Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
Pourquoi les événements dans les parcs sont-ils importants ? Comment les subventions s'intègrent-elles dans les objectifs plus larges des Ami·es des parcs pour susciter des changements dans les parcs urbains ?
Découvrez comment les initiatives d’intendance des grands parcs urbains du Canada contribuent à des écosystèmes plus sains, au bien-être des participant·es et à un soutien essentiel pour les services municipaux.
Dans le quartier Champlain Heights, à l’est de Vancouver, nous avons rencontré deux organisations qui mènent des efforts pour restaurer les forêts indigènes et tisser des liens au sein de leur quartier.
Une réflexion sur le rapport d'enquête BEING BLACK IN PUBLIC, qui explore comment les communautés noires vivent les parcs et les espaces publics, et ce qui nourrit la joie et le sentiment d’appartenance.
Explorez les principaux constats tirés de cinq années du Rapport sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière les tendances, les enjeux et les pratiques qui façonnent les espaces verts à travers le pays.
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Les parcs, les trottoirs, les transports en commun et les rues devraient être des lieux d’interaction sociale et de vie quotidienne. Pourtant, le rapport d’enquête BEING BLACK IN PUBLIC* [Être une personne noire dans l’espace public] nous rappelle que les lieux publics sont vécus de manière très différente selon les personnes qui les fréquentent.
En tant qu’urbaniste et cocréatrice d’espaces publics, Jay Pitter a dirigé cette étude. Son objectif était de combler une lacune importante dans la compréhension de l’expérience des personnes noires dans les parcs et autres lieux publics au Canada et aux États-Unis. Cette enquête porte sur les thèmes de la joie, du bien-être mental et de l’accès à des possibilités égales. Elle aborde aussi les conditions de la vie quotidienne qui favorisent le sentiment d’appartenance à la vie publique. Cette étude examine aussi comment des facteurs tels que le racisme, le sentiment d’insécurité et d’autres difficultés influencent ces expériences.
Sans se limiter aux données, les recherches menées par Jay Pitter portent aussi sur l’expérience vécue des gens. Elles remettent ainsi en question la conception, l’évaluation et la gestion traditionnelles des espaces publics.
Cette réflexion s’appuie sur les résultats de cette étude, mais pas comme une analyse technique. Elle invite plutôt à réfléchir à la joie, au sentiment d’appartenance et à l’importance de la sérénité dans les lieux partagés.
Pensez à la dernière fois où vous avez porté des vêtements influencés par votre culture sans aucune crainte, avez joué de la musique à plein volume dans un parc en invitant quelques personnes, ou avez pris un moment pour vous détendre sur un banc à l’ombre. La joie, c’est se mouvoir sans contrainte et s’exprimer sans jugement. Dans le rapport de Jay Pitter, la joie est décrite comme discrète, mais puissante.
Les petits détails font toute la différence. Des toilettes propres, des poubelles en bon état ou des aménagements accessibles peuvent transformer une simple sortie en un lieu où l’on se sent bienvenu et en sécurité. Dans cette enquête, 85 % des personnes interrogées étaient d’accord avec ce point. Selon 84 % des personnes interrogées, la présence d’arbres, de jardins ou de fleurs ainsi qu’un bon éclairage et une visibilité dégagée favorisent l’aisance et la présence des usagères et des usagers. Par ailleurs, 79 % d’entre elles ont déclaré apprécier des endroits confortables où s’asseoir et même des espaces soulignant la contribution des personnes noires.
Ensemble, ces éléments font bien plus qu’améliorer une infrastructure publique. Ils traduisent le respect, la considération et l’accueil et suscitent un sentiment d’appartenance. Un banc baigné de soleil, un chemin bien éclairé ou une plaque en hommage à une artiste noire ou à un artiste noir ne sont pas que de simples aménagements. Ils créent des moments de joie dans des espaces qui pourraient autrement sembler ordinaires ou peu accueillants.
La joie se construit également dans l’interaction avec les autres. Voir d’autres personnes noires ou évoluer dans des espaces fréquentés par des personnes d’origines diverses a été identifié par 88 % des personnes interrogées comme un facteur clé pour se sentir en sécurité et bienvenu. Des salutations de la part du personnel ou des usagères et des usagers de la structure (74 %) ainsi que la reconnaissance visible de l’histoire des personnes noires (70 %) renforcent également le sentiment d’appartenance. Des règles claires sur la manière de partager ces espaces et d’y interagir, mentionnées par 65 % de ces personnes, contribuent également au sentiment d’aisance et de sécurité. La joie naît non seulement de l’environnement physique, mais aussi d’un sentiment de reconnaissance, de représentation et d’inclusion dans la société.
Lorsque les personnes noires peuvent exister, s’exprimer et occuper librement ces espaces, les parcs deviennent bien plus qu’un simple ensemble d’aménagements physiques. Ils se transforment en une affirmation vivante et tangible de présence, d’appartenance et d’humanité. La joie naît de la liberté d’occuper pleinement un espace, de s’y déplacer sans vigilance constante, et de se sentir réellement reconnu·e et bienvenu·e.
Même si les lieux publics reflètent les tendances et les habitudes de la vie quotidienne, ils sont vécus de manière très différente selon les personnes qui les fréquentent. Attendre un autobus au petit matin, marcher sur un trottoir le soir ou s’asseoir sur un banc dans un parc un dimanche matin peut sembler ordinaire pour certaines personnes. Pour d’autres, ces mêmes activités nécessitent une vigilance particulière. Cette étude met en lumière le malaise que ressentent de nombreuses personnes noires dans ces lieux censés offrir tranquillité et détente.
Cela s’explique par le fait que ces lieux publics peuvent rappeler, en filigrane, la surveillance, le jugement et la prudence auxquels les personnes noires sont souvent confrontées. Même des lieux conçus pour les loisirs, la détente ou les habitudes quotidiennes peuvent induire une pression invisible, exigeant vigilance, attention et parfois retenue de la part des usagères et des usagers. Les rues, trottoirs, parcs et transports en commun que d’autres considèrent comme des endroits anodins peuvent être source d’inquiétude pour certaines personnes qui peuvent avoir l’impression d’être observées, scrutées ou traitées différemment.
Dans l’enquête, près de la moitié des personnes interrogées, soit 49 %, ont dit ne pas se sentir en sécurité dans les autobus et le métro. Un tiers d’entre elles ont dit ne pas être à l’aise dans la rue, sur le trottoir et sur un perron. Par ailleurs, 27 % ont dit ne pas être à l’aise sur les sentiers des parcs urbains ou dans d’autres espaces verts. Pour 21 % des personnes interrogées, il en va de même pour les événements culturels en plein air et les salles de concert. Ces chiffres reflètent ce que les personnes noires doivent évaluer en silence chaque jour avant de prendre une décision : comment se déplacer, quand parler, où s’attarder, et quand il serait plus sûr d’éviter un endroit. De nombreuses personnes ont également déclaré se sentir dans l’incapacité d’agir face à une situation dangereuse ou nuisible dans un lieu public. Ce sentiment d’impuissance exacerbe la charge émotionnelle liée à la fréquentation d’un lieu public. Ceci illustre à quel point l’expérience décrite dans le rapport d’enquête BEING BLACK IN PUBLIC dépasse la simple sécurité physique d’une personne et affecte aussi son bien-être social et émotionnel. Ces chiffres ne sont pas que des données; elles représentent des expériences vécues.
Pourtant, malgré le malaise ressenti, les gens continuent à rechercher des endroits qui sont source de vie. Les terrains de sport en plein air et les sentiers des parcs urbains, par exemple, sont toujours largement fréquentés par des personnes noires même si celles-ci les ont qualifiés d’endroits parmi les moins sûrs dans l’espace public. Ceci souligne l’importance de ces lieux. Ils ne sont pas que de simples lieux de passage; ils sont essentiels pour se divertir, faire de l’exercice et rencontrer des gens. En effet, les lieux publics contribuent au bien-être général. À cet égard, l’enquête montre que passer du temps dans des espaces verts, des sentiers ou des parcs améliore la santé physique, le bien-être mental et le sentiment d’appartenance sociale. Ces endroits permettent de tisser des liens avec les autres, de pratiquer une activité physique et de se connecter aux rythmes de la vie en société, et ce, même lorsqu’ils ne semblent pas toujours sûrs ou accueillants.
À ces défis viennent aussi s’ajouter les inégalités structurelles. De nombreux quartiers avec une population majoritairement racialisée font l’objet d’un manque de financement systématique. Les lieux publics, parcs, sentiers et espaces de loisirs sont souvent mal entretenus, en nombres insuffisants ou dépourvus d’aménagements. Les endroits qui pourraient favoriser la santé, le divertissement et le tissu social reçoivent souvent le moins d’investissements. Au contraire, les quartiers les mieux nantis bénéficient d’une multitude d’espaces verts et d’aménagements de qualité. Ces inégalités renforcent les disparités en matière d’accès, de sécurité et d’opportunités. Les personnes noires se voient donc confrontées à la fois aux barrières sociales et aux barrières structurelles de la vie publique.
La représentation et la visibilité influencent également le sentiment de bien-être ou de malaise. Les espaces publics qui ne reflètent pas l’histoire, le vécu ou les contributions des personnes noires peuvent engendrer un sentiment d’invisibilité ou d’exclusion. Une fresque murale, une plaque ou un nom de lieu, aussi insignifiants semblent-ils, peuvent véhiculer un sentiment de reconnaissance, d’appartenance, d’inclusion et de considération pour les personnes qui fréquentent ces endroits et y contribuent. À l’inverse, leur absence peut susciter un sentiment d’exclusion et l’impression que ces endroits ne sont pas pensés pour elles.
Les défis que rencontrent les personnes noires dans les lieux publics ne concernent donc pas seulement leur sécurité physique. Ils concernent aussi leur expérience culturelle, sociale et émotionnelle. Ce sont les règles tacites, les antécédents de surveillance et l’anticipation du jugement qui déterminent l’expérience des personnes noires dans ces environnements. Se sentir en sécurité dans un lieu public ne se résume pas à l’absence de danger. C’est avoir la liberté d’occuper l’espace de manière authentique et d’être soi-même, sans contrainte. L’étude met en lumière ces réalités du quotidien. Elle révèle l’équilibre délicat que doivent trouver ces personnes en conjuguant prudence et désir de connexion, de mouvement et de joie. Les conclusions de ces recherches soulignent que favoriser une expérience agréable dans les lieux publics va au-delà de leur simple conception physique. Cette expérience est aussi influencée par la culture, l’histoire et la manière de percevoir ces endroits.
