Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
Pourquoi les événements dans les parcs sont-ils importants ? Comment les subventions s'intègrent-elles dans les objectifs plus larges des Ami·es des parcs pour susciter des changements dans les parcs urbains ?
Le programme offre aux personnes vivant près des ravins de Toronto une formation et un accompagnement pour découvrir, explorer et célébrer ce réseau unique.
Une réflexion sur le rapport d'enquête BEING BLACK IN PUBLIC, qui explore comment les communautés noires vivent les parcs et les espaces publics, et ce qui nourrit la joie et le sentiment d’appartenance.
Explorez les principaux constats tirés de cinq années du Rapport sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière les tendances, les enjeux et les pratiques qui façonnent les espaces verts à travers le pays.
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Comment bien préparer le prochain groupe de bénévoles à jouer son rôle? Diane Dalkin, présidente de Friends of Reader Rock Garden Society (FoRRGS)* à Calgary, s’est fait un point d’honneur de planifier la relève pour le poste de présidente bénévole du Conseil bien avant d’être prête à quitter ses fonctions auprès de ce groupe consultatif bénévole sans but lucratif. Voici ses conseils sur la planification de la relève pour aider votre groupe à assurer son avenir.
Depuis le premier jour, Diane Dalkin exerce ses activités en partant du principe qu’elle ne travaillera pas toujours pour cet organisme. Elle en a parlé ouvertement avec le conseil d’administration et a décidé d’utiliser ce principe comme ligne directrice dans le cadre de ses fonctions. Elle admet d’emblée que cette approche a radicalement changé le mode de fonctionnement de son groupe. La planification intégrée de la relève a incité son équipe à codifier les pratiques et à documenter les données historiques de façon plus délibérée. Par exemple, il y avait depuis longtemps une entente verbale entre FoRRGS et la Ville de Calgary : la ville s’était engagée à fournir au groupe un accès gratuit à ses locaux et du matériel de marketing, et FoRRGS, à gérer les programmes éducatifs et à participer aux collectes de fonds pour le parc. Peu après ses débuts comme présidente du Conseil, Diane a demandé que cette entente verbale soit officialisée par écrit au moyen d’une lettre d’entente annuelle, pour que les futurs membres du groupe et le personnel municipal aient une compréhension claire de l’accord mutuel et en bénéficient, peu importe les changements de personnel.
Diane croit fermement que le potentiel de leadership peut provenir de n’importe quel secteur dans l’organisation et que l’accueil de nouvelles personnes est la clé de la planification de la relève. C’est pourquoi elle a mis en place des stratégies qui facilitent l’accès aux gens qui veulent se joindre à FoRRGS. Voici ses conseils à cet égard
Diane et son groupe ont changé la structure d’adhésion pour permettre aux gens de se joindre à la FoRRGS sans avoir à siéger au conseil. De cette façon, les nouveaux membres peuvent entrer facilement dans l’organisation, lui consacrer du temps et leurs talents en fonction de leur disponibilité, et apprendre les rouages de l’organisation. C’est aussi pour eux l’occasion de s’approprier l’objectif du groupe, avant de s’investir davantage à titre de membre du conseil d’administration. Diane explique que cette stratégie a permis d’attirer plusieurs nouveaux membres dans le groupe et qu’elle sert maintenant de passerelle pour approfondir l’engagement.
FoRRGS a un récit extraordinaire à raconter sur le parc historique Reader Rock Garden. Diane a rapidement réalisé que ce récit devait être présenté sur des plateformes de marketing importantes comme le site Web de l’organisme. Reconnaissant l’importance de la technologie dans la stratégie de communication actuelle (par ex. les médias sociaux), Diane a misé sur le recrutement de gens doués en technologie en mesure de créer le site Web et le contenu des médias sociaux. Diane croit que la forte présence en ligne du groupe, où l’on présente l’héritage du parc, son histoire, la vie des plantes, les nouvelles et les événements, est essentielle pour attirer de nouveaux publics.
Auparavant, le groupe était principalement constitué de passionnés d’histoire. Diane et l’équipe de FoRRGS ont réalisé qu’il y avait une occasion en or d’attirer différents usagers du parc dans le groupe. Ils ont donc invité des amateurs de plantes, des enseignants, des photographes, des ornithologues amateurs et des amoureux inconditionnels du parc à s’investir davantage auprès de l’organisme. Aujourd’hui, l’équipe comprend notamment des maîtres-jardiniers, des enseignants à la retraite, des ingénieurs, des géologues, des professeurs de yoga, des artistes, des professionnels des communications, des conseillers financiers et des étudiants. La diversité du groupe fait en sorte que les idées continuent de susciter de l’intérêt et permet de mettre sur pied des programmes qui séduisent un vaste public parmi les utilisateurs du parc.
