Pourquoi les événements dans les parcs sont-ils importants ? Comment les subventions s'intègrent-elles dans les objectifs plus larges des Ami·es des parcs pour susciter des changements dans les parcs urbains ?
Alors que Dave Harvey prend sa retraite de son poste de co-dirigeant chez Ami·es des parcs, il revient sur le chemin parcouru depuis la fondation de l'organisation en 2011.
Désireuse de changer les choses, Geneviève a réfléchi à la manière de répondre durablement au problème de la faim dans son quartier et a décidé de créer un écosystème agricole vivant et pédagogique composé de trois jardins urbains.
Avec le soutien d'Ami·es des parcs, VUFF a imaginé une forêt nourricière comme un refuge pour les communautés autochtones urbaines et les résident·es à faible revenu.
Le parc Jarry à Montréal, le secteur riverain de Toronto, le parc CRAB à Vancouver… De nombreuses personnes se mobilisent pour protéger les lieux qu’elles aiment.
Découvrez cette pratique en plein essor qui encourage les personnes à renouer avec la nature et les autres afin de favoriser leur bien-être mental, physique et social.
Créer des liens, soutenir, s'inspirer, dynamiser les parcs urbains – Abonnez-vous à notre infolettre et restez informé·e !
En faisant un don à Ami·es des parcs, vous contribuez à rendre les parcs plus vivants et accessibles à tout le monde.
En août dernier, plus d’un millier de personnes à Montréal ont manifesté pour l’avenir du parc Jarry, brandissant des pancartes exprimant leur attachement à ce lieu. Celles-ci protestaient contre la construction d’un nouveau stade de 15 000 places par Tennis Canada, une organisation qui gère des tournois professionnels et occupe actuellement environ 25 % de la superficie du parc. Si ce projet aboutissait, le stade empiéterait sur davantage d’espaces verts, y compris un terrain de baseball public.
L’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension s’est mobilisé en masse. Le parc Jarry est particulièrement crucial pour le bien-être des habitant·es du quartier Parc-Extension. Celui-ci est marqué par une forte précarité économique, un accès limité aux espaces verts et une vulnérabilité accrue aux vagues de chaleur en raison d’une surabondance de surfaces asphaltées.
La marche pour le parc Jarry a eu lieu seulement deux semaines après que le gouvernement fédéral a annoncé qu’il ne donnerait pas suite à l’expansion de l’aéroport Billy Bishop situé au bord du lac Ontario à Toronto. Ce projet d’extension, porté par le gouvernement de l’Ontario, avait suscité une forte opposition publique, notamment en raison de ses répercussions sur les îles de Toronto et le parc Little Norway. Organisée par le collectif NoJetsTO, une manifestation prévue s’est finalement transformée en célébration.
« Cette victoire contre l’expansion de cet aéroport ainsi que le parc [Biidaasige] illustrent une vision collective : d’un côté, elle démontre la conviction commune que se mobiliser auprès du gouvernement vaut encore la peine, même à une époque empreinte de cynisme. De l’autre, elle montre que la détermination acharnée des citoyennes et des citoyens en faveur d’une ville meilleure peut avoir des effets véritablement transformateurs. »
S’exprime John Lorinc, éditeur principal du magazine Spacing, au sujet de Toronto, mais cela s’applique tout aussi bien à Montréal. Le Front commun pour la protection du parc Jarry, une coalition regroupant divers activistes, ne se contente pas de s’opposer à ce qu’il ne veut pas : il porte aussi une vision ambitieuse de ce qui pourrait être possible à la place. Leurs revendications comprennent une demande faite à la Ville de Montréal de créer un conseil public composé d’usagères et d’usagers du parc Jarry et doté de véritables pouvoirs décisionnels. Si la planification et la mise en œuvre de ce projet se déroulaient comme escompté, celui-ci pourrait représenter une structure de gouvernance innovante. Et permettrait d’aller au-delà des consultations publiques ponctuelles pour s’orienter vers une collaboration à long terme, au niveau du pouvoir décisionnel, entre la municipalité et les citoyen·nes.
Que peut-on retenir de l’attachement à leurs parcs démontré cet été par les habitant·es de Toronto et de Montréal?
Patrick Corrigan pour le Toronto Star:
Il ne suffit plus de dire « faites-nous confiance ». Si les gouvernements veulent obtenir le soutien du public pour un projet ayant une incidence majeure sur le paysage urbain, ils doivent présenter leurs arguments de manière transparente. Évoquer des études de faisabilité secrètes, qu’il s’agisse d’un stade de tennis ou d’un aéroport, ne passera plus. Et plus cela se produira, plus les citoyen·nes perdront confiance dans la démocratie. Heureusement…
Des recherches* montrent que les grands mouvements de protestation, comme celui de la place Tahrir en Égypte en 2011, ne sont plus aussi efficaces qu’avant pour provoquer des changements. Les réseaux sociaux permettent aux organisateurs de mobiliser un grand nombre de personnes sans avoir à établir au préalable l’infrastructure militante (relations, réunions, collectes de fonds, etc.) qui était autrefois nécessaire. Les liens qui unissent ces activistes sont par conséquent peu solides.
Mais quand on se bat pour un lieu proche de chez soi, surtout un endroit que l’on fréquente quotidiennement, l’activisme devient alors beaucoup plus concret. Il repose sur les relations locales et les lieux où l’on se rassemble. On peut même le voir depuis sa fenêtre. Des interventions visuelles fortes, comme les projections lumineuses et les bannières sur les balcons du Front commun, tirent parti de ce lien direct avec le lieu et encouragent encore davantage de personnes à se sentir partie prenante du mouvement.
Les combats pour le parc Jarry et pour les bords du lac Ontario à Toronto ne sont pas encore gagnés. Mais la tendance semble s’inverser dans les deux cas. Si l’on imagine le jour où les activistes célébreront leur victoire, que pourrait-il se passer ensuite?
De nombreux mouvements de défense des parcs stimulent ou renouvellent l’implication et les initiatives portées par la population, qui perdurent pendant des années. Parmi mes exemples préférés, j’aimerais mentionner le parc CRAB à Vancouver. La lutte des résident·es pour favoriser l’accès public à l’eau a conduit à la création d’un parc unique au sein du port de Vancouver. CRAB qui signifie « Create a Real Available Beach » [Créer une vraie plage accessible] a été le cri de ralliement des personnes qui se sont battues pour la création de ce parc. Bien qu’il ait été inauguré sous le nom de parc Portside en 1987, la Commission des parcs de Vancouver a reconnu en 2004 qu’il était désormais, et pour toujours, le parc CRAB, et lui a rendu son nom d’origine.
À Toronto, la création du groupe de travail Bring Back the Don pour la revitalisation de la rivière Don est née du travail de plaidoyer des citoyen·nes* qui organisèrent en 1969 de fausses funérailles de la rivière Don afin d’attirer l’attention du public. Par la suite, des projets visionnaires de renaturalisation, comme le parc Biidaasige*, verront le jour. Même si beaucoup refuseraient encore de boire un verre d’eau de la rivière Don, la population aussi bien que la faune rétablissent aujourd’hui leur lien avec ce cours d’eau d’une manière qui suscite une immense joie partout à Toronto. Grâce à l’ingéniosité des étudiant·es à l’origine de cette mobilisation, et à bien d’autres personnes depuis.
Chez Ami·es des parcs, nous observons souvent dans notre travail des groupes évoluer de la mobilisation pour les espaces verts vers la préservation environnementale de ces lieux. Ce nouveau rôle s’appuie sur les apprentissages et les relations développés au cours de leur mobilisation, mais les amène aussi à acquérir de nouvelles compétences et à développer de nouvelles idées. Libérés de la nécessité de s’organiser autour d’un adversaire commun, les groupes qui se mobilisent pour les parcs sont à la fois mis au défi et encouragés à porter une vision résolument positive pour leur espace, en transformant leur attachement à celui-ci en un engagement à long terme pour le protéger et permettre à d’autres d’en profiter.
« En bref, on peut comprendre cette période étrange comme une confrontation épique entre un avenir imaginé et un présent rendu réel par des milliers d’actes individuels d’imagination »,
John Lorinc encore une fois.* « Un présent rendu réel par des milliers d’actes individuels d’imagination » : voilà qui ressemble à une revitalisation de la sphère civique, prenant racine dans les possibilités plutôt que dans la peur. Et tout commence dans les parcs.
En 2026, 34 organisations à travers le pays reçoivent un financement du Fonds Connexion Nature d’Ami·es des parcs. Grâce à des programmes axés sur la nature, à des projets concrets d’intendance et de restauration, ainsi qu’à d’autres formes de gestion durable des milieux naturels, elles contribuent à l’épanouissement des personnes et de la nature.
Le Fonds comprend deux volets : le volet émergent (jusqu’à 5 000 $) et le volet croissance (jusqu’à 20 000 $).
Volet croissance
Décoloniser et restaurer un site de 1,5 hectare (Listen Garden du parc provincial Fish Creek) en régénérant les sols, en réintroduisant des plantes indigènes, en créant des jardins favorisant la biodiversité et en valorisant les voix autochtones grâce à des ateliers éducatifs, des visites audio du site, des panneaux d’interprétation et plus encore.
www.friendsoffishcreek.org
Volet émergent
Rassembler les résident·es grâce à des activités pratiques de restauration, à de l’éducation en matière d’intendance écologique et à l’entretien collectif d’habitats de plantes indigènes et de jardins locaux à North Glenora, Edmonton.
www.northglenora.org
Root for Trees – Poursuivre la restauration forestière en plus que doublant la superficie du projet initial, tout en obtenant la désignation officielle d’un tronçon de 100 km de la vallée de la rivière comme corridor favorable aux oiseaux (Bird Friendly Corridor) aux côtés d’Edmonton Valley Zoo.
www.ervcc.com
Hike the Greenbelt – Une série d’activités en plein air, d’éducation environnementale et de mobilisation citoyenne dans des espaces verts et des parcs essentiels de la municipalité régionale d’Halifax.
www.ecologyaction.ca
Green Labs Environmental Education – Accompagner les participant·es dans l’exploration des biomes de la Terre, de la biodiversité locale et des stratégies de réduction des déchets grâce à des activités pratiques comme le vermicompostage et des sorties éducatives sur le terrain.
www.hopeblooms.ca
Organiser des activités de mobilisation jeunesse avec la Coalition des ami.es du parc Jarry afin d’initier les élèves du secondaire à l’apprentissage environnemental et à l’intendance écologique.
