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En préparation de la Conférence d’Ami·es des parcs, qui se tiendra du 21 au 23 septembre 2022, Ami·es des parcs a rencontré Betty Lepps, la nouvelle directrice des relations urbaines de la Commission des parcs de Vancouver. Dans son précédent poste au BC Housing, Betty a participé à la réinstallation de plus de 280 personnes vivant au parc Strathcona. Elle a également contribué à la création du premier tribunal autochtone de justice réparatrice à Calgary. Formée en leadership dans le domaine de l’enfance et en sciences sociales, elle a travaillé sur les changements systémiques auprès des populations vulnérables, un engagement très apprécié aux niveaux local, municipal, ministériel et national.

Ami·es des parcs : Quelles sont, selon vous, les responsabilités de la Ville envers les personnes qui vivent dans les parcs?

Betty Lepps : Toute personne vivant dans une ville est considérée comme un·e résident·e. Et en tant que résident·e, chaque personne a des droits fondamentaux, et a droit au bien-être et à la dignité. La Ville fournit des aménagements intérieurs et extérieurs afin de favoriser le bien-être de ses résidentes et résidents. Cela vaut pour tout le monde, y compris pour les personnes qui vivent dans les parcs.

Pour ce faire, nous devons prendre en compte les notions d’équité et d’égalité. Nous ne pouvons pas donner à chaque usager et usagère des parcs ce dont il ou elle a besoin. Mais en termes d’égalité, tout le monde doit pouvoir ressentir les effets bénéfiques des parcs sur leur bien-être. Les parcs fournissent des services favorisant le bien-être des humains. Nous devons veiller à ce que toute personne vivant dans une ville dispose d’un accès universel à ces services.

C’est ça l’égalité et cela doit s’appliquer à tous les usagers et usagères des parcs : qu’ils soient à pied, qu’ils utilisent une poussette, qu’ils se déplacent en fauteuil roulant, qu’ils fassent du vélo ou qu’ils vivent dans le parc.

Mais je tiens à souligner que la responsabilité de veiller au bien-être des résidentes et résidents d’une ville ne relève pas uniquement des autorités municipales. Cette responsabilité appartient aussi à chaque personne vivant dans cette ville. Les personnes qui vivent dans les parcs font partie du tissu social d’une ville, c’est pourquoi il incombe à chaque personne qui y vit de veiller au respect de leurs droits et à leur bien-être.

Distro Disco, un « magasin gratuit » mobile qui fournit des fournitures essentielles aux résidents du Downtown Eastside de Vancouver. Crédit : Distro Disco / Jackie Dives

Ami·es des parcs : Selon vous, comment peut-on faire en sorte que les gens partagent l’espace les uns avec les autres dans les parcs publics?

BL : Ceci doit passer par quatre choses : la communication, la compréhension, le respect et la collaboration.

Tout le monde a un passé. Pour établir des relations, nous devons tenir compte du passé des gens afin de lutter contre la stigmatisation, la honte et les fausses représentations.

Dans mon poste de directrice des relations urbaines*, le premier du genre dans le pays, je me vois comme un intermédiaire entre des gens très différents afin de mettre en lumière leur passé respectif.

En 35 ans de carrière dans le développement communautaire, j’ai appris qu’il faut beaucoup de temps pour susciter un changement systémique. Mais c’est en maintenant le dialogue que l’on peut y parvenir. 

Sans communication et sans compréhension, les gens se créent leurs propres représentations des autres. Ils se dissocient alors profondément d’eux et commencent à croire à ces fausses représentations. Certains peuvent se dire : « ces gens ne sont pas comme moi » ou « ces gens n’inspirent pas confiance » ou « voilà ce dont ces gens ont besoin ». Nos habitudes coloniales nous empêchent souvent d’être à l’écoute des autres et de chercher à les comprendre.

Le problème des personnes sans logement qui vivent dans les parcs ne relève pas d’un seul système. Cette question concerne autant la Commission des parcs de Vancouver, que les sapeurs-pompiers, les services de santé, la Ville, la province, les services du logement, et les résidents du quartier. Ceci concerne un grand nombre de parties prenantes. Et ceci constitue une occasion incroyable de créer un changement systémique. Si nous misons sur la collaboration, la communication, la compréhension et le respect, nous pouvons continuer d’avancer sur cette voie.

Le campement de People’s Park d’Halifax organise un programme de repas géré par des bénévoles qui permet aux membres de la communauté de s’inscrire pour cuisiner des repas à partager avec les personnes qui vivent dans les parcs près de chez eux.

Ami·es des parcs : Quelle transition majeure doit s’opérer pour traiter les personnes qui vivent dans les parcs avec humanité?

BL : Nous devons avant tout transformer notre culture. Pour que les services des parcs et loisirs soient au service des personnes qu’ils sont censés servir, nous devons être à l’écoute des gens et de leur passé respectif.

C’est la seule façon de changer nos perceptions internes et de transformer notre culture.

Pour l’instant, nous pensons que la responsabilité de « régler ce problème » incombe à d’autres ou relève de la compétence d’autrui. Certes, nous devons mettre en place des règlements et instaurer des limites, mais comment le faire sans avoir recours à la répression? Sans avoir recours aux amendes? Qu’en est-il du dialogue? Pourrait-on commencer par établir un dialogue?

Il n’existe pas de solution miracle pour « régler ce problème ». La seule manière de « régler ce problème » est de créer un changement systémique, et ceci passe par une écoute active. Ce n’est qu’à ce moment-là que des personnes de tous les horizons pourront profiter des parcs pour combler leurs besoins spirituels, physiques et émotionnels. Ce n’est qu’à ce moment-là que les parcs deviendront des endroits où chacun se sent en sécurité et bienvenu, et où les gens ont plaisir à se créer des souvenirs, comme il se doit.

Gérer la situation des personnes qui vivent dans nos parcs est une question d’équité et une responsabilité humanitaire, et c’est la voie que nous devons prendre pour y parvenir.

Avec le soutien de Parcs Canada, Ami·es des parcs ont récemment organisé une série de réunions de concertation visant à orienter le futur réseau de parcs urbains nationaux.

Pendant ces réunions, les personnes présentes ont répondu à une question très importante :

Quels sont les facteurs clés pour créer un réseau de parcs urbains nationaux à la fois inclusifs, accessibles et accueillants?

Les personnes participant aux réunions représentaient un large éventail de perspectives, d’opinions, de domaines d’expertise et de localités. À cet égard, nous avons reçu l’avis de groupes centrés sur la nature, d’organisations municipales dédiées aux personnes souffrant de handicaps physiques et de troubles du développement, de jeunes, de personnes sans logement, de nouveaux arrivants, et de personnes Autochtones, Noires et de couleur (PANDC).

Après avoir analysé les réponses, Ami·es des parcs a déterminé 9 facteurs clés qui contribuent à des expériences de grands parcs urbains plus inclusives, accessibles et accueillantes.

Parc du Mont-Royal, Montréal

1. Diversité des espaces et des expériences

D’après les personnes ayant participé à nos réunions, voici le type d’espaces et d’expériences qui contribuent à créer des parcs urbains inclusifs, accessibles et accueillants.

  • Les gens fréquentent les parcs urbains pour des raisons très diverses. Les personnes interrogées ont le plus souvent indiqué qu’elles se rendaient dans les parcs pour :
    • Être en plein air,
    • Être proche de la nature,
    • Socialiser avec leur entourage,
    • Pratiquer des activités physiques en plein air, et
    • Vider leur esprit.

Observation des oiseaux. Crédit : Stanley Park Ecology Society

Étant donné que les parcs répondent à des besoins aussi divers, les participants à ces séances de travail nous ont rappelé que les parcs doivent être des espaces polyvalents pouvant être utilisés simultanément pour différents usages et fonctions. Les participants ont souligné que pour atteindre ces objectifs, les parcs doivent posséder :

  • le parfait mélange d’aménagements disponibles, comme des toilettes, des tables de pique-nique, des sentiers et des zones réservées aux chiens,
  • divers types d’espaces verts dont les gens peuvent profiter, comme des pelouses entretenues, des zones naturelles et des forêts,
  • des espaces verts favorisant des liens plus profonds avec la nature en étant, par exemple, en contact avec des éléments naturels, la biodiversité et la faune,
  • une gamme de programmes intéressants, comme des activités de loisirs actives et passives, des activités d’intendance environnementale, etc.

2. Élargir le rôle et la définition d’un parc

Nous avons également recueilli plusieurs réflexions sur les termes « parc » et « parc urbain ».

Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc » était suffisamment large pour refléter un vaste éventail de besoins et d’intérêts des usagers.

Les réflexions se sont ensuite portées sur le terme « parc urbain ». Ces discussions ont fait ressortir que le terme « parc urbain » prêtait à confusion, car le mot « urbain » peut suggérer moins d’éléments naturels ou sauvages. Selon l’auditoire, cette terminologie était peut-être plus logique à Toronto ou à Vancouver, mais elle était moins applicable aux parcs des Villes comme Winnipeg ou Saskatoon.

3. Accessibilité des parcs

Lorsque les gens pénètrent dans un parc, ils peuvent faire face à de nombreux « éléments inconnus ». On nous a dit que ces « éléments inconnus », c’est-à-dire des événements ou expériences inattendus, peuvent constituer des obstacles importants pour visiter ou apprécier les parcs. Dans certains cas, il s’avère que ces « éléments inconnus » peuvent s’accompagner de risques bien réels.

Les discussions ont identifié la nécessité de rendre les parcs accessibles aux personnes de toutes les aptitudes.

Elles ont notamment souligné que, pour être véritablement inclusifs, accessibles et accueillants, les parcs doivent répondre aux besoins des personnes ayant des capacités mentales et physiques différentes, ainsi qu’aux besoins des personnes confrontées à des barrières linguistiques.

Une des solutions proposées pour rendre les parcs plus inclusifs et accueillants était d’améliorer l’accessibilité physique des sentiers, des espaces verts et des aménagements. D’autres propositions étaient d’ajouter à ces aménagements diverses manières de s’orienter, notamment grâce à une signalisation s’appuyant sur du texte, des pictogrammes et des codes QR.

4. Liens avec la nature

Les personnes qui fréquentent les parcs ont souvent des préférences différentes concernant les éléments naturels et les expériences dont elles souhaitent profiter dans les parcs urbains. Certaines personnes ont indiqué préférer découvrir une nature « intacte » ou vierge, tandis que d’autres apprécient les possibilités d’interagir directement avec la nature via des activités pédagogiques ou des programmes liés à la nature.