Diane a mis différentes pratiques en place pour faire en sorte que les données importantes du parc soient conservées dans la mémoire institutionnelle, et non seulement dans la mémoire d’une personne. Par exemple, les membres de l’équipe sont encouragés à travailler en équipe de deux et à mettre l’accent sur le partage d’information. Ainsi, un des deux membres encadre le perfectionnement d’une aptitude en particulier de son coéquipier, et si quelqu’un doit quitter le groupe, un autre bénévole prend le relais et fait avancer les projets. Bien sûr, personne n’aime penser qu’une histoire tire à sa fin. Mais lorsqu’on prévoit la fin dès le début de son engagement bénévole, on peut faire du dernier chapitre un moment heureux et réussi pour tout le monde.
Songez-vous à aménager un jardin communautaire? Chloe Sanchez est en train d’en créer un pour son logement communautaire. Ses expériences et ses conseils pourraient vous aider à vous lancer.
Selon elle, les espaces verts « libèrent la faculté d’épanouissement et de croissance chez les gens ». C’est cette croyance qui est à l’origine de son projet de jardin communautaire, qui rendra accessible le pouvoir de guérison des plantes aux gens du voisinage. Chloe réside au 415 Willowdale, un logement communautaire de l’organisme Toronto Community Housing* situé dans la banlieue rapprochée de North York. La communauté comprend 280 logements qui ont un accès très limité aux espaces verts. À titre de représentante des locataires du 415 Willowdale, elle travaille depuis trois ans à son projet d’un espace extérieur où les gens de sa communauté et d’ailleurs pourraient se ressourcer.
Il y a deux ans, grâce à la subvention que lui ont accordée Park People et la TD, Chloe a pu commencer à imaginer et à planifier son projet de verdissement. Elle s’est vite rendu compte que la propriété où elle souhaitait établir son jardin communautaire n’appartenait pas à l’organisme Toronto Community Housing, mais plutôt à la Ville de Toronto. Cette découverte inattendue a compliqué les choses et a retardé le projet. Malgré cet obstacle, Chloe est demeurée optimiste et n’a pas tardé à organiser des événements pour animer l’espace vert vacant et sensibiliser la communauté aux bienfaits d’un jardin où pousseraient toutes sortes de plantes médicinales bienfaisantes. Aujourd’hui, Chloe passe à la prochaine étape de la réalisation de son projet de serre pour cultiver des plantes qui guérissent.
Voici comment elle s’y est prise.
Ce conseil de Chloe est très simple : commencez par votre conseiller ou conseillère municipal(e). « Vous devez absolument créer des liens avec votre conseiller, mais comme son emploi du temps est probablement très chargé, ce ne sera pas nécessairement facile. »
Lors de votre première rencontre, Chloe suggère d’apporter votre proposition, votre plan d’affaires et vos plans du jardin. Chloe et son groupe étaient si bien préparés qu’ils ont reçu une réponse positive de leur conseiller et ont ainsi pu élaborer d’autres plans pour répondre à ses questions et à ses préoccupations. Il s’inquiétait notamment du vandalisme et des vols dont avaient été victimes plusieurs autres jardins communautaires. Pour aider à dissiper cette crainte, Chloe a collaboré avec la Ville à la création d’un concept de serre. Elle suggère d’ailleurs aux groupes de travailler en partenariat avec leurs bailleurs de fonds, qui peuvent offrir bien plus qu’une aide financière au projet. Elle souligne le mérite de la Fondation TD des amis de l’environnement (FAE TD) d’avoir fourni des conseils pratiques et des commentaires sur le projet initial de jardin et sur la serre. « Ils ont collaboré à tant de projets.
C’est une bonne idée de rencontrer des partenaires financiers comme la FAE TD pour recevoir des conseils et des suggestions qui aident à réaliser le projet. Comme vous, ils ont intérêt à ce que le projet fonctionne. »
Chloe sait beaucoup de choses sur les plantes médicinales, mais elle sait aussi qu’il y a des gens qui sont spécialistes de ce domaine: « Si j’ignore quelque chose, je l’ignore, c’est tout. Mais ce n’est pas bien grave, parce que je suis entourée de gens qui peuvent m’aider. »
Avec son groupe, elle a consulté d’innombrables experts, y compris des chefs autochtones, des horticulteurs, des naturopathes et des éducateurs. Ceux-ci ont même animé de nombreux événements publics sur les lieux, comme des promenades dans la nature et des ateliers de confection de produits naturels comme des confitures, des thés aux herbes et des onguents naturels. Ces activités aident les membres de la communauté à s’impliquer dans le projet de jardin communautaire et à en constater directement les bienfaits.
Chloe suggère aux groupes de prévoir autant que possible un cachet pour les personnes qui offrent leur expertise : « offrir une rétribution, aussi petite soit-elle, montre que vous valorisez leur temps et leurs connaissances ». Son groupe a également travaillé avec un grand nombre de professionnels, dont des architectes, des urbanistes et des élus municipaux qui ont contribué à la réalisation du projet de serre. Selon elle, le succès d’un projet repose sur le choix des collaborateurs. Prenez votre temps pour choisir les professionnels que vous voulez dans votre équipe.
