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On dit souvent que toutes bonnes choses ont une fin. Mais parfois, avec un peu de chance, cette fin peut être le début de quelque chose d’encore plus spécial. C’est exactement ce qu’il s’est passé au Parc Jarry dans l’arrondissement de Villeray-St-Michel-Parc-Extension à Montréal : le groupe citoyen Coalition des amis du Parc Jarry (CAP Jarry), bénéficiaire de la bourse TD Ami·es des parcs, y a fait renaître des cendres du temps des fêtes une Forêt Éphémère d’arbres de Noël recyclés, de rêves et d’espoirs.

Chaque Janvier, lorsque le temps des fêtes tire à sa fin, les sapins de Noël dénudés s’amoncellent sur les trottoirs, attendant lugubrement le service de ramassage de la ville. Au Canada, environ 6 millions de sapins se retrouvent à la décharge chaque année. S’ils ne sont pas recyclés correctement et simplement jetés, chaque arbre peut créer environ 16 kg de dioxyde de carbone. Non seulement cela représente une empreinte écologique importante, mais cela perd également une excellente opportunité de donner aux arbres une seconde vie plus percutante.

Le CAP Jarry, dirigé par Michel Lafleur, s’est engagé à relever ce défi cette année. Au lieu de la traditionnelle décharge, ils ont invité les résidents de Montréal à apporter leurs sapins de Noël dégarnis au Parc Jarry, à les planter dans des pots en bois construits pour l’occasion, et ainsi créer une Forêt Éphémère magique. Les familles et amis ont pu se promener librement entre plus de 250 arbres, tout en respectant les mesures de santé publique et de distanciation physique. Au bout des deux semaines d’installation, un service spécialisé en réaffectation du bois s’est chargé de ramasser et recycler les arbres adéquatement.

Pour ajouter à l’esprit magique de l’événement, les participants étaient invités à écrire leurs vœux pour la nouvelle année ainsi que leurs souhaits pour des nouveaux aménagements urbains dans leurs parcs et à les attacher à leur sapin. Cela a donné à chaque arbre une touche personnelle et a donné aux gens une chance d’exprimer leur vision de l’avenir. À une époque où les interactions sociales sont rares et où nous aspirons à interagir avec les autres, lire les souhaits personnels sur chaque arbre ressemblait à un échange intime avec les anciens propriétaires de l’arbre de Noël – leurs idées, leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir.

La forêt a créé un sentiment de connexion humaine à un moment où les gens en ont le plus besoin. Marcher à travers les centaines d’arbres au milieu du vaste parc Jarry fut une expérience inspirante, joyeuse et franchement magique.

“Tout le monde était souriant”, se rappelle Mme. Fumagalli, la maire de l’arrondissement VIlleray-St-Michel-Parc-Extension.

“Il y avait beaucoup de curiosité, une forme d’entraide, surtout une telle synergie… Le projet a eu d’énormes retombées positives”.

Ce qui a surtout marqué la maire Fumagalli, qui a eu un rôle facilitateur dans la planification de l’événement, c’est la manière extraordinaire dont les citoyens se sont appropriés et impliqués dans leurs parcs cet hiver. De la Forêt Éphémère aux hordes de Montréalais qui ont construit des bonhommes de neige dans les parcs de la ville après une tempête de neige, elle dit que nous voyons clairement «la nécessité pendant l’hiver d’avoir une sorte d’animation, surtout avec le contexte COVID actuel».

Une autre clé de la réussite de cet événement se trouve dans sa simplicité : l’idée est facilement transférable d’un parc à un autre, mais aussi d’une ville à une autre.

“Je suis certaine que c’est une idée qui fera boule de neige”, assure la maire Fumagalli. “Il y a tant de potentiel, autant pour les terrains vagues que les petits parcs. Le côté reproductible à petite échelle, facilement duplicable et demandant peu de ressources, ça rend cette initiative idéale”.

De la graine jusqu’à la récolte, rien n’est plus gratifiant que de planter des aliments et de les voir pousser. C’est pourquoi des milliers de personnes à travers le pays osent se salir les mains dans les jardins communautaires. La culture de fruits et légumes permet avant tout aux gens d’avoir accès à des aliments frais. Les jardins communautaires jouent également un rôle essentiel en les reliant à la nature et entre eux, améliorant ainsi la résilience et le bien-être des communautés. 

« Le pouvoir de l’alimentation, de la création de lieux et d’espaces publics est d’une grande portée et met fortement en commun les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. »

DeeDee, Jardin communautaire temporaire de Marpole

Mettre en œuvre le jardinage communautaire

Le Jardin communautaire temporaire de Marpole a été créé par DeeDee Nelson. Elle a pris l’initiative d’examiner une parcelle de terrain « non accessible et négligée » pendant la pandémie. Lorsque DeeDee a commencé à nettoyer l’endroit, « les gens ont commencé à se manifester et à demander de participer ».Le jardin temporaire se trouve à Marpole, une des zones géographiques identifiées par le Vancouver Park Board comme zone d’initiative pour l’équité. La personne s’occupant de la promotion immobilière a mis l’emplacement à la disposition de la communauté de façon temporaire avant que la construction commence. Situé sur une route très fréquentée, « où les voitures passent à toute allure sur Granville Street », le jardin est une oasis de verdure qui transporte les personnes participantes de la congestion et de l’agitation de la circulation vers un espace luxuriant qui alimente la communauté.

Un des ateliers organisés par le Jardin communautaire de Marpole pour apprendre à créer un jardin grâce à des sacs en toile de jute

Le Groupe des femmes congolaises est composé de 21 nouvelles immigrantes vivant dans les quartiers desservis par le Centre de santé communautaire du sud-est d’Ottawa (CSCSO)*. Le groupe s’est formé en 2019 après qu’un pique-nique dans le parc lui ait inspiré de mieux exploiter les espaces extérieurs. Euphrasie, qui travaille au CSCSO en tant que promotrice communautaire, a remarqué que les femmes étaient à la fois désireuses de trouver des sources abordables d’aliments frais et d’apprendre à connaître les plantes. Elle a humblement suggéré de mettre en place un programme de jardinage communautaire, en posant cette question aux participantes : « Que penseriez-vous de la création d’un jardin communautaire? Même s’il est petit, il y a un début à tout. » Et c’est ainsi que les femmes ont commencé à cultiver des aliments.

Également situé dans un quartier en quête d’équité, le Groupe des femmes congolaises voit dans les séances de jardinage communautaire un moyen d’aborder des questions telles que l’isolement, la sécurité et le bien-être mental au sein de la communauté. En plus des ateliers de jardinage, une fête des récoltes clôturera festivement la saison.

Des membres du Groupe de femmes congolaises en train de jardiner

Mettre de la nourriture sur la table

L’accès à des fruits et légumes nutritifs et de qualité est un défi systémique au sein des communautés en quête d’équité. L’insécurité alimentaire* est devenue un défi encore plus grand pour les familles à faible revenu, le coût des aliments ne cessant d’augmenter. Comme le partage DeeDee :

« Plusieurs personnes âgées avec un budget limité fixe m’ont notamment dit qu’elles cultivaient leur propre nourriture parce qu’elle était trop chère en magasin. »

Si les deux groupes reconnaissent le rôle des jardins communautaires dans la lutte contre l’insécurité alimentaire, ils privilégient aussi le partage du surplus de récolte avec d’autres personnes. Au Jardin communautaire temporaire de Marpole, les personnes participantes distribuent fréquemment des légumes frais aux gens qui passent par là. En fait, elles ont mis en place ce qu’elles appellent une « table végétarienne » pour officialiser ce geste généreux. Lorsque les gens demandent « combien ça coûte? » DeeDee répond d’un air jovial :

« C’est gratuit. Totalement gratuit. »

La table “végétarienne” du Jardin communautaire de Marpole

Le Groupe des femmes congolaises partage également cet esprit de solidarité. Les denrées alimentaires collectées au cours des ateliers seront distribuées à la communauté en fin de saison lors d’une fête de la récolte qui, selon Euphrasie, sera un « très grand événement. » La nourriture issue de la récolte sera partagée avec l’ensemble de la communauté, un geste qui, selon Euphrase, symbolise le fait que « oui, il y a quelque chose que nous pouvons faire ensemble et qui peut être bénéfique non seulement pour nous, qui travaillons là-bas, mais aussi pour tous les membres de la communauté. »

Créer des liens enrichissants

Les jardins communautaires jouent un rôle important dans le rapprochement des personnes entre elles et avec la communauté élargie. Au Jardin communautaire temporaire de Marpole, DeeDee a été témoin de la façon dont l’engagement dans le jardin conduit à une plus grande implication civique en général. Elle partage :

« Tout à coup, les gens apprennent qu’ils ont une voix. Ils commencent à réaliser que le gouvernement municipal est composé de personnes réelles qui peuvent aider à faire bouger les choses. Chaque citoyenne et citoyen peut réfléchir à ce qui est souhaité pour sa communauté et en faire la demande. Cela vaut non seulement pour les espaces publics, mais aussi pour l’aménagement du territoire, les options de transport actif et pratiquement tout ce qui se passe au sein d’une communauté. Nous avons notre mot à dire sur nos villes et plus nous en prenons conscience, plus nous sommes en mesure de nous exprimer. »

DeeDee pense que les personnes âgées ont été particulièrement attirées par le jardin parce que beaucoup d’entre elles vivent seules. La COVID a accentué leur isolement, alors qu’elles devaient éviter les espaces intérieurs pour protéger leur santé. Le jardin communautaire leur a donné une occasion unique de se rencontrer en plein air. Elle ajoute : « Nous avons un besoin urgent d’espace extérieur pour la communauté, pour que les gens puissent venir passer du temps dans la nature et avoir un espace communautaire où se rassembler. »

Deux voisins participant à l’un des ateliers du Jardin communautaire temporaire de Marpole

Dans notre entretien, Euphrasie, du Groupe des femmes congolaises, explique comment le jardin communautaire est une source vitale de connexion communautaire apportant du bonheur :

« J’ai vu des enfants venir et se promener dans le jardin communautaire pour regarder les plantes. Elles et ils ont commencé à nous demander : Oh, c’est quoi ceci? Oh, et cela c’est quoi? C’est un endroit très agréable où être parce que les personnes participantes s’impliquent avec des gens de tous les âges. Elles rencontrent leurs aîné.e.s, leurs enfants et leurs parents. Et wow, c’est un merveilleux endroit pour rassembler les gens, pour briser cet isolement et pour les aider à aller au-delà de ce qui se passe dans leur vie. Et quand ils se rencontrent, tout le monde rigole beaucoup. J’adore. »

Des membres du Groupe des femmes congolaises au jardin communautaire, 2022

Alors que les rires et la joie animent le jardin, il est important de reconnaître que les jardins communautaires font le gros du travail quand il s’agit de renforcer la résilience sociale. Comme le reconnaît judicieusement DeeDee du Jardin communautaire temporaire de Marpole, le type de résilience sociale cultivé dans les jardins communautaires sera de plus en plus crucial face aux changements climatiques :

« Développer cet esprit et ce lien communautaire est, je pense, ce qui rend une communauté résiliente parce que si quelque chose comme un dôme de chaleur ou une inondation a lieu, nous savons qui vit dans le quartier et qui a besoin d’aide. »

Cultiver des liens et de la réciprocité avec la nature

Comme nous l’avons récemment souligné dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada : « Il existe de multiples inégalités dans l’accès et la jouissance des espaces verts urbains, avec des ramifications pour la justice climatique, le développement équitable des parcs et la santé publique. »

Les jardins communautaires propageant l’équité au sein des communautés permettent aux gens d’accéder à des espaces verts extérieurs qui favorisent la santé et le bien-être des individus. Nous savons que les personnes qui passent plus de temps dans la nature bénéficient d’un meilleur fonctionnement cognitif. Ils sont également plus susceptibles de déclarer des niveaux élevés de bonheur et de bien-être.

