez eu peur d’utiliser. Mais maintenant, parce que vous avez des gens qui surveillent et supervisent les toilettes, il y a une amélioration remarquable en termes de sécurité et de propreté. »
Samson Awopeju, Gestionnaire du programme de la stratégie des toilettes publiques à la Ville d’Edmonton
En plus de l’entretien des toilettes, les préposé·es sont formé·es à la désescalade et disposent de matériel de réduction des risques. Il y a eu moins de surdoses sur les sites avec des préposé·es, note Samson. À certains endroits, l’amélioration globale de la sécurité a été si marquée qu’il y a eu une réduction de la présence policière.
Un autre effet positif inattendu du programme a été qu’Edmonton a réussi à maintenir l’accès à ses toilettes publiques en début de pandémie, alors que de nombreuses villes les ont fermées.
Ces avantages ont motivé la Ville de Calgary à inaugurer sa propre version* du programme en phase pilote, inspirée du modèle d’Edmonton, avec des préposé·es surveillant les toilettes publiques dans deux parcs du centre-ville.
En plus de rendre les toilettes existantes plus accueillantes grâce au programme d’intendance, la Ville teste également des approches créatives pour élargir l’accès aux toilettes dans toute la ville.
Cette année, Edmonton a lancé un nouveau programme de subventions pour les organismes à but non lucratif et les entreprises afin d’élargir l’accès aux toilettes. Les subventions de 5 000 $, dont bon nombre ont été octroyées aux ligues communautaires qui supervisent les activités dans les parcs, peuvent être utilisées pour installer des toilettes mobiles ou compenser les coûts d’entretien supplémentaires pour les entreprises qui, en plus de la clientèle payante, ouvrent leurs toilettes au public en général.
« Sur le plan financier, il n’est tout simplement pas possible d’installer des toilettes partout. Et c’est précisément dans ces lieux que nous souhaitons inciter les entreprises ou les organisations communautaires à contribuer »
Toutes ces initiatives contribuent à l’élaboration de la future Stratégie des toilettes publics* de la Ville, qui devrait être dévoilée début 2024. La stratégie comprendra une cartographie démographique pour aider à identifier les zones de la ville où investir dans les toilettes publiques devraient être prioritaires.
L’objectif, comme le dit Samson, est de « s’assurer que tout le monde a accès aux toilettes, peu importe de qui il s’agit ».
La rivière Don, qui traverse Toronto du nord au sud et se jette dans le lac Ontario, a une histoire longue et complexe. Comme le souligne un article du Globe and Mail*, la rivière a servi pendant longtemps de moyen de transport et de source d’alimentation aux peuples Autochtones. Elle a été une bénédiction pour les apiculteurs, mais a aussi été utilisée comme décharge industrielle et comme égout à ciel ouvert. Elle a été parfumée à l’occasion d’une visite royale, a pris feu à deux reprises, a finalement été partiellement comblée, tandis que ses méandres ont été redressés à la fin du 19e et au début du 20e siècle.
Selon Jennifer Bonnell, professeure à l’Université York et auteure du livre Reclaiming the Don*, la Don a été la « rivière la plus maltraitée* » du Canada.
Toronto n’est pas la seule à avoir maltraité ses cours d’eau. De nombreuses villes canadiennes se sont lancées dans une croisade similaire en enterrant, canalisant ou comblant les ruisseaux, rivières et marais dans le cadre de leurs plans d’urbanisation. On a souvent considéré la nature comme un élément à dompter, plutôt qu’une force qu’il est possible de comprendre et de respecter.
Lorsque nous avons sondé les Villes, 17 % d’entre elles ont déclaré avoir mis en œuvre des projets (programmés ou achevés) visant à « exhumer » les rivières enfouies en les ramenant à la surface, comme le projet de restauration des cours d’eau des parcs Tatlow et Volunteer* de Vancouver. D’autres projets redonnent vie à des cours d’eau disparus grâce à des œuvres d’art publiques, comme pour le ruisseau Garrison à Toronto, illustré par une fresque murale célébrant l’importance de l’eau pour les peuples Autochtones*.