D’autres ont mentionné l’importance d’intégrer davantage la technologie dans les parcs, par exemple en offrant une connexion Wi-Fi gratuite, ainsi qu’une signalisation et des possibilités d’apprentissage numériques afin de développer les liens avec la nature.

L’un des thèmes ayant émergé des discussions était la nécessité de trouver un équilibre entre l’intégrité écologique des parcs urbains et les besoins sociaux aux niveaux individuels et collectifs. Les participants aux séances ont mis en exergue que des outils pédagogiques, de communication et des activités environnementales peuvent contribuer à trouver un équilibre entre l’intégrité écologique d’un parc et son utilisation par les riverains.

Walk in the Park Vancouver, Formation des participant·es au programme à Trout Lake, 2021

5. Déplacements vers les parcs et à l’intérieur de ceux-ci

Les discussions ont montré la nécessité de faciliter l’accès jusqu’aux parcs urbains et à l’intérieur de ceux-ci. L’emphase a été mise sur la facilité d’accès en voiture et à des places de stationnement, ainsi qu’à l’accès en transports en commun, en vélo et en trottinette grâce à des pistes cyclables, et à pied grâce à des sentiers pédestres.

Les personnes qui fréquentent les parcs ont besoin de moyens pratiques pour s’y rendre, mais doivent aussi pouvoir se déplacer facilement à l’intérieur, jusqu’aux aménagements et activités.

Bien que les participants aient utilisé le terme « accès » au sens large, leurs commentaires suggéraient généralement des améliorations dans les domaines suivants :

  • Distance : Des arrêts d’autobus situés plus près, voire à l’intérieur des parcs, en particulier pour les groupes en quête d’équité.
  • Fréquence : Des passages fréquents d’autobus, et des parcs dotés de sentiers permettant aux gens de se déplacer à travers le parc.
  • Qualité supérieure : Des places de stationnement sécurisées pour les vélos, des modes d’orientation clairs et variés indiquant les différents types de pistes (pavées, en gravier) et le niveau de difficulté.

Ami·es des parcs et Evergreen, promenade en vélo dans les ravins. Crédit : Thomas Chang, 2021

6. Sécurité et sentiment d’appartenance

Les discussions ont montré que le sentiment d’appartenance jouait un rôle prépondérant dans la fréquentation et l’appréciation des parcs. Le sentiment d’appartenance à un lieu découle souvent du fait de se sentir en sécurité, bien accueilli et représenté.

Les usagers racialisés, Autochtones et sans logement se retrouvent souvent face aux gardes forestiers, à la police et aux agents chargés de l’application de la réglementation municipale. La présence des forces de l’ordre dans les parcs est souvent considérée comme perpétuant des pratiques policières reposant depuis longtemps sur l’oppression et le racisme. Par conséquent, la présence de gardes forestiers, de la police et d’agents chargés de l’application des règlements municipaux dans les parcs donne souvent le sentiment aux PANC et aux usagers sans logement de ne pas y être en sécurité ni d’y être les bienvenus.

7.  Connectivité et réseaux de parcs

Certaines personnes ont souligné diverses façons d’intégrer davantage les parcs dans la vie des gens, aux niveaux collectif et individuel. D’après les suggestions que nous avons recueillies, les parcs seraient mieux intégrés dans la vie quotidienne des gens si leurs programmes ou les possibilités de bénévolat étaient communiqués dans des endroits comme les bibliothèques et les centres de loisirs.

D’autres propositions portaient sur le fait d’encourager les organisations et groupes locaux à donner leurs programmes dans des parcs urbains.

2021 InTO the Ravines Champions, Riffat Fatima & Lubna Rehman à E.T Seton Park ravine

8. Partage de connaissances

Certains échanges lors des réunions ont abordé la possibilité de sensibiliser le public aux pratiques d’intendance environnementale Autochtones et de mieux les intégrer dans les programmes d’éducation à l’environnement dans les parcs.

Quant à l’utilisation de la technologie dans les parcs, les avis étaient partagés : certains pensaient que son utilisation ne devrait pas être encouragée dans les milieux naturels, et d’autres que la technologie pouvait mieux connecter les gens à la nature. Certaines personnes ont expliqué que la technologie pourrait permettre d’améliorer la sécurité et le partage d’informations dans les parcs, tandis que les visites autoguidées et l’accès au WI-FI dans les parcs, en particulier dans les zones sans service, seraient bien accueillis.

D’autres étaient d’avis que les données générées dans les parcs pourraient contribuer à améliorer les activités proposées et à susciter un plus grand intérêt pour les parcs, et que ces données pourraient permettre aux usagers des parcs de signaler tout problème éventuel.

Cuisine ton quartier, Parc Jarry, Montréal, 2022

9. Gouvernance

Les échanges au cours des réunions ont indiqué le souhait d’établir des partenariats innovants dans les parcs. 

De l’idée initiale à la conception, en passant par l’animation et la gouvernance des parcs, les personnes fréquentant ces espaces souhaitent voir une meilleure répartition des pouvoirs, une plus grande collaboration et un partage de la prise de décision entre les différents niveaux de gouvernement et les ONG actives dans les parcs et les associations locales.

Conférence Coeur de la ville, 2018. Crédit : Charles Olivier

Enseignements clés et conclusions

Les réunions de concertation auprès des différentes parties prenantes ont permis d’obtenir un riche aperçu de la façon dont les organisations canadiennes œuvrant en faveur des parcs envisagent l’avenir des grands parcs urbains. Nous avons appris que le public attendait avec impatience la mise en œuvre d’approches innovantes mettant les usagers et les divers groupes de population au premier plan, offrant une large gamme d’activités et d’aménagements, proposant des activités d’intendance environnementale et permettant de se rapprocher de la nature.

De plus, les initiatives de Parcs Canada visant à rapprocher les gens de la nature en ville grâce à sa future Politique et son réseau de parcs urbains ont suscité le soutien et l’enthousiasme de l’auditoire. La participation de parties prenantes généralement absentes des activités de concertation sur les parcs a été des plus enrichissantes.

Ces réunions ont clairement montré les nombreuses opportunités de développer ces relations et d’accroître les initiatives de concertation en vue de créer des parcs urbains plus inclusifs, accessibles et accueillants.

Une excellente nouvelle nous parvient de la scène internationale ! Le 10 octobre 2025, lors du World Urban Parks Symposium* à Istanbul, en Turquie, Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception [Distinguished Individual Award] décerné par World Urban Parks*.

Il s’agit-là de l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public. Ce prix met en lumière non seulement le leadership d’Erika, mais aussi l’impact du mouvement national que notre organisation a contribué à établir au Canada.

Un mouvement national pour les parcs urbains

Fondée à Toronto en 2011, l’organisation s’est développée jusqu’à devenir une organisation nationale bilingue. Elle soutient aujourd’hui des milliers de leaders œuvrant pour les parcs : organisations sans but lucratif, personnel municipal et groupes citoyens. Notre vision est simple, mais ambitieuse : nous imaginons un avenir où chaque personne au Canada a accès à des parcs de qualité, et où les citadin·es et la nature s’épanouissent pleinement.

Pour y parvenir, nous offrons renforcement des capacités, financement, recherche et formations.Guidée par les principes de réciprocité, d’équité sociale et d’intégrité écologique, notre organisation participe à la création de parcs urbains vivants, inclusifs et résilients partout au Canada.

Comme l’a dit Erika lors de la remise de son prix :

« C’est un grand honneur de recevoir le prix de l’individu d’exception. Cette reconnaissance reflète non seulement mon travail, mais aussi l’engagement de notre équipe, la passion des leaders des parcs que nous soutenons, ainsi que l’implication de nos partenaires et bailleurs de fonds. Je suis fière d’accepter ce prix au nom de tous les membres d’Ami·es des parcs et de notre réseau, qui contribuent à rendre nos villes plus fortes, plus connectées et inclusives. »

Erika Nikolai, directrice générale, Ami·es des parcs

Célébrer les parcs de notre réseau

C’est également une immense fierté que deux parcs canadiens de notre réseau reçoivent la reconnaissance internationale de WUP@10.

  • Le parc régional de Meewasin Valley* (Saskatoon), lauréat du prix Grand parc urbain [Large Urban Park Award], est salué pour son leadership en matière de conservation et d’intendance environnementale, et pour ses initiatives favorisant le lien entre les personnes et la nature.
  • Le parc R.V. Burgess* (Toronto), lauréat du prix Parc de quartier [Neighborhood Park Award], est reconnu pour ses programmes communautaires et son approche accueillante et inclusive des espaces verts urbains.

Trois personnes marchant dans une plaine à l'arrière-plan, avec un panneau d'accueil de parc au premier plan
Parc régional de Meewasin Valley. Crédit : Meewasin Valley Authority

Ces distinctions illustrent la force et la diversité du réseau d’Ami·es des parcs. Des grands espaces régionaux aux petits parcs de quartier pleins de vie, tous jouent un rôle essentiel pour renforcer la cohésion sociale, la qualité de vie et la résilience de nos villes.

Nous aimerions aussi féliciter chaleureusement la Ville de Toronto qui a reçu le prix du nouveau projet de parc d’exception [Award of Outstanding New Park Project] pour le parc Biidaasige*. 

Plusieurs photos d'un parc avec une rivières et la skyline de Toronto en arrière plan
Événement d’inauguration du parc Biidaasige, Toronto.

Pourquoi est-ce important ?

Des prix comme ceux-ci nous montrent que le travail accompli dans les parcs – qu’il se fasse dans les quartiers ou à l’échelle des villes – est reconnu à travers le monde. Ils soulignent également l’importance de la collaboration : nous accomplissons davantage lorsque nous unissons nos forces.

Cette reconnaissance internationale nous remplit de fierté et nous encourage à poursuivre sur notre lancée. C’est pourquoi nous continuerons de soutenir les remarquables leaders et groupes citoyens à travers le Canada et transforment chaque jour nos parcs urbains.

À Vancouver, un exemple fascinant d’intendance environnementale en milieu urbain a pris racine dans le quartier de Champlain Heights. 

Everett Crowley Park Committee (ECPC)* et Free the Fern Stewardship Society* sont deux associations environnementales. Elles travaillent en étroite collaboration pour protéger et revitaliser les écosystèmes de certaines forêts indigènes encore présentes dans l’est de Vancouver. 

Leurs équipes, pour la plupart constituées de bénévoles, ont organisé des centaines d’événements d’éducation et d’intendance environnementales à succès. Leur travail repose sur des valeurs communes comme la réciprocité, la réconciliation et un profond engagement envers la terre.

Nous avons interrogé Damian Assadi et Evie Osborn d’ECPC, ainsi que Grace Nombrado de Free the Fern pour en savoir plus sur comment ils œuvrent à la fois pour les espaces naturels et les liens communautaires.