Comme le dit Euphrasie du Groupe des femmes congolaises :

« Même si vous ne travaillez pas dans le jardin communautaire, le simple fait d’y aller vous permet de respirer l’air frais et d’entendre le chant des oiseaux. C’est bon pour votre santé, pour l’environnement et pour la communauté. »

L’un des ateliers du Jardin communautaire temporaire de Marpole pour apprendre à créer un jardin de pieds carrés sans creuser à l’aide de carton

Dans tous les programmes du Jardin communautaire temporaire de Marpole, DeeDee commence par reconnaître significativement la terre, invitant les personnes participantes à penser au-delà de la façon dont la nature peut bénéficier à la vie humaine et encourage chaque personne à réfléchir aux manières dont elle peut améliorer la nature :

« Si nous remercions la terre, cela signifie que nous devons recevoir quelque chose en retour. Alors, qu’est-ce qu’on donne? J’aime bien demander aux gens de considérer notre relation avec la nature comme n’importe quelle relation saine, soit une relation avec un esprit de réciprocité »

Lors des ateliers, DeeDee apprend aux gens qui participent à utiliser des approches de permaculture et d’agriculture syntropique issues du savoir Autochtone pour enrichir la terre. Pour elle, ces pratiques sont essentielles pour garantir la durabilité de la planète.

« Cela nous fait vraiment réfléchir à ce qui serait la meilleure façon de contribuer à cette croissance durable; pas seulement pour cette année, mais aussi pour l’avenir. »

L’espace demeure un défi

Le Jardin communautaire temporaire de Marpole et le Groupe des femmes congolaises ont tous deux soulignés qu’il est extrêmement difficile de trouver des espaces pour créer des jardins communautaires. Alors que le Groupe des femmes congolaises a pu obtenir un espace par l’intermédiaire du programme de jardins communautaires de la Ville d’Ottawa, Euphrasie a souligné à quel point le processus peut être long et compliqué :

« Il était auparavant plus facile d’obtenir un terrain. Il suffisait de se présenter en personne et de le demander. Mais aujourd’hui, tout est en ligne, ce qui nous rend la tâche plus difficile. Cela nous prend plus de temps et d’énergie. »

Le Jardin communautaire temporaire de Marpole est situé sur un terrain privé. Toutefois, s’en remettre à la générosité des propriétaires de terrains privés n’est pas viable à long terme. Comme le dit DeeDee : « Nous profiterons de notre magnifique arrière-cour empruntée tant que nous l’aurons. »

Compte tenu des nombreux avantages des jardins communautaires, nous devons veiller à ce que les personnes travaillant dans le jardin aient accès à des espaces leur permettant de nouer des relations significatives entre elles, avec leur communauté et avec l’environnement naturel.

« Le jardinage nourrit la communauté physiquement, émotionnellement et mentalement. Il s’agit d’un rappel significatif de la façon dont le fait de travailler ensemble en tant que communauté profite à tout le monde. »

Euphrasie, Groupe des femmes congolaise

Les parcs ne sont pas des espaces neutres mais des lieux où les héritages du colonialisme et de la suprématie blanche perpétuent trop souvent les inégalités urbaines. En même temps, les mouvements Noirs et de justice raciale ont aidé à repenser les parcs comme des lieux où la présence, les expériences et les besoins des Canadien·nes Noir·es peuvent être visibles et valorisés.

Pour célébrer le Mois de l’histoire des Noir·es, nous avons sélectionné des contenus qui a trouvé un écho chez les ami·es des parcs au cours des années précédentes, mettant en lumière les initiatives visant à placer la libération des Noir·es au centre de la planification, la conception et la gestion des parcs et des espaces publics. Nous sommes reconnaissants aux leaders d’opinion noir·es et aux communautés qui contribuent à repenser radicalement nos parcs et nos espaces publics.

Vous pouvez également accéder à notre liste de lecture en anglais.

Accès équitable aux parcs urbains, à la nature urbaine et aux lieux publics

Espaces publics : un bien commun pour tous les citoyen-ne-s?, Bochra Manaï, 2021, Ligue des Droits

Ce texte illustre l’enjeu de l’accès aux espaces publics pour deux types de citoyen-ne-s : les hommes racisés et les femmes musulmanes portant un voile.

Balado: la Petite-Bourgogne de Michael, Michael Farkas, Le temps d’une marche, 2021, Spotify

Premier quartier noir de Montréal, la Petite Bourgogne se caractérise par une grande diversité sociale et culturelle. Du discours de Nelson Mandela à l’Église Union Unie au combat des organismes communautaires du quartier, découvrez l’histoire de la commaunté noire à travers les anecdotes et les lieux incontournables de ce quartier emblématique.

Comment rendre les espaces artistiques plus inclusifs?, Myriam Eddahia, 2022 Radio-Canada

Les musées et les galeries n’incluent toujours pas assez les artistes noir·es, expliquent des professionnels du milieu. L’institutionnalisation de l’art reste un secteur encore majoritairement occupé par des personnes blanches. Des artistes et commissaires d’exposition noir·es tentent de créer un changement à long terme, qui ira au-delà des initiatives entourant le Mois de l’histoire des Noir·es, chaque mois de février.

Solidarité alimentaire et parcs urbains

La solidarité alimentaire Noire, Ariane Krol, 2021, La presse

Après seulement deux ans d’exploitation, le propriétaire des Jardins Lakou, Jean-Philippe Vézina, a remporté récemment le prix du Maraîcher de l’année pour sa culture de légumes typiques des cuisines afro-antillaises, au concours canadien du magazine enRoute. Le maraîcher établi à Dunham, dans les Cantons-de-l’Est, ne fournit pas seulement en produits des restaurants ou des familles abonnées à ses paniers, mais aussi des organismes qui en font don à des membres de la communauté noire.

La souveraineté alimentaire, ou le droit de manger sa culture, Carolle-Anne Tremblay-Levasseur, 2022, Radio-Canada

Au Canada, les familles noires sont trois fois plus susceptibles de vivre de l’insécurité alimentaire que les familles blanches. Des organismes torontois leur offrent toutefois une piste de solution pour briser les barrières systémiques en place : la souveraineté alimentaire.

Justice sociale, environnementale et racisme

Changement climatique : pourquoi il est intrinsèquement raciste, 2022, BBC Future

Le changement climatique divise. S’y attaquer pourrait-il permettre de remédier à des injustices de longue date ?

La nature de l’injustice: Racisme et inégalités environnementales, Sabaa Khan et Catherine Hallmich, 2023, Eco Société

Quel fardeau les communautés marginalisées doivent-elles porter en matière d’injustices environnementales ? Si l’exploitation de la nature est toujours allée de pair avec l’exploitation des êtres humains, les textes rassemblés dans ce livre explorent les impacts démesurés des changements climatiques et de la pollution sur ces communautés.

Racisme environnemental et les changements climatiques : déterminants de la santé dans les communautés mi’kmaqs et afro-néo-écossaises, Ingrid Waldron, 2021, Choix climatiques

La présente étude de cas révèle le lien entre, d’une part, les déterminants structurels de la santé et, d’autre part, la vulnérabilité aux changements climatiques et le racisme environnemental dans deux communautés de la Nouvelle-Écosse : les Afro-Néo-Écossais et les Mi’kmaqs.

Cheminer ensemble pour la justice sociale et environnementale, 2021, Environnement Jeunesse

Les luttes pour les droits autochtones, contre le racisme systémique, contre les violences sexuelles, pour l’équité entre les genres et l’équité intergénérationnelle sont toutes liées à la lutte contre la crise climatique.  Les oppressions systémiques causent une crise climatique, en plus d’avoir pour effet d’amplifier les injustices…

États-Unis : la justice environnementale enfin au cœur du débat, Alejandra Borunda, 2021, National Geographic

Des études menées au cours des quatre dernières décennies démontrent que les communautés noires et métisses sont les premières victimes des conséquences du changement climatique. Justice peut-elle encore être faite ?

Pourquoi nous devons centrer l’équité raciale dans le mouvement climatique, 2020, Mcknight Foundation

Le Mouvement pour les vies noires a une demande concise: nous devons nous débarrasser des systèmes inéquitables et investir dans de nouveaux dirigeants et des solutions enracinées dans les communautés les plus touchées par les défis auxquels nous sommes confrontés. Cela nécessite des étapes au-delà des «exclusions» pour les organisations dirigées par des Noir·es, des Autochtones et des personnes de couleur (BIPOC) et au-delà des engagements envers la diversité, l’équité et l’inclusion.

Ateliers, conférences en ligne et webinaires à voir (et à revoir)

Être une leader antiraciste : conversation avec Bochra Manaï, 2021, Université Saint-Paul

Bochra Manaï porte les questions anti-racistes depuis plus d’une décennie à la fois comme chercheure, comme militante et désormais comme commissaire à la lutte contre le racisme et les discriminations systémiques à la Ville de Montréal. Elle les porte aussi comme femme racisée, immigrante, musulmane et mère. Or, c’est justement à l’intersection de ces identités multiples que nous convie cet entretien avec une femme dont le courage n’a d’égal que sa détermination à lutter pour un avenir meilleur pour l’ensemble des Montréalaises et des Montréalais.

Il n’y a pas de justice climatique sans justice raciale, David Lammy, 2021, Ted Talk

Dans un discours vibrant pour développer un nouveau mouvement protecteur de notre planète, Lammy nous exhorte à l’inclusion et à encourager les minorités à prendre le leadership pour le climat. Il réclame une reconnaissance mondiale que nous ne pouvons pas résoudre le changement climatique sans justice raciale, sociale et intergénérationnelle.

Équité territoriale et environnementale des parcs de Montréal, 2021, Ami·es des parcs

Comment s’assurer que les montréalaises et montréalais aient un accès équitable aux parcs de leur ville et que ceux-ci répondent à leurs besoins ? Quatre experts locaux, Jérôme Dupras, Lourdenie Jean, Anne Pelletier and Michel Lafleur, ont partagé leurs différentes perspectives sur les défis et opportunités liés aux questions de justice environnementale et d’équité territoriale des parcs urbains de Montréal. Le panel de discussion était animé par Karel Mayrand.

Le programme Parcs Coeur vital, conçu pour maximiser les bénéfices et l’influence des grands parcs urbains du Canada, a mené deux années de recherche auprès des utilisateur·trices des parcs urbains et des intendant·es afin de mieux comprendre les liens entre les parcs et la santé. Les résultats récemment publiés laissent entendre quelque chose que nous soupçonnions déjà grâce à nos discussions avec les gens et à notre amour pour le temps passé dans les parcs :  passer du temps dans les parcs est associé à une meilleure santé et à un bien-être accru. Cependant, ce qui ressortait véritablement de ces études, c’était que le principal indicateur d’une meilleure santé et d’un bien-être amélioré était le sentiment de connexion avec la nature chez les utilisateur·trices de parcs.

Les activités de plein air améliorent la santé et le bien-être

Notre sondage Parcs Coeur vital auprès des utilisateur·trices de parcs a révélé qu’il existait une relation significative entre le sentiment d’être connecté à la nature et une amélioration notable de la santé mentale, de la santé physique et du bien-être général. Il en résulte que les utilisateur·trices des grands parcs urbains se sentent plus en harmonie avec la nature et attribuent généralement des scores plus élevés à leur santé mentale, physique et à leur bien-être. 

