Skip to content

Nous sommes ravi·es de dévoiler les nouveaux participant·es au programme Champion·nes des parcs urbains de Montréal!

Cette année, le programme prend une nouvelle forme : plutôt que d’activer des parcs existants, les champion·nes réinventent des espaces sous-utilisés — terrains vacants, surfaces asphaltées ou friches — pour les transformer en lieux verdoyants qui favorisent la biodiversité, la résilience climatique et les rencontres et échanges à l’échelle des quartiers.

Découvrez les projets sélectionnés pour le programme 2026.

Claudia Lamothe et Benfares Farouk — Arrondissement Saint-Léonard

En partenariat avec l’Éco-quartier de Saint-Léonard, Claudia et Benfares souhaitent revitaliser un terre-plein situé dans un secteur résidentiel. 

Le site comprend déjà un arbre et une surface semi-gazonnée, mais il est dégradé par l’entreposage de neige en hiver. Les champion·nes souhaitent en faire un petit îlot de biodiversité grâce à de nouvelles plantations, et à en faire un lieu plus visible, invitant et ancré dans le quotidien du voisinage.

Au-delà de l’aménagement, Claudia et Benfares souhaitent ainsi sensibiliser la population à l’importance des pratiques de verdissement. Saint-Léonard est un quartier particulièrement touché par les îlots de chaleur et les risques d’inondation, en raison de la faible présence d’arbres et d’espaces verts. 

Terrain: Terre-plein au coin des rues Gauvreau et Périnault

Louise Chenevert, Maureen Lafrenière et Marie-Claire Mayeres — Arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce

Un regroupement citoyen mené par Louise poursuit le verdissement et l’entretien d’une plate-bande de 50 mètres située entre un trottoir et un stationnement.

Depuis 2022, le site révèle une valeur écologique importante, avec la présence d’asclépiades — essentielles au papillon monarque — ainsi que d’un crapaud qui y a élu domicile. Des plantations ont déjà été réalisées, mais certains aménagements restent fragiles en raison du piétinement et du passage de véhicules. Les championnes souhaitent poursuivre les efforts de verdissement afin de protéger la biodiversité, embellir la zone, contribuer à atténuer les îlots de chaleur. Un enjeu clé consiste à susciter une plus grande mobilisation des communautés avoisinantes. 

Connectée au boisé de la falaise Saint-Jacques, cette zone s’inscrit dans une vision de corridor écologique à plus long terme, favorisant la connectivité est-ouest pour les pollinisateurs ainsi que la connectivité nord-sud avec d’autres espaces verts. 

Terrain: Banquette 2342, en bordure de la rue Saint-Jacques.

Xavier Amodeo et Chantal Smedbol – Arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Xavier et Chantal ont pour projet de verdir une zone située au coin d’un bâtiment en bordure d’autoroute. Le site, actuellement minéralisé et inutilisé, se trouve au pied d’un immeuble abritant des ateliers d’artistes et d’ébénisterie.

Les champion·nes souhaitent rendre cet espace plus vert, agréable, accueillant et propice aux échanges et aux rencontres, et, potentiellement, intégrer des œuvres réalisées par les artistes. Il constituerait la première étape d’une série de projets de réhabilitation autour de l’autoroute 40.

Terrain : 3333 boulevard Crémazie

La parcelle formée d’anciennes terres agricoles à côté du parc naturel de l’Anse-à-l’Orme, dans l’ouest de Montréal, est fascinante à bien des égards. D’une part, elle abrite 270 espèces végétales et animales vivant dans des habitats variés comme les zones humides, les bois et les prairies. Elle occupe une superficie de 365 hectares, ce qui en fait l’une des plus grandes étendues non développées, et jusqu’à récemment non protégées, d’espace naturel sur cette île qui compte plus de deux millions d’habitants. Mais ce qui est peut-être le plus surprenant, c’est que peu de gens semblent connaître son existence. 

« Lorsque nous avons frappé à leur porte, beaucoup de résidents nous ont répondu qu’ils ignoraient l’existence juste à côté de chez eux de cet immense espace formé d’anciennes terres agricoles en cours de régénération », explique Sue Stacho, cofondatrice de l’organisation Sauvons L’Anse-à-L’Orme. En 2015, lorsqu’un énorme projet de construction résidentielle appelé Cap Nature a été annoncé pour cette parcelle de terrain, elle a décidé de créer un groupe de défense. 

« Nous avons travaillé d’arrache-pied et avons fait beaucoup de sacrifices », dit-elle. « Nous avons dû expliquer sans relâche pourquoi des endroits comme celui-ci sont si importants. » Ils sont allés frapper aux portes et ont organisé des événements comme des promenades dans les bois pour la Fête des mères et des promenades nocturnes pour aller écouter les grenouilles : « toutes les manières possibles et imaginables de sensibiliser les gens sur cet endroit ».

Et cela a marché. En 2019, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé la création du Grand parc de l’Ouest, qui protégera la zone entourant l’Anse-à-l’Orme du développement immobilier. Mais ce n’est pas tout : cet espace vert représentera le plus grand parc municipal du Canada, avec une superficie de 3000 hectares. Il comprendra des terres agricoles en exploitation, l’Arboretum Morgan de l’Université McGill, des parcs naturels existants et des zones naturelles auparavant non protégées du développement immobilier.

Ce succès démontre à quel point l’activisme citoyen peut permettre d’accomplir des résultats tangibles. Cette initiative permettra aussi d’augmenter la quantité d’espaces verts à Montréal, qui ne compte que 24 mètres carrés de parc par personne, soit l’un des taux les plus bas parmi les villes canadiennes. Mais le Grand parc de l’Ouest représente aussi un projet d’une ampleur, d’une complexité et d’une ambition sans commune mesure. Non seulement il s’étend sur une superficie 15 fois plus grande que le parc du Mont-Royal, l’espace vert urbain le plus important et le plus emblématique de Montréal, mais il s’agit aussi d’un méli-mélo d’environnements différents traversés par des routes, des voies ferrées et des cours d’eau. De plus, il s’étend sur deux arrondissements de Montréal et trois villes indépendantes, et englobe cinq parcs naturels existants et des terrains appartenant à l’Université McGill.

Immense ampleur, immense potentiel

Le Grand parc de l’Ouest rappelle d’autres grands parcs en périphérie des grandes villes, comme le parc urbain national de la Rouge près de Toronto*, le parc provincial Fish Creek* à Calgary et le Blue Mountain Wilderness Connector* à Halifax. Comme eux, le Grand parc de l’Ouest a la double mission de protéger la biodiversité tout en permettant aux citadins d’être au contact de la nature. Toutefois, ces objectifs ne sont pas toujours faciles à concilier. En 2019, Parcs Canada a élaboré un plan de gestion détaillé pour le parc de la Rouge dans le but d’équilibrer les besoins en matière d’agriculture, de loisirs et de conservation. Le Nova Scotia Nature Trust, un organisme de bienfaisance gérant des terres dans toute la province, a adopté une approche similaire pour la gestion du parc Blue Mountain.

Pour le Grand parc de l’Ouest, le défi devient particulièrement évident lorsque l’on regarde son emplacement sur une carte. L’autoroute 40, l’une des routes les plus fréquentées du Canada, traverse le parc. En 2023, le Réseau express métropolitain (REM) ouvrira une station à l’Anse-à-l’Orme, avec des trains arrivant du centre-ville de Montréal toutes les 10 minutes. Bien que cet ajout facilitera grandement l’accès au parc, la fréquentation humaine risque aussi de nuire aux zones naturelles sensibles. Pour couronner le tout, le Grand parc de l’Ouest sera géré non pas par Parcs Canada ou une autorité provinciale, mais par la Ville de Montréal, qui possède une expérience plus limitée dans la gestion des espaces naturels.

Ces multiples éléments laissent envisager un potentiel extraordinaire pour ce parc, mais aussi une quantité d’obstacles à surmonter.

« Voilà longtemps que nous n’avions pas vu à Montréal cette volonté de prendre de grandes décisions », dit Jonathan Cha, architecte paysagiste, urbaniste et consultant en patrimoine. « La difficulté sera d’unifier l’ensemble de ces espaces naturels très différents. Ce projet demandera aussi beaucoup de temps et d’argent, et sera sur le très long terme. Toutefois, il s’agit d’un objectif ambitieux. L’île de Montréal n’ayant quasiment plus d’espaces disponibles, cette mesure permettra de préserver cet endroit dans l’intérêt et pour le bien-être de la population. »

Le fruit de l’activisme citoyen

Le fait que cet espace naturel soit resté intact dans l’une des villes les plus grandes et les plus densément peuplées du Canada est le résultat de 50 années de militantisme de la part des écologistes et des citoyens. Comme d’autres parties de Montréal, le tiers ouest de l’île, une bande de terre se détachant entre le lac Saint-Louis, le lac des Deux-Montagnes et la rivière des Prairies, était autrefois une luxuriante forêt de feuillus fréquentée par les peuples des nations Haudenosaunee qui habitaient la région. Après l’arrivée des Français au milieu du XVIIe siècle, l’administration coloniale a confié le contrôle des terres aux prêtres de l’ordre des Sulpiciens, qui les ont divisées en parcelles destinées à être exploitées par les colons.

À l’exception d’une poignée de villages et des premières banlieues ferroviaires, l’Ouest-de-l’Île est quasiment resté rural jusqu’après la Seconde Guerre mondiale.

« Même la délimitation des propriétés seigneuriales bordées d’arbres existait encore », se souvient l’historien George Vassiadis, qui a déménagé dans l’Ouest-de-l’Île en 1968 lorsqu’il était enfant. Mais, avec l’expansion démographique d’après-guerre dans les banlieues de Montréal, cette zone s’est rapidement transformée. « Les premières années où nous avons vécu dans notre nouveau duplex de la rue Spring Garden, nous faisions face à des champs qui venaient tout juste de cesser d’être cultivés », explique George Vassiadis dans la revue d’art Montréal Serai. « Au milieu des années 1970, les maisons ont remplacé les champs. »

Tandis que les maisons de plain-pied et les rues commerçantes grignotaient rapidement les terres agricoles, les promoteurs immobiliers commençaient à s’intéresser aux dernières parcelles de forêt du secteur. En 1977, la municipalité a décidé de raser le Bois-de-Saraguay, une zone forestière riche en biodiversité située à proximité d’un vieux village, et d’y construire des immeubles d’habitations, des maisons individuelles, deux centres commerciaux et une marina. Le combat des résidents contre ce projet a porté ses fruits et a conduit à la création du premier parc naturel de Montréal. En 1979, le gouvernement du Québec a donné au conseil régional, la Communauté urbaine de Montréal, l’autorisation de développer tout un réseau de parcs naturels, dont plusieurs qui feront désormais partie du Grand parc de l’Ouest : Rapides-du-Cheval-Blanc, Bois-de-l’Île-Bizard, Cap-Saint-Jacques et l’Anse-à-l’Orme.

La conservation est mise à l’honneur dans chacun de ces parcs, mais les résidents du Grand Montréal peuvent également les apprécier en tant qu’espaces de loisirs. Le Cap-Saint-Jacques, qui est le plus grand, attire des milliers de personnes chaque fin de semaine. La plupart arrivent en voiture, mais cela pourrait changer lorsque le REM offrira un accès rapide en transports en commun. En hiver, les visiteurs peuvent louer des vélos à pneus surdimensionnés ou des raquettes pour explorer les bois. Au printemps, ils peuvent déguster des oreilles de crisse (couennes de porc croustillantes) arrosées de sirop d’érable à la cabane à sucre du parc. Et en été, ils peuvent se prélasser sur une vaste plage de sable au bord du lac des Deux-Montagnes.