Comment avez-vous commencé à travailler dans l’intendance environnementale en milieu urbain ?

Damian : En fait, je suis né dans ce quartier. Il y a un espace vert qui s’appelle le parc Sparwood. J’allais y jouer tous les matins, et c’est là que j’ai appris les principes de l’intendance environnementale. J’adorais m’amuser sous les cèdres, autour des ronces remarquables et des arbustes à baies de cèdre. Un jour, je me suis rendu compte qu’une plante étrange poussait au pied d’une ronce remarquable. Dix ans plus tard, j’ai réalisé que cette dernière avait été tuée par une espèce envahissante appelée ronce d’Arménie. Déterminé à faire quelque chose, j’ai contacté ECPC et j’ai proposé mon aide en tant que bénévole.

Evie : On dit toujours pour blaguer que le parc Everett Crowley, c’est un peu comme le jardin de Damian. Si vous le cherchez, il est probablement dans le parc. Je suis originaire du Royaume-Uni. Quand je suis arrivée ici il y a quelques années, je me suis rapidement investie dans l’intendance environnementale. Pour moi, c’est une façon de m’ancrer dans un lieu que de le découvrir à travers ses milieux naturels, ses espèces et ses habitats. Je suis venue pour la première fois au parc Everett Crowley pour un événement visant à planter des espèces végétales. Tout le monde a été tellement accueillant et chaleureux. Je me souviens d’avoir discuté avec Damian qui m’a grandement encouragée à participer aux activités. Cela fait plus d’un an maintenant que je travaille avec le comité. Je suis impressionnée par la chaleur humaine et l’enthousiasme de tout le monde.

Grace : Mon travail avec Free the Fern s’est fait de manière très spontanée. Après une tempête au début de l’année 2021, je me promenais sur un des sentiers du quartier Champlain Heights. J’étais en train de déblayer des branches tombées par terre quand j’ai remarqué que du lierre envahissait le secteur. Ayant déjà travaillé comme bénévole au parc Everett Crowley, j’étais consciente des dégâts que cela pouvait causer, alors j’ai commencé à enlever le lierre avec un voisin. Des résident·es qui passaient par là nous ont demandé ce que nous faisions et s’ils pouvaient nous aider. C’est ainsi que Free the Fern est née. En taillant des ronces, j’ai dégagé une fougère dissimulée en dessous et me suis écriée « Free the fern ! » [Libérons la fougère !]. Le nom est resté. Ce qui avait commencé comme une initiative spontanée de défrichage a complètement réorienté ma carrière. Aujourd’hui, nous sommes une organisation sans but lucratif.

Panneau de restauration devant un lac au parc Everett Crowley
Panneau de restauration, parc Everett Crowley.

 

Quelle est l’histoire de ces parcs et pourquoi l’intendance environnementale est-elle aussi importante ?

Damian : Le parc Everett Crowley était autrefois utilisé comme décharge municipale. Avant cela, il y avait à cet endroit une forêt ancienne gérée par les peuples salish de la côte et située à proximité d’un ancien village appelé Tsukhulehmulth. C’est un contexte clé dans l’histoire de l’intendance du lieu qui s’est perpétuée au fil du temps. Quand la décharge a été fermée en 1967, une proposition a été émise d’agrandir le terrain de golf adjacent de 19 trous à 27 trous, ou de construire un réseau ferroviaire miniature. Toutefois, des résident·es ainsi que des amoureux et amoureuses de la nature ont fait campagne auprès de la commission des parcs pour en faire un espace naturel. C’est ainsi qu’a vu le jour ECPC, en tant que sous-comité de la Champlain Heights Community Association, sa mission étant d’en faire une réserve naturelle urbaine.

Grace : Jusque dans les années 1970, la zone à l’est du parc Everett Crowley était encore une forêt dense. Heureusement, pendant les plans de réaménagement du quartier de Champlain Heights, la municipalité a décidé de conserver une bande de cette forêt ancienne pour en faire un sentier pédestre. Les activités d’intendance aux abords de ces sentiers sont cruciales, car on y trouve de nombreuses espèces de plantes indigènes utilisées traditionnellement comme nourriture et remèdes. Ils servent aussi d’habitats aux aigles, chouettes, chauves-souris, grands pics et à bien d’autres animaux ! Toutefois, beaucoup d’espèces de plantes envahissantes menacent de coloniser ces sentiers. Voilà pourquoi nous avons besoin d’un programme d’intendance environnementale comme celui de Free the Fern.

Damian : Nous sommes le seul quartier de l’est de Vancouver avec 30 % de couverture arborée. En général, la couverture arborée reflète le niveau de revenu du quartier en question. Toutefois, notre quartier déroge à la norme, car nous disposons d’une bonne quantité d’arbres, mais aussi de logements sociaux et destinés aux personnes à faibles revenus. Contrairement à la majeure partie de la ville, la forêt a été préservée pendant le développement urbain des années 1970. Aujourd’hui, il ne reste que 4 % de forêt dans toute la ville de Vancouver et nous en faisons partie. Cette oasis verte incite les gens à en prendre soin parce que c’est un endroit unique.

Un grand groupe de personnes en train d’enlever des plantes envahissantes.
Journée d’arrachage de plantes envahissantes, parc Everett Crowley. Crédit : ECPC.

Comment vos deux organisations, ECPC et Free the Fern, travaillent-elles ensemble ?

Grace : Notre quartier ressemble à un grand parc. Le parc Everett Crowley et les sentiers de Champlain Heights sont uniquement séparés par une route.

Je dis toujours « les oiseaux ne connaissent pas de frontières ». Ainsi, ce qui est bon pour le parc ou le réseau de sentiers est bon pour nous.

Grace, Free the Fern

Par exemple, quand nous cherchons des subventions, nous faisons aussi passer le message autour de nous. Même si une seule organisation parmi nous se voit attribuer une subvention, c’est tout le quartier qui en profitera. Se faire concurrence ne sert à rien, car nous partageons les mêmes ambitions et les mêmes valeurs.

Un groupe de personnes plantant des plantes indigènes.
Activité de plantation d’une forêt nourricière, sentier de Champlain Heights. Crédit : Free the Fern.

Damian : Je considère ECPC et Free the Fern comme des organisations cousines, faisant partie d’une grande communauté ou d’une grande famille. Notre quartier est unique, car deux organisations environnementales locales y ont vu le jour. Je pense que ce n’est pas une coïncidence. Cela reflète la corrélation qui existe entre nos programmes et nos activités d’intendance.

Grace : Je voulais d’ailleurs citer le festival des lanternes Light up the Night à Champlain Heights. Free the Fern organise l’événement depuis quatre ans, mais l’hiver dernier, nous avons collaboré avec ECPC pour la première fois. Son équipe nous a aidés pour la mise en place et aussi en soutenant les artistes fabriquant les lanternes. C’était l’un de nos festivals les plus réussis, et ce, grâce à ce partenariat. 

Des personnes contemplant des lanternes la nuit dans une foret
Festival de anternes « Light up the Night », sentier de Champlain Heights. Crédit : Free the Fern.

De quelle manière encouragez-vous les nouveaux bénévoles à adopter un rôle plus actif et à développer leurs compétences en leadership ? Avez-vous des pratiques particulières ou des structures en place ?

Damian : Nous prenons le temps de créer des liens avec les gens.

Nous pensons que chaque personne qui assiste à nos événements a quelque chose à apprendre, et chaque personne nous apprend aussi des choses.

Damian, Everett Crowley Park Committee

Grâce au soutien d’Ami·es des parcs et d’autres organismes, nous pouvons nous développer en mettant en œuvre ces ambitions collectives. Nous disposons de multiples sous-comités qui correspondent aux intérêts de nos membres. Nous nous sommes organisé·es collectivement afin de mettre en valeur ces savoir-faire. Je dis souvent « Nous aimons rêver, mais nous savons aussi passer à l’action. »

Evie : Depuis l’an dernier, notre comité est passé de 5 personnes à 11. Nous avons aussi remarqué que le public présent à nos événements était de plus en plus varié et représentait davantage la population de Champlain Heights. De plus, nous constatons une plus grande diversité dans l’âge des participant·es (avec davantage de personnes plus jeunes), mais aussi dans leurs origines raciales et ethniques. Nous bénéficions aussi de nouvelles compétences, notamment dans la réalisation de vidéo documentaires, la recherche environnementale et la gestion d’une organisation à but non lucratif. De même, davantage de résident·es du quartier décident de nous rejoindre. L’an dernier, nous avons organisé 69 événements. En 2025, nous en avons organisé 45 durant les premiers mois de l’année.

Des gens viennent souvent nous voir avec une idée ou une ambition qu’ils souhaitent mettre en œuvre. Nous avons la chance d’avoir la flexibilité nécessaire pour leur apporter notre soutien. Les financements octroyés par Ami·es des parcs nous aident à assurer la logistique permettant aux bénévoles de mener les activités qui les passionnent. Notre programme sur l’ornithologie en est un bon exemple : l’un de nos bénévoles de longue date a fait équipe avec une autre personne pour en faire une réalité. Celui-ci est extrêmement populaire, et les listes d’attente dépassent souvent les capacités de 200 %. Chaque mois, cinq animateurs et animatrices ayant des connaissances sur les oiseaux dirigent désormais des marches guidées. Celles-ci sont adaptées aux débutant·es et favorisent les échanges, offrant à chaque personne la possibilité de s’exprimer. Tous les mois, nous organisons aussi un petit recensement des oiseaux pour en dresser l’inventaire et offrir une expérience de terrain aux personnes intéressées par l’écologie. Nous transmettons ensuite nos données à la municipalité.

Des personnes debout, levant les yeux vers les arbres dans une forêt.
Marche ornithologique, parc Everett Crowley. Crédit : ECPC.

Grace : Dans le cadre de la politique de Free the Fern sur l’équité, la diversité et l’inclusion, que nous avons adoptée en août 2024, nous encourageons les bénévoles de tous horizons à occuper des postes à responsabilités lors de nos événements. Ces bénévoles en charge nous aident à accueillir les autres bénévoles, dirigent une activité de bienvenue, supervisent les activités d’intendance environnementale et participent au nettoyage après l’événement. Le fait que des bénévoles avec différents profils assument des rôles de leader permet aux personnes appartenant à des groupes marginalisés de se sentir représentées, valorisées et motivées à participer.

ECPC et Free the Fern communiquent toutes les deux activement sur l’histoire autochtone de ce site. Et la manière dont vous incarnez le principe de réciprocité semble aussi en lien direct avec les principes autochtones. Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont la réconciliation se traduit soit dans vos pratiques soit dans vos programmes ?