Organiser des activités de mobilisation citoyenne et d’éducation au jardinage collectif et à la ferme urbaine.
www.facebook.com/fermettepointesaintcharles
Semaine des pollinisateurs et BioBlitz du papillon monarque – Organiser un kiosque interactif de sensibilisation aux pollinisateurs, ainsi qu’une activité d’observation citoyenne et un recensement participatif des papillons.
www.vertcite.ca
Restaurer un milieu humide dégradé grâce à l’arrachage d’espèces envahissantes mené et à la plantation d’espèces indigènes afin d’améliorer la filtration de l’eau et de soutenir la faune locale.
www.ecopap.ca
Achever un corridor écologique à Montréal grâce à l’aménagement de plates-bandes, de bacs comestibles et à l’animation du site par des visites guidées et des activités de collecte de semences.
www.instagram.com/ruelle_esperanza_verde
Contrôler les espèces envahissantes et planter des arbres et des arbustes indigènes grâce à plusieurs programmes de bénévolat, ainsi qu’à des initiatives de science citoyenne (programme de décompte des oiseaux, Mission Monarch et d’autres programmes).
www.lemontroyal.qc.ca/en
Développer l’intendance environnementale citoyenne dans le corridor écologique au pied du mont Royal grâce à des activités de bénévolat, des panneaux d’interprétation sur la biodiversité locale, des promenades guidées et la plantation d’arbres, d’arbustes, de vivaces et de fleurs sauvages sur plusieurs sites (cours d’école et jardins collectifs, forêts nourricières et plates-bandes pouvant être “adoptées”).
www.corridorecologiquedarlington.org/en
Soutenir la création d’une mini-forêt inspirée de la méthode Miyawaki. Ce projet comprend la participation de la communauté, des activités d’éducation, la préparation des sols et la plantation.
www.urbanature.org
Accroître le programme de pâturage ciblé et d’intendance environnementale citoyenne de Meewasin dans trois nouveaux sites de conservation urbains et périurbains, représentant une expansion importante de la réintroduction du pâturage dans les prairies naturelles depuis plus de 20 ans.
www.meewasin.com
Créer un cercle d’intendance destiné aux jeunes 2SLGBTQIA+ et BIPOC afin de cultiver des plantes vivaces indigènes et des plantes favorables aux pollinisateurs le long du bassin versant de la rivière Humber, tout en renforçant les liens avec la communauté, la culture et le territoire.
Mobiliser les résident·es grâce à des séances hebdomadaires d’intendance axées sur la construction de plates-bandes surélevées, la gestion des espèces envahissantes, la culture de plantes vivaces indigènes et l’organisation d’échanges saisonniers de semis et de semences.
Organiser une série d’ateliers et de promenades guidées avec des gardien·nes du savoir autochtone portant sur l’intendance de l’eau, la protection des milieux humides et le renforcement des liens avec les écosystèmes locaux.
Accroître la biodiversité locale grâce à l’élimination des espèces envahissantes, à la plantation d’espèces indigènes et de plantes favorables aux pollinisateurs ainsi qu’à la création d’un jardin autochtone des Trois Sœurs, accompagné de promenades éducatives et d’ateliers sur le compostage et la conservation des bassins versants.
www.gnntoronto.ca/groups/prairie-drive-park-group
Développer l’intendance environnementale citoyenne grâce à une distribution de plantes indigènes et à une activité éducative aidant les résident·es à créer et à soutenir des habitats favorables aux pollinisateurs partout à Toronto.
www.friendsofguildpark.com
Restaurer les écosystèmes des parcs grâce à la plantation d’arbres, à la création de jardins indigènes et à des promenades guidées offrant une éducation environnementale multilingue en anglais, en tagalog et en farsi.
Étendre les efforts de conservation des tortues à trois parcs supplémentaires de Toronto tout en appliquant l’approche de la double perspective (Two-Eyed Seeing / Etuaptmumk) afin de soutenir la biodiversité urbaine et de renforcer l’intendance environnementale citoyenne.
www.turtleprotectors.com
Renforcer la résilience écologique citoyenne sur plusieurs sites de parc grâce à l’élimination des espèces envahissantes, à la restauration de plantes indigènes, tout en élargissant les possibilités pour les résident·es de participer à des activités d’intendance.
www.torontonaturestewards.org
Développer des programmes inclusifs d’éducation à la nature, d’intendance et de science citoyenne qui protègent les écosystèmes rares de High Park tout en mobilisant près de 1 000 bénévoles pour des activités concrètes de restauration.
www.highparknaturecentre.com
Créer des liens entre les participant·es et l’environnement tout en favorisant le leadership communautaire grâce à des activités dirigées par les jeunes, comme des promenades en nature et des projets collaboratifs d’intendance environnementale.
www.ctsyouthsociety.com
Soutenir les jeunes dans la planification et la réalisation de projets de restauration écologique à petite échelle, et documenter les résultats afin d’en assurer la reproductibilité et le déploiement futur.
www.unya.bc.ca
Restaurer le réseau de sentiers de Champlain Heights dans un quartier en quête d’équité grâce à des ateliers éducatifs gratuits, des activités pratiques d’élimination d’espèces envahissantes, deux grandes journées de plantation et six journées d’éducation et de plantation destinées aux jeunes.
www.freethefern.ca
Organiser une activité de plantation citoyenne afin d’accueillir de nouvelles personnes engagées dans l’intendance et de créer une nouvelle zone humide éphémère le long de Still Creek, contribuant à réduire les inondations, à recharger les eaux souterraines et à accroître la biodiversité.
www.stillmoonarts.ca
Organiser une série de promenades guidées avec des Aîné·es autochtones au parc Stanley afin de rassembler des membres de diverses communautés pour apprendre, créer des liens et renforcer leurs relations avec la terre, et entre eux.
www.southvan.org
Organiser un BioBlitz d’une journée réunissant des spécialistes et le public afin de documenter la biodiversité locale et d’identifier les espèces à risque ou envahissantes.
www.entsocbc.ca
Réaliser des activités de restauration avec des partenaires communautaires et des groupes autochtones afin de retirer au moins 2 000 livres de déchets et d’espèces envahissantes des forêts urbaines, des milieux humides et des rives du Grand Vancouver.
www.weboflifesociety.ca
Un programme de naturalistes bénévoles proposant de l’interprétation sur l’écologie intertidale, les milieux humides et les colonies de hérons, ainsi que des séances mensuelles d’intendance environnementale comprenant l’élimination d’espèces envahissantes, la plantation d’espèces indigènes, la cartographie et l’entretien des habitats de plusieurs sites.
www.stanleyparkecology.ca
Poursuivre l’intendance environnementale citoyenne grâce à des activités d’élimination d’espèces envahissantes et de plantation, des promenades accessibles sur la nature et les espèces, des ateliers autochtones « Reconciliation Through Restoration » et la formation Green Guardians.
www.ecpcstewards.ca
Développer un modèle reproductible de conservation des terres dirigée par les peuples autochtones grâce à un programme d’apprentissage élaboré conjointement, une formation de formateur·rices, une initiative Adopt-A-Patch et des rencontres continues d’intendance.
www.swanlake.bc.ca
Mobiliser les jeunes afin de cultiver et de distribuer des plantes et des semis indigènes pour transformer les paysages autour de la Grant Park High School et d’autres écoles de Winnipeg.
www.winnipegtrails.ca
Comme les parcs sont utilisés par des gens différents qui ne partagent pas la même définition du sentiment de sécurité, c’est un sujet très compliqué. Ce qui contribue au sentiment de sécurité chez une personne peut avoir l’effet contraire sur une autre. Fondamentalement, la notion de sécurité est l’état d’esprit d’une personne qui vit dans un monde prévisible et ordonné sur lequel elle exerce un certain contrôle. Le besoin de sécurité de chaque individu vient après ses besoins physiologiques de base.
Comment créons-nous des environnements sûrs dans les parcs?
Nous nous sommes adressés à deux groupes communautaires voués à un parc qui ont été aux prises avec des problèmes de sécurité et qui travaillent fort pour rendre leur parc accueillant, inclusif et sûr. Voici ce que nous avons appris.
Quand une agression sexuelle a eu lieu au Graham Park en septembre 2017, le voisinage du quartier St. Clair West de Toronto s’en est trouvé dévasté. Les gens ont déserté le parc et l’allée qui y conduisait.
Les problèmes de sécurité dans le parc ont pris de l’ampleur au fil des ans et l’agression sexuelle a poussé les membres de la collectivité autour de Graham Park à agir. Se sentant impuissants pour régler ce problème complexe, ils ont communiqué avec Metrac, un organisme à but non lucratif de Toronto offrant des services de sécurité novateurs aux collectivités, notamment des audits de sécurité. Selon sa description, Metrac a pour objectif d’« améliorer l’environnement pour qu’il soit plus sécuritaire, plus inclusif et moins menaçant ».
Quand Julian Back a communiqué avec Metrac, une formation d’une journée a été prévue, suivie d’un audit de sécurité auquel tous les membres de la collectivité et les utilisateurs du parc pouvaient participer. Des employés clés du gouvernement et du parc ont aussi été invités.
Le processus d’audit de sécurité de Metrac s’articule essentiellement autour d’une tournée complète du parc pour que chacun puisse réfléchir à ses expériences et à son sentiment de sécurité à des endroits précis du parc.
Metrac souligne que le « résultat de l’audit s’appuie sur les expériences vécues ».
Pour cela, Metrac encourage fortement les groupes à faire un effort supplémentaire pour s’assurer que des gens d’âges et d’horizons différents participent à l’audit. Plus facile à dire qu’à faire. Les groupes sont encouragés à déborder des principes généraux de mobilisation pour garantir la verbalisation et la prise en compte de divers points de vue. Une méthode efficace consiste à travailler avec les leaders communautaires en qui les gens ont confiance. Il suffit de les former et de leur communiquer les messages clés pour répondre aux préoccupations pour aider à obtenir une représentation diversifiée.
Même si votre ville ne compte pas un pendant de Metrac, il est essentiel d’organiser une discussion avec animateur sur les problèmes du parc. Un animateur expérimenté fera en sorte que les points de vue soient écoutés respectueusement et qu’un groupe ou une personne en particulier ne se sente pas visé par la discussion, même si des voix discordantes émergent.
Par exemple, les jeunes qui se réunissent aux tables à pique-nique peuvent, avec raison, ne pas se sentir les bienvenus quand les adultes leur lancent des regards accusateurs ou passent des commentaires désobligeants. À l’inverse, les adultes peuvent ne pas sentir en sécurité quand de grands groupes de jeunes se rassemblent dans le parc. Il faut diriger la discussion avec beaucoup de tact pour que chacun reconnaisse et admette les perceptions différentes et contradictoires de la sécurité, mais c’est faisable.
