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Nous sommes ravi·es de dévoiler les nouveaux participant·es au programme Champion·nes des parcs urbains de Montréal!

Cette année, le programme prend une nouvelle forme : plutôt que d’activer des parcs existants, les champion·nes réinventent des espaces sous-utilisés — terrains vacants, surfaces asphaltées ou friches — pour les transformer en lieux verdoyants qui favorisent la biodiversité, la résilience climatique et les rencontres et échanges à l’échelle des quartiers.

Découvrez les projets sélectionnés pour le programme 2026.

Claudia Lamothe et Benfares Farouk — Arrondissement Saint-Léonard

En partenariat avec l’Éco-quartier de Saint-Léonard, Claudia et Benfares souhaitent revitaliser un terre-plein situé dans un secteur résidentiel. 

Le site comprend déjà un arbre et une surface semi-gazonnée, mais il est dégradé par l’entreposage de neige en hiver. Les champion·nes souhaitent en faire un petit îlot de biodiversité grâce à de nouvelles plantations, et à en faire un lieu plus visible, invitant et ancré dans le quotidien du voisinage.

Au-delà de l’aménagement, Claudia et Benfares souhaitent ainsi sensibiliser la population à l’importance des pratiques de verdissement. Saint-Léonard est un quartier particulièrement touché par les îlots de chaleur et les risques d’inondation, en raison de la faible présence d’arbres et d’espaces verts. 

Terrain: Terre-plein au coin des rues Gauvreau et Périnault

Louise Chenevert, Maureen Lafrenière et Marie-Claire Mayeres — Arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce

Un regroupement citoyen mené par Louise poursuit le verdissement et l’entretien d’une plate-bande de 50 mètres située entre un trottoir et un stationnement.

Depuis 2022, le site révèle une valeur écologique importante, avec la présence d’asclépiades — essentielles au papillon monarque — ainsi que d’un crapaud qui y a élu domicile. Des plantations ont déjà été réalisées, mais certains aménagements restent fragiles en raison du piétinement et du passage de véhicules. Les championnes souhaitent poursuivre les efforts de verdissement afin de protéger la biodiversité, embellir la zone, contribuer à atténuer les îlots de chaleur. Un enjeu clé consiste à susciter une plus grande mobilisation des communautés avoisinantes. 

Connectée au boisé de la falaise Saint-Jacques, cette zone s’inscrit dans une vision de corridor écologique à plus long terme, favorisant la connectivité est-ouest pour les pollinisateurs ainsi que la connectivité nord-sud avec d’autres espaces verts. 

Terrain: Banquette 2342, en bordure de la rue Saint-Jacques.

Xavier Amodeo et Chantal Smedbol – Arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Xavier et Chantal ont pour projet de verdir une zone située au coin d’un bâtiment en bordure d’autoroute. Le site, actuellement minéralisé et inutilisé, se trouve au pied d’un immeuble abritant des ateliers d’artistes et d’ébénisterie.

Les champion·nes souhaitent rendre cet espace plus vert, agréable, accueillant et propice aux échanges et aux rencontres, et, potentiellement, intégrer des œuvres réalisées par les artistes. Il constituerait la première étape d’une série de projets de réhabilitation autour de l’autoroute 40.

Terrain : 3333 boulevard Crémazie

La parcelle formée d’anciennes terres agricoles à côté du parc naturel de l’Anse-à-l’Orme, dans l’ouest de Montréal, est fascinante à bien des égards. D’une part, elle abrite 270 espèces végétales et animales vivant dans des habitats variés comme les zones humides, les bois et les prairies. Elle occupe une superficie de 365 hectares, ce qui en fait l’une des plus grandes étendues non développées, et jusqu’à récemment non protégées, d’espace naturel sur cette île qui compte plus de deux millions d’habitants. Mais ce qui est peut-être le plus surprenant, c’est que peu de gens semblent connaître son existence. 

« Lorsque nous avons frappé à leur porte, beaucoup de résidents nous ont répondu qu’ils ignoraient l’existence juste à côté de chez eux de cet immense espace formé d’anciennes terres agricoles en cours de régénération », explique Sue Stacho, cofondatrice de l’organisation Sauvons L’Anse-à-L’Orme. En 2015, lorsqu’un énorme projet de construction résidentielle appelé Cap Nature a été annoncé pour cette parcelle de terrain, elle a décidé de créer un groupe de défense. 

« Nous avons travaillé d’arrache-pied et avons fait beaucoup de sacrifices », dit-elle. « Nous avons dû expliquer sans relâche pourquoi des endroits comme celui-ci sont si importants. » Ils sont allés frapper aux portes et ont organisé des événements comme des promenades dans les bois pour la Fête des mères et des promenades nocturnes pour aller écouter les grenouilles : « toutes les manières possibles et imaginables de sensibiliser les gens sur cet endroit ».

Et cela a marché. En 2019, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé la création du Grand parc de l’Ouest, qui protégera la zone entourant l’Anse-à-l’Orme du développement immobilier. Mais ce n’est pas tout : cet espace vert représentera le plus grand parc municipal du Canada, avec une superficie de 3000 hectares. Il comprendra des terres agricoles en exploitation, l’Arboretum Morgan de l’Université McGill, des parcs naturels existants et des zones naturelles auparavant non protégées du développement immobilier.

Ce succès démontre à quel point l’activisme citoyen peut permettre d’accomplir des résultats tangibles. Cette initiative permettra aussi d’augmenter la quantité d’espaces verts à Montréal, qui ne compte que 24 mètres carrés de parc par personne, soit l’un des taux les plus bas parmi les villes canadiennes. Mais le Grand parc de l’Ouest représente aussi un projet d’une ampleur, d’une complexité et d’une ambition sans commune mesure. Non seulement il s’étend sur une superficie 15 fois plus grande que le parc du Mont-Royal, l’espace vert urbain le plus important et le plus emblématique de Montréal, mais il s’agit aussi d’un méli-mélo d’environnements différents traversés par des routes, des voies ferrées et des cours d’eau. De plus, il s’étend sur deux arrondissements de Montréal et trois villes indépendantes, et englobe cinq parcs naturels existants et des terrains appartenant à l’Université McGill.

Immense ampleur, immense potentiel

Le Grand parc de l’Ouest rappelle d’autres grands parcs en périphérie des grandes villes, comme le parc urbain national de la Rouge près de Toronto*, le parc provincial Fish Creek* à Calgary et le Blue Mountain Wilderness Connector* à Halifax. Comme eux, le Grand parc de l’Ouest a la double mission de protéger la biodiversité tout en permettant aux citadins d’être au contact de la nature. Toutefois, ces objectifs ne sont pas toujours faciles à concilier. En 2019, Parcs Canada a élaboré un plan de gestion détaillé pour le parc de la Rouge dans le but d’équilibrer les besoins en matière d’agriculture, de loisirs et de conservation. Le Nova Scotia Nature Trust, un organisme de bienfaisance gérant des terres dans toute la province, a adopté une approche similaire pour la gestion du parc Blue Mountain.

Pour le Grand parc de l’Ouest, le défi devient particulièrement évident lorsque l’on regarde son emplacement sur une carte. L’autoroute 40, l’une des routes les plus fréquentées du Canada, traverse le parc. En 2023, le Réseau express métropolitain (REM) ouvrira une station à l’Anse-à-l’Orme, avec des trains arrivant du centre-ville de Montréal toutes les 10 minutes. Bien que cet ajout facilitera grandement l’accès au parc, la fréquentation humaine risque aussi de nuire aux zones naturelles sensibles. Pour couronner le tout, le Grand parc de l’Ouest sera géré non pas par Parcs Canada ou une autorité provinciale, mais par la Ville de Montréal, qui possède une expérience plus limitée dans la gestion des espaces naturels.

Ces multiples éléments laissent envisager un potentiel extraordinaire pour ce parc, mais aussi une quantité d’obstacles à surmonter.

« Voilà longtemps que nous n’avions pas vu à Montréal cette volonté de prendre de grandes décisions », dit Jonathan Cha, architecte paysagiste, urbaniste et consultant en patrimoine. « La difficulté sera d’unifier l’ensemble de ces espaces naturels très différents. Ce projet demandera aussi beaucoup de temps et d’argent, et sera sur le très long terme. Toutefois, il s’agit d’un objectif ambitieux. L’île de Montréal n’ayant quasiment plus d’espaces disponibles, cette mesure permettra de préserver cet endroit dans l’intérêt et pour le bien-être de la population. »

Le fruit de l’activisme citoyen

Le fait que cet espace naturel soit resté intact dans l’une des villes les plus grandes et les plus densément peuplées du Canada est le résultat de 50 années de militantisme de la part des écologistes et des citoyens. Comme d’autres parties de Montréal, le tiers ouest de l’île, une bande de terre se détachant entre le lac Saint-Louis, le lac des Deux-Montagnes et la rivière des Prairies, était autrefois une luxuriante forêt de feuillus fréquentée par les peuples des nations Haudenosaunee qui habitaient la région. Après l’arrivée des Français au milieu du XVIIe siècle, l’administration coloniale a confié le contrôle des terres aux prêtres de l’ordre des Sulpiciens, qui les ont divisées en parcelles destinées à être exploitées par les colons.

À l’exception d’une poignée de villages et des premières banlieues ferroviaires, l’Ouest-de-l’Île est quasiment resté rural jusqu’après la Seconde Guerre mondiale.

« Même la délimitation des propriétés seigneuriales bordées d’arbres existait encore », se souvient l’historien George Vassiadis, qui a déménagé dans l’Ouest-de-l’Île en 1968 lorsqu’il était enfant. Mais, avec l’expansion démographique d’après-guerre dans les banlieues de Montréal, cette zone s’est rapidement transformée. « Les premières années où nous avons vécu dans notre nouveau duplex de la rue Spring Garden, nous faisions face à des champs qui venaient tout juste de cesser d’être cultivés », explique George Vassiadis dans la revue d’art Montréal Serai. « Au milieu des années 1970, les maisons ont remplacé les champs. »

Tandis que les maisons de plain-pied et les rues commerçantes grignotaient rapidement les terres agricoles, les promoteurs immobiliers commençaient à s’intéresser aux dernières parcelles de forêt du secteur. En 1977, la municipalité a décidé de raser le Bois-de-Saraguay, une zone forestière riche en biodiversité située à proximité d’un vieux village, et d’y construire des immeubles d’habitations, des maisons individuelles, deux centres commerciaux et une marina. Le combat des résidents contre ce projet a porté ses fruits et a conduit à la création du premier parc naturel de Montréal. En 1979, le gouvernement du Québec a donné au conseil régional, la Communauté urbaine de Montréal, l’autorisation de développer tout un réseau de parcs naturels, dont plusieurs qui feront désormais partie du Grand parc de l’Ouest : Rapides-du-Cheval-Blanc, Bois-de-l’Île-Bizard, Cap-Saint-Jacques et l’Anse-à-l’Orme.

La conservation est mise à l’honneur dans chacun de ces parcs, mais les résidents du Grand Montréal peuvent également les apprécier en tant qu’espaces de loisirs. Le Cap-Saint-Jacques, qui est le plus grand, attire des milliers de personnes chaque fin de semaine. La plupart arrivent en voiture, mais cela pourrait changer lorsque le REM offrira un accès rapide en transports en commun. En hiver, les visiteurs peuvent louer des vélos à pneus surdimensionnés ou des raquettes pour explorer les bois. Au printemps, ils peuvent déguster des oreilles de crisse (couennes de porc croustillantes) arrosées de sirop d’érable à la cabane à sucre du parc. Et en été, ils peuvent se prélasser sur une vaste plage de sable au bord du lac des Deux-Montagnes.

Bien que ces parcs naturels couvrent déjà une superficie importante, ils ont été morcelés par des propriétés privées longtemps convoitées par les promoteurs. Pendant des dizaines d’années, une grande partie de ces terres ont été protégées par un zonage agricole spécifique, mais lorsque ce zonage a été aboli en 1991, l’augmentation des impôts qui en a résulté a contraint de nombreux agriculteurs à cesser leurs activités. Au fil des ans, les terres désormais abandonnées ont progressivement retrouvé un état plus naturel. « Toutes sortes d’espèces sauvages sont revenues sur ces terres laissées en jachère dans l’attente d’un projet de développement », explique David Fletcher, cofondateur en 1988 de la Coalition verte, un organisme de surveillance environnementale de l’Ouest-de-l’Île. « Tous ces animaux emblématiques de l’est du Canada, comme le pékan et le cerf de Virginie, revenaient peu à peu à Montréal. »

Apportant son concours à la Coalition verte depuis le début des années 2000, Sue Stacho a découvert par hasard les terres agricoles abandonnées près de l’Anse-à-l’Orme alors qu’elle faisait du vélo.