Au-delà de ces défis, les espaces publics révèlent aussi leur potentiel à être plus que de simples environnements physiques. Lorsqu’ils sont conçus avec soin et intention, ils peuvent devenir des lieux propices à la sécurité, à la joie et au lien social. L’étude s’attache aussi à comprendre certaines subtilités : la sensation ressentie en arrivant dans un espace, le sentiment de tension ou de détente dans le corps et les signes imperceptibles indiquant si l’on peut rester ou non. Pour les personnes noires, ces moments sont rarement neutres. Ils sont influencés par la considération témoignée, par les personnes reconnues et par le sentiment d’être bienvenu·e ou simplement toléré·e.
Lorsque les lieux publics sont conçus pour tenir compte des personnes qui les fréquentent, ils deviennent alors des espaces de reconnaissance et de connexion offrant un sentiment d’appartenance. Selon les personnes interrogées dans l’enquête, des gestes simples peuvent avoir un impact significatif : des actes démontrant une ouverture et un effort pour que les gens se sentent en sécurité, bienvenus et à leur place. Ces moments montrent comment conception et culture peuvent contribuer à transformer les espaces en plein air en lieux où la présence est reconnue, le bien-être palpable et la joie possible.
Les terrains de sport, les sentiers pédestres, les places publiques et les parcs peuvent donc constituer plus que de simples lieux de passage. Lorsqu’ils sont conçus avec soin et intention, ils peuvent devenir des espaces où l’on a envie de s’attarder, de se divertir, de se rassembler et de tisser des liens. Le rapport souligne des exemples où la conception de sentiers pédestres, d’aires de loisirs et de places publiques a été pensée avec la participation des communautés noires. Ceci illustre que même des investissements modestes en matière de conception, de programmes ou de signalisation peuvent faire une grande différence.
Des programmes communautaires qui favorisent la participation, des espaces qui célèbrent la diversité des cultures présentes dans un lieu, ainsi qu’une conception et des pratiques attentives aux différentes façons dont les personnes utilisent l’espace contribuent à permettre aux personnes noires d’occuper l’espace public pleinement et de manière authentique.
Au-delà de la conception et des programmes, l’étude souligne l’importance des politiques, de la gouvernance et de la représentation au sein du personnel de direction. Des politiques inclusives qui accordent la priorité à la sécurité, à l’accessibilité et à la reconnaissance des histoires et des contributions des personnes noires garantissent que les espaces en plein air ne reposent pas seulement sur de bonnes intentions, mais bénéficient aussi d’un soutien structurel.
Des investissements équitables dans les lieux publics, en particulier dans les quartiers qui ont historiquement reçu moins de financement, sont essentiels pour traduire ces avantages dans les faits. Une gouvernance qui implique les membres du public – notamment les personnes noires – dans la prise de décision indique que les lieux publics sont conçus en tenant compte de celles et ceux qui les utilisent. La représentation au sein du personnel de direction est tout aussi importante : lorsque l’opinion des personnes noires est prise en compte dans l’élaboration des politiques, des programmes et des décisions concernant les lieux publics, ces endroits peuvent ainsi mieux refléter les expériences vécues et répondre aux besoins réels du public. Les habitantes et habitants peuvent également se reconnaître dans les décisions qui façonnent leurs lieux publics. Ceci renforce la confiance et le sentiment que leur présence, leur sécurité et leurs opinions comptent.
Jay Pitter souligne qu’un espace public n’est jamais neutre. Une conception réfléchie et la cocréation avec les membres du public, associées à des politiques de soutien, à une gouvernance inclusive et à une représentation au sein du personnel de direction peuvent transformer des parcs, places ou rues ordinaires. Même des lieux fréquentés avec prudence peuvent devenir des lieux d’appartenance. La sensibilité relationnelle et culturelle joue un rôle déterminant dans cette transformation.
L’espace public est – ou devrait être – le reflet de la manière dont les membres du public se valorisent mutuellement. Le contraire se vérifie aussi dans la vie de tous les jours. Les sentiments de joie, de sérénité et d’appartenance dans les lieux publics ne sont pas le fruit du hasard : ils trouvent leur origine dans des lieux basés sur la considération, la reconnaissance et la responsabilité.
Créer des lieux publics où chaque personne peut se reposer, s’exprimer et se déplacer sans crainte ne peut se résumer à l’élaboration de politiques ou à leur conception. Cela nécessite attention, empathie et volonté de comprendre des expériences différentes de la sienne. Lorsque les résidentes et résidents s’ouvrent à l’écoute, au dialogue et à une responsabilité partagée, l’espace public commence à refléter les personnes qui les utilisent – non seulement dans sa forme, mais aussi dans la manière dont il est vécu et ressenti.
Cette réflexion invite également à repenser notre processus de conception : à quoi ressemblerait la création de lieux publics centrés sur l’expérience vécue, sur la sensibilité culturelle ainsi que sur la considération et les connaissances du public? Comment cette approche pourrait-elle favoriser un sentiment d’appartenance, de considération et de responsabilité partagée chez les personnes qui utilisent et font vivre ces endroits?
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Jay Pitter vient de publier son dernier livre, Black Public Joy. S’appuyant sur l’étude BEING BLACK IN PUBLIC, ce livre invite chaque personne à s’engager à cultiver la joie publique, tout en revendiquant la sienne.
Pour en savoir plus sur ces thèmes :
Ami•es des parcs publie le deuxième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, mettant en avant les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs.
Alors que nous ébauchions les histoires que nous voulions partager sur la biodiversité, l’aménagement créatif de parcs, l’engagement communautaire et l’itinérance, notre monde changeait. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que loin d’avoir perdu leur pertinence, les sujets traités avaient gagné en urgence.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 27 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.
Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant la crise de la COVID‑19.
Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens.
Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés
Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure.
Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs.
Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation.
Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Remarque : Cet article revient sur les émeutes et les agressions raciales de l’an dernier, notamment sur l’assassinat de George Floyd, le combat pour défendre les terres des Wet’sutwet’en et les agressions perpétrées contre les personnes d’origine asiatique.
L’an dernier a été marqué par une vague sans précédent de mouvements revendiquant plus de justice raciale, qui ont suscité l’espoir et la résilience en plein milieu d’une pandémie (une tâche d’une ampleur considérable). Partout au Canada et dans le reste du monde, les personnes Noires, Autochtones et de couleur ont réclamé davantage de justice sous toutes ses formes.
En s’opposant à la construction d’un oléoduc, les chefs héréditaires Wet’sutwet’en ont affirmé leurs droits sur leurs terres ancestrales* et mis en évidence les méthodes coloniales encore utilisées de nos jours. Quelques mois plus tard, l’assassinat de George Floyd a suscité une prise de conscience similaire* sur les conditions de vie des personnes Noires en Amérique et ailleurs. Ces mouvements nous ont contraints à avoir des conversations embarrassantes sur les conséquences persistantes du racisme et de la colonisation.
Il n’est donc pas surprenant que ces combats sociaux se soient manifestés dans l’espace public. Jusqu’à présent, les experts du secteur de l’urbanisme notamment vantaient les mérites de l’espace public comme étant un endroit « neutre »* face à la politique et à l’oppression. Ils partaient du principe que l’accès et la manière d’interagir avec son environnement étaient les mêmes pour tout le monde, quelle que soit son identité.
Or, les agressions raciales qu’ont subies Christian Cooper, un Afro-Américain observant les oiseaux à Central Park, et Justine Abigail Yu, une Philippine canadienne se reposant dans un parc public, ont remis en question cette « neutralité ». Depuis l’an dernier, le Chinese Canadian National Council* recueille les plaintes de personnes victimes de crimes haineux anti-asiatiques sur Internet. Sur les centaines d’incidents déclarés, plus de 50 % se sont produits dans des lieux publics.
Dans le cadre des initiatives solidaires prises en réaction à ces incidents, comme la fermeture de certaines rues et voies ferrées, ainsi que d’autres lieux publics, des intellectuels de renom, comme Jay Pitter, ont répondu directement à cette question* : « L’aménagement urbain a la capacité soit de perpétuer les inégalités dans les villes, soit de les résoudre », a-t-elle déclaré dans une entrevue télévisée.
Ces faits et ces chiffres ont confirmé ce que beaucoup de personnes Noires, Autochtones et de couleur savaient déjà sur cette prétendue neutralité : qu’elle ne reflète pas la réalité. En tout cas, pas pour celles et ceux dont l’expérience dans les lieux publics a été affectée par leur identité raciale, au même titre que les aménagements ou l’entretien de ces espaces. Le droit de se trouver dans ces lieux publics, en toute liberté, était tout aussi important pour elles pour s’y sentir bien. En définitive, on a fini par reconnaître que ce sont ces mêmes groupes de personnes qui devraient apporter les changements nécessaires.
Grâce à leurs recherches, leurs plaidoyers et leurs fonctions municipales, les personnes de couleur ont revendiqué le droit d’exister en tant que chefs de file dans le cercle rapproché des urbanistes. Tandis que les mouvements populaires nous ont contraints à porter un regard critique sur les diverses manières dont nous nous rendons complices du racisme, les personnes travaillant dans les parcs et les lieux publics ont été forcées de faire de même.
À cet égard, Jacqueline L. Scott a constaté l’énorme engouement suscité par son travail. Dans le cadre de son doctorat à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto, elle étudie l’expérience des personnes Noires dans la nature. Depuis le regain d’activité du mouvement Black Lives Matter, elle a été invitée à participer à un nombre sans précédent de webinaires et d’entretiens avec les médias pour parler de son travail.
Elle attribue cet intérêt accru au fait que les gens comprennent enfin que « la discrimination raciale qui s’opère dans les activités en plein air ou dans le secteur de l’environnement est le même que partout ailleurs ». Dans notre sondage pancanadien d’avril 2021, 77 % des personnes interrogées étaient d’avis que l’expérience de certaines personnes dans les parcs était différente en fonction de leur identité. Créer des points de convergence entre l’écologie et la justice sociale permet aussi d’établir un dialogue avec des groupes souvent racialisés.