« L’audit de sécurité est une occasion pour la collectivité d’apprendre à mieux régler les conflits ensemble »
Linda Frempong, coordonnatrice des audits de sécurité pour Metrac.
Un autre groupe de Toronto voué à un parc, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette, s’est formé pour aider à améliorer les conditions du parc qui a été négligé pendant des années et était dans un état lamentable de délabrement (bancs, équipement de terrain de jeu et lampadaires cassés, arbres morts, etc.).Masaryk Park est situé dans le quartier Parkdale à Toronto, où des gens aux prises avec des problèmes de dépendance côtoient la plus grande concentration de Tibétains hors d’Asie. C’est aussi un quartier qui s’embourgeoise rapidement.
Le groupe Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a pris des mesures concrètes pour recueillir les commentaires du plus grand nombre de personnes possible du quartier.
Susan Armstrong a fondé ce nouveau groupe en lançant une pétition pour demander à la ville de remplacer une structure de jeu brisée. La pétition comprenait des photos de la structure en piteux état et a donné au groupe une raison de joindre la collectivité et de lui faire savoir qu’il travaillait activement pour interpeller l’administration municipale. Il a aussi annoncé qu’une réunion aurait lieu dans le parc après le dépôt de la pétition pour discuter des étapes suivantes.
« En fait, les résidents plus riches ont tendance à s’exprimer davantage et à laisser peu de place aux autres », explique Susan.Le groupe a réglé ce problème en décentralisant la discussion, c’est-à-dire qu’il a permis aux gens de partager leur point de vue sur les changements qui pourraient être apportés dans les endroits du parc qu’ils fréquentent. Un petit groupe de bénévoles a rencontré les résidents un par un pour les informer des changements éventuels et pour recueillir leurs commentaires. C’est aussi une excellente façon pour les groupes voués aux parcs de rencontrer les voisins et de joindre des résidents qui autrement, ne se seraient peut-être pas manifestés. Des avis sur les changements ont également été affichés à la bibliothèque, au centre communautaire, à diverses réunions communautaires et, bien sûr, dans le parc.
Le rapport de 40 pages de Metrac sur Graham Park formule de nombreuses recommandations pour améliorer l’éclairage et la visibilité, les caractéristiques du parc, la qualité de l’entretien, l’accès au parc et son embellissement afin de créer un espace attrayant et invitant. Le rapport a été communiqué au conseiller municipal et à la police.
Julian Back sait qu’il faudra du temps pour mettre en œuvre les changements et il est convaincu que les principaux changements structurels seront éventuellement apportés. Mais il s’est aussi rendu compte que les petites victoires contribuent à entretenir l’enthousiasme.
L’aménagement d’une entrée plus attrayante dans le parc était l’une des principales recommandations du rapport. Avant, une affiche forçait les gens à entrer dans le parc par un passage étroit grossièrement pavé et pas très rassurant. Maintenant que l’affiche a été déplacée et que le chemin a été repavé, l’entrée du parc s’en est trouvée agrandie. Comme il s’agit de la voie d’accès au parc, le changement a fait forte impression dans la collectivité.Autre conclusion du rapport : la ruelle au fond du parc étant couverte de graffitis, la vue dans le parc était rebutante et sinistre.Grâce aux fonds recueillis dans le cadre d’une campagne de financement participatif organisée par la collectivité et au soutien de la municipalité, Julian Back et Kim Lesperence ont retenu les services de Wall Expressions and Street Art Toronto et 40 murs et garages ont été recouverts d’œuvres d’art colorées en une seule fin de semaine. Ce blitz de peinture a permis de créer une éclatante « galerie d’art extérieure ».
Julian et Kim ont invité la collectivité à participer à une fête au parc Graham pendant que les artistes étaient à l’œuvre. La fête a été l’occasion de présenter les nouvelles murales qui ont ajouté l’éclat qui faisait cruellement défaut dans le parc.
Susan de Friends of Masaryk Park insiste sur l’importance des petits changements.
« Une fois que les résidents remarquent quelques améliorations, leur opinion sur le parc commence à changer. »
Une fois la pétition déposée, la structure de jeu du parc a été remplacée dans un délai de six mois. Ensuite, la ville a enlevé une clôture et une zone dense de buissons et baissé une colline pour améliorer le panorama et rendre le parc plus invitant et accessible à partir de la rue.
Au cours des deux prochaines années, les bancs cassés seront enlevés et remplacés, et enfin, un plus grand nombre de poubelles seront installées pour améliorer considérablement la propreté. De petits changements pour de grands résultats.
Susan a appris qu’il est important d’avoir un plan pour apporter des changements dans le parc, mais aussi qu’il faut être prêt à faire preuve de souplesse.
« Présentez toujours poliment vos demandes à la ville et insistez sur la sécurité », conseille-t-elle.Naturellement, il reste encore beaucoup d’autres points à la liste des requêtes des Friends of Masaryk Park, mais c’est un processus à longue échéance qui comporte des avantages : les gens ont le sentiment que l’histoire du parc est respectée et constatent les effets des petits changements sur l’utilisation du parc.
Le sentiment de sécurité augmente quand plus de gens sont invités à venir au parc. En général, un endroit animé est un endroit sécuritaire. Ce qui renvoie au principe des « yeux sur la rue » de Jane Jacobs.
Friends of Masaryk Park collabore depuis longtemps avec les organismes locaux pour animer le parc. Greenest City, organisme à but non lucratif local, a aménagé le magnifique jardin communautaire HOPE dans le parc, et il s’est associé aux Friends of Masaryk Park pour organiser des fêtes, des projets artistiques et des repas-partage et fournir du soutien pour le marché Good Food estival et automnal.
De plus, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a collaboré avec la bibliothèque locale pour offrir des séances de lecture aux enfants, a obtenu des tambours du centre de santé communautaire pour donner des leçons de batterie offertes par la collectivité et a aidé l’organisme Greenest City à organiser un marché Good Food dans le parc.
Friends of Masaryk Park organise aussi ses propres activités, comme des repas familiaux à la pizza dans le parc, le défilé des citrouilles, la vente annuelle de livres à 50 cents pour enfants, des soirées cinéma et de combats d’eau.
Susan conseille d’être patient, de bonifier et de répéter les activités, car il faut littéralement des années avant qu’elles ne deviennent populaires.
Depuis les changements dans Graham Park, Julian a constaté que plus de jeunes vont au parc et plus de camps de jour d’été y organisent des activités. C’est le début d’un long parcours pour rétablir le sentiment de sécurité au sein de la collectivité, et les effets positifs se font déjà sentir.années suivantes. Qui plus est, tout le monde aura besoin de décompresser. Cela sera aussi une bonne occasion d’échanger ses impressions sur l’événement !
Comment bien préparer le prochain groupe de bénévoles à jouer son rôle? Diane Dalkin, présidente de Friends of Reader Rock Garden Society (FoRRGS)* à Calgary, s’est fait un point d’honneur de planifier la relève pour le poste de présidente bénévole du Conseil bien avant d’être prête à quitter ses fonctions auprès de ce groupe consultatif bénévole sans but lucratif. Voici ses conseils sur la planification de la relève pour aider votre groupe à assurer son avenir.
Depuis le premier jour, Diane Dalkin exerce ses activités en partant du principe qu’elle ne travaillera pas toujours pour cet organisme. Elle en a parlé ouvertement avec le conseil d’administration et a décidé d’utiliser ce principe comme ligne directrice dans le cadre de ses fonctions. Elle admet d’emblée que cette approche a radicalement changé le mode de fonctionnement de son groupe. La planification intégrée de la relève a incité son équipe à codifier les pratiques et à documenter les données historiques de façon plus délibérée. Par exemple, il y avait depuis longtemps une entente verbale entre FoRRGS et la Ville de Calgary : la ville s’était engagée à fournir au groupe un accès gratuit à ses locaux et du matériel de marketing, et FoRRGS, à gérer les programmes éducatifs et à participer aux collectes de fonds pour le parc. Peu après ses débuts comme présidente du Conseil, Diane a demandé que cette entente verbale soit officialisée par écrit au moyen d’une lettre d’entente annuelle, pour que les futurs membres du groupe et le personnel municipal aient une compréhension claire de l’accord mutuel et en bénéficient, peu importe les changements de personnel.
Diane croit fermement que le potentiel de leadership peut provenir de n’importe quel secteur dans l’organisation et que l’accueil de nouvelles personnes est la clé de la planification de la relève. C’est pourquoi elle a mis en place des stratégies qui facilitent l’accès aux gens qui veulent se joindre à FoRRGS. Voici ses conseils à cet égard
Diane et son groupe ont changé la structure d’adhésion pour permettre aux gens de se joindre à la FoRRGS sans avoir à siéger au conseil. De cette façon, les nouveaux membres peuvent entrer facilement dans l’organisation, lui consacrer du temps et leurs talents en fonction de leur disponibilité, et apprendre les rouages de l’organisation. C’est aussi pour eux l’occasion de s’approprier l’objectif du groupe, avant de s’investir davantage à titre de membre du conseil d’administration. Diane explique que cette stratégie a permis d’attirer plusieurs nouveaux membres dans le groupe et qu’elle sert maintenant de passerelle pour approfondir l’engagement.
FoRRGS a un récit extraordinaire à raconter sur le parc historique Reader Rock Garden. Diane a rapidement réalisé que ce récit devait être présenté sur des plateformes de marketing importantes comme le site Web de l’organisme. Reconnaissant l’importance de la technologie dans la stratégie de communication actuelle (par ex. les médias sociaux), Diane a misé sur le recrutement de gens doués en technologie en mesure de créer le site Web et le contenu des médias sociaux. Diane croit que la forte présence en ligne du groupe, où l’on présente l’héritage du parc, son histoire, la vie des plantes, les nouvelles et les événements, est essentielle pour attirer de nouveaux publics.
Auparavant, le groupe était principalement constitué de passionnés d’histoire. Diane et l’équipe de FoRRGS ont réalisé qu’il y avait une occasion en or d’attirer différents usagers du parc dans le groupe. Ils ont donc invité des amateurs de plantes, des enseignants, des photographes, des ornithologues amateurs et des amoureux inconditionnels du parc à s’investir davantage auprès de l’organisme. Aujourd’hui, l’équipe comprend notamment des maîtres-jardiniers, des enseignants à la retraite, des ingénieurs, des géologues, des professeurs de yoga, des artistes, des professionnels des communications, des conseillers financiers et des étudiants. La diversité du groupe fait en sorte que les idées continuent de susciter de l’intérêt et permet de mettre sur pied des programmes qui séduisent un vaste public parmi les utilisateurs du parc.