« C’est un endroit incroyable. Naturel », dit-elle. « Il ne disposait d’aucun sentier ni de banc de parc comme on en voit partout. Il y a des piscines thermales au printemps. Il y a des zones humides. À chaque fois que j’y allais, en le découvrant d’une nouvelle manière, je trouvais quelque chose de nouveau à apprendre. Si vous connaissez bien les lieux, vous pouvez y passer toute la journée. »

Cependant, en 2015, une proposition de développement immobilier a été annoncée. Connu sous le nom de « Cap Nature » et présenté par son promoteur comme « un quartier respectueux de l’environnement », le projet aurait préservé 180 hectares d’anciennes terres agricoles, mais les 185 hectares restants auraient été remplacés par 5500 logements. Sue Stacho et d’autres membres de la Coalition verte ont décidé de s’opposer à ce projet. Ayant formé un groupe de pression appelé « Sauvons l’Anse-à-l’Orme », ils sont parvenus à rallier à leur cause une foule d’autres organisations écologiques, comme la Fondation Suzuki, SNAP Québec et Sierra Club Québec.

Le soutien de la population a aussi joué un rôle déterminant dans leur combat et a attiré l’attention de Projet Montréal, un parti politique municipal axé sur le développement durable. « À partir du moment où ils ont eu connaissance de cet endroit et où ils ont réalisé qu’un mouvement s’était créé en faveur de sa protection, ils ont toujours été à nos côtés », explique Sue Stacho. Lorsqu’à la surprise générale, Projet Montréal a remporté les élections municipales de 2017, c’est là que tout s’est mis en marche pour le Grand parc de l’Ouest.

Un nouveau parc, et ensuite?

L’annonce de la création du parc en septembre 2019 a été accueillie avec des menaces de poursuites judiciaires de la part des propriétaires fonciers, dont les promoteurs de Cap Nature. Toutefois, à la fin de 2019, la Ville est parvenue à négocier l’achat de la plupart des terrains privés en question. « Entre 40 et 45 hectares environ sont encore détenus par des propriétaires privés, mais il n’y a aucune chance qu’un projet viable ne voit le jour », explique David Fletcher. Il considère le parc comme une victoire. « Cela a été un travail de longue haleine. Trente années plutôt tumultueuses. Pendant tout ce temps, nous sommes restés sur le qui-vive en surveillant ces terres. »

David Fletcher attribue cette victoire à Sue Stacho, dont la capacité à sensibiliser le public sur l’importance des anciennes terres agricoles a ouvert la voie à la création du parc.

« C’est une femme très énergique, et son équipe a fait un travail remarquable pour mener à bien ce projet », dit-il. Alors qu’une page se tourne, un nouveau chapitre va s’ouvrir avec le processus de développement du Grand parc de l’Ouest.

Les consultations publiques ont débuté l’an dernier, la plupart des activités se déroulant en ligne en raison de la pandémie. La difficulté sera désormais de trouver un équilibre entre les différentes aspirations pour l’avenir du parc. Sue Stacho désire que l’accent soit mis sur la conservation. Cependant, des résidents de l’Ouest-de-l’Île souhaitent davantage d’activités de loisirs, certains ayant même évoqué, lors d’une récente table ronde en ligne, la possibilité d’aménager des pistes de motocross. Par ailleurs, cette zone est également utilisée pour la chasse au cerf et le piégeage des castors, des activités que la province a récemment refusé d’interdire malgré la pression exercée par la municipalité de Montréal. « Pendant que je me promenais, j’ai vu des traces de ces activités par terre, comme des cartouches de fusil de chasse et de carabine », dit David Fletcher. « Les pièges qu’ils utilisent sont des collets métalliques, une méthode vraiment cruelle. Absolument horrible. »

Jonathan Cha rappelle qu’en plus de ses espaces naturels, le Grand parc de l’Ouest se caractérise aussi par un important patrimoine bâti, comme des murs de pierre et des maisons de l’époque coloniale française. « Il faut avoir une connaissance précise du territoire pour formuler un plan adapté », dit-il. Il faudra aussi aborder la question des terres agricoles en activité, qui représentent une part importante du nouveau parc. « Qui va gérer ces terres? » demande Jonathan Cha. « Les propriétaires-exploitants agricoles? Les coopératives? La Ville va devoir créer un nouveau modèle de gestion pour un parc de ce genre. Elle devra faire appel à de nouvelles expertises en plus de celles auxquelles elle a déjà recours. »

Il s’agira d’un processus sur plusieurs générations, dit-il. « Les personnes qui participeront au projet devront être là sur le long terme. Il doit y avoir une continuité dans le processus. Ce projet présente de nombreux défis avec une large portée, et le territoire en question est tellement vaste et complexe qu’il faudra bien plus qu’une seule personne pour saisir toute l’ampleur du projet. »

Quant à Sue Stacho, ce qu’elle a appris lors de son combat pour sauver l’Anse-à-l’Orme, c’est que les parcs ont besoin des gens. C’est grâce à la mobilisation des résidents pour protéger ces terres du développement, et c’est grâce à l’action collective de nombreuses personnes que le Grand parc de l’Ouest a été créé. Aujourd’hui, ces mêmes personnes, et bien d’autres, joueront un rôle crucial pour façonner, pérenniser et entretenir le parc pour les décennies à venir.

 

À propos de Christopher Dewolf

Travaillant désormais à Montréal, le journaliste Christopher DeWolf s’intéresse particulièrement aux sujets des villes et de la culture. Lorsqu’il vivait à Hong Kong, il était rédacteur en chef de Zolima CityMag et a régulièrement écrit pour le South China Morning Post, Eater et d’autres publications. Son livre Borrowed Spaces: Life Between the Cracks of Modern Hong Kong, il aborde les divergences de points de vue entre les citoyens et les autorités en matière de vie urbaine. ransports publics et d’urbanisme. Anciennement commissaire pour les aménagements urbains de la ville de Vancouver, elle détient une maitrise d’études urbaines de l’Université Simon Fraser. Originaire de Vancouver, elle écrite sur les enjeux urbains pour The City Life*, reconnu comme l’un des meilleurs blogues urbains par The Guardian.

Quand j’étais enfant, j’ai grandi dans l’ouest de Vancouver, et la voie ferrée de l’Arbutus Corridor passait derrière les hautes haies de notre jardin. Ma sœur et moi jouions au bord des voies ferrées avec les enfants du quartier, laissant souvent sur les rails des pièces de monnaie que nous retrouvions, le lendemain, aplaties par les trains qui passaient.  

Les enfants ont la faculté de transformer n’importe quel espace, même une voie ferrée, en un espace de rencontre et de jeu. Près de 40 ans plus tard, de nombreuses villes dans le monde adoptent des idées originales pour convertir des terrains industriels sous-exploités en espaces publics. À cet égard, le chemin ferroviaire de l’Arbutus Corridor, que la ville de Vancouver a acheté en 2016, illustre bien l’approche innovante adoptée actuellement pour la conception des parcs. En effet, la municipalité s’efforce de transformer cette voie ferrée, qu’elle rebaptisera « Arbutus Greenway », en un réseau de sentiers et de parcs traversant l’ouest de Vancouver.  

« L’Arbutus Corridor a une longue histoire derrière lui et traverse des zones de la ville qui, dans l’esprit de la population, sont déjà aménagées. Le convertir en voie verte a été un acte de ténacité et de créativité. Nous avons dû collaborer avec les résidents pour changer leur perception, et imaginer un parc qui n’attendait que d’être révélé. »

Antonio Gómez-Palacio, associé chez DIALOG, le cabinet d’urbanisme dirigeant les phases de conception et de mobilisation citoyenne du projet.

L’histoire de la voie verte remonte à plus de 100 ans : depuis ses débuts en tant que chemin de fer pour les voyageurs et l’industrie locale, jusqu’aux négociations litigieuses entre la Ville de Vancouver et le Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) pour son acquisition. Aujourd’hui, il est devenu une voie de transport actif qui s’étend de la destination touristique de Granville Island jusqu’à la limite sud de Vancouver, surplombant le fleuve Fraser. À l’avenir, elle deviendra un chemin multimodal reliant une série de parcs et d’espaces publics. En attendant, les résidents ont trouvé des manières innovantes de rassembler les gens sur son parcours.

D’une voie ferrée à une voie verte

L’Arbutus Corridor, auparavant appelé le « Vancouver & Lulu Island Railway », a été construit en 1902 par le CFCP afin de relier Vancouver au village de Steveston à Richmond, réputé pour son industrie de la pêche et de la conserverie. En 1905, la société BC Electric a signé un bail auprès du CFCP, a électrifié la voie ferrée et a commencé à fournir un service ferroviaire pour voyageurs appelé « Interurban ». Le train partait de l’extrémité nord du pont Granville, traversait les quartiers ouest de Vancouver et terminait son parcours à Richmond. Les trains interurbains ont cessé de circuler en 1952, mais les trains de marchandises courts ont continué à emprunter l’Arbutus Corridor jusqu’en 2001 (l’un de ses derniers clients était la brasserie Molson). Après cela, les voies sont restées à l’abandon pendant 15 ans.  

Pendant tout ce temps, la municipalité a toujours eu le souhait de transformer la voie ferrée en une voie verte. En 2000, le Conseil a adopté un plan de développement officiel pour l’Arbutus Corridor, en proposant d’en faire une voie verte de transport à usage multiple. En 2014, la Ville de Vancouver a finalement entamé des négociations avec CFCP pour acheter le terrain qui traverse certaines propriétés comptant parmi les plus prisées d’Amérique du Nord. Toutefois, ils ne sont pas parvenus à s’entendre sur le prix. En conséquence, CFCP a menacé de faire circuler des trains sur la ligne et, pour préparer le terrain, la société a commencé à détruire les jardins communautaires installés le long des voies. Ces mesures ont accéléré les négociations et un accord a été trouvé en mars 2016, concluant la vente de l’Arbutus Corridor pour 55 millions de dollars. Le maire de l’époque, Gregor Robertson, avait déclaré que les quelque 17 hectares seraient utilisés comme voie verte, avec la possibilité d’ajouter ultérieurement un système léger sur rail pour voyageurs.

Embarquement immédiat

La Ville n’a pas attendu que le projet soit finalisé pour rendre la voie verte accessible au public. En l’espace d’un an, Vancouver a construit une piste asphaltée temporaire de 9,5 km le long de la voie ferrée, reliant six quartiers dans l’ouest de la ville.   La voie verte dans sa version provisoire est en place depuis plus de quatre ans et a été largement plébiscitée par les résidents qui l’empruntent régulièrement. Chaque jour, elle attire des milliers de personnes qui peuvent la parcourir en marchant, ou en faisant du vélo ou du patin entre False Creek et le fleuve Fraser. Selon une étude sur la santé* menée par INTERACT entre 2016 et 2019 sur la voie verte, sa fréquentation augmente de façon exponentielle chaque année. À cet égard, les résidents la considèrent comme une oasis de verdure au cœur de la ville, où ils peuvent se promener d’un bout à l’autre en toute sécurité et en toute tranquillité et créer des liens sociaux.

« Cela a pavé la voie pour faire de nouvelles rencontres et faire connaissance avec ses voisins. »

Participant à l’étude dans le quartier de Marpole.

« On a une impression d’espace et d’ouverture. J’ai l’impression d’être soudain en pleine nature au beau milieu d’une ville très animée, et tout est tellement paisible. »

Participant à l’étude, originaire de Kerrisdale.

En 2018, le conseil municipal de Vancouver a approuvé un projet d’amélioration du sentier afin que les résidents puissent bénéficier de plus d’endroits où se rassembler, se reposer et profiter du paysage environnant. C’est cette décision qui a donné le coup d’envoi pour amorcer la planification de l’Arbutus Greenway. Même si les plans ambitieux pour cette voie verte ne devraient pas se concrétiser avant 2034, de nombreuses organisations locales s’efforcent d’exploiter l’espace existant à travers divers projets pour révéler tout son potentiel.

L’Arbutus Greenway Neighbour Hub, surnommé la « bibliothèque d’objets » (“lending library of things”) a été créé par Neighbour Lab*, une coopérative spécialisée dans la conception et l’urbanisme, en collaboration avec Thingery*. Un coin salon et un tableau d’affichage ont été mis à la disposition des visiteurs pour diffuser des informations. L’installation phare était une manivelle que les passants pouvaient activer pour produire de l’énergie cinétique afin de recharger leur téléphone cellulaire.  