Toutefois, la majorité des utilisateur·trices de parcs (67 %) qui fréquentent les Parcs Coeur vital consacrent principalement leur temps à des activités sociales, sportives ou récréatives plutôt qu’à des activités axées sur la nature (33 % des utilisateur·trices de parc). Nous constatons aussi que les utilisateur·trices de parcs qui pratiquent principalement des activités axées sur la nature dans les Parcs Coeur vital ressentent des liens plus forts avec celle-ci et attribuent des scores plus élevés à leur bien-être.

Crédit : Centre de la nature de High Park, Toronto

Convertir les résultats de la recherche en actions concrètes

Alors, comment pouvons-nous nous assurer en tant qu’utilisateur·trices de parcs, profesionnel·les des parcs et citoyen·nes engagé·es, que les gens tirent le plus grand bénéfice de leur visite dans les grands parcs urbains ? En explorant la recherche sur les liens entre la nature et la santé, de nombreuses stratégies ont été identifiées pour faciliter la connexion entre l’humain et la nature, dont les activités d’intendance, la pleine conscience en nature, la préservation des zones boisées naturelles, l’intégration de sports dans les programmes de plein air et la promotion de diverses connaissances et pratiques culturelles dans la programmation et les événements dans les parcs. Mais comment ces stratégies se concrétisent-elles sur le terrain avec les citadin·es ? Nous avons fait appel à notre nouveau partenaire du réseau des Parcs Coeur vital, la Meewasin Valley Authority*, pour comprendre les actions entreprises pour promouvoir la connexion entre la nature et les gens le long de la vallée Meewasin.

Meewasin, bien plus qu’un parc urbain traditionnel

La vallée de Meewasin, un parc de 6 700 hectares, s’étend sur 75 km le long de la rivière South Saskatchewan, traversant la ville de Saskatoon et s’étalant bien au-delà. Ce parc est un trésor écologique constitué d’un paysage de prairie abritant plusieurs écosystèmes uniques que l’on ne retrouve nulle part ailleurs au pays. Les prairies, comme celles de Meewasin, sont l’un des écosystèmes les plus menacés de la planète. Ces écosystèmes regorgent d’une biodiversité exceptionnelle et ont été parmi les plus impactés par l’activité humaine.

En raison de l’emplacement central de Meewasin et de son immense réseau de sentiers, le parc accueille plus de 2 millions de visiteurs·euses par an ! L’accessibilité du parc permet aux habitant·es de la ville et aux touristes d’explorer facilement la nature sans devoir quitter la ville. 

La Meewasin Valley Authority joue un rôle de premier plan dans la conception de programmes novateurs en lien avec la nature. Elle propose des programmes pédagogiques pour les enfants*, une application* contenant les récits Autochtones de la vallée, des promenades pour observer les pollinisateurs*, l’observation des étoiles sous un ciel nocturne* préservé ainsi que des performances en production ovine*. 

Alors, quelles leçons pouvons-nous tirer des divers programmes de plein air de Meewasin et comment pouvons-nous exploiter ces enseignements, en conjonction avec les conclusions de la recherche, pour maximiser les bienfaits des grands parcs urbains sur la santé ?

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

1. Promouvoir les programmes d’intendance dans les parcs

À Meewasin, l’intendance environnementale* fait partie intégrante de la programmation du parc. Meewasin compte plus de 1 000 bénévoles qui travaillent sur diverses activités d’intendance dans la vallée de Meewasin, notamment l’enveloppement des arbres avec du fil métal pour atténuer les dommages causés par les castors, l’élimination des espèces envahissantes, la replantation d’espèces indigènes, l’inventaire de la faune et le ramassage des déchets dans le parc.

Meewasin veille à ce que les activités d’intendance soient accessibles et motivantes pour un large public en offrant diverses opportunités de bénévolat. Cela permet aux gens de s’impliquer de la manière qui correspond le mieux à leurs intérêts ou à leurs besoins. Par exemple, les personnes qui souhaitent contribuer aux efforts de conservation du parc mais qui ne sont pas en mesure de participer physiquement à la plantation et à la lutte contre les espèces envahissantes peuvent aider avec les projets d’inventaire de la faune, l’éducation du public, l’interprétation de la nature lors d’événements ou encore en rejoignant l’équipe marketing et de programmation publique.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

2. Intégrer la pleine conscience en nature dans les programmes

Un nombre croissant de recherches* Portent sur les avantages des pratiques de pleine conscience dans la nature et des activités d’écothérapie, ce qui renforce leur popularité. La pleine conscience en nature et l’écothérapie sont des termes généraux qui font référence à des activités impliquant la médiation, la sensibilisation au monde naturel qui nous entoure, le yoga, la respiration profonde et la prise de conscience de notre place dans le monde naturel. Sans surprise, les recherches sur ce type d’activités suggèrent qu’elles approfondissent la connexion des gens avec la nature.

La recherche* a également révélé que les activités de pleine conscience en nature ont des bienfaits significatifs, notamment sur les enfants. S’engager dans des activités de pleine conscience en plein air améliore le sentiment de connexion des enfants avec la nature, leur enthousiasme à adopter des comportements pro-environnementaux ainsi que leur humeur générale. Meewasin semble bien consciente des bienfaits de la pleine conscience, puisque leurs programmes éducatifs scolaires intègrent des activités de pleine conscience en nature pour aider les élèves à se connecter au parc et renforcer leur lien avec la nature.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

3. Aborder le thème de la conservation avec légèreté

À une époque où nous sommes inondé·es d’actualités négatives, en particulier concernant les catastrophes climatiques et environnementales, il peut être difficile de ne pas se sentir dépassé·es et démuni·es. Cela peut entraîner un désengagement vis-à-vis de la nature et des programmes en plein air, car les gens cherchent à éviter les sentiments de deuil écologique et d’anxiété climatique*.

Meewasin cherche à soulager l’anxiété climatique et les actualités environnementales négatives avec ses programmes plus légers comme Naughty by Nature*, qui examine les stratégies de rencontre et d’accouplement des animaux du parc. Grâce à ce programme, tout le monde peut profiter d’expériences en pleine nature, ce qui peut même attirer les personnes qui n’ont pas encore d’intérêt pour la conservation.

En proposant une variété de programmes mettant l’accent sur le plaisir, Meewasin peut impliquer de nouveaux groupes pour la préservation tout en créant des liens positifs entre les gens et la nature.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

4. Le sport et les loisirs comme source d’inspiration pour renouer avec la nature

Nous pensons souvent que le sport et les loisirs dans les parcs vont à l’encontre de la conservation de la nature. Dans le passé, nous avons vu des espaces naturels défrichés pour faire place à de nouvelles installations sportives. 

Cependant, l’état de la nature et le sport sont indissociables. À mesure que le climat change, certains sports d’hiver peuvent devenir obsolètes et les sports d’été peuvent devenir dangereux en cas de chaleur extrême. Par conséquent, il est tout à fait cohérent que les personnes admiratrices de sports ressentent également une responsabilité envers la planète. 

De nombreux instituts de recherche et de responsables politiques ont compris cette relation et ont commencé à plaider en faveur* de l’utilisation du sport et des loisirs comme porte d’entrée vers l’éducation à la nature. En utilisant le sport comme passerelle, nous pouvons engager un tout autre groupe de personnes pour la conservation de la nature et éveiller leur sentiment de connexion avec la nature.Le programme Sip and Skate* de Meewasin est un excellent exemple de la façon de mettre cette approche en pratique. Meewasin invite les visiteur·euses à participer à une soirée de patinage dans la vallée de la rivière incluant repas et boissons, tout en proposant des opportunités d’apprentissage sur la préservation tout au long de l’événement. Ce qui rend ces événements si remarquables, c’est que l’équipe de Meewasin éveille une passion pour la conservation en soulignant l’importance de préserver la planète afin de garantir la pérennité des patinoires extérieures.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

5. Intégrer la diversité bioculturelle dans les programmes et la gestion des parcs

La diversité bioculturelle* fait référence à l’idée que notre façon de penser la nature est basée sur notre culture et notre patrimoine. À titre d’exemple, l’humanité a évolué parallèlement aux côtés de la biodiversité unique de leurs régions d’origine, ce qui a conduit à l’émergence de différentes langues et cultures et, de ce fait, portent des noms, des connaissances et des pratiques variés liés à la terre. Il s’agit de la diversité bioculturelle. 

L’une des raisons* pour laquelle les gens se sentent déconnecté·es de la nature est due à un manque de liens culturels avec leur environnement actuel. Au Canada, nous constatons cela à travers l’effacement des cultures et des savoirs traditionnels autochtones ainsi que des pratiques de préservation de la terre. Cela crée une déconnexion entre les peuples Autochtones et la nature. 

Pour lutter contre cela, Meewasin, aux côtés d’autres parcs du réseau Parcs Coeur vital, travaille à l’établissement de partenariats solides avec les groupes autochtones et veille à ce que les pratiques d’intendance soient transmises par les gardien·nes traditionnel·les de la terre. Meewasin travaille actuellement avec plusieurs partenaires pour élargir l’accès aux médecines et plantes traditionnelles, fournir un espace urbain de cérémonie et organiser des cérémonies de purification par la fumée. Cela permet aux peuples Autochtones de se connecter avec la nature dans le parc de la manière la plus significative possible.

Aller de l’avant

À présent que nous avons une meilleure compréhension des moyens d’améliorer la santé par le biais de l’utilisation des parcs, en mettant l’accent sur la connexion avec la nature, nous devons maximiser ces bienfaits pour tout le monde ! Les Parcs Coeur vital ont prouvé leur capacité à encourager les connexions avec la nature pour les citadin·es et se démarquent en développant des approches innovantes pour rendre la nature accessible à un plus grand nombre. 

Alors que nous militons pour plus d’espaces naturels, nous devons également promouvoir plus de programmes axés sur la nature qui séduisent un public diversifié et intègrent de multiples façons de se connecter avec la terre. Suivez les Ami·es des parcs, Meewasin et nos autres partenaires des Parcs Coeur vital en ligne au fur et à mesure que nous dévoilons davantage de programmes en plein air innovants et élaborons des stratégies de conception pour améliorer la santé globale de notre société, de nos zones de loisirs et de nos centres urbains.

Quand on pense aux services de santé, ce sont souvent des images d’hôpitaux, de salles d’attente dans un cabinet médical ou de médicaments qui nous viennent à l’esprit. Mais si la réponse pour se sentir mieux passait aussi par des promenades dans un parc ou des activités de jardinage en groupe ? Ami·es des parcs considère l’intégration sociale et le contact humain comme de puissants leviers pour améliorer la santé et le bien-être des gens. Voilà l’essence même de la prescription sociale et nature. Cette pratique en plein essor encourage les individus à (re)prendre contact avec la nature et les autres afin d’améliorer leur bien-être mental, physique et social.

« Les parcs et les zones naturelles offrent de nombreux avantages pour le bien public. Il y a bien entendu la santé physique, car on effectue une activité physique, on fait de l’exercice et on prend l’air. Mais les avantages pour la santé mentale sont aussi incroyables. Vous savez, je vis près de High Park, qui est proche de l’hôpital Saint-Joseph. Pour moi, Saint-Joseph et High Park représentent les deux principales structures médicales dans mon quartier. Elles sont essentielles pour la santé physique, la santé mentale et la cohésion sociale de la population, en particulier dans une ville comme Toronto. ».

Personnel de la Ville de Toronto

Qu’est-ce que la prescription sociale et nature ?

La prescription sociale et nature consiste à encourager le grand public à participer à des programmes collectifs axés sur la nature afin d’améliorer leur bien-être général1. Il peut s’agir d’activités de jardinage, de rencontres culturelles, de marches en groupe ou d’activités artistiques dans un parc. 

L’idée est de favoriser le mieux-être en reprenant contact avec la nature, avec les autres et avec soi-même. 