Chloe travaille avec une équipe de dix bénévoles. Dans ses moments les plus occupés, l’équipe se rencontre une fois par semaine, et l’hiver, une fois par mois. Le groupe s’est partagé diverses responsabilités, comme le bénévolat, les relations communautaires et la coordination des ateliers. Les bénévoles se chargeront aussi de superviser les plans finaux de la serre et de son bâtiment. « C’est important d’avoir une équipe diversifiée. On a besoin de gens possédant différentes aptitudes pour nous aider dans nos relations avec les partenaires financiers, la Ville, les participants et le jardin lui-même. Gardez l’esprit ouvert, » recommande Chloe.
La communauté de North York, où vit Chloe, est particulièrement multiculturelle. Son groupe a mis en œuvre des moyens pour impliquer les différentes communautés culturelles dans le projet de jardin guérissant et de serre. L’organisation d’activités, par exemple une cérémonie du thé iranienne, aide à mobiliser la communauté iranienne locale. Le groupe a également entretenu des liens avec la communauté chinoise de la région grâce à des activités régulières comme du tai-chi et des ateliers sur la médecine traditionnelle chinoise. De plus, les communautés autochtones ont été sensibilisées à la cause à l’aide de promenades dans la nature et d’activités visant à expliquer les nombreuses utilités des herbes comme le foin d’odeur et la sauge. Quand vous choisirez quoi faire pousser dans le jardin, Chloe conseille bien entendu des incontournables comme la lavande et la bergamote, mais elle conseille aussi de consulter des personnes appartenant à différents groupes ethniques et de voir quelles plantes peuvent être cultivées localement.
Il y a une chose que Chloe veut mettre au clair dès le départ : « prenez de grandes respirations, ça risque de prendre du temps. « Pour obtenir ses permis pour la serre, le groupe du 415 Willowdale a dû attendre plus de deux ans. Un progrès lent a aussi ses avantages, fait remarquer Chloe. » À chaque étape, j’ai appris quelque chose qui allait améliorer le projet. » La construction de la serre est prévue pour 2019. Le projet aura pris trois ans à se concrétiser, mais il aura un effet extrêmement positif dans la communauté.
Le géographe québécois Louis-Edmond Hamelin (1923-2020) est à l’origine de la notion de nordicité. L’hiver est une saison, physique et naturelle, et un état d’esprit.L’art de vivre l’hiver au quotidien ou la nordicité, c’est d’abord l’idée d’harmoniser nos vies avec le rythme de la nature. De ralentir, de se reposer, de jouer dehors, de s’encabaner. C’est aussi de nombreuses opportunités de s’intéresser à nos perceptions, attitudes et comportements devant les éléments naturels de l’hiver et les enjeux de résilience saisonnière.
De nombreux exemples récents nous montrent à quel point l’hiver apporte quelque chose en plus à la culture, au vivre ensemble et à la vie en ville. C’est le cas des patinoires maison qui se multiplient dans les cours arrière et les ruelles blanches. Le vélo d’hiver connaît un essor remarquable. Les parcs urbains sont pris d’assaut par les marcheurs, joggeurs et amateurs de glissade, ski de fond et raquette. Ils deviennent même l’espace d’une tempête parfaite un musée à ciel ouvert de forteresses et de sculptures de neige.
« L’hiver il faut d’abord parvenir à mieux le comprendre, pour arriver à bien le vivre.» (Chartier, 2019)Daniel Chartier, fondateur et directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique.
Le parc urbain de proximité est le lieu idéal pour découvrir comment nous incarnons cette nordicité physique, mentale ou pratique, et pour commencer à explorer toutes les dimensions de la ville en hiver. Découvrez ici le potentiel de ces expériences et gardez-les en mémoire pour préparer vos prochaines aventures extérieures :
L’hiver est une saison variable et imprévisible qui implique des considérations pratiques. D’abord et avant tout, le choix des vêtements ou d’équipements est indispensable pour faire face aux conditions météorologiques, parfois extrêmes, comme le froid, la glace ou la “slush”.
Afin de vous préparer à ces imprévues lors de vos déplacements quotidiens ou sorties dans votre parc, misez sur un habillement multicouche et des matières respirantes reconnues pour conserver la chaleur (ex.: laine mérinos).
Être bien équipé aide à prévenir les dangers que peuvent représenter la glace ou le verglas. Les crampons à glace ajustables, par exemple, sont une solution à moindre coût pour assurer que vos déplacements à pied demeurent sécuritaires et agréables.
Nous voyons même la création de programme pour offrir gratuitement ce type d’équipement aux aînés, afin d’encourager la pratique de la marche en hiver et aussi de contrer l’isolement.
Il est essentiel de passer du temps dehors, surtout en hiver, que ce soient 10 à 20 minutes, pour bénéficier des bienfaits nécessaires à notre santé mentale et physique. Ceci est d’autant plus important en période de pandémie et de confinement..
Cela vous aidera aussi à aborder l’hiver avec une attitude positive. Que vous choisissiez la pratique d’activités de plein-air ou de prioriser des déplacements actifs, vous profitez de l’apport en luminosité et de l’effet vivifiant et méditatif de bouger dehors en hiver, avec l’air froid.
