Alors que Dave Harvey prend sa retraite de son poste de co-dirigeant chez Ami·es des parcs, il revient sur le chemin parcouru depuis la fondation de l'organisation en 2011.
Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
Les programme de Bourses TD Ami·es des parcs soutien des événements favorisant la protection et la conservation des parcs urbains à travers le Canada.
L’hiver peut être éprouvant : il fait sombre, froid, et la neige s'accumule. Explorez des moyens concrets pour redécouvrir la joie de l'hiver.
Découvrez de quelles façons les initiatives menées par les organisations communautaires dans des parcs de Montréal peuvent contribuer à l’inclusion sociale.
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Les parcs ne sont pas des espaces neutres mais des lieux où les héritages du colonialisme et de la suprématie blanche perpétuent trop souvent les inégalités urbaines. En même temps, les mouvements Noirs et de justice raciale ont aidé à repenser les parcs comme des lieux où la présence, les expériences et les besoins des Canadien·nes Noir·es peuvent être visibles et valorisés.
Pour célébrer le Mois de l’histoire des Noir·es, nous avons sélectionné des contenus qui a trouvé un écho chez les ami·es des parcs au cours des années précédentes, mettant en lumière les initiatives visant à placer la libération des Noir·es au centre de la planification, la conception et la gestion des parcs et des espaces publics. Nous sommes reconnaissants aux leaders d’opinion noir·es et aux communautés qui contribuent à repenser radicalement nos parcs et nos espaces publics.
Vous pouvez également accéder à notre liste de lecture en anglais.
Espaces publics : un bien commun pour tous les citoyen-ne-s?, Bochra Manaï, 2021, Ligue des Droits
Ce texte illustre l’enjeu de l’accès aux espaces publics pour deux types de citoyen-ne-s : les hommes racisés et les femmes musulmanes portant un voile.
Balado: la Petite-Bourgogne de Michael, Michael Farkas, Le temps d’une marche, 2021, Spotify
Premier quartier noir de Montréal, la Petite Bourgogne se caractérise par une grande diversité sociale et culturelle. Du discours de Nelson Mandela à l’Église Union Unie au combat des organismes communautaires du quartier, découvrez l’histoire de la commaunté noire à travers les anecdotes et les lieux incontournables de ce quartier emblématique.
Comment rendre les espaces artistiques plus inclusifs?, Myriam Eddahia, 2022 Radio-Canada
Les musées et les galeries n’incluent toujours pas assez les artistes noir·es, expliquent des professionnels du milieu. L’institutionnalisation de l’art reste un secteur encore majoritairement occupé par des personnes blanches. Des artistes et commissaires d’exposition noir·es tentent de créer un changement à long terme, qui ira au-delà des initiatives entourant le Mois de l’histoire des Noir·es, chaque mois de février.
La solidarité alimentaire Noire, Ariane Krol, 2021, La presse
Après seulement deux ans d’exploitation, le propriétaire des Jardins Lakou, Jean-Philippe Vézina, a remporté récemment le prix du Maraîcher de l’année pour sa culture de légumes typiques des cuisines afro-antillaises, au concours canadien du magazine enRoute. Le maraîcher établi à Dunham, dans les Cantons-de-l’Est, ne fournit pas seulement en produits des restaurants ou des familles abonnées à ses paniers, mais aussi des organismes qui en font don à des membres de la communauté noire.
La souveraineté alimentaire, ou le droit de manger sa culture, Carolle-Anne Tremblay-Levasseur, 2022, Radio-Canada
Au Canada, les familles noires sont trois fois plus susceptibles de vivre de l’insécurité alimentaire que les familles blanches. Des organismes torontois leur offrent toutefois une piste de solution pour briser les barrières systémiques en place : la souveraineté alimentaire.
Changement climatique : pourquoi il est intrinsèquement raciste, 2022, BBC Future
Le changement climatique divise. S’y attaquer pourrait-il permettre de remédier à des injustices de longue date ?
La nature de l’injustice: Racisme et inégalités environnementales, Sabaa Khan et Catherine Hallmich, 2023, Eco Société
Quel fardeau les communautés marginalisées doivent-elles porter en matière d’injustices environnementales ? Si l’exploitation de la nature est toujours allée de pair avec l’exploitation des êtres humains, les textes rassemblés dans ce livre explorent les impacts démesurés des changements climatiques et de la pollution sur ces communautés.
Racisme environnemental et les changements climatiques : déterminants de la santé dans les communautés mi’kmaqs et afro-néo-écossaises, Ingrid Waldron, 2021, Choix climatiques
La présente étude de cas révèle le lien entre, d’une part, les déterminants structurels de la santé et, d’autre part, la vulnérabilité aux changements climatiques et le racisme environnemental dans deux communautés de la Nouvelle-Écosse : les Afro-Néo-Écossais et les Mi’kmaqs.
Cheminer ensemble pour la justice sociale et environnementale, 2021, Environnement Jeunesse
Les luttes pour les droits autochtones, contre le racisme systémique, contre les violences sexuelles, pour l’équité entre les genres et l’équité intergénérationnelle sont toutes liées à la lutte contre la crise climatique. Les oppressions systémiques causent une crise climatique, en plus d’avoir pour effet d’amplifier les injustices…
États-Unis : la justice environnementale enfin au cœur du débat, Alejandra Borunda, 2021, National Geographic
Des études menées au cours des quatre dernières décennies démontrent que les communautés noires et métisses sont les premières victimes des conséquences du changement climatique. Justice peut-elle encore être faite ?
Pourquoi nous devons centrer l’équité raciale dans le mouvement climatique, 2020, Mcknight Foundation
Le Mouvement pour les vies noires a une demande concise: nous devons nous débarrasser des systèmes inéquitables et investir dans de nouveaux dirigeants et des solutions enracinées dans les communautés les plus touchées par les défis auxquels nous sommes confrontés. Cela nécessite des étapes au-delà des «exclusions» pour les organisations dirigées par des Noir·es, des Autochtones et des personnes de couleur (BIPOC) et au-delà des engagements envers la diversité, l’équité et l’inclusion.
Être une leader antiraciste : conversation avec Bochra Manaï, 2021, Université Saint-Paul
Bochra Manaï porte les questions anti-racistes depuis plus d’une décennie à la fois comme chercheure, comme militante et désormais comme commissaire à la lutte contre le racisme et les discriminations systémiques à la Ville de Montréal. Elle les porte aussi comme femme racisée, immigrante, musulmane et mère. Or, c’est justement à l’intersection de ces identités multiples que nous convie cet entretien avec une femme dont le courage n’a d’égal que sa détermination à lutter pour un avenir meilleur pour l’ensemble des Montréalaises et des Montréalais.
Il n’y a pas de justice climatique sans justice raciale, David Lammy, 2021, Ted Talk
Dans un discours vibrant pour développer un nouveau mouvement protecteur de notre planète, Lammy nous exhorte à l’inclusion et à encourager les minorités à prendre le leadership pour le climat. Il réclame une reconnaissance mondiale que nous ne pouvons pas résoudre le changement climatique sans justice raciale, sociale et intergénérationnelle.
Équité territoriale et environnementale des parcs de Montréal, 2021, Ami·es des parcs
Comment s’assurer que les montréalaises et montréalais aient un accès équitable aux parcs de leur ville et que ceux-ci répondent à leurs besoins ? Quatre experts locaux, Jérôme Dupras, Lourdenie Jean, Anne Pelletier and Michel Lafleur, ont partagé leurs différentes perspectives sur les défis et opportunités liés aux questions de justice environnementale et d’équité territoriale des parcs urbains de Montréal. Le panel de discussion était animé par Karel Mayrand.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Alors que des activistes font pression pour faire changer les choses dans des domaines comme le maintien de l’ordre, la question de l’itinérance et la justice raciale, ces deux dernières années ont mis en lumière une dégradation des relations, une méfiance et une frustration au sein de la population. Mais ces efforts ont également montré que les gens souhaitent faire entendre leur voix.
« La population et les groupes de pression sont devenus beaucoup plus attentifs aux choix que fait la Ville », explique Alexandra Flynn, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique et experte en gouvernance municipale. D’après elle, les parcs sont devenus d’importants lieux de protestation et d’opposition, et les gens ont désormais « des attentes très élevées vis-à-vis des municipalités et de leur capacité à y répondre ».
Toutefois, dans le même temps, la pandémie a aussi bouleversé le processus de concertation au sujet des parcs. Lorsque le virus a fait son apparition, les consultations publiques en personne sont devenues impossibles, forçant les Villes à se tourner vers Internet. À cet égard, 81 % d’entre elles ont déclaré utiliser davantage les méthodes de concertation en ligne.
Mais les répercussions sur la concertation publique au sujet des parcs vont bien plus loin que la simple transition d’un modèle en personne à un modèle en ligne.
Au début de la pandémie, les Villes se sont empressées de lancer des projets pilotes, en transformant par exemple des rues en terrasses publiques et en assouplissant les règlements municipaux sur la consommation d’alcool. Dans l’urgence de répondre aux besoins immédiats, les Villes ont souvent précipité ou court-circuité l’étape de concertation publique. Si l’on regarde ce qu’il se passe cette année : 92 % des Villes interrogées ont déclaré avoir prolongé ou pérennisé au moins un programme pilote lancé dans un parc suite à la pandémie.
Alexandra Flynn, qui a étudié la gouvernance municipale pendant la pandémie, appelle ce changement de méthode de concertation une « gouvernance éphémère* ».
« Il est facile de défendre la gouvernance éphémère lorsque l’on aime vraiment les résultats », explique-t-elle en rappelant que ces programmes d’extension de l’espace public sont populaires chez les urbanistes. Mais ce processus est intrinsèquement antidémocratique, ajoute-t-elle, car les Villes « ont, d’une certaine manière, tiré parti de la pandémie pour ne pas concerter le public ».
Pour Alexandra Flynn, ceci soulève certaines questions : « Pourquoi a-t-on dû contourner le processus de concertation pour ces projets? Cela révèle-t-il des problèmes plus importants dans les processus existants? » Selon elle, « même en dehors de la pandémie, les modèles de gouvernance, dans la plupart des juridictions, ne sont vraiment pas en mesure de répondre adéquatement à la demande de concertation des personnes qui souhaitent prendre part » aux décisions entourant les parcs.
En effet, les résultats de notre sondage ont révélé que seuls 22 % des personnes vivant en ville avaient le sentiment d’avoir la capacité d’influencer les décisions liées à leurs parcs, soit une baisse par rapport aux 34 % du rapport de l’an dernier.
À l’heure où les Villes passent peu à peu de la riposte immédiate à la pandémie à une planification à plus long terme, elles peuvent saisir l’occasion de repenser la concertation publique en offrant aux gens un plus grand pouvoir de décision sur les questions relatives aux parcs qui les touchent le plus, explique Koa Thornhill, responsable des programmes aux Amis des parcs, qui a travaillé en étroite collaboration avec des groupes en quête d’équité.
Selon elle, les mouvements de revendication populaires qui ont émergé pendant la pandémie « nous amènent à ce beau moment de réflexion pour déterminer la manière de décentraliser une partie du pouvoir exercé par les espaces [institutionnels] ».
Pour établir des relations durables avec la population, répartir le pouvoir implique d’aller plus loin qu’une simple consultation ponctuelle au sujet d’un projet. Pour cela, il faut reconnaître et valoriser le fait que les résidentes et résidents connaissent leurs besoins mieux que quiconque.