Actuellement, Toronto mène un projet de plusieurs années et d’un budget d’un milliard de dollars visant à corriger les erreurs du passé pour la rivière Don. Dirigé par l’organisation Waterfront Toronto en collaboration avec la municipalité, le projet appelé Don Mouth Naturalization and Port Lands Flood Protection entend recréer des habitats naturels tout en protégeant des inondations les zones adjacentes de la Don.
Dans le cadre du projet de naturalisation de l’embouchure de la rivière Don, Waterfront Toronto entend travailler avec les forces de la nature plutôt que d’aller à leur encontre. Recréer les méandres de la rivière avant son embouchure doit permettre de ralentir le débit de l’eau. Quant aux nouvelles berges conçues spécifiquement pour résister aux inondations, elles permettront de protéger les nouveaux quartiers construits à proximité. En cas de forte tempête – dont la fréquence augmente en raison des changements climatiques – la rivière Don pourrait voir son volume atteindre « une quantité d’eau équivalente aux deux tiers des chutes du Niagara* ».
Shannon Baker, directrice de projet pour les parcs et le domaine public de Waterfront Toronto, a déclaré lors d’un entretien avec les Ami·es des parcs en 2021 que l’objectif n’était pas de retenir l’eau ni de l’empêcher de monter et de descendre, mais « de l’accepter et de renforcer notre résilience, comme le ferait tout système naturel ». Pour ce faire, l’équipe a soigneusement choisi des espèces végétales « capables de se plier et de fléchir en permettant à l’eau de passer. » Les berges ont été divisées en différentes sections* : forêt des hautes terres en haut des berges, et marais submergé (aquatique) en bas des berges, chacune possédant sa propre palette de plantes.
La tâche est gargantuesque : il s’agit du plus grand projet d’aménagement urbain du pays. Il a fallu déplacer et nettoyer des tonnes de terre, façonner et stabiliser les berges à l’aide de techniques telles que des ancrages en bois et des roches de schiste, et planter des espèces végétales favorisant de nouveaux habitats et un nouvel écosystème pour le cours d’eau. Enfin, des espaces verts seront aménagés sur les berges avec diverses infrastructures, comme de nouveaux sentiers, des plages et des rampes de mise à l’eau pour permettre au public de mieux profiter du lac.
En remettant l’embouchure de la rivière à son état naturel, l’objectif est de faire en sorte que les stigmates de ces travaux d’ingénierie deviennent invisibles pour celles et ceux qui profiteront de ces nouveaux espaces. Malgré l’ampleur énorme de ce projet, ses responsables espèrent que d’autres Villes cherchant à renaturaliser et à faire renaître leurs cours d’eau autrefois enterrés ou canalisés pourront en tirer des enseignements précieux et ainsi repenser leur relation à l’eau en passant d’un rapport de domination à un rapport de respect mutuel.
Les municipalités du Canada se trouvent sous pression pour répondre à la demande en parcs. Suite à des années de restrictions dans leurs budgets de fonctionnement, les services des parcs sont aujourd’hui forcés d’étirer leurs fonds déjà maigres tout en faisant face à des pressions croissantes liées à la fréquentation accrue des parcs. D’ailleurs, l’acquisition de terrains est devenue beaucoup plus coûteuse – quand il est encore possible de trouver une parcelle adéquate.
Face à ces défis, les espaces publics privés (ou POPS pour privately-owned public spaces en anglais) constituent une solution tentante pour les Villes. Construits par des promoteurs immobiliers privés, ces espaces restent détenus et gérés par ces entités privées, et semblent représenter une solution gagnante pour les municipalités qui ont bien du mal à fournir des espaces publics à leurs concitoyen·nes et à en financer l’entretien.
Depuis des années, les promoteurs font pression sur les municipalités pour qu’elles acceptent les POPS dans le cadre de leurs exigences d’affectation de terrains à la création de parcs, une politique à laquelle certaines municipalités ont résisté jusqu’à présent.