« Nous avons lancé le Neighbour Hub afin de créer un centre communautaire et un lieu de rassemblement près de l’Arbutus Greenway », explique Stephanie Koenig, développeuse de contenu pour Neighbour Lab. « Nous avons conçu et mis en œuvre le projet en collaboration avec une équipe d’intendance du quartier. Un jour, un voisin qui passait par là pendant l’installation nous a même proposés de construire gratuitement une bibliothèque sur le côté! »

Trouver des espaces publics dans une ville densément peuplée

La prochaine étape dans l’évolution de la voie verte consistera à la transformer de manière permanente, afin qu’il ne s’agisse pas seulement d’un sentier, mais aussi d’une destination multifonctions, tant pour les nombreux quartiers situés à ses abords, mais aussi pour tous les résidents de Vancouver.  

Selon la municipalité, « l’Arbutus Greenway fait désormais partie intégrante du paysage de la ville de Vancouver. La municipalité prévoit d’en faire une destination axée sur la nature et sur l’histoire des lieux qu’elle relie entre eux. »

Les voies vertes sont en général des parcs linéaires destinés aux piétons et aux cyclistes et relient des réserves naturelles, des lieux culturels, des sites historiques, des quartiers et des zones commerciales. Les voies vertes les plus populaires de Vancouver ont généralement été construites à cet effet et au bord de la mer, comme les digues de Stanley Park et de False Creek. L’Arbutus Greenway est la première voie verte reliant le nord et le sud de Vancouver qui traverse une zone déjà bâtie, en utilisant des terrains industriels réaffectés. Le projet de conversion de l’Arbutus Corridor s’inscrit dans une tendance croissante en matière d’urbanisme visant à transformer des infrastructures obsolètes en espace public. L’un des exemples les plus célèbres est la High Line de New York, un parc linéaire surélevé de 2,33 km de long créé sur un ancien embranchement du New York Central Railroad. Depuis son ouverture en juin 2009, la High Line est devenue une attraction touristique. En 2019, on a estimé qu’elle accueillait huit millions de visiteurs par an. Des projets tels que la High Line et l’Arbutus Greenway de Vancouver montrent qu’il est possible de créer de nouveaux espaces verts dans une ville densément peuplée. Lorsque les municipalités ne sont pas en mesure de convertir des stationnements en parcs, elles doivent alors faire preuve de créativité pour trouver d’autres parcelles de terrain sous-exploitées. Au Canada, le projet Meadoway à Scarborough*, près de Toronto, entend transformer un corridor hydroélectrique en un sentier de 16 kilomètres composé d’espaces verts urbains et de prairies. La Ville de Toronto a également lancé le projet Bentway* afin de transformer en parc linéaire un espace inutilisé sous l’autoroute Gardiner, près du lac Ontario. En 2020, la nécessité d’accroître le nombre de parcs dans les villes a atteint un point culminant. En raison de la pandémie de COVID-19 et des mesures de confinement qui ont forcé les résidents à rester chez eux, les villes ont dû répondre à une demande accrue en matière d’accès à la nature. Ceci a démontré clairement que les parcs ne sont pas seulement « souhaitables », mais qu’ils sont essentiels pour notre bien-être.  

Dans une enquête de juin 2020 menée par les Amis des parcs au Canada, 80 % des citoyens ont déclaré que les parcs étaient devenus plus importants pour leur santé mentale pendant la pandémie. Comme l’a écrit un participant : « Comme je vis seul, mes promenades et mes sorties à l’extérieur ont été les seuls moments où j’ai pu avoir un contact social pendant quatre mois. Sans accès aux parcs, aux ravins, aux sentiers et au bord de l’eau, j’aurais bien moins vécu les choses. »

Un chemin et une destination

En 2017, la ville de Vancouver a collaboré avec DIALOG, un cabinet d’urbanisme et de conception canadien, afin de lancer une vaste campagne de mobilisation citoyenne pour la future transformation de l’Arbutus Greenway Avant que la ville ne lance le processus officiel de mobilisation citoyenne, les résidents étaient déjà emballés et enthousiastes à propos de cette idée. Le personnel municipal a commencé par placer des panneaux le long de l’Arbutus Corridor pour encourager les résidents à participer à sa transformation, des résidents qui y ont répondu en grand nombre. Cette consultation a montré un désir fort de voir cette voie verte devenir une voie de transport sûre et accessible, permettant de créer des liens et d’être en contact avec la nature :

« Ce sentier devrait interdire la circulation aux voitures, permettre aux gens de le parcourir à leur rythme, de s’arrêter pour profiter de la nature et de faire une pause dans un des restaurants à proximité. Des parcs et des espaces ouverts pour se détendre. »

« J’aimerais que l’on réintroduise la faune locale avec, si possible, plus d’oiseaux, plus de pollinisateurs. Je veux avoir l’impression d’être dans la nature tout en étant au beau milieu de la ville. » 

« C’est pourquoi nous avons décidé de faire de la voie verte un lieu de vie et non un simple chemin multimodal », explique Antonio Gómez-Palacio. « Les résidents étaient déjà tellement investis dans le projet. Nous avons donc décidé de garder l’idée d’un parc et de lieux historiques durant la phase de conception. »

Pendant la phase de planification et de conception, l’équipe du projet Arbutus Greenway a eu 7 000 interactions avec le public lors de plus de 50 événements, dont un atelier de conception sur plusieurs jours, de nombreux ateliers avec les parties prenantes, des journées portes ouvertes et des sondages en ligne. Des organisations locales telles que le Vancouver Public Space Network ont aussi participé au processus de mobilisation citoyenne dès le début, afin de veiller à ce que la voie verte offre des espaces publics dynamiques et réponde aux besoins des piétons et des cyclistes.

« Nous avons défendu l’idée que le sentier soit d’abord destiné aux piétons, qu’il offre des pistes cyclables séparées pour tous les âges et tous les niveaux, qu’il établisse un tracé clair pour le futur tramway et, bien sûr, qu’il offre beaucoup de verdure. »

Naomi Wittes Reichstein, responsable du projet Arbutus Greenway pour le Vancouver Public Space Network.

Le tramway auquel Naomi Wittes Reichstein fait référence représente un élément important dans la conception de l’Arbutus Greenway : la future construction d’un Système léger sur rail (SLR). Bien que cela fasse toujours partie des plans généraux pour la voie verte, l’humain continuera de rester au cœur de ce projet.  

« Nous avons participé à de nombreux projets de ce type et c’est toujours le véhicule le plus gros qui gagne. Pour le projet de l’Arbutus Greenway, la logique a été inversée en créant un lieu de vie pour les résidents, et non un espace pour le tramway. Je n’ai jamais vu ça, ni avant ni depuis », déclare Antonio Gómez-Palacio. « Nous avons fait en sorte qu’aucun programme communautaire ne disparaisse lorsque le tramway sera construit. » 

Voici le résumé de la Ville de Vancouver sur le processus de consultation :  

« Le projet de l’Arbutus Greenway est né d’une mobilisation citoyenne importante. Il repose sur les aspirations des résidents pour la voie verte et sur le genre d’utilisations, d’activités et d’expériences qu’ils apprécient. De même, le processus de planification a fait émerger un certain nombre de thèmes prépondérants. Les participants ont notamment exprimé le souhait que cet espace soit un lieu sûr, agréable et accessible, qu’il soit propice aux interactions sociales, au jeu et à la détente, et qu’il offre des possibilités en matière d’écologie et d’agriculture urbaines. »

L’idée

L’Arbutus Greenway relie plusieurs quartiers de Vancouver, dont Kitsilano, Arbutus Ridge, Shaughnessy, Kerrisdale et Marpole. Afin de refléter cette diversité, l’idée à long terme est que la voie verte soit divisée en huit zones avec des caractéristiques distinctes pour favoriser la détente et illustrer l’aspect et l’ambiance des quartiers environnants. Elle proposera des espaces revitalisés favorisant le mouvement et la détente.  

Par exemple, une zone dans le secteur commercial du quartier Arbutus Ridge deviendra une « allée électrisée », en référence à la présence de poteaux électriques et à sa proximité avec Broadway, une avenue commerciale et voie de circulation très fréquentée. Cette zone offrira un panorama urbain avec deux esplanades reliées à l’extension souterraine du SkyTrain sur Broadway, ainsi que de grandes structures suspendues pour accrocher des installations artistiques publiques, des lumières et protéger contre les intempéries.  

« Nous voulions nous appuyer sur le caractère existant de ces quartiers », explique Lindsey Fryett-Jerke, urbaniste chez DIALOG. « Dans la future « allée électrisée », nous avons remarqué que des enfants y vendaient de la limonade et que des gens y vendaient des vêtements. Nous nous sommes donc inspirés du thème du commerce informel qui est ressorti de nos observations et avons conçu des bancs longs et larges où les gens pourront exposer des objets. »

« Dans la partie la plus au sud de la voie verte, les gens aiment regarder les avions atterrir à l’aéroport. C’est pourquoi, nous avons créé une tour d’observation », explique Lindsey Fryett-Jerke. Cette zone, baptisée “The Lookout », sera dotée d’une plateforme panoramique à plusieurs étages offrant une vue sur le delta du fleuve Fraser, l’aéroport international de Vancouver et les îles San Juan.

Les six autres zones comprendront des espaces de rencontre et pour profiter de la nature. La zone “Harvest Table, dont le thème est la gastronomie, comprendra des aménagements paysagers comestibles, de longues tables communales pour manger en plein air avec les voisins, ainsi qu’un espace dédié aux activités éphémères. Les zones “The Ridge” et “Woodland Bend” constitueront des sanctuaires naturels, tandis que le “Garden Path” constituera une zone humide, avec une passerelle en bois et un kiosque public. Des lieux de rencontre et d’activités seront créés sur de grandes places au “Kerrydale Pass”, le plus grand pôle d’activités commerciales et civiques de la voie verte, et au “Marpole Meander”. Un grand jardin communautaire, des tables de ping-pong et de jeux de société, un échiquier géant, des hamacs, une piste pour apprendre à faire du vélo, un cabanon communautaire partagé et des structures suspendues pour accrocher des installations artistiques publiques et des lumières font aussi partie des plans. L’aménagement de la voie verte sera réparti selon quatre plans d’investissement successifs (avec la création de deux zones caractéristiques pour chaque plan).  

« L’Arbutus Corridor a toujours été perçu comme l’arrière-cour des quartiers qu’il traversait », explique Antonio Gómez-Palacio. « Grâce à ce nouveau projet, il en sera désormais la devanture, et cette conversion à 180 degrés en fera un espace sûr, accueillant et ouvert à tous. »

Plus de trente ans après, le terrain de jeu secret de mon enfance va devenir une destination traversant toute la ville et dont pourront profiter des personnes de tous âges et de toutes capacités.

 

À propos de Jillian Glover

Jillian est une professionnelle accréditée des communications spécialisée dans les enjeux de transports publics et d’urbanisme. Anciennement commissaire pour les aménagements urbains de la ville de Vancouver, elle détient une maitrise d’études urbaines de l’Université Simon Fraser. Originaire de Vancouver, elle écrite sur les enjeux urbains pour The City Life*, reconnu comme l’un des meilleurs blogues urbains par The Guardian.

Comment bien préparer le prochain groupe de bénévoles à jouer son rôle? Diane Dalkin, présidente de Friends of Reader Rock Garden Society (FoRRGS)* à Calgary, s’est fait un point d’honneur de planifier la relève pour le poste de présidente bénévole du Conseil bien avant d’être prête à quitter ses fonctions auprès de ce groupe consultatif bénévole sans but lucratif. Voici ses conseils sur la planification de la relève pour aider votre groupe à assurer son avenir.

Votre mandat n’est pas éternel

Depuis le premier jour, Diane Dalkin exerce ses activités en partant du principe qu’elle ne travaillera pas toujours pour cet organisme. Elle en a parlé ouvertement avec le conseil d’administration et a décidé d’utiliser ce principe comme ligne directrice dans le cadre de ses fonctions. Elle admet d’emblée que cette approche a radicalement changé le mode de fonctionnement de son groupe. La planification intégrée de la relève a incité son équipe à codifier les pratiques et à documenter les données historiques de façon plus délibérée. Par exemple, il y avait depuis longtemps une entente verbale entre FoRRGS et la Ville de Calgary : la ville s’était engagée à fournir au groupe un accès gratuit à ses locaux et du matériel de marketing, et FoRRGS, à gérer les programmes éducatifs et à participer aux collectes de fonds pour le parc. Peu après ses débuts comme présidente du Conseil, Diane a demandé que cette entente verbale soit officialisée par écrit au moyen d’une lettre d’entente annuelle, pour que les futurs membres du groupe et le personnel municipal aient une compréhension claire de l’accord mutuel et en bénéficient, peu importe les changements de personnel.