Jacqueline L. Scott constate que les services des parcs et loisirs avec lesquels elle a travaillé se caractérisent par les mêmes structures hiérarchiques. Le « mur blanc » que représente le personnel constitue un véritable obstacle pour les services qui auraient la capacité interne de faire changer les choses. Pour illustrer cela, le Diversity Institute a enregistré qu’en 2019, seulement 2,2 % des postes de haute direction du secteur public dans la région du Grand Montréal étaient occupés par des personnes racialisées.
Minaz Asani-Kanji, directrice de diffusion d’Ami·es des parcs, a également remarqué ce phénomène. « On voit rarement des personnes Noires ou de couleur occuper ces postes. Que ce soient les superviseurs des parcs ou même les personnes embauchées pour l’été. »
Pour y répondre, certaines municipalités ont engagé des spécialistes afin d’offrir de nouvelles perspectives et de mettre en œuvre des initiatives favorisant l’équité. À Thunder Bay*, le responsable de l’inclusion et des relations avec les Autochtones et l’agent de liaison Autochtone ont entamé des discussions sur la manière de décoloniser l’espace public et de permettre aux Autochtones de se le réapproprier. Des projets tels que le Northwood Splash Pad ont ainsi pu bénéficier de cet engagement ciblé. Quant à Edmonton, l’initiative Indigenous Framework* est née d’un partenariat avec des groupes Autochtones et d’un engagement à éliminer les barrières à l’emploi auxquelles ils sont confrontés.
Bien que ces étapes soient importantes, d’après Minaz Asani-Kanji, elles ne suffiront peut-être pas à inciter ces personnes à postuler si elles ne sont pas conscientes des possibilités d’emploi qui s’offrent à elles dans les parcs ou espaces verts urbains. Jacqueline L. Scott appelle cela des « barrières à l’information » ou des « infos exclusives ». Non seulement certains groupes Autochtones sont moins susceptibles de s’imaginer travailler pour les services des parcs, mais il se peut aussi qu’ils ne disposent pas des relations ni des renseignements nécessaires pour être sélectionnés pour ces postes. C’est justement sur l’établissement de ces relations que porte le travail de Minaz Asani-Kanji au sein d’Ami·es des parcs. En ciblant spécifiquement les groupes défavorisés par le biais du programme « Susciter le changement » mis en place par l’organisation, elle les aide à donner vie à leur projet dans les parcs en leur fournissant les outils nécessaires pour traiter avec les services des parcs de la Ville.
Pour renforcer les capacités et développer des relations, il est nécessaire avant tout de creuser la question au cœur de ces problématiques : celle des rapports de force inégaux.
Lourdenie Jean, fondatrice de « L’environnement, c’est intersectionnel », s’est donné pour objectif de s’attaquer à ce problème. Dans son travail, elle adopte une approche intersectionnelle afin d’identifier les groupes marginalisés et les manières dont ils subissent cette discrimination.
« Ces rapports de force existent partout, même dans les parcs et les espaces verts. Le racisme, le sexisme et le capitalisme sont toujours présents. » Et ceci touche les quartiers, les organisations communautaires et les municipalités à tous les niveaux. Ces sujets délicats peuvent susciter une certaine crainte, mais il est nécessaire de les aborder en faisant preuve de courage. Car c’est à partir de ces conversations que naissent les idées audacieuses*.
C’est le cas de l’urbaniste Lena Philips* qui propose des idées aux organisations locales prêtes à allouer leurs ressources plus délibérément. D’après elle, il faudrait commencer par rémunérer le travail fourni par les personnes qui s’investissent. Afin d’améliorer le soutien qu’elles offrent à leur public, ces organisations devraient également revoir les critères qu’elles utilisent pour évaluer les demandes de financement et de programmes en tenant compte de la riche expertise des personnes Noires, Autochtones et de couleur.
Ces groupes de personnes se sont également organisés pour renforcer leurs propres capacités en dehors des institutions officielles. Ceci a pris plusieurs formes, mais en général ils se sont efforcés de développer les compétences en leadership de leurs membres.
À Halifax, l’entreprise sociale Hope Blooms* propose aux jeunes des programmes diversifiés axés sur l’agriculture, afin de répondre aux problèmes d’insécurité alimentaire, ainsi que des programmes de leadership.
L’Ethọ́s Lab* s’adresse directement aux jeunes Noirs de Vancouver en leur offrant des possibilités de mentorat afin qu’ils puissent concevoir et créer des espaces dans lesquels ils et elles se sentent en sécurité. À travers ces deux initiatives, les leaders en herbe apprennent à reconnaître et à combattre les structures hiérarchiques qui marginalisent leur communauté. Pour conclure, Lourdenie Jean rappelle que le partage du pouvoir devrait être la préoccupation de tous, car selon elle, « l’intégration des personnes marginalisées profite à tout le monde ».
Tandis que les manifestations et les barricades baissent en intensité, les personnes qui ne sont pas directement touchées par ces questions peuvent être tentées de penser que le travail est terminé. À ce propos, sur les 32 services des parcs interrogés pour le rapport de cette année, seuls cinq (17 %) ont déclaré que la lutte contre les inégalités systémiques et la discrimination dans les parcs constituait un défi pour eux, contre huit (27 %) qui ont déclaré qu’il s’agissait d’un défi mineur.
C’est là que la responsabilité des décideurs politiques et des organisations comme Ami·es des parcs doit entrer en jeu. En juin 2020, nous avons publié une déclaration* dans laquelle nous nous engageons à adopter des processus internes pour lutter contre le racisme sous toutes ses formes. Depuis lors, notre organisation a progressé dans cette démarche et documenté ses progrès ici.
Grâce aux coalitions officielles et non officielles formées avec des acteurs du changement, les personnes Noires, Autochtones et de couleur n’ont jamais autant fait entendre leur voix. À ce propos, Jacqueline L. Scott a brillamment résumé ce sentiment : « Voici ce que je pense de ces organisations : vous avez une opportunité à saisir maintenant. À moins que vous espériez que tout cela disparaisse? Mais pour ma part, je ne crois pas que nous allons disparaître. »
Au Canada, les activités philanthropiques ont souvent privilégié les institutions publiques, comme les universités, les hôpitaux et les arts, mais moins les parcs. Toutefois, ces dernières années au Canada, des philanthropes ont fait don de nouveaux espaces publics de grande envergure. Avec l’appréciation croissante pour les parcs pendant la pandémie, ceux-ci pourraient bénéficier d’un intérêt accru de la part des philanthropes, ce qui présente à la fois des défis et des possibilités.
Pour Sheila Taylor, directrice générale de Parks Foundation Calgary, une organisation indépendante qui soutient principalement des projets citoyens dans les parcs, les activités philanthropiques en faveur des parcs sont liées à l’esprit d’entreprise de la Ville.
Les citoyennes et citoyens se sont toujours investis afin de créer la ville qu’ils désirent », dit-elle. « Ils sont profondément attachés à leurs parcs et lieux publics, comme nous le constatons de plus en plus depuis le début de la pandémie. Et quand les gens sont attachés à quelque chose, ils souhaitent y contribuer, que ce soit en donnant de leur temps, de leurs talents ou par une contribution financière. »
Selon Doug Bennet, du service des Parcs, forêts et loisirs de la Ville de Toronto, ce sont ces liens profonds qui expliquent également pourquoi les gens font des dons en faveur des parcs. « La philanthropie leur permet de faire un don pour soutenir des causes qui leur sont chères », dit-il. « Ils aiment leurs parcs et beaucoup ont envie de donner en retour. »
La philanthropie en faveur des parcs n’en est encore qu’à ses débuts au Canada. Bien que certaines initiatives aient bénéficié de dons importants, comme les 25 millions de dollars versés au projet Meadoway de Toronto, la majorité des fonds sont octroyés à des projets plus petits, comme des terrains de jeux et des programmes publics. Ces dons importants peuvent provenir de particuliers, de fondations, d’entreprises et de collectes de fonds locales.
Selon Doug Bennet, qui a vu l’intérêt philanthropique pour les parcs croître au cours de ses huit années d’expérience avec la Ville, si les dons en faveur des parcs peuvent avoir une incidence réelle, il est important de garder à l’esprit l’échelle de ces investissements par rapport au budget global des parcs urbains financé par les pouvoirs publics.
« Ces sommes ne sont pas insignifiantes, mais elles ne sont pas énormes non plus », dit-il. Dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020, la Ville de Toronto a notamment indiqué qu’elle avait reçu 8 millions de dollars venant de sources privées pour un budget d’investissement de plus de 100 millions de dollars, ce qui montre la prédominance du financement public.
Même pour les projets de parcs bénéficiant du soutien des philanthropes, les fonds privés couvrent rarement la totalité des dépenses. À Calgary, le programme Leverage Partners de la Ville fournit un financement de contrepartie pour les projets de parcs recevant l’appui des philanthropes et des citoyens, et a débloqué un budget de 8 millions de dollars pour la période de 2019-2022. La Ville de Thunder Bay a lancé un programme similaire* et offre aux citoyens de couvrir la moitié des coûts des projets de plus de 100 000 $. Quant à Ottawa, la municipalité répartit son programme de partage des coûts entre des projets d’investissement à petite échelle et à grande échelle.
Bien que le Canada soit loin d’avoir atteint le niveau des États-Unis en matière de philanthropie pour ses parcs, nous pouvons néanmoins tirer des leçons de leur expérience. La réduction drastique des budgets alloués aux services des parcs aux États-Unis a coïncidé avec une explosion des parcs financés et exploités par le secteur privé.
Bien que les budgets des parcs au Canada soient serrés, ils n’ont cependant pas subi les mêmes coupes budgétaires drastiques auxquelles ont été soumises de nombreuses villes aux États-Unis. En effet, celles-ci ont dû transférer une partie des responsabilités du secteur public en matière d’entretien et de financement des parcs municipaux au secteur privé.
Cette évolution s’est traduite par des dons absolument vertigineux, comme un don de 100 millions de dollars* pour Central Park à New York et un autre de 465 millions de dollars* pour la création et l’exploitation du parc Gathering Place à Tulsa.