Ces programmes ne sont pas uniquement mis en œuvre dans le domaine médical. Ils sont aussi proposés par des personnes passionnées et engagées dans leur quartier qui connaissent bien les besoins de leurs concitoyens et concitoyennes.  Ce modèle suit généralement un processus établi : un ou une prestataire de santé identifie un besoin, une agente ou un agent de liaison aide la patiente ou le patient à déterminer ses intérêts, puis l’oriente vers des activités collectives axées sur la nature2. Dans ce processus, les activités collectives remplissent la fonction d’intervention sociale et permettent de traduire cette prescription dans les faits.

Qui sont les agent·es de liaison ?

Les agentes ou agents de liaison (également appelé·es navigatrices ou navigateurs, éclaireuses ou éclaireurs, et coordonnatrices ou coordonnateurs communautaires) fournissent un soutien personnalisé en faisant le lien entre les services de santé et les services sociaux. Ces professionnel·les aident à déterminer les besoins et objectifs des patient·es. Ils éliminent les obstacles et facilitent leur accès aux ressources disponibles. Ils établissent des liens de confiance et créent un plan de traitement en collaboration avec la ou le bénéficiaire. Leur rôle est complémentaire de celui des prestataires de soins de santé et de services sociaux. Ils apportent un soutien additionnel dans le cadre d’une équipe interprofessionnelle de soins.

Conférence Ami.es des parcs 2023

Une approche essentielle, surtout à l’heure actuelle

La prévalence de l’isolement social, de l’anxiété et de l’épuisement professionnel est en hausse4. Pour de nombreuses personnes, en particulier les personnes racialisées, immigrantes et à faibles revenus, accéder à des services de santé mentale reste un défi et présente de multiples obstacles5.

C’est là que la prescription sociale et nature joue un rôle crucial :

Un processus basé sur un accès facilité, la pertinence culturelle et l’autonomisation visant un mieux-être

Des recherches montrent que passer du temps dans la nature peut atténuer le stress, l’anxiété et la dépression6. Une étude a révélé qu’une simple promenade de 20 minutes dans un parc peut réduire considérablement le taux de cortisol, l’hormone associée au stress.

Mais au-delà des données scientifiques, Ami·es des parcs apporte son soutien au public pour renouer avec la nature, avec sa culture et avec les autres.

Proposer une intervention sociale avec le programme Susciter le changement

Notre programme Susciter le changement n’a pas été conçu en tant que « prescription sociale et nature ». Dans ce parcours de soins, il correspond plutôt à l’étape de l’intervention sociale. Il s’agit du type d’activités collectives vers lesquelles le système de santé pourrait un jour orienter ses patients et patientes. 

Grâce à des événements culturels, des activités de jardinage ou des promenades dans la nature, des personnes engagées dans leur quartier favorisent le mieux-être de leurs concitoyens et concitoyennes en les aidant à se connecter à l’esprit d’un lieu, à la culture et à la joie. Ce programme soutient la création de groupes souhaitant organiser régulièrement des activités dans un parc de leur quartier. Il renforce leur capacité afin de plaider en faveur de l’amélioration de leurs espaces verts. Il encourage les partenariats pour élargir la gamme d’activités et de possibilités dont les groupes citoyens œuvrant pour un parc peuvent profiter.

« Nous avons nous-mêmes constaté l’effet positif des parcs et espaces verts bien entretenus sur la santé et le bien-être des habitants et habitantes de notre quartier. À travers le programme Susciter le changement, nous avons fait en sorte que les espaces de plein air favorisent davantage l’inclusion et l’accessibilité. Nous avons œuvré pour l’activité physique, la santé mentale et la création de liens sociaux. »

Leader communautaire

A group of men and women doing yoga in a park
Crédit : Greystone Neighbourhood Group, participant·e au programme Sparking Change

En 2024, plus de 50 groupes ont bénéficié du programme Susciter le changement* pour animer des espaces verts à Toronto. Conjointement, ils ont permis d’organiser 110 jours d’activités et ont touché plus de 3 300 personnes. La plupart des personnes participantes (96 %) ont déclaré ressentir des liens humains plus forts7. En outre, une grande majorité (80 %) a également déclaré que ce programme leur avait donné un plus grand sentiment d’intégration sociale dans leur quartier.

Une voie à suivre

La prescription sociale et nature ne vise pas à remplacer les services de santé traditionnels. Son rôle est plutôt d’élargir notre compréhension concernant d’autres méthodes de soins. Elle rappelle aussi que les cliniques ou les hôpitaux ne sont pas les seuls à pouvoir améliorer notre santé. Nous pouvons le faire dans notre quotidien : dans un parc près de chez nous, dans un jardin collectif ou en passant du temps en plein air avec d’autres personnes. 

Ami·es des parcs a constaté l’impact humain de ces initiatives collectives. Un simple échange, un moment de bienveillance et du temps passé dans la nature permettent de réduire l’isolement, d’améliorer la santé mentale et de procurer de la joie.  

« Localiser et découvrir les magnifiques parcs de Toronto a été une aventure et une révélation pour moi. J’ai remarqué un changement d’expression sur le visage de notre groupe d’aînés dès notre arrivée au parc. Ils ont été émerveillés par la végétation luxuriante et les animaux présents dans ces espaces verts. Parler des bienfaits d’être dans un endroit aussi paisible et serein nous a procuré un sentiment de bien-être collectif. Merci à Ami·es des parcs. »

Leader communautaire

Créer des ponts entre les interventions sociales comme Susciter le changement et le système de santé présente à la fois des défis et des opportunités. Comment pouvons-nous promouvoir ce genre d’initiatives auprès du système de santé actuel ?  Que faudrait-il faire pour que des prestataires de soins de santé prescrivent une promenade en groupe dans un parc ? Comment les agent·es de liaison et les prestataires de soins de santé pourraient-ils collaborer avec des personnes engagées dans leur quartier pour orienter les patientes et patients vers des programmes tenant compte de leurs besoins, de leur langue et de leur culture ? 

Voici quelles propositions pour réaliser ces ambitions : 

  • Partenariats entre des prestataires de soins de santé et des organisations locales. 
  • Modèles de financement durable pour pérenniser des programmes comme Susciter le changement. 
  • Sensibilisation du personnel de santé aux bienfaits des programmes dans la nature et des activités collectives comme formes légitimes de soins. 
  • Accès aux espaces verts axé sur l’équité pour prendre en compte les besoins des personnes racialisées, immigrantes, marginalisées ou en quête d’équité dans l’élaboration et la mise en œuvre des programmes. 

En créant ces ponts, les Villes pourraient ainsi exploiter le plein potentiel de la prescription sociale et nature.  

En investissant dans le bien-être de la population dans tous ses aspects, nous contribuons non seulement à améliorer la santé des citadins et citadines, mais aussi à favoriser leur intégration sociale.  

Références 
  1. England N. NHS England Green social prescribing [Internet]. [Cité le 4 août 2025]. https://www.england.nhs.uk/personalisedcare/social-prescribing/green-social-prescribing/*
  1. Marx V, More KR. Developing Scotland’s First Green Health Prescription Pathway: A One-Stop Shop for Nature-Based Intervention Referrals. Frontiers in psychology. Le 5 avril 2022, 13:817803. 
  2. Institut canadien de prescription sociale. Cadre de compétences des agents de liaison pour la prescription sociale au Canada [Internet]. [Cité le 28 août 2025]. https://www.socialprescribing.ca/fr-ca/link-worker-competency-framework
  3. CAMH [Internet]. [Cité le 15 août 2025]. L’anxiété, les sentiments de dépression et la solitude atteignent leur plus haut niveau chez les Canadien.ne.s depuis le printemps 2020. https://www.camh.ca/fr/camh-news-and-stories/anxiety-depression-loneliness-among-canadians-spikes-to-highest-levels*
  4. Infobase santé – Agence de la santé publique du Canada [Internet]. [Cité le 15 août 2025]. Faits saillants – Inégalités en matière de santé mentale, de bien-être et de mieux-être au Canada. https://sante-infobase.canada.ca/sante-mentale/inegalites/*
  5. Jimenez MP, DeVille NV, Elliott EG, Schiff JE, Wilt GE, Hart JE, et al. Associations between Nature Exposure and Health: A Review of the Evidence. International journal of environmental research and public health. 30 avril 2021;18(9):4790. 
  6. Hunter MR, Gillespie BW, Chen SYP. Urban Nature Experiences Reduce Stress in the Context of Daily Life Based on Salivary Biomarkers. Frontiers in Psychology. 4 avril 2019;10. 
  7. 2024 Impact report: Activating Parks, Building Community, and Creating Change. Disponible à : https://parkpeople.ca/2024-impact-report/*

En préparation de la Conférence d’Ami·es des parcs, qui se tiendra du 21 au 23 septembre 2022, Ami·es des parcs a rencontré Betty Lepps, la nouvelle directrice des relations urbaines de la Commission des parcs de Vancouver. Dans son précédent poste au BC Housing, Betty a participé à la réinstallation de plus de 280 personnes vivant au parc Strathcona. Elle a également contribué à la création du premier tribunal autochtone de justice réparatrice à Calgary. Formée en leadership dans le domaine de l’enfance et en sciences sociales, elle a travaillé sur les changements systémiques auprès des populations vulnérables, un engagement très apprécié aux niveaux local, municipal, ministériel et national.

Ami·es des parcs : Quelles sont, selon vous, les responsabilités de la Ville envers les personnes qui vivent dans les parcs?

Betty Lepps : Toute personne vivant dans une ville est considérée comme un·e résident·e. Et en tant que résident·e, chaque personne a des droits fondamentaux, et a droit au bien-être et à la dignité. La Ville fournit des aménagements intérieurs et extérieurs afin de favoriser le bien-être de ses résidentes et résidents. Cela vaut pour tout le monde, y compris pour les personnes qui vivent dans les parcs.

Pour ce faire, nous devons prendre en compte les notions d’équité et d’égalité. Nous ne pouvons pas donner à chaque usager et usagère des parcs ce dont il ou elle a besoin. Mais en termes d’égalité, tout le monde doit pouvoir ressentir les effets bénéfiques des parcs sur leur bien-être. Les parcs fournissent des services favorisant le bien-être des humains. Nous devons veiller à ce que toute personne vivant dans une ville dispose d’un accès universel à ces services.

C’est ça l’égalité et cela doit s’appliquer à tous les usagers et usagères des parcs : qu’ils soient à pied, qu’ils utilisent une poussette, qu’ils se déplacent en fauteuil roulant, qu’ils fassent du vélo ou qu’ils vivent dans le parc.

Mais je tiens à souligner que la responsabilité de veiller au bien-être des résidentes et résidents d’une ville ne relève pas uniquement des autorités municipales. Cette responsabilité appartient aussi à chaque personne vivant dans cette ville. Les personnes qui vivent dans les parcs font partie du tissu social d’une ville, c’est pourquoi il incombe à chaque personne qui y vit de veiller au respect de leurs droits et à leur bien-être.

Distro Disco, un « magasin gratuit » mobile qui fournit des fournitures essentielles aux résidents du Downtown Eastside de Vancouver. Crédit : Distro Disco / Jackie Dives

Ami·es des parcs : Selon vous, comment peut-on faire en sorte que les gens partagent l’espace les uns avec les autres dans les parcs publics?

BL : Ceci doit passer par quatre choses : la communication, la compréhension, le respect et la collaboration.

Tout le monde a un passé. Pour établir des relations, nous devons tenir compte du passé des gens afin de lutter contre la stigmatisation, la honte et les fausses représentations.

Dans mon poste de directrice des relations urbaines*, le premier du genre dans le pays, je me vois comme un intermédiaire entre des gens très différents afin de mettre en lumière leur passé respectif.