« Pour transformer nos attitudes, il faut prendre conscience que notre perception du milieu et le langage utilisé pour décrire les divers phénomènes jouent un rôle primordial. » (Pressman 1985, cité dans Zardini 2005.)
La nordicité mentale est un état d’esprit. C’est le fait d’accepter l’hiver et le froid tels qu’ils sont. En acceptant l’hiver et le froid pour ce qu’ils sont, vous pourrez vous inventer un hiver heureux. Pour vous y aider, voici quelques conseils pratiques:
Au retour de l’école avec vos enfants ou lors d’une petite pause de télétravail, prenez le temps de regarder les paysages naturels et urbains autour de vous. Recherchez l’accumulation de neige blanche, sans traces ou en buttes, les arbres enneigés, les étangs ou les rivières gelées, ou les aménagements urbains qui favorisent les microclimats (ensoleillement, protection au vent).
Cette quête de la beauté naturelle et urbaine est une façon d’apprécier et de contempler l’hiver tous les jours.
Le caractère éphémère de la neige en ville, devient aussi une occasion de la célébrer et de lui faire honneur. Profitez de la prochaine tempête pour en ressentir les effets de lenteur, de calme et de réduction du bruit. Et pourquoi ne pas en profiter pour commencer un prochain concours de sculptures de neige dans vos parcs urbains?
Plus nous passons de temps dehors en hiver, plus nous nous adaptons aux températures et aux éléments, et plus nous aimons cette saison. Et faire avec l’hiver urbain, c’est s’habituer aux changements de saison qui rythment nos vies.
Il est donc crucial que nos espaces urbains s’adaptent à toutes les saisons, y compris à l’hiver. C’est ce qu’on appelle la résilience saisonnière des espaces publics. Ce phénomène gagne en importance et rejoint le mouvement des Villes d’hiver (Winter Cities)*. Un mouvement né d’une volonté de mieux adapter les environnements urbains à la réalité hivernale, de promouvoir des pratiques innovantes en matière de design urbain et de montrer l’impact de l’appropriation des espaces publics par les communautés locales, peu importe la saison.
De plus en plus, des outils se développent pour les décideurs, les professionnels et les citoyens qui souhaitent contribuer à mieux adapter les collectivités à la réalité hivernale. Voici l’exemple de Montréal avec son Guide Ville d’hiver – Principes et stratégies d’aménagement hivernal du réseau actif d’espaces publics montréalais.
Mieux comprendre comment notre nordicité s’incarne au quotidien est un processus en mouvement, comme les saisons qui se suivent. Chose certaine, la pandémie nous donne soif de nature, et ce, même depuis l’arrivée de l’hiver. Il est donc essentiel que nos parcs urbains et espaces publics demeurent accessibles et adaptés selon le cycle des saisons.
Si vous avez déjà fait une promenade dans le parc Elm pendant l’événement League, vous vous êtes peut-être demandé ce qui se passait. Ces gens font-ils vraiment de l’escrime avec des nouilles de piscine? Jouent-ils à la pétanque avec une boîte de soupe Campbell? S’attaquent-ils à un canapé avec des sacs de fèves?
Toutes les personnes qui vivent à Kerrisdale, dans l’ouest de Vancouver, connaissent le parc Elm. On y joue déjà au baseball, au soccer et au tennis. Mais d’où proviennent ces nouveaux sports étranges?
L’artiste Germaine Koh* est la maîtresse de ces jeux et s’est installée dans le parc pour créer ces nouvelles façons de jouer. L’humble chalet du parc, qui abritait autrefois un gardien, est devenu son studio.
En 2011, la commission des parcs de la Ville a trouvé une nouvelle façon d’utiliser ces anciens bâtiments au profit des communautés, en invitant des artistes à proposer des résidences en échange de l’utilisation gratuite de l’espace. La proposition de Germaine Koh était de travailler avec le public pour créer de nouveaux jeux et sports.
Germaine Koh, qui a joué au badminton de compétition, au volley-ball et au roller derby, a voulu explorer les similitudes entre l’art et le sport. Ses amis artistes affirmaient toujours ne pas être sportifs, tandis que ses amis sportifs disaient ne pas être créatifs. Germaine Koh n’aimait pas ce clivage.
« En sport, vous devez constamment pratiquer certaines techniques. Cela permet d’acquérir une plus grande maîtrise, mais aussi des compétences en matière d’improvisation, de stratégie et de négociation, explique Germaine Koh. Toutes ces capacités et compétences sont essentielles dans le processus créatif ».
La commission des parcs a approuvé sa résidence, qui s’est déroulée de 2012 à 2014. Le parc Elm présentait un défi, dit Germaine Koh, « car les gens étaient habitués aux loisirs organisés ». Mais les façons farfelues dont on utilisait les balles, les disques, les cordes, les planches et les arbres attiraient la curiosité des passants, et les jours les plus occupés, ils étaient quelques dizaines à s’arrêter pour participer.