Diane a mis différentes pratiques en place pour faire en sorte que les données importantes du parc soient conservées dans la mémoire institutionnelle, et non seulement dans la mémoire d’une personne. Par exemple, les membres de l’équipe sont encouragés à travailler en équipe de deux et à mettre l’accent sur le partage d’information. Ainsi, un des deux membres encadre le perfectionnement d’une aptitude en particulier de son coéquipier, et si quelqu’un doit quitter le groupe, un autre bénévole prend le relais et fait avancer les projets. Bien sûr, personne n’aime penser qu’une histoire tire à sa fin. Mais lorsqu’on prévoit la fin dès le début de son engagement bénévole, on peut faire du dernier chapitre un moment heureux et réussi pour tout le monde.
En tant que petit organisme communautaire, comment recueillez-vous des fonds pour atteindre vos objectifs? Vous devez attirer de nouveaux membres, entreprendre des projets pouvant comporter des coûts de base et annoncer les activités que vous organisez. Et quand vous voulez réaliser un projet ambitieux, vous devez redoubler de créativité pour recueillir des fonds.
Au Canada, les organismes populaires peuvent être une association, une administration fiduciaire, un organisme sans but lucratif ou un organisme de bienfaisance. Seuls deux d’entre eux vous permettent de remettre des reçus fiscaux et de présenter une demande pour obtenir la plupart des subventions publiques. Il s’agit des administrations fiduciaires et des organismes de bienfaisance. La constitution d’une administration fiduciaire est la façon la plus simple et la plus rapide de délivrer des reçus fiscaux et d’avoir accès aux subventions. Essentiellement, vous associez votre groupe à un organisme de bienfaisance dont le mandat s’apparente au vôtre. Les reçus fiscaux sont importants pour les donateurs, surtout les grands donateurs, parce qu’une partie des fonds donnés sont déduits de leur revenu.
Le processus d’association avec une administration fiduciaire est relativement simple. Commencez par trouver un organisme de bienfaisance inscrit dont le mandat est similaire au vôtre. Par exemple, si votre mandat consiste à entretenir et à améliorer un parc local, vous pourriez vous associer avec un organisme de bienfaisance environnemental, même si son mandat consiste à protéger les aires naturelles au Canada.
Faites ensuite une proposition à cet organisme. Il ne fera pas de tort d’avoir quelqu’un de votre côté au sein de l’organisme. À un moment donné, vous aurez probablement besoin d’expliquer vos objectifs à son conseil d’administration.Pour constituer une administration fiduciaire de bienfaisance, vous aurez besoin d’une lettre d’accord décrivant les modalités du partenariat et le rôle et les responsabilités de votre groupe et de l’organisme de bienfaisance. C’est à peu près tout.
Pour ce qui est des responsabilités, votre groupe devrait normalement être chargé de trouver des subventions et de présenter des demandes, de gérer les produits livrables, le financement et la relation avec le bailleur de fonds et de lui remettre des rapports. Pour sa part, l’administration fiduciaire devrait fournir le statut légal d’organisme de bienfaisance, les antécédents et la crédibilité que vous pouvez mentionner dans votre proposition, un compte bancaire et l’infrastructure financière pour gérer les fonds. Comme organisme de bienfaisance, elle aura une structure de gouvernance légale avec probablement un conseil d’administration et produira des états financiers et un rapport annuel pour répondre aux exigences de la plupart des bailleurs de fonds.
Une fiducie pourrait accepter votre proposition principalement pour faire avancer sa propre cause. Si elle veut informer le public des aires naturelles tout en travaillant à leur préservation, elle peut accorder de l’importance à votre mandat de maintenir l’intégrité d’un parc local et d’en profiter. De la même façon, si elle travaille à améliorer les conditions de vie des démunis, elle peut comprendre l’importance d’un parc sécuritaire et agréable pour les activités récréatives en plein air et la santé mentale.
Les administrations fiduciaires font avancer leur cause, mais elles obtiennent aussi une part des fonds que vous recueillez – généralement entre 10 % et 15 %. Cela peut sembler beaucoup pour pas grand-chose en retour, mais rappelez-vous que l’organisme de bienfaisance doit maintenir l’infrastructure, préparer les déclarations d’impôt, traiter des chèques et s’occuper de la tenue de livres. En s’associant avec vous, l’administration fiduciaire s’expose aussi au risque d’atteinte à la réputation. Que se passe-t-il si vous la mettez dans l’embarras?
Il y a lieu de discuter d’un autre type de risque, à savoir le risque juridique, avant de signer un contrat d’association. Serez-vous couvert par la police d’assurance de la fiducie? Le cas échéant, elle doit communiquer avec le représentant de sa compagnie d’assurance et des frais supplémentaires peuvent être engagés. Ou elle peut vous demander de prouver que vous avez votre propre assurance responsabilité civile.
Vous vous dites peut-être : « si nous nous inscrivons comme organisme de bienfaisance, nous pouvons garder tous les fonds que nous recueillons. » Effectivement, mais il y a une raison pour laquelle la plupart des organismes populaires choisissent une autre voie. La plupart sont chapeautés par des :
Il faut des années pour devenir un organisme de bienfaisance; il faut aussi engager un avocat et ce statut comporte des obligations comme former et maintenir un conseil d’administration et produire une déclaration d’impôt chaque année.
Tout groupe constitué en organisme de bienfaisance peut être votre fiduciaire, pour autant que vous partagiez des points communs avec son mandat caritatif. Nous conseillons souvent aux groupes de parcs de s’associer avec des organismes locaux pour pouvoir organiser des activités ensemble. Par exemple, si l’organisme de bienfaisance met sur pied un festival de rue, vous pourriez y participer en programmant un festival dans le parc en même temps.
Il n’est pas toujours évident de trouver des organismes de bienfaisance. Commencez par examiner ce qui a déjà été fait : les groupes de parcs sont souvent chapeautés par des organismes de santé communautaires, des organismes confessionnels ou d’autres organismes de quartier.
Avant de conclure un accord, il est important de trouver chaussure à son pied. Pour cela, vous devez parler franchement avec l’administration fiduciaire éventuelle de vos mandats, de vos activités prévues et de vos objectifs. Il est conseillé de consigner ces échanges dans un protocole d’accord ou une lettre d’accord, également appelé contrat d’association.
Une administration fiduciaire est la façon la plus pratique pour un petit groupe de jouir des avantages importants d’un organisme de bienfaisance sans s’occuper de toutes les formalités ni assumer les frais initiaux. Si vous choisissez cette voie, nous vous souhaitons bonne chance dans votre recherche! Nous espérons que votre groupe prendra de l’essor!
Songez-vous à aménager un jardin communautaire? Chloe Sanchez est en train d’en créer un pour son logement communautaire. Ses expériences et ses conseils pourraient vous aider à vous lancer.
Selon elle, les espaces verts « libèrent la faculté d’épanouissement et de croissance chez les gens ». C’est cette croyance qui est à l’origine de son projet de jardin communautaire, qui rendra accessible le pouvoir de guérison des plantes aux gens du voisinage. Chloe réside au 415 Willowdale, un logement communautaire de l’organisme Toronto Community Housing* situé dans la banlieue rapprochée de North York. La communauté comprend 280 logements qui ont un accès très limité aux espaces verts. À titre de représentante des locataires du 415 Willowdale, elle travaille depuis trois ans à son projet d’un espace extérieur où les gens de sa communauté et d’ailleurs pourraient se ressourcer.
Il y a deux ans, grâce à la subvention que lui ont accordée Park People et la TD, Chloe a pu commencer à imaginer et à planifier son projet de verdissement. Elle s’est vite rendu compte que la propriété où elle souhaitait établir son jardin communautaire n’appartenait pas à l’organisme Toronto Community Housing, mais plutôt à la Ville de Toronto. Cette découverte inattendue a compliqué les choses et a retardé le projet. Malgré cet obstacle, Chloe est demeurée optimiste et n’a pas tardé à organiser des événements pour animer l’espace vert vacant et sensibiliser la communauté aux bienfaits d’un jardin où pousseraient toutes sortes de plantes médicinales bienfaisantes. Aujourd’hui, Chloe passe à la prochaine étape de la réalisation de son projet de serre pour cultiver des plantes qui guérissent.
Voici comment elle s’y est prise.
Ce conseil de Chloe est très simple : commencez par votre conseiller ou conseillère municipal(e). « Vous devez absolument créer des liens avec votre conseiller, mais comme son emploi du temps est probablement très chargé, ce ne sera pas nécessairement facile. »
Lors de votre première rencontre, Chloe suggère d’apporter votre proposition, votre plan d’affaires et vos plans du jardin. Chloe et son groupe étaient si bien préparés qu’ils ont reçu une réponse positive de leur conseiller et ont ainsi pu élaborer d’autres plans pour répondre à ses questions et à ses préoccupations. Il s’inquiétait notamment du vandalisme et des vols dont avaient été victimes plusieurs autres jardins communautaires. Pour aider à dissiper cette crainte, Chloe a collaboré avec la Ville à la création d’un concept de serre. Elle suggère d’ailleurs aux groupes de travailler en partenariat avec leurs bailleurs de fonds, qui peuvent offrir bien plus qu’une aide financière au projet. Elle souligne le mérite de la Fondation TD des amis de l’environnement (FAE TD) d’avoir fourni des conseils pratiques et des commentaires sur le projet initial de jardin et sur la serre. « Ils ont collaboré à tant de projets.
C’est une bonne idée de rencontrer des partenaires financiers comme la FAE TD pour recevoir des conseils et des suggestions qui aident à réaliser le projet. Comme vous, ils ont intérêt à ce que le projet fonctionne. »
Chloe sait beaucoup de choses sur les plantes médicinales, mais elle sait aussi qu’il y a des gens qui sont spécialistes de ce domaine: « Si j’ignore quelque chose, je l’ignore, c’est tout. Mais ce n’est pas bien grave, parce que je suis entourée de gens qui peuvent m’aider. »
Avec son groupe, elle a consulté d’innombrables experts, y compris des chefs autochtones, des horticulteurs, des naturopathes et des éducateurs. Ceux-ci ont même animé de nombreux événements publics sur les lieux, comme des promenades dans la nature et des ateliers de confection de produits naturels comme des confitures, des thés aux herbes et des onguents naturels. Ces activités aident les membres de la communauté à s’impliquer dans le projet de jardin communautaire et à en constater directement les bienfaits.