Selon Zahra Ebrahim, cofondatrice de Monumental et présidente du conseil d’administration des Amis des parcs, allouer le temps et les ressources nécessaires pour créer des liens significatifs avec le public dès le départ est absolument crucial, car « lorsque le temps viendra de mener un processus de concertation très pointu… vous pourrez alors tirer parti de ces relations solides. » Et d’ajouter : « il s’agit d’une réorientation dans la manière de collaborer et d’établir des partenariats, c’est-à-dire de prendre le temps maintenant pour accélérer les choses plus tard ».
À cet égard, la Ville d’Edmonton a décidé de mettre cette approche en pratique. Dans le cadre de son initiative RECOVER Urban Wellness, elle a mis en place des « prototypes sociaux » en vue de créer des modèles de concertation adaptés aux groupes en quête d’équité. L’un des prototypes de 2021, appelé Auricle* pose cette question : « comment une Ville peut-elle mobiliser les gens de manière plus humble et authentique en écoutant et en comprenant activement leur point de vue sur la question du bien-être? »
Pour ce projet, la Ville a recruté dans le quartier d’Alberta Avenue une équipe de 10 personnes appelées Local Listeners pour sonder l’opinion publique au moyen de la narration. L’équipe a ainsi pu recueillir plus de 150 témoignages, communiqués par la suite lors d’un événement appelé Knowsy Fest. Ce festival célébrant le partage de connaissances au sein du quartier a invité le public à interpréter ces témoignages et à faire part de ses idées sur la manière dont la Ville pourrait utiliser ces connaissances.
Comme le dit Azkaa Rahman, analyste en planification stratégique à la Ville d’Edmonton et membre de l’équipe de RECOVER, ce type de concertation publique « nécessite un changement de trajectoire et d’accepter que les relations se développent à mesure que la confiance grandit ».
« Consacrer du temps et des ressources pour établir des relations peut être difficile lorsque l’on dépend de l’argent des contribuables », déclare Azkaa Rahman. « Les retombées étant difficiles à voir dans l’immédiat, il peut être difficile de justifier l’utilité d’écouter et d’établir des relations. » Mais selon Azkaa, cette approche est essentielle pour changer la donne.
Lorsque l’on cherche à établir des relations, il est important d’être attentif à la dynamique du quartier, explique Alexandra Flynn. Il peut être relativement simple d’établir un contact avec les quartiers qui ont reçu de bons services de la part du gouvernement dans le passé, mais « dans beaucoup de quartiers, les gens ne ressentent pas le même niveau de confiance », ajoute-t-elle.
Pour comprendre les priorités uniques qui existent dans chaque quartier, Zahra Ebrahim et ses collègues suggèrent que les Villes entreprennent périodiquement une « étude d’impact sur l’équité » par quartier.
Cela demanderait la cocréation de profils des quartiers en s’appuyant sur les données démographiques afin de déterminer comment adapter leurs méthodes de concertation en fonction des besoins des résidents. Elles pourraient par exemple proposer des services de garde d’enfants dans les quartiers présentant un pourcentage élevé de familles monoparentales ou traduire les documents dans les langues les plus parlées.
À Brampton, la plateforme Nurturing Neighbourhoods* fournit un modèle utile pour établir des relations avec le public et créer un climat de confiance. Ce programme est né de l’engagement pris par la Ville dans le cadre de sa stratégie Vision 2040 Brampton*. Son but est de mener des audits de quartier afin de déterminer les priorités en matière d’améliorations continues et progressives dans les quartiers, en collaboration avec la population.
En 2021, le programme Nurturing Neighbourhoods a proposé des promenades guidées en ligne* dans chacun des quartiers de la ville. Les visites mettaient en vedette des parcs, entreprises et espaces publics de la ville, et mettaient l’accent sur les façons dont les résidentes et résidents pouvaient prendre part à la vie dans leur quartier. Les visites ont été complétées par des sondages en ligne spécifiques aux quartiers, ainsi que des outils de cartographie interactifs invitant le public à identifier des endroits à propos desquels il a des préoccupations ou des idées d’amélioration. La Ville utilisera ces idées pour créer un plan d’action à long terme pour chaque quartier.
À Kelowna, la Ville cherche également à adopter une approche favorisant la concertation publique dans chaque quartier. Elle fait ainsi équipe avec des associations de quartier pour « décentraliser les programmes proposés dans les parcs [et] mettre en place des aménagements et des programmes qui reflètent mieux les besoins des résidentes et résidents », déclare un membre du personnel municipal.
Koa Thornhill souligne l’importance pour les Villes de s’engager à « créer des liens étroits avec les organisations locales », et rappelle la possibilité d’entrer en contact avec la population par le biais des effectifs travaillant déjà sur le terrain.
Le personnel d’entretien des parcs, par exemple, pourrait percevoir son rôle comme étant à la fois d’entretenir les pelouses, mais aussi les relations humaines. À ce propos, Koa Thornhill recommande de fournir au personnel des parcs travaillant sur le terrain une « formation pour cultiver et gérer les relations humaines ». Selon elle, ceci pourrait remonter le moral des troupes en « leur permettant de voir que les gens sont vraiment reconnaissants et soucieux du travail qu’ils font ».
Sur la thématique du renforcement des relations avec la population, les résultats de notre sondage national mené auprès de 150 groupes citoyens mobilisés pour un parc donnent un aperçu des mesures que peuvent prendre les municipalités.
63 % des Villes ont déclaré avoir des liens solides avec les groupes citoyens mobilisés pour un parc, mais lorsque nous avons posé la même question à ces derniers, seuls 44 % ont déclaré la même chose vis-à-vis de leur municipalité. Ce chiffre était encore plus bas, soit 38 %, parmi les groupes s’identifiant comme des groupes en quête d’équité. Cette divergence montre que les relations avec la société civile ne sont peut-être pas aussi solides que le personnel municipal le perçoit.
Heureusement, 83 % de ces groupes ont dit être prêts à approfondir cette relation avec leur municipalité. Lorsqu’on leur a demandé ce que les Villes pouvaient faire pour soutenir leur travail, voici les thématiques qui ont émergé :
Toutefois, ce que les groupes recherchent par-dessus tout, c’est d’être perçus comme des partenaires utiles travaillant à un objectif commun : de faire en sorte que les parcs servent au mieux la population. Comme nous l’a dit un groupe, « il faut que les municipalités nous fassent confiance. Les personnes qui s’occupent de ces espaces sont souvent les mieux placées pour savoir ce dont elles ont besoin, car elles sont là tous les jours. »
À cet égard, Alexandra Flynn a bon espoir que les choses iront dans cette direction, car selon elle : « les municipalités sont dotées de beaucoup de gens qui se soucient profondément et passionnément de ces questions. » Lorsque la population et les Villes s’engagent à mieux travailler ensemble, les parcs s’en trouvent doublement gagnants.
La pandémie a bouleversé la manière dont les Villes concertent le public à propos des parcs. Dans notre sondage, 92 % des Villes ont déclaré que la pandémie avait changé leur façon de mobiliser la population, et 23 % ont déclaré que la concertation était devenue une plus grande priorité depuis le début de la pandémie.
Comme nous l’avons écrit dans un autre article de ce Rapport sur les parcs urbains du Canada, ce n’est pas seulement le format des concertations publiques qui a changé avec la transition d’une méthode en personne à une méthode en ligne. Les Villes attachent aussi une plus grande attention à l’établissement de relations avec des groupes souvent laissés de côté. À cet égard, 35 % d’entre elles ont indiqué qu’elles avaient cherché plus intentionnellement à dialoguer avec des groupes en quête d’équité.
« Les gens prennent de plus en plus conscience des inégalités systémiques, c’est pourquoi « si nous voulons favoriser l’équité dans nos parcs, nous devons communiquer avec les personnes les plus affectées ».
Personnel de la Ville de Guelph
Ce travail est nécessaire. Notre sondage public a montré que les groupes en quête d’équité étaient confrontés de façon disproportionnée à des obstacles pour participer aux processus de planification des parcs. Globalement, les trois principaux obstacles cités étaient : ne pas savoir comment participer (36 %), ne pas savoir si sa participation fera changer les choses (31 %), et ne pas avoir assez de temps pour participer (28 %). À cet égard, ces pourcentages étaient plus élevés pour les personnes s’identifiant comme des personnes Noires, Autochtones ou de couleur (PANDC), soit 48 %, 35 % et 36 %, respectivement.
Face à ces obstacles, les Villes et les groupes citoyens des quatre coins du pays s’efforcent de trouver des méthodes innovantes qui mettent l’équité au premier plan.
Selon Jennifer Chan, cofondatrice et présidente de l’organisation Department of Imaginary Affairs (DIA), il faut inciter le public à contribuer au processus de concertation. L’été dernier, son organisation a mené un projet intitulé A Tale of Two Parks* afin de mettre en lumière les expériences positives et négatives en matière de sécurité des gens dans les parcs. Dans le cadre de ce projet, six jeunes racialisés ont été recrutés pour mener une enquête d’opinion sociale auprès des personnes – en particulier les PANDC – visitant deux parcs de Toronto.
Au cours des conversations qu’elle a menées avec les gens dans ces parcs, l’équipe de DIA a appris que ceux-ci avaient souvent de grandes idées de changement pour ces parcs. Toutefois, certains d’entre eux ont dit : « peu importe les idées que nous avons, de toute façon la Ville ne se soucie pas de nous », relate Jennifer Chan. « J’ai été frappée par cette affirmation qui m’a poussée à me demander comment nous pouvions mener une concertation publique valable lorsque les gens pensent que la Ville ne se soucie pas d’eux. »
En réponse, le DIA a conçu un jeu de planification participative intitulé « What if Parks Were Designed By Us?» [Et si nous concevions nous-mêmes nos parcs?] Le jeu permet aux participants de définir et de vivre en quelques minutes un processus de planification prenant généralement plusieurs mois. Il invite les participants à faire équipe pour créer leur propre processus de planification, renforcer leur capacité collective pour identifier les problèmes, établir des ambitions communes, et même s’entraîner à gérer les difficultés qui se présentent sur leur chemin.
En transformant en jeu le processus de planification, le DIA souhaite réduire les obstacles qui existent dans le processus de planification et imaginer de nouvelles possibilités de concertation pour les parcs en s’éloignant des mécanismes traditionnels, comme les assemblées publiques dans lesquelles « l’ensemble du pouvoir est détenu par la Ville et non par le public », explique Jennifer Chan.
Depuis 2020, la Ville de Toronto concerte la population dans le cadre de son plan directeur du parc de l’île de Toronto qui définira de nouvelles ambitions pour ce parc très prisé et accessible en quelques minutes du centre-ville en traversier. Il s’agit d’un projet emblématique qui comprend un grand nombre de parties prenantes, car l’île se doit de répondre aux besoins de toute la population torontoise.
Une priorité essentielle pour l’équipe responsable de la concertation publique sera donc d’intégrer des considérations sur l’équité dans tout le processus. D’après Daniel Fusca, directeur de la consultation au service Parks, Forestry and Recreation de la Ville : « On définit vraiment l’équité en identifiant les personnes présentes ou pas autour de la table ».
Le processus a commencé par une phase de préconcertation – une nouvelle approche adoptée par ce service de la Ville. Pour ce faire, la municipalité a invité des organisations citoyennes, des partenaires Autochtones et d’autres services de la Ville pour connaître leurs priorités et déterminer la manière dont ils souhaitaient y participer.