Les chalets des parcs sont par essence des lieux modestes. Ils n’ont qu’un seul étage, sont de couleur beige ou grise et sont souvent rattachées aux toilettes publiques des parcs. Mais pour les artistes comme Germaine Koh, ce sont de précieux espaces au cœur d’une ville dispendieuse.
« L’intérieur était de couleur taupe, ce qui n’aurait pas été mon premier choix, dit Germaine Koh en rigolant. Mais je me sentais tellement privilégiée de pouvoir m’asseoir dans un parc et y travailler ».
Les chalets des parcs de Vancouver ont une longue histoire, mais Germaine Koh et d’autres personnes s’y sont installées, donnant une nouvelle vie à ces bâtiments.La Ville a commencé à construire ces chalets dans les années 1920*. Environ 70 des 230 parcs de la ville en possèdent un. C’est là que vivaient les gardiens de parcs, les Hagrid et « les concierges Willies » de ce monde, qui s’occupaient d’entretenir les parcs et de les surveiller 24 heures sur 24. Vivre gratuitement au sein d’un parc était un avantage particulier de ce poste qu’aucune autre grande ville canadienne n’offrait. Les gardiens s’y installaient pour de longues périodes, généralement entre deux à quatre décennies.
Le couple de gardiens David et Normande Waine vivait dans le chalet de parc le plus prisé de tous, celuiqui se trouve dans l’immense parc Stanley de la ville, à quelques pas de l’océan. Pour l’obtenir, ils ont dû rester 14 ans sur une liste d’attente aussi épaisse que la Bible.
« Nous n’avons jamais rien regretté, a un jour déclaré David Waine au National Post*. C’est un privilège de demeurer ici. »
Mais 2005 allait marquer le début de la fin pour ceux que les Waine appellaient « les yeux et les oreilles » des parcs publics. La Ville a décidé qu’elle ne permettrait plus aux nouveaux gardiens de s’installer dans les chalets de parcs lorsque les précédents prendraient leur retraite. La Ville centralisait ses services et envisageait de nouvelles utilisations pour ces bâtiments, même s’il lui a fallu du temps pour déterminer quoi en faire.
Lorsque les gardiens sont partis, de nombreux chalets de parcs sont demeurés vides ou ont été utilisés à des fins peu imaginatives, comme pour l’entreposage d’équipements sportifs. Dans le cadre d’une expérience, le chalet du parc Grandview, dans l’est de la ville, a été transformé en centre de police communautaire. La population résidente n’ayant pas apprécié cette surveillance accrue, la police a fini par déguerpir.À Vancouver, une commission des parcs* composée de sept commissaires élus supervise et détermine l’orientation politique des parcs de la ville. En 2011, les commissaires ont demandé au personnel de proposer une nouvelle idée pour l’avenir des chalets dans les parcs.
Le personnel est revenu avec une solution qui répondait également à un problème croissant à Vancouver. Les chalets de parcs étaient des biens immobiliers publics de valeur. En même temps, les personnes créatives étaient aux prises avec le coût des studios dans une ville dispendieuse. Pourquoi ne pas les inviter à s’y installer?
Des artistes comme Germaine Koh ont été invités à proposer des résidences à la commission des parcs. Les personnes qui ont vu leur candidature approuvée ont pu utiliser les chalets des parcs comme espaces de studio sans payer de loyer pendant trois ans, avec la possibilité de renouveler leur demande (bien que, contrairement aux gardiens des parcs, les artistes ne vivaient pas dans les chalets des parcs). La commission des parcs a accueilli une première cohorte de huit résidents.
Mais il y avait une condition essentielle. Les artistes devaient réaliser 350 heures de programmation publique en échange de leur résidence.
« Nous ne voulions pas créer un atelier d’art fermé, dans lequel un bijoutier, par exemple, ne ferait que travailler sur sa pratique de joaillerie, explique Marie Lopes, qui s’occupe de la coordination des arts, de la culture et de l’engagement à la Ville. Il faut avoir un certain intérêt pour le travail communautaire ».
Le compositeur Mark Haney a saisi l’occasion pour raconter l’histoire du quartier en musique. Il a tenu une résidence au parc Falaise, au milieu du projet d’habitation pour les anciens combattants de Renfrew Heights, construit pour loger les soldats revenus de la Seconde Guerre mondiale. Mark Haney et un partenaire ont effectué des recherches sur la vie de 11 anciens combattants qui possédaient un lien avec la région en interrogeant leurs proches et en fouillant dans les archives. Le jour du Souvenir de 2014, il a présenté une pièce inspirée par les vétérans intitulée « 11 », avec des clins d’œil musicaux à leur vie. Elle a été interprétée par onze musiciens dans le parc à flanc de colline, chacun jouant d’un instrument de cuivre choisi en fonction de la personnalité de l’ancien combattant.
Depuis, la commission des parcs a élargi le programme pour accueillir des participants de diverses disciplines, soit des athlètes, des écologistes, des chefs, des groupes culturels et plus encore. Ce programme est actuellement en place dans 23 parcs et offre désormais des espaces de bureaux à des groupes à but non lucratif, en plus des studios.