Grace : Depuis la création de notre organisation, nous avons fait en sorte d’engager des personnes autochtones pour transmettre leurs savoirs pendant nos ateliers et promenades. En 2023, la Fondation David Suzuki et l’Initiative nationale Forêts de la guérison ont reconnu notre jardin pédagogique Douglas Fir comme « forêt de guérison », c’est-à-dire un endroit reconnaissant les préjudices subis et contribuant à y remédier. Notre aînée en résidence, Marge Wiley de la Nation Tl’azt’en, nous a dit que le jardin lui procurait un réel sentiment de paix et qu’elle le fréquentait quasiment tous les jours. C’est exactement ce que nous espérions : créer un espace de guérison.

Les changements climatiques menacent de nombreux cèdres peu habitués au climat sec. Avec l’aide du personnel municipal en charge des forêts, nous avons coupé des arbres et avec d’autres bénévoles, nous les avons roulés sur le sentier. Nous avons bien ri en essayant de faire rouler tous ces troncs ! Nous avons aussi engagé John Spence, un sculpteur squamish, et son fils pour sculpter ces troncs et créer un cercle sacré. C’est devenu notre lieu de rassemblement, où les enfants viennent pour apprendre. 

De plus, nous avons créé un comité sur la diversité. Celui-ci se réunit tous les mois pour coordonner l’élaboration de programmes inclusifs, notamment sur la réconciliation avec les peuples autochtones. J’ai moi-même beaucoup appris, et je m’efforce toujours d’indiquer la source de ces connaissances. Lorsque je partage ce savoir, j’aborde les usages traditionnels des plantes qu’on m’a enseignés. Non loin de là, nous avons une forêt nourricière, inspirée par les traditions des peuples salish de la côte qui établissaient des cultures agricoles près des villages. Nous y avons installé un panneau avec des explications sur l’histoire du lieu et les plantes, et des photos pour permettre aux gens d’en savoir plus.

Un groupe de personnes rassemblées pour un événement en forêt, devant un panneau indiquant « forêt de guérison ».
Événement BioDIVERSITY, sentier de Champlain Heights. Crédit : Kevin Jinn – Free the Fern.
Artistes des Premières Nations en tenue traditionnelle
Célébration de la forêt nourricière avec Coastal Wolf Pack, sentier de Champlain Heights. Crédit : Daniel Akinshola – Free the Fern.

Evie : Après avoir tiré des enseignements du formidable travail de Free the Fern sur sa politique d’équité, de diversité et d’inclusion, ECPC a décidé d’élaborer sa propre politique en se concentrant sur la réconciliation avec les peuples autochtones. Nous disposons désormais d’un budget dédié à ces activités. Ceci comprend le recrutement d’animateurs et animatrices autochtones pour guider les promenades, des séances d’identification des plantes et des ateliers abordant l’histoire autochtone du parc et les activités actuelles. La réconciliation se traduit aussi par des activités de restauration environnementale, en plantant des espèces végétales autochtones et en communiquant leur nom et leur utilisation autochtones quand nous le pouvons.

Damian : Notre Jardin de guérison a permis de transformer une zone envahie par les ronces d’Arménie en un espace où poussent des espèces endémiques qui attirent les pollinisateurs. Ces plantes sont comestibles et possèdent des propriétés médicinales, mais ont aussi une grande importance culturelle pour les Premières Nations du secteur. Voilà pourquoi notre jardin porte le nom de « Jardin de la guérison ». 

Nous faisons en sorte de poser des gestes concrets et que ceux-ci soient au cœur de tout ce que nous faisons. Nous veillons à mettre en pratique nos valeurs en dépassant la simple énonciation d’une reconnaissance de territoire. Nous lançons un appel permanent à toute personne détentrice de savoirs pour qu’elle vienne à notre rencontre. Il est arrivé que des personnes autochtones participant à nos événements nous fassent part de connaissances que nous ignorions auparavant. Nous nous réjouissons de bénéficier d’un environnement favorisant ce partage de savoirs.

Mon souhait est que nous remplissions notre mission d’intendance du parc Everett Crowley en tant que réserve naturelle urbaine. J’espère aussi que les valeurs de notre comité continueront d’être portées par nos membres. Enfin, je souhaite que nos programmes continuent de refléter les intérêts de notre public.

Notre ambition est collective, portée par les usagères et usagers de ces parcs. Elle est guidée par l’intendance environnementale et ancrée dans la réciprocité et le respect, tout en faisant briller au mieux les qualités de toutes et tous.

Damian, Everett Crowley Park Committee

Cette contribution d’Emily Rendell-Watson s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid* et est illustrée grâce aux croquis de Jake Tobin Garrett*.

Une collaboration inédite pour concevoir le premier site culturel Autochtone urbain du pays

Edmonton, ou Amiskwaciy Waskahikan*, accueillera bientôt le premier site cérémoniel Autochtone urbain du Canada. 

Kihciy askiy*, qui veut dire « terre sacrée » en langue cri, est situé au cœur de la capitale de l’Alberta sur un site de 4,5 hectares dans le parc Whitemud*. Le parc, qui se trouve dans la vallée fluviale d’Edmonton, vise à offrir aux personnes Autochtones un lieu pour se réunir à l’occasion de cérémonies et dans des huttes de sudation, cultiver des herbes médicinales et vise à transmettre la culture Autochtone aux personnes non Autochtones. 

« Nous sommes aujourd’hui dans une ère de réconciliation et devons tâcher d’établir des relations positives avec les colons. Cette initiative va donc nous permettre de faire un grand pas dans cette direction », explique Lewis Cardinal, responsable du projet et membre du Indigenous Knowledge & Wisdom Centre (IKWC)*.

« Nous faisons face encore aujourd’hui au racisme et à la discrimination. Toutefois, une grande partie de ces problèmes vient de l’ignorance, ou simplement du fait de ne pas connaître les traditions des gens et d’être mal informé. Cette initiative permettra aux gens de se familiariser directement et de manière personnelle . » 

Lewis Cardinal

Selon Lewis Cardinal, il sera également important que le centre serve de lieu de rassemblement aux personnes Autochtones de la région, en particulier pour celles qui cherchent à se rétablir après avoir connu la toxicomanie, des abus ou d’autres traumatismes. 

« Ceci peut permettre de transformer ces situations en quelque chose de très positif, en rendant les gens plus forts et en resserrant les liens humains », dit-il.

Accès aux activités culturelles 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

Légende : Une illustration de l’entrée du pavillon offerte par la Ville d’Edmonton. 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

Le terrain sur lequel sera construit kihciy askiy se trouve dans l’ouest d’Edmonton sur l’ancienne propriété de Fox Farms. Dans le passé, les Autochtones s’y arrêtaient pour la nuit avant d’entrer dans la ville pour y cueillir des amélanches. Selon la tradition orale, il existerait un important gisement d’ocre à l’est de kihciy askiy, de l’autre côté de Whitemud Creek. L’ocre faisait autrefois partie des éléments clés des cérémonies Autochtones. Ceux-ci la mélangeaient à des baies et à des pigments pour créer différentes couleurs. 

Au fil des années, des cérémonies se sont tenues sur ce site, notamment lors de la conférence internationale Autochtone « Healing Our Spirit Worldwide »* . Néanmoins, à chaque fois que la communauté Autochtone voulait utiliser le terrain, elle devait demander une autorisation à la Ville, explique Lewis Cardinal. Les aînés qui ont organisé la conférence se sont donc demandé s’il leur serait possible d’avoir un accès permanent à un terrain dans le centre de la ville. 

Afin de concrétiser cette initiative via des négociations plus formelles avec la municipalité, Lewis Cardinal, William Campbell et un groupe d’aînés ont ainsi créé l’organisation à but non lucratif Edmonton Indigenous Cultural Resource Counsel. 

Étant donné que certains étaient favorables à l’organisation de cérémonies dans la ville et que d’autres non, l’organisation a donc décidé en 2010 de réunir 120 aînés Autochtones venant de toute l’Alberta pour discuter pendant trois jours de cette idée. Ce groupe a également réfléchi au type de cérémonies pouvant être organisées dans une ville, et aux différents sites potentiels. 

D’après Lewis Cardinal, « la réponse à la première question était : “oui, les familles, les jeunes et toutes les personnes Autochtones vivant dans les centres urbains doivent avoir accès à des cérémonies, car dans un avenir proche, c’est là que la plupart vivront. Ils doivent donc avoir accès à des activités culturelles et à des cérémonies dans un environnement respectueux de la Terre Mère” ». 

« En d’autres termes, on ne peut pas organiser des cérémonies sur le stationnement d’un Walmart. »

Le projet a finalement été repris par l’organisation Native Counselling Services of Alberta (NCSA)*, ce qui a permis d’assurer un dialogue continu entre les parties prenantes et de créer un conseil des aînés* chargé de collaborer avec l’équipe pour la conception et la construction du site, et de veiller au respect des principes spirituels et culturels du projet.

Group blessing ceremony
Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

En mai 2015, puis en octobre 2018, le NSCA a organisé des réunions du grand conseil pour les chefs spirituels Autochtones de la région d’Edmonton au Alfred H. Savage Centre afin d’étudier et d’approuver le concept, de passer en revue les protocoles de cérémonie sur le site et d’aborder dans les grandes lignes les besoins cérémoniels et spirituels des Autochtones de la région. 

En 2018, le NCSA a fait l’objet d’une réorganisation structurelle, et la décision a été prise de transférer le projet à l’IKWC, se souvient Lewis Cardinal. C’est à ce moment-là qu’on lui a demandé de le gérer à plein temps. 

« J’ai toujours entendu les aînés dire qu’il nous incombe de réaliser nos rêves et nos ambitions. Ainsi, qu’il s’agisse de concrétiser un rêve et une ambition pour soi-même ou pour un groupe de personnes, nous devons ressentir le même engagement. Je me réjouis de pouvoir à nouveau participer au projet et de travailler avec les aînés pour en arriver à ce stade. »

Lewis Cardinal

L’un de ces aînés est Howard Mustus, président du Conseil des aînés de kihciy askiy et gardien du savoir traditionnel. Il espère que le projet contribuera à réduire le racisme, à mesure que les personnes non Autochtones assimilent et acceptent les traditions et la culture Autochtones. 

« Nous encourageons les personnes non Autochtones à participer avec nous aux cercles sacrés et à en apprendre davantage sur la loi Autochtone. Celle-ci est ancrée dans la spiritualité, un aspect très important pour notre peuple. Il s’agit de la plus haute autorité qui dicte la manière dont nous devons nous comporter et fonctionner en tant que société, en nous basant sur les principes holistiques de la bienveillance et du partage », explique Howard Mustus.