Bien que ces parcs naturels couvrent déjà une superficie importante, ils ont été morcelés par des propriétés privées longtemps convoitées par les promoteurs. Pendant des dizaines d’années, une grande partie de ces terres ont été protégées par un zonage agricole spécifique, mais lorsque ce zonage a été aboli en 1991, l’augmentation des impôts qui en a résulté a contraint de nombreux agriculteurs à cesser leurs activités. Au fil des ans, les terres désormais abandonnées ont progressivement retrouvé un état plus naturel. « Toutes sortes d’espèces sauvages sont revenues sur ces terres laissées en jachère dans l’attente d’un projet de développement », explique David Fletcher, cofondateur en 1988 de la Coalition verte, un organisme de surveillance environnementale de l’Ouest-de-l’Île. « Tous ces animaux emblématiques de l’est du Canada, comme le pékan et le cerf de Virginie, revenaient peu à peu à Montréal. »

Apportant son concours à la Coalition verte depuis le début des années 2000, Sue Stacho a découvert par hasard les terres agricoles abandonnées près de l’Anse-à-l’Orme alors qu’elle faisait du vélo.

« C’est un endroit incroyable. Naturel », dit-elle. « Il ne disposait d’aucun sentier ni de banc de parc comme on en voit partout. Il y a des piscines thermales au printemps. Il y a des zones humides. À chaque fois que j’y allais, en le découvrant d’une nouvelle manière, je trouvais quelque chose de nouveau à apprendre. Si vous connaissez bien les lieux, vous pouvez y passer toute la journée. »

Cependant, en 2015, une proposition de développement immobilier a été annoncée. Connu sous le nom de « Cap Nature » et présenté par son promoteur comme « un quartier respectueux de l’environnement », le projet aurait préservé 180 hectares d’anciennes terres agricoles, mais les 185 hectares restants auraient été remplacés par 5500 logements. Sue Stacho et d’autres membres de la Coalition verte ont décidé de s’opposer à ce projet. Ayant formé un groupe de pression appelé « Sauvons l’Anse-à-l’Orme », ils sont parvenus à rallier à leur cause une foule d’autres organisations écologiques, comme la Fondation Suzuki, SNAP Québec et Sierra Club Québec.

Le soutien de la population a aussi joué un rôle déterminant dans leur combat et a attiré l’attention de Projet Montréal, un parti politique municipal axé sur le développement durable. « À partir du moment où ils ont eu connaissance de cet endroit et où ils ont réalisé qu’un mouvement s’était créé en faveur de sa protection, ils ont toujours été à nos côtés », explique Sue Stacho. Lorsqu’à la surprise générale, Projet Montréal a remporté les élections municipales de 2017, c’est là que tout s’est mis en marche pour le Grand parc de l’Ouest.

Un nouveau parc, et ensuite?

L’annonce de la création du parc en septembre 2019 a été accueillie avec des menaces de poursuites judiciaires de la part des propriétaires fonciers, dont les promoteurs de Cap Nature. Toutefois, à la fin de 2019, la Ville est parvenue à négocier l’achat de la plupart des terrains privés en question. « Entre 40 et 45 hectares environ sont encore détenus par des propriétaires privés, mais il n’y a aucune chance qu’un projet viable ne voit le jour », explique David Fletcher. Il considère le parc comme une victoire. « Cela a été un travail de longue haleine. Trente années plutôt tumultueuses. Pendant tout ce temps, nous sommes restés sur le qui-vive en surveillant ces terres. »

David Fletcher attribue cette victoire à Sue Stacho, dont la capacité à sensibiliser le public sur l’importance des anciennes terres agricoles a ouvert la voie à la création du parc.

« C’est une femme très énergique, et son équipe a fait un travail remarquable pour mener à bien ce projet », dit-il. Alors qu’une page se tourne, un nouveau chapitre va s’ouvrir avec le processus de développement du Grand parc de l’Ouest.

Les consultations publiques ont débuté l’an dernier, la plupart des activités se déroulant en ligne en raison de la pandémie. La difficulté sera désormais de trouver un équilibre entre les différentes aspirations pour l’avenir du parc. Sue Stacho désire que l’accent soit mis sur la conservation. Cependant, des résidents de l’Ouest-de-l’Île souhaitent davantage d’activités de loisirs, certains ayant même évoqué, lors d’une récente table ronde en ligne, la possibilité d’aménager des pistes de motocross. Par ailleurs, cette zone est également utilisée pour la chasse au cerf et le piégeage des castors, des activités que la province a récemment refusé d’interdire malgré la pression exercée par la municipalité de Montréal. « Pendant que je me promenais, j’ai vu des traces de ces activités par terre, comme des cartouches de fusil de chasse et de carabine », dit David Fletcher. « Les pièges qu’ils utilisent sont des collets métalliques, une méthode vraiment cruelle. Absolument horrible. »

Jonathan Cha rappelle qu’en plus de ses espaces naturels, le Grand parc de l’Ouest se caractérise aussi par un important patrimoine bâti, comme des murs de pierre et des maisons de l’époque coloniale française. « Il faut avoir une connaissance précise du territoire pour formuler un plan adapté », dit-il. Il faudra aussi aborder la question des terres agricoles en activité, qui représentent une part importante du nouveau parc. « Qui va gérer ces terres? » demande Jonathan Cha. « Les propriétaires-exploitants agricoles? Les coopératives? La Ville va devoir créer un nouveau modèle de gestion pour un parc de ce genre. Elle devra faire appel à de nouvelles expertises en plus de celles auxquelles elle a déjà recours. »

Il s’agira d’un processus sur plusieurs générations, dit-il. « Les personnes qui participeront au projet devront être là sur le long terme. Il doit y avoir une continuité dans le processus. Ce projet présente de nombreux défis avec une large portée, et le territoire en question est tellement vaste et complexe qu’il faudra bien plus qu’une seule personne pour saisir toute l’ampleur du projet. »

Quant à Sue Stacho, ce qu’elle a appris lors de son combat pour sauver l’Anse-à-l’Orme, c’est que les parcs ont besoin des gens. C’est grâce à la mobilisation des résidents pour protéger ces terres du développement, et c’est grâce à l’action collective de nombreuses personnes que le Grand parc de l’Ouest a été créé. Aujourd’hui, ces mêmes personnes, et bien d’autres, joueront un rôle crucial pour façonner, pérenniser et entretenir le parc pour les décennies à venir.

 

À propos de Christopher Dewolf

Travaillant désormais à Montréal, le journaliste Christopher DeWolf s’intéresse particulièrement aux sujets des villes et de la culture. Lorsqu’il vivait à Hong Kong, il était rédacteur en chef de Zolima CityMag et a régulièrement écrit pour le South China Morning Post, Eater et d’autres publications. Son livre Borrowed Spaces: Life Between the Cracks of Modern Hong Kong, il aborde les divergences de points de vue entre les citoyens et les autorités en matière de vie urbaine. ransports publics et d’urbanisme. Anciennement commissaire pour les aménagements urbains de la ville de Vancouver, elle détient une maitrise d’études urbaines de l’Université Simon Fraser. Originaire de Vancouver, elle écrite sur les enjeux urbains pour The City Life*, reconnu comme l’un des meilleurs blogues urbains par The Guardian.

Comme les parcs sont utilisés par des gens différents qui ne partagent pas la même définition du sentiment de sécurité, c’est un sujet très compliqué. Ce qui contribue au sentiment de sécurité chez une personne peut avoir l’effet contraire sur une autre. Fondamentalement, la notion de sécurité est l’état d’esprit d’une personne qui vit dans un monde prévisible et ordonné sur lequel elle exerce un certain contrôle. Le besoin de sécurité de chaque individu vient après ses besoins physiologiques de base.

Comment créons-nous des environnements sûrs dans les parcs?

Nous nous sommes adressés à deux groupes communautaires voués à un parc qui ont été aux prises avec des problèmes de sécurité et qui travaillent fort pour rendre leur parc accueillant, inclusif et sûr. Voici ce que nous avons appris.

À l’écoute de la collectivité d’abord

Quand une agression sexuelle a eu lieu au Graham Park en septembre 2017, le voisinage du quartier St. Clair West de Toronto s’en est trouvé dévasté. Les gens ont déserté le parc et l’allée qui y conduisait.

Les problèmes de sécurité dans le parc ont pris de l’ampleur au fil des ans et l’agression sexuelle a poussé les membres de la collectivité autour de Graham Park à agir. Se sentant impuissants pour régler ce problème complexe, ils ont communiqué avec Metrac, un organisme à but non lucratif de Toronto offrant des services de sécurité novateurs aux collectivités, notamment des audits de sécurité. Selon sa description, Metrac a pour objectif d’« améliorer l’environnement pour qu’il soit plus sécuritaire, plus inclusif et moins menaçant ».

Quand Julian Back a communiqué avec Metrac, une formation d’une journée a été prévue, suivie d’un audit de sécurité auquel tous les membres de la collectivité et les utilisateurs du parc pouvaient participer. Des employés clés du gouvernement et du parc ont aussi été invités.

Le processus d’audit de sécurité de Metrac s’articule essentiellement autour d’une tournée complète du parc pour que chacun puisse réfléchir à ses expériences et à son sentiment de sécurité à des endroits précis du parc.

Metrac souligne que le « résultat de l’audit s’appuie sur les expériences vécues ».

Pour cela, Metrac encourage fortement les groupes à faire un effort supplémentaire pour s’assurer que des gens d’âges et d’horizons différents participent à l’audit. Plus facile à dire qu’à faire. Les groupes sont encouragés à déborder des principes généraux de mobilisation pour garantir la verbalisation et la prise en compte de divers points de vue. Une méthode efficace consiste à travailler avec les leaders communautaires en qui les gens ont confiance. Il suffit de les former et de leur communiquer les messages clés pour répondre aux préoccupations pour aider à obtenir une représentation diversifiée.

Même si votre ville ne compte pas un pendant de Metrac, il est essentiel d’organiser une discussion avec animateur sur les problèmes du parc. Un animateur expérimenté fera en sorte que les points de vue soient écoutés respectueusement et qu’un groupe ou une personne en particulier ne se sente pas visé par la discussion, même si des voix discordantes émergent.

Par exemple, les jeunes qui se réunissent aux tables à pique-nique peuvent, avec raison, ne pas se sentir les bienvenus quand les adultes leur lancent des regards accusateurs ou passent des commentaires désobligeants. À l’inverse, les adultes peuvent ne pas sentir en sécurité quand de grands groupes de jeunes se rassemblent dans le parc. Il faut diriger la discussion avec beaucoup de tact pour que chacun reconnaisse et admette les perceptions différentes et contradictoires de la sécurité, mais c’est faisable.

« L’audit de sécurité est une occasion pour la collectivité d’apprendre à mieux régler les conflits ensemble »

Linda Frempong, coordonnatrice des audits de sécurité pour Metrac.

Un autre groupe de Toronto voué à un parc, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette, s’est formé pour aider à améliorer les conditions du parc qui a été négligé pendant des années et était dans un état lamentable de délabrement (bancs, équipement de terrain de jeu et lampadaires cassés, arbres morts, etc.).
Masaryk Park est situé dans le quartier Parkdale à Toronto, où des gens aux prises avec des problèmes de dépendance côtoient la plus grande concentration de Tibétains hors d’Asie. C’est aussi un quartier qui s’embourgeoise rapidement.

Le groupe Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a pris des mesures concrètes pour recueillir les commentaires du plus grand nombre de personnes possible du quartier.

  • Très vite, Susan Armstrong, fondatrice du groupe, a appris deux leçons importantes :
    en abordant les problèmes du parc sous l’angle de la sécurité, le dossier progresse plus rapidement auprès de la municipalité;
  • les membres de la collectivité doivent participer au processus parce qu’ils sont les mieux placés pour parler de leur parc et qu’ils peuvent se sentir mis de côté par ceux qui tentent d’apporter leur aide.