Daniel Fusca ajoute que cette phase de préconcertation « est contraire à l’instinct de la plupart des gens sur ce que constitue une concertation adaptée ». D’après les méthodes de concertation conventionnelles, on s’attend généralement à ce que la Ville « présente quelque chose au public pour qu’il donne son avis dessus, sinon c’est une perte de temps ».
Selon lui, « convaincre tout le monde que c’était une bonne idée a demandé un peu de travail ». « Cela pousse les gens à sortir un peu de leur zone de confort. »
Cette phase de préconcertation avec la Première Nation des Mississaugas of the Credit et d’autres partenaires Autochtones était particulièrement cruciale étant donné que les îles de Toronto constituent un lieu sacré de guérison et de cérémonie pour eux. Suite à ces conversations, la Ville a pris conscience de l’importance d’intégrer une cérémonie lors des événements de concertation publique et de revoir sa reconnaissance de territoire afin d’englober les cours d’eau ainsi que les terres.
Elle a également appris que chaque partenaire Autochtone avait des préférences différentes en matière de collaboration. Certains titulaires de droits préféraient notamment participer à des réunions régulières avec la municipalité. Au cours de chaque phase, elle a aussi organisé des cercles de discussion dirigés par un animateur Autochtone auprès des groupes Autochtones vivant en milieu urbain, un aspect jugé important par ces groupes.
En tant que responsable des projets stratégiques à la Ville de Toronto, Lori Ellis reconnaît que la phase de préconcertation a pris du temps et a nécessité d’adapter le cahier des charges défini initialement. « Toutefois, les avantages sont inestimables, car cela permet d’établir un climat de confiance et de faire preuve de transparence », explique-t-elle. Et d’ajouter que la Ville cherche désormais à intégrer cette phase de préconcertation dans ses prochains projets.
Ceci a aussi permis de créer les fondements d’une collaboration régulière avec différents groupes afin de les informer de la manière dont leurs commentaires ont été utilisés. L’équipe responsable du projet a cherché à ce que ces rencontres aient du sens, et les a ainsi adaptées en fonction des intérêts et opinions spécifiques de ces groupes, explique Daniel Fusca. « Nous avons capturé les éléments les plus significatifs pour eux dans nos présentations et essayé de tenir compte de tout ce qu’ils nous ont dit », relate-t-il.
Daniel Fusca ajoute que la Ville a aussi adopté une autre stratégie : celle de chercher en permanence à « identifier les intérêts clés non représentés et de veiller le plus possible à y remédier ». Par exemple, après avoir remarqué lors de la première phase de concertation que les jeunes et les groupes racialisés vivant à l’extérieur du centre-ville étaient sous-représentés, la municipalité a décidé de créer le programme Youth Ambassador.
Ceci a permis de former une équipe de 10 jeunes âgés de 15 à 27 ans, parlant collectivement neuf langues différentes et vivant dans des quartiers situés en périphérie du centre-ville. Ils ont reçu une formation ainsi qu’un budget pour concevoir leur propre programme de sensibilisation publique.
Aujourd’hui coordonnateur principal de la consultation publique à la Ville de Toronto, Pablo Muñoz a travaillé auparavant comme intervenant dans les services à la jeunesse. Il souligne le rôle important que jouent les jeunes en tant qu’agents de liaison auprès du public. « Pour beaucoup de familles immigrantes et réfugiées, les enfants et les jeunes constituent souvent leur lien avec le monde anglophone canadien. Ils jouent souvent le rôle de traducteurs et un rôle de premier plan à bien des égards », dit-il. Les Amis des parcs ont repris cette constatation dans une recherche récente étudiant les obstacles que rencontrent les gens vivant dans des quartiers en quête d’équité à Vancouver en matière de concertation sur les parcs.
Nous avons également appris que, malgré la diversité des publics participant à un projet, il est essentiel de consacrer le temps nécessaire pour approfondir les discussions en organisant des ateliers en petits groupes axés sur l’équité.
Certains ateliers comprenaient des exercices de visualisation guidés par Bob Goulais*, un animateur anishinaabe, invitant les participantes et participants à fermer les yeux pour imaginer à quoi ressembleraient les îles dans l’avenir. « Très différente de la concertation bureaucratique, cette méthode se concentre sur le ressenti en tenant un peu plus compte de l’âme et de l’esprit », explique Pablo Muñoz.
Entre autres initiatives, la Ville a également organisé une séance approfondie sur l’équité et le sentiment d’appartenance, ainsi qu’une entrevue en visioconférence avec des activistes et des historiens sur l’histoire LGBTQ2S+ de Hanlan’s Point, une plage nudiste sur les îles de Toronto.
Dans ces réunions, « le taux de participation est généralement plus faible, mais la conversation beaucoup plus riche. Et d’ailleurs, aucune de ces conversations ne s’est jamais déroulée comme nous l’anticipions. Mais, elles ont toujours été des plus utiles », déclare Pablo Muñoz.
Initiatives entreprises par d’autres Villes :
Zahra Ebrahim, cofondatrice de l’organisation Monumental* et présidente du conseil d’administration des Amis des parcs, a déclaré que les efforts des Villes visant à approfondir les activités de concertation étaient « vouées à l’échec » à bien des égards. Grâce aux recherches menées pour concevoir la boîte à outils Making Space* – une ressource destinée à faire participer les groupes en quête d’équité aux processus de planification –, Zahra Ebrahim et son équipe ont appris que les Villes peuvent être confrontées à des obstacles internes entravant la mise en œuvre de processus efficaces.
Toutefois, selon Zahra Ebrahim, beaucoup de ces problèmes pourraient être résolus par de simples interventions :
Le programme Parcs Coeur vital, conçu pour maximiser les bénéfices et l’influence des grands parcs urbains du Canada, a mené deux années de recherche auprès des utilisateur·trices des parcs urbains et des intendant·es afin de mieux comprendre les liens entre les parcs et la santé. Les résultats récemment publiés laissent entendre quelque chose que nous soupçonnions déjà grâce à nos discussions avec les gens et à notre amour pour le temps passé dans les parcs : passer du temps dans les parcs est associé à une meilleure santé et à un bien-être accru. Cependant, ce qui ressortait véritablement de ces études, c’était que le principal indicateur d’une meilleure santé et d’un bien-être amélioré était le sentiment de connexion avec la nature chez les utilisateur·trices de parcs.
Notre sondage Parcs Coeur vital auprès des utilisateur·trices de parcs a révélé qu’il existait une relation significative entre le sentiment d’être connecté à la nature et une amélioration notable de la santé mentale, de la santé physique et du bien-être général. Il en résulte que les utilisateur·trices des grands parcs urbains se sentent plus en harmonie avec la nature et attribuent généralement des scores plus élevés à leur santé mentale, physique et à leur bien-être.
Toutefois, la majorité des utilisateur·trices de parcs (67 %) qui fréquentent les Parcs Coeur vital consacrent principalement leur temps à des activités sociales, sportives ou récréatives plutôt qu’à des activités axées sur la nature (33 % des utilisateur·trices de parc). Nous constatons aussi que les utilisateur·trices de parcs qui pratiquent principalement des activités axées sur la nature dans les Parcs Coeur vital ressentent des liens plus forts avec celle-ci et attribuent des scores plus élevés à leur bien-être.
Alors, comment pouvons-nous nous assurer en tant qu’utilisateur·trices de parcs, profesionnel·les des parcs et citoyen·nes engagé·es, que les gens tirent le plus grand bénéfice de leur visite dans les grands parcs urbains ? En explorant la recherche sur les liens entre la nature et la santé, de nombreuses stratégies ont été identifiées pour faciliter la connexion entre l’humain et la nature, dont les activités d’intendance, la pleine conscience en nature, la préservation des zones boisées naturelles, l’intégration de sports dans les programmes de plein air et la promotion de diverses connaissances et pratiques culturelles dans la programmation et les événements dans les parcs. Mais comment ces stratégies se concrétisent-elles sur le terrain avec les citadin·es ? Nous avons fait appel à notre nouveau partenaire du réseau des Parcs Coeur vital, la Meewasin Valley Authority*, pour comprendre les actions entreprises pour promouvoir la connexion entre la nature et les gens le long de la vallée Meewasin.
La vallée de Meewasin, un parc de 6 700 hectares, s’étend sur 75 km le long de la rivière South Saskatchewan, traversant la ville de Saskatoon et s’étalant bien au-delà. Ce parc est un trésor écologique constitué d’un paysage de prairie abritant plusieurs écosystèmes uniques que l’on ne retrouve nulle part ailleurs au pays. Les prairies, comme celles de Meewasin, sont l’un des écosystèmes les plus menacés de la planète. Ces écosystèmes regorgent d’une biodiversité exceptionnelle et ont été parmi les plus impactés par l’activité humaine.
En raison de l’emplacement central de Meewasin et de son immense réseau de sentiers, le parc accueille plus de 2 millions de visiteurs·euses par an ! L’accessibilité du parc permet aux habitant·es de la ville et aux touristes d’explorer facilement la nature sans devoir quitter la ville.
La Meewasin Valley Authority joue un rôle de premier plan dans la conception de programmes novateurs en lien avec la nature. Elle propose des programmes pédagogiques pour les enfants*, une application* contenant les récits Autochtones de la vallée, des promenades pour observer les pollinisateurs*, l’observation des étoiles sous un ciel nocturne* préservé ainsi que des performances en production ovine*.
Alors, quelles leçons pouvons-nous tirer des divers programmes de plein air de Meewasin et comment pouvons-nous exploiter ces enseignements, en conjonction avec les conclusions de la recherche, pour maximiser les bienfaits des grands parcs urbains sur la santé ?
À Meewasin, l’intendance environnementale* fait partie intégrante de la programmation du parc. Meewasin compte plus de 1 000 bénévoles qui travaillent sur diverses activités d’intendance dans la vallée de Meewasin, notamment l’enveloppement des arbres avec du fil métal pour atténuer les dommages causés par les castors, l’élimination des espèces envahissantes, la replantation d’espèces indigènes, l’inventaire de la faune et le ramassage des déchets dans le parc.
Meewasin veille à ce que les activités d’intendance soient accessibles et motivantes pour un large public en offrant diverses opportunités de bénévolat. Cela permet aux gens de s’impliquer de la manière qui correspond le mieux à leurs intérêts ou à leurs besoins. Par exemple, les personnes qui souhaitent contribuer aux efforts de conservation du parc mais qui ne sont pas en mesure de participer physiquement à la plantation et à la lutte contre les espèces envahissantes peuvent aider avec les projets d’inventaire de la faune, l’éducation du public, l’interprétation de la nature lors d’événements ou encore en rejoignant l’équipe marketing et de programmation publique.
Un nombre croissant de recherches* Portent sur les avantages des pratiques de pleine conscience dans la nature et des activités d’écothérapie, ce qui renforce leur popularité. La pleine conscience en nature et l’écothérapie sont des termes généraux qui font référence à des activités impliquant la médiation, la sensibilisation au monde naturel qui nous entoure, le yoga, la respiration profonde et la prise de conscience de notre place dans le monde naturel. Sans surprise, les recherches sur ce type d’activités suggèrent qu’elles approfondissent la connexion des gens avec la nature.
La recherche* a également révélé que les activités de pleine conscience en nature ont des bienfaits significatifs, notamment sur les enfants. S’engager dans des activités de pleine conscience en plein air améliore le sentiment de connexion des enfants avec la nature, leur enthousiasme à adopter des comportements pro-environnementaux ainsi que leur humeur générale. Meewasin semble bien consciente des bienfaits de la pleine conscience, puisque leurs programmes éducatifs scolaires intègrent des activités de pleine conscience en nature pour aider les élèves à se connecter au parc et renforcer leur lien avec la nature.