En septembre 2021, une cérémonie de bénédiction de la terre* (au lieu de la cérémonie marquée par le premier coup de pioche) a été organisée pour célébrer le début des travaux et reconnaître les liens entre toutes les parties prenantes participant au projet kihciy askiy, dont le budget s’élève à 4,5 millions de dollars. Cette cérémonie a aussi été l’occasion de « demander la permission à la Terre Mère de lancer les travaux », et ce, en nouant des rubans aux branches d’un arbre afin de symboliser les liens avec la terre et le respect envers celle-ci. 

Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

Mené par Delnor Construction, l’aménagement du terrain a officiellement commencé à la mi-novembre et devrait durer entre 18 et 24 mois. 

Mobilisation et collaboration 

Les liens qui se sont noués dans le cadre de ce projet ont joué un rôle crucial pour la réussite de kihciy askiy jusqu’à présent, notamment en guidant la manière dont le site sera aménagé. 

Nav Sandhu, responsable des programmes de la Ville d’Edmonton, explique que les marchés publics à caractère social lancés par la Ville demandaient aux prestataires de services posant leur candidature de montrer comment leurs équipes ou leurs sous-traitants associeraient les groupes Autochtones au processus. Pour ce faire, une personne Autochtone chargée des ressources humaines a été embauchée, et les services d’entreprises Autochtones ont été retenus pour s’occuper des aspects liés à la mécanique et aux aménagements paysagers du projet. 

« Les marchés publics à caractère social sont relativement nouveaux dans le secteur de la construction, et je pense que nous irons de plus en plus dans cette direction. C’est formidable de voir la Ville agir comme chef de file et veiller à ce que les partenaires et les bénéficiaires du projet aient voix au chapitre en pouvant exprimer leurs attentes. »

Nav Sandhu

« Les projets qui, comme celui-ci, ont des répercussions sociales aussi importantes, requièrent un certain niveau de collaboration. » 

Le processus de conception a également nécessité l’obtention d’un consensus de la part des représentants de plus de 50 groupes Autochtones qui pourront utiliser le site, ainsi que l’adaptation de plusieurs politiques relatives aux parcs afin de permettre l’aménagement de la vallée fluviale d’Edmonton et l’accès à la zone pour les activités culturelles Autochtones. 

En tant que propriétaire du terrain, la Ville construira sur kihciy askiy deux bâtiments qui abriteront des vestiaires, des toilettes, une petite salle de classe dédiée à l’éducation environnementale, un espace de réunion ainsi qu’un entrepôt. Le site comptera également un amphithéâtre en plein air. 

Selon Lewis Cardinal, l’objectif est de donner au site un caractère naturel, « en évitant d’y laisser une empreinte trop importante ». 

Le site disposera d’une zone pouvant accueillir entre 10 et 12 tipis ou tentes trappeurs, dans lesquels des conteurs pourront raconter des histoires.

Légende :  un tipi à kihciy askiy, Teresa Marshall

Deux foyers extérieurs permettront de faire fonctionner simultanément deux huttes de sudation, avec une capacité d’accueil pour huit personnes au total. En tant que lieux dédiés aux cérémonies, les huttes de sudation font partie intégrante de la culture Autochtone et seront particulièrement cruciales pour les groupes Autochtones de la région d’Edmonton qui possèdent un large éventail de traditions autour de cette pratique de purification. 

« Les personnes opérant des huttes de sudation actuellement ont reçu des enseignements différents de ceux de leurs ancêtres, ou de ceux qui leur ont transmis ce savoir. Nous devons donc veiller à ce que toutes ces personnes puissent y avoir accès », explique Lewis Cardinal. 

Une fois que le projet kihciy askiy sera terminé, les groupes Autochtones d’Edmonton ne seront plus obligés de se rendre à la bande de Paul ou à la Première Nation d’Enoch ou d’Alexander pour avoir accès à une hutte de sudation. 

Le troisième élément, qui explique le choix de ce site, sera un jardin médicinal qui s’inspirera des remèdes traditionnels existant dans la vallée fluviale. Ce jardin sera utilisé comme lieu d’enseignement, et aussi pour les aînés afin qu’ils puissent récolter de la sauge, du tabac et du foin d’odeur, par exemple. 

Enfin, un espace polyvalent offrira un lieu supplémentaire pour accueillir des cérémonies Autochtones ainsi que d’autres structures traditionnelles qui pourraient voir le jour pour honorer certaines traditions des Premières Nations. 

« Cet endroit permettra également de dispenser un enseignement aux personnes non Autochtones, de les accueillir dans nos cérémonies et de leur parler de notre vision du monde et de notre histoire. Ces espaces représenteront d’excellentes plateformes d’enseignement », déclare Lewis Cardinal. Et d’ajouter que le site offrira également un « programme ouvert », dans le cadre duquel les huttes de sudation seront ouvertes au public. 

« L’objectif global du site est de favoriser une bonne entente, d’aider les Autochtones à se reconnecter à la terre et aux enseignements qui en découlent, ainsi qu’à leur culture, leurs traditions et leur histoire. » 

Lewis Cardinal

Les organisations et agences Autochtones pourront également se servir du site pour y offrir leurs propres programmes culturels. 

Le seul autre parc que Lewis Cardinal connaît qui ressemble de près ou de loin à kihciy askiy est l’aire culturelle Autochtone du parc national Jasper. Cette zone aménagée par le Forum des Autochtones du parc national de Jasper et Parcs Canada est un endroit réservé aux partenaires Autochtones afin qu’ils puissent renouer avec la terre, l’apprentissage culturel et les cérémonies. 

Ouvert aux membres du Forum à partir de juin 2013, le site est fermé au grand public afin d’en assurer l’intimité. 

 

« Un havre de paix »

Une fois la construction de kihciy askiy terminée, l’IKWC sera responsable de sa gestion. Les gens pourront s’y rendre par divers moyens de transport, y compris en autobus – un facteur important pour déterminer l’emplacement du site, explique Lewis Cardinal. 

Selon Lewis Cardinal, Howard Mustus et Nav Sandu, le site constituera un pilier important pour la communauté Autochtone de la région d’Edmonton, en leur permettant de maintenir un lien avec leurs traditions. Les partenariats ayant joué un rôle essentiel dans l’aménagement du site se poursuivront, et nous espérons que de nouveaux se formeront entre les groupes Autochtones qui l’utilisent et les personnes non Autochtones désireuses d’en savoir plus sur eux. 

« Kihciy askiy constituera un havre de paix pour les gens. Selon moi, ceci ne sera pas le dernier (projet de ce type); je pense qu’une tendance va émerger dans les années à venir… afin de combler ces lacunes », déclare Nav Sandhu. 

« Selon moi, il s’agit d’un pas important et nécessaire en faveur de la vérité et de la réconciliation. »

À propos d’Emily Rendell-Watson

Emily Rendell-Watson est une journaliste multimédia basée à Edmonton qui est actuellement responsable éditoriale et responsable de la communauté de Taproot Edmonton, une publication qui cherche à aider sa communauté à mieux se comprendre.

Elle écrit sur l’innovation technologique, les problèmes urbains, le changement climatique et tout ce qui tombe sur son bureau. Lorsqu’elle ne poursuit pas une histoire, vous pouvez la trouver en train de faire du patinage de vitesse ou de s’aventurer dans l’arrière-pays avec son chien de sauvetage, Abby.

Chaque été, les parcs de Toronto s’animent avec des expositions d’art, des concerts, du théâtre et de la danse grâce à Arts in the Parks*. Cette initiative organisée à travers la ville transforme les espaces verts publics en véritables scènes à ciel ouvert.

Présenté par Toronto Arts Foundation en partenariat avec Toronto Arts Council, la Ville de Toronto et Ami·es des parcs, ce programme unique anime des parcs dans tous les coins de la ville : que ce soient des places en béton ou des espaces verts à la végétation abondante, à Scarborough, Etobicoke ou North York.

Depuis le lancement du programme en 2016, plus de 700 000 personnes de toute la ville ont visité 78 parcs à l’occasion de plus de 2 400 événements artistiques gratuits. Ceux-ci comprennent – pour n’en citer que quelques-uns – des spectacles de tambours japonais Taiko, des fresques murales collaboratives et des performances de cirque africain!

L’ambition de notre organisation est de voir fleurir dans les villes canadiennes des parcs dynamiques favorisant la prospérité des gens et de la nature; des villes dans lesquelles toute personne – quels que soient ses revenus, son identité, ses capacités ou son âge – dispose d’un accès équitable aux avantages des espaces verts publics. 

Cependant, 33 % de la population torontoise* ne résident pas à proximité d’un centre artistique et culturel accessible à pied. Il s’agit en grande majorité de personnes autochtones, noires ou de couleur et de personnes nouvellement arrivées au Canada vivant dans les banlieues proches de la ville.

Pour combler cette lacune, Ami·es des parcs soutient le programme Arts in the Parks en sélectionnant des sites dans des zones où les programmes culturels gratuits ne sont généralement pas aussi disponibles. Ce sont aussi des endroits riches en opportunités pour animer les parcs de façon créative. 

Innovation dans la collaboration

Nous apportons aussi notre aide à Arts in the Park en nous appuyant sur notre plus grande compétence : créer du lien social entre les résident·es et avec leur parc de quartier. Afin de garantir l’adéquation de ces événements avec les besoins et les intérêts des publics concernés, nous mettons à profit, dès les premières étapes, nos liens avec les groupes citoyens œuvrant pour un parc et les leaders de quartier. Cela nous permet de concevoir des événements qui reflètent l’esprit du quartier et favorisent la participation

« Notre rôle est de créer des liens. Avant d’organiser des événements, nous essayons de réunir des artistes et des groupes citoyens, généralement dans le parc où se déroulera l’événement. Ces réunions initiales créent un espace où les idées peuvent germer ». 

Cindy Hashie, gestionnaire de projet principale à Ami·es des parcs.

Elles sont l’occasion pour toutes les personnes présentes de faire part de leurs expériences, de poser des questions et d’innover, ensemble. Les groupes citoyens apportent des connaissances précieuses, notamment sur les périodes de grande affluence dans le parc ou la langue dans laquelle les prospectus doivent être imprimés. Tandis que les artistes peuvent présenter leurs idées innovantes et apprendre ce qui importe le plus aux personnes qui fréquentent le parc tous les jours.

« Nous aidons les gens à établir des liens pour que tout le monde se sente à l’aise, écouté et respecté »

Ayesha Talreja, gestionnaire de projet à Ami·es des parcs.

Inspirer de nouveaux parcours artistiques

Pour Ayesha, l’un des aspects les plus passionnants d’Arts in the Parks est de voir comment cet événement incite les participant·es à explorer leur propre créativité.