Susan Armstrong a fondé ce nouveau groupe en lançant une pétition pour demander à la ville de remplacer une structure de jeu brisée. La pétition comprenait des photos de la structure en piteux état et a donné au groupe une raison de joindre la collectivité et de lui faire savoir qu’il travaillait activement pour interpeller l’administration municipale. Il a aussi annoncé qu’une réunion aurait lieu dans le parc après le dépôt de la pétition pour discuter des étapes suivantes.

« En fait, les résidents plus riches ont tendance à s’exprimer davantage et à laisser peu de place aux autres », explique Susan.
Le groupe a réglé ce problème en décentralisant la discussion, c’est-à-dire qu’il a permis aux gens de partager leur point de vue sur les changements qui pourraient être apportés dans les endroits du parc qu’ils fréquentent. Un petit groupe de bénévoles a rencontré les résidents un par un pour les informer des changements éventuels et pour recueillir leurs commentaires. C’est aussi une excellente façon pour les groupes voués aux parcs de rencontrer les voisins et de joindre des résidents qui autrement, ne se seraient peut-être pas manifestés. Des avis sur les changements ont également été affichés à la bibliothèque, au centre communautaire, à diverses réunions communautaires et, bien sûr, dans le parc.

De petits changements aux effets énormes

Le rapport de 40 pages de Metrac sur Graham Park formule de nombreuses recommandations pour améliorer l’éclairage et la visibilité, les caractéristiques du parc, la qualité de l’entretien, l’accès au parc et son embellissement afin de créer un espace attrayant et invitant. Le rapport a été communiqué au conseiller municipal et à la police.

Julian Back sait qu’il faudra du temps pour mettre en œuvre les changements et il est convaincu que les principaux changements structurels seront éventuellement apportés. Mais il s’est aussi rendu compte que les petites victoires contribuent à entretenir l’enthousiasme.

L’aménagement d’une entrée plus attrayante dans le parc était l’une des principales recommandations du rapport. Avant, une affiche forçait les gens à entrer dans le parc par un passage étroit grossièrement pavé et pas très rassurant. Maintenant que l’affiche a été déplacée et que le chemin a été repavé, l’entrée du parc s’en est trouvée agrandie. Comme il s’agit de la voie d’accès au parc, le changement a fait forte impression dans la collectivité.
Autre conclusion du rapport : la ruelle au fond du parc étant couverte de graffitis, la vue dans le parc était rebutante et sinistre.
Grâce aux fonds recueillis dans le cadre d’une campagne de financement participatif organisée par la collectivité et au soutien de la municipalité, Julian Back et Kim Lesperence ont retenu les services de Wall Expressions and Street Art Toronto et 40 murs et garages ont été recouverts d’œuvres d’art colorées en une seule fin de semaine. Ce blitz de peinture a permis de créer une éclatante « galerie d’art extérieure ».

Julian et Kim ont invité la collectivité à participer à une fête au parc Graham pendant que les artistes étaient à l’œuvre. La fête a été l’occasion de présenter les nouvelles murales qui ont ajouté l’éclat qui faisait cruellement défaut dans le parc.

Susan de Friends of Masaryk Park insiste sur l’importance des petits changements.

« Une fois que les résidents remarquent quelques améliorations, leur opinion sur le parc commence à changer. »

Une fois la pétition déposée, la structure de jeu du parc a été remplacée dans un délai de six mois. Ensuite, la ville a enlevé une clôture et une zone dense de buissons et baissé une colline pour améliorer le panorama et rendre le parc plus invitant et accessible à partir de la rue.

Au cours des deux prochaines années, les bancs cassés seront enlevés et remplacés, et enfin, un plus grand nombre de poubelles seront installées pour améliorer considérablement la propreté. De petits changements pour de grands résultats.

Susan a appris qu’il est important d’avoir un plan pour apporter des changements dans le parc, mais aussi qu’il faut être prêt à faire preuve de souplesse.

« Présentez toujours poliment vos demandes à la ville et insistez sur la sécurité », conseille-t-elle.
Naturellement, il reste encore beaucoup d’autres points à la liste des requêtes des Friends of Masaryk Park, mais c’est un processus à longue échéance qui comporte des avantages : les gens ont le sentiment que l’histoire du parc est respectée et constatent les effets des petits changements sur l’utilisation du parc.

De l’importance de l’animation du parc

Le sentiment de sécurité augmente quand plus de gens sont invités à venir au parc. En général, un endroit animé est un endroit sécuritaire. Ce qui renvoie au principe des « yeux sur la rue » de Jane Jacobs.

Friends of Masaryk Park collabore depuis longtemps avec les organismes locaux pour animer le parc. Greenest City, organisme à but non lucratif local, a aménagé le magnifique jardin communautaire HOPE dans le parc, et il s’est associé aux Friends of Masaryk Park pour organiser des fêtes, des projets artistiques et des repas-partage et fournir du soutien pour le marché Good Food estival et automnal.

De plus, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a collaboré avec la bibliothèque locale pour offrir des séances de lecture aux enfants, a obtenu des tambours du centre de santé communautaire pour donner des leçons de batterie offertes par la collectivité et a aidé l’organisme Greenest City à organiser un marché Good Food dans le parc.

Friends of Masaryk Park organise aussi ses propres activités, comme des repas familiaux à la pizza dans le parc, le défilé des citrouilles, la vente annuelle de livres à 50 cents pour enfants, des soirées cinéma et de combats d’eau.

Susan conseille d’être patient, de bonifier et de répéter les activités, car il faut littéralement des années avant qu’elles ne deviennent populaires.

Depuis les changements dans Graham Park, Julian a constaté que plus de jeunes vont au parc et plus de camps de jour d’été y organisent des activités. C’est le début d’un long parcours pour rétablir le sentiment de sécurité au sein de la collectivité, et les effets positifs se font déjà sentir.années suivantes. Qui plus est, tout le monde aura besoin de décompresser. Cela sera aussi une bonne occasion d’échanger ses impressions sur l’événement !

Comment bien préparer le prochain groupe de bénévoles à jouer son rôle? Diane Dalkin, présidente de Friends of Reader Rock Garden Society (FoRRGS)* à Calgary, s’est fait un point d’honneur de planifier la relève pour le poste de présidente bénévole du Conseil bien avant d’être prête à quitter ses fonctions auprès de ce groupe consultatif bénévole sans but lucratif. Voici ses conseils sur la planification de la relève pour aider votre groupe à assurer son avenir.

Votre mandat n’est pas éternel

Depuis le premier jour, Diane Dalkin exerce ses activités en partant du principe qu’elle ne travaillera pas toujours pour cet organisme. Elle en a parlé ouvertement avec le conseil d’administration et a décidé d’utiliser ce principe comme ligne directrice dans le cadre de ses fonctions. Elle admet d’emblée que cette approche a radicalement changé le mode de fonctionnement de son groupe. La planification intégrée de la relève a incité son équipe à codifier les pratiques et à documenter les données historiques de façon plus délibérée. Par exemple, il y avait depuis longtemps une entente verbale entre FoRRGS et la Ville de Calgary : la ville s’était engagée à fournir au groupe un accès gratuit à ses locaux et du matériel de marketing, et FoRRGS, à gérer les programmes éducatifs et à participer aux collectes de fonds pour le parc. Peu après ses débuts comme présidente du Conseil, Diane a demandé que cette entente verbale soit officialisée par écrit au moyen d’une lettre d’entente annuelle, pour que les futurs membres du groupe et le personnel municipal aient une compréhension claire de l’accord mutuel et en bénéficient, peu importe les changements de personnel.

Créer des points d’entrée multiples pour les nouveaux membres

Diane croit fermement que le potentiel de leadership peut provenir de n’importe quel secteur dans l’organisation et que l’accueil de nouvelles personnes est la clé de la planification de la relève. C’est pourquoi elle a mis en place des stratégies qui facilitent l’accès aux gens qui veulent se joindre à FoRRGS. Voici ses conseils à cet égard

Éliminer les obstacles

Diane et son groupe ont changé la structure d’adhésion pour permettre aux gens de se joindre à la FoRRGS sans avoir à siéger au conseil. De cette façon, les nouveaux membres peuvent entrer facilement dans l’organisation, lui consacrer du temps et leurs talents en fonction de leur disponibilité, et apprendre les rouages de l’organisation. C’est aussi pour eux l’occasion de s’approprier l’objectif du groupe, avant de s’investir davantage à titre de membre du conseil d’administration. Diane explique que cette stratégie a permis d’attirer plusieurs nouveaux membres dans le groupe et qu’elle sert maintenant de passerelle pour approfondir l’engagement.

Valoriser la marque

FoRRGS a un récit extraordinaire à raconter sur le parc historique Reader Rock Garden. Diane a rapidement réalisé que ce récit devait être présenté sur des plateformes de marketing importantes comme le site Web de l’organisme. Reconnaissant l’importance de la technologie dans la stratégie de communication actuelle (par ex. les médias sociaux), Diane a misé sur le recrutement de gens doués en technologie en mesure de créer le site Web et le contenu des médias sociaux. Diane croit que la forte présence en ligne du groupe, où l’on présente l’héritage du parc, son histoire, la vie des plantes, les nouvelles et les événements, est essentielle pour attirer de nouveaux publics.

Voir au-delà des candidats évidents

Auparavant, le groupe était principalement constitué de passionnés d’histoire. Diane et l’équipe de FoRRGS ont réalisé qu’il y avait une occasion en or d’attirer différents usagers du parc dans le groupe. Ils ont donc invité des amateurs de plantes, des enseignants, des photographes, des ornithologues amateurs et des amoureux inconditionnels du parc à s’investir davantage auprès de l’organisme. Aujourd’hui, l’équipe comprend notamment des maîtres-jardiniers, des enseignants à la retraite, des ingénieurs, des géologues, des professeurs de yoga, des artistes, des professionnels des communications, des conseillers financiers et des étudiants. La diversité du groupe fait en sorte que les idées continuent de susciter de l’intérêt et permet de mettre sur pied des programmes qui séduisent un vaste public parmi les utilisateurs du parc.

Bâtir des connaissances institutionnelles

Diane a mis différentes pratiques en place pour faire en sorte que les données importantes du parc soient conservées dans la mémoire institutionnelle, et non seulement dans la mémoire d’une personne. Par exemple, les membres de l’équipe sont encouragés à travailler en équipe de deux et à mettre l’accent sur le partage d’information. Ainsi, un des deux membres encadre le perfectionnement d’une aptitude en particulier de son coéquipier, et si quelqu’un doit quitter le groupe, un autre bénévole prend le relais et fait avancer les projets. Bien sûr, personne n’aime penser qu’une histoire tire à sa fin. Mais lorsqu’on prévoit la fin dès le début de son engagement bénévole, on peut faire du dernier chapitre un moment heureux et réussi pour tout le monde.

En tant que petit organisme communautaire, comment recueillez-vous des fonds pour atteindre vos objectifs? Vous devez attirer de nouveaux membres, entreprendre des projets pouvant comporter des coûts de base et annoncer les activités que vous organisez. Et quand vous voulez réaliser un projet ambitieux, vous devez redoubler de créativité pour recueillir des fonds. 

Au Canada, les organismes populaires peuvent être une association, une administration fiduciaire, un organisme sans but lucratif ou un organisme de bienfaisance. Seuls deux d’entre eux vous permettent de remettre des reçus fiscaux et de présenter une demande pour obtenir la plupart des subventions publiques. Il s’agit des administrations fiduciaires et des organismes de bienfaisance. La constitution d’une administration fiduciaire est la façon la plus simple et la plus rapide de délivrer des reçus fiscaux et d’avoir accès aux subventions. Essentiellement, vous associez votre groupe à un organisme de bienfaisance dont le mandat s’apparente au vôtre. Les reçus fiscaux sont importants pour les donateurs, surtout les grands donateurs, parce qu’une partie des fonds donnés sont déduits de leur revenu.