À une époque où nous sommes inondé·es d’actualités négatives, en particulier concernant les catastrophes climatiques et environnementales, il peut être difficile de ne pas se sentir dépassé·es et démuni·es. Cela peut entraîner un désengagement vis-à-vis de la nature et des programmes en plein air, car les gens cherchent à éviter les sentiments de deuil écologique et d’anxiété climatique*.
Meewasin cherche à soulager l’anxiété climatique et les actualités environnementales négatives avec ses programmes plus légers comme Naughty by Nature*, qui examine les stratégies de rencontre et d’accouplement des animaux du parc. Grâce à ce programme, tout le monde peut profiter d’expériences en pleine nature, ce qui peut même attirer les personnes qui n’ont pas encore d’intérêt pour la conservation.
En proposant une variété de programmes mettant l’accent sur le plaisir, Meewasin peut impliquer de nouveaux groupes pour la préservation tout en créant des liens positifs entre les gens et la nature.
Nous pensons souvent que le sport et les loisirs dans les parcs vont à l’encontre de la conservation de la nature. Dans le passé, nous avons vu des espaces naturels défrichés pour faire place à de nouvelles installations sportives.
Cependant, l’état de la nature et le sport sont indissociables. À mesure que le climat change, certains sports d’hiver peuvent devenir obsolètes et les sports d’été peuvent devenir dangereux en cas de chaleur extrême. Par conséquent, il est tout à fait cohérent que les personnes admiratrices de sports ressentent également une responsabilité envers la planète.
De nombreux instituts de recherche et de responsables politiques ont compris cette relation et ont commencé à plaider en faveur* de l’utilisation du sport et des loisirs comme porte d’entrée vers l’éducation à la nature. En utilisant le sport comme passerelle, nous pouvons engager un tout autre groupe de personnes pour la conservation de la nature et éveiller leur sentiment de connexion avec la nature.Le programme Sip and Skate* de Meewasin est un excellent exemple de la façon de mettre cette approche en pratique. Meewasin invite les visiteur·euses à participer à une soirée de patinage dans la vallée de la rivière incluant repas et boissons, tout en proposant des opportunités d’apprentissage sur la préservation tout au long de l’événement. Ce qui rend ces événements si remarquables, c’est que l’équipe de Meewasin éveille une passion pour la conservation en soulignant l’importance de préserver la planète afin de garantir la pérennité des patinoires extérieures.
La diversité bioculturelle* fait référence à l’idée que notre façon de penser la nature est basée sur notre culture et notre patrimoine. À titre d’exemple, l’humanité a évolué parallèlement aux côtés de la biodiversité unique de leurs régions d’origine, ce qui a conduit à l’émergence de différentes langues et cultures et, de ce fait, portent des noms, des connaissances et des pratiques variés liés à la terre. Il s’agit de la diversité bioculturelle.
L’une des raisons* pour laquelle les gens se sentent déconnecté·es de la nature est due à un manque de liens culturels avec leur environnement actuel. Au Canada, nous constatons cela à travers l’effacement des cultures et des savoirs traditionnels autochtones ainsi que des pratiques de préservation de la terre. Cela crée une déconnexion entre les peuples Autochtones et la nature.
Pour lutter contre cela, Meewasin, aux côtés d’autres parcs du réseau Parcs Coeur vital, travaille à l’établissement de partenariats solides avec les groupes autochtones et veille à ce que les pratiques d’intendance soient transmises par les gardien·nes traditionnel·les de la terre. Meewasin travaille actuellement avec plusieurs partenaires pour élargir l’accès aux médecines et plantes traditionnelles, fournir un espace urbain de cérémonie et organiser des cérémonies de purification par la fumée. Cela permet aux peuples Autochtones de se connecter avec la nature dans le parc de la manière la plus significative possible.
À présent que nous avons une meilleure compréhension des moyens d’améliorer la santé par le biais de l’utilisation des parcs, en mettant l’accent sur la connexion avec la nature, nous devons maximiser ces bienfaits pour tout le monde ! Les Parcs Coeur vital ont prouvé leur capacité à encourager les connexions avec la nature pour les citadin·es et se démarquent en développant des approches innovantes pour rendre la nature accessible à un plus grand nombre.
Alors que nous militons pour plus d’espaces naturels, nous devons également promouvoir plus de programmes axés sur la nature qui séduisent un public diversifié et intègrent de multiples façons de se connecter avec la terre. Suivez les Ami·es des parcs, Meewasin et nos autres partenaires des Parcs Coeur vital en ligne au fur et à mesure que nous dévoilons davantage de programmes en plein air innovants et élaborons des stratégies de conception pour améliorer la santé globale de notre société, de nos zones de loisirs et de nos centres urbains.
Quand on pense aux services de santé, ce sont souvent des images d’hôpitaux, de salles d’attente dans un cabinet médical ou de médicaments qui nous viennent à l’esprit. Mais si la réponse pour se sentir mieux passait aussi par des promenades dans un parc ou des activités de jardinage en groupe ? Ami·es des parcs considère l’intégration sociale et le contact humain comme de puissants leviers pour améliorer la santé et le bien-être des gens. Voilà l’essence même de la prescription sociale et nature. Cette pratique en plein essor encourage les individus à (re)prendre contact avec la nature et les autres afin d’améliorer leur bien-être mental, physique et social.
« Les parcs et les zones naturelles offrent de nombreux avantages pour le bien public. Il y a bien entendu la santé physique, car on effectue une activité physique, on fait de l’exercice et on prend l’air. Mais les avantages pour la santé mentale sont aussi incroyables. Vous savez, je vis près de High Park, qui est proche de l’hôpital Saint-Joseph. Pour moi, Saint-Joseph et High Park représentent les deux principales structures médicales dans mon quartier. Elles sont essentielles pour la santé physique, la santé mentale et la cohésion sociale de la population, en particulier dans une ville comme Toronto. ».
Personnel de la Ville de Toronto
La prescription sociale et nature consiste à encourager le grand public à participer à des programmes collectifs axés sur la nature afin d’améliorer leur bien-être général1. Il peut s’agir d’activités de jardinage, de rencontres culturelles, de marches en groupe ou d’activités artistiques dans un parc.
L’idée est de favoriser le mieux-être en reprenant contact avec la nature, avec les autres et avec soi-même.
Ces programmes ne sont pas uniquement mis en œuvre dans le domaine médical. Ils sont aussi proposés par des personnes passionnées et engagées dans leur quartier qui connaissent bien les besoins de leurs concitoyens et concitoyennes. Ce modèle suit généralement un processus établi : un ou une prestataire de santé identifie un besoin, une agente ou un agent de liaison aide la patiente ou le patient à déterminer ses intérêts, puis l’oriente vers des activités collectives axées sur la nature2. Dans ce processus, les activités collectives remplissent la fonction d’intervention sociale et permettent de traduire cette prescription dans les faits.
Les agentes ou agents de liaison (également appelé·es navigatrices ou navigateurs, éclaireuses ou éclaireurs, et coordonnatrices ou coordonnateurs communautaires) fournissent un soutien personnalisé en faisant le lien entre les services de santé et les services sociaux. Ces professionnel·les aident à déterminer les besoins et objectifs des patient·es. Ils éliminent les obstacles et facilitent leur accès aux ressources disponibles. Ils établissent des liens de confiance et créent un plan de traitement en collaboration avec la ou le bénéficiaire. Leur rôle est complémentaire de celui des prestataires de soins de santé et de services sociaux. Ils apportent un soutien additionnel dans le cadre d’une équipe interprofessionnelle de soins.
La prévalence de l’isolement social, de l’anxiété et de l’épuisement professionnel est en hausse4. Pour de nombreuses personnes, en particulier les personnes racialisées, immigrantes et à faibles revenus, accéder à des services de santé mentale reste un défi et présente de multiples obstacles5.
C’est là que la prescription sociale et nature joue un rôle crucial :
Des recherches montrent que passer du temps dans la nature peut atténuer le stress, l’anxiété et la dépression6. Une étude a révélé qu’une simple promenade de 20 minutes dans un parc peut réduire considérablement le taux de cortisol, l’hormone associée au stress.
Mais au-delà des données scientifiques, Ami·es des parcs apporte son soutien au public pour renouer avec la nature, avec sa culture et avec les autres.
Notre programme Susciter le changement n’a pas été conçu en tant que « prescription sociale et nature ». Dans ce parcours de soins, il correspond plutôt à l’étape de l’intervention sociale. Il s’agit du type d’activités collectives vers lesquelles le système de santé pourrait un jour orienter ses patients et patientes.
Grâce à des événements culturels, des activités de jardinage ou des promenades dans la nature, des personnes engagées dans leur quartier favorisent le mieux-être de leurs concitoyens et concitoyennes en les aidant à se connecter à l’esprit d’un lieu, à la culture et à la joie. Ce programme soutient la création de groupes souhaitant organiser régulièrement des activités dans un parc de leur quartier. Il renforce leur capacité afin de plaider en faveur de l’amélioration de leurs espaces verts. Il encourage les partenariats pour élargir la gamme d’activités et de possibilités dont les groupes citoyens œuvrant pour un parc peuvent profiter.
« Nous avons nous-mêmes constaté l’effet positif des parcs et espaces verts bien entretenus sur la santé et le bien-être des habitants et habitantes de notre quartier. À travers le programme Susciter le changement, nous avons fait en sorte que les espaces de plein air favorisent davantage l’inclusion et l’accessibilité. Nous avons œuvré pour l’activité physique, la santé mentale et la création de liens sociaux. »
Leader communautaire
En 2024, plus de 50 groupes ont bénéficié du programme Susciter le changement* pour animer des espaces verts à Toronto. Conjointement, ils ont permis d’organiser 110 jours d’activités et ont touché plus de 3 300 personnes. La plupart des personnes participantes (96 %) ont déclaré ressentir des liens humains plus forts7. En outre, une grande majorité (80 %) a également déclaré que ce programme leur avait donné un plus grand sentiment d’intégration sociale dans leur quartier.
La prescription sociale et nature ne vise pas à remplacer les services de santé traditionnels. Son rôle est plutôt d’élargir notre compréhension concernant d’autres méthodes de soins. Elle rappelle aussi que les cliniques ou les hôpitaux ne sont pas les seuls à pouvoir améliorer notre santé. Nous pouvons le faire dans notre quotidien : dans un parc près de chez nous, dans un jardin collectif ou en passant du temps en plein air avec d’autres personnes.
Ami·es des parcs a constaté l’impact humain de ces initiatives collectives. Un simple échange, un moment de bienveillance et du temps passé dans la nature permettent de réduire l’isolement, d’améliorer la santé mentale et de procurer de la joie.
« Localiser et découvrir les magnifiques parcs de Toronto a été une aventure et une révélation pour moi. J’ai remarqué un changement d’expression sur le visage de notre groupe d’aînés dès notre arrivée au parc. Ils ont été émerveillés par la végétation luxuriante et les animaux présents dans ces espaces verts. Parler des bienfaits d’être dans un endroit aussi paisible et serein nous a procuré un sentiment de bien-être collectif. Merci à Ami·es des parcs. »
Créer des ponts entre les interventions sociales comme Susciter le changement et le système de santé présente à la fois des défis et des opportunités. Comment pouvons-nous promouvoir ce genre d’initiatives auprès du système de santé actuel ? Que faudrait-il faire pour que des prestataires de soins de santé prescrivent une promenade en groupe dans un parc ? Comment les agent·es de liaison et les prestataires de soins de santé pourraient-ils collaborer avec des personnes engagées dans leur quartier pour orienter les patientes et patients vers des programmes tenant compte de leurs besoins, de leur langue et de leur culture ?