Chloe suggère aux groupes de prévoir autant que possible un cachet pour les personnes qui offrent leur expertise : « offrir une rétribution, aussi petite soit-elle, montre que vous valorisez leur temps et leurs connaissances ». Son groupe a également travaillé avec un grand nombre de professionnels, dont des architectes, des urbanistes et des élus municipaux qui ont contribué à la réalisation du projet de serre. Selon elle, le succès d’un projet repose sur le choix des collaborateurs. Prenez votre temps pour choisir les professionnels que vous voulez dans votre équipe.
Chloe travaille avec une équipe de dix bénévoles. Dans ses moments les plus occupés, l’équipe se rencontre une fois par semaine, et l’hiver, une fois par mois. Le groupe s’est partagé diverses responsabilités, comme le bénévolat, les relations communautaires et la coordination des ateliers. Les bénévoles se chargeront aussi de superviser les plans finaux de la serre et de son bâtiment. « C’est important d’avoir une équipe diversifiée. On a besoin de gens possédant différentes aptitudes pour nous aider dans nos relations avec les partenaires financiers, la Ville, les participants et le jardin lui-même. Gardez l’esprit ouvert, » recommande Chloe.
La communauté de North York, où vit Chloe, est particulièrement multiculturelle. Son groupe a mis en œuvre des moyens pour impliquer les différentes communautés culturelles dans le projet de jardin guérissant et de serre. L’organisation d’activités, par exemple une cérémonie du thé iranienne, aide à mobiliser la communauté iranienne locale. Le groupe a également entretenu des liens avec la communauté chinoise de la région grâce à des activités régulières comme du tai-chi et des ateliers sur la médecine traditionnelle chinoise. De plus, les communautés autochtones ont été sensibilisées à la cause à l’aide de promenades dans la nature et d’activités visant à expliquer les nombreuses utilités des herbes comme le foin d’odeur et la sauge. Quand vous choisirez quoi faire pousser dans le jardin, Chloe conseille bien entendu des incontournables comme la lavande et la bergamote, mais elle conseille aussi de consulter des personnes appartenant à différents groupes ethniques et de voir quelles plantes peuvent être cultivées localement.
Il y a une chose que Chloe veut mettre au clair dès le départ : « prenez de grandes respirations, ça risque de prendre du temps. « Pour obtenir ses permis pour la serre, le groupe du 415 Willowdale a dû attendre plus de deux ans. Un progrès lent a aussi ses avantages, fait remarquer Chloe. » À chaque étape, j’ai appris quelque chose qui allait améliorer le projet. » La construction de la serre est prévue pour 2019. Le projet aura pris trois ans à se concrétiser, mais il aura un effet extrêmement positif dans la communauté.
Les partenariats peuvent être fructueux, mais trouver et bâtir le bon partenariat peut aussi présenter un défi et demander beaucoup de temps. Si vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde que l’organisation avec laquelle vous voulez travailler, un partenariat peut même être contre-productif. Pour qu’un partenariat fonctionne bien, il est essentiel de partager la même vision et de bâtir la confiance.
Bâtir des partenariats avec d’autres groupes de la collectivité peut vous aider à atteindre vos buts plus rapidement et efficacement. Nous avons parlé avec Shahina Sayani, planificatrice communautaire pour la ville de Toronto, qui nous a fait part de ses conseils pour établir des partenariats communautaires fructueux.
L’organisme communautaire avec lequel vous voulez faire équipe partage-t-il votre vision? Commencez par articuler clairement votre vision comme organisation ainsi que votre vision du projet sur lequel vous souhaitez collaborer. Si votre vision n’est pas tout à fait claire, n’hésitez pas à le dire. Les partenariats les plus efficaces sont établis lorsque les organisations démarrent le processus avec une idée et construisent ensemble une vision et un plan.
Conseil d’initié : Si le groupe avec lequel vous voulez travailler possède un site Web ou d’autres types de matériel de communication, renseignez-vous sur l’organisation pour déterminer si son objectif et sa vision s’accordent avec les vôtres. Si c’est le cas, articulez clairement votre vision du projet à la première rencontre et évaluez la réaction de l’autre partie.
Bâtir la confiance prend du temps. Dans un véritable partenariat, les deux parties doivent être capables d’investir du temps pour travailler ensemble. Si vous pouvez tous les deux engager des ressources suffisantes, vous avez franchi le deuxième obstacle. Ensuite vient le respect; tous les partenaires doivent siéger également à la table. Votre organisme communautaire est peut-être de petite taille et composé de bénévoles dévoués.
Maintenant, imaginez que vous établissez un partenariat avec une église locale, un club Rotary ou toute autre organisation communautaire bien établie. Ferez-vous partie du projet à parts égales? Les partenariats qui fonctionnent le mieux sont ceux qui sont établis d’égal à égal.
Voici ce qu’en pense Shahina :
« Les partenariats réussis sont établis d’égal à égal. Engagez-vous à créer une plateforme équitable pour la collaboration. »
On peut déterminer si la relation est équitable en examinant différents points comme les études, le bénévolat (par rapport au travail professionnel), la race, l’âge et le sexe. Comment les deux parties composent-elles avec la diversité à la table? Est-ce valorisé? L’expérience pratique des bénévoles est-elle considérée comme aussi valable que la réussite scolaire ou l’expérience professionnelle? Il est essentiel que chacun se sente à l’aise, soit entendu et valorisé et que le processus soit inclusif.
Conseil d’initié :La confiance est quelque chose que l’on ressent; mettez votre sixième sens à l’œuvre dès que vous commencez à interagir avec un organisme communautaire. Vos idées sont-elles bien accueillies? Est-ce que vos collègues et vous estimez que vous avez du pouvoir et de la valeur? Discutez avec vos collègues après la première rencontre. Il est probable que votre réaction instinctive soit la bonne.
Il va sans dire qu’un partenariat efficace repose sur un mode de communication clair. Toutes les personnes à la table doivent savoir dès le début quelles sont les attentes au sujet des éléments suivants :
Conseil d’initié : Clarifiez cette partie de votre vision dès le début du processus. Indiquez comment vous voyez la répartition des rôles, quel est votre échéancier et quels sont les éléments qui, selon vous, contribuent à la réussite. De plus, précisez clairement s’il faut établir des rencontres et des communications régulières et déterminez qui sera la personne responsable des communications de chaque côté.
Les jalons vous permettent de déterminer si vos partenaires et vous êtes sur la bonne voie. Shahina soulève une question importante à ce sujet : « La clarté est très importante. Assurez-vous que tout le monde sache dès le départ quelles sont les attentes de toutes parts. » Si vous construisez une plate-bande de fleurs par exemple, voici les jalons qui pourraient être établis :
Conseil d’initié :Rédigez une liste d’étapes, élaborez un échéancier et assurez-vous qu’un partenaire s’engage à vérifier celui-ci régulièrement pour assurer l’atteinte de chaque jalon, peu importe qui est responsable.
Ne vous engagez pas dans un processus dont vous ne pouvez vous libérer. Si votre partenariat est informel, c’est-à-dire qu’il n’exige pas l’établissement d’un contrat, déterminez dès le départ que vous ferez tout votre possible pour travailler ensemble, mais élaborez un plan de secours. Voici le point de vue de Shahina à cet égard : « Vous ne voudriez pas vous marier s’il était impossible de divorcer. C’est la même chose avec un partenariat; il faut s’assurer d’avoir une stratégie de sortie. »
Conseil d’initié : Reconnaissez dès le départ la possibilité que la collaboration puisse ne pas fonctionner. Si vous avez conclu un contrat, assurez-vous que celui-ci renferme une clause de sortie stipulant par exemple que chacune des parties peut annuler l’entente sur préavis écrit de 14 jours.
Le projet a-t-il réussi? Qu’avez-vous appris l’un de l’autre? Reconnaître les apprentissages croisés est essentiel et valorisant lorsque vous établissez un partenariat. Célébrer ensemble vos réalisations est inspirant, permet de solidifier le partenariat et donne envie aux deux parties d’entreprendre d’autres projets ensemble.
Conseil d’initié : Rencontrez les partenaires à la fin du projet pour célébrer votre réalisation commune, ou réunissez-vous plus tard pour faire l’évaluation, voir ce que vous avez appris l’un de l’autre et comment le projet aurait pu être amélioré.
N’oubliez pas d’exprimer votre gratitude! Vous pourriez par exemple apporter des muffins à la rencontre ou envoyer une lettre d’appréciation et de reconnaissance officielle, ou encore présenter les résultats du projet aux membres de l’organisme communautaire partenaire.
Le géographe québécois Louis-Edmond Hamelin (1923-2020) est à l’origine de la notion de nordicité. L’hiver est une saison, physique et naturelle, et un état d’esprit.L’art de vivre l’hiver au quotidien ou la nordicité, c’est d’abord l’idée d’harmoniser nos vies avec le rythme de la nature. De ralentir, de se reposer, de jouer dehors, de s’encabaner. C’est aussi de nombreuses opportunités de s’intéresser à nos perceptions, attitudes et comportements devant les éléments naturels de l’hiver et les enjeux de résilience saisonnière.
De nombreux exemples récents nous montrent à quel point l’hiver apporte quelque chose en plus à la culture, au vivre ensemble et à la vie en ville. C’est le cas des patinoires maison qui se multiplient dans les cours arrière et les ruelles blanches. Le vélo d’hiver connaît un essor remarquable. Les parcs urbains sont pris d’assaut par les marcheurs, joggeurs et amateurs de glissade, ski de fond et raquette. Ils deviennent même l’espace d’une tempête parfaite un musée à ciel ouvert de forteresses et de sculptures de neige.
« L’hiver il faut d’abord parvenir à mieux le comprendre, pour arriver à bien le vivre.» (Chartier, 2019)Daniel Chartier, fondateur et directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique.
Le parc urbain de proximité est le lieu idéal pour découvrir comment nous incarnons cette nordicité physique, mentale ou pratique, et pour commencer à explorer toutes les dimensions de la ville en hiver. Découvrez ici le potentiel de ces expériences et gardez-les en mémoire pour préparer vos prochaines aventures extérieures :
L’hiver est une saison variable et imprévisible qui implique des considérations pratiques. D’abord et avant tout, le choix des vêtements ou d’équipements est indispensable pour faire face aux conditions météorologiques, parfois extrêmes, comme le froid, la glace ou la “slush”.
Afin de vous préparer à ces imprévues lors de vos déplacements quotidiens ou sorties dans votre parc, misez sur un habillement multicouche et des matières respirantes reconnues pour conserver la chaleur (ex.: laine mérinos).