Ana Cuciureanu en est un bon exemple : Ana s’est d’abord investie dans Arts in the Parks en tant que fondatrice de Friends of Parkway Forest Park, un groupe également soutenu par Ami·es des parcs via son programme Susciter le changement. Après avoir vu comment Arts in the Parks avait permis d’organiser des créations artistiques participatives dans son parc bien-aimé, Ana a décidé de créer son propre événement par l’intermédiaire de son collectif Splash on Earth. Pour ce faire, des artistes sensibles aux enjeux environnementaux, des conteurs et conteuses, ainsi que des résident·es du quartier ont créé des œuvres d’art publiques en utilisant de la peinture écologique fabriquée à partir de déchets alimentaires. Ana et son équipe organisent des événements dans le cadre d’Arts in the Parks depuis trois ans. Ils ont même créé une association à but non lucratif consacrée à l’action climatique innovante.

« Ana sait ce que collaborer veut dire. Elle a occupé les deux rôles : organisatrice communautaire et artiste. C’est grâce à cette perspective que nous pouvons créer des événements pertinents pour le public. »

Ayesha

D’autres, comme Christine Malec, ont emprunté un parcours semblable. Elle a d’abord participé à l’initiative InTO the Ravines organisée par les Ami·es des parcs avant de diriger aujourd’hui des programmes artistiques centrés sur l’accessibilité dans le cadre de Arts in the Parks. Son projet, Described Toronto, propose aux personnes malvoyantes des visites audio de la ville. Celles-ci sont souvent intégrées à un balado contenant des descriptions étayées de Toronto, de sa flore et de sa faune, de ses habitant·es et de sa culture.


Un groupe de personnes observant des plantes natives
Le balado Described Toronto propose une visite descriptive des jardins de Toronto.

Ces exemples nous rappellent qu’il existe une corrélation étroite entre l’espace public et l’art public. Lorsque les gens se sentent représentés dans les activités organisées dans leur parc, ils éprouvent souvent un plus grand sentiment de responsabilité vis-à-vis de leur quartier et, bien souvent, découvrent de nouvelles possibilités créatives. 

La créativité : un facteur d’attraction

Le programme de Arts in the Parks entend s’adresser à toutes et à tous. Qu’il s’agisse de tambours asiatiques ou de danse salsa, ces activités invitent les gens à bouger ensemble, sans oublier les événements plus tranquilles comme un conte raconté à l’ombre d’un arbre. Certains événements s’enracinent dans les traditions culturelles mêmes du quartier. D’autres introduisent des formes d’art nouvelles et inattendues, encore inédites dans ces quartiers. Quel que soit le support, la force de ce programme réside dans la manière de rassembler les gens et d’encourager des partenariats innovants à long terme entre les artistes et les résident·es.

Une femme asiatique jouant sur des tambours
Lancement de Arts in the Parks le 20 juin 2025. Crédit : Kat Rizza, Arts in the Parks Toronto

« Les artistes qui reviennent dans le programme d’une année à l’autre réfléchissent souvent à des façons de faire participer le public. Leur travail s’appuie sur des moyens innovants de recueillir l’opinion des résident·es et d’intégrer ces contributions dans leurs œuvres. »

Ayesha

Évidemment, il arrive que des défis se présentent : le programme change, les autorisations pour organiser l’événement prennent du temps, et toutes les collaborations ne se déroulent pas exactement comme prévu. Mais une grande attention accompagne chaque étape du processus. En cas de déplacement d’un événement, on s’assure que le parc d’origine puisse toujours recevoir une activité dédiée. L’intention reste d’honorer les relations avec les résident·es du quartier et de favoriser la participation.

À l’horizon

À l’approche du dixième anniversaire du programme, Arts in the Parks continue de croître en termes de portée et d’impact.

Nous soutenons avec fierté cette initiative qui favorise la joie, le lien social et les opportunités dans différents quartiers de Toronto. Elle accompagne aussi bien les artistes dans la création de liens forts avec le public que les groupes citoyens mobilisés autour d’un parc dans l’exploration de leur créativité.

Pour en savoir plus sur Arts in the Parks et trouver d’autres événements près de chez vous cet été, visitez artsintheparksto.org

Deux femmes se tenant devant une table Park People
Cindy et Ayesha au lancement d’Arts in the Parks 2023.


Notez-les dans votre calendrier! Voici quelques recommandations de Cindy et Ayesha pour la saison 2025 de Arts in the Parks:

From Weeds We Grow 

12 et 13 juillet, 9 août, 6 septembre 2025, 13 h 00 – 16 h 00 | parc Rowntree Mills

Explorant la corrélation entre nature, arts participatifs et bien-être, ce programme d’art public proposera des ateliers d’artisanat et d’exploration corporelle. Ils seront dirigés par STEPS Public Art et des intervenant·es locaux et autochtones, pour se reconnecter à la terre et à la rivière Humber. En savoir plus*.

Modal Music in the Park 

16 et 23 août 2025, 12 h 30 – 13 h 30 | parc R.V. Burgess 

Appréciez la musique du Moyen-Orient, de la Méditerranée, de l’Asie du Sud, et bien plus encore! Quatre groupes musicaux interpréteront de la musique modale, un système musical vieux de plusieurs siècles pratiqué par de nombreuses cultures, avec des interprétations contemporaines et de nouvelles compositions. En savoir plus*.

The Description-Rich Story Hour

27 septembre 2025, 14 h 00 – 15 h 30 | parc Lee Lifeson Art

Les artistes raconteront des histoires originales inspirées par le territoire et les œuvres d’art publiques du parc Lee Lifeson Art, en utilisant un langage descriptif et inclusif, accessible à un auditoire aveugle et malvoyant. Le public fera également l’expérience d’une visite tactile des œuvres d’art et des modèles tactiles en 3D du parc. Cet événement sera enregistré en direct et diffusé dans le balado Described Toronto. En savoir plus*.

Chaque année, lors de ses Sommets sur les parcs*, notre organisation réunit les membres engagé·es de son réseau. Il s’agit-là de citoyen·nes engagé·es, de bénévoles, d’employé·es des municipalités, d’organisations sans but lucratif, de leaders œuvrant pour les parcs et militant·es. 

Organisés à Toronto, Vancouver et Montréal, ces sommets sont bien plus que de simples événements de réseautage au niveau local. Ce sont des moments importants qui nous permettent de marquer une pause dans notre travail, de faire connaissance avec d’autres personnes et d’élargir notre perception de ce qui est possible dans nos villes.

Les Sommets d’Ami·es des parcs offrent à toute personne qui se passionne pour les parcs urbains l’occasion de rejoindre un mouvement en faveur de parcs dynamiques, inclusifs et portés par l’engagement des citadin·es.

Des personnes assises devant un panel de 4 personnes
Forum Ami·es des parcs de Vancouver, 2025. Crédit : Smiely Khurana.

Mais pourquoi organisons-nous ce genre de sommets ?

La manière dont le public utilise les parcs et s’y investit évolue profondément. Pour favoriser l’établissement de parcs urbains plus solides et adaptés à la croissance de nos villes, il est important que tout le monde puisse prendre part aux discussions que ce soit sur l’isolement social grandissant ou sur les conditions climatiques instables.

Notre organisation est précisément née de cet esprit. En 2011, un groupe de bénévoles vivant à Toronto s’est réuni autour d’une question simple, mais radicale : « Quel rôle pouvons-nous jouer pour que les parcs répondent mieux aux besoins de la population et des différents quartiers ? » Cette idée a trouvé un écho dans toute la ville, donnant naissance à un solide réseau de groupes citoyens, de programmes et de partenariats autour des parcs.

Toutefois, notre travail ne s’est pas arrêté là. En 2017, nous avons organisé notre première conférence nationale à Calgary. L’objectif était de réunir des leaders œuvrant pour les parcs venant de tout le Canada afin d’imaginer de nouvelles possibilités à l’échelle nationale basées sur la collaboration. Ce rassemblement a permis de lancer notre Réseau national, qui comprend aujourd’hui plus de 1 400 groupes citoyens dans 46 villes à travers le pays. Ce premier sommet a démontré que le potentiel des activités locales que nous avions observé à Toronto existait partout, et que ces idées pouvaient avoir un impact à l’échelle nationale.Si nous organisons des sommets, c’est parce que les parcs urbains ne sont pas seulement des espaces verts, ce sont des espaces profondément humains. En milieux urbains, ils constituent des lieux de rencontre, de culture, de protestation, de repos et de joie. Et derrière chaque parc apprécié des résident·es du quartier se cachent d’innombrables histoires d’implications civiques. Il peut s’agir de bénévoles organisant un ramassage de déchets, ou bien d’artistes animant leur parc en offrant de la musique, du mouvement et du sens.

Deux personnes parlant au niveau d'un stand de présentation
Forum des ami·es des parcs de Montréal, 2024. Crédit : Bakr ElfekkakBakr

Voilà pourquoi nous organisons des sommets : nous avons constaté par nous-mêmes que, lorsque nous nous rassemblons et partageons ces histoires, nous pouvons créer un mouvement autour des parcs qui soit vraiment porteur de changement.

Cette année, nous invitons toutes les personnes passionnées par les parcs urbains à participer à notre Sommet des parcs à Toronto qui aura lieu le samedi 14 juin, de 12 h à 18 h, au centre culturel Daniels Spectrum. Venez écouter des témoignages de collaborations innovantes et rencontrer les personnes qui façonnent l’avenir de nos parcs urbains. Entre chaque intervention, vous aurez le temps de vous restaurer, de visiter les stands interactifs des différents groupes et de partager vos propres expériences en tant que membre de ce réseau en pleine expansion.

Ange Loft, une artiste interdisciplinaire, est notre conférencière principale. Elle nous parlera de la présence autochtone et de l’établissement de partenariats dans les parcs. Sa présentation sera suivie d’une table ronde sur des initiatives locales, réunissant Ana Cuciureanu (Splash on Earth* et la Ville de Toronto*), Julia Hitchcock (Apothecary’s Garden* et Teaching Gardens at Churchill Park*), et Shakhlo Sharipova (Thorncliffe Park Autism Support Network*) et animée par Eunice Wong (Monumental*).

Que vous soyez engagé·e de longue date ou que vous commenciez tout juste votre parcours en faveur des parcs, le Sommet des parcs de Toronto est l’occasion idéale pour mieux comprendre les enjeux actuels qui touchent nos espaces verts. Le véritable changement dans nos parcs ne vient pas d’en haut : il prend racine au cœur même de nos quartiers.

Voilà pourquoi nous organisons ces sommets.

Forum Ami·es des parcs de Vancouver, 2025. Crédit : Smiely Khurana.