Processus d’association avec une administration fiduciaire

Le processus d’association avec une administration fiduciaire est relativement simple. Commencez par trouver un organisme de bienfaisance inscrit dont le mandat est similaire au vôtre. Par exemple, si votre mandat consiste à entretenir et à améliorer un parc local, vous pourriez vous associer avec un organisme de bienfaisance environnemental, même si son mandat consiste à protéger les aires naturelles au Canada.


Faites ensuite une proposition à cet organisme. Il ne fera pas de tort d’avoir quelqu’un de votre côté au sein de l’organisme. À un moment donné, vous aurez probablement besoin d’expliquer vos objectifs à son conseil d’administration.
Pour constituer une administration fiduciaire de bienfaisance, vous aurez besoin d’une lettre d’accord décrivant les modalités du partenariat et le rôle et les responsabilités de votre groupe et de l’organisme de bienfaisance. C’est à peu près tout.

Pour ce qui est des responsabilités, votre groupe devrait normalement être chargé de trouver des subventions et de présenter des demandes, de gérer les produits livrables, le financement et la relation avec le bailleur de fonds et de lui remettre des rapports. Pour sa part, l’administration fiduciaire devrait fournir le statut légal d’organisme de bienfaisance, les antécédents et la crédibilité que vous pouvez mentionner dans votre proposition, un compte bancaire et l’infrastructure financière pour gérer les fonds. Comme organisme de bienfaisance, elle aura une structure de gouvernance légale avec probablement un conseil d’administration et produira des états financiers et un rapport annuel pour répondre aux exigences de la plupart des bailleurs de fonds.

Qu’obtient l’administration fiduciaire en retour ?

Une fiducie pourrait accepter votre proposition principalement pour faire avancer sa propre cause. Si elle veut informer le public des aires naturelles tout en travaillant à leur préservation, elle peut accorder de l’importance à votre mandat de maintenir l’intégrité d’un parc local et d’en profiter. De la même façon, si elle travaille à améliorer les conditions de vie des démunis, elle peut comprendre l’importance d’un parc sécuritaire et agréable pour les activités récréatives en plein air et la santé mentale.


Les administrations fiduciaires font avancer leur cause, mais elles obtiennent aussi une part des fonds que vous recueillez – généralement entre 10 % et 15 %. Cela peut sembler beaucoup pour pas grand-chose en retour, mais rappelez-vous que l’organisme de bienfaisance doit maintenir l’infrastructure, préparer les déclarations d’impôt, traiter des chèques et s’occuper de la tenue de livres. En s’associant avec vous, l’administration fiduciaire s’expose aussi au risque d’atteinte à la réputation. Que se passe-t-il si vous la mettez dans l’embarras?


Il y a lieu de discuter d’un autre type de risque, à savoir le risque juridique, avant de signer un contrat d’association. Serez-vous couvert par la police d’assurance de la fiducie? Le cas échéant, elle doit communiquer avec le représentant de sa compagnie d’assurance et des frais supplémentaires peuvent être engagés. Ou elle peut vous demander de prouver que vous avez votre propre assurance responsabilité civile.

Pourquoi ne pas simplement devenir un organisme de bienfaisance ?

Vous vous dites peut-être : « si nous nous inscrivons comme organisme de bienfaisance, nous pouvons garder tous les fonds que nous recueillons. » Effectivement, mais il y a une raison pour laquelle la plupart des organismes populaires choisissent une autre voie. La plupart sont chapeautés par des :

  • associations;
  • administrations fiduciaires;
  • organismes sans but lucratif;
  • organismes de bienfaisance.

Il faut des années pour devenir un organisme de bienfaisance; il faut aussi engager un avocat et ce statut comporte des obligations comme former et maintenir un conseil d’administration et produire une déclaration d’impôt chaque année.

Choix d’une fiducie

Tout groupe constitué en organisme de bienfaisance peut être votre fiduciaire, pour autant que vous partagiez des points communs avec son mandat caritatif. Nous conseillons souvent aux groupes de parcs de s’associer avec des organismes locaux pour pouvoir organiser des activités ensemble. Par exemple, si l’organisme de bienfaisance met sur pied un festival de rue, vous pourriez y participer en programmant un festival dans le parc en même temps.


Il n’est pas toujours évident de trouver des organismes de bienfaisance. Commencez par examiner ce qui a déjà été fait : les groupes de parcs sont souvent chapeautés par des organismes de santé communautaires, des organismes confessionnels ou d’autres organismes de quartier.


Avant de conclure un accord, il est important de trouver chaussure à son pied. Pour cela, vous devez parler franchement avec l’administration fiduciaire éventuelle de vos mandats, de vos activités prévues et de vos objectifs. Il est conseillé de consigner ces échanges dans un protocole d’accord ou une lettre d’accord, également appelé contrat d’association.

Une administration fiduciaire est la façon la plus pratique pour un petit groupe de jouir des avantages importants d’un organisme de bienfaisance sans s’occuper de toutes les formalités ni assumer les frais initiaux. Si vous choisissez cette voie, nous vous souhaitons bonne chance dans votre recherche! Nous espérons que votre groupe prendra de l’essor!

Songez-vous à aménager un jardin communautaire? Chloe Sanchez est en train d’en créer un pour son logement communautaire. Ses expériences et ses conseils pourraient vous aider à vous lancer.

Selon elle, les espaces verts « libèrent la faculté d’épanouissement et de croissance chez les gens ». C’est cette croyance qui est à l’origine de son projet de jardin communautaire, qui rendra accessible le pouvoir de guérison des plantes aux gens du voisinage. Chloe réside au 415 Willowdale, un logement communautaire de l’organisme Toronto Community Housing* situé dans la banlieue rapprochée de North York. La communauté comprend 280 logements qui ont un accès très limité aux espaces verts. À titre de représentante des locataires du 415 Willowdale, elle travaille depuis trois ans à son projet d’un espace extérieur où les gens de sa communauté et d’ailleurs pourraient se ressourcer.

Il y a deux ans, grâce à la subvention que lui ont accordée Park People et la TD, Chloe a pu commencer à imaginer et à planifier son projet de verdissement. Elle s’est vite rendu compte que la propriété où elle souhaitait établir son jardin communautaire n’appartenait pas à l’organisme Toronto Community Housing, mais plutôt à la Ville de Toronto. Cette découverte inattendue a compliqué les choses et a retardé le projet. Malgré cet obstacle, Chloe est demeurée optimiste et n’a pas tardé à organiser des événements pour animer l’espace vert vacant et sensibiliser la communauté aux bienfaits d’un jardin où pousseraient toutes sortes de plantes médicinales bienfaisantes. Aujourd’hui, Chloe passe à la prochaine étape de la réalisation de son projet de serre pour cultiver des plantes qui guérissent.

Voici comment elle s’y est prise.

Tisser des liens

Ce conseil de Chloe est très simple : commencez par votre conseiller ou conseillère municipal(e). « Vous devez absolument créer des liens avec votre conseiller, mais comme son emploi du temps est probablement très chargé, ce ne sera pas nécessairement facile. »

Lors de votre première rencontre, Chloe suggère d’apporter votre proposition, votre plan d’affaires et vos plans du jardin. Chloe et son groupe étaient si bien préparés qu’ils ont reçu une réponse positive de leur conseiller et ont ainsi pu élaborer d’autres plans pour répondre à ses questions et à ses préoccupations. Il s’inquiétait notamment du vandalisme et des vols dont avaient été victimes plusieurs autres jardins communautaires. Pour aider à dissiper cette crainte, Chloe a collaboré avec la Ville à la création d’un concept de serre. Elle suggère d’ailleurs aux groupes de travailler en partenariat avec leurs bailleurs de fonds, qui peuvent offrir bien plus qu’une aide financière au projet. Elle souligne le mérite de la Fondation TD des amis de l’environnement (FAE TD) d’avoir fourni des conseils pratiques et des commentaires sur le projet initial de jardin et sur la serre. « Ils ont collaboré à tant de projets. 

C’est une bonne idée de rencontrer des partenaires financiers comme la FAE TD pour recevoir des conseils et des suggestions qui aident à réaliser le projet. Comme vous, ils ont intérêt à ce que le projet fonctionne. »

Trouver des experts

Chloe sait beaucoup de choses sur les plantes médicinales, mais elle sait aussi qu’il y a des gens qui sont spécialistes de ce domaine: « Si j’ignore quelque chose, je l’ignore, c’est tout. Mais ce n’est pas bien grave, parce que je suis entourée de gens qui peuvent m’aider. »

Avec son groupe, elle a consulté d’innombrables experts, y compris des chefs autochtones, des horticulteurs, des naturopathes et des éducateurs. Ceux-ci ont même animé de nombreux événements publics sur les lieux, comme des promenades dans la nature et des ateliers de confection de produits naturels comme des confitures, des thés aux herbes et des onguents naturels. Ces activités aident les membres de la communauté à s’impliquer dans le projet de jardin communautaire et à en constater directement les bienfaits. 

Chloe suggère aux groupes de prévoir autant que possible un cachet pour les personnes qui offrent leur expertise : « offrir une rétribution, aussi petite soit-elle, montre que vous valorisez leur temps et leurs connaissances ». Son groupe a également travaillé avec un grand nombre de professionnels, dont des architectes, des urbanistes et des élus municipaux qui ont contribué à la réalisation du projet de serre. Selon elle, le succès d’un projet repose sur le choix des collaborateurs. Prenez votre temps pour choisir les professionnels que vous voulez dans votre équipe.

Il faut tout un village

Chloe travaille avec une équipe de dix bénévoles. Dans ses moments les plus occupés, l’équipe se rencontre une fois par semaine, et l’hiver, une fois par mois. Le groupe s’est partagé diverses responsabilités, comme le bénévolat, les relations communautaires et la coordination des ateliers. Les bénévoles se chargeront aussi de superviser les plans finaux de la serre et de son bâtiment. « C’est important d’avoir une équipe diversifiée. On a besoin de gens possédant différentes aptitudes pour nous aider dans nos relations avec les partenaires financiers, la Ville, les participants et le jardin lui-même. Gardez l’esprit ouvert, » recommande Chloe.

Intégrer la diversité

La communauté de North York, où vit Chloe, est particulièrement multiculturelle. Son groupe a mis en œuvre des moyens pour impliquer les différentes communautés culturelles dans le projet de jardin guérissant et de serre. L’organisation d’activités, par exemple une cérémonie du thé iranienne, aide à mobiliser la communauté iranienne locale. Le groupe a également entretenu des liens avec la communauté chinoise de la région grâce à des activités régulières comme du tai-chi et des ateliers sur la médecine traditionnelle chinoise. De plus, les communautés autochtones ont été sensibilisées à la cause à l’aide de promenades dans la nature et d’activités visant à expliquer les nombreuses utilités des herbes comme le foin d’odeur et la sauge. Quand vous choisirez quoi faire pousser dans le jardin, Chloe conseille bien entendu des incontournables comme la lavande et la bergamote, mais elle conseille aussi de consulter des personnes appartenant à différents groupes ethniques et de voir quelles plantes peuvent être cultivées localement.

Prendre son temps

Il y a une chose que Chloe veut mettre au clair dès le départ : « prenez de grandes respirations, ça risque de prendre du temps. « Pour obtenir ses permis pour la serre, le groupe du 415 Willowdale a dû attendre plus de deux ans. Un progrès lent a aussi ses avantages, fait remarquer Chloe.  » À chaque étape, j’ai appris quelque chose qui allait améliorer le projet. »  La construction de la serre est prévue pour 2019. Le projet aura pris trois ans à se concrétiser, mais il aura un effet extrêmement positif dans la communauté.

Les partenariats peuvent être fructueux, mais trouver et bâtir le bon partenariat peut aussi présenter un défi et demander beaucoup de temps. Si vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde que l’organisation avec laquelle vous voulez travailler, un partenariat peut même être contre-productif. Pour qu’un partenariat fonctionne bien, il est essentiel de partager la même vision et de bâtir la confiance.