Ces dons de plus en plus importants suscitent aussi des inquiétudes. Les opposants affirment que ces dons substantiels* interfèrent avec la planification des parcs pour se conformer à la vision des bailleurs de fonds, se substituent aux investissements du secteur public et entraînent un surfinancement des parcs phares dans des quartiers aisés, majoritairement blancs, au détriment des quartiers racialisés à faibles revenus.
Face au problème, de nouvelles initiatives philanthropiques, axées sur l’équité, l’investissement dans les quartiers défavorisés et le renforcement des capacités locales, ont vu le jour aux États-Unis.
C’est le cas, par exemple, de Reimagining the Civic Commons*. Centrée sur l’équité, cette initiative philanthropique a été lancée dans 10 villes américaines et finance des lieux publics pour soutenir le développement économique, la durabilité et les liens sociaux de manière équitable. De nombreuses ressources* sur les méthodes de mobilisation, la conception et l’évaluation des retombées ont été publiées dans le cadre de ce projet. L’exemple de la High Line de New York est tout aussi intéressant. Suite à des critiques selon lesquelles ce parc linéaire, financé par des fonds privés, était principalement destiné aux visiteurs blancs* et était responsable de l’embourgeoisement du quartier, l’organisation à but non lucratif à l’origine du parc a lancé le réseau High Line Network. Cette nouvelle organisation, dont les parcs Bentway et Meadoway au Canada reçoivent le soutien philanthropique, publie des ressources* pour aider d’autres parcs à se servir d’un modèle de développement plus inclusif et équitable.
Les activités philanthropiques doivent répondre aux besoins de la population et s’abstenir de proposer un plan tout fait qui ne laisserait que peu de place au public pour s’exprimer sur le produit fini. Pour ce faire, les Villes doivent adopter un processus transparent et équitable lors de l’évaluation des projets. Même si, pour certains bailleurs de fonds, ce processus peut s’avérer frustrant à cause de la lenteur des approbations, il est toutefois essentiel pour garantir le droit de regard du public.
Selon Nico Bernard, responsable du développement des investissements des parcs à Calgary, la Ville s’est largement attachée à définir sa collaboration avec Parks Foundation Calgary, notamment concernant les attentes au niveau des projets.
Pour ses projets, la municipalité a recours au processus de gestion « Stage-gate »* qui repose sur plusieurs évaluations. Ceci permet de garantir que les projets s’inscrivent dans la vision stratégique de la municipalité et répondent aux besoins réels des usagères et usagers. Entre la proposition et la phase de construction, les projets sont soumis à plusieurs évaluations. « Il faut être rigoureux pour veiller à ce que les projets soient vérifiés de près », explique Nico Bernard.
La vérification requiert notamment de « réfléchir à l’usage futur de l’espace et pas seulement lors de sa construction initiale », explique Sheila Taylor. Dès le départ, et avant de conclure toute entente de collecte de fonds, il faut déterminer qui sera responsable de l’entretien de ce lieu à long terme.
La Fondation a également aidé la Ville à concrétiser des projets de parcs prioritaires, comme la Rotary-Mattamy Greenway*, qui vient d’être terminée. Avec un budget de 50 millions de dollars financé par des fonds privés et publics, cette voie verte de 138 km relie 55 quartiers de la ville et s’inscrit dans la vision stratégique de la Ville.
À Toronto, Doug Bennet explique que tout don supérieur à 50 000 dollars doit être soumis au vote du conseil municipal et nécessite donc un certain devoir de diligence. « L’objectif est de veiller à ce que les projets proposés coïncident avec les intérêts de la Ville », dit-il.
Et d’ajouter que la Ville dirige les dons des entreprises vers ses zones d’amélioration des quartiers, soumises à divers critères en matière d’équité, et vers d’autres zones qui ne font peut-être pas l’objet du même intérêt philanthropique que d’autres quartiers.
Toute opportunité philanthropique en faveur des parcs doit être examinée en tenant compte de la question de l’équité. À cet égard, des études récentes sur les dons réalisés au Canada ont révélé des contrastes saisissants.
Publié en 2020, le rapport intitulé Unfunded: Black Communities Overlooked by Canadian Philanthropy* a compilé les données financières venant de fondations canadiennes afin d’étudier celles qui recevaient des financements. Bien que le rapport ne porte pas uniquement sur les investissements effectués dans les parcs, ses conclusions montrent que les organisations dirigées par des personnes Noires sont systématiquement oubliées des activités philanthropiques au Canada, un phénomène qui devrait faire réfléchir le secteur des parcs également. Sur 100 $ versés par les principales fondations canadiennes, 0,03 $ ont été octroyés à des organisations dirigées par des personnes Noires, tandis que 0,07 $ ont été versés par des fondations citoyennes.
Selon Rudayna Buhabeshi, spécialiste des politiques et des programmes avec près de cinq ans d’expérience dans le secteur caritatif au Canada, la question de l’équité raciale doit figurer dans l’évaluation du financement des parcs, surtout lorsque l’on connaît les vertus bénéfiques des espaces verts de qualité pour la santé mentale et physique.
Selon Rudayna Buhabeshi, même s’il est important d’examiner les groupes et quartiers qui ont reçu des fonds dans le passé, les organisations doivent aussi réfléchir, dès la phase de conception de leurs programmes, à ce qu’elles peuvent faire pour s’adresser aux groupes dirigés par des personnes Noires et Autochtones, si ce n’est pas le cas.
Par exemple, si un bailleur de fonds souhaite toucher une population particulière, il doit alors mettre en évidence cet engagement dans la subvention elle-même, ajoute-t-elle. Si dans le passé, les citoyennes et citoyens ne voient pas de gens qui leur ressemblent bénéficier d’un soutien, alors « il leur est difficile de savoir qu’il s’agit d’une priorité pour l’organisation. »
Il est également essentiel de revoir la manière dont les subventions sont examinées, un sujet que Rudayna Buhabeshi a abordé dans un article paru en 2021 dans The Philanthropist* à propos du racisme anti-Noirs dans ce secteur au Canada.
En outre, elle souligne qu’une attention particulière doit être accordée à l’évaluation basée sur les « capacités » des organisations bénéficiaires. En effet, les groupes ayant moins d’expérience ont tendance à être laissés de côté, et les financements à être toujours octroyés aux mêmes groupes. Plutôt que de pénaliser les groupes ayant moins d’expérience dans la rédaction de demandes de subvention, les bailleurs de fonds devraient y voir la possibilité d’aider ces groupes à se développer, explique Rudayna Buhabeshi.
Ce sujet a été repris par Lena Phillips, une urbaniste et consultante spécialisée dans les questions d’oppression, dans un article de 2020* sur la manière de rendre les lieux publics plus sûrs. Elle y explique notamment comment les modèles de financement actuels privilégient certains groupes, entravent la possibilité de certains groupes d’y avoir accès en exigeant qu’ils aient le statut d’organisme de bienfaisance ou soient constitués en société.
Depuis, certaines agences d’octroi de subventions ont pris des mesures pour lever ces obstacles. La Toronto Foundation* et la Vancouver Foundation* proposent des subventions ciblant spécifiquement les organisations dirigées par des personnes Noires et Autochtones. Elles leur offrent des consultations téléphoniques et tentent de réduire les obstacles liés à l’exigence d’avoir le statut d’organisme de bienfaisance.Bien qu’il s’agisse d’une subvention publique, l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé, lancée par le Gouvernement fédéral en 2021 et mise en œuvre par Fondations communautaires du Canada, offrait aux candidats un guide sur l’équité*. Conçu par Jay Pitter, une Canadienne spécialiste de l’aménagement des lieux de convivialité [« placemaking » en anglais], ce guide servira aux organismes, aux municipalités et aux fondations pour la conception de leurs programmes.
Bien qu’il soit surtout question d’argent lorsque l’on parle des activités de philanthropie en faveur des parcs, un autre aspect essentiel qui, selon certains experts, serait encore plus important que l’aspect financier, est le renforcement des capacités et l’établissement d’une bonne gestion au niveau local.
Selon Erika Nikolai, directrice générale des Amis des parcs, ce qui fait toute la différence, c’est le temps et l’énergie que consacrent les citoyens pour l’organisation de programmes publics. Ces activités à petite échelle contribuent à renforcer la cohésion sociale, mais aussi la capacité de ces groupes à organiser des activités de plus grande envergure et à plaider en faveur du changement.
D’après elle, la pandémie a mis en évidence l’importance des programmes publics qui permettent aux résidentes et résidents de rester en contact et en santé. Plutôt que d’octroyer la majorité des dons philanthropiques aux projets d’investissement, selon elle, il pourrait être utile de soutenir ce genre d’activités qui requièrent aussi moins d’argent.
Les projets philanthropiques peuvent également contribuer à créer des liens. Si tous les projets de parcs financés par les municipalités s’appuient sur des consultations publiques, la participation directe des citoyens, notamment dans la collecte de fonds, la conception du projet, ou les deux, pourrait avoir un effet direct sur ces consultations.
Pour Sheila Taylor, la philanthropie requiert de forger des alliances en faveur des parcs, de même qu’un sentiment de responsabilité partagée et un but commun. « Pour moi, la philanthropie ce n’est pas seulement donner de l’argent, c’est aussi partager son temps et ses talents pour soutenir une cause », dit-elle.
À cet égard, la Fondation s’attache à outiller les citoyens plutôt que de prendre en charge elle-même les projets. Par exemple, elle subventionne les études de conception et aide les organisations à gérer les aspects financiers de leur projet.