En 35 ans de carrière dans le développement communautaire, j’ai appris qu’il faut beaucoup de temps pour susciter un changement systémique. Mais c’est en maintenant le dialogue que l’on peut y parvenir. 

Sans communication et sans compréhension, les gens se créent leurs propres représentations des autres. Ils se dissocient alors profondément d’eux et commencent à croire à ces fausses représentations. Certains peuvent se dire : « ces gens ne sont pas comme moi » ou « ces gens n’inspirent pas confiance » ou « voilà ce dont ces gens ont besoin ». Nos habitudes coloniales nous empêchent souvent d’être à l’écoute des autres et de chercher à les comprendre.

Le problème des personnes sans logement qui vivent dans les parcs ne relève pas d’un seul système. Cette question concerne autant la Commission des parcs de Vancouver, que les sapeurs-pompiers, les services de santé, la Ville, la province, les services du logement, et les résidents du quartier. Ceci concerne un grand nombre de parties prenantes. Et ceci constitue une occasion incroyable de créer un changement systémique. Si nous misons sur la collaboration, la communication, la compréhension et le respect, nous pouvons continuer d’avancer sur cette voie.

Le campement de People’s Park d’Halifax organise un programme de repas géré par des bénévoles qui permet aux membres de la communauté de s’inscrire pour cuisiner des repas à partager avec les personnes qui vivent dans les parcs près de chez eux.

Ami·es des parcs : Quelle transition majeure doit s’opérer pour traiter les personnes qui vivent dans les parcs avec humanité?

BL : Nous devons avant tout transformer notre culture. Pour que les services des parcs et loisirs soient au service des personnes qu’ils sont censés servir, nous devons être à l’écoute des gens et de leur passé respectif.

C’est la seule façon de changer nos perceptions internes et de transformer notre culture.

Pour l’instant, nous pensons que la responsabilité de « régler ce problème » incombe à d’autres ou relève de la compétence d’autrui. Certes, nous devons mettre en place des règlements et instaurer des limites, mais comment le faire sans avoir recours à la répression? Sans avoir recours aux amendes? Qu’en est-il du dialogue? Pourrait-on commencer par établir un dialogue?

Il n’existe pas de solution miracle pour « régler ce problème ». La seule manière de « régler ce problème » est de créer un changement systémique, et ceci passe par une écoute active. Ce n’est qu’à ce moment-là que des personnes de tous les horizons pourront profiter des parcs pour combler leurs besoins spirituels, physiques et émotionnels. Ce n’est qu’à ce moment-là que les parcs deviendront des endroits où chacun se sent en sécurité et bienvenu, et où les gens ont plaisir à se créer des souvenirs, comme il se doit.

Gérer la situation des personnes qui vivent dans nos parcs est une question d’équité et une responsabilité humanitaire, et c’est la voie que nous devons prendre pour y parvenir.

Avec le soutien de Parcs Canada, Ami·es des parcs ont récemment organisé une série de réunions de concertation visant à orienter le futur réseau de parcs urbains nationaux.

Pendant ces réunions, les personnes présentes ont répondu à une question très importante :

Quels sont les facteurs clés pour créer un réseau de parcs urbains nationaux à la fois inclusifs, accessibles et accueillants?

Les personnes participant aux réunions représentaient un large éventail de perspectives, d’opinions, de domaines d’expertise et de localités. À cet égard, nous avons reçu l’avis de groupes centrés sur la nature, d’organisations municipales dédiées aux personnes souffrant de handicaps physiques et de troubles du développement, de jeunes, de personnes sans logement, de nouveaux arrivants, et de personnes Autochtones, Noires et de couleur (PANDC).

Après avoir analysé les réponses, Ami·es des parcs a déterminé 9 facteurs clés qui contribuent à des expériences de grands parcs urbains plus inclusives, accessibles et accueillantes.

Parc du Mont-Royal, Montréal

1. Diversité des espaces et des expériences

D’après les personnes ayant participé à nos réunions, voici le type d’espaces et d’expériences qui contribuent à créer des parcs urbains inclusifs, accessibles et accueillants.

  • Les gens fréquentent les parcs urbains pour des raisons très diverses. Les personnes interrogées ont le plus souvent indiqué qu’elles se rendaient dans les parcs pour :
    • Être en plein air,
    • Être proche de la nature,
    • Socialiser avec leur entourage,
    • Pratiquer des activités physiques en plein air, et
    • Vider leur esprit.

Observation des oiseaux. Crédit : Stanley Park Ecology Society

Étant donné que les parcs répondent à des besoins aussi divers, les participants à ces séances de travail nous ont rappelé que les parcs doivent être des espaces polyvalents pouvant être utilisés simultanément pour différents usages et fonctions. Les participants ont souligné que pour atteindre ces objectifs, les parcs doivent posséder :

  • le parfait mélange d’aménagements disponibles, comme des toilettes, des tables de pique-nique, des sentiers et des zones réservées aux chiens,
  • divers types d’espaces verts dont les gens peuvent profiter, comme des pelouses entretenues, des zones naturelles et des forêts,
  • des espaces verts favorisant des liens plus profonds avec la nature en étant, par exemple, en contact avec des éléments naturels, la biodiversité et la faune,
  • une gamme de programmes intéressants, comme des activités de loisirs actives et passives, des activités d’intendance environnementale, etc.

2. Élargir le rôle et la définition d’un parc

Nous avons également recueilli plusieurs réflexions sur les termes « parc » et « parc urbain ».

Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc » était suffisamment large pour refléter un vaste éventail de besoins et d’intérêts des usagers.

Les réflexions se sont ensuite portées sur le terme « parc urbain ». Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc urbain » prêtait à confusion, car le mot « urbain » peut suggérer moins d’éléments naturels ou sauvages. Selon l’auditoire, cette terminologie était peut-être plus logique à Toronto ou à Vancouver, mais elle était moins applicable aux parcs des Villes comme Winnipeg ou Saskatoon.

3. Accessibilité des parcs

Lorsque les gens pénètrent dans un parc, ils peuvent faire face à de nombreux « éléments inconnus ». On nous a dit que ces « éléments inconnus », c’est-à-dire des événements ou expériences inattendus, peuvent constituer des obstacles importants pour visiter ou apprécier les parcs. Dans certains cas, il s’avère que ces « éléments inconnus » peuvent s’accompagner de risques bien réels.

Les discussions ont identifié la nécessité de rendre les parcs accessibles aux personnes de toutes les aptitudes.

Elles ont notamment souligné que, pour être véritablement inclusifs, accessibles et accueillants, les parcs doivent répondre aux besoins des personnes ayant des capacités mentales et physiques différentes, ainsi qu’aux besoins des personnes confrontées à des barrières linguistiques.

Une des solutions proposées pour rendre les parcs plus inclusifs et accueillants était d’améliorer l’accessibilité physique des sentiers, des espaces verts et des aménagements. D’autres propositions étaient d’ajouter à ces aménagements diverses manières de s’orienter, notamment grâce à une signalisation s’appuyant sur du texte, des pictogrammes et des codes QR.

4. Liens avec la nature

Les personnes qui fréquentent les parcs ont souvent des préférences différentes concernant les éléments naturels et les expériences dont elles souhaitent profiter dans les parcs urbains. Certaines personnes ont indiqué préférer découvrir une nature « intacte » ou vierge, tandis que d’autres apprécient les possibilités d’interagir directement avec la nature via des activités pédagogiques ou des programmes liés à la nature.

D’autres ont mentionné l’importance d’intégrer davantage la technologie dans les parcs, par exemple en offrant une connexion Wi-Fi gratuite, ainsi qu’une signalisation et des possibilités d’apprentissage numériques afin de développer les liens avec la nature.

L’un des thèmes ayant émergé des discussions était la nécessité de trouver un équilibre entre l’intégrité écologique des parcs urbains et les besoins sociaux aux niveaux individuels et collectifs. Les participants aux séances ont mis en exergue que des outils pédagogiques, de communication et des activités environnementales peuvent contribuer à trouver un équilibre entre l’intégrité écologique d’un parc et son utilisation par les riverains.

Walk in the Park Vancouver, Formation des participant·es au programme à Trout Lake, 2021

5. Déplacements vers les parcs et à l’intérieur de ceux-ci

Les discussions ont montré la nécessité de faciliter l’accès jusqu’aux parcs urbains et à l’intérieur de ceux-ci. L’emphase a été mise sur la facilité d’accès en voiture et à des places de stationnement, ainsi qu’à l’accès en transports en commun, en vélo et en trottinette grâce à des pistes cyclables, et à pied grâce à des sentiers pédestres.

Les personnes qui fréquentent les parcs ont besoin de moyens pratiques pour s’y rendre, mais doivent aussi pouvoir se déplacer facilement à l’intérieur, jusqu’aux aménagements et activités.

Bien que les participants aient utilisé le terme « accès » au sens large, leurs commentaires suggéraient généralement des améliorations dans les domaines suivants :

  • Distance : Des arrêts d’autobus situés plus près, voire à l’intérieur des parcs, en particulier pour les groupes en quête d’équité.
  • Fréquence : Des passages fréquents d’autobus, et des parcs dotés de sentiers permettant aux gens de se déplacer à travers le parc.
  • Qualité supérieure : Des places de stationnement sécurisées pour les vélos, des modes d’orientation clairs et variés indiquant les différents types de pistes (pavées, en gravier) et le niveau de difficulté.

Ami·es des parcs et Evergreen, promenade en vélo dans les ravins. Crédit : Thomas Chang, 2021

6. Sécurité et sentiment d’appartenance

Les discussions ont montré que le sentiment d’appartenance jouait un rôle prépondérant dans la fréquentation et l’appréciation des parcs. Le sentiment d’appartenance à un lieu découle souvent du fait de se sentir en sécurité, bien accueilli et représenté.

Les usagers racialisés, Autochtones et sans logement se retrouvent souvent face aux gardes forestiers, à la police et aux agents chargés de l’application de la réglementation municipale. La présence des forces de l’ordre dans les parcs est souvent considérée comme perpétuant des pratiques policières reposant depuis longtemps sur l’oppression et le racisme. Par conséquent, la présence de gardes forestiers, de la police et d’agents chargés de l’application des règlements municipaux dans les parcs donne souvent le sentiment aux PANC et aux usagers sans logement de ne pas y être en sécurité ni d’y être les bienvenus.

7.  Connectivité et réseaux de parcs

Certaines personnes ont souligné diverses façons d’intégrer davantage les parcs dans la vie des gens, aux niveaux collectif et individuel. D’après les suggestions que nous avons recueillies, les parcs seraient mieux intégrés dans la vie quotidienne des gens si leurs programmes ou les possibilités de bénévolat étaient communiqués dans des endroits comme les bibliothèques et les centres de loisirs.

D’autres propositions portaient sur le fait d’encourager les organisations et groupes locaux à donner leurs programmes dans des parcs urbains.

2021 InTO the Ravines Champions, Riffat Fatima & Lubna Rehman à E.T Seton Park ravine

8. Partage de connaissances

Certains échanges lors des réunions ont abordé la possibilité de sensibiliser le public aux pratiques d’intendance environnementale Autochtones et de mieux les intégrer dans les programmes d’éducation à l’environnement dans les parcs.

Quant à l’utilisation de la technologie dans les parcs, les avis étaient partagés : certains pensaient que son utilisation ne devrait pas être encouragée dans les milieux naturels, et d’autres que la technologie pouvait mieux connecter les gens à la nature. Certaines personnes ont expliqué que la technologie pourrait permettre d’améliorer la sécurité et le partage d’informations dans les parcs, tandis que les visites autoguidées et l’accès au WI-FI dans les parcs, en particulier dans les zones sans service, seraient bien accueillis.