Bâtir des partenariats avec d’autres groupes de la collectivité peut vous aider à atteindre vos buts plus rapidement et efficacement. Nous avons parlé avec Shahina Sayani, planificatrice communautaire pour la ville de Toronto, qui nous a fait part de ses conseils pour établir des partenariats communautaires fructueux.

Définir une vision commune

L’organisme communautaire avec lequel vous voulez faire équipe partage-t-il votre vision? Commencez par articuler clairement votre vision comme organisation ainsi que votre vision du projet sur lequel vous souhaitez collaborer. Si votre vision n’est pas tout à fait claire, n’hésitez pas à le dire. Les partenariats les plus efficaces sont établis lorsque les organisations démarrent le processus avec une idée et construisent ensemble une vision et un plan. 

Conseil d’initié : Si le groupe avec lequel vous voulez travailler possède un site Web ou d’autres types de matériel de communication, renseignez-vous sur l’organisation pour déterminer si son objectif et sa vision s’accordent avec les vôtres. Si c’est le cas, articulez clairement votre vision du projet à la première rencontre et évaluez la réaction de l’autre partie.

Créer un lien de confiance

Bâtir la confiance prend du temps. Dans un véritable partenariat, les deux parties doivent être capables d’investir du temps pour travailler ensemble. Si vous pouvez tous les deux engager des ressources suffisantes, vous avez franchi le deuxième obstacle. Ensuite vient le respect; tous les partenaires doivent siéger également à la table. Votre organisme communautaire est peut-être de petite taille et composé de bénévoles dévoués. 

Maintenant, imaginez que vous établissez un partenariat avec une église locale, un club Rotary ou toute autre organisation communautaire bien établie. Ferez-vous partie du projet à parts égales? Les partenariats qui fonctionnent le mieux sont ceux qui sont établis d’égal à égal. 

Voici ce qu’en pense Shahina :

« Les partenariats réussis sont établis d’égal à égal. Engagez-vous à créer une plateforme équitable pour la collaboration. »

On peut déterminer si la relation est équitable en examinant différents points comme les études, le bénévolat (par rapport au travail professionnel), la race, l’âge et le sexe. Comment les deux parties composent-elles avec la diversité à la table? Est-ce valorisé? L’expérience pratique des bénévoles est-elle considérée comme aussi valable que la réussite scolaire ou l’expérience professionnelle? Il est essentiel que chacun se sente à l’aise, soit entendu et valorisé et que le processus soit inclusif. 

Conseil d’initié :La confiance est quelque chose que l’on ressent; mettez votre sixième sens à l’œuvre dès que vous commencez à interagir avec un organisme communautaire. Vos idées sont-elles bien accueillies? Est-ce que vos collègues et vous estimez que vous avez du pouvoir et de la valeur? Discutez avec vos collègues après la première rencontre. Il est probable que votre réaction instinctive soit la bonne.

Communiquer clairement

Il va sans dire qu’un partenariat efficace repose sur un mode de communication clair. Toutes les personnes à la table doivent savoir dès le début quelles sont les attentes au sujet des éléments suivants :

  • Rôles
  • Échéanciers
  • Livrables

Conseil d’initié : Clarifiez cette partie de votre vision dès le début du processus. Indiquez comment vous voyez la répartition des rôles, quel est votre échéancier et quels sont les éléments qui, selon vous, contribuent à la réussite. De plus, précisez clairement s’il faut établir des rencontres et des communications régulières et déterminez qui sera la personne responsable des communications de chaque côté.

Définir des jalons

Les jalons vous permettent de déterminer si vos partenaires et vous êtes sur la bonne voie. Shahina soulève une question importante à ce sujet : « La clarté est très importante. Assurez-vous que tout le monde sache dès le départ quelles sont les attentes de toutes parts. » Si vous construisez une plate-bande de fleurs par exemple, voici les jalons qui pourraient être établis :

  • Faire l’ébauche des détails de la plate-bande
  • Estimer les coûts ou le matériel requis
  • Obtenir l’approbation du service des parcs
  • Obtenir le financement ou un don pour la terre à jardin, les plantes et les autres matériaux
  • Choisir une date et recruter les bénévoles
  • Réaliser la plate-bande

Conseil d’initié :Rédigez une liste d’étapes, élaborez un échéancier et assurez-vous qu’un partenaire s’engage à vérifier celui-ci régulièrement pour assurer l’atteinte de chaque jalon, peu importe qui est responsable.

Élaborer une stratégie de sortie

Ne vous engagez pas dans un processus dont vous ne pouvez vous libérer. Si votre partenariat est informel, c’est-à-dire qu’il n’exige pas l’établissement d’un contrat, déterminez dès le départ que vous ferez tout votre possible pour travailler ensemble, mais élaborez un plan de secours. Voici le point de vue de Shahina à cet égard : « Vous ne voudriez pas vous marier s’il était impossible de divorcer. C’est la même chose avec un partenariat; il faut s’assurer d’avoir une stratégie de sortie. » 

Conseil d’initié : Reconnaissez dès le départ la possibilité que la collaboration puisse ne pas fonctionner. Si vous avez conclu un contrat, assurez-vous que celui-ci renferme une clause de sortie stipulant par exemple que chacune des parties peut annuler l’entente sur préavis écrit de 14 jours.

Souligner les réalisations

Le projet a-t-il réussi? Qu’avez-vous appris l’un de l’autre? Reconnaître les apprentissages croisés est essentiel et valorisant lorsque vous établissez un partenariat. Célébrer ensemble vos réalisations est inspirant, permet de solidifier le partenariat et donne envie aux deux parties d’entreprendre d’autres projets ensemble. 

Conseil d’initié : Rencontrez les partenaires à la fin du projet pour célébrer votre réalisation commune, ou réunissez-vous plus tard pour faire l’évaluation, voir ce que vous avez appris l’un de l’autre et comment le projet aurait pu être amélioré. 

N’oubliez pas d’exprimer votre gratitude! Vous pourriez par exemple apporter des muffins à la rencontre ou envoyer une lettre d’appréciation et de reconnaissance officielle, ou encore présenter les résultats du projet aux membres de l’organisme communautaire partenaire.

Si vous avez déjà fait une promenade dans le parc Elm pendant l’événement League, vous vous êtes peut-être demandé ce qui se passait. Ces gens font-ils vraiment de l’escrime avec des nouilles de piscine? Jouent-ils à la pétanque avec une boîte de soupe Campbell? S’attaquent-ils à un canapé avec des sacs de fèves?

Toutes les personnes qui vivent à Kerrisdale, dans l’ouest de Vancouver, connaissent le parc Elm. On y joue déjà au baseball, au soccer et au tennis. Mais d’où proviennent ces nouveaux sports étranges?

L’artiste Germaine Koh* est la maîtresse de ces jeux et s’est installée dans le parc pour créer ces nouvelles façons de jouer. L’humble chalet du parc, qui abritait autrefois un gardien, est devenu son studio.

En 2011, la commission des parcs de la Ville a trouvé une nouvelle façon d’utiliser ces anciens bâtiments au profit des communautés, en invitant des artistes à proposer des résidences en échange de l’utilisation gratuite de l’espace. La proposition de Germaine Koh était de travailler avec le public pour créer de nouveaux jeux et sports.

Germaine Koh, qui a joué au badminton de compétition, au volley-ball et au roller derby, a voulu explorer les similitudes entre l’art et le sport. Ses amis artistes affirmaient toujours ne pas être sportifs, tandis que ses amis sportifs disaient ne pas être créatifs. Germaine Koh n’aimait pas ce clivage.

« En sport, vous devez constamment pratiquer certaines techniques. Cela permet d’acquérir une plus grande maîtrise, mais aussi des compétences en matière d’improvisation, de stratégie et de négociation, explique Germaine Koh. Toutes ces capacités et compétences sont essentielles dans le processus créatif ».

La commission des parcs a approuvé sa résidence, qui s’est déroulée de 2012 à 2014. Le parc Elm présentait un défi, dit Germaine Koh, « car les gens étaient habitués aux loisirs organisés ». Mais les façons farfelues dont on utilisait les balles, les disques, les cordes, les planches et les arbres attiraient la curiosité des passants, et les jours les plus occupés, ils étaient quelques dizaines à s’arrêter pour participer.

Source photo : Chalet de parcs Sonic Pick-Up Sticks, Germaine Koh

Les chalets des parcs sont par essence des lieux modestes. Ils n’ont qu’un seul étage, sont de couleur beige ou grise et sont souvent rattachées aux toilettes publiques des parcs. Mais pour les artistes comme Germaine Koh, ce sont  de précieux espaces au cœur d’une ville dispendieuse.

« L’intérieur était de couleur taupe, ce qui n’aurait pas été mon premier choix, dit Germaine Koh en rigolant. Mais je me sentais tellement privilégiée de pouvoir m’asseoir dans un parc et y travailler ».

« Les yeux et les oreilles »

Les chalets des parcs de Vancouver ont une longue histoire, mais Germaine Koh et d’autres personnes s’y sont installées, donnant une nouvelle vie à ces bâtiments.

La Ville a commencé à construire ces chalets dans les années 1920*. Environ 70 des 230 parcs de la ville en possèdent un. C’est là que vivaient les gardiens de parcs, les Hagrid et « les concierges Willies » de ce monde, qui s’occupaient d’entretenir les parcs et de les surveiller 24 heures sur 24. Vivre gratuitement au sein d’un parc était un avantage particulier de ce poste qu’aucune autre grande ville canadienne n’offrait. Les gardiens s’y installaient pour de longues périodes, généralement entre deux à quatre décennies.

Le couple de gardiens David et Normande Waine vivait dans le chalet de parc le plus prisé de tous, celuiqui se trouve dans l’immense parc Stanley de la ville, à quelques pas de l’océan. Pour l’obtenir, ils ont dû rester 14 ans sur une liste d’attente aussi épaisse que la Bible.

« Nous n’avons jamais rien regretté, a un jour déclaré David Waine au National Post*. C’est un privilège de demeurer ici. »

Mais 2005 allait marquer le début de la fin pour ceux que les Waine appellaient « les yeux et les oreilles » des parcs publics. La Ville a décidé qu’elle ne permettrait plus aux nouveaux gardiens de s’installer dans les chalets de parcs lorsque les précédents prendraient leur retraite. La Ville centralisait ses services et envisageait de nouvelles utilisations pour ces bâtiments, même s’il lui a fallu du temps pour déterminer quoi en faire.

Lorsque les gardiens sont partis, de nombreux chalets de parcs sont demeurés vides ou ont été utilisés à des fins peu imaginatives, comme pour l’entreposage d’équipements sportifs. Dans le cadre d’une expérience, le chalet  du parc Grandview, dans l’est de la ville, a été transformé en centre de police communautaire. La population résidente n’ayant pas apprécié cette surveillance accrue, la police a fini par déguerpir.À Vancouver, une commission des parcs* composée de sept commissaires élus supervise et détermine l’orientation politique des parcs de la ville. En 2011, les commissaires ont demandé au personnel de proposer une nouvelle idée pour l’avenir des chalets dans les parcs.

Source photo : Chalet de parcs Bean Race, Germaine Koh

Le personnel est revenu avec une solution qui répondait également à un problème croissant à Vancouver. Les chalets de parcs étaient des biens immobiliers publics de valeur. En même temps, les personnes créatives étaient aux prises avec le coût des studios dans une ville dispendieuse. Pourquoi ne pas les inviter à s’y installer?

Des gardiens créatifs

Des artistes comme Germaine Koh ont été invités à proposer des résidences à la commission des parcs. Les personnes qui ont vu leur candidature approuvée ont pu utiliser les chalets des parcs comme espaces de studio sans payer de loyer pendant trois ans, avec la possibilité de renouveler leur demande (bien que, contrairement aux gardiens des parcs, les artistes ne vivaient pas dans les chalets des parcs). La commission des parcs a accueilli une première cohorte de huit résidents.