« Le jardin musical que nous avons créé l’an dernier a suscité une immense mobilisation de la part des résidentes et résidents de Calgary, et beaucoup ont fait des dons », explique Sheila Taylor au sujet du parc Quinterra Legacy Garden* construit à la mémoire de cinq jeunes assassinés en 2014. « Le parc musical a bénéficié du soutien de plusieurs centaines de donateurs, et cette expérience a été véritablement transformatrice. »
À Toronto, Doug Bennet cite la construction d’aires de jeux financées par des philanthropes. Selon lui, faire participer les résidents à la construction d’aires de jeux est un moyen de créer un dialogue. « En établissant des partenariats, il est possible de créer un climat de confiance, ce qui est primordial pour le gouvernement. »
Par ailleurs, les municipalités peuvent exploiter le potentiel lié aux activités de gestion et à l’établissement d’un dialogue en lançant des initiatives de budgétisation participative. Ce processus financé par des fonds publics permet aux citoyennes et citoyens de proposer des projets et de voter pour qu’ils soient financés dans leur quartier. Des Villes canadiennes comme Kitchener, Montréal, Longueuil et Toronto ont testé ce processus à différents degrés. À cet égard, Montréal a approuvé un budget de 10 millions de dollars pour des projets favorisant la résilience sociale et écologique. Dans ces villes, les taux de participation étaient plus élevés* que les consultations traditionnelles sur les parcs. Toutefois, ce processus a aussi soulevé certaines inquiétudes quant à la possibilité de créer une atmosphère compétitive*, d’où l’importance d’un processus décisionnel équitable et transparent, que les financements soient privés ou publics.
Enfin, les lieux publics peuvent aussi profiter des idées innovantes et de l’esprit créatif que portent les projets philanthropiques et citoyens. Contrairement au service des parcs d’une Ville, les résidentes et résidents voient parfois des liens entre les différents types de lieux publics qu’ils fréquentent au quotidien, comme les parcs, les corridors hydroélectriques et les rues.
Selon Marisol Narvaez, responsable des partenariats à la Ville de Calgary, la philanthropie « nous amène à repenser notre approche vis-à-vis des lieux publics ».
Il suffit de regarder le Flyover Park* construit récemment à Calgary. Ce parc unique est né de l’idée de résidentes et résidents qui souhaitaient réimaginer ce lieu public situé sous un pont à étagement.
Avec les élèves d’une école secondaire, ils ont imaginé ce qu’ils pourraient en faire, puis ont fait appel à des étudiants en architecture paysagère de l’Université de Calgary pour les aider à concrétiser leurs idées. Par la suite, le projet a bénéficié à la fois de financements privés et de fonds publics du gouvernement provincial et de la Ville.
Aujourd’hui, ce parc est devenu un endroit très apprécié de la population. Cependant, comme le dit Sheila Taylor, « tout a commencé quand des enfants ont eu l’idée de créer un parc à cet endroit ».
Ami•es des parcs publie le troisième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Favoriser l’équité et la résilience : Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.
Partout au Canada, la fréquentation des parcs a fortement augmenté pendant la pandémie, alors que la population se tournait massivement vers les espaces extérieurs pour pouvoir se rassembler en toute sécurité, se connecter à la nature et rester active. Les parcs ont ainsi pris une place encore plus importante dans le quotidien des Canadien·nes, mais les Villes ont dû composer avec de nouvelles pressions liées à la hausse de la fréquentation et aux exigences de santé publique.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 32 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.
Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :
Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.
Comment les villes cherchent à s’adapter aux changements climatiques et à en atténuer les effets grâce à leurs parcs
Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.
Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs.
Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.
Comment les municipalités canadiennes peuvent-elles miser sur le soutien philanthropique pour leurs parcs et résoudre certaines des difficultés qui y sont liées?
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
Points clés :
Comme nous l’avons écrit dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2021, beaucoup de gens ont transféré à l’extérieur, notamment dans les parcs, des activités qu’ils faisaient généralement « à l’intérieur » en raison de la fermeture des espaces intérieurs, comme les restaurants, les bibliothèques et les salles de sport, pendant la pandémie. Manger, aller aux toilettes et rencontrer des amis ne sont que quelques exemples des besoins quotidiens fondamentaux que les gens ont de plus en plus cherché à combler dans les parcs durant la pandémie.
Ces changements d’habitudes ont entraîné un changement de perception sur la raison d’être des parcs. Comme le dit Sara Udow, urbaniste et directrice de la société de mobilisation citoyenne PROCESS : « les gens utilisent les parcs pour combler leurs besoins fondamentaux, et pas seulement pour les loisirs. » D’après notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes canadiennes, 93 % d’entre elles ont convenu que permettre aux gens de répondre à leurs besoins élémentaires est un avantage important des parcs.
Pourtant, des idées étroites sur « les manières acceptables » d’utiliser les parcs, émanant de la stigmatisation et des inégalités basées notamment sur la race, la classe sociale et les capacités individuelles, empêchent certaines personnes de profiter des avantages des parcs pour répondre à leurs besoins quotidiens. Souvent, les personnes qui dépendent le plus des parcs – comme celles confrontées à la précarité du logement et à d’autres formes de marginalisation – sont celles dont on néglige, voire ignore, le plus les besoins.Par exemple, alors que beaucoup utilisent les parcs comme lieux de repos et de détente, les personnes sans logement, quant à elles, font souvent face à la répression et aux ordres d’évacuation quand elles souhaitent profiter de ce repos pendant la nuit. Et malgré l’intérêt grandissant d’intégrer une optique de santé publique dans la planification des parcs, des caractéristiques de conception hostiles, comme l’utilisation d’éclairages bleus dans les toilettes, qui vont à l’encontre des conseils de santé publique*, contribuent à exclure des parcs les personnes qui consomment des substances.
Cependant, les Villes et leurs populations commencent à reconnaître et à corriger ces inégalités par le biais de programmes qui priorisent le bien-être des personnes les plus souvent exclues. En remettant en question les doctrines en matière de prestation de services, d’application des règlements et de conception environnementale, ces initiatives montrent la voie à suivre pour créer des parcs prenant soin de toutes et tous.
Bien que répondre aux besoins élémentaires des gens en mettant à leur disposition des équipements, comme des toilettes, soit incontournable, l’unique focalisation sur les besoins peut parfois masquer ce que les personnes marginalisées peuvent offrir à la société, explique Azkaa Rahman, analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.
« On passe à côté de beaucoup de choses quand on se concentre uniquement sur l’analyse et la gestion des besoins au lieu de tenir compte des talents, des qualités, des ressources et des forces que les gens peuvent offrir, partager et échanger ».
Azkaa Rahman, Analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton.
Azkaa travaille pour RECOVER Urban Wellbeing*, une initiative lancée par la Ville pour favoriser le bien-être de la population, en particulier des personnes sans logement ou marginalisées à Edmonton. Le travail de RECOVER s’appuie sur une recherche socio-ethnographique menée auprès de 59 résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue, qui a permis de déterminer les éléments qu’ils considèrent comme étant essentiels à leur bien-être.
Cette recherche* a révélé que les besoins sociaux et psychologiques des participants (respect, famille, liens sociaux, et raison d’être) contribuaient davantage à leur idée de bien-être que leurs besoins matériels. Par conséquent, le groupe de travail sur le bien-être a donc porté son attention sur les relations : que ce soit d’établir de bonnes relations avec autrui, la terre, soi-même, la culture, le projet humain ou le sacré.
Chaque année, RECOVER lance et évalue une série de « prototypes sociaux » pour tester différentes approches visant à améliorer le bien-être des gens. Beaucoup de ces tests se déroulent dans des parcs et espaces en plein air.
Les projets de 2021 comprennent The Gallery*, un projet d’art public qui a mis en lumière le travail d’artistes Autochtones ayant été un temps sans logement, et dont l’objectif explicite est de créer des liens entre les chefs d’entreprise et les résidentes et résidents d’Edmonton vivant dans la rue. Un autre exemple est Soloss*, un prototype qui a mobilisé les résidentes et résidents et les a formés comme « personnel accompagnant » pour aider leurs concitoyens à surmonter un deuil. Pour établir la description de ce rôle, l’équipe du projet a organisé des événements éphémères* au Churchill Square et au Camp Pekiwewin*, un campement Autochtone, afin de recueillir l’avis du public. Grâce au programme qui en a découlé, les accompagnants ont aidé leurs pairs à gérer leur deuil par le biais de l’art, de la musique, d’exercices de respiration, de la danse ou des contes, et ont ainsi comblé une lacune* créée par le fait que « les services professionnels ne peuvent se substituer au soutien et à la solidarité humaine. »
À travers le Canada, 48 % des Villes ont déclaré avoir lancé au moins un programme visant à fournir des services sociaux dans les parcs. De nouveaux programmes ont vu le jour dans les parcs pour répondre aux besoins fondamentaux, comme la sécurité alimentaire, les soins de santé et le matériel de survie, tout en mettant les gens au premier plan :
À Edmonton, la nouvelle City Farm* qui a vu le jour en 2020, est un jardin potager de 5 hectares géré par la Ville qui distribue ses récoltes à des groupes associatifs.
Face aux préoccupations croissantes concernant le rôle de la police et l’application des règlements dans les parcs, les modèles basés sur la solidarité peuvent offrir une autre forme de sécurité de proximité.
À Vancouver, le Sweetgrass Clan* dirige une patrouille de sécurité assurée par des personnes Autochtones dans le quartier Downtown Eastside. S’inspirant de la patrouille Bear Clan* de Winnipeg, le groupe entend assurer une présence positive dans les lieux publics du quartier, en proposant des mesures pour désamorcer et résoudre les conflits en se basant sur les enseignements traditionnels Autochtones.
Selon Robbie Epp, le fondateur du groupe, ce modèle présente une alternative aux mesures de maintien de l’ordre en « éliminant de la situation la violence et le stress que beaucoup de gens ressentent dans la rue ».
« Un élément important dans nos enseignements est que la meilleure façon de prendre soin de nos enfants est de faire preuve de patience et de respect, d’avoir recours au dialogue et de montrer l’exemple », explique-t-il. « Je savais donc qu’une autre approche était possible. »
Outre ses interventions en cas de crise, le Sweetgrass Clan organise des activités pour réunir les gens du quartier, comme un barbecue dans le parc Strathcona organisé en partenariat avec le groupe East Van Skate Crows*. Robbie Epp explique que ce type d’événements peut contribuer à une plus grande prise de conscience et compréhension au sein de la population. Et d’ajouter que « le plus difficile [dans son travail] est de communiquer avec les résidents » pour les aider à comprendre la réalité des Autochtones qui vivent dans la rue.