Créer des points d’entrée multiples pour les nouveaux membres

Diane croit fermement que le potentiel de leadership peut provenir de n’importe quel secteur dans l’organisation et que l’accueil de nouvelles personnes est la clé de la planification de la relève. C’est pourquoi elle a mis en place des stratégies qui facilitent l’accès aux gens qui veulent se joindre à FoRRGS. Voici ses conseils à cet égard

Éliminer les obstacles

Diane et son groupe ont changé la structure d’adhésion pour permettre aux gens de se joindre à la FoRRGS sans avoir à siéger au conseil. De cette façon, les nouveaux membres peuvent entrer facilement dans l’organisation, lui consacrer du temps et leurs talents en fonction de leur disponibilité, et apprendre les rouages de l’organisation. C’est aussi pour eux l’occasion de s’approprier l’objectif du groupe, avant de s’investir davantage à titre de membre du conseil d’administration. Diane explique que cette stratégie a permis d’attirer plusieurs nouveaux membres dans le groupe et qu’elle sert maintenant de passerelle pour approfondir l’engagement.

Valoriser la marque

FoRRGS a un récit extraordinaire à raconter sur le parc historique Reader Rock Garden. Diane a rapidement réalisé que ce récit devait être présenté sur des plateformes de marketing importantes comme le site Web de l’organisme. Reconnaissant l’importance de la technologie dans la stratégie de communication actuelle (par ex. les médias sociaux), Diane a misé sur le recrutement de gens doués en technologie en mesure de créer le site Web et le contenu des médias sociaux. Diane croit que la forte présence en ligne du groupe, où l’on présente l’héritage du parc, son histoire, la vie des plantes, les nouvelles et les événements, est essentielle pour attirer de nouveaux publics.

Voir au-delà des candidats évidents

Auparavant, le groupe était principalement constitué de passionnés d’histoire. Diane et l’équipe de FoRRGS ont réalisé qu’il y avait une occasion en or d’attirer différents usagers du parc dans le groupe. Ils ont donc invité des amateurs de plantes, des enseignants, des photographes, des ornithologues amateurs et des amoureux inconditionnels du parc à s’investir davantage auprès de l’organisme. Aujourd’hui, l’équipe comprend notamment des maîtres-jardiniers, des enseignants à la retraite, des ingénieurs, des géologues, des professeurs de yoga, des artistes, des professionnels des communications, des conseillers financiers et des étudiants. La diversité du groupe fait en sorte que les idées continuent de susciter de l’intérêt et permet de mettre sur pied des programmes qui séduisent un vaste public parmi les utilisateurs du parc.

Bâtir des connaissances institutionnelles

Diane a mis différentes pratiques en place pour faire en sorte que les données importantes du parc soient conservées dans la mémoire institutionnelle, et non seulement dans la mémoire d’une personne. Par exemple, les membres de l’équipe sont encouragés à travailler en équipe de deux et à mettre l’accent sur le partage d’information. Ainsi, un des deux membres encadre le perfectionnement d’une aptitude en particulier de son coéquipier, et si quelqu’un doit quitter le groupe, un autre bénévole prend le relais et fait avancer les projets. Bien sûr, personne n’aime penser qu’une histoire tire à sa fin. Mais lorsqu’on prévoit la fin dès le début de son engagement bénévole, on peut faire du dernier chapitre un moment heureux et réussi pour tout le monde.

En tant que petit organisme communautaire, comment recueillez-vous des fonds pour atteindre vos objectifs? Vous devez attirer de nouveaux membres, entreprendre des projets pouvant comporter des coûts de base et annoncer les activités que vous organisez. Et quand vous voulez réaliser un projet ambitieux, vous devez redoubler de créativité pour recueillir des fonds. 

Au Canada, les organismes populaires peuvent être une association, une administration fiduciaire, un organisme sans but lucratif ou un organisme de bienfaisance. Seuls deux d’entre eux vous permettent de remettre des reçus fiscaux et de présenter une demande pour obtenir la plupart des subventions publiques. Il s’agit des administrations fiduciaires et des organismes de bienfaisance. La constitution d’une administration fiduciaire est la façon la plus simple et la plus rapide de délivrer des reçus fiscaux et d’avoir accès aux subventions. Essentiellement, vous associez votre groupe à un organisme de bienfaisance dont le mandat s’apparente au vôtre. Les reçus fiscaux sont importants pour les donateurs, surtout les grands donateurs, parce qu’une partie des fonds donnés sont déduits de leur revenu.

Processus d’association avec une administration fiduciaire

Le processus d’association avec une administration fiduciaire est relativement simple. Commencez par trouver un organisme de bienfaisance inscrit dont le mandat est similaire au vôtre. Par exemple, si votre mandat consiste à entretenir et à améliorer un parc local, vous pourriez vous associer avec un organisme de bienfaisance environnemental, même si son mandat consiste à protéger les aires naturelles au Canada.


Faites ensuite une proposition à cet organisme. Il ne fera pas de tort d’avoir quelqu’un de votre côté au sein de l’organisme. À un moment donné, vous aurez probablement besoin d’expliquer vos objectifs à son conseil d’administration.
Pour constituer une administration fiduciaire de bienfaisance, vous aurez besoin d’une lettre d’accord décrivant les modalités du partenariat et le rôle et les responsabilités de votre groupe et de l’organisme de bienfaisance. C’est à peu près tout.

Pour ce qui est des responsabilités, votre groupe devrait normalement être chargé de trouver des subventions et de présenter des demandes, de gérer les produits livrables, le financement et la relation avec le bailleur de fonds et de lui remettre des rapports. Pour sa part, l’administration fiduciaire devrait fournir le statut légal d’organisme de bienfaisance, les antécédents et la crédibilité que vous pouvez mentionner dans votre proposition, un compte bancaire et l’infrastructure financière pour gérer les fonds. Comme organisme de bienfaisance, elle aura une structure de gouvernance légale avec probablement un conseil d’administration et produira des états financiers et un rapport annuel pour répondre aux exigences de la plupart des bailleurs de fonds.

Qu’obtient l’administration fiduciaire en retour ?

Une fiducie pourrait accepter votre proposition principalement pour faire avancer sa propre cause. Si elle veut informer le public des aires naturelles tout en travaillant à leur préservation, elle peut accorder de l’importance à votre mandat de maintenir l’intégrité d’un parc local et d’en profiter. De la même façon, si elle travaille à améliorer les conditions de vie des démunis, elle peut comprendre l’importance d’un parc sécuritaire et agréable pour les activités récréatives en plein air et la santé mentale.


Les administrations fiduciaires font avancer leur cause, mais elles obtiennent aussi une part des fonds que vous recueillez – généralement entre 10 % et 15 %. Cela peut sembler beaucoup pour pas grand-chose en retour, mais rappelez-vous que l’organisme de bienfaisance doit maintenir l’infrastructure, préparer les déclarations d’impôt, traiter des chèques et s’occuper de la tenue de livres. En s’associant avec vous, l’administration fiduciaire s’expose aussi au risque d’atteinte à la réputation. Que se passe-t-il si vous la mettez dans l’embarras?


Il y a lieu de discuter d’un autre type de risque, à savoir le risque juridique, avant de signer un contrat d’association. Serez-vous couvert par la police d’assurance de la fiducie? Le cas échéant, elle doit communiquer avec le représentant de sa compagnie d’assurance et des frais supplémentaires peuvent être engagés. Ou elle peut vous demander de prouver que vous avez votre propre assurance responsabilité civile.

Pourquoi ne pas simplement devenir un organisme de bienfaisance ?

Vous vous dites peut-être : « si nous nous inscrivons comme organisme de bienfaisance, nous pouvons garder tous les fonds que nous recueillons. » Effectivement, mais il y a une raison pour laquelle la plupart des organismes populaires choisissent une autre voie. La plupart sont chapeautés par des :

  • associations;
  • administrations fiduciaires;
  • organismes sans but lucratif;
  • organismes de bienfaisance.

Il faut des années pour devenir un organisme de bienfaisance; il faut aussi engager un avocat et ce statut comporte des obligations comme former et maintenir un conseil d’administration et produire une déclaration d’impôt chaque année.

Choix d’une fiducie

Tout groupe constitué en organisme de bienfaisance peut être votre fiduciaire, pour autant que vous partagiez des points communs avec son mandat caritatif. Nous conseillons souvent aux groupes de parcs de s’associer avec des organismes locaux pour pouvoir organiser des activités ensemble. Par exemple, si l’organisme de bienfaisance met sur pied un festival de rue, vous pourriez y participer en programmant un festival dans le parc en même temps.


Il n’est pas toujours évident de trouver des organismes de bienfaisance. Commencez par examiner ce qui a déjà été fait : les groupes de parcs sont souvent chapeautés par des organismes de santé communautaires, des organismes confessionnels ou d’autres organismes de quartier.


Avant de conclure un accord, il est important de trouver chaussure à son pied. Pour cela, vous devez parler franchement avec l’administration fiduciaire éventuelle de vos mandats, de vos activités prévues et de vos objectifs. Il est conseillé de consigner ces échanges dans un protocole d’accord ou une lettre d’accord, également appelé contrat d’association.

Une administration fiduciaire est la façon la plus pratique pour un petit groupe de jouir des avantages importants d’un organisme de bienfaisance sans s’occuper de toutes les formalités ni assumer les frais initiaux. Si vous choisissez cette voie, nous vous souhaitons bonne chance dans votre recherche! Nous espérons que votre groupe prendra de l’essor!

Les partenariats peuvent être fructueux, mais trouver et bâtir le bon partenariat peut aussi présenter un défi et demander beaucoup de temps. Si vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde que l’organisation avec laquelle vous voulez travailler, un partenariat peut même être contre-productif. Pour qu’un partenariat fonctionne bien, il est essentiel de partager la même vision et de bâtir la confiance.

Bâtir des partenariats avec d’autres groupes de la collectivité peut vous aider à atteindre vos buts plus rapidement et efficacement. Nous avons parlé avec Shahina Sayani, planificatrice communautaire pour la ville de Toronto, qui nous a fait part de ses conseils pour établir des partenariats communautaires fructueux.

Définir une vision commune

L’organisme communautaire avec lequel vous voulez faire équipe partage-t-il votre vision? Commencez par articuler clairement votre vision comme organisation ainsi que votre vision du projet sur lequel vous souhaitez collaborer. Si votre vision n’est pas tout à fait claire, n’hésitez pas à le dire. Les partenariats les plus efficaces sont établis lorsque les organisations démarrent le processus avec une idée et construisent ensemble une vision et un plan. 

Conseil d’initié : Si le groupe avec lequel vous voulez travailler possède un site Web ou d’autres types de matériel de communication, renseignez-vous sur l’organisation pour déterminer si son objectif et sa vision s’accordent avec les vôtres. Si c’est le cas, articulez clairement votre vision du projet à la première rencontre et évaluez la réaction de l’autre partie.

Créer un lien de confiance

Bâtir la confiance prend du temps. Dans un véritable partenariat, les deux parties doivent être capables d’investir du temps pour travailler ensemble. Si vous pouvez tous les deux engager des ressources suffisantes, vous avez franchi le deuxième obstacle. Ensuite vient le respect; tous les partenaires doivent siéger également à la table. Votre organisme communautaire est peut-être de petite taille et composé de bénévoles dévoués. 

Maintenant, imaginez que vous établissez un partenariat avec une église locale, un club Rotary ou toute autre organisation communautaire bien établie. Ferez-vous partie du projet à parts égales? Les partenariats qui fonctionnent le mieux sont ceux qui sont établis d’égal à égal. 

Voici ce qu’en pense Shahina :

« Les partenariats réussis sont établis d’égal à égal. Engagez-vous à créer une plateforme équitable pour la collaboration. »

On peut déterminer si la relation est équitable en examinant différents points comme les études, le bénévolat (par rapport au travail professionnel), la race, l’âge et le sexe. Comment les deux parties composent-elles avec la diversité à la table? Est-ce valorisé? L’expérience pratique des bénévoles est-elle considérée comme aussi valable que la réussite scolaire ou l’expérience professionnelle? Il est essentiel que chacun se sente à l’aise, soit entendu et valorisé et que le processus soit inclusif. 

Conseil d’initié :La confiance est quelque chose que l’on ressent; mettez votre sixième sens à l’œuvre dès que vous commencez à interagir avec un organisme communautaire. Vos idées sont-elles bien accueillies? Est-ce que vos collègues et vous estimez que vous avez du pouvoir et de la valeur? Discutez avec vos collègues après la première rencontre. Il est probable que votre réaction instinctive soit la bonne.