Une résidence au parc Adanac apprend aux habitants comment lutter contre les « invasions » dans les parcs publics et les jardins privés: le chalet du parc abrite l’Invasive Species Council of Metro Vancouver , qui lutte contre tout type d’espèces envahissantes, de la renouée jusqu’à la fourmi de feu européenne.
Mr. Fire-Man, au parc Maclean, apprend aux habitants à récolter du bois et à fabriquer leurs propres instruments de musique. Night Hoops, qui vient en aide aux jeunes à risque, propose un programme de basket-ball gratuit et met les jeunes en contact avec des mentors autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du terrain. L’Iris Film Collective au parc Burrard View partage l’amour du septième art. Si vous préférez une autre forme d’art visuel, il y a le Cloudscape Comics Collective au parc Memorial.
Lors de chaque cycle de résidences, la commission des parcs affiche les chalets de parcs disponibles ainsi que l’orientation recommandée pour chacun d’entre eux. Un chalet situé dans un parc à proximité d’un écosystème diversifié, par exemple, pourrait être utilisé à des fins de gérance de l’environnement. Les personnes et les organisations candidates peuvent indiquer le chalet de parcs qu’elles préfèrent, mais c’est la commission des parcs qui prend la décision finale. Par exemple, le chalet du parc Strathcona accueille une résidence du Working Group on Indigenous Food Sovereignty . C’est un choix très à propos, car le parc se trouve à proximité du lieu de résidence de nombreux Autochtones et constitue un espace vert rare dans cette partie du centre-ville.
La commission des parcs apporte à chaque titulaire d’une résidence l’aide d’un agent ou d’une agente de liaison qui les met en relation avec le personnel et les programmes du centre communautaire le plus proche. De cette façon, les titulaires de résidences apprennent à connaître les habitants et habitantes des environs ainsi que leurs intérêts.
Certains chalets de parcs étaient prêts à être utilisés, d’autres avaient besoin d’être rénovés, mais la plupart « avaient juste besoin d’une couche de peinture, explique Marie Lopes. Avec un peu d’huile de coude, nous avons pu les transformer à nouveau en espaces actifs. »
Ce ne sont pas tous les artistes qui ont envie de passer 350 heures avec le public, même si le loyer est compris. Mais c’était parfait pour Germaine Koh, car la League, le nom donné à sa résidence, n’était pas un projet artistique qu’elle aurait pu réaliser seule. Elle avait besoin de joueurs pour essayer, peaufiner, voire inventer les jeux avec elle. Elle a pu sortir de cette résidence avec un lot de jeux testés par le public et créés en collaboration avec lui.
Germaine Koh était ravie de voir des personnes avec des capacités athlétiques variées participer à l’action, soit en jouant ou en dirigeant le jeu.
« C’est intéressant : certains jeux sont plus cérébraux alors que d’autres sont plus physiques », dit-elle.
Dans « Scrumble », les joueurs et joueuses portent des t-shirts avec une lettre sur le devant et une autre à l’arrière, et ils tentent d’épeler des mots en se réagençant. Dans « Petri », on marque des points en lançant des balles dans des « boîtes de Petri » de différentes tailles, qui sont en fait des cercles dessinés sur le terrain. Les balles ont chacune des qualités bactériennes différentes et peuvent permettre de multiplier les points, de sorte que la croissance exponentielle peut soudainement propulser quelqu’un à la première place. (Peut-être un bon jeu post-COVID? Germaine Koh se le demande à présent).
Les joueurs et joueuses ont également apprivoisé non seulement le terrain, mais le parc lui-même. Par exemple, des équipes ont rivalisé pour construire la meilleure structure pour faire pousser des haricots dans la cour du chalet. Jeu de patience et d’ingénierie, la course a duré tout l’été pour voir quels haricots pousseraient le plus haut. Germaine Koh décrit l’expérience comme une « lente course vers de nouveaux sommets ».
Un vieux canapé prêté au chalet ne passait pas par la porte. Il a donc été placé à l’extérieur pour les parties de « Couchie ». Ce jeu a été présenté à l’équipe de la League par deux amis qui l’avaient inventé lorsqu’ils étaient colocataires à l’université. Les joueurs lancent des sacs de fèves pour essayer de les loger entre les coussins du canapé et gagner ainsi des points.
Certains jeux ont amené les gens à sortir des limites du parc. Le corridor Arbutus, à proximité du parc, était une voie désaffectée du Canadien Pacifique qui partait du fleuve Fraser vers le nord, traversait le quartier de Kerrisdale, où se trouve le parc, et remontait jusqu’à False Creek. Il sera finalement acheté par la Ville en 2016 et converti en une voie verte de 8,5 kilomètres nommée Arbutus Greenway et destinée à un usage récréatif.
Même lorsqu’il s’agissait d’une piste désaffectée, Germaine Koh voyait son potentiel. Comme les chalets de parcs, la piste était un espace urbain sous-utilisé qui n’attendait qu’à être réinventé. Elle a encouragé les joueurs et joueuses à marcher le long de la piste et à transformer l’expérience en une sorte de jeu. L’un d’eux a trouvé les feuillets perdus d’un livre et s’est mis à les lire en marchant. Germaine Koh a elle-même récupéré un verre d’eau dans la rivière et l’a porté jusqu’au ruisseau, où elle l’a déposé.