Dans le même temps, les espaces verts peuvent constituer des lieux de guérison pour les personnes vulnérables, explique-t-il. « C’est lorsque l’on se rassemble dans un parc que les gens se sentent le plus à l’aise », dit-il. « Ils s’assoient simplement dans l’herbe, pieds nus et remuant les orteils et ont l’air détendu… et c’est de ça dont nous avons besoin. »
D’autres Villes commencent également à tester des patrouilles civiles dans l’espace public. À Montréal, un projet pilote lancé dans l’arrondissement Ville-Marie a recruté une équipe mobile de huit intervenants psychosociaux pour mettre en œuvre des activités de médiation et pour désamorcer et résoudre des conflits dans les lieux publics.
Selon Alexandra Flynn, professeure à UBC, il est important, lors de la mise en œuvre de ce type de programmes, d’informer le public, y compris les personnes des campements, du rôle précis de ces intervenants. Dans un rapport sur les campements à Toronto publié récemment*, elle a constaté que, sur le site web de la Ville, les ambassadeurs des parcs sont décrits comme étant « des messagers ou des représentants autorisés… de bonne volonté ». Dans les faits, ce personnel est formé pour travailler en étroite collaboration avec les autorités policières pour surveiller et signaler les problèmes liés aux campements. « Si c’est le rôle de ces effectifs, alors les municipalités doivent expliquer cet objectif plus clairement », déclare-t-elle.
Dans le cadre d’un projet de recherche récent entrepris par les Amis des parcs en partenariat avec des étudiantes et étudiants de School of Cities de l’Université de Toronto, nous avons constaté que concevoir des parcs favorisant le bien-être et l’inclusion des personnes sans logement nécessite de « désapprendre » les méthodes de conception traditionnelles.
Par exemple, des personnes qui ont été un temps sans logement nous ont dit que l’idée des « Yeux sur la rue », rendue célèbre par l’urbaniste Jane Jacobs, est problématique pour les personnes dont la vie privée est à la vue de tous dans les parcs. Également connue sous le nom de « surveillance naturelle », la création d’un champ de vision clair visant à minimiser l’intimité dans les parcs est souvent considérée comme un modèle à suivre dans le domaine de l’urbanisme, et ce, dans une optique de Prévention du crime par l’aménagement du milieu (PCAM) – une stratégie que 76 % des Villes interrogées ont déclaré utiliser.
Mais pour les personnes qui n’ont pas accès à un espace privé comme un logement, avoir une protection visuelle, notamment avec des buissons ou des arbustes, est essentiel. « Être constamment à la vue du public… est tellement humiliant, de même qu’être constamment ignoré, mais aussi constamment surveillé », dit Diana Chan McNally, coordonnatrice de la formation et de la mobilisation au Toronto Drop-In Network.
Pour Daniela Mergarten, une activiste ayant une expérience vécue, les gens ont besoin d’intimité afin d’avoir « une certaine autonomie ». Les experts en justice raciale remettent également en question les stratégies de conception favorisant la surveillance. Comme l’a écrit Amina Yasin*, la PCAM « a criminalisé dans le passé les personnes Noires, Autochtones et pauvres dans l’espace public ».
Au lieu d’avoir recours à des méthodes de conception basées sur la méfiance et qui encouragent la surveillance entre voisins ou tentent de contrôler les comportements, les personnes que nous avons interrogées nous ont dit que la conception des parcs devrait plutôt être axée sur la confiance, la solidarité et la dignité.
Cela inclut notamment d’adopter une approche de réduction des risques pour favoriser le bien-être des personnes qui consomment des substances. Hannah Leyland, une architecte travaillant à Vancouver et spécialisée dans la conception d’espaces dédiés à la consommation de drogues*, a déclaré que des aménagements spécifiques, comme des conteneurs pour objets tranchants et des toilettes publiques plus sûres*, peuvent non seulement sauver des vies, mais aussi contribuer à déstigmatiser la dépendance. La présence de ces éléments dans les parcs « véhicule le message selon lequel le quartier se préoccupe des personnes qui consomment des substances », explique Hannah Leyland.
Ces aménagements permettent également aux gens de passer du temps dans les parcs, seuls ou à plusieurs. Les personnes sans logement nous ont dit que l’absence d’aménagements, comme des bancs confortables, des kiosques de jardin couverts et des aires de pique-nique, entravait leur capacité à satisfaire leurs besoins fondamentaux, comme se reposer et socialiser dignement. La chercheuse Cara Chellew, spécialiste de l’espace public, qualifie cette absence d’« aménagements fantômes ». Selon elle, ces éléments sont intentionnellement laissés de côté dans la conception des parcs, en raison de leur capacité à susciter des « comportements indésirables », comme de « flâner sur la voie publique ».Comme l’écrivent les auteurs de Care and the City*, « se préoccuper profondément des autres … [est] une compétence que l’on acquière peut-être le mieux dans les lieux publics et accessibles qui nous donnent la possibilité de recevoir, d’offrir et de partager de l’empathie ». En adoptant ces éléments de manière plus intentionnelle dans les parcs et les programmes, il est possible de concrétiser le potentiel des parcs en tant que lieux de solidarité pour toutes et tous.
Alors que les camps de fortune se multiplient dans tout le pays, les services des parcs sont confrontés à un défi inédit : tandis que les parcs sont devenus des endroits illustrant très clairement la crise du logement, la capacité d’identifier des solutions de relogement permanentes se trouve en dehors de leur champ de compétence.
Cependant, en tant qu’organisateurs, intendants des terres et fournisseurs d’aménagements publics, les services des parcs peuvent tirer parti de leurs forces pour jouer un rôle positif face au problème de l’itinérance : que ce soit en fournissant des services basés sur les droits de la personne ou en approfondissant leur relation avec les personnes vivant dans des camps de fortune.
« Depuis le début de la pandémie, on assiste à une prolifération et à un élargissement des campements », explique Alexandra Flynn, professeure à l’Université de Colombie-Britannique, qui a étudié les mesures prises par les Villes face aux campements pendant la pandémie. « Ceci a mis davantage de pression sur les Villes canadiennes qui ont dû gérer ces campements ».
Dans notre sondage mené auprès des municipalités, 90 % d’entre elles ont déclaré que la question de l’itinérance dans les parcs représentait un défi, qui n’est d’ailleurs pas près de se résoudre.
Les spécialistes, y compris le personnel de première ligne, les personnes qui ont été en situation d’itinérance et les professionnels de la santé publique, alertent tous sur l’urgence de tenir compte de cette réalité dans la planification municipale.
« J’espère que ce problème va prendre fin, mais dans un avenir proche, j’anticipe que les gens doivent encore dormir dans les parcs. C’est triste, mais c’est une réalité à laquelle nous devons faire face », déclare Matthew Huxley, un militant qui a connu l’itinérance.
Diana Chan McNally, du Toronto Drop-In Network, ajoute : « En dépit des bonnes intentions, les gens ont toujours la conviction qu’il faut déplacer les personnes sans logement des parcs. Nous devons abandonner cette idée une bonne fois pour toutes. Parce que dans les faits… les gens n’ont absolument nul autre endroit où aller. »
Les spécialistes de la santé publique partagent aussi cette idée. Ils appellent les Villes à tenir compte des camps de sans-abris dans leur planification afin d’améliorer la résilience des systèmes de parcs et de se préparer aux projections prévoyant une augmentation des personnes sans logement* en raison des changements climatiques*, ainsi qu’une hausse de la fréquentation des espaces verts* pendant les vagues de chaleur.
Comme nous l’avons écrit dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020, les approches encourageant le déplacement des personnes sans logement – que ce soit la conception défensive des parcs ou l’évacuation des campements – engendrent de nombreux préjudices. Chasser des parcs les personnes sans logement peut les obliger à se réfugier dans des endroits plus isolés où elles seront davantage exposées aux dangers. Ceci peut aussi compliquer la tâche du personnel de terrain pour maintenir un lien avec celles et ceux qu’il tente d’aider.
De plus, tandis que les Peuples Autochtones sont touchés de manière disproportionnée par la précarité du logement – et représentent entre 28 et 34 % des personnes sans abri* alors qu’ils ne constituent qu’un peu plus de 4 % de la population canadienne –, déplacer les personnes des parcs continue d’illustrer des pratiques coloniales basées sur la violence* et la spoliation des terres, minant tout effort de réconciliation.
Malgré le sentiment répandu selon lequel les campements empêchent les autres de profiter des parcs, notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes du Canada suggère que la plupart ne sont pas de cet avis.
62 % des personnes interrogées ayant remarqué des campements dans leur parc ont déclaré que cela n’avait aucunement nui à leur fréquentation des parcs – preuve que les personnes qui se rendent dans les parcs sont ouvertes à l’idée de partager cet espace avec les personnes sans logement.
Les services des parcs abordent généralement les camps des sans-abris d’un point de vue opérationnel, en se préoccupant surtout de l’entretien des parcs. Bien que ce travail soit important, il est insuffisant pour répondre aux besoins complexes des personnes qui ont trouvé refuge dans les parcs.
Pour répondre à la situation, la Ville de Vancouver a créé un nouveau poste au sein de sa Commission des parcs* afin d’assurer la direction des relations urbaines. Ce poste, le premier du genre au Canada, se concentrera sur l’établissement de relations avec les personnes vivant dans les campements et les partenaires sociaux.
D’après Donnie Rosa, responsable de la direction générale de la Commission des parcs, ce nouveau poste transmet un message clair : « cet aspect s’inscrit dans le domaine d’activité des professionnels des parcs de la Ville ». La mise en place d’une équipe spécialisée et dotée de l’expertise adéquate allégera la charge qui pèse sur les effectifs responsables de l’exploitation des parcs, qui doivent souvent répondre aux problèmes de l’itinérance.
Ce nouveau poste a été créé après le lancement d’un processus* par la Commission des parcs en partenariat avec la Ville de Vancouver et BC Housing afin de déplacer les personnes vivant dans un grand campement au parc Strathcona vers des hébergements intérieurs au printemps 2021. Toutefois, les nouveaux camps qui ont vu le jour depuis lors soulignent la nécessité de poursuivre ce travail.
Lors de l’établissement d’un dialogue avec les sans-abris installés au parc Strathcona, la Commission des parcs s’est appuyée sur quatre principes directeurs : la réduction des risques, une intervention tenant compte des traumatismes, la réconciliation et la collaboration. Dans les faits, le processus s’est basé sur le soutien du personnel des services sociaux plutôt que celui de la police, sur la participation des effectifs de la Commission des parcs à une cérémonie du feu dirigée par des Aînés Autochtones avant d’entrer dans le camp des sans-abris, et sur la nécessité de veiller au langage utilisé, notamment en respectant les biens personnels des gens dans le parc plutôt qu’en les considérant comme des déchets.