Communiquer clairement

Il va sans dire qu’un partenariat efficace repose sur un mode de communication clair. Toutes les personnes à la table doivent savoir dès le début quelles sont les attentes au sujet des éléments suivants :

  • Rôles
  • Échéanciers
  • Livrables

Conseil d’initié : Clarifiez cette partie de votre vision dès le début du processus. Indiquez comment vous voyez la répartition des rôles, quel est votre échéancier et quels sont les éléments qui, selon vous, contribuent à la réussite. De plus, précisez clairement s’il faut établir des rencontres et des communications régulières et déterminez qui sera la personne responsable des communications de chaque côté.

Définir des jalons

Les jalons vous permettent de déterminer si vos partenaires et vous êtes sur la bonne voie. Shahina soulève une question importante à ce sujet : « La clarté est très importante. Assurez-vous que tout le monde sache dès le départ quelles sont les attentes de toutes parts. » Si vous construisez une plate-bande de fleurs par exemple, voici les jalons qui pourraient être établis :

  • Faire l’ébauche des détails de la plate-bande
  • Estimer les coûts ou le matériel requis
  • Obtenir l’approbation du service des parcs
  • Obtenir le financement ou un don pour la terre à jardin, les plantes et les autres matériaux
  • Choisir une date et recruter les bénévoles
  • Réaliser la plate-bande

Conseil d’initié :Rédigez une liste d’étapes, élaborez un échéancier et assurez-vous qu’un partenaire s’engage à vérifier celui-ci régulièrement pour assurer l’atteinte de chaque jalon, peu importe qui est responsable.

Élaborer une stratégie de sortie

Ne vous engagez pas dans un processus dont vous ne pouvez vous libérer. Si votre partenariat est informel, c’est-à-dire qu’il n’exige pas l’établissement d’un contrat, déterminez dès le départ que vous ferez tout votre possible pour travailler ensemble, mais élaborez un plan de secours. Voici le point de vue de Shahina à cet égard : « Vous ne voudriez pas vous marier s’il était impossible de divorcer. C’est la même chose avec un partenariat; il faut s’assurer d’avoir une stratégie de sortie. » 

Conseil d’initié : Reconnaissez dès le départ la possibilité que la collaboration puisse ne pas fonctionner. Si vous avez conclu un contrat, assurez-vous que celui-ci renferme une clause de sortie stipulant par exemple que chacune des parties peut annuler l’entente sur préavis écrit de 14 jours.

Souligner les réalisations

Le projet a-t-il réussi? Qu’avez-vous appris l’un de l’autre? Reconnaître les apprentissages croisés est essentiel et valorisant lorsque vous établissez un partenariat. Célébrer ensemble vos réalisations est inspirant, permet de solidifier le partenariat et donne envie aux deux parties d’entreprendre d’autres projets ensemble. 

Conseil d’initié : Rencontrez les partenaires à la fin du projet pour célébrer votre réalisation commune, ou réunissez-vous plus tard pour faire l’évaluation, voir ce que vous avez appris l’un de l’autre et comment le projet aurait pu être amélioré. 

N’oubliez pas d’exprimer votre gratitude! Vous pourriez par exemple apporter des muffins à la rencontre ou envoyer une lettre d’appréciation et de reconnaissance officielle, ou encore présenter les résultats du projet aux membres de l’organisme communautaire partenaire.

Les parcs n’ont jamais été aussi fréquentés qu’au cours de l’année passée. Toutefois, leurs bienfaits n’ont pas été équitablement partagés, un aspect mis en évidence dans notre Rapport sur les parcs urbains du Canada.

L’apparition et l’application de lois en lien avec la COVID ont donné naissance à une culture croissante de surveillance, de maintien de l’ordre et de peur qui pourrait facilement faire partie de notre « nouvelle normalité » si elle n’est pas reconnue et combattue. Un nouveau rapport de l’Ombudsman de Toronto* offre un aperçu de ces réalités et propose d’en tirer des leçons pour changer les choses. Le rapport, publié au début du mois, a révélé que les règlements en lien avec la COVID dans les parcs de Toronto ont été mal communiqués et injustement appliqués en avril et mai 2020.

Des cercles de distanciation sociale dans les parcs, Steve Russell pour Toronto Star via Getty Images

Nous savons que les ressources des villes ont été mises à rude épreuve pendant la pandémie. Elles ont dû être confrontées à la fois à des situations qui évoluent rapidement et aux recommandations de la santé publique, tout en étant sous-équipées. Par exemple, 60 % des villes ayant participé à notre rapport sur les parcs urbains du Canada ont déclaré que la COVID avait occasionné des répercussions négatives sur les budgets d’exploitation des parcs, ce qui a rendu encore plus difficile d’en faire plus avec moins. Il est toutefois nécessaire d’examiner les mesures prises par le passé et les mesures actuelles, comme l’a fait l’Ombudsman, dans le but de tracer une nouvelle voie à suivre.

Les conclusions du rapport de l’Ombudsman indiquent notamment que les directives de la ville de Toronto concernant l’utilisation de certains équipements de parc n’étaient pas claires. Par exemple, les bancs ne figuraient pas sur le site  internet de la ville en tant qu’équipement ne pouvant être utilisé pourtant  des personnes ont reçu des contraventions pour s’en être servi.

L’Ombudsman conclut « qu’en raison de messages confus et incohérents, certaines personnes ont craint d’utiliser nos parcs publics de peur de recevoir une contravention, ce qui est injuste! »

Le rapport a également révélé que les policiers chargés de l’application des lois ont reçu pour instruction d’adopter une approche de « tolérance zéro », décrite par l’Ombudsman comme « inacceptable, peu claire et injuste ». Cela a donné à certains policiers l’impression qu’ils devaient abandonner leur pouvoir discrétionnaire habituel en favorisant l’émission de contraventions en tout temps.

Selon le rapport, l’application des lois a eu une incidence disproportionnée sur les personnes pauvres, marginalisées et sans-abris. Des enquêtes indépendantes ont mis en lumière deux incidents graves de discrimination raciale à la suite de l’application des lois entre mai et juin 2020.Nous avons vu d’autres cas similaires à travers le Canada. À Montréal, par exemple, un groupe de cinq femmes racisées ont été injustement interpellées et ont reçu des amendes* dans le parc très fréquenté de Jeanne Mance. À Ottawa, un homme noir a été agressé par un policier* alors qu’il était accompagné de sa fille de sept ans dans un parc. Un rapport* de l’Association canadienne des libertés civiles a révélé que des cas similaires de discrimination étaient répandus et avaient souvent lieu dans des parcs.

Les dangers d’une culture de répression dans les parcs

Les résultats du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada confirment que ces problèmes s’étendent à travers le Canada et ne sont pas liés qu’aux premières phases de la pandémie. Parmi les 32 villes interrogées afin de produire le rapport, 84 % ont déclaré avoir renforcé l’application des lois en réponse aux mesures de distanciation physique en lien avec la COVID-19.

Cette augmentation de l’application des lois a coïncidé avec un accroissement des obstacles empêchant les personnes de jouir des parcs. Ces obstacles ne s’appliquent pas de manière égale pour tout le monde. 

Dans notre enquête auprès d’environ 3 500 personnes de la population canadienne, les personnes s’identifiant comme étant Noires, Autochtones ou de couleur étaient plus susceptibles de déclarer avoir été victimes de jugement social de la part d’autres usagers du parc (28 %), de la peur de recevoir une contravention ou d’être contrôlé par la police (24 %) et de harcèlement ou de discrimination de la part d’autres usagers du parc (22 %). Le taux de réponse de la population canadienne blanche a été inférieur sur tous les points, respectivement de 17 %, 15 % et 8 %. 

Compte tenu de ces obstacles, il n’est pas surprenant que nous ayons aussi constaté que les PANDC (personnes Autochtones, Noires et de couleur) du Canada  étaient moins susceptible de profiter des bienfaits des parcs sur leur santé pendant la pandémie. Par exemple, 88 % des personnes interrogées s’identifiant comme blanches ont déclaré que les parcs avaient des répercussions positives sur leur santé mentale, contre 69 % et 72 % pour les personnes s’identifiant comme Noires et Autochtones. 

Ces résultats mettent en évidence les effets préoccupants de la sécurisation croissante des parcs, une tendance qui existait avant la pandémie, mais qui s’est accélérée depuis. Cela se déroule parfois de manière subtile. Il suffit de prendre comme exemple les bancs avec des accoudoirs centraux qui empêchent les gens de s’allonger, un exemple classique de design urbain défensif*. Cela peut également se manifester par des « aménagements fantômes* », un terme inventé par l’universitaire Cara Chellew qui désigne l’absence de commodités telles que des toilettes ou des zones de rassemblement abritées, censés attirer les comportements « indésirables ». Étant donné que certaines villes ont fermé les toilettes des parcs pendant la pandémie ou enlevé des bancs permettant de s’asseoir de façon rapprochée afin de favoriser la distanciation physique, il sera essentiel de veiller à ce que ces commodités soient à nouveau disponibles dans les parcs une fois les restrictions levées.

Un banc public rendu innaccessible avec de la bande collante. Cara Chellew

Ou encore, prendre en compte la culture de délation (soient les voisins surveillant leurs voisins) qui a augmenté dans les parcs, alimentée par des lignes de dénonciation COVID. Depuis avril 2020, Toronto a reçu* plus de 30 000 plaintes liées aux mesures en vigueur en lien avec la COVID dans les parcs. Non seulement cette situation met à rude épreuve les ressources en personnel existantes, mais elle s’accompagne également d’un « risque considérable de plaintes infondées, d’une focalisation excessive sur les personnes marginalisées et d’une application des lois  discriminatoire par la police et les agents municipaux » affirment les experts*.

Répercussions sur les usagers des parcs en situation d’itinérance

Bien que sortant du cadre de l’enquête de l’Ombudsman, peu d’exemples illustrent aussi bien la sécurisation des parcs que celui de l’expulsion des résidents d’un campement dans le parc Trinity Bellwoods à Toronto*. Il s’agit d’une démonstration de force brutale à laquelle ont participé des centaines de policiers, des agents de sécurité privés et des employés de la ville pour superviser l’expulsion d’à peine quelques dizaines de résidents du campement. 

La ville a reconduit cette opération le 20 juillet au parc Alexandra* en encerclant le parc de policiers et d’agents de sécurité pour expulser les résidents du campement. Elle a notamment arrêté neuf personnes et interdit aux journalistes de pénétrer dans la zone. 

Cette façon d’appliquer les lois cause un préjudice direct envers les personnes résidant dans les campements. Comme nous l’avons examiné dans notre Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, les recherches démontrent que parmi leurs conséquences néfastes*, les démantèlements de campements déracinent souvent les réseaux de soutien, conduisent les personnes dans des endroits plus isolés où ils sont exposés à des risques accrus pour leur sécurité, et violent les droits*des peuples autochtones*.

Des actions comme celles-ci contribuent aussi profondément à la stigmatisation des sans-abris. Dans le cadre de l’expulsion des sans-abris du parc Trinity Bellwoods, la ville a érigé des clôtures* autour du périmètre de l’ancien campement, une zone surveillée par des agents de sécurité, afin de permettre la « restauration de l’environnement », empêchant ainsi les gens de s’y installer. 

Des clôtures similaires ont été érigées dans d’autres parcs où existaient d’anciens campements, notamment le parc George Hislop de Toronto et le parc Oppenheimer de Vancouver*. Bien que le gazon de ces parcs aurait certainement besoin d’être entretenu, on peut en dire autant des nombreux autres parcs de la ville où des clôtures ne sont toujours pas érigées. Il est difficile de ne pas imaginer qu’il existe des motifs cachés, comme d’empêcher les sans-abris d’accéder aux parcs. 

En plus d’avoir un rôle fonctionnel en empêchant l’accès au parc, les clôtures ont aussi un rôle symbolique : elles aggravent les hostilités existantes en contribuant à une dynamique de blâme dans laquelle les personnes logées attribuent la « perte » de leur parc aux dommages environnementaux causés par leurs voisins sans-abris. Il n’est pas rare que les communautés de sans-abris et les questions environnementales soient dressés les uns contre les autres lors de conversations sur les parcs. Nous devons toutefois remettre les choses dans leur contexte : l’impact environnemental d’une personne sans-abri est moins important que celui d’une personne logée ayant plus de revenus disponibles pour participer au processus de consommation (il suffit de se fier à l’impact environnemental causé* par des centaines de fêtards à Trinity Bellwoods pendant plusieurs fins de semaine). Ces actes cruels dépeignent les sans-abris comme des destructeurs de l’environnement, les positionnant comme des boucs émissaires alors que la réelle attention devrait plutôt porter sur notre échec collectif à réaliser le droit au logement pour tous.