Germaine Koh réfléchit beaucoup à la question théorique de ce qu’est le jeu, mais son simple espoir pour les participants et participantes de la League était qu’ils apprennent à adopter une attitude ludique au quotidien.
« L’une des intentions était d’élargir la notion du jeu et d’arrêter de penser que le jeu n’est qu’un truc pour les enfants ou quelque chose qui se déroule uniquement sur un terrain de sport, dit-elle. Le jeu est un moyen de développer des compétences utiles pour la résolution de problèmes et une attitude de créativité au quotidien. »
Avant que Fresh Roots ne s’installe dans son chalet de parc, l’association d’agriculture urbaine à but non lucratif faisait déjà preuve de créativité dans son usage de terrains urbains sous-utilisés. L’organisation a été fondée en 2009 et s’associe à des écoles pour transformer leurs cours en jardins comestibles et apprendre aux jeunes à cultiver des aliments frais.
Lorsque l’occasion s’est présentée d’occuper un chalet de parc, Fresh Roots a posé sa candidature et s’est installé dans celui du parc Norquay. Fresh Roots vient d’être approuvé pour un second mandat.
Le parc Norquay se trouve sur une artère très fréquentée de la ville, la Kingsway, et le chalet du parc est situé à côté de l’aire de jeux et du parc à jets d’eau. C’est un endroit toujours bondé de monde dans un parc très fréquenté. Fresh Roots a développé un jardin communautaire impossible à manquer, entretenu par le personnel et des bénévoles.
« Cela exige beaucoup de travail, et les mauvaises herbes prennent le dessus! », soupire Caroline Manuel, responsable des communications et de l’engagement, qui travaille dans le bureau du chalet du parc. La baisse du nombre de volontaires due à la pandémie a rendu difficile l’entretien du jardin communautaire. Pourtant, la récolte est abondante cette année. Il y a des haricots verts, des feuilles de betterave, de la rhubarbe, des framboisiers, des groseilliers sanguins, de la sauge, du thym et bien plus encore. Le public est invité à prendre de tout.
Implantée dans cette partie du quartier est, Fresh Roots s’associe à d’autres groupes situés à proximité, tels que des camps d’été et des groupes de personnes âgées.
« Nous avons testé les eaux et beaucoup de gens veulent plonger les mains dans la terre et avoir un accès direct à un espace à entretenir », dit Mme Manuel.
Fresh Roots organise également des événements dénommés « Art in the Park ». L’art qu’ils pratiquaient dans les camps d’été, soit des bricolages comme des « bombes à semences », s’est avéré si populaire qu’ils l’ont proposé au public.
Le chalet du parc a permis à l’association d’avoir une présence physique dans la communauté et de nouer des liens plus larges. Ce contact est particulièrement utile, car 40 % de la population du quartier de Renfrew-Collingwood ne parle pas anglais à la maison.
« Tout le monde n’est pas présent sur les médias sociaux, affirme Mme Manuel. Nous mettons des affiches dans autant de langues que nous le pouvons, nous discutons avec les gens qui passent, nous essayons simplement d’être là pour que les gens commencent à se sentir à l’aise de poser des questions. »
Mme Lopes est heureuse que la commission des parcs puisse apporter son aide en plaçant les artistes et les groupes culturels au cœur des communautés qu’ils servent.
« Dans une ville où les loyers sont exorbitants, le programme soulage cette pression que vivent les artistes et les organismes à but non lucratif pour trouver un studio ou un bureau », dit-elle.
Marie Lopes ne saurait trop insister sur le fait que c’est la « porte ouverte » qui est la clé du succès du programme.
En introduisant l’art et l’engagement dans les parcs de tous les jours, le programme Fieldhouse élimine certaines des barrières qui empêchent l’accès à l’art et à d’autres activités dans les musées ou les programmes officiels. Et cet engagement peut être aussi décontracté ou aussi collaboratif que le souhaitent les habitants et habitantes de la ville. Ils peuvent s’arrêter dans un parc voisin pendant une demi-heure pour profiter de la musique proposée par la résidence. Ou bien ils peuvent participer étroitement à la résidence pendant les trois années complètes.
Elle ajoute que la commission des parcs reçoit parfois des appels d’autres villes qui souhaitent en savoir plus sur les chalets de parcs, car elles sont devenues un programme phare.
Non loin de là, North Vancouver propose des résidences dans la Blue Cabin, un chalet flottant rénové dont la construction remonte à 1927. Richmond organise des résidences dans la maison patrimoniale Branscombe House, l’une des premières maisons de colons dans ce qui était autrefois le village de Steveston.
Marie Lopes donne ce conseil aux villes qui souhaitent lancer des programmes similaires, que ce soit dans des chalets de parcs ou d’autres bâtiments inutilisés.