Être bien équipé aide à prévenir les dangers que peuvent représenter la glace ou le verglas. Les crampons à glace ajustables, par exemple, sont une solution à moindre coût pour assurer que vos déplacements à pied demeurent sécuritaires et agréables.
Nous voyons même la création de programme pour offrir gratuitement ce type d’équipement aux aînés, afin d’encourager la pratique de la marche en hiver et aussi de contrer l’isolement.
Il est essentiel de passer du temps dehors, surtout en hiver, que ce soient 10 à 20 minutes, pour bénéficier des bienfaits nécessaires à notre santé mentale et physique. Ceci est d’autant plus important en période de pandémie et de confinement..
Cela vous aidera aussi à aborder l’hiver avec une attitude positive. Que vous choisissiez la pratique d’activités de plein-air ou de prioriser des déplacements actifs, vous profitez de l’apport en luminosité et de l’effet vivifiant et méditatif de bouger dehors en hiver, avec l’air froid.
« Pour transformer nos attitudes, il faut prendre conscience que notre perception du milieu et le langage utilisé pour décrire les divers phénomènes jouent un rôle primordial. » (Pressman 1985, cité dans Zardini 2005.)
La nordicité mentale est un état d’esprit. C’est le fait d’accepter l’hiver et le froid tels qu’ils sont. En acceptant l’hiver et le froid pour ce qu’ils sont, vous pourrez vous inventer un hiver heureux. Pour vous y aider, voici quelques conseils pratiques:
Au retour de l’école avec vos enfants ou lors d’une petite pause de télétravail, prenez le temps de regarder les paysages naturels et urbains autour de vous. Recherchez l’accumulation de neige blanche, sans traces ou en buttes, les arbres enneigés, les étangs ou les rivières gelées, ou les aménagements urbains qui favorisent les microclimats (ensoleillement, protection au vent).
Cette quête de la beauté naturelle et urbaine est une façon d’apprécier et de contempler l’hiver tous les jours.
Le caractère éphémère de la neige en ville, devient aussi une occasion de la célébrer et de lui faire honneur. Profitez de la prochaine tempête pour en ressentir les effets de lenteur, de calme et de réduction du bruit. Et pourquoi ne pas en profiter pour commencer un prochain concours de sculptures de neige dans vos parcs urbains?
Plus nous passons de temps dehors en hiver, plus nous nous adaptons aux températures et aux éléments, et plus nous aimons cette saison. Et faire avec l’hiver urbain, c’est s’habituer aux changements de saison qui rythment nos vies.
Il est donc crucial que nos espaces urbains s’adaptent à toutes les saisons, y compris à l’hiver. C’est ce qu’on appelle la résilience saisonnière des espaces publics. Ce phénomène gagne en importance et rejoint le mouvement des Villes d’hiver (Winter Cities)*. Un mouvement né d’une volonté de mieux adapter les environnements urbains à la réalité hivernale, de promouvoir des pratiques innovantes en matière de design urbain et de montrer l’impact de l’appropriation des espaces publics par les communautés locales, peu importe la saison.
De plus en plus, des outils se développent pour les décideurs, les professionnels et les citoyens qui souhaitent contribuer à mieux adapter les collectivités à la réalité hivernale. Voici l’exemple de Montréal avec son Guide Ville d’hiver – Principes et stratégies d’aménagement hivernal du réseau actif d’espaces publics montréalais.
Mieux comprendre comment notre nordicité s’incarne au quotidien est un processus en mouvement, comme les saisons qui se suivent. Chose certaine, la pandémie nous donne soif de nature, et ce, même depuis l’arrivée de l’hiver. Il est donc essentiel que nos parcs urbains et espaces publics demeurent accessibles et adaptés selon le cycle des saisons.
Les parcs n’ont jamais été aussi fréquentés qu’au cours de l’année passée. Toutefois, leurs bienfaits n’ont pas été équitablement partagés, un aspect mis en évidence dans notre Rapport sur les parcs urbains du Canada.
L’apparition et l’application de lois en lien avec la COVID ont donné naissance à une culture croissante de surveillance, de maintien de l’ordre et de peur qui pourrait facilement faire partie de notre « nouvelle normalité » si elle n’est pas reconnue et combattue. Un nouveau rapport de l’Ombudsman de Toronto* offre un aperçu de ces réalités et propose d’en tirer des leçons pour changer les choses. Le rapport, publié au début du mois, a révélé que les règlements en lien avec la COVID dans les parcs de Toronto ont été mal communiqués et injustement appliqués en avril et mai 2020.
Nous savons que les ressources des villes ont été mises à rude épreuve pendant la pandémie. Elles ont dû être confrontées à la fois à des situations qui évoluent rapidement et aux recommandations de la santé publique, tout en étant sous-équipées. Par exemple, 60 % des villes ayant participé à notre rapport sur les parcs urbains du Canada ont déclaré que la COVID avait occasionné des répercussions négatives sur les budgets d’exploitation des parcs, ce qui a rendu encore plus difficile d’en faire plus avec moins. Il est toutefois nécessaire d’examiner les mesures prises par le passé et les mesures actuelles, comme l’a fait l’Ombudsman, dans le but de tracer une nouvelle voie à suivre.
Les conclusions du rapport de l’Ombudsman indiquent notamment que les directives de la ville de Toronto concernant l’utilisation de certains équipements de parc n’étaient pas claires. Par exemple, les bancs ne figuraient pas sur le site internet de la ville en tant qu’équipement ne pouvant être utilisé pourtant des personnes ont reçu des contraventions pour s’en être servi.
L’Ombudsman conclut « qu’en raison de messages confus et incohérents, certaines personnes ont craint d’utiliser nos parcs publics de peur de recevoir une contravention, ce qui est injuste! »
Le rapport a également révélé que les policiers chargés de l’application des lois ont reçu pour instruction d’adopter une approche de « tolérance zéro », décrite par l’Ombudsman comme « inacceptable, peu claire et injuste ». Cela a donné à certains policiers l’impression qu’ils devaient abandonner leur pouvoir discrétionnaire habituel en favorisant l’émission de contraventions en tout temps.
Selon le rapport, l’application des lois a eu une incidence disproportionnée sur les personnes pauvres, marginalisées et sans-abris. Des enquêtes indépendantes ont mis en lumière deux incidents graves de discrimination raciale à la suite de l’application des lois entre mai et juin 2020.Nous avons vu d’autres cas similaires à travers le Canada. À Montréal, par exemple, un groupe de cinq femmes racisées ont été injustement interpellées et ont reçu des amendes* dans le parc très fréquenté de Jeanne Mance. À Ottawa, un homme noir a été agressé par un policier* alors qu’il était accompagné de sa fille de sept ans dans un parc. Un rapport* de l’Association canadienne des libertés civiles a révélé que des cas similaires de discrimination étaient répandus et avaient souvent lieu dans des parcs.
Les résultats du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada confirment que ces problèmes s’étendent à travers le Canada et ne sont pas liés qu’aux premières phases de la pandémie. Parmi les 32 villes interrogées afin de produire le rapport, 84 % ont déclaré avoir renforcé l’application des lois en réponse aux mesures de distanciation physique en lien avec la COVID-19.
Cette augmentation de l’application des lois a coïncidé avec un accroissement des obstacles empêchant les personnes de jouir des parcs. Ces obstacles ne s’appliquent pas de manière égale pour tout le monde.
Dans notre enquête auprès d’environ 3 500 personnes de la population canadienne, les personnes s’identifiant comme étant Noires, Autochtones ou de couleur étaient plus susceptibles de déclarer avoir été victimes de jugement social de la part d’autres usagers du parc (28 %), de la peur de recevoir une contravention ou d’être contrôlé par la police (24 %) et de harcèlement ou de discrimination de la part d’autres usagers du parc (22 %). Le taux de réponse de la population canadienne blanche a été inférieur sur tous les points, respectivement de 17 %, 15 % et 8 %.
Compte tenu de ces obstacles, il n’est pas surprenant que nous ayons aussi constaté que les PANDC (personnes Autochtones, Noires et de couleur) du Canada étaient moins susceptible de profiter des bienfaits des parcs sur leur santé pendant la pandémie. Par exemple, 88 % des personnes interrogées s’identifiant comme blanches ont déclaré que les parcs avaient des répercussions positives sur leur santé mentale, contre 69 % et 72 % pour les personnes s’identifiant comme Noires et Autochtones.
Ces résultats mettent en évidence les effets préoccupants de la sécurisation croissante des parcs, une tendance qui existait avant la pandémie, mais qui s’est accélérée depuis. Cela se déroule parfois de manière subtile. Il suffit de prendre comme exemple les bancs avec des accoudoirs centraux qui empêchent les gens de s’allonger, un exemple classique de design urbain défensif*. Cela peut également se manifester par des « aménagements fantômes* », un terme inventé par l’universitaire Cara Chellew qui désigne l’absence de commodités telles que des toilettes ou des zones de rassemblement abritées, censés attirer les comportements « indésirables ». Étant donné que certaines villes ont fermé les toilettes des parcs pendant la pandémie ou enlevé des bancs permettant de s’asseoir de façon rapprochée afin de favoriser la distanciation physique, il sera essentiel de veiller à ce que ces commodités soient à nouveau disponibles dans les parcs une fois les restrictions levées.
Ou encore, prendre en compte la culture de délation (soient les voisins surveillant leurs voisins) qui a augmenté dans les parcs, alimentée par des lignes de dénonciation COVID. Depuis avril 2020, Toronto a reçu* plus de 30 000 plaintes liées aux mesures en vigueur en lien avec la COVID dans les parcs. Non seulement cette situation met à rude épreuve les ressources en personnel existantes, mais elle s’accompagne également d’un « risque considérable de plaintes infondées, d’une focalisation excessive sur les personnes marginalisées et d’une application des lois discriminatoire par la police et les agents municipaux » affirment les experts*.
Bien que sortant du cadre de l’enquête de l’Ombudsman, peu d’exemples illustrent aussi bien la sécurisation des parcs que celui de l’expulsion des résidents d’un campement dans le parc Trinity Bellwoods à Toronto*. Il s’agit d’une démonstration de force brutale à laquelle ont participé des centaines de policiers, des agents de sécurité privés et des employés de la ville pour superviser l’expulsion d’à peine quelques dizaines de résidents du campement.
La ville a reconduit cette opération le 20 juillet au parc Alexandra* en encerclant le parc de policiers et d’agents de sécurité pour expulser les résidents du campement. Elle a notamment arrêté neuf personnes et interdit aux journalistes de pénétrer dans la zone.