Mais il y avait une condition essentielle. Les artistes devaient réaliser 350 heures de programmation publique en échange de leur résidence.

« Nous ne voulions pas créer un atelier d’art fermé, dans lequel un bijoutier, par exemple, ne ferait que travailler sur sa pratique de joaillerie, explique Marie Lopes, qui s’occupe de la coordination des arts, de la culture et de l’engagement à la Ville. Il faut avoir un certain intérêt pour le travail communautaire ».

Le compositeur Mark Haney a saisi l’occasion pour raconter l’histoire du quartier en musique. Il a tenu une résidence au parc Falaise, au milieu du projet d’habitation pour les anciens combattants de Renfrew Heights, construit pour loger les soldats revenus de la Seconde Guerre mondiale. Mark Haney et un partenaire ont effectué des recherches sur la vie de 11 anciens combattants qui possédaient un lien avec la région en interrogeant leurs proches et en fouillant dans les archives. Le jour du Souvenir de 2014, il a présenté une pièce inspirée par les vétérans intitulée « 11 », avec des clins d’œil musicaux à leur vie. Elle a été interprétée par onze musiciens dans le parc à flanc de colline, chacun jouant d’un instrument de cuivre choisi en fonction de la personnalité de l’ancien combattant.

Depuis, la commission des parcs a élargi le programme pour accueillir des participants de diverses disciplines, soit des athlètes, des écologistes, des chefs, des groupes culturels et plus encore. Ce programme est actuellement en place dans 23 parcs et offre désormais des espaces de bureaux à des groupes à but non lucratif, en plus des studios.

Une résidence au parc Adanac apprend aux habitants comment lutter contre les « invasions » dans les parcs publics et les jardins privés: le chalet du parc  abrite l’Invasive Species Council of Metro Vancouver , qui lutte contre tout type d’espèces envahissantes, de la renouée jusqu’à la fourmi de feu européenne.

Mr. Fire-Man, au parc Maclean, apprend aux habitants à récolter du bois et à fabriquer leurs propres instruments de musique. Night Hoops, qui vient en aide aux jeunes à risque, propose un programme de basket-ball gratuit et met les jeunes en contact avec des mentors autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du terrain. L’Iris Film Collective au parc Burrard View partage l’amour du septième art. Si vous préférez une autre forme d’art visuel, il y a le Cloudscape Comics Collective au parc Memorial.

Lors de chaque cycle de résidences, la commission des parcs affiche les chalets de parcs disponibles ainsi que l’orientation recommandée pour chacun d’entre eux. Un chalet situé dans un parc à proximité d’un écosystème diversifié, par exemple, pourrait être utilisé à des fins de gérance de l’environnement. Les personnes et les organisations candidates peuvent indiquer le chalet de parcs qu’elles préfèrent, mais c’est la commission des parcs qui prend la décision finale. Par exemple, le chalet du parc Strathcona accueille une résidence du Working Group on Indigenous Food Sovereignty . C’est un choix très à propos, car le parc se trouve à proximité du lieu de résidence de nombreux Autochtones et constitue un espace vert rare dans cette partie du centre-ville.

La commission des parcs apporte à chaque titulaire d’une résidence l’aide d’un agent ou d’une agente de liaison qui les met en relation avec le personnel et les programmes du centre communautaire le plus proche. De cette façon, les titulaires de résidences apprennent à connaître les habitants et habitantes des environs ainsi que leurs intérêts.

Certains chalets de parcs étaient prêts à être utilisés, d’autres avaient besoin d’être rénovés, mais la plupart « avaient juste besoin d’une couche de peinture, explique Marie Lopes. Avec un peu d’huile de coude, nous avons pu les transformer à nouveau en espaces actifs. »

Une ligue à part entière

Ce ne sont pas tous les artistes qui ont envie de passer 350 heures avec le public, même si le loyer est compris. Mais c’était parfait pour Germaine Koh, car la League, le nom donné à sa résidence, n’était pas un projet artistique qu’elle aurait pu réaliser seule. Elle avait besoin de joueurs pour essayer, peaufiner, voire inventer les jeux avec elle. Elle a pu sortir de cette résidence avec un lot de jeux testés par le public et créés en collaboration avec lui.

Germaine Koh était ravie de voir des personnes avec des capacités athlétiques variées participer à l’action, soit en jouant ou en dirigeant le jeu.

« C’est intéressant : certains jeux sont plus cérébraux alors que d’autres sont plus physiques », dit-elle.

Dans « Scrumble », les joueurs et joueuses portent des t-shirts avec une lettre sur le devant et une autre à l’arrière, et ils tentent d’épeler des mots en se réagençant. Dans « Petri », on marque des points en lançant des balles dans des « boîtes de Petri » de différentes tailles, qui sont en fait des cercles dessinés sur le terrain. Les balles ont chacune des qualités bactériennes différentes et peuvent permettre de multiplier les points, de sorte que la croissance exponentielle peut soudainement propulser quelqu’un à la première place. (Peut-être un bon jeu post-COVID? Germaine Koh se le demande à présent).

Source photo : Chalet de parcs Petri. Germaine Koh

Les joueurs et joueuses ont également apprivoisé non seulement le terrain, mais le parc lui-même. Par exemple, des équipes ont rivalisé pour construire la meilleure structure pour faire pousser des haricots dans la cour du chalet. Jeu de patience et d’ingénierie, la course a duré tout l’été pour voir quels haricots pousseraient le plus haut. Germaine Koh décrit l’expérience comme une « lente course vers de nouveaux sommets ».

Un vieux canapé prêté au chalet ne passait pas par la porte. Il a donc été placé à l’extérieur pour les parties de « Couchie ». Ce jeu a été présenté à l’équipe de la League par deux amis qui l’avaient inventé lorsqu’ils étaient colocataires à l’université. Les joueurs lancent des sacs de fèves pour essayer de les loger entre les coussins du canapé et gagner ainsi des points. 

Certains jeux ont amené les gens à sortir des limites du parc. Le corridor Arbutus, à proximité du parc, était une voie désaffectée du Canadien Pacifique qui partait du fleuve Fraser vers le nord, traversait le quartier de Kerrisdale, où se trouve le parc, et remontait jusqu’à False Creek. Il sera finalement acheté par la Ville en 2016 et converti en une voie verte de 8,5 kilomètres nommée Arbutus Greenway et destinée à un usage récréatif.

Même lorsqu’il s’agissait d’une piste désaffectée, Germaine Koh voyait son potentiel. Comme les chalets de parcs, la piste était un espace urbain sous-utilisé qui n’attendait qu’à être réinventé. Elle a encouragé les joueurs et joueuses à marcher le long de la piste et à transformer l’expérience en une sorte de jeu. L’un d’eux a trouvé les feuillets perdus d’un livre et s’est mis à les lire en marchant. Germaine Koh a elle-même récupéré un verre d’eau dans la rivière et l’a porté jusqu’au ruisseau, où elle l’a déposé.

Germaine Koh réfléchit beaucoup à la question théorique de ce qu’est le jeu, mais son simple espoir pour les participants et participantes de la League était qu’ils apprennent à adopter une attitude ludique au quotidien. 

« L’une des intentions était d’élargir la notion du jeu et d’arrêter de penser que le jeu n’est qu’un truc pour les enfants ou quelque chose qui se déroule uniquement sur un terrain de sport, dit-elle. Le jeu est un moyen de développer des compétences utiles pour la résolution de problèmes et une attitude de créativité au quotidien. »

Une nouvelle vocation pour la terre

Avant que Fresh Roots ne s’installe dans son chalet de parc, l’association d’agriculture urbaine à but non lucratif faisait déjà preuve de créativité dans son usage de terrains urbains sous-utilisés. L’organisation a été fondée en 2009 et s’associe à des écoles pour transformer leurs cours en jardins comestibles et apprendre aux jeunes à cultiver des aliments frais.

Lorsque l’occasion s’est présentée d’occuper un chalet de parc, Fresh Roots a posé sa candidature et s’est installé dans celui du parc Norquay. Fresh Roots vient d’être approuvé pour un second mandat.

Le parc Norquay se trouve sur une artère très fréquentée de la ville, la Kingsway, et le chalet du parc est situé à côté de l’aire de jeux et du parc à jets d’eau. C’est un endroit toujours bondé de monde dans un parc très fréquenté. Fresh Roots a développé un jardin communautaire impossible à manquer, entretenu par le personnel et des bénévoles.

Source credit: Jardin partagé près du Chalet de parcs, Fresh Roots

« Cela exige beaucoup de travail, et les mauvaises herbes prennent le dessus! », soupire Caroline Manuel, responsable des communications et de l’engagement, qui travaille dans le bureau du chalet du parc. La baisse du nombre de volontaires due à la pandémie a rendu difficile l’entretien du jardin communautaire. Pourtant, la récolte est abondante cette année. Il y a des haricots verts, des feuilles de betterave, de la rhubarbe, des framboisiers, des groseilliers sanguins, de la sauge, du thym et bien plus encore. Le public est invité à prendre de tout.

Implantée dans cette partie du quartier est, Fresh Roots s’associe à d’autres groupes situés à proximité, tels que des camps d’été et des groupes de personnes âgées.

« Nous avons testé les eaux et beaucoup de gens veulent plonger les mains dans la terre et avoir un accès direct à un espace à entretenir », dit Mme Manuel.

Fresh Roots organise également des événements dénommés « Art in the Park ». L’art qu’ils pratiquaient dans les camps d’été, soit des bricolages comme des « bombes à semences », s’est avéré si populaire qu’ils l’ont proposé au public. 

Le chalet du parc a permis à l’association d’avoir une présence physique dans la communauté et de nouer des liens plus larges. Ce contact est particulièrement utile, car 40 % de la population du quartier de Renfrew-Collingwood ne parle pas anglais à la maison.

« Tout le monde n’est pas présent sur les médias sociaux, affirme Mme Manuel. Nous mettons des affiches dans autant de langues que nous le pouvons, nous discutons avec les gens qui passent, nous essayons simplement d’être là pour que les gens commencent à se sentir à l’aise de poser des questions. »

Source photo : Le chalet du parc Norquay Park, Fresh Roots

Mme Lopes est heureuse que la commission des parcs puisse apporter son aide en plaçant les artistes et les groupes culturels au cœur des communautés qu’ils servent.

« Dans une ville où les loyers sont exorbitants, le programme soulage cette pression que vivent les artistes et les organismes à but non lucratif pour trouver un studio ou un bureau », dit-elle.

Votre sympathique chalet de parcs dans le quartier

Marie Lopes ne saurait trop insister sur le fait que c’est la « porte ouverte » qui est la clé du succès du programme.

En introduisant l’art et l’engagement dans les parcs de tous les jours, le programme Fieldhouse élimine certaines des barrières qui empêchent l’accès à l’art et à d’autres activités dans les musées ou les programmes officiels. Et cet engagement peut être aussi décontracté ou aussi collaboratif que le souhaitent les habitants et habitantes de la ville. Ils peuvent s’arrêter dans un parc voisin pendant une demi-heure pour profiter de la musique proposée par la résidence. Ou bien ils peuvent participer étroitement à la résidence pendant les trois années complètes.

Elle ajoute que la commission des parcs reçoit parfois des appels d’autres villes qui souhaitent en savoir plus sur les chalets de parcs, car elles sont devenues un programme phare.

Non loin de là, North Vancouver propose des résidences dans la Blue Cabin, un chalet flottant rénové dont la construction remonte à 1927. Richmond organise des résidences dans la maison patrimoniale Branscombe House, l’une des premières maisons de colons dans ce qui était autrefois le village de Steveston.

Marie Lopes donne ce conseil aux villes qui souhaitent lancer des programmes similaires, que ce soit dans des chalets de parcs ou d’autres bâtiments inutilisés.