Voici quelles propositions pour réaliser ces ambitions :
En créant ces ponts, les Villes pourraient ainsi exploiter le plein potentiel de la prescription sociale et nature.
En investissant dans le bien-être de la population dans tous ses aspects, nous contribuons non seulement à améliorer la santé des citadins et citadines, mais aussi à favoriser leur intégration sociale.
La découverte régulière de tombes anonymes a forcé le Canada à reconnaître le lourd passé de ses pensionnats Autochtones comptant parmi les tactiques coloniales du pays afin de faire disparaître les Autochtones. Dernièrement, la société civile a exercé de fortes pressions sur les municipalités pour changer le nom des rues et des établissements d’enseignement secondaire et postsecondaire nommés d’après des personnages de l’histoire coloniale.C’est au moment où les colons ont commencé à revendiquer les terres, à établir des frontières et à spolier les Premières Nations, les Métis et les Inuits qu’est né le Canada. Et si les répercussions passées et actuelles de la colonisation peuvent être très différentes d’une région à l’autre, les provinces des Prairies ont notamment été fondées sur l’appropriation des terres et le déplacement des moyens de subsistance des Autochtones afin de créer des opportunités agricoles qui ont permis aux colons blancs de prospérer. Les peuples Autochtones ont ainsi connu une histoire violente marquée par l’expropriation de leurs terres, les pensionnats et la privation de nourriture suite à l’extinction des bisons et des politiques gouvernementales.De par leur nature, les villes incarnent cette spoliation, et les terrains sur lesquels se trouvent les parcs urbains ne font pas exception. Nahomi Amberer nous rappelle la relation préexistante que les peuples Autochtones entretenaient avec la terre avant leur contact avec les Européens, et comment les colons ont miné cette relation en accaparant leurs terres, y compris les terrains sur lesquels se trouvent aujourd’hui les parcs. « La division des terres était communément utilisée pour s’approprier une terre déjà habitée par des peuples Autochtones », a-t-elle écrit dans le rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier. D’ailleurs, les Autochtones continuent de voir les stigmates de cette histoire violente : que ce soit en traversant la campagne en voiture ou en se promenant dans un quartier. Les noms de certains lieux continuent d’honorer les personnages emblématiques de l’histoire coloniale qui ont largement contribué au génocide des peuples Autochtones. Néanmoins, les espaces urbains peuvent aussi être propices à la conscientisation. Alors, comment créer des espaces délaissant le passé colonial pour se tourner vers la promotion des savoirs Autochtones?
Depuis l’an dernier, des mesures sans précédent ont été prises par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs urbains et ménager une place à leurs antécédents historiques Autochtones. Il s’agit d’un jalon particulièrement important pour ces municipalités qui comptent la plus grande part d’Autochtones vivant en ville du pays. En outre, grâce à ces mesures de décolonisation en cours dans les parcs municipaux, les Autochtones qui vivent en milieu urbain peuvent désormais avoir accès à la nature et aux cérémonies traditionnelles sans avoir à quitter la ville.
Prenons la ville de Winnipeg, qui compte la plus grande population Autochtone urbaine du Canada, et le jardin Indigenous Peoples* comme point de départ. Chargée des relations avec les Autochtones au sein de l’Assiniboine Park Conservancy, Anna Huard décrit le jardin comme étant le fruit d’une vaste entreprise de consultation auprès de la population, des Matriarches, des Gardiens du savoir, des Aînés et d’un cabinet d’architectes Autochtones. « Dans un projet comme celui-ci, le processus de consultation doit inclure de nombreuses parties prenantes », explique-t-elle. « Dès lors que d’autres personnes se sont jointes à nous, nous avons commencé à ressentir que nous faisions partie d’une grande famille. Nous ne pouvons pas nous contenter d’un seul porte-parole Autochtone. »Les espèces végétales indigènes ont contribué à l’aménagement du jardin et, pour que la population s’investisse davantage, les jeunes Autochtones ont été invités à participer à la plantation d’arbres et à la construction des passerelles en bois. Le parc présente des places circulaires dédiées aux thèmes du feu et de l’eau, ainsi que des panneaux d’interprétation comprenant des traductions en langues ancestrales Ojibwé, Cri, Dakota, Oji-Cree, Michif, Dene et Inuktitut.
Le jardin ayant été inauguré l’été dernier, Anna Huard espère voir cet espace utilisé plus fréquemment pour offrir des programmes de contes pour les jeunes, l’apprentissage des langues Autochtones et un programme sur les plantes indigènes comprenant une visite guidée et des ateliers pour fabriquer des pommades. Selon elle, cet espace offre surtout aux Autochtones vivant en milieu urbain la possibilité de renforcer leurs liens avec la terre et leur culture sans avoir à quitter la ville.
Récemment, la Ville de Regina a également fait un grand pas en avant pour décoloniser ses espaces verts. L’année dernière, cédant à la pression publique, la municipalité a finalement déplacé la statue de John A. MacDonald située dans le parc Victoria dans le centre-ville. Malgré l’émergence d’initiatives et de pétitions plaidant pour le retrait de la statue depuis des années, le site web de la Ville* indique qu’en mars 2021, le conseil municipal a approuvé le déplacement de la statue vers un lieu de stockage, « avant que l’administration organise une consultation publique plus large et collabore avec ses partenaires afin de trouver un emplacement adapté à la statue et de la remettre dans son contexte. »En outre, le Buffalo Peoples Art Institute* (BPAI), une organisation dédiée aux questions de justice sociale à Regina, a plaidé activement pour faire changer le nom d’un parc public du centre-ville. Au printemps de l’année dernière, la municipalité a officiellement remplacé le nom du parc Dewdney, situé dans le quartier North Central, par parc « Buffalo Meadows »*, en raison de la pression constante exercée par des organisations comme le BPAI et du soutien du public. La Ville a également approuvé un vote pour remplacer le nom de la piscine Dewdney par piscine « Buffalo Meadows ». Edgar Dewdney était une personnalité de l’histoire coloniale qui a administré et supervisé la politique des pensionnats. Il est aussi à l’origine de la politique de famine dirigée contre les peuples Autochtones du Canada.Joely BigEagle-Kequahtooway*, membre de la Première Nation White Bear et résidente de Regina, a créé le BPAI pour contribuer à rééduquer les gens des Prairies sur l’importance de la présence du bison avant qu’il ne soit exterminé. Elle explique que Regina, souvent surnommée « Pile of Bones » (tas d’os) parce qu’elle a été littéralement construite sur les os des bisons, doit reconnaître les antécédents historiques de son territoire. « Avant la colonisation, c’était le territoire des bisons », déclare-t-elle.L’idée de militer pour faire changer le nom du parc a commencé il y a quelques années et s’est traduite par des campagnes de sensibilisation auprès du public pendant des barbecues de quartier et en invitant les gens à signer des pétitions. Après avoir recueilli suffisamment de signatures, le groupe et ses alliés ont présenté la pétition au conseil municipal et au comité de toponymie civique. La décision de renommer le parc a été votée et approuvée par la Ville, mais le BPAI attend toujours une approbation pour que le nom de l’avenue Dewdney – une rue importante de la ville – soit aussi remplacé par avenue Buffalo.Joely explique que le changement de nom du parc encourage les gens à recréer des liens avec la terre, et représente une démarche cruciale pour le quartier North Central où résident de nombreux Autochtones. « Même en milieu urbain, notre environnement doit refléter ce qu’est notre identité collective », déclare-t-elle. « Nous devons déterminer si nous souhaitons perpétuer ou préserver dans l’avenir l’héritage des personnages de l’histoire coloniale, et nous demander également si ces noms contribuent à avancer sur le chemin de la Vérité et de la Réconciliation. »
Le BPAI entend poursuivre son travail pour faire revivre l’histoire du bison dans les plaines grâce à des installations d’art publiques, des ateliers sur la préparation des peaux de bison et l’organisation d’un festival annuel sur le bison dans le parc qui vient d’adopter son nom.
La Ville d’Edmonton a également fait des progrès importants cette année grâce à l’intégration des connaissances Autochtones dans les parcs, notamment avec la construction du parc kihciy askiy* (terre sacrée, en cri) qui a débuté l’an dernier dans le parc Whitemud.
Il aura fallu 15 ans pour que ce projet commence à voir le jour, après que l’Indigenous Elders Cultural Resource Society ait proposé à la Ville de créer un site culturel urbain que les Autochtones pourraient utiliser pour organiser des cérémonies culturelles et partager leurs savoirs. Bien que cette reconnaissance se soit fait attendre, il est désormais possible de lire ceci sur le site Internet de la Ville : « bien avant de devenir une terre agricole, le site de kihciy askiy a été utilisé pendant des siècles par les peuples Autochtones pour récolter des plantes médicinales à des fins thérapeutiques. »Après avoir établi un conseil des aînés en 2015 pour œuvrer aux côtés de son équipe chargée du projet, la Ville s’est attachée à suivre les conseils culturels de celui-ci durant tout le processus de conception du parc. Outre la consultation des Aînés et des Gardiens du savoir, la municipalité s’est également appuyée sur les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (FFADA) et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones pour orienter ses travaux.« Conformément à la culture Autochtone prônant le respect de la terre, le projet a été conçu pour s’intégrer entièrement dans son environnement dans la vallée fluviale d’Edmonton », explique Chelsea Burden, gestionnaire du projet à la Ville d’Edmonton. Dans cette optique, la municipalité a également réalisé une étude d’impact sur l’environnement afin de veiller à ce que la construction du site endommage le moins possible les espèces végétales et arboricoles indigènes de la vallée.
Les plans d’aménagement du parc prévoient des espaces cérémoniels et des huttes de sudation, la possibilité de cultiver des plantes médicinales indigènes, ainsi qu’une infrastructure pour accueillir des camps culturels et des cercles de discussion. L’ouverture officielle du parc est prévue pour le début de l’année 2023.
Alors que l’on continue de découvrir de nouvelles tombes anonymes à travers le pays, l’histoire et la présence des Autochtones doivent être mises en haut des priorités de toute urgence. Reconnaître les répercussions dévastatrices passées et actuelles du colonialisme et chercher activement à faire changer les choses, en s’appuyant sur les liens ancestraux que cultivent les peuples Autochtones avec la terre, sont deux processus qui peuvent et doivent se dérouler concomitamment.
Par exemple, en janvier 2022, le président de la Commission des parcs de Vancouver, Stuart McKinnon, a présenté une motion en faveur d’un régime de cogestion des parcs municipaux se trouvant sur les territoires traditionnels des Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh. « Je pense que, pour favoriser la réconciliation dans ce pays, il faut reconnaître le fait que le territoire sur lequel se trouve Vancouver est une terre occupée », a écrit Stuart McKinnon dans un article de la CBC*.