Cette façon d’appliquer les lois cause un préjudice direct envers les personnes résidant dans les campements. Comme nous l’avons examiné dans notre Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, les recherches démontrent que parmi leurs conséquences néfastes*, les démantèlements de campements déracinent souvent les réseaux de soutien, conduisent les personnes dans des endroits plus isolés où ils sont exposés à des risques accrus pour leur sécurité, et violent les droits*des peuples autochtones*.
Des actions comme celles-ci contribuent aussi profondément à la stigmatisation des sans-abris. Dans le cadre de l’expulsion des sans-abris du parc Trinity Bellwoods, la ville a érigé des clôtures* autour du périmètre de l’ancien campement, une zone surveillée par des agents de sécurité, afin de permettre la « restauration de l’environnement », empêchant ainsi les gens de s’y installer.
Des clôtures similaires ont été érigées dans d’autres parcs où existaient d’anciens campements, notamment le parc George Hislop de Toronto et le parc Oppenheimer de Vancouver*. Bien que le gazon de ces parcs aurait certainement besoin d’être entretenu, on peut en dire autant des nombreux autres parcs de la ville où des clôtures ne sont toujours pas érigées. Il est difficile de ne pas imaginer qu’il existe des motifs cachés, comme d’empêcher les sans-abris d’accéder aux parcs.
En plus d’avoir un rôle fonctionnel en empêchant l’accès au parc, les clôtures ont aussi un rôle symbolique : elles aggravent les hostilités existantes en contribuant à une dynamique de blâme dans laquelle les personnes logées attribuent la « perte » de leur parc aux dommages environnementaux causés par leurs voisins sans-abris. Il n’est pas rare que les communautés de sans-abris et les questions environnementales soient dressés les uns contre les autres lors de conversations sur les parcs. Nous devons toutefois remettre les choses dans leur contexte : l’impact environnemental d’une personne sans-abri est moins important que celui d’une personne logée ayant plus de revenus disponibles pour participer au processus de consommation (il suffit de se fier à l’impact environnemental causé* par des centaines de fêtards à Trinity Bellwoods pendant plusieurs fins de semaine). Ces actes cruels dépeignent les sans-abris comme des destructeurs de l’environnement, les positionnant comme des boucs émissaires alors que la réelle attention devrait plutôt porter sur notre échec collectif à réaliser le droit au logement pour tous.
Le rapport de l’Ombudsman contient 14 recommandations systémiques que la ville s’est engagée à mettre en place, notamment en demandant au Municipal Licensing & Standards (MLS) d’élaborer une stratégie de lutte contre le racisme, ainsi qu’un plan visant à « écouter immédiatement les organisations communautaires, en particulier les organisations qui aident les personnes vulnérables et marginalisées », afin de s’assurer que leurs commentaires nous éclairent sur les activités répressives.
Sur la base de ces recommandations et en nous appuyant sur les recherches antérieures d’Ami·es des parcs, nous proposons les conseils suivants pour aider à créer des parcs qui ne reposent pas sur des principes de répression et la sécurisation :
Les règlements des parcs peuvent être utiles, même en dehors du contexte d’une crise de santé publique. D’anciens travaux de recherche d’Ami·es des parcs* ont démontré que l’absence de règles claires peut créer une certaine anxiété quant à ce qui est permis ou non, empêchant des personnes de fréquenter un parc. En revanche, les règlements positifs, soient ceux qui sont formulés en termes de ce que vous pouvez faire, peuvent être habilitantes, car elles contribuent à éliminer les incertitudes. En d’autres termes, les règlements peuvent être libérateurs à condition qu’ils soient clairs, raisonnables, et culturellement appropriées. Par exemple, en plaçant un panneau dans l’herbe indiquant « venez pique-niquer ici » plutôt que d’envelopper les tables de pique-nique dans du ruban adhésif.
Mais les règlements ne doivent pas systématiquement être de nature punitive. Un Rapport de l’Université McGill* explorant l’application des lois en lien avec la COVID souligne qu’il existe peu de preuves empiriques concernant l’efficacité des amendes comme stratégie pour faire accepter des contraintes. En outre, comme l’affirment les auteurs du rapport, on peut raisonnablement penser que ces mesures « causeront plus de mal que de bien, en particulier pour les populations marginalisées ».
Plutôt que de chercher à repousser les communautés de sans-abri hors des parcs, reconnaître les personnes en situation d’itinérance comme des utilisateurs légitimes du parc dans les processus de planification, de programmation et d’engagement peuvent nous aider à construire des parcs plus inclusifs et à apprendre à mieux coexister*. Nous pouvons tirer des leçons du travail d’organisations qui, partout au Canada, présentent des possibilités d’approches plus inclusives, allant de l’embauche d’un travailleur social dans un parc à l’animation d’ateliers artistiques en plein air pour créer des liens entre les voisins logés et itinérants, en passant par l’embauche de membres de la communauté de sans-abris dans un café qui célèbre la cuisine autochtone au sein de parcs.
Ces stratégies ne protègent pas seulement les usagers des parcs en situation d’itinérance contre la violence, mais permettent aussi de répondre à leurs besoins fondamentaux. En outre, ce type de programme renforce les liens communautaires entre les utilisateurs du parc, qu’ils soient logés ou non, et favorise une plus grande empathie et une meilleure compréhension, ce qui s’avère difficile à développer dans d’autres contextes.
Le renforcement des relations et des canaux de communication entre le personnel de la Ville et les groupes communautaires est une recommandation formulée à la fois dans le rapport de l’Ombudsman ainsi que dans notre propre Rapport sur les parcs urbains du Canada. Comme l’écrit l’Ombudsman, la Ville « manque une possibilité importante et essentielle d’écouter les voix des communautés de la Ville de Toronto lors de la conception et de l’évaluation de ses activités de l’application des lois. Cela devrait être une priorité, en particulier pour les communautés vulnérables et marginalisées ».Plutôt que d’appliquer les lois de façon punitive, les municipalités devraient plutôt établir des relations avec les groupes citoyens locaux pour les parcs, dont plus de 1 000 existent au Canada, ainsi qu’avec les organisations partenaires. Ces groupes peuvent fournir des informations précieuses sur les besoins et les réalités du terrain, aider à diffuser des informations sur les pratiques de collecte sécuritaire et collaborer à des programmes qui permettront aux gens de profiter à nouveau des parcs ensemble.
À Calgary, en ce jour particulièrement printanier, le parc Flyover bourdonne d’activités et de rires enjoués. Entourés d’amis, deux adolescents se balancent sur une balançoire face à face, tandis que des préadolescents progressent dans une « jungle de bambous » (une structure d’escalade en trois dimensions, pour ceux qui ont le cœur bien accroché). Abritée sous le couvert d’un viaduc, une famille s’affronte dans une partie de ping-pong acharnée tandis que, derrière eux, une mère aide le plus jeune de ses enfants à grimper sur l’aire de jeux. On entend des conversations dans plusieurs langues : anglais, français, espagnol.
Dans ce contexte, il est difficile de croire qu’il y a à peine trois ans, cet espace n’était qu’un terrain en graviers à l’allure morose. « C’était plein de détritus, de graffitis, de seringues, de vêtements déchirés; on ne s’y sentait pas en sécurité », explique Ali McMillan, directrice de la planification à la Bridgeland-Riverside Community Association (BRCA).
Construit en 2020 grâce aux financements de l’organisation Parks Foundation de Calgary*, un organisme à but non lucratif dont le mandat est de participer à la création de nouveaux parcs en faveur des résidents, le parc Flyover concrétise l’idée avant-gardiste d’un groupe de résidents engagés qui souhaitaient remettre en état un terrain vague plein de potentiel.
«Nous ne savions pas vraiment quelle direction prendre », explique Ali à propos de l’idée initiale de son groupe. « Nous souhaitions adopter une méthode issue de l’urbanisme tactique pour inciter les gens à voir cet endroit différemment », dit-elle.
Lancée initialement par les résidents, cette petite intervention allait par la suite transformer le quartier de manière durable, et constituer le premier projet de ce genre en Alberta.
Situé à l’extrémité sud du quartier Bridgeland, entre le quartier lui-même et la rivière Bow, le parc Flyover se trouve sous un pont à étagement appelé « Viaduc de la 4e Avenue ». Il fait partie d’un échangeur complexe de routes et de ponts qui relie le nord-est de Calgary, de l’autre côté de la rivière, au centre-ville et à East Village.
Le site sur lequel se trouve aujourd’hui le parc Flyover est resté vacant pendant près de 20 ans. « Beaucoup d’entre nous ne savions même pas que le viaduc existait », explique Miles Bazay, un élève de l’école Langevin, située à 300 mètres au nord du site.Année après année, des milliers de résidents de Bridgeland-Riverside sont passés en voiture, à pied ou à vélo devant cet endroit abandonné.
« C’était la première chose que les gens voyaient lorsqu’ils arrivaient dans notre quartier du centre-ville. Cela donnait une mauvaise impression car cela ressemblait à un terrain vague. Cependant, cet accueil inesthétique ne reflétait pas le caractère unique du quartier.»
Ali McMillan, directrice de la planification à la Bridgeland-Riverside Community Association (BRCA).
Caractérisé par ses maisons d’avant les années 1960, ses logements collectifs modernes ainsi que ses boutiques et restaurants indépendants, Bridgeland-Riverside représente l’une des quartiers les plus dynamiques du centre-ville de Calgary. Et ce sont ces atouts qui ont attiré une population jeune et diversifiée dans le quartier.
Remettre en état cet espace négligé sous le viaduc voulait dire relier les parcs, les jardins communautaires, les terrains de sport et les pistes cyclables du quartier au Bow River Pathway de Calgary, un réseau de 48 km de sentiers à usages multiples. Près d’un quart des résidents du quartier se rendent au travail à pied ou à vélo, et beaucoup d’entre eux empruntent ce réseau.
Malgré le potentiel de cet endroit, la Ville de Calgary n’avait aucune intention de redonner vie à cet espace. Toutefois, en 2016, inspirée par les travaux de Jason Roberts et de sa Better Block Foundation, Ali a décidé de lancer sa propre intervention d’urbanisme tactique.
« Cela nous ouvre les yeux sur la façon dont nous percevons notre quartier et nous montre que notre opinion compte », dit-elle.
L’urbanisme tactique est un mouvement citoyen qui a pris de l’ampleur dans les années 2010. Il encourage les résidents à tester des idées pour se réapproprier et transformer un lieu public oublié en un carrefour dynamique pour la population, et ce, d’une intervention temporaire à une autre.
Pour ce faire, l’installation de parcs éphémères dans des endroits négligés est une tactique courante, et un grand nombre de ces projets aboutissent souvent à des améliorations permanentes*. À cet égard, le parc Flyover a été la première intervention tactique de Calgary à se transformer en un espace permanent.