D’autres étaient d’avis que les données générées dans les parcs pourraient contribuer à améliorer les activités proposées et à susciter un plus grand intérêt pour les parcs, et que ces données pourraient permettre aux usagers des parcs de signaler tout problème éventuel.

Cuisine ton quartier, Parc Jarry, Montréal, 2022

9. Gouvernance

Les échanges au cours des réunions ont indiqué le souhait d’établir des partenariats innovants dans les parcs. 

De l’idée initiale à la conception, en passant par l’animation et la gouvernance des parcs, les personnes fréquentant ces espaces souhaitent voir une meilleure répartition des pouvoirs, une plus grande collaboration et un partage de la prise de décision entre les différents niveaux de gouvernement et les ONG actives dans les parcs et les associations locales.

Conférence Coeur de la ville, 2018. Crédit : Charles Olivier

Enseignements clés et conclusions

Les réunions de concertation auprès des différentes parties prenantes ont permis d’obtenir un riche aperçu de la façon dont les organisations canadiennes œuvrant en faveur des parcs envisagent l’avenir des grands parcs urbains. Nous avons appris que le public attendait avec impatience la mise en œuvre d’approches innovantes mettant les usagers et les divers groupes de population au premier plan, offrant une large gamme d’activités et d’aménagements, proposant des activités d’intendance environnementale et permettant de se rapprocher de la nature.

De plus, les initiatives de Parcs Canada visant à rapprocher les gens de la nature en ville grâce à sa future Politique et son réseau de parcs urbains ont suscité le soutien et l’enthousiasme de l’auditoire. La participation de parties prenantes généralement absentes des activités de concertation sur les parcs a été des plus enrichissantes.

Ces réunions ont clairement montré les nombreuses opportunités de développer ces relations et d’accroître les initiatives de concertation en vue de créer des parcs urbains plus inclusifs, accessibles et accueillants.

Une excellente nouvelle nous parvient de la scène internationale ! Le 10 octobre 2025, lors du World Urban Parks Symposium* à Istanbul, en Turquie, Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception [Distinguished Individual Award] décerné par World Urban Parks*.

Il s’agit-là de l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public. Ce prix met en lumière non seulement le leadership d’Erika, mais aussi l’impact du mouvement national que notre organisation a contribué à établir au Canada.

Un mouvement national pour les parcs urbains

Fondée à Toronto en 2011, l’organisation s’est développée jusqu’à devenir une organisation nationale bilingue. Elle soutient aujourd’hui des milliers de leaders œuvrant pour les parcs : organisations sans but lucratif, personnel municipal et groupes citoyens. Notre vision est simple, mais ambitieuse : nous imaginons un avenir où chaque personne au Canada a accès à des parcs de qualité, et où les citadin·es et la nature s’épanouissent pleinement.

Pour y parvenir, nous offrons renforcement des capacités, financement, recherche et formations.Guidée par les principes de réciprocité, d’équité sociale et d’intégrité écologique, notre organisation participe à la création de parcs urbains vivants, inclusifs et résilients partout au Canada.

Comme l’a dit Erika lors de la remise de son prix :

« C’est un grand honneur de recevoir le prix de l’individu d’exception. Cette reconnaissance reflète non seulement mon travail, mais aussi l’engagement de notre équipe, la passion des leaders des parcs que nous soutenons, ainsi que l’implication de nos partenaires et bailleurs de fonds. Je suis fière d’accepter ce prix au nom de tous les membres d’Ami·es des parcs et de notre réseau, qui contribuent à rendre nos villes plus fortes, plus connectées et inclusives. »

Erika Nikolai, directrice générale, Ami·es des parcs

Célébrer les parcs de notre réseau

C’est également une immense fierté que deux parcs canadiens de notre réseau reçoivent la reconnaissance internationale de WUP@10.

  • Le parc régional de Meewasin Valley* (Saskatoon), lauréat du prix Grand parc urbain [Large Urban Park Award], est salué pour son leadership en matière de conservation et d’intendance environnementale, et pour ses initiatives favorisant le lien entre les personnes et la nature.
  • Le parc R.V. Burgess* (Toronto), lauréat du prix Parc de quartier [Neighborhood Park Award], est reconnu pour ses programmes communautaires et son approche accueillante et inclusive des espaces verts urbains.

Trois personnes marchant dans une plaine à l'arrière-plan, avec un panneau d'accueil de parc au premier plan
Parc régional de Meewasin Valley. Crédit : Meewasin Valley Authority

Ces distinctions illustrent la force et la diversité du réseau d’Ami·es des parcs. Des grands espaces régionaux aux petits parcs de quartier pleins de vie, tous jouent un rôle essentiel pour renforcer la cohésion sociale, la qualité de vie et la résilience de nos villes.

Nous aimerions aussi féliciter chaleureusement la Ville de Toronto qui a reçu le prix du nouveau projet de parc d’exception [Award of Outstanding New Park Project] pour le parc Biidaasige*. 

Plusieurs photos d'un parc avec une rivières et la skyline de Toronto en arrière plan
Événement d’inauguration du parc Biidaasige, Toronto.

Pourquoi est-ce important ?

Des prix comme ceux-ci nous montrent que le travail accompli dans les parcs – qu’il se fasse dans les quartiers ou à l’échelle des villes – est reconnu à travers le monde. Ils soulignent également l’importance de la collaboration : nous accomplissons davantage lorsque nous unissons nos forces.

Cette reconnaissance internationale nous remplit de fierté et nous encourage à poursuivre sur notre lancée. C’est pourquoi nous continuerons de soutenir les remarquables leaders et groupes citoyens à travers le Canada et transforment chaque jour nos parcs urbains.

À Vancouver, un exemple fascinant d’intendance environnementale en milieu urbain a pris racine dans le quartier de Champlain Heights. 

Everett Crowley Park Committee (ECPC)* et Free the Fern Stewardship Society* sont deux associations environnementales. Elles travaillent en étroite collaboration pour protéger et revitaliser les écosystèmes de certaines forêts indigènes encore présentes dans l’est de Vancouver. 

Leurs équipes, pour la plupart constituées de bénévoles, ont organisé des centaines d’événements d’éducation et d’intendance environnementales à succès. Leur travail repose sur des valeurs communes comme la réciprocité, la réconciliation et un profond engagement envers la terre.

Nous avons interrogé Damian Assadi et Evie Osborn d’ECPC, ainsi que Grace Nombrado de Free the Fern pour en savoir plus sur comment ils œuvrent à la fois pour les espaces naturels et les liens communautaires.

Comment avez-vous commencé à travailler dans l’intendance environnementale en milieu urbain ?

Damian : En fait, je suis né dans ce quartier. Il y a un espace vert qui s’appelle le parc Sparwood. J’allais y jouer tous les matins, et c’est là que j’ai appris les principes de l’intendance environnementale. J’adorais m’amuser sous les cèdres, autour des ronces remarquables et des arbustes à baies de cèdre. Un jour, je me suis rendu compte qu’une plante étrange poussait au pied d’une ronce remarquable. Dix ans plus tard, j’ai réalisé que cette dernière avait été tuée par une espèce envahissante appelée ronce d’Arménie. Déterminé à faire quelque chose, j’ai contacté ECPC et j’ai proposé mon aide en tant que bénévole.

Evie : On dit toujours pour blaguer que le parc Everett Crowley, c’est un peu comme le jardin de Damian. Si vous le cherchez, il est probablement dans le parc. Je suis originaire du Royaume-Uni. Quand je suis arrivée ici il y a quelques années, je me suis rapidement investie dans l’intendance environnementale. Pour moi, c’est une façon de m’ancrer dans un lieu que de le découvrir à travers ses milieux naturels, ses espèces et ses habitats. Je suis venue pour la première fois au parc Everett Crowley pour un événement visant à planter des espèces végétales. Tout le monde a été tellement accueillant et chaleureux. Je me souviens d’avoir discuté avec Damian qui m’a grandement encouragée à participer aux activités. Cela fait plus d’un an maintenant que je travaille avec le comité. Je suis impressionnée par la chaleur humaine et l’enthousiasme de tout le monde.

Grace : Mon travail avec Free the Fern s’est fait de manière très spontanée. Après une tempête au début de l’année 2021, je me promenais sur un des sentiers du quartier Champlain Heights. J’étais en train de déblayer des branches tombées par terre quand j’ai remarqué que du lierre envahissait le secteur. Ayant déjà travaillé comme bénévole au parc Everett Crowley, j’étais consciente des dégâts que cela pouvait causer, alors j’ai commencé à enlever le lierre avec un voisin. Des résident·es qui passaient par là nous ont demandé ce que nous faisions et s’ils pouvaient nous aider. C’est ainsi que Free the Fern est née. En taillant des ronces, j’ai dégagé une fougère dissimulée en dessous et me suis écriée « Free the fern ! » [Libérons la fougère !]. Le nom est resté. Ce qui avait commencé comme une initiative spontanée de défrichage a complètement réorienté ma carrière. Aujourd’hui, nous sommes une organisation sans but lucratif.

Panneau de restauration devant un lac au parc Everett Crowley
Panneau de restauration, parc Everett Crowley.

 

Quelle est l’histoire de ces parcs et pourquoi l’intendance environnementale est-elle aussi importante ?

Damian : Le parc Everett Crowley était autrefois utilisé comme décharge municipale. Avant cela, il y avait à cet endroit une forêt ancienne gérée par les peuples salish de la côte et située à proximité d’un ancien village appelé Tsukhulehmulth. C’est un contexte clé dans l’histoire de l’intendance du lieu qui s’est perpétuée au fil du temps. Quand la décharge a été fermée en 1967, une proposition a été émise d’agrandir le terrain de golf adjacent de 19 trous à 27 trous, ou de construire un réseau ferroviaire miniature. Toutefois, des résident·es ainsi que des amoureux et amoureuses de la nature ont fait campagne auprès de la commission des parcs pour en faire un espace naturel. C’est ainsi qu’a vu le jour ECPC, en tant que sous-comité de la Champlain Heights Community Association, sa mission étant d’en faire une réserve naturelle urbaine.

Grace : Jusque dans les années 1970, la zone à l’est du parc Everett Crowley était encore une forêt dense. Heureusement, pendant les plans de réaménagement du quartier de Champlain Heights, la municipalité a décidé de conserver une bande de cette forêt ancienne pour en faire un sentier pédestre. Les activités d’intendance aux abords de ces sentiers sont cruciales, car on y trouve de nombreuses espèces de plantes indigènes utilisées traditionnellement comme nourriture et remèdes. Ils servent aussi d’habitats aux aigles, chouettes, chauves-souris, grands pics et à bien d’autres animaux ! Toutefois, beaucoup d’espèces de plantes envahissantes menacent de coloniser ces sentiers. Voilà pourquoi nous avons besoin d’un programme d’intendance environnementale comme celui de Free the Fern.

Damian : Nous sommes le seul quartier de l’est de Vancouver avec 30 % de couverture arborée. En général, la couverture arborée reflète le niveau de revenu du quartier en question. Toutefois, notre quartier déroge à la norme, car nous disposons d’une bonne quantité d’arbres, mais aussi de logements sociaux et destinés aux personnes à faibles revenus. Contrairement à la majeure partie de la ville, la forêt a été préservée pendant le développement urbain des années 1970. Aujourd’hui, il ne reste que 4 % de forêt dans toute la ville de Vancouver et nous en faisons partie. Cette oasis verte incite les gens à en prendre soin parce que c’est un endroit unique.

Un grand groupe de personnes en train d’enlever des plantes envahissantes.
Journée d’arrachage de plantes envahissantes, parc Everett Crowley. Crédit : ECPC.