« Examinez attentivement vos actifs, dit-elle. Arrêtez de considérer vos espaces inutilisés comme problématiques. Ce sont plutôt des occasions à saisir. Recherchez des collaborations dont tout le monde ressort gagnant. Le bénéfice pour la communauté est tout simplement illimité ».

À propos de Christopher Cheung

Christopher Cheung est un journaliste basé à Vancouver. Il s’intéresse au pouvoir et aux politiques liés au changement urbain et à comment les différentes disaporas présentes à Vancouver font en sorte de se créer un foyer dans une ville aux géritages coloniaux. Il est employé pour The Tyee.

Afin de comprendre la signification nuancée du terme « gestion de la terre », j’ai été amenée à lire le livre d’Aldo Leopold « Almanach d’un comté des sables » écrit en 1949.

En voici un extrait : « Si nous considérons la terre comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect. »

En 1949, Aldo Leopold disait déjà que « le confort à tout prix fait partie du dogme moderne ». Il était loin de se douter que bien des années après émergeraient les véhicules utilitaires de sport, les plats prêts à consommer et la mode éphémère. Alors que la culture de la facilité continue de régner en maître, les gens commencent à en constater le coût réel. De plus en plus de personnes souhaitent sortir de la « matrice » de ces dogmes modernes afin d’établir un lien profond avec la nature. Le programme Parcs Cœur vital d’Ami·es des parcs est le seul programme au Canada dont l’objectif est de maximiser les effets et les avantages des grands parcs urbains du pays. Il célèbre le travail des bénévoles qui se dévouent corps et âme en consacrant leur temps et leur énergie à bâtir un avenir meilleur et plus respectueux de l’environnement face aux changements climatiques.

Commencer la journée en sauvant une vie 

Pour les non-initiés, éliminer les espèces envahissantes dans un parc peut sembler un travail anodin, mais il n’en est rien. Dans un récent essai, Stephanie Foo*, journaliste et créatrice de balados, parle de son expérience dans le cadre d’un projet d’élimination des espèces envahissantes dans un parc de la Ville de New York. L’expérience, telle qu’elle la décrit, a joué un rôle clé pour l’aider à sortir d’une écoanxiété profonde qui la terrassait jusque-là.

« Il y a quelques années, j’ai fait une dépression nerveuse à cause, entre autres, de l’avenir sombre de notre planète », confie-t-elle simplement au début de son essai.

Stephanie Foo a pu reconstruire sa vie en développant un sentiment d’appartenance, notamment avec la nature.

En tant que superintendante à la Ville de New York, lorsqu’elle arrache des plantes envahissantes, voici ce qu’elle ressent :

« Quand j’ai terminé, je me tourne vers l’arbre que j’ai libéré des lianes et je passe ma main sur les cicatrices qu’elles ont laissées sur son écorce. Je m’émerveille devant ses branches qui s’élancent vers le haut, là où elles doivent être, je touche son tronc et je lui dis : “De rien”. C’est plutôt agréable de commencer la journée en sauvant une vie. »

Stephanie Foo

High Park Nature Centre, en mai 2017 des volontaires plantent des plantes indigènes

En effet, le travail que réalisent les bénévoles dans les grands parcs urbains du Canada a vraiment un caractère vital.

Commençons par quelques faits :

  • En 10 ans, à Stanley Park, les bénévoles de la Stanley Park Ecology Society ont éliminé 8 000 m3 de plantes envahissantes et les ont remplacées par plus de 8 000 arbres, arbustes et herbes indigènes.
  • Sur le mont Royal, en 33 ans, 250 bénévoles de l’organisation Les amis de la montagne ont planté 35 000 arbres et géré 15 000 m2 d’espèces envahissantes.
  • À High Park, les programmes du High Park Nature Centre ont permis à 80 000 personnes de participer à des activités de gestion du parc, comme la plantation d’herbes, de fleurs sauvages et de carex indigènes, et l’élimination d’espèces végétales envahissantes.

Quant au travail d’ordre vital des bénévoles, il repose sur le fait de redonner vie à l’eau, aux sols, aux habitats, et bien plus encore. À Stanley Park, ce travail de restauration concret a engendré une augmentation de la population d’hirondelles rustiques et de grands hérons du Pacifique. Ceci constitue un très bon signe. Les grands hérons du Pacifique étant au sommet de la chaîne alimentaire, leur retour dans le parc est le signe d’un écosystème sain et performant.

Grands parcs, grands effets

Des recherches sur les grands parcs indiquent qu’en raison de leur taille et de la richesse de leur biodiversité, ils offrent plus d’avantages écologiques que les plus petits parcs. En bref, alors que la pelouse et quelques espèces d’arbres clés sont bien dans les parcs près de chez vous, les grands parcs, quant à eux, débordent de vie, allant du lombric au grand cervidé. Grâce à leur taille et leur biodiversité, les grands parcs séquestrent davantage de carbone, réduisent l’effet des îlots de chaleur et atténuent davantage le bruit des villes que les plus petits parcs.

Source: Les amis de la montagne, parc du Mont-Royal, Montréal

Dans certains milieux, on appelle parfois « services écosystémiques » les services rendus par ces grands parcs. Cependant, une fois que l’on a attribué le terme « communauté » à la relation entre humains et nature, on se rend compte que ce terme n’est plus du tout adapté. 

Dans son essai, Stephanie Foo cite l’incroyable livre « Tresser les herbes sacrées » de Robin Wall Kimmerer, et ce qu’il lui a appris sur la création d’une nouvelle relation avec le monde naturel. Dans ce livre, l’auteure entremêle brillamment ses connaissances en tant que botaniste, mère et membre de la nation Potawatomi aux États-Unis, pour nous montrer tout ce que les plantes peuvent nous enseigner. Bien avant Aldo Leopold, les sources de connaissance Autochtones décrivaient la relation entre les humains et la nature comme une relation de réciprocité. 

Le savoir Autochtone tiré du livre « Tresser les herbes sacrées » et sa formation en tant que « superintendante » aux parcs de la Ville de New York ont eu un profond impact dans la vie de Stephanie Foo :

« J’ai été stupéfaite d’apprendre l’incidence réelle que nous pouvons avoir en protégeant les arbres. D’après cette carte sur les arbres de la Ville de New York, j’ai ainsi appris qu’un platane près de chez moi permettait, grâce à son ombre, d’économiser 2 500 kilowattheures d’énergie, de collecter 6 100 gallons d’eau de pluie (évitant que nos eaux usées se déversent dans les océans et les rivières) et d’éliminer 4 livres d’émissions polluantes ainsi que 10 500 tonnes de dioxyde de carbone de l’air chaque année. Les personnes vivant dans des zones plus arborées présentent une santé mentale plus solide; des zones où le taux de criminalité est aussi plus faible et où la valeur de l’immobilier est plus élevée. Quant aux zones les moins arborées, elles présentent le taux le plus élevé de maladies respiratoires. Protéger les arbres ne relève donc pas de l’altruisme. C’est une façon de prendre soin de soi-même. »

L’idée simple, mais primordiale selon laquelle la gestion de la terre et la santé personnelle sont interconnectées constitue l’une des raisons pour lesquelles les Amis des parcs souhaitent veiller à ce que chaque personne vivant en milieu urbain au Canada dispose près de chez elle d’un parc Cœur vital présentant des avantages écologiques et sociaux. Comme nous l’a rappelé Aldo Leopold : « Aucun changement éthique important ne s’est jamais produit sans un remaniement intime de nos loyautés, de nos affections, de nos centres d’intérêt et de nos convictions intellectuelles. »

Les Amis des parcs, High Park Nature Centre, Stanley Park Ecology Society et Les amis de la montagne participent tous activement au programme « Parcs Cœur vital ». Nous sommes profondément reconnaissants pour le dévouement des bénévoles qui redéfinissent le concept de « communauté ».

Si vous souhaitez vous aussi vous investir près de chez vous, communiquez avec l’une de ces ONG chefs de file à Toronto, Montréal et Vancouver :

Les parcs, les trottoirs, les transports en commun et les rues devraient être des lieux d’interaction sociale et de vie quotidienne. Pourtant, le rapport d’enquête BEING BLACK IN PUBLIC* [Être une personne noire dans l’espace public] nous rappelle que les lieux publics sont vécus de manière très différente selon les personnes qui les fréquentent.

En tant qu’urbaniste et cocréatrice d’espaces publics, Jay Pitter a dirigé cette étude. Son objectif était de combler une lacune importante dans la compréhension de l’expérience des personnes noires dans les parcs et autres lieux publics au Canada et aux États-Unis. Cette enquête porte sur les thèmes de la joie, du bien-être mental et de l’accès à des possibilités égales. Elle aborde aussi les conditions de la vie quotidienne qui favorisent le sentiment d’appartenance à la vie publique. Cette étude examine aussi comment des facteurs tels que le racisme, le sentiment d’insécurité et d’autres difficultés influencent ces expériences. 

Sans se limiter aux données, les recherches menées par Jay Pitter portent aussi sur l’expérience vécue des gens. Elles remettent ainsi en question la conception, l’évaluation et la gestion traditionnelles des espaces publics. 

Crédit : Jay Pitter.

Cette réflexion s’appuie sur les résultats de cette étude, mais pas comme une analyse technique. Elle invite plutôt à réfléchir à la joie, au sentiment d’appartenance et à l’importance de la sérénité dans les lieux partagés. 

Ce que signifie la joie dans l’espace public

Pensez à la dernière fois où vous avez porté des vêtements influencés par votre culture sans aucune crainte, avez joué de la musique à plein volume dans un parc en invitant quelques personnes, ou avez pris un moment pour vous détendre sur un banc à l’ombre. La joie, c’est se mouvoir sans contrainte et s’exprimer sans jugement. Dans le rapport de Jay Pitter, la joie est décrite comme discrète, mais puissante. 

Les petits détails font toute la différence. Des toilettes propres, des poubelles en bon état ou des aménagements accessibles peuvent transformer une simple sortie en un lieu où l’on se sent bienvenu et en sécurité. Dans cette enquête, 85 % des personnes interrogées étaient d’accord avec ce point. Selon 84 % des personnes interrogées, la présence d’arbres, de jardins ou de fleurs ainsi qu’un bon éclairage et une visibilité dégagée favorisent l’aisance et la présence des usagères et des usagers. Par ailleurs, 79 % d’entre elles ont déclaré apprécier des endroits confortables où s’asseoir et même des espaces soulignant la contribution des personnes noires. 

Ensemble, ces éléments font bien plus qu’améliorer une infrastructure publique. Ils traduisent le respect, la considération et l’accueil et suscitent un sentiment d’appartenance. Un banc baigné de soleil, un chemin bien éclairé ou une plaque en hommage à une artiste noire ou à un artiste noir ne sont pas que de simples aménagements. Ils créent des moments de joie dans des espaces qui pourraient autrement sembler ordinaires ou peu accueillants. 

La joie se construit également dans l’interaction avec les autres. Voir d’autres personnes noires ou évoluer dans des espaces fréquentés par des personnes d’origines diverses a été identifié par 88 % des personnes interrogées comme un facteur clé pour se sentir en sécurité et bienvenu. Des salutations de la part du personnel ou des usagères et des usagers de la structure (74 %) ainsi que la reconnaissance visible de l’histoire des personnes noires (70 %) renforcent également le sentiment d’appartenance. Des règles claires sur la manière de partager ces espaces et d’y interagir, mentionnées par 65 % de ces personnes, contribuent également au sentiment d’aisance et de sécurité. La joie naît non seulement de l’environnement physique, mais aussi d’un sentiment de reconnaissance, de représentation et d’inclusion dans la société. 

Lorsque les personnes noires peuvent exister, s’exprimer et occuper librement ces espaces, les parcs deviennent bien plus qu’un simple ensemble d’aménagements physiques. Ils se transforment en une affirmation vivante et tangible de présence, d’appartenance et d’humanité. La joie naît de la liberté d’occuper pleinement un espace, de s’y déplacer sans vigilance constante, et de se sentir réellement reconnu·e et bienvenu·e. 