Une personne en charge de la planification des parcs a souligné que si les POPS permettent en partie de répondre à la demande d’espaces en plein air, ils ne remplacent pas les parcs publics pour autant. C’est pourquoi les Villes doivent continuer à inciter les promoteurs à céder des terrains afin de créer des parcs publics.
Pour mieux orienter le rôle des POPS, la Ville de Toronto a recensé plus de 170* lieux et créé des directives pour la conception des POPS ainsi qu’une stratégie de signalisation* pour veiller à ce que ces espaces soient accueillants et clairement identifiés comme des lieux publics. Vancouver a également recensé les emplacements des POPS* dans sa liste de places et de parcs publics en centre-ville, dans le cadre de sa stratégie pour l’espace public en centre-ville [Downtown Public Space Strategy*]. Cette stratégie contient des mesures à prendre comme l’élaboration d’un cadre décisionnel pour l’acquisition de nouveaux POPS et l’assurance que « la conception et les programmes de ces espaces soient accessibles au public et ouverts à tou·tes les usager·es. »
Certaines Villes comme Newmarket, Brampton et Vaughan acceptent de prendre en compte les POPS à divers niveaux dans leurs exigences d’affectation de terrains à la création de parcs. La Ville de Vaughan, qui vient de finir une étude sur les politiques d’affectation des parcs, a finalement approuvé la modification d’un règlement* afin de prendre en compte les POPS à 100 % dans ses exigences, sous réserve de l’approbation du conseil municipal.
Les gestionnaires de parcs restent toutefois prudents vis-à-vis des POPS. Comme l’a affirmé un gestionnaire de parc, si l’espace public repose sur la création de lieux accessibles, démocratiques et ouverts, privatiser l’espace semble contradictoire avec cette idée, car ces sites s’accompagnent de « restrictions tangibles ou intangibles », telles que des limitations d’utilisation, une surveillance active et des intentions commerciales probables. Selon lui, ces espaces peuvent être utiles et essentiels pour créer des accès piétonniers à travers des projets de construction privés ou bien en complément – et non en remplacement – du réseau d’espaces publics en plein air.
À Brampton, la Ville accorde aux promoteurs un crédit de 50 % pour les POPS. Jaskiran Kaur Bajwa, superviseur de la planification des parcs à Brampton, a déclaré que
« Dans les zones denses, où il sera difficile de créer un parc public ou de quartier, il faudra adopter une approche plus collaborative avec les propriétaires des terrains et la Ville. »
Jaskiran Kaur Bajwa, Superviseur de la planification des parcs à Brampton
Toutefois, la municipalité reste prudente quant à leur utilisation et élabore à l’heure actuelle des directives sur les POPS. « Les POP doivent répondre aux besoins des collectivités », a déclaré Werner Kuemmling, ancien gestionnaire de la planification et du développement des parcs de Brampton.
« Ils ne peuvent pas être simplement un espace en plein air ou une voie de passage. Ils doivent offrir un usage fonctionnel. » Les POPS que proposent certains promoteurs sont souvent des restes de terrain situés dans leurs projets d’aménagement, « et cela n’est pas acceptable. »
Werner Kuemmling, Ancien gestionnaire de la planification et du développement des parcs de Brampton
En juin 2023, la municipalité de Saanich a mis en place une nouvelle stratégie en matière de parcs à chiens, redéfinissant la manière dont les espaces publics seront partagés entre les personnes et les animaux de compagnie.
L’élaboration de la stratégie a débuté en 2021, sous l’impulsion de l’évolution des besoins d’une municipalité en plein essor. La croissance démographique de Saanich s’est accompagnée d’une intensification des conflits entre les personnes visitant les parcs, en raison de divergences d’opinions sur la manière dont les espaces devraient être utilisés.
Face à la nature clivante de la question, l’implication citoyenne est devenue l’élément central de la stratégie pour les parcs à chiens, en mobilisant une multitude d’intervenant·es et de citoyen•nes. À travers les activités d’implication, le personnel de la Ville de Saanich a tenté de déceler des valeurs et des défis communs dépassant les positions individuelles des diverses parties prenantes.