Il reste encore beaucoup de travail à faire pour réparer les dommages causés dans le passé par la violence coloniale. C’est pourquoi les gouvernements aux niveaux municipal, provincial et fédéral doivent s’attacher à mener des consultations constructives auprès des populations Autochtones pour commencer à faire des parcs urbains des lieux d’apprentissage culturel. Pour que la consultation porte ses fruits, les stratégies de concertation publique doivent prévoir l’établissement de relations authentiques avec un large éventail de membres de la communauté Autochtone et accueillir avec respect les visions du monde diverses des Autochtones. De plus, les municipalités doivent reconnaître que le fait d’encourager les Autochtones à jouer un rôle prépondérant dans la création de programmes éducatifs et de formations linguistiques, dans la signalisation des parcs, et dans la mise en place de jardins de plantes médicinales contribue également à rendre la société plus forte. Ces initiatives permettent aussi aux Autochtones vivant en milieu urbain d’avoir accès à certaines de leurs cérémonies et traditions, et permettent par la même occasion aux non-Autochtones d’en apprendre davantage sur les gardiens ancestraux des terres qu’ils occupent.
Et en définitive, travailler les uns avec les autres dans le respect mutuel peut aussi constituer une façon d’honorer l’esprit sur lequel se sont construites les relations en lien avec les Traités.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
Si vous voulez voir un employé des parcs grimacer, vous n’avez qu’à mentionner les parcs à chiens. Rien n’est plus controversé que le fait de réserver un espace vert dans un parc pour que les chiens puissent courir en liberté.
Mais les parcs à chiens font également l’objet d’une demande accrue, comme l’ont souligné 85 % des villes dans le cadre de notre sondage, et ils peuvent offrir d’importants avantages sur le plan social. Cependant, les villes peinent à trouver des terrains convenables et à atténuer les préoccupations au sein de la communauté.La crise de la COVID-19 complique encore plus la situation, puisqu’un grand nombre de villes canadiennes, notamment Edmonton*, Ottawa*, Calgary* et Toronto*, ont limité l’accès aux parcs à chiens, ou les ont fermés, pour favoriser la distanciation physique. En mai, Edmonton a ouvert les parcs à chiens* dans le cadre de sa première série de mesures de déconfinement. Toutefois, à long terme, les exigences en matière de distanciation physique pourraient poser problème aux villes qui éprouvent déjà de la difficulté à fournir suffisamment de ces espaces.
Le nombre de nos amis à quatre pattes croît au même rythme que les villes. Bon nombre de ces dernières font face à des pressions pour établir davantage d’espaces réservés aux chiens, tout en répondant aux demandes des autres usagers des parcs, ce qui engendre des conflits.
En 2011, Waterloo a abandonné un projet pilote visant la création de six parcs à chiens en raison d’un manque de soutien public* et envisage maintenant de passer d’un seul parc à chiens à trois. Le conseil municipal de Guelph a failli fermer* le seul parc à chiens clôturé de la ville après avoir reçu des plaintes de membres de la communauté, mais a finalement annulé sa décision. L’animosité peut rapidement atteindre des sommets absurdes. À Toronto, quelqu’un a verrouillé* un parc à chiens, et un résident a fait jouer des enregistrements de jappements par sa fenêtre pour énerver les chiens.
Les espaces naturels constituent une autre préoccupation dans la mesure où, laissés en liberté, les chiens peuvent nuire aux plantes sensibles et perturber la faune.
Ron Buchan, responsable de la stratégie communautaire en matière de parcs de Calgary, a déclaré que la Ville avait refusé des demandes communautaires de nouveaux parcs à chiens adjacents à des milieux naturels. Toutefois, parmi les 152 espaces de la ville où les chiens peuvent se promener sans laisse, seulement 11 sont clôturés, ce qui signifie que dans les parcs qui bordent des milieux naturels, rien n’empêche les chiens de se diriger vers les habitats sensibles.
Pour régler ce problème, Calgary élabore des initiatives, notamment un programme de conservateurs de parcs ciblant les secteurs conflictuels à forte utilisation, des projets de sensibilisation à la restauration de l’habitat et aux règlements à respecter pour les propriétaires de chiens ainsi qu’un programme « adoptez un parc » visant à encourager l’intendance.
Le nombre de parcs à chiens varie grandement d’une ville à l’autre et bon nombre semblent avoir été planifiés de manière ponctuelle. Il est difficile de trouver des endroits convenables pour laisser les chiens en liberté, surtout dans les villes où les parcs sont déjà en nombre insuffisant.
« Il manque de parcs dans de nombreux secteurs de Hamilton, explique un employé de la Ville. Il y a quelques conflits entre les gens qui veulent que les terrains leur soient réservés et ceux qui souhaitent que les chiens puissent en profiter. » Témoignant de la complexité engendrée par le manque d’espaces, les deux derniers parcs à chiens que la Ville a créés ont été approuvés par le conseil municipal, même s’ils ne respectaient pas les politiques de la Ville en ce qui a trait à la taille.
Une stratégie municipale liée à la gestion et à l’élargissement des zones où les chiens peuvent se promener sans laisse peut être un excellent moyen d’atténuer les préoccupations, à la fois pour les propriétaires de chiens et les autres résidents, affirme Eric Code, fondateur du Toronto Dog Park Community Group (groupe communautaire des parcs à chiens de Toronto), qui compte 2 000 membres. « Si vous marchez sur un fil de fer, vous avez besoin d’un balancier, ajoute-t-il. C’est le rôle des politiques. »
Nous avons constaté que le tiers des villes avaient mis en place des stratégies relatives à ces espaces qui comprennent des critères de planification et de conception pour leur établissement et leur gestion. Selon M. Buchan, le plan de gestion de la Ville de Calgary a été d’une aide « immense » depuis sa création il y a 10 ans, puisqu’il fournit un cadre décisionnel limpide sur la façon d’élargir les zones pour les chiens en liberté et les endroits à privilégier pour ce faire en plus d’offrir des réponses claires à fournir aux résidents.La Ville d’Ottawa utilise un système de points pour désigner les parcs à chiens. Elle autorise la présence de chiens sans laisse dans 175 parcs. En outre, dans 62 autres parcs, les chiens peuvent se promener en liberté à certains moments et dans certains lieux, dont 9 sont clôturés.
Pour Eric Code, les parcs à chiens offrent bien d’autres avantages que celui de permettre à son chien de jouer; ils créent un sentiment de communauté, offrant un « troisième lieu », entre le milieu de travail et la maison, où il peut nouer des relations avec les autres.
Selon M. Code, il est plus aisé d’engager une conversation avec un étranger lorsqu’on emmène son chien au parc. Vous n’iriez pas nécessairement vers des gens qui se lancent la balle pour commencer à leur parler. Mais vous pouvez facilement faire de nouvelles rencontres au parc à chiens.
« Dans le monde d’aujourd’hui, en particulier à Toronto, où une certaine froideur règne, les parcs à chiens donnent l’impression d’être dans un petit village, ce qu’on ne retrouve nulle part ailleurs », souligne-t-il.
Des recherches démontrent l’importance des parcs à chiens sur le plan social. Selon une étude*, le fait d’avoir un chien augmente la probabilité de rencontrer des gens dans la communauté, puisque cela permet de briser la glace. Une autre étude* a conclu que les chiens aidaient à réduire le sentiment d’isolement social et à augmenter les chances d’établir un réseau de soutien social. Il a également été prouvé que les parcs à chiens accroissent le sentiment de sécurité étant donné que les propriétaires de chiens utilisent les parcs en dehors des « heures normales », soit au petit matin ou le soir.
En réponse aux pressions budgétaires et aux désirs de mobilisation communautaire accrue, certaines villes canadiennes comptent sur des programmes qui font participer les membres de la communauté à la gestion des parcs à chiens ou aux collectes de fonds connexes. Dans certains cas, elles mettent elles-mêmes de tels programmes sur pied.
Après avoir souligné les « ressources limitées » de la Ville, Edmonton envisage la création de parcs à chiens gérés par la communauté* pour aider à élargir l’offre. Le Club d’agilité de Montréal est exploité par un organisme sans but lucratif communautaire qui fournit un espace où les chiens peuvent faire des parcours d’agilité. À Gatineau, le Club canin Aylmer*, qui compte 1 200 membres, a conclu une entente avec la Ville pour l’exploitation d’une aire d’exercice canin au parc Paul-Pelletier.
Mais, parmi toutes les villes que nous avons sondées, c’est Mississauga qui a conclu l’entente la plus complète prévoyant une gestion communautaire des espaces où les chiens peuvent être laissés en liberté. En 1997, un règlement municipal a permis d’établir, dans les parcs, des zones où les chiens peuvent se promener sans laisse. Les coûts et la gestion de ces espaces incombent à un organisme sans but lucratif qui s’appelle Leash-Free Mississauga*; cependant, la Ville a offert un soutien financier à l’organisme en 2016, en raison de problèmes de financement découlant de l’augmentation de la demande.
À Calgary, la Ville a mis en place un programme de bénévolat, PUPPY*, qui incite les gens à ramasser les excréments de leurs chiens; selon M. Buchan, les groupes communautaires responsables des parcs à chiens aident à réduire le nombre de plaintes puisque les gens assument un rôle d’intendance.
Eric Code a souligné que les programmes qui encouragent les résidents à participer plus activement à la gestion des parcs à chiens peuvent contribuer à atténuer les frustrations des gens pour de bon. Ils aident à inculquer un sentiment de responsabilité, réduisant ainsi le nombre de propriétaires de chiens qui ne respectent pas les règles.
« Lorsque les gens sont bénévoles et que vous leur donnez l’occasion d’améliorer les parcs à chiens, ils en prennent énormément soin et en tirent une grande fierté », mentionne M. Code.
Bien que les municipalités offrent aux résidentes et résidents de multiples moyens de participer à l’élaboration des budgets via des réunions publiques, des sondages et d’autres activités, il est souvent difficile de savoir comment leurs avis influencent les décisions finales. Les personnes plébiscitant les budgets participatifs espèrent changer la donne en offrant aux résidentes et résidents une manière de contribuer directement aux décisions en matière de financement.
Dans le passé, des Villes comme Toronto, Kitchener et Longueuil ont lancé des projets pilotes pour tester la budgétisation participative. Sur le plan positif, les études ont fait ressortir que la budgétisation participative entraînait des taux de participation plus élevés* que les méthodes de concertation traditionnelles sur les parcs. Cependant, elles ont également identifié la possibilité d’engendrer une atmosphère de compétition* entre les membres du public.
La manière de concevoir un processus de budget participatif transparent, équitable et inclusif est une question à laquelle Isabelle Gaudette a beaucoup réfléchi. En tant que coordonnatrice des processus participatifs pour le Centre d’écologie urbaine de Montréal, elle a travaillé en 2021 avec la Ville de Montréal pour concevoir et exécuter son programme de budget participatif de 10 millions de dollars.
La Ville a ainsi reçu 620 propositions du public qui ont fait l’objet d’une étude de faisabilité pour ne retenir que 35 propositions sur lesquelles les résidentes et résidents ont voté en juin 2021. Les projets devaient avoir une valeur entre 500 000 et 3 millions de dollars, être réalisables sur une propriété de la Ville et « contribuer à accélérer la transition écologique et sociale de Montréal » en lien avec les changements climatiques, la biodiversité, l’équité ou la consommation durable de ressources. Selon Isabelle Gaudette, Montréal poursuit ce programme en y allouant un budget de 60 millions de dollars pour les trois prochaines années.
Toute personne âgée de plus de 12 ans et possédant ou ne possédant pas la citoyenneté pouvait voter. D’ailleurs, près d’un quart des personnes ayant voté étaient des jeunes et des personnes sans la citoyenneté, explique Isabelle Gaudette. Le taux de participation a ainsi atteint l’objectif que s’était fixé l’équipe du projet, soit 1 % de la population. Bien que cela puisse sembler peu, cela représente 20 000 personnes votant directement sur des décisions budgétaires qui sont généralement prises par une poignée de fonctionnaires élus et municipaux.