Les points à retenir pour changer les choses

Le rapport de l’Ombudsman contient 14 recommandations systémiques que la ville s’est engagée à mettre en place, notamment en demandant au Municipal Licensing & Standards (MLS) d’élaborer une stratégie de lutte contre le racisme, ainsi qu’un plan visant à « écouter immédiatement les organisations communautaires, en particulier les organisations qui aident les personnes vulnérables et marginalisées », afin de s’assurer que leurs commentaires nous éclairent sur les activités répressives.

Un atelier créatif place Émile Gamelin à Montréal. Audrey-Lise Mallet pour Exeko en 2017.

Sur la base de ces recommandations et en nous appuyant sur les recherches antérieures d’Ami·es des parcs, nous proposons les conseils suivants pour aider à créer des parcs qui ne reposent pas sur des principes de répression et la sécurisation :

Les règlements peuvent avoir un effet positif et ne doivent pas être systématiquement appliqués

Les règlements des parcs peuvent être utiles, même en dehors du contexte d’une crise de santé publique. D’anciens travaux de recherche d’Ami·es des parcs* ont démontré que l’absence de règles claires peut créer une certaine anxiété quant à ce qui est permis ou non, empêchant des personnes de fréquenter un parc. En revanche, les règlements positifs, soient ceux qui sont formulés en termes de ce que vous pouvez faire, peuvent être habilitantes, car elles contribuent à éliminer les incertitudes. En d’autres termes, les règlements peuvent être libérateurs à condition qu’ils soient clairs, raisonnables, et culturellement appropriées. Par exemple, en plaçant un panneau dans l’herbe indiquant « venez pique-niquer ici » plutôt que d’envelopper les tables de pique-nique dans du ruban adhésif.

Mais les règlements ne doivent pas systématiquement être de nature punitive. Un Rapport de l’Université McGill* explorant l’application des lois en lien avec la COVID souligne qu’il existe peu de preuves empiriques concernant l’efficacité des amendes comme stratégie pour faire accepter des contraintes. En outre, comme l’affirment les auteurs du rapport, on peut raisonnablement penser que ces mesures « causeront plus de mal que de bien, en particulier pour les populations marginalisées ».

Passer du déplacement à l’inclusion

Plutôt que de chercher à repousser les communautés de sans-abri hors des parcs, reconnaître les personnes en situation d’itinérance comme des utilisateurs légitimes du parc dans les processus de planification, de programmation et d’engagement peuvent nous aider à construire des parcs plus inclusifs et à apprendre à mieux coexister*. Nous pouvons tirer des leçons du travail d’organisations qui, partout au Canada, présentent des possibilités d’approches plus inclusives, allant de l’embauche d’un travailleur social dans un parc à l’animation d’ateliers artistiques en plein air pour créer des liens entre les voisins logés et itinérants, en passant par l’embauche de membres de la communauté de sans-abris dans un café qui célèbre la cuisine autochtone au sein de parcs.

Utiliser l’art pour mobiliser les personnes itinérantes du square Viger à Montréal dans le cadre de consultation en vue d’un redéveloppement urbain. Mikael Theimer pour Exeko.

Ces stratégies ne protègent pas seulement les usagers des parcs en situation d’itinérance contre la violence, mais permettent aussi de répondre à leurs besoins fondamentaux. En outre, ce type de programme renforce les liens communautaires entre les utilisateurs du parc, qu’ils soient logés ou non, et favorise une plus grande empathie et une meilleure compréhension, ce qui s’avère difficile à développer dans d’autres contextes.

Tirer profit des réseaux communautaires

Le renforcement des relations et des canaux de communication entre le personnel de la Ville et les groupes communautaires est une recommandation formulée à la fois dans le rapport de l’Ombudsman ainsi que dans notre propre Rapport sur les parcs urbains du Canada. Comme l’écrit l’Ombudsman, la Ville « manque une possibilité importante et essentielle d’écouter les voix des communautés de la Ville de Toronto lors de la conception et de l’évaluation de ses activités de l’application des lois. Cela devrait être une priorité, en particulier pour les communautés vulnérables et marginalisées ».Plutôt que d’appliquer les lois de façon punitive, les municipalités devraient plutôt établir des relations avec les groupes citoyens locaux pour les parcs, dont plus de 1 000 existent au Canada, ainsi qu’avec les organisations partenaires. Ces groupes peuvent fournir des informations précieuses sur les besoins et les réalités du terrain, aider à diffuser des informations sur les pratiques de collecte sécuritaire et collaborer à des programmes qui permettront aux gens de profiter à nouveau des parcs ensemble.

À Calgary, en ce jour particulièrement printanier, le parc Flyover bourdonne d’activités et de rires enjoués. Entourés d’amis, deux adolescents se balancent sur une balançoire face à face, tandis que des préadolescents progressent dans une « jungle de bambous » (une structure d’escalade en trois dimensions, pour ceux qui ont le cœur bien accroché). Abritée sous le couvert d’un viaduc, une famille s’affronte dans une partie de ping-pong acharnée tandis que, derrière eux, une mère aide le plus jeune de ses enfants à grimper sur l’aire de jeux. On entend des conversations dans plusieurs langues : anglais, français, espagnol.

Dans ce contexte, il est difficile de croire qu’il y a à peine trois ans, cet espace n’était qu’un terrain en graviers à l’allure morose. « C’était plein de détritus, de graffitis, de seringues, de vêtements déchirés; on ne s’y sentait pas en sécurité », explique Ali McMillan, directrice de la planification à la Bridgeland-Riverside Community Association (BRCA).

Construit en 2020 grâce aux financements de l’organisation Parks Foundation de Calgary*, un organisme à but non lucratif dont le mandat est de participer à la création de nouveaux parcs en faveur des résidents, le parc Flyover concrétise l’idée avant-gardiste d’un groupe de résidents engagés qui souhaitaient remettre en état un terrain vague plein de potentiel.

«Nous ne savions pas vraiment quelle direction prendre », explique Ali à propos de l’idée initiale de son groupe. « Nous souhaitions adopter une méthode issue de l’urbanisme tactique pour inciter les gens à voir cet endroit différemment », dit-elle.

Lancée initialement par les résidents, cette petite intervention allait par la suite transformer le quartier de manière durable, et constituer le premier projet de ce genre en Alberta.

Mâts d’escalade en « bambou ». Photo de Ximena Gonzalez.

Les résidents se réapproprient une « friche industrielle »

Situé à l’extrémité sud du quartier Bridgeland, entre le quartier lui-même et la rivière Bow, le parc Flyover se trouve sous un pont à étagement appelé « Viaduc de la 4e Avenue ». Il fait partie d’un échangeur complexe de routes et de ponts qui relie le nord-est de Calgary, de l’autre côté de la rivière, au centre-ville et à East Village.

Le site sur lequel se trouve aujourd’hui le parc Flyover est resté vacant pendant près de 20 ans. « Beaucoup d’entre nous ne savions même pas que le viaduc existait », explique Miles Bazay, un élève de l’école Langevin, située à 300 mètres au nord du site.Année après année, des milliers de résidents de Bridgeland-Riverside sont passés en voiture, à pied ou à vélo devant cet endroit abandonné.

« C’était la première chose que les gens voyaient lorsqu’ils arrivaient dans notre quartier du centre-ville. Cela donnait une mauvaise impression car cela ressemblait à un terrain vague. Cependant, cet accueil inesthétique ne reflétait pas le caractère unique du quartier.»

Ali McMillan, directrice de la planification à la Bridgeland-Riverside Community Association (BRCA).

Caractérisé par ses maisons d’avant les années 1960, ses logements collectifs modernes ainsi que ses boutiques et restaurants indépendants, Bridgeland-Riverside représente l’une des quartiers les plus dynamiques du centre-ville de Calgary. Et ce sont ces atouts qui ont attiré une population jeune et diversifiée dans le quartier.

Remettre en état cet espace négligé sous le viaduc voulait dire relier les parcs, les jardins communautaires, les terrains de sport et les pistes cyclables du quartier au Bow River Pathway de Calgary, un réseau de 48 km de sentiers à usages multiples. Près d’un quart des résidents du quartier se rendent au travail à pied ou à vélo, et beaucoup d’entre eux empruntent ce réseau.

Malgré le potentiel de cet endroit, la Ville de Calgary n’avait aucune intention de redonner vie à cet espace. Toutefois, en 2016, inspirée par les travaux de Jason Roberts et de sa Better Block Foundation, Ali a décidé de lancer sa propre intervention d’urbanisme tactique.

« Cela nous ouvre les yeux sur la façon dont nous percevons notre quartier et nous montre que notre opinion compte », dit-elle.

L’impact des petites interventions

L’urbanisme tactique est un mouvement citoyen qui a pris de l’ampleur dans les années 2010. Il encourage les résidents à tester des idées pour se réapproprier et transformer un lieu public oublié en un carrefour dynamique pour la population, et ce, d’une intervention temporaire à une autre.

Pour ce faire, l’installation de parcs éphémères dans des endroits négligés est une tactique courante, et un grand nombre de ces projets aboutissent souvent à des améliorations permanentes*. À cet égard, le parc Flyover a été la première intervention tactique de Calgary à se transformer en un espace permanent.

Afin d’améliorer cet endroit, la BRCA, sous la direction d’Ali, a créé un groupe de travail afin d’ébaucher un plan d’action.

L’objectif était de « concevoir un lieu public agréable » et de « créer une porte d’entrée vers le quartier de Bridgeland-Riverside ».

Pour ce faire, ce document approfondi a décrit les étapes de conception ainsi que l’esthétique qui devaient guider le projet jusqu’à sa réalisation.

Pour améliorer ce lieu public, le groupe de travail s’est inspiré de projets réalisés aux quatre coins du monde, tels que le parc Superkilen à Copenhague* et le parc Drapers Field à Londres*.

Mais malgré les précédentes réussites, la mise en œuvre de ce projet n’a pas été une mince affaire.

« Il s’agit d’un projet vraiment unique, car nous n’avions jamais créé de parc urbain dans une “friche industrielle” en Alberta auparavant », explique Ali, soulignant le scepticisme initial d’un certain nombre d’intervenants, y compris des résidents eux-mêmes. « Beaucoup de gens n’étaient pas en mesure de voir au-delà de l’état actuel de cet endroit… Nous avons donc dû nous battre contre cette perception et essayer de leur montrer comment nous pouvions le transformer. »

En 2017, Ali et le groupe de travail ont effectué la première intervention tactique dans cet endroit.

« La première chose que nous avons faite a été de créer un jardin de moulins à vent. Nous avons installé une vingtaine de moulins à vent, en les plantant simplement dans le sol au beau milieu de l’hiver », se souvient Ali. Cela a permis d’attirer l’attention de nos futurs partenaires.En l’espace d’un an, ces petites interventions ont conduit la BRCA à établir un partenariat avec la Ville de Calgary*, avec les élèves de 6e année de l’école Langevin dans le quartier de Bridgeland et avec l’École d’architecture, d’urbanisme et d’aménagement paysager de l’université de Calgary. Le fait d’inclure des élèves de 6e année a joué un rôle primordial dans le développement du projet qui s’est montré très instructif non seulement pour les enfants, mais aussi pour toutes les personnes investies dans ce projet.

Illustration conceptuelle initiale basée sur les idées des élèves. Avec l’aimable autorisation de la ville de Calgary.

Une expérience d’apprentissage globale

En 2017, le service des Transports de la Ville de Calgary venait tout juste de terminer d’élaborer sa Stratégie de piétonnisation. Toutefois, bien que le conseil municipal n’ait alors pas encore alloué de fonds pour cette stratégie, le service des Transports était prêt à soutenir une initiative citoyenne à petit budget.

Lorsque Jen Malzer, ingénieure des transports à la Ville de Calgary, a entendu parler des activités de la BRCA visant à transformer l’espace sous le viaduc de la 4e Avenue et relier le quartier Bridgeland au sentier au bord de la rivière, elle et son équipe ont sauté sur l’occasion.

« Nous n’avions pas les fonds nécessaires pour engager des consultants, ce que nous faisons généralement avant d’entamer tout projet », explique Jen. Avec les élèves de 6e année de l’école Langevin et les étudiants en Maîtrise d’architecture paysagère de l’université de Calgary, l’équipe de Jen a adopté une approche différente. « Nous avons décidé de laisser les élèves imaginer les différentes parties du projet et leur avons apporté notre expertise quand nous le pouvions », explique-t-elle à propos de ce rôle inhabituel pour le personnel municipal.