Comment vos deux organisations, ECPC et Free the Fern, travaillent-elles ensemble ?

Grace : Notre quartier ressemble à un grand parc. Le parc Everett Crowley et les sentiers de Champlain Heights sont uniquement séparés par une route.

Je dis toujours « les oiseaux ne connaissent pas de frontières ». Ainsi, ce qui est bon pour le parc ou le réseau de sentiers est bon pour nous.

Grace, Free the Fern

Par exemple, quand nous cherchons des subventions, nous faisons aussi passer le message autour de nous. Même si une seule organisation parmi nous se voit attribuer une subvention, c’est tout le quartier qui en profitera. Se faire concurrence ne sert à rien, car nous partageons les mêmes ambitions et les mêmes valeurs.

Un groupe de personnes plantant des plantes indigènes.
Activité de plantation d’une forêt nourricière, sentier de Champlain Heights. Crédit : Free the Fern.

Damian : Je considère ECPC et Free the Fern comme des organisations cousines, faisant partie d’une grande communauté ou d’une grande famille. Notre quartier est unique, car deux organisations environnementales locales y ont vu le jour. Je pense que ce n’est pas une coïncidence. Cela reflète la corrélation qui existe entre nos programmes et nos activités d’intendance.

Grace : Je voulais d’ailleurs citer le festival des lanternes Light up the Night à Champlain Heights. Free the Fern organise l’événement depuis quatre ans, mais l’hiver dernier, nous avons collaboré avec ECPC pour la première fois. Son équipe nous a aidés pour la mise en place et aussi en soutenant les artistes fabriquant les lanternes. C’était l’un de nos festivals les plus réussis, et ce, grâce à ce partenariat. 

Des personnes contemplant des lanternes la nuit dans une foret
Festival de anternes « Light up the Night », sentier de Champlain Heights. Crédit : Free the Fern.

De quelle manière encouragez-vous les nouveaux bénévoles à adopter un rôle plus actif et à développer leurs compétences en leadership ? Avez-vous des pratiques particulières ou des structures en place ?

Damian : Nous prenons le temps de créer des liens avec les gens.

Nous pensons que chaque personne qui assiste à nos événements a quelque chose à apprendre, et chaque personne nous apprend aussi des choses.

Damian, Everett Crowley Park Committee

Grâce au soutien d’Ami·es des parcs et d’autres organismes, nous pouvons nous développer en mettant en œuvre ces ambitions collectives. Nous disposons de multiples sous-comités qui correspondent aux intérêts de nos membres. Nous nous sommes organisé·es collectivement afin de mettre en valeur ces savoir-faire. Je dis souvent « Nous aimons rêver, mais nous savons aussi passer à l’action. »

Evie : Depuis l’an dernier, notre comité est passé de 5 personnes à 11. Nous avons aussi remarqué que le public présent à nos événements était de plus en plus varié et représentait davantage la population de Champlain Heights. De plus, nous constatons une plus grande diversité dans l’âge des participant·es (avec davantage de personnes plus jeunes), mais aussi dans leurs origines raciales et ethniques. Nous bénéficions aussi de nouvelles compétences, notamment dans la réalisation de vidéo documentaires, la recherche environnementale et la gestion d’une organisation à but non lucratif. De même, davantage de résident·es du quartier décident de nous rejoindre. L’an dernier, nous avons organisé 69 événements. En 2025, nous en avons organisé 45 durant les premiers mois de l’année.

Des gens viennent souvent nous voir avec une idée ou une ambition qu’ils souhaitent mettre en œuvre. Nous avons la chance d’avoir la flexibilité nécessaire pour leur apporter notre soutien. Les financements octroyés par Ami·es des parcs nous aident à assurer la logistique permettant aux bénévoles de mener les activités qui les passionnent. Notre programme sur l’ornithologie en est un bon exemple : l’un de nos bénévoles de longue date a fait équipe avec une autre personne pour en faire une réalité. Celui-ci est extrêmement populaire, et les listes d’attente dépassent souvent les capacités de 200 %. Chaque mois, cinq animateurs et animatrices ayant des connaissances sur les oiseaux dirigent désormais des marches guidées. Celles-ci sont adaptées aux débutant·es et favorisent les échanges, offrant à chaque personne la possibilité de s’exprimer. Tous les mois, nous organisons aussi un petit recensement des oiseaux pour en dresser l’inventaire et offrir une expérience de terrain aux personnes intéressées par l’écologie. Nous transmettons ensuite nos données à la municipalité.

Des personnes debout, levant les yeux vers les arbres dans une forêt.
Marche ornithologique, parc Everett Crowley. Crédit : ECPC.

Grace : Dans le cadre de la politique de Free the Fern sur l’équité, la diversité et l’inclusion, que nous avons adoptée en août 2024, nous encourageons les bénévoles de tous horizons à occuper des postes à responsabilités lors de nos événements. Ces bénévoles en charge nous aident à accueillir les autres bénévoles, dirigent une activité de bienvenue, supervisent les activités d’intendance environnementale et participent au nettoyage après l’événement. Le fait que des bénévoles avec différents profils assument des rôles de leader permet aux personnes appartenant à des groupes marginalisés de se sentir représentées, valorisées et motivées à participer.

ECPC et Free the Fern communiquent toutes les deux activement sur l’histoire autochtone de ce site. Et la manière dont vous incarnez le principe de réciprocité semble aussi en lien direct avec les principes autochtones. Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont la réconciliation se traduit soit dans vos pratiques soit dans vos programmes ?

Grace : Depuis la création de notre organisation, nous avons fait en sorte d’engager des personnes autochtones pour transmettre leurs savoirs pendant nos ateliers et promenades. En 2023, la Fondation David Suzuki et l’Initiative nationale Forêts de la guérison ont reconnu notre jardin pédagogique Douglas Fir comme « forêt de guérison », c’est-à-dire un endroit reconnaissant les préjudices subis et contribuant à y remédier. Notre aînée en résidence, Marge Wiley de la Nation Tl’azt’en, nous a dit que le jardin lui procurait un réel sentiment de paix et qu’elle le fréquentait quasiment tous les jours. C’est exactement ce que nous espérions : créer un espace de guérison.

Les changements climatiques menacent de nombreux cèdres peu habitués au climat sec. Avec l’aide du personnel municipal en charge des forêts, nous avons coupé des arbres et avec d’autres bénévoles, nous les avons roulés sur le sentier. Nous avons bien ri en essayant de faire rouler tous ces troncs ! Nous avons aussi engagé John Spence, un sculpteur squamish, et son fils pour sculpter ces troncs et créer un cercle sacré. C’est devenu notre lieu de rassemblement, où les enfants viennent pour apprendre. 

De plus, nous avons créé un comité sur la diversité. Celui-ci se réunit tous les mois pour coordonner l’élaboration de programmes inclusifs, notamment sur la réconciliation avec les peuples autochtones. J’ai moi-même beaucoup appris, et je m’efforce toujours d’indiquer la source de ces connaissances. Lorsque je partage ce savoir, j’aborde les usages traditionnels des plantes qu’on m’a enseignés. Non loin de là, nous avons une forêt nourricière, inspirée par les traditions des peuples salish de la côte qui établissaient des cultures agricoles près des villages. Nous y avons installé un panneau avec des explications sur l’histoire du lieu et les plantes, et des photos pour permettre aux gens d’en savoir plus.

Un groupe de personnes rassemblées pour un événement en forêt, devant un panneau indiquant « forêt de guérison ».
Événement BioDIVERSITY, sentier de Champlain Heights. Crédit : Kevin Jinn – Free the Fern.
Artistes des Premières Nations en tenue traditionnelle
Célébration de la forêt nourricière avec Coastal Wolf Pack, sentier de Champlain Heights. Crédit : Daniel Akinshola – Free the Fern.

Evie : Après avoir tiré des enseignements du formidable travail de Free the Fern sur sa politique d’équité, de diversité et d’inclusion, ECPC a décidé d’élaborer sa propre politique en se concentrant sur la réconciliation avec les peuples autochtones. Nous disposons désormais d’un budget dédié à ces activités. Ceci comprend le recrutement d’animateurs et animatrices autochtones pour guider les promenades, des séances d’identification des plantes et des ateliers abordant l’histoire autochtone du parc et les activités actuelles. La réconciliation se traduit aussi par des activités de restauration environnementale, en plantant des espèces végétales autochtones et en communiquant leur nom et leur utilisation autochtones quand nous le pouvons.

Damian : Notre Jardin de guérison a permis de transformer une zone envahie par les ronces d’Arménie en un espace où poussent des espèces endémiques qui attirent les pollinisateurs. Ces plantes sont comestibles et possèdent des propriétés médicinales, mais ont aussi une grande importance culturelle pour les Premières Nations du secteur. Voilà pourquoi notre jardin porte le nom de « Jardin de la guérison ». 

Nous faisons en sorte de poser des gestes concrets et que ceux-ci soient au cœur de tout ce que nous faisons. Nous veillons à mettre en pratique nos valeurs en dépassant la simple énonciation d’une reconnaissance de territoire. Nous lançons un appel permanent à toute personne détentrice de savoirs pour qu’elle vienne à notre rencontre. Il est arrivé que des personnes autochtones participant à nos événements nous fassent part de connaissances que nous ignorions auparavant. Nous nous réjouissons de bénéficier d’un environnement favorisant ce partage de savoirs.

Mon souhait est que nous remplissions notre mission d’intendance du parc Everett Crowley en tant que réserve naturelle urbaine. J’espère aussi que les valeurs de notre comité continueront d’être portées par nos membres. Enfin, je souhaite que nos programmes continuent de refléter les intérêts de notre public.

Notre ambition est collective, portée par les usagères et usagers de ces parcs. Elle est guidée par l’intendance environnementale et ancrée dans la réciprocité et le respect, tout en faisant briller au mieux les qualités de toutes et tous.

Damian, Everett Crowley Park Committee

Cette contribution d’Emily Rendell-Watson s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid* et est illustrée grâce aux croquis de Jake Tobin Garrett*.

Une collaboration inédite pour concevoir le premier site culturel Autochtone urbain du pays

Edmonton, ou Amiskwaciy Waskahikan*, accueillera bientôt le premier site cérémoniel Autochtone urbain du Canada. 

Kihciy askiy*, qui veut dire « terre sacrée » en langue cri, est situé au cœur de la capitale de l’Alberta sur un site de 4,5 hectares dans le parc Whitemud*. Le parc, qui se trouve dans la vallée fluviale d’Edmonton, vise à offrir aux personnes Autochtones un lieu pour se réunir à l’occasion de cérémonies et dans des huttes de sudation, cultiver des herbes médicinales et vise à transmettre la culture Autochtone aux personnes non Autochtones. 

« Nous sommes aujourd’hui dans une ère de réconciliation et devons tâcher d’établir des relations positives avec les colons. Cette initiative va donc nous permettre de faire un grand pas dans cette direction », explique Lewis Cardinal, responsable du projet et membre du Indigenous Knowledge & Wisdom Centre (IKWC)*.

« Nous faisons face encore aujourd’hui au racisme et à la discrimination. Toutefois, une grande partie de ces problèmes vient de l’ignorance, ou simplement du fait de ne pas connaître les traditions des gens et d’être mal informé. Cette initiative permettra aux gens de se familiariser directement et de manière personnelle . » 

Lewis Cardinal

Selon Lewis Cardinal, il sera également important que le centre serve de lieu de rassemblement aux personnes Autochtones de la région, en particulier pour celles qui cherchent à se rétablir après avoir connu la toxicomanie, des abus ou d’autres traumatismes. 

« Ceci peut permettre de transformer ces situations en quelque chose de très positif, en rendant les gens plus forts et en resserrant les liens humains », dit-il.