Afin d’améliorer cet endroit, la BRCA, sous la direction d’Ali, a créé un groupe de travail afin d’ébaucher un plan d’action.
L’objectif était de « concevoir un lieu public agréable » et de « créer une porte d’entrée vers le quartier de Bridgeland-Riverside ».
Pour ce faire, ce document approfondi a décrit les étapes de conception ainsi que l’esthétique qui devaient guider le projet jusqu’à sa réalisation.
Pour améliorer ce lieu public, le groupe de travail s’est inspiré de projets réalisés aux quatre coins du monde, tels que le parc Superkilen à Copenhague* et le parc Drapers Field à Londres*.
Mais malgré les précédentes réussites, la mise en œuvre de ce projet n’a pas été une mince affaire.
« Il s’agit d’un projet vraiment unique, car nous n’avions jamais créé de parc urbain dans une “friche industrielle” en Alberta auparavant », explique Ali, soulignant le scepticisme initial d’un certain nombre d’intervenants, y compris des résidents eux-mêmes. « Beaucoup de gens n’étaient pas en mesure de voir au-delà de l’état actuel de cet endroit… Nous avons donc dû nous battre contre cette perception et essayer de leur montrer comment nous pouvions le transformer. »
En 2017, Ali et le groupe de travail ont effectué la première intervention tactique dans cet endroit.
« La première chose que nous avons faite a été de créer un jardin de moulins à vent. Nous avons installé une vingtaine de moulins à vent, en les plantant simplement dans le sol au beau milieu de l’hiver », se souvient Ali. Cela a permis d’attirer l’attention de nos futurs partenaires.En l’espace d’un an, ces petites interventions ont conduit la BRCA à établir un partenariat avec la Ville de Calgary*, avec les élèves de 6e année de l’école Langevin dans le quartier de Bridgeland et avec l’École d’architecture, d’urbanisme et d’aménagement paysager de l’université de Calgary. Le fait d’inclure des élèves de 6e année a joué un rôle primordial dans le développement du projet qui s’est montré très instructif non seulement pour les enfants, mais aussi pour toutes les personnes investies dans ce projet.
En 2017, le service des Transports de la Ville de Calgary venait tout juste de terminer d’élaborer sa Stratégie de piétonnisation. Toutefois, bien que le conseil municipal n’ait alors pas encore alloué de fonds pour cette stratégie, le service des Transports était prêt à soutenir une initiative citoyenne à petit budget.
Lorsque Jen Malzer, ingénieure des transports à la Ville de Calgary, a entendu parler des activités de la BRCA visant à transformer l’espace sous le viaduc de la 4e Avenue et relier le quartier Bridgeland au sentier au bord de la rivière, elle et son équipe ont sauté sur l’occasion.
« Nous n’avions pas les fonds nécessaires pour engager des consultants, ce que nous faisons généralement avant d’entamer tout projet », explique Jen. Avec les élèves de 6e année de l’école Langevin et les étudiants en Maîtrise d’architecture paysagère de l’université de Calgary, l’équipe de Jen a adopté une approche différente. « Nous avons décidé de laisser les élèves imaginer les différentes parties du projet et leur avons apporté notre expertise quand nous le pouvions », explique-t-elle à propos de ce rôle inhabituel pour le personnel municipal.
Habitués aux multiples allers et retours pendant les séances de mobilisation citoyenne, Jen et son équipe ont donc dû apprendre à « lâcher les rênes » dans ce projet.
En outre, dans le cadre de sa stratégie de piétonnisation, la municipalité était en train de mettre sur pied un programme d’urbanisme tactique. En participant au projet du parc Flyover, le personnel municipal a ainsi pu acquérir une meilleure compréhension du processus.
« Cela nous a donné un bon aperçu de ce que devrait être le rôle de la Ville lorsque nous travaillons avec la population. Nous avons été témoins des possibilités lorsque nous laissons différentes opinions s’exprimer. »
Jen Malzer, ingénieure des transports à la Ville de Calgary
Et dans ce cas, ce sont les élèves de 6e année qui se sont exprimés. Jen rappelle que les enfants sont toujours les bienvenus dans les activités de mobilisation citoyenne organisées par la municipalité, mais ils le font rarement. Ces élèves allaient par la suite jouer un rôle central dans le projet.« C’était une expérience vraiment super. Je n’aurais jamais imaginé que nous puissions faire quelque chose comme ça », dit Miles, qui comptait parmi les participants.
Grâce à la clairvoyance de leurs enseignants, 60 élèves de 6e année de l’école Langevin ont ainsi pu participer à ce projet. « cherchait des élèves pour collaborer avec la Ville et parler des zones de Bridgeland qui sont un peu négligées », se souvient Kate Logan, l’une des enseignantes. Avec sa collègue Elaine Hordo, elles ont sauté sur l’occasion. « Nous cherchions un moyen de faire participer les enfants à un projet de mobilisation, quelque chose qui fasse bouger le quartier », ajoute Kate.
Emballée par le potentiel de cet endroit et les possibilités d’apprentissage pour les élèves, Jen a contribué à coordonner des visites éducatives auprès de différents services de la Ville. Ceci a ainsi permis aux élèves d’acquérir de bonnes bases afin de réfléchir à la transformation de ce lieu. « J’ai fait appel à différents experts, comme des sylviculteurs urbains, des urbanistes, des ingénieurs hydrauliques, afin de leur donner une idée de ce dont ils devaient tenir compte », explique Jen.
Cette expérience a permis aux enfants de réfléchir aux possibilités qu’offrait cet espace. « Nous avons passé beaucoup de temps sur le site, à observer autour de nous », dit Logan. Ils ont également visité d’autres quartiers de la ville et découvert différentes manières d’utiliser un espace vacant en vue de lui redonner vie et créer un esprit de communauté.
« Notre classe a décidé de faire quelque chose de cet endroit », explique Miles. « C’était un très bon emplacement mais il n’était pas utilisé de la bonne façon. »
Au printemps 2017, lorsque les étudiants diplômés de l’université de Calgary se sont lancés dans un atelier de conception, les enfants étaient plus que prêts à apporter leurs contributions. Lors de la première réunion de conception, Ben Hettinga, qui faisait alors partie des étudiants de l’université de Calgary, se souvient avoir été impressionné par les idées des élèves de 6e année. « Parmi leurs idées, il y avait des choses auxquelles on s’attend de la part d’enfants, comme des aires de jeux et des éléments ludiques. Mais il semble qu’ils se soient aussi attachés à en faire un espace sûr et accueillant pour tout le monde. » Jen partage aussi ce sentiment : « les élèves souhaitaient que le projet réponde aux besoins de tous en matière de divertissement, et pas seulement à ceux des enfants ».
Intégrant les connaissances et les idées de tous les élèves, les étudiants en architecture paysagère ont obtenu la mention honorable pour leur projet de conception lors de la cérémonie de remise des prix d’urbanisme du maire de Calgary* et ont remporté un Prix national d’urbanisme*. « Nous nous sommes amusés à imaginer comment égayer cet endroit », déclare humblement Miles. « Nous n’aurions jamais pensé que cela puisse devenir une réalité. Toutefois, nous avons obtenu un financement ce qui a réjoui toute la classe. »
Grâce à cette expérience, les élèves de 6e année ont appris beaucoup de choses en matière d’urbanisme, une possibilité dont bénéficient peu de Calgariens à un si jeune âge.
Selon Kate Logan, ce projet a montré à ses élèves l’importance de l’engagement civique : « en tant que citoyens, nous sommes responsables de nous-mêmes et des autres, et chaque décision que nous prenons a des répercussions sur les autres. »
Selon Ali, la participation de l’école Langevin a également contribué au succès du projet, et ce, en obtenant un financement initial de la part de la Calgary Foundation. « Avec ces fonds, nous avons repeint la route et acheté des chaises et des tables de pique-nique; nous avons aussi construit des jardinières et ce genre de choses », explique-t-elle.
Et leur contribution a été déterminante, car elle a permis de tester leurs idées et de montrer l’intérêt d’un tel projet pour le quartier. Le succès rencontré suite aux améliorations temporaires de l’été 2017 a solidifié le partenariat avec la Parks Foundation et conduit à d’autres améliorations, telles que la création d’une fresque murale et l’installation d’une table de ping-pong.
Au printemps 2019, la Parks Foundation de Calgary a annoncé la construction d’un parc urbain permanent grâce à un don du gouvernement de l’Alberta.
« Je n’aurais jamais pensé que nous puissions avoir un tel impact dans notre quartier », déclare Miles.
Bien que la conception de cet espace ait fait l’objet de modifications successives et qu’un certain nombre d’éléments aient été abandonnés au stade de la construction, le parc Flyover traduit bien l’esprit des jeunes qui ont contribué à sa réalisation.
« Il ne s’agit pas d’une aire de jeux ordinaire. Nous avons essayé de concevoir un endroit pour tous, notamment pour celles et ceux qui n’avaient pas de lieu adapté à eux »
Ali McMillan
Outre les équipements ludiques pour tous les âges, le plan d’aménagement comprend une esplanade pour accueillir les camions de restauration et des événements en plein air, offrant ainsi des possibilités de loisirs aux petits comme aux grands et reflétant l’esprit d’inclusion dont font preuve les élèves de l’école Langevin.
L’approche tactique du projet a également permis d’avancer rapidement. À cet égard, le corridor Bow to Bluff dans le quartier Sunnyside, un projet similaire dans le centre-ville de Calgary et également mené par des résidents mais adoptant une approche plus conventionnelle, a mis près de 10 ans à se concrétiser.
Ces interventions tactiques ont également incité la municipalité à mener d’autres améliorations dans les rues principales du quartier, telles que le Plan directeur du paysage urbain de la 1st Avenue NE qui vise à améliorer l’expérience des piétons et des cyclistes et à relier les infrastructures de Bridgeland, notamment le parc Flyover, au sentier de la rivière Bow.
Mais en définitive, la BRCA a fait plus que transformer un terrain vague en un carrefour dynamique pour la population. Les efforts des résidents ont également contribué à susciter des vocations en urbanisme pour la nouvelle génération.
« Je pense que nous avons beaucoup appris sur ce que nous pouvons réellement faire pour transformer nos quartiers », déclare Miles. « Et si davantage d’élèves pouvaient participer à des projets comme celui-ci, je pense que ce serait très bénéfique pour leur quartier. »
À propos de Ximena González
Ximena González est une autrice indépendante basée à Calgary. Son travail a été publié dans The Sprawl, The Tyee et The Globe and Mail.