La démarche de mobilisation a été lancée à l’aide de sondages publics conçus pour comprendre les divers points de vue au sein du public. Ces sondages ont été renforcés par des méthodes plus approfondies, telles que des apparitions spontanées dans les parcs et des séances de dialogue citoyen, offrant aux habitant•es une plateforme pour exprimer leurs inquiétudes, partager leurs points de vue et se lier avec d’autres membres de la communauté. Un objectif essentiel de ces séances était de promouvoir l’empathie et la compréhension entre les participant·es, contribuant ainsi à trouver un terrain d’entente.
Les journées portes ouvertes ont servi de forum de collaboration. Des habitant•es, des propriétaires d’animaux de compagnie, des défenseur·es de la faune et des écologistes se sont réuni·es pour discuter de leur vision des parcs de Saanich. En échangeant mutuellement, ces parties prenantes diverses ont commencé à identifier des valeurs communes malgré leurs points de vue divergents.
Une passion commune pour l’environnement naturel de la municipalité, l’appréciation des espaces publics et le désir de parcs accessibles, sécurisés et agréables ont été identifiés comme étant des éléments unificateurs. Ces échanges ont permis de rediriger l’attention ailleurs, passant d’intérêts divergents à l’objectif commun de favoriser une communauté dynamique et durable qui répond aux besoins de tout le monde.
Les échanges ont également mis en évidence des enjeux communs. Les habitant•es ont collectivement reconnu la nécessité de préserver l’environnement, de garantir la sécurité et le bien-être des animaux de compagnie et des personnes ainsi que de répondre à la demande croissante d’espaces publics dans la plus grande municipalité de l’île de Vancouver, à mesure que la population de Saanich continue de croître.
C’est à partir de ces enseignements que la stratégie sur les Personnes, les animaux de compagnie et les parcs People, Pets and Parks Strategy* a vu le jour, avec comme base six valeurs citoyennes communes. Ces valeurs ont été identifiées lors de consultations et chaque recommandation de la stratégie est associée à une ou plusieurs de ces valeurs, établissant de manière transparente le fondement de chaque action selon les objectifs définis par le public. La Ville a renforcé son engagement en faveur de la transparence envers les habitant•es en mettant en ligne une page FAQ* détaillée* expliquant la motivation derrière chaque décision
La stratégie s’accompagne d’un engagement en faveur de la création de nouveaux parcs clôturés et dédiés pour les chiens. Ces emplacements ont été choisis stratégiquement pour concilier les exigences des propriétaires d’animaux de compagnie et des autres utilisateurs·rices. Cette approche illustre l’engagement à créer des parcs qui sont sûrs, agréables et écologiquement durables, tout en prenant les valeurs partagées et les enjeux communs en compte.
Pour en savoir plus sur ce sujet :
Alors que les Villes s’efforcent de trouver et de financer de nouveaux espaces verts pour répondre à la croissance démographique, certaines parties prenantes affirment que la solution réside en partie dans l’amélioration de leur qualité.
Bien qu’il soit essentiel de disposer d’un nombre suffisant d’espaces verts, la qualité de ces espaces peut aussi influencer dans une large mesure leur utilisation. La recherche de qualité peut concerner les aménagements existants (ou manquants), mais aussi le sentiment de s’y sentir bienvenus et en sécurité.
« Nous devons prendre conscience que nous entrons dans une période où il sera de plus en plus difficile de créer des parcs dans le cadre des projets d’aménagement du territoire ce qui, en l’absence d’autres outils d’acquisition de terrain, entraînera une réduction des parcs par habitant·e au fil du temps », a déclaré une personne en charge de la gestion de parc travaillant pour une municipalité de l’Ontario, en faisant référence aux changements apportés à la législation provinciale de l’Ontario qui affectent la quantité de parcs obtenue par les Villes par le biais des projets d’aménagement.