Accès aux activités culturelles 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

Légende : Une illustration de l’entrée du pavillon offerte par la Ville d’Edmonton. 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

Le terrain sur lequel sera construit kihciy askiy se trouve dans l’ouest d’Edmonton sur l’ancienne propriété de Fox Farms. Dans le passé, les Autochtones s’y arrêtaient pour la nuit avant d’entrer dans la ville pour y cueillir des amélanches. Selon la tradition orale, il existerait un important gisement d’ocre à l’est de kihciy askiy, de l’autre côté de Whitemud Creek. L’ocre faisait autrefois partie des éléments clés des cérémonies Autochtones. Ceux-ci la mélangeaient à des baies et à des pigments pour créer différentes couleurs. 

Au fil des années, des cérémonies se sont tenues sur ce site, notamment lors de la conférence internationale Autochtone « Healing Our Spirit Worldwide »* . Néanmoins, à chaque fois que la communauté Autochtone voulait utiliser le terrain, elle devait demander une autorisation à la Ville, explique Lewis Cardinal. Les aînés qui ont organisé la conférence se sont donc demandé s’il leur serait possible d’avoir un accès permanent à un terrain dans le centre de la ville. 

Afin de concrétiser cette initiative via des négociations plus formelles avec la municipalité, Lewis Cardinal, William Campbell et un groupe d’aînés ont ainsi créé l’organisation à but non lucratif Edmonton Indigenous Cultural Resource Counsel. 

Étant donné que certains étaient favorables à l’organisation de cérémonies dans la ville et que d’autres non, l’organisation a donc décidé en 2010 de réunir 120 aînés Autochtones venant de toute l’Alberta pour discuter pendant trois jours de cette idée. Ce groupe a également réfléchi au type de cérémonies pouvant être organisées dans une ville, et aux différents sites potentiels. 

D’après Lewis Cardinal, « la réponse à la première question était : “oui, les familles, les jeunes et toutes les personnes Autochtones vivant dans les centres urbains doivent avoir accès à des cérémonies, car dans un avenir proche, c’est là que la plupart vivront. Ils doivent donc avoir accès à des activités culturelles et à des cérémonies dans un environnement respectueux de la Terre Mère” ». 

« En d’autres termes, on ne peut pas organiser des cérémonies sur le stationnement d’un Walmart. »

Le projet a finalement été repris par l’organisation Native Counselling Services of Alberta (NCSA)*, ce qui a permis d’assurer un dialogue continu entre les parties prenantes et de créer un conseil des aînés* chargé de collaborer avec l’équipe pour la conception et la construction du site, et de veiller au respect des principes spirituels et culturels du projet.

Group blessing ceremony
Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

En mai 2015, puis en octobre 2018, le NSCA a organisé des réunions du grand conseil pour les chefs spirituels Autochtones de la région d’Edmonton au Alfred H. Savage Centre afin d’étudier et d’approuver le concept, de passer en revue les protocoles de cérémonie sur le site et d’aborder dans les grandes lignes les besoins cérémoniels et spirituels des Autochtones de la région. 

En 2018, le NCSA a fait l’objet d’une réorganisation structurelle, et la décision a été prise de transférer le projet à l’IKWC, se souvient Lewis Cardinal. C’est à ce moment-là qu’on lui a demandé de le gérer à plein temps. 

« J’ai toujours entendu les aînés dire qu’il nous incombe de réaliser nos rêves et nos ambitions. Ainsi, qu’il s’agisse de concrétiser un rêve et une ambition pour soi-même ou pour un groupe de personnes, nous devons ressentir le même engagement. Je me réjouis de pouvoir à nouveau participer au projet et de travailler avec les aînés pour en arriver à ce stade. »

Lewis Cardinal

L’un de ces aînés est Howard Mustus, président du Conseil des aînés de kihciy askiy et gardien du savoir traditionnel. Il espère que le projet contribuera à réduire le racisme, à mesure que les personnes non Autochtones assimilent et acceptent les traditions et la culture Autochtones. 

« Nous encourageons les personnes non Autochtones à participer avec nous aux cercles sacrés et à en apprendre davantage sur la loi Autochtone. Celle-ci est ancrée dans la spiritualité, un aspect très important pour notre peuple. Il s’agit de la plus haute autorité qui dicte la manière dont nous devons nous comporter et fonctionner en tant que société, en nous basant sur les principes holistiques de la bienveillance et du partage », explique Howard Mustus.

En septembre 2021, une cérémonie de bénédiction de la terre* (au lieu de la cérémonie marquée par le premier coup de pioche) a été organisée pour célébrer le début des travaux et reconnaître les liens entre toutes les parties prenantes participant au projet kihciy askiy, dont le budget s’élève à 4,5 millions de dollars. Cette cérémonie a aussi été l’occasion de « demander la permission à la Terre Mère de lancer les travaux », et ce, en nouant des rubans aux branches d’un arbre afin de symboliser les liens avec la terre et le respect envers celle-ci. 

Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

Mené par Delnor Construction, l’aménagement du terrain a officiellement commencé à la mi-novembre et devrait durer entre 18 et 24 mois. 

Mobilisation et collaboration 

Les liens qui se sont noués dans le cadre de ce projet ont joué un rôle crucial pour la réussite de kihciy askiy jusqu’à présent, notamment en guidant la manière dont le site sera aménagé. 

Nav Sandhu, responsable des programmes de la Ville d’Edmonton, explique que les marchés publics à caractère social lancés par la Ville demandaient aux prestataires de services posant leur candidature de montrer comment leurs équipes ou leurs sous-traitants associeraient les groupes Autochtones au processus. Pour ce faire, une personne Autochtone chargée des ressources humaines a été embauchée, et les services d’entreprises Autochtones ont été retenus pour s’occuper des aspects liés à la mécanique et aux aménagements paysagers du projet. 

« Les marchés publics à caractère social sont relativement nouveaux dans le secteur de la construction, et je pense que nous irons de plus en plus dans cette direction. C’est formidable de voir la Ville agir comme chef de file et veiller à ce que les partenaires et les bénéficiaires du projet aient voix au chapitre en pouvant exprimer leurs attentes. »

Nav Sandhu

« Les projets qui, comme celui-ci, ont des répercussions sociales aussi importantes, requièrent un certain niveau de collaboration. » 

Le processus de conception a également nécessité l’obtention d’un consensus de la part des représentants de plus de 50 groupes Autochtones qui pourront utiliser le site, ainsi que l’adaptation de plusieurs politiques relatives aux parcs afin de permettre l’aménagement de la vallée fluviale d’Edmonton et l’accès à la zone pour les activités culturelles Autochtones. 

En tant que propriétaire du terrain, la Ville construira sur kihciy askiy deux bâtiments qui abriteront des vestiaires, des toilettes, une petite salle de classe dédiée à l’éducation environnementale, un espace de réunion ainsi qu’un entrepôt. Le site comptera également un amphithéâtre en plein air. 

Selon Lewis Cardinal, l’objectif est de donner au site un caractère naturel, « en évitant d’y laisser une empreinte trop importante ». 

Le site disposera d’une zone pouvant accueillir entre 10 et 12 tipis ou tentes trappeurs, dans lesquels des conteurs pourront raconter des histoires.

Légende :  un tipi à kihciy askiy, Teresa Marshall

Deux foyers extérieurs permettront de faire fonctionner simultanément deux huttes de sudation, avec une capacité d’accueil pour huit personnes au total. En tant que lieux dédiés aux cérémonies, les huttes de sudation font partie intégrante de la culture Autochtone et seront particulièrement cruciales pour les groupes Autochtones de la région d’Edmonton qui possèdent un large éventail de traditions autour de cette pratique de purification. 

« Les personnes opérant des huttes de sudation actuellement ont reçu des enseignements différents de ceux de leurs ancêtres, ou de ceux qui leur ont transmis ce savoir. Nous devons donc veiller à ce que toutes ces personnes puissent y avoir accès », explique Lewis Cardinal. 

Une fois que le projet kihciy askiy sera terminé, les groupes Autochtones d’Edmonton ne seront plus obligés de se rendre à la bande de Paul ou à la Première Nation d’Enoch ou d’Alexander pour avoir accès à une hutte de sudation. 

Le troisième élément, qui explique le choix de ce site, sera un jardin médicinal qui s’inspirera des remèdes traditionnels existant dans la vallée fluviale. Ce jardin sera utilisé comme lieu d’enseignement, et aussi pour les aînés afin qu’ils puissent récolter de la sauge, du tabac et du foin d’odeur, par exemple. 

Enfin, un espace polyvalent offrira un lieu supplémentaire pour accueillir des cérémonies Autochtones ainsi que d’autres structures traditionnelles qui pourraient voir le jour pour honorer certaines traditions des Premières Nations. 

« Cet endroit permettra également de dispenser un enseignement aux personnes non Autochtones, de les accueillir dans nos cérémonies et de leur parler de notre vision du monde et de notre histoire. Ces espaces représenteront d’excellentes plateformes d’enseignement », déclare Lewis Cardinal. Et d’ajouter que le site offrira également un « programme ouvert », dans le cadre duquel les huttes de sudation seront ouvertes au public. 

« L’objectif global du site est de favoriser une bonne entente, d’aider les Autochtones à se reconnecter à la terre et aux enseignements qui en découlent, ainsi qu’à leur culture, leurs traditions et leur histoire. » 

Lewis Cardinal

Les organisations et agences Autochtones pourront également se servir du site pour y offrir leurs propres programmes culturels. 

Le seul autre parc que Lewis Cardinal connaît qui ressemble de près ou de loin à kihciy askiy est l’aire culturelle Autochtone du parc national Jasper. Cette zone aménagée par le Forum des Autochtones du parc national de Jasper et Parcs Canada est un endroit réservé aux partenaires Autochtones afin qu’ils puissent renouer avec la terre, l’apprentissage culturel et les cérémonies. 

Ouvert aux membres du Forum à partir de juin 2013, le site est fermé au grand public afin d’en assurer l’intimité. 

 

« Un havre de paix »

Une fois la construction de kihciy askiy terminée, l’IKWC sera responsable de sa gestion. Les gens pourront s’y rendre par divers moyens de transport, y compris en autobus – un facteur important pour déterminer l’emplacement du site, explique Lewis Cardinal. 

Selon Lewis Cardinal, Howard Mustus et Nav Sandu, le site constituera un pilier important pour la communauté Autochtone de la région d’Edmonton, en leur permettant de maintenir un lien avec leurs traditions. Les partenariats ayant joué un rôle essentiel dans l’aménagement du site se poursuivront, et nous espérons que de nouveaux se formeront entre les groupes Autochtones qui l’utilisent et les personnes non Autochtones désireuses d’en savoir plus sur eux. 

« Kihciy askiy constituera un havre de paix pour les gens. Selon moi, ceci ne sera pas le dernier (projet de ce type); je pense qu’une tendance va émerger dans les années à venir… afin de combler ces lacunes », déclare Nav Sandhu. 

« Selon moi, il s’agit d’un pas important et nécessaire en faveur de la vérité et de la réconciliation. »

À propos d’Emily Rendell-Watson

Emily Rendell-Watson est une journaliste multimédia basée à Edmonton qui est actuellement responsable éditoriale et responsable de la communauté de Taproot Edmonton, une publication qui cherche à aider sa communauté à mieux se comprendre.

Elle écrit sur l’innovation technologique, les problèmes urbains, le changement climatique et tout ce qui tombe sur son bureau. Lorsqu’elle ne poursuit pas une histoire, vous pouvez la trouver en train de faire du patinage de vitesse ou de s’aventurer dans l’arrière-pays avec son chien de sauvetage, Abby.