Vous joindrez-vous à nous ?

Participez au prochain Forum des ami·es des parcs de Montréal, le 17 septembre 2025 à la Cité des Hospitalières.

Forum de Montréal

Venez participer à la conversation sur l’avenir des parcs urbains à Montréal.

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En 2025, 72 groupes citoyens et organisations à travers le pays reçoivent une bourse TD Ami·es des parcs. Grâce à des événements créatifs, inclusifs et axés sur l’environnement, ils et elles rassembleront les habitant·es de leur quartier dans les parcs et des espaces verts à proximité.

Ces initiatives témoignent de la force des actions locales pour cultiver un lien vivant entre nature et communauté, d’un océan à l’autre.

Organisations en Alberta

Edmonton

Operation Fruit Rescue Edmonton (OFRE)

Sinkunia Community Development Organisation

Strathearn Community League

Windsor Park Community League

Calgary

Pamir Canadian Multiculturalism Council

Skatelife Calgary

Spectrum Promising Association

Springboard Performance Society

Organisations en British Columbia

Grand Vancouver

Birding Buddies

Briarpatch Community Garden

East Richmond Community Association

Everett Crowley Park Committee

Free the Fern Stewardship Society

La Boussole centre communautaire société

Ladybug Community Garden

Middle Eastern Support Women Group

Native Bee Society of British Columbia

Pollinating Butterflyway Urban Gardens

RedRoadRecovery

The Sustainable Act

WESN in the Park

Wild with Nature

Kelowna 

Kelowna Chinese United Association

Saanich

Accessible Nature Wellness Park Group

Swan Lake Nature Sanctuary

Organisations au Manitoba

Winnipeg

ArtBeat Studio Inc

Kapabamayak Achaak Healing Forest Winnipeg

Seniors for Climate Mb

Winnipeg Ta’alim Community

Organisations en Nouvelle-Écosse

Halifax

Gale Force Theatre

Healing Buddha Hermitage

North End Community Garden

The Monthly Cycle

Organisations en Ontario

Grand Toronto 

Charlie’s Free Wheel

Children’s Creative Village

Friends of Marita Payne Park

Friends of Tom Riley Park

Georgina Island First Nation 

Humber River Lodge Volunteer Group 

Lovers of Planet Earth 

Our Space

Queer Forest Club

Sweet Grass Roots Collective

The Forgiveness Project 

Ysabel Project

Guelph

Two Rivers Neighbourhood Group

Hamilton

Pamoja

Kitchener

Weaving Community Connections in Civic Centre Kitchener 

Ottawa

Jane’s Walk Ottawa-Gatineau

Neighbours of Meadowvale Park 

Ottawa Stewardship Council-KN Regens

Women of Colour Remake Wellness

Thunder Bay

Age BIG

Waterloo

Green Harmony Collective 

MacGregor-Albert Community Association

Organisations au Québec

Grand Montréal

Action-vert 

Atelier Tlachiuak

Coalition des ami·es du parc Jarry (CAP Jarry)

Innovation Youth

La Grande Tablée de Terrasse-Vaudreuil

La Planète s’invite au Parlement

Mossy Society

Parc Nature MHM

Parcours Âme

Ruelle des Décou-verte

Ruelle Esperanza Verde

Westhaven Community Center

Gatineau

Chez les Simone, tiers-lieu

Horti-cité

Ville de Québec

Club L’Aval

R.A.F.A.L.: Ressources Actions Familles au Lac St-Charles

Organisations au Saskatchewan

Saskatoon

Saskatoon Climate Hub

Ami·es des parcs a le plaisir d’annoncer qu’Erika Nikolai, passera du statut de co-directrice exécutive à celui de seule directrice exécutive, à compter du 1er juillet. Dave Harvey, qui dirige avec elle l’organisation en tant que co-directeur exécutif, prendra sa retraite à cette date.

A blond woman with glasses

Erika compte des dizaines d’années d’expérience de travail au sein d’organisations à but non lucratif dans les domaines du développement communautaire et de l’aménagement urbain. Depuis 2022, Dave et Erika se partageaient la direction de l’organisation.

Erika a rejoint Ami·es des parcs en 2014, lorsque les activités de l’organisation portaient exclusivement sur la ville de Toronto. En accédant au poste de directrice générale, Erika a ensuite largement contribué à faire rayonner l’organisation dans d’autres villes et parcs du Canada. Avant de rejoindre l’organisation, Erika a joué un rôle de premier plan chez Evergreen, où elle a travaillé auprès de groupes méritant l’équité dans des domaines comme l’agriculture urbaine, les transports actifs et l’employabilité des jeunes dans le secteur de l’environnement. 

“C’est avec énormément d’enthousiasme que je reprends le flambeau de cette formidable équipe afin de continuer à accroître notre impact dans les villes de tout le pays. Dave laisse derrière lui un formidable patrimoine. Partant du désir en 2011 de renforcer la mobilisation des habitant·es dans les parcs, Ami·es des parcs a réussi, malgré sa petite taille, à changer la façon dont nous pensons les parcs.”

Erika Nikolai, Directrice exécutive, Ami·es des parcs

Erika dirigera le personnel de l’organisation qui compte plus de 30 membres, dont les bureaux sont situés à Toronto, Vancouver et Montréal. Au cours de ses 13 années d’existence, l’organisation a contribué à un changement de paradigme radical pour les parcs urbains : autrefois considérés comme « un plus », ceux-ci sont désormais considérés comme des infrastructures urbaines essentielles.

“La nomination d’Erika au poste de directrice exécutive unique démontre l’importance de son immense contribution au succès de l’organisation ces 10 dernières années. Il s’agit d’une transition naturelle et positive pour l’organisation, et j’ai hâte de voir quel nouveau chapitre elle écrira pour Ami·es des parcs.”

Zahra Ebrahim, Présidente du conseil d’administration, Ami·es des parcs

Dave Harvey, codirecteur exécutif sortant et fondateur de l’organisation en 2011, partage cet enthousiasme : “Je suis ravi de passer la barre à Erika. Je laisse l’organisation entre ses mains expertes et avec le soutien d’une excellente équipe.”

Dave entend continuer à apporter son soutien à l’organisation et à participer à d’autres activités liées aux espaces verts urbains à titre de consultant et conseiller. 

L’année 2024 s’annonce être une année passionnante pour l’organisation et les parcs urbains du Canada. À cet égard, Ami·es des parcs travaille déjà sur de nombreuses initiatives emballantes pour cette année, comme le Rapport sur les parcs urbains du Canada, le Forum de Montréal, le programme des Bourses TD Ami·es des parcs, le programme InTO the Ravines, ainsi que l’incroyable programme Parcs Cœur vital destiné aux grands parcs urbains du Canada.

Les grands parcs urbains constituent des espaces essentiels qui permettent aux citadin·es de créer des liens bénéfiques avec la nature et avec les autres. Nous savons déjà que les personnes participant à des activités manuelles axées sur la nature dans les parcs jouissent de solides liens sociaux, d’un sentiment d’appartenance, d’un sentiment d’accomplissement dans leur vie, d’un meilleur état de santé physique et d’une meilleure satisfaction générale vis-à-vis de leur vie. 

Nous avons besoin d’un plus grand nombre de parcs canadiens qui peuvent montrer l’exemple sur la manière de faire profiter de ces effets positifs aux quartiers méritant l’équité.

Dans le cadre du programme Parcs Cœur vital, les Ami·es des parcs ont le plaisir d’accueillir cet été de tout nouveaux partenaires. Le parc Everett Crowley, le corridor écologique Darlington et l’autorité de la vallée Meewasin* viennent ainsi s’ajouter aux parcs fondateurs de High Park*, Mont-Royal et Stanley Park*. Tous ménagent une place de choix à la nature dans les villes et montrent aux résident·es ce qu’il est possible de faire dans les grands parcs urbains.

Répartir les avantages

Les Rapports sur l’intendance environnementale et l’utilisation des parcs dans les Parcs Cœur vital montrent les bienfaits sur la santé physique et mentale des personnes participant à des activités d’intendance environnementale dans les parcs. Voici un résumé des conclusions :

  • 99 % des bénévoles participant à des activités d’intendance déclarent que celles-ci contribuent à leur bonheur et leur satisfaction
  • 97 % déclarent que ces activités contribuent à leur bien-être mental.
  • 90 % déclarent que ces activités contribuent à leur santé physique.  

Malheureusement, l’ensemble de la population ne jouit pas de ces avantages de manière égale:

  • 68 % des usager·es des grands parcs urbains interrogé·es s’identifient comme des femmes cisgenres.
  • 86 % s’identifient comme valides
  • 76 % s’identifient comme des personnes blanches 

Le Rapport sur les parcs urbains du Canada a également révélé que les personnes Autochtones, Noires et de couleur (PANDC) (70 %) interrogées après la pandémie souhaitaient s’investir davantage dans des activités d’intendance environnementale que les personnes blanches (54 %). 

Quels sont les obstacles que rencontrent actuellement les groupes multiculturels pour participer à l’intendance environnementale des parcs? Et qui tente de les surmonter afin de favoriser le bien-être de ces groupes de population?

3 personnes ayant rammassée des plantes envahissantes
Sourc e: Everett Crowley Park Committee

Dans les quartiers méritant l’équité, comme celui de Champlain Heights dans le sud de Vancouver, les groupes citoyens œuvrant dans un parc jouent un rôle crucial pour améliorer la santé et le bien-être des résident·es. Construit sur une ancienne décharge municipale, Champlain Heights possède aujourd’hui le cinquième plus grand parc de Vancouver : le parc Everett Crowley. S’étalant sur 40 hectares, ce parc abrite l’étang d’Avalon et le ruisseau Kinross qui constituent des habitats essentiels pour les oiseaux, les amphibiens, les poissons et d’autres espèces sauvages. Le parc et le réseau de sentiers qui traverse le quartier font partie des 4 % de forêts indigènes qui subsistent dans la ville. Champlain Heights compte des centaines de logements sociaux, coopératives d’habitation, copropriétés et logements pour personnes âgées, bordés par des arbres comptant parmi les plus vieux de la ville. 