« Nous devons donc nous intéresser de plus près à la qualité et à l’utilisation de ces espaces plutôt qu’à leur quantité. »
Personne en charge de la gestion de parc
Ce gestionnaire de parc a fait remarquer que sa Ville constatait déjà une réduction de la superficie des parcs dans les demandes d’aménagement du territoire. Dans certaines zones nouvellement aménagées et à densité moyenne ou élevée, la Ville observe une réduction allant jusqu’à 60 % de la capacité à créer de nouveaux parcs. Cette réduction est encore plus flagrante dans les quartiers fortement peuplés où de plus en plus de personnes doivent partager des espaces publics de plus en plus restreints.
Tout en soulignant à quel point ce changement est préjudiciable, ce gestionnaire entrevoit également pour les Villes une occasion intéressante d’examiner de plus près leurs actifs existants et la manière de les utiliser au mieux.
Alors, en quoi consiste le fait de mettre l’accent sur la qualité?
Cela passe par exemple par le fait de veiller à ce que les parcs disposent des infrastructures dont les habitant•es du quartier ont besoin et que ces infrastructures soient en bon état. Cela passe aussi par l’étude des dimensions socioculturelles d’un parc et de déterminer si les infrastructures, les programmes et la conception du parc en général conviennent aux habitant•es du quartier.
Ces mesures semblent élémentaires, pourtant seulement 43 % des Villes ont dit mesurer la qualité de leurs parcs. Elles sont encore moins nombreuses à recueillir des données sociodémographiques sur l’utilisation de leurs parcs afin de déterminer si ces parcs répondent aux divers besoins de leurs usager·es. Dans le même temps, 100 % des Villes ont déclaré que leurs infrastructures vieillissantes et la gestion de leurs actifs constituaient un défi pour elles.
Selon l’avis d’une personne en charge de la gestion des parcs, la solution consiste notamment à revoir comment tirer pleinement parti des parcs et à faire en sorte de maximiser le potentiel des terrains et des infrastructures.
À cet égard, cette personne a noté que l’un des défis auxquels étaient confrontées les Villes en croissance est de concevoir des installations sportives de grande taille, comme un terrain de soccer ou de baseball, qui requièrent une grande superficie tout en offrant une seule utilisation possible. Selon elle, étant donné la nécessité pour les Villes de fournir davantage d’installations de ce type pour répondre à la demande, elles devront trouver des moyens d’intensifier l’usage de leurs actifs existants pendant de plus longues périodes, plutôt que de simplement chercher des endroits où construire de nouvelles installations.
Une des pistes pourrait être d’installer des dômes saisonniers au-dessus des terrains de sport afin de les utiliser toute l’année, quelles que soient les conditions météorologiques. Certaines Villes, comme North Vancouver, transforment des infrastructures désaffectées en installations répondant à la demande actuelle, comme la transformation d’une ancienne piscine en planchodrome. D’autres Villes divisent les activités entre la période chaude et la période froide, convertissant ainsi des installations autrefois destinées à une utilisation unique, comme les courts de tennis, en espaces multifonctionnels, comme des parcs à chiens sans laisse pendant les mois d’hiver.
Tous ces exemples illustrent le potentiel qui réside dans la transformation des sites existants pour garantir leur fonctionnement optimal et faire en sorte qu’ils répondent aux besoins actuels de la population.
Ami·es des parcs a le plaisir de lancer son Rapport 2024 sur les parcs urbains du Canada, notre sixième édition mettant en lumière les tendances, enjeux et pratiques qui façonnent les parcs de nos villes.
Visionnez le webinaire de lancement du rapport avec les auteures pour en savoir plus sur les résultats de notre recherche :
Le webinaire offre une réflexion enrichissante sur l’avenir des parcs urbains, avec des intervenantes de la Ville de Victoria et de l’Alliance pour les espaces verts. Nous abordons les possibilités et les défis liés à la collaboration et aux partenariats, notamment entre les services municipaux, les acteurs et actrices communautaires ou encore les organisations à but non lucratif.
Ce webinaire se déroule en anglais avec interprétation simultanée en français. Vous pouvez également visionner la vidéo en anglais avec des sous-titres français automatisés en cliquant ici.
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