Donnie Rosa reconnaît que se conformer à ces principes n’était pas chose facile au vu des systèmes coloniaux existants. Certains jours, les rencontres avec les personnes vivant dans les campements pouvaient durer plusieurs heures, car celles-ci avaient des choses importantes à communiquer au personnel des parcs.
« Ce n’est pas comme ça que nous travaillons. Nous enchaînons généralement les réunions », explique-t-elle, mais ces moments ont été d’une importance capitale pour toute l’équipe. « En tant que colons, mais aussi représentants des institutions pour lesquelles nous travaillons, nous devions entendre tout cela et y consacrer le temps nécessaire. »
Donnie Rosa souligne que, pour mener ce travail consciencieusement, il faut faire preuve de souplesse vis-à-vis des structures et des délais en place. « Nous devons nous soutenir mutuellement en nous disant que nous adoptons la bonne approche, celle de faire passer le bien-être d’une personne avant une échéance. »
De nombreuses Villes commencent à adopter une approche fondée sur les droits de la personne pour aborder la question de l’itinérance*, dont l’objectif est de veiller à ce que les personnes sans logement aient accès à des aménagements et des services essentiels dans les parcs. Par exemple :
Souvent formé dans des domaines tels que les loisirs, la gestion des ressources naturelles ou l’architecture paysagère plutôt que dans les sciences sociales ou le développement communautaire, le personnel des parcs, peut se sentir mal équipé pour répondre au problème des personnes sans logement, explique Donnie Rosa.
En effet, dans le cadre de notre sondage réalisé auprès de 30 municipalités, 56 % ont identifié comme obstacle le manque de connaissances ou de formation de leur personnel des parcs sur la question de l’itinérance. Certaines Villes, comme Gatineau et Toronto, ont fait état des initiatives récentes visant à sensibiliser et former leur personnel des parcs sur la question de l’itinérance.
Cependant, Donnie Rosa encourage les membres du personnel des parcs à reconnaître aussi leurs forces actuelles : « Nous favorisons le développement communautaire et les liens sociaux, et nous devons utiliser cela dans ces situations pour rassembler les gens et leur ménager un espace de parole. »
Le fait d’encourager une culture basée sur l’humilité, le dialogue et l’apprentissage collectif a joué un rôle crucial dans la capacité de la Commission des parcs à respecter ces principes directeurs. « J’ai appris beaucoup plus… au cours de ce processus que je n’aurais jamais pu apprendre en suivant n’importe quel cours ou formation », relate Donnie Rosa. « Et cela, grâce au simple fait de mettre en pratique ces principes et de faire des erreurs… et puis de tenir compte de ces erreurs et de nous demander : comment pouvons-nous faire mieux? »
Donnie Rosa explique que l’une des erreurs commises par la Commission des parcs après le départ des itinérants du camp du parc Strathcona a été que son personnel a évacué les tentes et les articles personnels laissés sur place, pensant que ceux-ci avaient été abandonnés. Avec le recul, Donnie Rosa aurait aimé accorder plus de temps aux sans-abris pour s’assurer que le personnel ne retire que les objets dont ils étaient prêts à se séparer.
Saisir l’opportunité de faire participer les personnes en situation d’itinérance au processus de réhabilitation du parc en utilisant un modèle d’emploi entre pairs est un enseignement que le personnel retiendra pour la prochaine fois. En effet, les personnes déplacées du camp voulaient participer à la remise en état du parc après leur départ, explique Donnie Rosa.
Un récent rapport de l’Université York* indique que les Villes disposent de deux types de pouvoirs pour aborder la gestion des camps de fortune : un pouvoir juridique formel, via les règlements par exemple, et un pouvoir informel, via des messages qui façonnent l’opinion publique sur ces campements.
Les services des parcs sont bien placés pour tirer parti de ce pouvoir informel afin de changer le discours sur les campements. Et cette démarche a toute son importance étant donné que 70 % des Villes déclarent rencontrer des difficultés dans la gestion des personnes sans logement en raison des plaintes du public. En faisant des parcs des lieux propices à la conscientisation de la population, les Villes peuvent non seulement sensibiliser le public au partage de l’espace et le mettre à l’aise à cet égard, mais aussi contribuer à réduire les plaintes et alléger la charge qui pèse sur les effectifs des parcs.
Dans son plan d’action sur l’itinérance publié récemment, la Ville de Gatineau cite comme orientation stratégique le fait d’« améliorer le vivre-ensemble et faciliter la cohabitation dans l’espace public ». Pour ce faire, le personnel municipal a jusqu’à présent mis en place des « comités de cohabitation » dans les quartiers pour chercher, avec les parties prenantes, comme les organismes de services sociaux, le public et les entreprises, à conscientiser le public sur l’itinérance.
« Ce qu’on fait au comité de cohabitation, c’est de la déstigmatisation », explique Julie Sénéchal, coordonnatrice du développement des communautés à la Ville de Gatineau. Cette orientation a été proposée par des personnes sans logement participant au comité qui ont identifié « la question des préjugés et comment eux le vivent » comme une priorité importante, explique Julie Sénéchal.
Le premier comité a été formé dans le quartier de l’Île de Hull où un espace vert cogéré par la Commission de la capitale nationale, le ministère des Transports du Québec et la Ville de Gatineau sert de camping pour les sans-abris. Située à côté de cet espace vert, une école secondaire faisait partie des principaux partenaires du comité. À cette fin, les élèves ont interrogé leurs camarades pour comprendre leurs questions et leurs préoccupations sur l’itinérance. En se basant sur les commentaires des élèves, le comité de cohabitation élabore actuellement des vidéos d’information pour sensibiliser les gens du quartier afin qu’ils soient plus à l’aise de partager leur espace.
Les programmes mis en place dans l’espace public contribuent également à favoriser l’inclusion. À cet égard, la Ville organise des activités de nettoyage de quartier en partenariat avec des organisations locales et les personnes vivant dans les camps. Elle entend aussi lancer un programme d’agriculture urbaine qui embaucherait comme jardiniers des personnes sans logement en partenariat avec un organisme de services local.
Ce projet n’en est encore qu’aux premiers stades de sa mise en œuvre, mais Julie Sénéchal indique que la concertation régulière et de qualité des personnes sans logement sera cruciale pour sa réussite.
« Il faut aller à la rencontre des gens, c’est ma méthode de travail », explique Julie Sénéchal. Elle a bon espoir que ce projet contribuera à établir les bases d’une collaboration plus forte avec les personnes sans logement. Et d’ajouter que le plan d’action « nous permet de mettre en place des outils qui favoriseront une réelle participation et d’inclure les personnes en situation d’itinérance dans les processus de planification ».
« [Les personnes sans logement] connaissent la ville sous un autre angle que nous », dit-elle. « Il y a du monde qui a des choses à dire et on veut s’assurer de les entendre. »
À Montréal, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal va dans le même sens avec son nouveau Plan de cohabitation sociale et de partage de l’espace public. Le plan comprend une fiche d’information qui décrit la réalité des personnes en situation d’itinérance et encourage la population à établir des relations amicales avec celles-ci dans leur voisinage en leur disant bonjour ou en partageant un café.
Les programmes citoyens peuvent également contribuer à changer les idées reçues. Dans le parc Martin-Luther-King de Montréal, l’organisme Exeko a organisé une exposition de photos présentant des portraits de sans-abris afin de conscientiser les personnes visitant le parc.
Les programmes menés dans les parcs peuvent être particulièrement utiles pour aborder les questions controversées liées aux camps de fortune. Des initiatives comme l’événement dédié à la réduction de la stigmatisation*, organisé en l’honneur de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses dans le parc Kaministiquia River Heritage de Thunder Bay, peuvent aider le public à faire preuve de plus de compassion lorsqu’il voit des seringues usagées dans les parcs, par exemple.
Des programmes comme ceux-ci constituent une source d’inspiration pour envisager un avenir dans lequel les parcs, et les services des parcs, sont considérés comme faisant partie de la solution à la question de l’itinérance. Pour Donnie Rosa, le défi à relever est de réfléchir à « comment faire de ce [parc] un lieu agréable et pas seulement un lieu de répit? Comment peut-on faire en sorte que votre séjour, votre visite ou votre vie ici se passe le mieux possible? »gagent à mieux travailler ensemble, les parcs s’en trouvent doublement gagnants.
Alors que les budgets des parcs sont restés stables pendant la pandémie, les municipalités ont dû assumer la désinfection et l’entretien des zones à forte fréquentation, causant pour elles une pression accrue et les obligeant à étirer davantage leurs budgets.
La pandémie a également entraîné des retards dans les projets de parcs et fait augmenter le coût des matériaux, ce qui pourrait avoir des répercussions à plus long terme sur la modernisation des parcs.
Par ailleurs, la pandémie ayant fait ressurgir les problèmes d’équité, de nombreuses municipalités prévoient de nouvelles stratégies pour leurs parcs afin de garantir une distribution plus équitable des fonds.
C’est une histoire vieille comme le monde, ou du moins aussi vieille que les budgets des services des parcs. À mesure que les villes s’agrandissent et que la fréquentation et les types d’activités augmentent dans les parcs, les budgets des parcs, en particulier les budgets de fonctionnement, deviennent de plus en plus serrés.
Que se passe-t-il alors quand les services des parcs qui devaient déjà faire face à des contraintes et des infrastructures vieillissantes se retrouvent confrontés à une pandémie?
Pour faire bref : des pressions supplémentaires, la nécessité d’innover et une plus grande importance accordée à la manière d’octroyer plus équitablement des fonds aux parcs dans l’avenir.
Pour la deuxième année consécutive, les municipalités ont déclaré que la pandémie avait exercé de lourdes pressions sur leurs budgets de fonctionnement déjà mis à rude épreuve; des budgets servant à financer, par exemple, la tonte des pelouses. Les budgets municipaux n’ont pas été réduits pendant la pandémie, mais en raison de l’ajout de dépenses découlant des mesures sanitaires, on a dû en faire plus avec la même source de financement.