À la suite de pressions exercées par les résident·es du quartier, la Ville de Vancouver a inauguré le parc Everett Crowley en 1987. Ces résidents ont alors créé le Everett Crowley Park Committee* (ECPC), un sous-comité de l’association communautaire de Champlain Heights*. Le comité s’est donné pour mission d’encourager les activités d’intendance dans cette forêt urbaine résiliente en organisant auprès du public des événements d’intendance, des activités éducatives en plein air et un festival annuel de la Journée de la Terre. En 2022, 306 bénévoles ont réalisé collectivement près de 1 000 heures de travail pour entretenir le parc, en éliminant environ 80 mètres cubes de plantes envahissantes. Juste à l’est du parc Everett Crowley, un autre groupe d’intendance environnementale travaille d’arrache-pied sur les sentiers qui serpentent à travers le quartier de Champlain Heights. En 2021, les résident·es ont remarqué que les plantes envahissantes proliféraient sur ces sentiers. Ensemble, ils ont formé l’association Free the Fern*. Tout comme l’ECPC, Free the Fern rassemble les résident•es grâce à des activités d’intendance environnementale, comme l’arrachage de plantes envahissantes et la plantation de plantes indigènes. Depuis 2021, leurs 277 bénévoles ont éliminé 50,33 tonnes de plantes envahissantes. Ils ont également planté plus de 1 300 plantes indigènes.

Catalyser un changement social dans les parcs 

“Les parcs ne sont pas seulement des lieux de détente avec de l’herbe et des arbres. Ils jouent aussi un rôle essentiel dans l’infrastructure sociale de nos villes. Selon nous, ils ont le potentiel de créer des lieux plus inclusifs et équitables, modelés par et pour les personnes qui les utilisent.”

Rapport Susciter le changement.

Notre rapport Susciter le changement propose cinq façons de catalyser un changement social dans les parcs, en particulier dans les quartiers mal desservis :

  1. Susciter un changement et un sentiment de responsabilité collective
  2. Renforcer la confiance personnelle et inspirer les leaders locaux
  3. Réduire l’isolement social et favoriser l’engagement civique
  4. Offrir un lieu de rassemblement aux groupes multiculturels 
  5. Soutenir le développement économique local

Nous nous sommes entretenus avec Grace Nombrado, la directrice générale de Free the Fern, pour voir comment ces cinq facteurs se manifestent à Champlain Heights. 

Femme blonde souriant devant un stand d'information
Source: Free the Fern, avec Grace Nombrado

1. Responsabilité collective

S’impliquer dans un parc près de chez soi peut ouvrir de nouveaux horizons et donner l’impulsion pour faire changer les choses et ainsi motiver les autres.

 L’une des stratégies pour créer un sentiment de responsabilité collective repose sur une approche associant la nécessité d’améliorer un parc et des discussions sur la manière de mobiliser continuellement les résident·es. 

Le centre communautaire de Champlain Heights est géré conjointement par la Commission des parcs de Vancouver et la Champlain Heights Community Association (CHCA). La CHCA s’occupe également de l’intendance du parc Everett Crowley. Le centre communautaire sert de plateforme dans le quartier en offrant aux résident·es des activités de loisirs et représente aussi une porte d’entrée pour s’investir dans le parc et l’entretien des sentiers. L’organisation d’événements, la présence de panneaux d’affichage et la possibilité de stocker des outils permettent au centre de connecter les résident·es avec ces ressources tout en les aidant à utiliser leur potentiel pour améliorer le parc, les sentiers et bien d’autres choses encore. 

2. Des bénévoles remarquables  

Acquérir des compétences et une plus grande confiance en soi en travaillant comme bénévole dans un parc peut avoir des retombées extérieures, notamment en développant un plus grand engagement civique. Et le fait de recruter une personne au sein du quartier pour organiser ces activités peut servir de pilier pour ces bénévoles. Ceci permet aussi de renforcer leurs capacités et de veiller à ce que les résident·es demeurent à la tête de ces groupes.

En tant qu’ancienne fondatrice de Free the Fern et actuellement directrice générale, Grace est aussi une bénévole passionnée qui se charge de recruter, superviser et soutenir ses collègues bénévoles. « Nos 9 membres du Conseil d’administration habitent tous dans le quartier Champlain Heights », explique-t-elle.

“La plupart des bénévoles qui participent chaque mois à l’élimination des espèces envahissantes et à nos activités de plantation à l’automne vivent à une courte distance de marche du sentier. Cette année, dans le cadre de notre projet Native Food Forest, nous avons introduit des événements de sensibilisation de manière à informer le grand public et pour les inviter à partager leurs idées. Nous distribuons des prospectus aux habitations proches du sentier et les diffusons dans les groupes de quartier sur Facebook. Par ailleurs, nous avons placé des panneaux sur le sentier avec notre site web pour que les gens puissent en savoir plus sur nos activités et y participer s’ils le souhaitent. Pour nous, il est important que les personnes qui vivent dans le quartier de Champlain Heights participent à l’entretien du réseau de sentiers.” 

Grace Nombrado, Directrice générale de Free the Fern

Un groupe de personnes lors d'une visite guidée dans un parc
Source : Everett Crowley Park Committee

3. Créer des quartiers inclusifs

Bien que les améliorations apportées à l’infrastructure physique d’un parc contribuent à y faire venir davantage de personnes, en réalité, ce sont les activités et les événements qui permettent de créer des liens bénéfiques entre les gens et qui donnent vie au parc. Pour ce faire, les programmes mis en œuvre dans les parcs doivent être inclusifs et représenter la population locale.

« L’inclusivité est un processus continuel qui cherche à comprendre à qui s’adressent ces services et comment répondre aux besoins des gens », dit Grace. « J’ai beaucoup appris sur la manière d’améliorer l’inclusivité en écoutant les bénévoles. » Elle se rappelle de témoignages des résidents ayant directement orienté leurs pratiques d’inclusion, comme l’achat d’outils de jardin extensibles pour les personnes en fauteuil roulant ou d’outils ergonomiques pour celles souffrant d’arthrite, la mise à disposition de collations et de boissons gratuites pour les bénévoles, et la gratuité de tous les événements. D’autres postes budgétaires à l’étude comprennent d’offrir des services de gardiennage d’enfants pendant les événements, ainsi que des coupons de transport prépayés.

“ Tout le monde doit avoir accès à l’éducation à l’environnement, quels que soient ses moyens financiers.” 

Grace Nombrado

4. Offrir un espace de rassemblement aux groupes multiculturels

Dans l’histoire, les parcs ont souvent servi d’espaces de démocratie en favorisant les échanges entre personnes de différents horizons. C’est pourquoi il est essentiel de reconnaître les obstacles existants et de les supprimer afin que les gens puissent travailler ensemble. Une stratégie intéressante pourrait être pour les municipalités de revoir la surveillance des parcs en adoptant une approche centrée sur l’équité afin de supprimer d’éventuels obstacles, tel un manque de clarté dans la gestion des parcs et dans ce qui est permis.

« Lorsque les gens me demandent si le terrain appartient à la Ville, je leur réponds : “Oui, et NOUS faisons partie de la Ville”. » En tant que citoyen·nes, nous devrions considérer les parcs comme des lieux dédiés à nous tous. Des lieux où nous pouvons nous rassembler, prendre soin de la terre et nous reconnecter avec celle-ci. » 

Grace Nombrado

Grace parle aussi de trouver un équilibre entre la peur initiale d’enfreindre les règles de la municipalité et la volonté de faire preuve de transparence. Free the Fern est née du désir des citoyen·nes issus de diverses communautés ethniques de prendre soin de la terre collectivement. La municipalité ne savait pas comment soutenir ce groupe. Fallait-il instaurer des consignes de sécurité? Quel membre du personnel municipal allait superviser le groupe? Lorsque le projet a commencé à s’enliser dans la paperasse, Free the Fern a décidé d’inviter des employés municipaux à venir parcourir le sentier. Découvrant des centaines de fougères, de mahonias à feuilles de houx, de gaylussacia et de sapins Douglas, le personnel de la Ville a été impressionné par l’ampleur du travail accompli de leur propre chef par les résident·es du quartier. La municipalité a alors décidé d’apporter tout son soutien aux activités d’intendance de Free the Fern.

5. Soutenir le développement économique local

Les répercussions économiques des parcs se mesurent souvent en fonction de l’augmentation de la valeur foncière des propriétés adjacentes. Cette conséquence provoque souvent des inquiétudes concernant l’embourgeoisement de ces quartiers. Toutefois, les parcs peuvent aussi offrir de nombreux avantages aux habitant·es du quartier et servir notamment de levier de pression.

« Champlain Heights est un quartier expérimental à revenu mixte construit dans les années 1970 », explique Grace. « Plutôt que de construire des maisons individuelles, la municipalité a choisi de construire des lotissements avec des maisons en rangée composées de logements sociaux, de coopératives d’habitation, de copropriétés et de logements pour personnes âgées… Et le bail des locataires d’un grand nombre de ces coopératives d’habitation arrive à échéance. Beaucoup s’inquiètent et se demandent si la Ville va renouveler les contrats de location ou décider de réaménager le quartier avec éventuellement des tours d’habitation pour densifier le quartier. »

“Le réseau de sentiers de Champlain Heights, qui ne représente plus qu’une simple bande de la forêt de sapins Douglas d’origine, est aussi un terrain à bail et ne bénéficie d’aucune protection face aux promoteurs immobiliers. L’une des meilleures manières pour les citoyen·nes de protéger le sentier de la prospection immobilière est de l’entretenir. En arrachant les herbes envahissantes et en replantant des espèces indigènes, nous montrons que ce réseau de sentiers possède un écosystème sain et divers au lieu d’être perçu comme une zone dangereuse. En créant des liens entre les résident·es et en donnant de notre temps comme bénévoles, nous augmenterons aussi nos chances pour faire pression sur la municipalité lorsque les baux arriveront à échéance dans le quartier. En créant une communauté épanouie et diversifiée, nous avons démontré que le quartier “expérimental” de Champlain Heights a trouvé son équilibre.” 

Des personnes en train d'enlever des plantes envahissantes
Source : Free the Fern

Les activités d’intendance dans les parcs ont le potentiel d’enrichir la vie et d’améliorer la santé de la population. Cependant, pour faire en sorte que les quartiers méritant l’équité, comme celui de Champlain Heights, puissent profiter de ces avantages, nous devons éliminer les obstacles sur leur chemin. Free the Fern et the Everett Crowley Park Committee apporteront ainsi une contribution essentielle au Réseau des Parcs Cœur vital en démontrant ce qu’il est possible de faire dans leur quartier. 

Les Parcs Cœur vital montrent l’exemple. À travers des activités d’intendance environnementale, ils contribuent à améliorer la santé et la qualité de vie des personnes de tous les horizons*, de tous les âges*, parlant différentes langues* et ayant différentes capacités physiques. Lisez les Rapports des Parcs Cœur vital pour découvrir comment ces activités contribuent à améliorer la santé et la qualité de vie des gens. Et suivez les avancées de nos nouveaux partenaires Free the Fern et ECPC qui démontrent comment mieux soutenir les quartiers méritant l’équité.