Habitués aux multiples allers et retours pendant les séances de mobilisation citoyenne, Jen et son équipe ont donc dû apprendre à « lâcher les rênes » dans ce projet.

En outre, dans le cadre de sa stratégie de piétonnisation, la municipalité était en train de mettre sur pied un programme d’urbanisme tactique. En participant au projet du parc Flyover, le personnel municipal a ainsi pu acquérir une meilleure compréhension du processus.

« Cela nous a donné un bon aperçu de ce que devrait être le rôle de la Ville lorsque nous travaillons avec la population. Nous avons été témoins des possibilités lorsque nous laissons différentes opinions s’exprimer. »

Jen Malzer, ingénieure des transports à la Ville de Calgary

Et dans ce cas, ce sont les élèves de 6e année qui se sont exprimés. Jen rappelle que les enfants sont toujours les bienvenus dans les activités de mobilisation citoyenne organisées par la municipalité, mais ils le font rarement. Ces élèves allaient par la suite jouer un rôle central dans le projet.« C’était une expérience vraiment super. Je n’aurais jamais imaginé que nous puissions faire quelque chose comme ça », dit Miles, qui comptait parmi les participants.

Grâce à la clairvoyance de leurs enseignants, 60 élèves de 6e année de l’école Langevin ont ainsi pu participer à ce projet. « cherchait des élèves pour collaborer avec la Ville et parler des zones de Bridgeland qui sont un peu négligées », se souvient Kate Logan, l’une des enseignantes. Avec sa collègue Elaine Hordo, elles ont sauté sur l’occasion. « Nous cherchions un moyen de faire participer les enfants à un projet de mobilisation, quelque chose qui fasse bouger le quartier », ajoute Kate.

Emballée par le potentiel de cet endroit et les possibilités d’apprentissage pour les élèves, Jen a contribué à coordonner des visites éducatives auprès de différents services de la Ville. Ceci a ainsi permis aux élèves d’acquérir de bonnes bases afin de réfléchir à la transformation de ce lieu. « J’ai fait appel à différents experts, comme des sylviculteurs urbains, des urbanistes, des ingénieurs hydrauliques, afin de leur donner une idée de ce dont ils devaient tenir compte », explique Jen.

Cette expérience a permis aux enfants de réfléchir aux possibilités qu’offrait cet espace. « Nous avons passé beaucoup de temps sur le site, à observer autour de nous », dit Logan. Ils ont également visité d’autres quartiers de la ville et découvert différentes manières d’utiliser un espace vacant en vue de lui redonner vie et créer un esprit de communauté.

« Notre classe a décidé de faire quelque chose de cet endroit », explique Miles. « C’était un très bon emplacement mais il n’était pas utilisé de la bonne façon. »

Au printemps 2017, lorsque les étudiants diplômés de l’université de Calgary se sont lancés dans un atelier de conception, les enfants étaient plus que prêts à apporter leurs contributions. Lors de la première réunion de conception, Ben Hettinga, qui faisait alors partie des étudiants de l’université de Calgary, se souvient avoir été impressionné par les idées des élèves de 6e année. « Parmi leurs idées, il y avait des choses auxquelles on s’attend de la part d’enfants, comme des aires de jeux et des éléments ludiques. Mais il semble qu’ils se soient aussi attachés à en faire un espace sûr et accueillant pour tout le monde. » Jen partage aussi ce sentiment : « les élèves souhaitaient que le projet réponde aux besoins de tous en matière de divertissement, et pas seulement à ceux des enfants ».

Intégrant les connaissances et les idées de tous les élèves, les étudiants en architecture paysagère ont obtenu la mention honorable pour leur projet de conception lors de la cérémonie de remise des prix d’urbanisme du maire de Calgary* et ont remporté un Prix national d’urbanisme*. « Nous nous sommes amusés à imaginer comment égayer cet endroit », déclare humblement Miles. « Nous n’aurions jamais pensé que cela puisse devenir une réalité. Toutefois, nous avons obtenu un financement ce qui a réjoui toute la classe. »

 Grâce à cette expérience, les élèves de 6e année ont appris beaucoup de choses en matière d’urbanisme, une possibilité dont bénéficient peu de Calgariens à un si jeune âge.

Selon Kate Logan, ce projet a montré à ses élèves l’importance de l’engagement civique : « en tant que citoyens, nous sommes responsables de nous-mêmes et des autres, et chaque décision que nous prenons a des répercussions sur les autres. »

Selon Ali, la participation de l’école Langevin a également contribué au succès du projet, et ce, en obtenant un financement initial de la part de la Calgary Foundation. « Avec ces fonds, nous avons repeint la route et acheté des chaises et des tables de pique-nique; nous avons aussi construit des jardinières et ce genre de choses », explique-t-elle.

Et leur contribution a été déterminante, car elle a permis de tester leurs idées et de montrer l’intérêt d’un tel projet pour le quartier. Le succès rencontré suite aux améliorations temporaires de l’été 2017 a solidifié le partenariat avec la Parks Foundation et conduit à d’autres améliorations, telles que la création d’une fresque murale et l’installation d’une table de ping-pong.

Peindre la route en tant qu’intervention tactique, 2017. Avec l’aimable autorisation d’Ali.

Concrétiser le rêve du quartier

Au printemps 2019, la Parks Foundation de Calgary a annoncé la construction d’un parc urbain permanent grâce à un don du gouvernement de l’Alberta.

« Je n’aurais jamais pensé que nous puissions avoir un tel impact dans notre quartier », déclare Miles.

Bien que la conception de cet espace ait fait l’objet de modifications successives et qu’un certain nombre d’éléments aient été abandonnés au stade de la construction, le parc Flyover traduit bien l’esprit des jeunes qui ont contribué à sa réalisation.

« Il ne s’agit pas d’une aire de jeux ordinaire. Nous avons essayé de concevoir un endroit pour tous, notamment pour celles et ceux qui n’avaient pas de lieu adapté à eux »

Ali McMillan

Outre les équipements ludiques pour tous les âges, le plan d’aménagement comprend une esplanade pour accueillir les camions de restauration et des événements en plein air, offrant ainsi des possibilités de loisirs aux petits comme aux grands et reflétant l’esprit d’inclusion dont font preuve les élèves de l’école Langevin.

L’approche tactique du projet a également permis d’avancer rapidement. À cet égard, le corridor Bow to Bluff dans le quartier Sunnyside, un projet similaire dans le centre-ville de Calgary et également mené par des résidents mais adoptant une approche plus conventionnelle, a mis près de 10 ans à se concrétiser.

Ces interventions tactiques ont également incité la municipalité à mener d’autres améliorations dans les rues principales du quartier, telles que le Plan directeur du paysage urbain de la 1st Avenue NE qui vise à améliorer l’expérience des piétons et des cyclistes et à relier les infrastructures de Bridgeland, notamment le parc Flyover, au sentier de la rivière Bow.

Mais en définitive, la BRCA a fait plus que transformer un terrain vague en un carrefour dynamique pour la population. Les efforts des résidents ont également contribué à susciter des vocations en urbanisme pour la nouvelle génération.

« Je pense que nous avons beaucoup appris sur ce que nous pouvons réellement faire pour transformer nos quartiers », déclare Miles. « Et si davantage d’élèves pouvaient participer à des projets comme celui-ci, je pense que ce serait très bénéfique pour leur quartier. »

À propos de Ximena González

Ximena González est une autrice indépendante basée à Calgary. Son travail a été publié dans The Sprawl, The Tyee et The Globe and Mail.

Ami•es des parcs publie le deuxième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, mettant en avant les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs.

Alors que nous ébauchions les histoires que nous voulions partager sur la biodiversité, l’aménagement créatif de parcs, l’engagement communautaire et l’itinérance, notre monde changeait. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que loin d’avoir perdu leur pertinence, les sujets traités avaient gagné en urgence.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 27 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.

Etudes de cas

Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant la crise de la COVID‑19.

Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens.

Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés

Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure.

Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs.

Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation.

Webinaire de lancement : Visionnez l’enregistrement

Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Comment les municipalités canadiennes peuvent-elles miser sur le soutien philanthropique pour leurs parcs et résoudre certaines des difficultés qui y sont liées?

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Au Canada, les activités philanthropiques ont souvent privilégié les institutions publiques, comme les universités, les hôpitaux et les arts, mais moins les parcs. Toutefois, ces dernières années au Canada, des philanthropes ont fait don de nouveaux espaces publics de grande envergure. Avec l’appréciation croissante pour les parcs pendant la pandémie, ceux-ci pourraient bénéficier d’un intérêt accru de la part des philanthropes, ce qui présente à la fois des défis et des possibilités.

Pour Sheila Taylor, directrice générale de Parks Foundation Calgary, une organisation indépendante qui soutient principalement des projets citoyens dans les parcs, les activités philanthropiques en faveur des parcs sont liées à l’esprit d’entreprise de la Ville. 

Les citoyennes et citoyens se sont toujours investis afin de créer la ville qu’ils désirent », dit-elle. « Ils sont profondément attachés à leurs parcs et lieux publics, comme nous le constatons de plus en plus depuis le début de la pandémie. Et quand les gens sont attachés à quelque chose, ils souhaitent y contribuer, que ce soit en donnant de leur temps, de leurs talents ou par une contribution financière. »

Selon Doug Bennet, du service des Parcs, forêts et loisirs de la Ville de Toronto, ce sont ces liens profonds qui expliquent également pourquoi les gens font des dons en faveur des parcs. « La philanthropie leur permet de faire un don pour soutenir des causes qui leur sont chères », dit-il. « Ils aiment leurs parcs et beaucoup ont envie de donner en retour. »

Les fonds publics, première source de financement

La philanthropie en faveur des parcs n’en est encore qu’à ses débuts au Canada. Bien que certaines initiatives aient bénéficié de dons importants, comme les 25 millions de dollars versés au projet Meadoway de Toronto, la majorité des fonds sont octroyés à des projets plus petits, comme des terrains de jeux et des programmes publics. Ces dons importants peuvent provenir de particuliers, de fondations, d’entreprises et de collectes de fonds locales. 

Selon Doug Bennet, qui a vu l’intérêt philanthropique pour les parcs croître au cours de ses huit années d’expérience avec la Ville, si les dons en faveur des parcs peuvent avoir une incidence réelle, il est important de garder à l’esprit l’échelle de ces investissements par rapport au budget global des parcs urbains financé par les pouvoirs publics. 

« Ces sommes ne sont pas insignifiantes, mais elles ne sont pas énormes non plus », dit-il. Dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020, la Ville de Toronto a notamment indiqué qu’elle avait reçu 8 millions de dollars venant de sources privées pour un budget d’investissement de plus de 100 millions de dollars, ce qui montre la prédominance du financement public.

Même pour les projets de parcs bénéficiant du soutien des philanthropes, les fonds privés couvrent rarement la totalité des dépenses. 
À Calgary, le programme Leverage Partners de la Ville fournit un financement de contrepartie pour les projets de parcs recevant l’appui des philanthropes et des citoyens, et a débloqué un budget de 8 millions de dollars pour la période de 2019-2022. La Ville de Thunder Bay a lancé un programme similaire* et offre aux citoyens de couvrir la moitié des coûts des projets de plus de 100 000 $. Quant à Ottawa, la municipalité répartit son programme de partage des coûts entre des projets d’investissement à petite échelle et à grande échelle.

Jardin patrimonial Quinterra à Calgary. Crédit : Parks Foundation Calgary

Tirer les leçons de l’expérience américaine 

Bien que le Canada soit loin d’avoir atteint le niveau des États-Unis en matière de philanthropie pour ses parcs, nous pouvons néanmoins tirer des leçons de leur expérience. La réduction drastique des budgets alloués aux services des parcs aux États-Unis a coïncidé avec une explosion des parcs financés et exploités par le secteur privé. 

Bien que les budgets des parcs au Canada soient serrés, ils n’ont cependant pas subi les mêmes coupes budgétaires drastiques auxquelles ont été soumises de nombreuses villes aux États-Unis. En effet, celles-ci ont dû transférer une partie des responsabilités du secteur public en matière d’entretien et de financement des parcs municipaux au secteur privé. 

Cette évolution s’est traduite par des dons absolument vertigineux, comme un don de 100 millions de dollars* pour Central Park à New York et un autre de 465 millions de dollars* pour la création et l’exploitation du parc Gathering Place à Tulsa. 