En outre, le processus montre également comment les priorités du public peuvent différer de celles des fonctionnaires de la Ville, explique Isabelle Gaudette. Parmi les sept projets lauréats, on compte notamment des mini-forêts, un projet d’agriculture urbaine et des voies vertes. Cependant, le deuxième projet d’amélioration le plus plébiscité était d’ajouter 125 fontaines à eau et stations de remplissage dans les parcs de six arrondissements.
« Je ne pense pas que les professionnels et les élus auraient dit : « on va mettre des fontaines pour boire dans tous les parcs ». Ça a l’air basique, mais c’est ce que les gens ont choisi. C’est un besoin de base »
Isabelle Gaudette, Coordonnateur·rice des démarches participatives pour le Centre d’écologie urbaine de Montréal
Voici ce qu’Isabelle Gaudette conseille pour établir un budget participatif :
La plupart des Villes canadiennes offrent un programme de bourses ou des fonds de contrepartie aux résidentes et résidents qui souhaitent entreprendre des projets dans l’espace public, qu’il s’agisse de petits événements ou de projets d’infrastructure plus grands.
Toutefois, bon nombre de ces programmes de bourse ont été remis en question lorsque les aménagements des parcs ont été fermés ou restreints à cause de la pandémie et que les directives de santé publique ont découragé les rassemblements.
À Waterloo, la Ville, consciente de la situation, a introduit des changements temporaires dans certaines bourses communautaires. Elle a ainsi démontré une plus grande souplesse dans l’utilisation des fonds (achat d’équipements de protection individuelle pour les bénévoles, par ex.), a réduit les exigences en matière de fonds de contrepartie étant donné la difficulté accrue d’accumuler des heures de bénévolat, et a encouragé les projets portant sur la santé publique, le bien-être de la population et l’isolement social. Le personnel de la Ville de Waterloo déclare que « ces changements ont représenté une étape importante pour supprimer les obstacles et aidé la population à trouver des manières uniques et sûres de favoriser les liens sociaux ». À cet égard, le Neighbourhood Matching Fund* a permis de financer par exemple l’ajout de bancs supplémentaires dans les parcs, des panneaux d’affichage et l’agrandissement des jardins collectifs. Une mini-bourse d’un montant maximal de 300 $ a également permis de financer de petits événements dans les parcs, comme une dégustation de crème glacée couplée à un centre de dépistage éphémère de la COVID-19.
À Hamilton, la Ville teste une nouvelle approche avec son programme pilote Placemaking Grant*. Grâce à un don de 100 000 $ de la Patrick J. McNally Charitable Foundation, Sarah Ehmke, la responsable du programme, a déclaré que celui-ci se focalisait sur les « moyens innovants et temporaires d’activer les lieux publics ».
Bien que ce programme ait été conçu avant la pandémie, selon Sarah Ehmke, il n’en est devenu que plus pertinent pour les gens qui souhaitaient passer plus de temps dehors. Bien que la Ville ne dispose alors que de fonds pour 10 à 12 projets, Sarah Ehmke a discuté avec 50 personnes proposant des idées. « Un certain nombre des propositions que nous avons reçues […] répondaient directement aux expériences vécues par les gens dans les lieux publics pendant la pandémie », explique-t-elle.
Dans le cadre d’un projet mené dans le parc de l’Association athlétique amateur de Hamilton, un photographe a photographié des personnes (avec leur autorisation) utilisant le parc de diverses manières pendant la pandémie. La bourse a permis de financer une exposition de photos dans ce parc « pour montrer les différentes façons dont les gens ont utilisé le parc pendant la pandémie », relate Sarah Ehmke. Les photos montrent des gens promenant un chien, des enfants qui jouent et des personnes utilisant les infrastructures du parc comme salle de sport en plein air.
Pour veiller à ce que la population et l’équité soient au cœur de ces projets, la Ville a encouragé les groupes déposant une demande à proposer des projets dans leur quartier et à montrer l’établissement de partenariats attestant qu’ils ont bien « pris en compte les besoins, désirs et utilisations des lieux publics d’autres usagères et usagers ».
Voici ce que conseille Sarah Ehmke pour l’élaboration du programme de bourses :
Bien que le gouvernement fédéral n’ait jamais beaucoup investi dans les parcs municipaux, il a cependant lancé deux nouvelles initiatives de financement ouvrant la voie à de nouvelles collaborations.
Le Réseau des parcs urbains nationaux
Bien qu’encore en phase de conception, le gouvernement fédéral a annoncé en 2021 qu’il s’engageait à verser 130 millions de dollars sur cinq ans pour la création d’un réseau de parcs urbains nationaux par Parcs Canada. Ces initiatives font suite à son investissement en 2012 pour créer le parc urbain national de la Rouge dans la région du Grand Toronto.
« Les parcs urbains constituent la prochaine étape pour Parcs Canada qui, depuis plus de 110 ans, participe à la création de parcs nationaux, de lieux historiques nationaux et d’aires marines nationales de conservation », explique Miriam Padolsky, directrice des parcs urbains et des corridors écologiques à Parcs Canada.
Dans le cadre de ce nouveau programme, qui s’inscrit dans l’objectif du gouvernement de préserver 25 % des aires terrestres et des eaux intérieures d’ici 2025, Parcs Canada travaillera avec les gouvernements, les partenaires Autochtones, les agences de conservation et d’autres parties prenantes pour créer ou agrandir des parcs urbains nationaux dans les municipalités ou à proximité.
« Les parcs urbains nationaux offriront un certain nombre d’avantages importants qui correspondent aux priorités de Parcs Canada. Ils contribueront à protéger la biodiversité, à favoriser la résilience climatique, à rapprocher les gens de la nature et à soutenir la réconciliation avec les populations Autochtones. »
Miriam Padolsky, Directrice des parcs urbains et des corridors écologiques à Parcs Canada.
L’Initiative pour des collectivités en santé
Financée également par le gouvernement fédéral, l’Initiative pour des collectivités en santé disposait d’une structure unique offrant une aide financière aux organisations de la société civile afin de « créer et adapter des espaces publics en fonction des nouvelles réalités imposées par la COVID-19 ». Ce programme de 31 millions de dollars était géré par Fondations communautaires du Canada (les Amis des parcs étaient également partenaires du programme).
Il a permis de financer plus de 550 projets, mais la demande était bien plus importante. Fondations communautaires du Canada a reçu plus de 6 000 candidatures pour un montant total de 650 millions de dollars, ce qui montre à quel point le besoin de financement des lieux publics communautaires était – et reste – important.
Les trois quarts du financement ont été octroyés à des organisations sans but lucratif et de bienfaisance, une priorité décrite par Fondations communautaires du Canada dans son rapport final : l’initiative « démontre tout le potentiel des innovations à petite échelle pour transformer des espaces publics » et « tout le potentiel des infrastructures communautaires pour repenser des enjeux sociaux et jouer un rôle central dans la recherche et la réalisation de solutions de relance novatrices ».
Ce programme comprenait un Guide sur l’équité préparées par le cabinet Jay Pitter Placemaking* pour les bénéficiaires potentiels de ces financements. Ce document s’est également avéré utile pour d’autres programmes municipaux de bourses. Dans le cadre de son projet pilote Placemaking Grant décrit plus haut, la Ville de Hamilton a notamment orienté les bénéficiaires de ses bourses vers ce document. Dans une étude portant sur la manière dont ont été octroyées les bourses, Fondations communautaires Canada a constaté que l’initiative avait surtout profité « aux personnes à faible revenu ou vivant dans la pauvreté, aux personnes en situation de handicap et aux personnes nouvellement arrivées au Canada ».
Pour voir la liste complète des projets, consultez cette carte* ou prenez connaissance des initiatives suivantes :
En raison du vaste éventail d’avantages liés à la vie sociale, à la santé et à la sécurité alimentaire, les installations comme les jardins communautaires sont devenues des incontournables dans de nombreuses villes.
Les infrastructures alimentaires locales sont d’autant plus importantes en temps de crise, comme nous l’avons vu lorsque certaines provinces, notamment l’Ontario*, la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick*, ont déclaré que les jardins communautaires constituaient un service essentiel pendant la pandémie de COVID-19.
Alors que la résilience communautaire prend de plus en plus d’importance, environ les trois quarts des villes ont signalé que la demande de projets alimentaires était également à la hausse, leur donnant l’occasion d’utiliser les parcs à cette fin pour renforcer les communautés.
Lorsque la ville de Halifax a été frappée par l’ouragan Dorian, laissant les résidents sans électricité, le groupe Park Avenue Community Oven de Dartmouth a offert à la communauté de la pizza cuite dans le four du parc local. De plus, en réponse à la crise de la COVID-19, Victoria a temporairement réaffecté les employés des parcs à la culture de plus de 75 000 plantes alimentaires* à l’intention des résidents dans le besoin.
Comme l’a conclu une étude menée en 2019*, ces exemples montrent comment les installations alimentaires dans les parcs ainsi que les réseaux de soutien qu’elles permettent d’établir constituent « une importante protection contre les événements stressants de la vie ».
Pourtant, il revient souvent aux groupes communautaires de revendiquer des installations comme des jardins communautaires une fois le parc construit, affirme Alex Harned, coordonnatrice des systèmes alimentaires de la Ville de Victoria. Elle souligne que cette tâche peut être lourde, notamment parce qu’il faut faire concurrence à d’autres groupes d’usagers.
Mme Harned voit plutôt un grand potentiel pour les villes, qui peuvent commencer à intégrer, dans la phase de conception (ou de nouvelle conception) des parcs, ces installations qui constituent une « nécessité dans chaque parc, et non pas un aspect auquel il faut penser après coup ».
Mme Harned a souligné qu’en général, cette « transition n’a toujours pas eu lieu », mais nous avons tout de même constaté que certaines villes avaient pris des mesures en ce sens :
Qu’il s’agisse d’un jardin, d’un four ou d’une forêt comestible, les installations alimentaires dépendent souvent des efforts que consacrent des bénévoles dévoués à l’entretien et aux programmes.
Les villes peuvent leur prêter main-forte en assurant la coordination et en fournissant des ressources, comme le fait Victoria depuis 2016 par l’entremise de Growing in the City* (GITC). Créé pour répondre à la demande communautaire, ce programme soutient les projets alimentaires menés par la communauté dans des espaces verts. Ceux-ci vont d’une agriculture commerciale à petite échelle à l’intendance des arbres fruitiers, en passant par le jardinage de rue et bien d’autres projets*.
GITC offre du soutien aux groupes pendant la phase de démarrage des projets ainsi que par la suite. Par exemple, la Ville informe les groupes responsables de jardins communautaires des terrains disponibles et offre un financement initial (nouveau en 2020), mais fournit également des subventions de 10 000 $ à des coordonnateurs bénévoles pour assurer la durabilité du travail au fil du temps et soutenir les programmes axés sur les jardins.
Tous ces travaux sont supervisés par la coordonnatrice à temps plein des systèmes alimentaires de Victoria, un poste unique relevant du service des parcs et créé dans le cadre du programme GITC.
D’autres villes contribuent également à la coordination des groupes de jardinage, que ce soit directement ou par l’entremise de partenariats :
Bien que certaines personnes aiment faire des travaux de jardinage ou s’activer autour d’un four, il faut s’assurer d’offrir des possibilités alimentaires aux gens qui n’ont peu de temps à donner.