Several photos of black people having fun in nature
Images fournies avec l’aimable autorisation de Craig Wellington, Hafsa Abdulsamed, Anthony Taylor, Pasha Mckenley et Shereen Ashman-Henderson. Crédit : Rapport d’enquête BEING BLACK IN PUBLIC.

Contraintes invisibles 

Même si les lieux publics reflètent les tendances et les habitudes de la vie quotidienne, ils sont vécus de manière très différente selon les personnes qui les fréquentent. Attendre un autobus au petit matin, marcher sur un trottoir le soir ou s’asseoir sur un banc dans un parc un dimanche matin peut sembler ordinaire pour certaines personnes. Pour d’autres, ces mêmes activités nécessitent une vigilance particulière. Cette étude met en lumière le malaise que ressentent de nombreuses personnes noires dans ces lieux censés offrir tranquillité et détente.

Cela s’explique par le fait que ces lieux publics peuvent rappeler, en filigrane, la surveillance, le jugement et la prudence auxquels les personnes noires sont souvent confrontées. Même des lieux conçus pour les loisirs, la détente ou les habitudes quotidiennes peuvent induire une pression invisible, exigeant vigilance, attention et parfois retenue de la part des usagères et des usagers. Les rues, trottoirs, parcs et transports en commun que d’autres considèrent comme des endroits anodins peuvent être source d’inquiétude pour certaines personnes qui peuvent avoir l’impression d’être observées, scrutées ou traitées différemment. 

Dans l’enquête, près de la moitié des personnes interrogées, soit 49 %, ont dit ne pas se sentir en sécurité dans les autobus et le métro. Un tiers d’entre elles ont dit ne pas être à l’aise dans la rue, sur le trottoir et sur un perron. Par ailleurs, 27 % ont dit ne pas être à l’aise sur les sentiers des parcs urbains ou dans d’autres espaces verts. Pour 21 % des personnes interrogées, il en va de même pour les événements culturels en plein air et les salles de concert. Ces chiffres reflètent ce que les personnes noires doivent évaluer en silence chaque jour avant de prendre une décision : comment se déplacer, quand parler, où s’attarder, et quand il serait plus sûr d’éviter un endroit. De nombreuses personnes ont également déclaré se sentir dans l’incapacité d’agir face à une situation dangereuse ou nuisible dans un lieu public. Ce sentiment d’impuissance exacerbe la charge émotionnelle liée à la fréquentation d’un lieu public. Ceci illustre à quel point l’expérience décrite dans le rapport d’enquête BEING BLACK IN PUBLIC dépasse la simple sécurité physique d’une personne et affecte aussi son bien-être social et émotionnel. Ces chiffres ne sont pas que des données; elles représentent des expériences vécues. 

Pourtant, malgré le malaise ressenti, les gens continuent à rechercher des endroits qui sont source de vie. Les terrains de sport en plein air et les sentiers des parcs urbains, par exemple, sont toujours largement fréquentés par des personnes noires même si celles-ci les ont qualifiés d’endroits parmi les moins sûrs dans l’espace public. Ceci souligne l’importance de ces lieux. Ils ne sont pas que de simples lieux de passage; ils sont essentiels pour se divertir, faire de l’exercice et rencontrer des gens. En effet, les lieux publics contribuent au bien-être général. À cet égard, l’enquête montre que passer du temps dans des espaces verts, des sentiers ou des parcs améliore la santé physique, le bien-être mental et le sentiment d’appartenance sociale. Ces endroits permettent de tisser des liens avec les autres, de pratiquer une activité physique et de se connecter aux rythmes de la vie en société, et ce, même lorsqu’ils ne semblent pas toujours sûrs ou accueillants. 

À ces défis viennent aussi s’ajouter les inégalités structurelles. De nombreux quartiers avec une population majoritairement racialisée font l’objet d’un manque de financement systématique. Les lieux publics, parcs, sentiers et espaces de loisirs sont souvent mal entretenus, en nombres insuffisants ou dépourvus d’aménagements. Les endroits qui pourraient favoriser la santé, le divertissement et le tissu social reçoivent souvent le moins d’investissements. Au contraire, les quartiers les mieux nantis bénéficient d’une multitude d’espaces verts et d’aménagements de qualité. Ces inégalités renforcent les disparités en matière d’accès, de sécurité et d’opportunités. Les personnes noires se voient donc confrontées à la fois aux barrières sociales et aux barrières structurelles de la vie publique.

La représentation et la visibilité influencent également le sentiment de bien-être ou de malaise. Les espaces publics qui ne reflètent pas l’histoire, le vécu ou les contributions des personnes noires peuvent engendrer un sentiment d’invisibilité ou d’exclusion. Une fresque murale, une plaque ou un nom de lieu, aussi insignifiants semblent-ils, peuvent véhiculer un sentiment de reconnaissance, d’appartenance, d’inclusion et de considération pour les personnes qui fréquentent ces endroits et y contribuent. À l’inverse, leur absence peut susciter un sentiment d’exclusion et l’impression que ces endroits ne sont pas pensés pour elles. 

Les défis que rencontrent les personnes noires dans les lieux publics ne concernent donc pas seulement leur sécurité physique. Ils concernent aussi leur expérience culturelle, sociale et émotionnelle. Ce sont les règles tacites, les antécédents de surveillance et l’anticipation du jugement qui déterminent l’expérience des personnes noires dans ces environnements. Se sentir en sécurité dans un lieu public ne se résume pas à l’absence de danger. C’est avoir la liberté d’occuper l’espace de manière authentique et d’être soi-même, sans contrainte. L’étude met en lumière ces réalités du quotidien. Elle révèle l’équilibre délicat que doivent trouver ces personnes en conjuguant prudence et désir de connexion, de mouvement et de joie. Les conclusions de ces recherches soulignent que favoriser une expérience agréable dans les lieux publics va au-delà de leur simple conception physique. Cette expérience est aussi influencée par la culture, l’histoire et la manière de percevoir ces endroits.

Two black women with a fishing line
Image fournie avec l’aimable autorisation de Demiesha Dennis, fondatrice de Brown Girl Outdoor World. Crédit : Rapport d’enquête BEING BLACK IN PUBLIC.

Des détails bien pensés, un impact durable 

Au-delà de ces défis, les espaces publics révèlent aussi leur potentiel à être plus que de simples environnements physiques. Lorsqu’ils sont conçus avec soin et intention, ils peuvent devenir des lieux propices à la sécurité, à la joie et au lien social. L’étude s’attache aussi à comprendre certaines subtilités : la sensation ressentie en arrivant dans un espace, le sentiment de tension ou de détente dans le corps et les signes imperceptibles indiquant si l’on peut rester ou non. Pour les personnes noires, ces moments sont rarement neutres. Ils sont influencés par la considération témoignée, par les personnes reconnues et par le sentiment d’être bienvenu·e ou simplement toléré·e. 

Lorsque les lieux publics sont conçus pour tenir compte des personnes qui les fréquentent, ils deviennent alors des espaces de reconnaissance et de connexion offrant un sentiment d’appartenance. Selon les personnes interrogées dans l’enquête, des gestes simples peuvent avoir un impact significatif : des actes démontrant une ouverture et un effort pour que les gens se sentent en sécurité, bienvenus et à leur place. Ces moments montrent comment conception et culture peuvent contribuer à transformer les espaces en plein air en lieux où la présence est reconnue, le bien-être palpable et la joie possible. 

Les terrains de sport, les sentiers pédestres, les places publiques et les parcs peuvent donc constituer plus que de simples lieux de passage. Lorsqu’ils sont conçus avec soin et intention, ils peuvent devenir des espaces où l’on a envie de s’attarder, de se divertir, de se rassembler et de tisser des liens. Le rapport souligne des exemples où la conception de sentiers pédestres, d’aires de loisirs et de places publiques a été pensée avec la participation des communautés noires. Ceci illustre que même des investissements modestes en matière de conception, de programmes ou de signalisation peuvent faire une grande différence. 

Des programmes communautaires qui favorisent la participation, des espaces qui célèbrent la diversité des cultures présentes dans un lieu, ainsi qu’une conception et des pratiques attentives aux différentes façons dont les personnes utilisent l’espace contribuent à permettre aux personnes noires d’occuper l’espace public pleinement et de manière authentique.

Au-delà de la conception et des programmes, l’étude souligne l’importance des politiques, de la gouvernance et de la représentation au sein du personnel de direction. Des politiques inclusives qui accordent la priorité à la sécurité, à l’accessibilité et à la reconnaissance des histoires et des contributions des personnes noires garantissent que les espaces en plein air ne reposent pas seulement sur de bonnes intentions, mais bénéficient aussi d’un soutien structurel. 

Des investissements équitables dans les lieux publics, en particulier dans les quartiers qui ont historiquement reçu moins de financement, sont essentiels pour traduire ces avantages dans les faits. Une gouvernance qui implique les membres du public – notamment les personnes noires – dans la prise de décision indique que les lieux publics sont conçus en tenant compte de celles et ceux qui les utilisent. La représentation au sein du personnel de direction est tout aussi importante : lorsque l’opinion des personnes noires est prise en compte dans l’élaboration des politiques, des programmes et des décisions concernant les lieux publics, ces endroits peuvent ainsi mieux refléter les expériences vécues et répondre aux besoins réels du public. Les habitantes et habitants peuvent également se reconnaître dans les décisions qui façonnent leurs lieux publics. Ceci renforce la confiance et le sentiment que leur présence, leur sécurité et leurs opinions comptent.

Jay Pitter souligne qu’un espace public n’est jamais neutre. Une conception réfléchie et la cocréation avec les membres du public, associées à des politiques de soutien, à une gouvernance inclusive et à une représentation au sein du personnel de direction peuvent transformer des parcs, places ou rues ordinaires. Même des lieux fréquentés avec prudence peuvent devenir des lieux d’appartenance. La sensibilité relationnelle et culturelle joue un rôle déterminant dans cette transformation.

A young black girl with a t-short "stolen from Africa"
Image fournie avec l’aimable autorisation de Neil « Logik » Donaldson. Crédit : Rapport d’enquête BEING BLACK IN PUBLIC.

Repenser l’espace public

L’espace public est – ou devrait être – le reflet de la manière dont les membres du public se valorisent mutuellement. Le contraire se vérifie aussi dans la vie de tous les jours. Les sentiments de joie, de sérénité et d’appartenance dans les lieux publics ne sont pas le fruit du hasard : ils trouvent leur origine dans des lieux basés sur la considération, la reconnaissance et la responsabilité. 

Créer des lieux publics où chaque personne peut se reposer, s’exprimer et se déplacer sans crainte ne peut se résumer à l’élaboration de politiques ou à leur conception. Cela nécessite attention, empathie et volonté de comprendre des expériences différentes de la sienne. Lorsque les résidentes et résidents s’ouvrent à l’écoute, au dialogue et à une responsabilité partagée, l’espace public commence à refléter les personnes qui les utilisent – non seulement dans sa forme, mais aussi dans la manière dont il est vécu et ressenti.

Cette réflexion invite également à repenser notre processus de conception : à quoi ressemblerait la création de lieux publics centrés sur l’expérience vécue, sur la sensibilité culturelle ainsi que sur la considération et les connaissances du public? Comment cette approche pourrait-elle favoriser un sentiment d’appartenance, de considération et de responsabilité partagée chez les personnes qui utilisent et font vivre ces endroits? 

_____________

Jay Pitter vient de publier son dernier livre, Black Public Joy. S’appuyant sur l’étude BEING BLACK IN PUBLIC, ce livre invite chaque personne à s’engager à cultiver la joie publique, tout en revendiquant la sienne. 

Pour en savoir plus sur ces thèmes :