Ces dons de plus en plus importants suscitent aussi des inquiétudes. Les opposants affirment que ces dons substantiels* interfèrent avec la planification des parcs pour se conformer à la vision des bailleurs de fonds, se substituent aux investissements du secteur public et entraînent un surfinancement des parcs phares dans des quartiers aisés, majoritairement blancs, au détriment des quartiers racialisés à faibles revenus. 

Face au problème, de nouvelles initiatives philanthropiques, axées sur l’équité, l’investissement dans les quartiers défavorisés et le renforcement des capacités locales, ont vu le jour aux États-Unis. 

C’est le cas, par exemple, de Reimagining the Civic Commons*. Centrée sur l’équité, cette initiative philanthropique a été lancée dans 10 villes américaines et finance des lieux publics pour soutenir le développement économique, la durabilité et les liens sociaux de manière équitable. De nombreuses ressources* sur les méthodes de mobilisation, la conception et l’évaluation des retombées ont été publiées dans le cadre de ce projet. 
L’exemple de la High Line de New York est tout aussi intéressant. Suite à des critiques selon lesquelles ce parc linéaire, financé par des fonds privés, était principalement destiné aux visiteurs blancs* et était responsable de l’embourgeoisement du quartier, l’organisation à but non lucratif à l’origine du parc a lancé le réseau High Line Network. Cette nouvelle organisation, dont les parcs Bentway et Meadoway au Canada reçoivent le soutien philanthropique, publie des ressources* pour aider d’autres parcs à se servir d’un modèle de développement plus inclusif et équitable.

Harmoniser les objectifs et garantir le droit de regard du public

Les activités philanthropiques doivent répondre aux besoins de la population et s’abstenir de proposer un plan tout fait qui ne laisserait que peu de place au public pour s’exprimer sur le produit fini. Pour ce faire, les Villes doivent adopter un processus transparent et équitable lors de l’évaluation des projets. Même si, pour certains bailleurs de fonds, ce processus peut s’avérer frustrant à cause de la lenteur des approbations, il est toutefois essentiel pour garantir le droit de regard du public. 

Selon Nico Bernard, responsable du développement des investissements des parcs à Calgary, la Ville s’est largement attachée à définir sa collaboration avec Parks Foundation Calgary, notamment concernant les attentes au niveau des projets. 

Pour ses projets, la municipalité a recours au processus de gestion « Stage-gate »* qui repose sur plusieurs évaluations. Ceci permet de garantir que les projets s’inscrivent dans la vision stratégique de la municipalité et répondent aux besoins réels des usagères et usagers. Entre la proposition et la phase de construction, les projets sont soumis à plusieurs évaluations. « Il faut être rigoureux pour veiller à ce que les projets soient vérifiés de près », explique Nico Bernard.

La vérification requiert notamment de « réfléchir à l’usage futur de l’espace et pas seulement lors de sa construction initiale », explique Sheila Taylor. Dès le départ, et avant de conclure toute entente de collecte de fonds, il faut déterminer qui sera responsable de l’entretien de ce lieu à long terme. 

La Fondation a également aidé la Ville à concrétiser des projets de parcs prioritaires, comme la Rotary-Mattamy Greenway*, qui vient d’être terminée. Avec un budget de 50 millions de dollars financé par des fonds privés et publics, cette voie verte de 138 km relie 55 quartiers de la ville et s’inscrit dans la vision stratégique de la Ville.

À Toronto, Doug Bennet explique que tout don supérieur à 50 000 dollars doit être soumis au vote du conseil municipal et nécessite donc un certain devoir de diligence. « L’objectif est de veiller à ce que les projets proposés coïncident avec les intérêts de la Ville », dit-il. 

Et d’ajouter que la Ville dirige les dons des entreprises vers ses zones d’amélioration des quartiers, soumises à divers critères en matière d’équité, et vers d’autres zones qui ne font peut-être pas l’objet du même intérêt philanthropique que d’autres quartiers.

S’attaquer aux inégalités dans la philanthropie canadienne

Toute opportunité philanthropique en faveur des parcs doit être examinée en tenant compte de la question de l’équité. À cet égard, des études récentes sur les dons réalisés au Canada ont révélé des contrastes saisissants. 

Publié en 2020, le rapport intitulé Unfunded: Black Communities Overlooked by Canadian Philanthropy* a compilé les données financières venant de fondations canadiennes afin d’étudier celles qui recevaient des financements. Bien que le rapport ne porte pas uniquement sur les investissements effectués dans les parcs, ses conclusions montrent que les organisations dirigées par des personnes Noires sont systématiquement oubliées des activités philanthropiques au Canada, un phénomène qui devrait faire réfléchir le secteur des parcs également. Sur 100 $ versés par les principales fondations canadiennes, 0,03 $ ont été octroyés à des organisations dirigées par des personnes Noires, tandis que 0,07 $ ont été versés par des fondations citoyennes. 

Selon Rudayna Buhabeshi, spécialiste des politiques et des programmes avec près de cinq ans d’expérience dans le secteur caritatif au Canada, la question de l’équité raciale doit figurer dans l’évaluation du financement des parcs, surtout lorsque l’on connaît les vertus bénéfiques des espaces verts de qualité pour la santé mentale et physique.

Selon Rudayna Buhabeshi, même s’il est important d’examiner les groupes et quartiers qui ont reçu des fonds dans le passé, les organisations doivent aussi réfléchir, dès la phase de conception de leurs programmes, à ce qu’elles peuvent faire pour s’adresser aux groupes dirigés par des personnes Noires et Autochtones, si ce n’est pas le cas. 

Par exemple, si un bailleur de fonds souhaite toucher une population particulière, il doit alors mettre en évidence cet engagement dans la subvention elle-même, ajoute-t-elle. Si dans le passé, les citoyennes et citoyens ne voient pas de gens qui leur ressemblent bénéficier d’un soutien, alors « il leur est difficile de savoir qu’il s’agit d’une priorité pour l’organisation. »

Il est également essentiel de revoir la manière dont les subventions sont examinées, un sujet que Rudayna Buhabeshi a abordé dans un article paru en 2021 dans The Philanthropist* à propos du racisme anti-Noirs dans ce secteur au Canada. 

En outre, elle souligne qu’une attention particulière doit être accordée à l’évaluation basée sur les « capacités » des organisations bénéficiaires. En effet, les groupes ayant moins d’expérience ont tendance à être laissés de côté, et les financements à être toujours octroyés aux mêmes groupes. Plutôt que de pénaliser les groupes ayant moins d’expérience dans la rédaction de demandes de subvention, les bailleurs de fonds devraient y voir la possibilité d’aider ces groupes à se développer, explique Rudayna Buhabeshi. 

Ce sujet a été repris par Lena Phillips, une urbaniste et consultante spécialisée dans les questions d’oppression, dans un article de 2020* sur la manière de rendre les lieux publics plus sûrs. Elle y explique notamment comment les modèles de financement actuels privilégient certains groupes, entravent la possibilité de certains groupes d’y avoir accès en exigeant qu’ils aient le statut d’organisme de bienfaisance ou soient constitués en société.

Depuis, certaines agences d’octroi de subventions ont pris des mesures pour lever ces obstacles. La Toronto Foundation* et la Vancouver Foundation* proposent des subventions ciblant spécifiquement les organisations dirigées par des personnes Noires et Autochtones. Elles leur offrent des consultations téléphoniques et tentent de réduire les obstacles liés à l’exigence d’avoir le statut d’organisme de bienfaisance.
Bien qu’il s’agisse d’une subvention publique, l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé, lancée par le Gouvernement fédéral en 2021 et mise en œuvre par Fondations communautaires du Canada, offrait aux candidats un guide sur l’équité*. Conçu par Jay Pitter, une Canadienne spécialiste de l’aménagement des lieux de convivialité [« placemaking » en anglais], ce guide servira aux organismes, aux municipalités et aux fondations pour la conception de leurs programmes.

Construction de l’aire de jeux du parc Heron. Crédit : Ville de Toronto

Pas qu’une question d’argent

Bien qu’il soit surtout question d’argent lorsque l’on parle des activités de philanthropie en faveur des parcs, un autre aspect essentiel qui, selon certains experts, serait encore plus important que l’aspect financier, est le renforcement des capacités et l’établissement d’une bonne gestion au niveau local. 

Selon Erika Nikolai, directrice générale des Amis des parcs, ce qui fait toute la différence, c’est le temps et l’énergie que consacrent les citoyens pour l’organisation de programmes publics. Ces activités à petite échelle contribuent à renforcer la cohésion sociale, mais aussi la capacité de ces groupes à organiser des activités de plus grande envergure et à plaider en faveur du changement.

D’après elle, la pandémie a mis en évidence l’importance des programmes publics qui permettent aux résidentes et résidents de rester en contact et en santé. Plutôt que d’octroyer la majorité des dons philanthropiques aux projets d’investissement, selon elle, il pourrait être utile de soutenir ce genre d’activités qui requièrent aussi moins d’argent.

Les projets philanthropiques peuvent également contribuer à créer des liens. Si tous les projets de parcs financés par les municipalités s’appuient sur des consultations publiques, la participation directe des citoyens, notamment dans la collecte de fonds, la conception du projet, ou les deux, pourrait avoir un effet direct sur ces consultations. 

Pour Sheila Taylor, la philanthropie requiert de forger des alliances en faveur des parcs, de même qu’un sentiment de responsabilité partagée et un but commun. « Pour moi, la philanthropie ce n’est pas seulement donner de l’argent, c’est aussi partager son temps et ses talents pour soutenir une cause », dit-elle.

À cet égard, la Fondation s’attache à outiller les citoyens plutôt que de prendre en charge elle-même les projets. Par exemple, elle subventionne les études de conception et aide les organisations à gérer les aspects financiers de leur projet. 

« Le jardin musical que nous avons créé l’an dernier a suscité une immense mobilisation de la part des résidentes et résidents de Calgary, et beaucoup ont fait des dons », explique Sheila Taylor au sujet du parc Quinterra Legacy Garden* construit à la mémoire de cinq jeunes assassinés en 2014. « Le parc musical a bénéficié du soutien de plusieurs centaines de donateurs, et cette expérience a été véritablement transformatrice. » 

À Toronto, Doug Bennet cite la construction d’aires de jeux  financées par des philanthropes. Selon lui, faire participer les résidents à la construction d’aires de jeux est un moyen de créer un dialogue. « En établissant des partenariats, il est possible de créer un climat de confiance, ce qui est primordial pour le gouvernement. »

Par ailleurs, les municipalités peuvent exploiter le potentiel lié aux activités de gestion et à l’établissement d’un dialogue en lançant des initiatives de budgétisation participative. Ce processus financé par des fonds publics permet aux citoyennes et citoyens de proposer des projets et de voter pour qu’ils soient financés dans leur quartier. 
Des Villes canadiennes comme Kitchener, Montréal, Longueuil et Toronto ont testé ce processus à différents degrés. À cet égard, Montréal a approuvé un budget de 10 millions de dollars pour des projets favorisant la résilience sociale et écologique. Dans ces villes, les taux de participation étaient plus élevés* que les consultations traditionnelles sur les parcs. Toutefois, ce processus a aussi soulevé certaines inquiétudes quant à la possibilité de créer une atmosphère compétitive*, d’où l’importance d’un processus décisionnel équitable et transparent, que les financements soient privés ou publics.

Parc Flyover à Calgary. Crédit : Ximena Gonzalez

Repousser les limites de la créativité

Enfin, les lieux publics peuvent aussi profiter des idées innovantes et de l’esprit créatif que portent les projets philanthropiques et citoyens. Contrairement au service des parcs d’une Ville, les résidentes et résidents voient parfois des liens entre les différents types de lieux publics qu’ils fréquentent au quotidien, comme les parcs, les corridors hydroélectriques et les rues. 

Selon Marisol Narvaez, responsable des partenariats à la Ville de Calgary, la philanthropie « nous amène à repenser notre approche vis-à-vis des lieux publics ». 

Il suffit de regarder le Flyover Park* construit récemment à Calgary. Ce parc unique est né de l’idée de résidentes et résidents qui souhaitaient réimaginer ce lieu public situé sous un pont à étagement. 

Avec les élèves d’une école secondaire, ils ont imaginé ce qu’ils pourraient en faire, puis ont fait appel à des étudiants en architecture paysagère de l’Université de Calgary pour les aider à concrétiser leurs idées. Par la suite, le projet a bénéficié à la fois de financements privés et de fonds publics du gouvernement provincial et de la Ville.

Aujourd’hui, ce parc est devenu un endroit très apprécié de la population. Cependant, comme le dit Sheila Taylor, « tout a commencé quand des enfants ont eu l’idée de créer un parc à cet endroit ».