Comme l’a dit Niall Lobley, directeur des parcs et des cimetières de la Ville de Kitchener : les budgets des parcs sont « souvent étirés au maximum, et ont encore une fois été étirés un peu plus. »
Niall indique que, pendant la pandémie, des ressources « énormes » ont été investies dans la désinfection, le recrutement d’effectifs supplémentaires pour surveiller le respect des règles de distanciation physique et les zones à forte fréquentation, le ramassage des déchets et les mesures visant à atténuer les dégâts dans les zones naturelles en raison de la forte fréquentation.
À Regina, Trevor Klein, coordonnateur des opérations de soutien aux parcs, a déclaré que le personnel a travaillé d’arrache-pied pour trouver dans les budgets existants un moyen de financer le programme d’hiver de la ville, qui encourage les gens à utiliser les parcs pendant la saison hivernale.
Trevor Klein a ajouté que les demandes de services et les attentes liées à la qualité des parcs avaient augmenté pendant la pandémie. Les personnes en télétravail ont eu plus de temps pendant la journée pour visiter les parcs près de chez elles, ce qui les a amenées à être davantage au contact du personnel des parcs qu’elles n’auraient pas vu autrement si elles avaient été sur leur lieu de travail. Ceci a entraîné une « augmentation des demandes de services et du niveau d’attente en ce qui concerne la tonte des pelouses et l’élagage, ainsi que la mise à disposition de certains aménagements pour le public », explique Trevor Klein.
Dans le même temps, il explique qu’au début de la pandémie, le service des parcs a souffert d’un manque de personnel suite à une directive de la Ville les empêchant d’embaucher du personnel temporaire supplémentaire pendant l’été 2020. Les coûts de formation ont donc augmenté lorsque ce personnel a été embauché à nouveau en 2021. À cet égard, 50 % des Villes ont indiqué que le manque de personnel avait été problématique pendant la pandémie.
À Ottawa, le personnel municipal a indiqué qu’au début de la pandémie, ils avaient commencé à « réduire certaines activités d’entretien » afin de « faire face en partie à la nécessité de leur service de faire des économies en raison des pressions supplémentaires anticipées pendant toute l’année 2020. »
La municipalité a ensuite adapté ses services pour répondre à « l’évolution des besoins », y compris une hausse considérable du coût de la collecte des déchets qui a commencé en 2020 et se poursuit aujourd’hui. Le personnel municipal a également expliqué que certains « budgets d’exploitation des parcs ont été réattribués pour permettre de compenser les coûts liés à la pandémie », pour couvrir notamment le coût des toilettes portatives ou des bornes pour se laver les mains.
Toutefois, tout n’a pas été aussi mauvais. Certains services des parcs ont pu tirer parti des fonds dédiés à la riposte à la pandémie pour financer par exemple des projets de transport actif, comme l’amélioration des sentiers, ou la relance économique grâce au financement du tourisme.
Si, en moyenne, les budgets sont restés stables pendant la pandémie, Niall Lobley, de Kitchener, s’inquiète de ce que réservent les années à venir, surtout à mesure que les municipalités doivent faire face aux retombées budgétaires des dépenses élevées engagées pendant la pandémie.
« Je m’attends à ce que, pendant quelques années, ces retombées affectent les structures financées par les contribuables, que ce soit au niveau municipal, provincial ou fédéral »
Niall Lobley
« En règle générale, ces périodes d’amortissement peuvent être assez difficiles pour les services publics et récréatifs comme les parcs et les loisirs », ajoute Niall. « Ces services subissent généralement les coupes budgétaires les plus importantes et les plus précoces lorsque la municipalité doit reconstituer son capital après avoir engagé des dépenses publiques très élevées. »
Néanmoins, il apparaît clairement que les résidentes et résidents appellent à plus, et non à moins, d’investissements : 87 % des personnes interrogées dans le cadre de notre sondage mené auprès de plus de 3 000 citadines et citadins au Canada ont déclaré qu’elles souhaitaient voir les Villes consacrer plus de fonds publics aux parcs. Ainsi, 36 % des personnes interrogées souhaitent que davantage de fonds soient alloués à l’entretien et 35 % souhaitent des aménagements de meilleure qualité.
Le fait d’avoir présenté les parcs comme des infrastructures de santé publique et souligné l’importance croissante des parcs pour notre santé mentale et physique ces deux dernières années pourrait être un moyen de faire pression pour que les financements rattrapent leur retard.
Outre le fait de devoir faire plus avec moins, de nombreuses Villes ont également indiqué que la construction et la modernisation des parcs étaient devenues plus coûteuses. En effet, 69 % des Villes ont déclaré avoir dû retarder des projets d’investissement en raison de la pandémie, et 86 % ont indiqué que les augmentations de coûts présentaient un vrai défi.
Il est difficile d’attribuer cette hausse des coûts uniquement à la pandémie, explique Niall Lobley, ajoutant que cette tendance existait déjà avant la crise sanitaire. Cependant, la pandémie et les dernières perturbations dans les chaînes d’approvisionnement n’ont pas aidé.
Niall cite l’exemple des aires de jeux, dont le coût a augmenté de 15 % par an, tandis que « des éléments d’infrastructure comme les bancs, les chaises, les tables de pique-nique et toutes ces choses voient leurs coûts augmenter en raison des délais d’approvisionnement à l’échelle internationale. »
En raison de la fréquentation accrue des parcs, les attentes du public en matière de conception des parcs ont également changé, d’où une hausse des coûts de conception et de construction.
« Nous ne parlons pas seulement de remplacer quelques équipements dans des aires de jeux », explique Niall. « Nous parlons plus d’une modernisation complète des parcs de quartiers. »
« Selon moi, il sera très difficile en 2022 et dans les années qui suivent de respecter les délais et les budgets alloués aux projets », déclare-t-il.
Le personnel de la Ville d’Ottawa confirme également ce défi à long terme, ajoutant que, si cette tendance venait à se maintenir, la hausse des coûts pourrait engendrer « une réduction du nombre de projets de modernisation réalisés chaque année ou nécessiter des budgets plus importants pour maintenir les niveaux de services existants. »
Comme l’explique le personnel : « les délais d’approvisionnement en matériaux plus longs ont entraîné des retards dans certains projets, mais notre processus de planification tient compte des éventuels retards et augmentations des coûts. Il se peut que l’exécution des prochains projets requiert plus de temps et soit plus coûteuse, mais nous continuerons à adapter nos budgets et nos délais en fonction des conditions du marché. »
L’une des principales tendances découlant de la pandémie est d’avoir fait émerger à nouveau les inégalités existantes dans l’accès aux parcs et la capacité des gens d’en profiter. Les parcs étant désormais considérés comme des endroits vitaux pour maintenir son équilibre mental et ses liens sociaux, le fait que certains quartiers soient plus verts que d’autres est devenu flagrant.
Aujourd’hui, alors que les Villes passent peu à peu de la riposte immédiate à la pandémie à une planification à plus long terme, nombre d’entre elles se tournent vers de nouvelles stratégies reposant sur des indicateurs axés sur l’équité pour orienter leurs décisions en matière d’investissement dans les parcs pour les années à venir.
Selon Niall Lobley, « la plus grande priorité et le plus grand changement dans les priorités opérationnelles » de la stratégie en cours d’élaboration de la Ville de Kitchener intitulée Places and Spaces, repose sur les investissements fondés sur l’équité.
« Ce que j’entends par là, c’est que nous ne nous contentons pas d’investir là où se trouve l’argent [des promoteurs], ou dans les nouveaux parcs en construction. Nous voulons aussi investir délibérément dans les zones ayant bénéficié d’investissements moindres dans la revitalisation et le développement de leurs parcs. Les parcs les plus anciens se trouvent dans les quartiers qui ont probablement le plus besoin de ces parcs d’un point de vue social », explique-t-il.
Prenons l’exemple de la forêt urbaine, un sujet que nous avons exploré dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier. Grâce à un recensement à l’échelle municipale, la Ville a constaté que la couverture forestière de certains quartiers dépassait l’objectif de 30 %, tandis que celle d’autres quartiers était en dessous de la moitié de ce taux. « Lorsque l’on superpose deux cartes, on se rend compte que les endroits disposant d’une couverture forestière moindre correspondent généralement aux quartiers en quête d’équité, c’est-à-dire des quartiers densément peuplés, dont la population vit en majorité dans des appartements locatifs et présente un statut socioéconomique faible », explique-t-il.
Bien que Kitchener s’engageait déjà sur cette voie avant la pandémie, Niall indique qu’il ne peut s’empêcher de penser que cette décision résulte au moins en partie de la pandémie qui a fait réapparaître les problèmes d’équité.
La résurgence du mouvement Black Lives Matter et le camp Land Back, qui défend les droits territoriaux des Autochtones à Kitchener, ont contribué à la fois à sensibiliser les décideurs et à les pousser à agir, explique Niall.
« Je dirais que les mouvements sociaux que nous avons vus se développer pendant la pandémie nous ont vraiment permis de faire avancer [la problématique de l’équité] avec un plus grand sens de l’urgence. »
D’autres Villes canadiennes s’engagent également sur cette voie. Ces dernières années, Vancouver et Toronto ont toutes deux communiqué des plans pour leurs parcs comprenant des indicateurs mesurant l’équité. Trevor Klein, de Regina, indique que le prochain plan directeur pour les parcs et espaces ouverts de sa Ville, qui s’étendra sur 25 ans, mettra l’accent sur la répartition équitable des parcs, ce qui comprend non seulement les espaces verts, mais aussi les installations et les aménagements comme les aires de pique-nique.
À Ottawa, le personnel municipal a souligné le nouveau plan directeur des parcs de la Ville, qui se base sur l’indice d’équité des quartiers d’Ottawa*, une ressource créée par le Conseil de planification sociale d’Ottawa, pour établir des priorités en matière d’investissement dans les parcs. Le personnel municipal a également indiqué que cette approche fondée sur l’équité sera au cœur du prochain Plan directeur des espaces verts et du Plan de gestion de la forêt urbaine ainsi que dans la Stratégie de résilience climatique.
Bien que les effets de la pandémie se feront certainement encore sentir ces prochaines années, l’attention plus grande accordée par les Villes aux investissements équitables les aidera à rendre leurs réseaux de parcs plus résilients pour l’avenir.