Pour ce faire, on peut offrir au public un accès gratuit à certains produits. Selon une étude* de 2019 portant sur un verger de Montréal, les plantes alimentaires peuvent accroître le capital social des résidents, leur sentiment d’attachement et leurs connaissances à l’égard de l’alimentation, sans exiger d’eux un grand investissement de temps ni un niveau élevé de compétences ou d’engagement.
Partout au pays, des groupes communautaires nous montrent comment l’alimentation peut servir de point de départ à l’apprentissage et à l’établissement de liens sociaux.
Les solutions à portée de la main ont presque toutes disparu, mais les villes constatent que cette situation a aussi des avantages. Comme l’explique Ann-Marie Nasr, directrice de l’aménagement des parcs et des projets d’immobilisations de Toronto : « Le manque de terrains à transformer en parcs nous force à être plus inventifs. »
Mme Nasr supervise une vague de projets de parcs innovateurs, y compris des installations de loisirs sur des toits, des parcs surplombant des corridors ferroviaires et des parcs linéaires dans des couloirs hydroélectriques. Vancouver vit une expérience semblable, et les plans de conception d’un nouveau parc du centre-ville incluent un sentier surélevé. « Nous devons penser en trois dimensions et utiliser chaque centimètre carré d’espace, surtout sur les sites de petite taille », affirme Dave Hutch, directeur de la planification de la Commission des parcs de Vancouver.
Même si la majorité des projets dans cet article étaient en voie d’élaboration avant la COVID-19, les exigences en matière de distanciation physique ont poussé les villes à faire preuve de créativité afin d’élargir les espaces publics rapidement. Cela pourrait, dans certains cas, renforcer les arguments en faveur de nouveaux espaces publics et accélérer la planification à cet égard.
Ces contraintes forcent les villes à utiliser les espaces « restants », que ceux-ci se trouvent sous des autoroutes ou le long de voies ferrées. Or, ce genre de projets peut avoir des effets indésirables. Par exemple, ils peuvent occasionner le déplacement des gens qui trouvent refuge dans ces espaces et potentiellement contribuer à l’embourgeoisement.
Malgré sa popularité, le parc surélevé High Line de New York a fait l’objet de nombreuses critiques. On a notamment souligné qu’il a fait augmenter le coût des logements et qu’il accueille un nombre disproportionné de visiteurs blancs, malgré la diversité raciale du quartier. En réaction à ces critiques, l’organisation Friends of the High Line a créé un nouveau réseau appelé le High Line Network pour conseiller les responsables de projets de parcs axés sur la réutilisation d’infrastructures sur les pratiques inclusives. Le Bentway de Toronto, un espace public sous une autoroute surélevée, est le seul membre canadien du groupe. Le réseau a publié des trousses d’outils contenant des stratégies pour la planification communautaire et l’adoption de principes d’aménagement équitable. Ces trousses peuvent servir de guide utile pour les villes canadiennes qui entrent dans une nouvelle ère de construction de parcs.
L’une des tendances appelées à s’accentuer est la construction de parcs sur d’autres infrastructures, comme des garages. Certains appellent ces projets des parcs stratifiés parce qu’ils sont basés sur un modèle de propriété stratifié; la Ville n’est pas propriétaire du terrain sous le parc, mais uniquement de la couche du dessus.
De prime abord, tout le monde semble ressortir gagnant de cette situation. Le propriétaire du terrain a l’avantage de pouvoir construire quelque chose, et la Ville tire profit d’un nouveau parc en hauteur. Mais en réalité, les parcs stratifiés posent plusieurs défis sur le plan logistique, juridique et de la conception.
L’intégrité structurale de ce qui se trouve en dessous détermine la quantité de terre qu’on peut mettre, ce qui a des répercussions sur l’aménagement paysager. En outre, lorsque la membrane imperméable qui sépare le parc de la structure sous-jacente a besoin d’entretien, le parc doit souvent être démonté et reconstruit. Ces facteurs en font des options souvent moins vertes, indique Mme Nasr. Cela pose problème lorsque les villes confrontées aux changements climatiques veulent ajouter de la verdure pour la gestion des eaux pluviales et l’atténuation de la chaleur urbaine.
Richmond Hill est parmi les villes qui subissent de la pression pour approuver la construction de ce type de parcs. « La valeur des terrains a augmenté de façon considérable au cours des 10 dernières années, affirme Michelle Dobbie, la responsable de la planification des parcs de la Ville. Cela amène les promoteurs à vouloir maximiser l’espace en construisant des stationnements souterrains.
Mis à part les défis liés à la construction de parcs stratifiés, il y a plusieurs considérations légales et logistiques, comme les engagements financiers à long terme associés aux futures mises à niveau. Reconnaissant que cette pression ne semble pas s’amoindrir, Richmond Hill a commandé une étude sur les parcs stratifiés afin de l’aider à décider si elle devrait accepter ce type de parcs.
Les plans de Vancouver pour un nouveau parc construit partiellement sur le toit du centre commercial réaménagé Oakridge démontrent aussi bien le potentiel que la complexité de ce type de parcs. Les 3,6 hectares du parc seront répartis au niveau du sol et sur le toit du centre commercial, et comprendront des aires pour les rassemblements sociaux, le jardinage et la pratique de sports. En se servant du toit, la Ville a pu créer un parc beaucoup plus grand, explique M. Hutch.
Il affirme que la Commission des parcs a travaillé fort pour négocier la structure de propriété du parc avec le centre commercial. Cette entente comprend des dispositions selon lesquelles l’entretien du parc et le renouvellement des immobilisations sont à la charge du propriétaire du terrain et non de la Commission des parcs. C’était la première fois que la Commission négociait une telle entente. Celle-ci était nécessaire en raison de la complexité liée à la présence de multiples équipes d’entretien sur le site et de la responsabilité à assumer si un employé de la Commission endommageait la membrane de protection. Un comité opérationnel composé d’employés de la Commission et du centre commercial sera créé pour trouver des solutions aux problèmes éventuels.
Comme nous en avons parlé dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier, en planifiant leurs parcs, les villes se préoccupent de plus en plus à la connectivité. On retrouve un nombre grandissant de parcs, de sentiers et d’autres espaces verts linéaires qui se faufilent dans des endroits restreints, donnant du fait même de nouvelles fonctions aux couloirs hydroélectriques et ferroviaires.
La High Level Line à Edmonton est l’un de ces projets. Il découle de la vision d’un groupe communautaire qui a attiré l’attention des représentants de la Ville. Le plan propose de relier des quartiers le long d’une route de 4 km en utilisant un couloir ferroviaire existant qui traverse la rivière Saskatchewan North. L’idée suit les principes de connectivité mis de l’avant dans le Downtown Public Places Plan 2019 de la Ville.
Le projet reliera des parcs existants, mais tirera aussi profit de terrains privés. Par exemple, les propriétaires fonciers pourraient développer leurs sites pour qu’ils s’ouvrent sur la High Level Line ou offrir des commodités.
« La rivière Saskatchewan North et la vallée fluviale sont des atouts importants pour Edmonton — mais ce sont aussi de réelles barrières », explique Kevin Dieterman, porte-parole du groupe. Toutefois, le projet n’est pas qu’un moyen de se rendre du point A au point B. « L’expérience que vous vivrez en vous déplaçant y est pour beaucoup », ajoute-t-il.
Les emprises routières, comme les rues, sont de plus en plus considérées comme des ressources pour la création d’espaces publics temporaires et permanents.
Les nouveaux projets qui prévoient des bordures de trottoir plus basses et un revêtement spécial donnent aux rues une plus grande polyvalence. À Toronto, on appelle cette approche de la conception « parcs plus ». Comme l’explique Mme Nasr : « On peut voir la chose comme une équation : les parcs + les rues = un domaine public incroyable. »
Montréal s’est démarquée comme une véritable pionnière avec les 15 nouvelles rues piétonnes et partagées qu’elle a aménagées depuis cinq ans et qui s’ajoutent aux 50 qui existaient déjà. Le Programme de rues piétonnes et partagées, qui a donné lieu à la création d’un catalogue d’inspirations, soutient la mise en œuvre de projets qui reflètent la culture d’un quartier, notamment par un processus de conception participatif.
Si on donne de nouvelles fonctions aux rues depuis des années, la pratique s’est accélérée pendant la crise de la COVID-19. Dès avril et partout au pays, des villes comme Winnipeg, Toronto, Montréal et Vancouver ont commencé à offrir des voies de circulation automobile aux piétons afin de créer des espaces publics temporaires favorisant la distanciation physique.Et depuis avril, les défenseurs et les urbanistes ont approfondi cette conversation. Par exemple, la fabricatrice d’espaces Jay Pitter a souligné les « iniquités spatiales » qui mettent en évidence les limites de tels projets et le fait qu’ils avantagent seulement une partie de la population. Elle a souligné le besoin de recentrer les discussions sur la race, la classe, la capacité et le genre, un appel qui trouve un écho chez d’autres auteurs. En effet, selon les témoignages, les actes antiasiatiques seraient à la hausse dans les espaces publics canadiens depuis le début de la pandémie.
Plus du tiers des villes que nous avons sondées ont signalé une demande croissante pour l’aménagement d’espaces publics sur des propriétés privées (EPPP). Les EPPP sont construits et entretenus par des propriétaires fonciers en vertu d’ententes avec la Ville qui garantissent un accès public. Les villes comme Toronto et Vancouver comptent déjà un grand nombre d’EPPP, tandis que Mississauga, Richmond Hill et Waterloo disent envisager ce type de solution.
« Je pense qu’il est très important que le rôle et la fonction de ces espaces soient clairs », indique Mme Nasr. À Toronto, on a utilisé des EPPP, notamment des sentiers aménagés ou de petits espaces de rassemblement devant des immeubles, pour créer un domaine public plus unifié, sans viser à remplacer les parcs. Selon Mme Nasr, ces espaces peuvent toutefois soulager une partie de la pression sur les parcs dans les zones densément peuplées.
Le caractère public des EPPP a toutefois été remis en question en raison de disputes sur l’accès et parce que certaines entreprises empiétaient sur ces espaces. Et comme il s’agit de propriétés privées, les EPPP peuvent, au bout d’un certain moment, être réaménagés, comme ça a été le cas à Vancouver. Dans un effort pour sensibiliser l’opinion et promouvoir une conception et une visibilité améliorées de ces espaces, Toronto a produit une carte des EPPP, des lignes directrices sur leur conception et une stratégie sur l’affichage visant à préciser que les EPPP sont des espaces publics.
Chris Hardwick est directeur à 02 Planning + Design et il a travaillé à des plans de parcs à Edmonton, à Halifax, à Toronto et à Winnipeg. Il indique que dans vos discussions sur les parcs, vous devez mettre en balance les coûts et les avantages des deux approches qui s’offrent à vous, à savoir l’augmentation du nombre de parcs et l’amélioration des parcs existants.
M. Hardwick maintient que dans les cas où les terrains sont dispendieux et rares, la meilleure stratégie pourrait consister à déployer des ressources afin de garantir le rendement optimal des parcs existants. Cependant, les villes doivent être prévoyantes en faisant rapidement l’acquisition de terrains dans les zones qui sont appelées à se développer plutôt que d’essayer de se rattraper plus tard.
Il ajoute que différents défis existent selon le contexte urbain, la croissance et les changements démographiques. Certaines villes font face à un manque d’espaces pour les parcs, tandis que d’autres en ont trop ou ne disposent pas du bon type d’espaces. Les représentants de Prince George, par exemple, ont affirmé avoir transformé des terrains de baseball sous-utilisés en parcs à chiens.