« Examinez attentivement vos actifs, dit-elle. Arrêtez de considérer vos espaces inutilisés comme problématiques. Ce sont plutôt des occasions à saisir. Recherchez des collaborations dont tout le monde ressort gagnant. Le bénéfice pour la communauté est tout simplement illimité ».
À propos de Christopher Cheung
Christopher Cheung est un journaliste basé à Vancouver. Il s’intéresse au pouvoir et aux politiques liés au changement urbain et à comment les différentes disaporas présentes à Vancouver font en sorte de se créer un foyer dans une ville aux géritages coloniaux. Il est employé pour The Tyee.
Ami•es des parcs publie le deuxième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, mettant en avant les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs.
Alors que nous ébauchions les histoires que nous voulions partager sur la biodiversité, l’aménagement créatif de parcs, l’engagement communautaire et l’itinérance, notre monde changeait. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que loin d’avoir perdu leur pertinence, les sujets traités avaient gagné en urgence.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 27 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.
Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant la crise de la COVID‑19.
Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens.
Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés
Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure.
Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs.
Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation.
Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.
Ami•es des parcs publie le troisième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Favoriser l’équité et la résilience : Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.
Partout au Canada, la fréquentation des parcs a fortement augmenté pendant la pandémie, alors que la population se tournait massivement vers les espaces extérieurs pour pouvoir se rassembler en toute sécurité, se connecter à la nature et rester active. Les parcs ont ainsi pris une place encore plus importante dans le quotidien des Canadien·nes, mais les Villes ont dû composer avec de nouvelles pressions liées à la hausse de la fréquentation et aux exigences de santé publique.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 32 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.
Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :
Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.
Comment les villes cherchent à s’adapter aux changements climatiques et à en atténuer les effets grâce à leurs parcs
Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.
Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs.
Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.
Comment les municipalités canadiennes peuvent-elles miser sur le soutien philanthropique pour leurs parcs et résoudre certaines des difficultés qui y sont liées?
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Alors que les budgets des parcs sont restés stables pendant la pandémie, les municipalités ont dû assumer la désinfection et l’entretien des zones à forte fréquentation, causant pour elles une pression accrue et les obligeant à étirer davantage leurs budgets.
La pandémie a également entraîné des retards dans les projets de parcs et fait augmenter le coût des matériaux, ce qui pourrait avoir des répercussions à plus long terme sur la modernisation des parcs.
Par ailleurs, la pandémie ayant fait ressurgir les problèmes d’équité, de nombreuses municipalités prévoient de nouvelles stratégies pour leurs parcs afin de garantir une distribution plus équitable des fonds.
C’est une histoire vieille comme le monde, ou du moins aussi vieille que les budgets des services des parcs. À mesure que les villes s’agrandissent et que la fréquentation et les types d’activités augmentent dans les parcs, les budgets des parcs, en particulier les budgets de fonctionnement, deviennent de plus en plus serrés.
Que se passe-t-il alors quand les services des parcs qui devaient déjà faire face à des contraintes et des infrastructures vieillissantes se retrouvent confrontés à une pandémie?
Pour faire bref : des pressions supplémentaires, la nécessité d’innover et une plus grande importance accordée à la manière d’octroyer plus équitablement des fonds aux parcs dans l’avenir.
Pour la deuxième année consécutive, les municipalités ont déclaré que la pandémie avait exercé de lourdes pressions sur leurs budgets de fonctionnement déjà mis à rude épreuve; des budgets servant à financer, par exemple, la tonte des pelouses. Les budgets municipaux n’ont pas été réduits pendant la pandémie, mais en raison de l’ajout de dépenses découlant des mesures sanitaires, on a dû en faire plus avec la même source de financement.
Comme l’a dit Niall Lobley, directeur des parcs et des cimetières de la Ville de Kitchener : les budgets des parcs sont « souvent étirés au maximum, et ont encore une fois été étirés un peu plus. »
Niall indique que, pendant la pandémie, des ressources « énormes » ont été investies dans la désinfection, le recrutement d’effectifs supplémentaires pour surveiller le respect des règles de distanciation physique et les zones à forte fréquentation, le ramassage des déchets et les mesures visant à atténuer les dégâts dans les zones naturelles en raison de la forte fréquentation.
À Regina, Trevor Klein, coordonnateur des opérations de soutien aux parcs, a déclaré que le personnel a travaillé d’arrache-pied pour trouver dans les budgets existants un moyen de financer le programme d’hiver de la ville, qui encourage les gens à utiliser les parcs pendant la saison hivernale.
Trevor Klein a ajouté que les demandes de services et les attentes liées à la qualité des parcs avaient augmenté pendant la pandémie. Les personnes en télétravail ont eu plus de temps pendant la journée pour visiter les parcs près de chez elles, ce qui les a amenées à être davantage au contact du personnel des parcs qu’elles n’auraient pas vu autrement si elles avaient été sur leur lieu de travail. Ceci a entraîné une « augmentation des demandes de services et du niveau d’attente en ce qui concerne la tonte des pelouses et l’élagage, ainsi que la mise à disposition de certains aménagements pour le public », explique Trevor Klein.
Dans le même temps, il explique qu’au début de la pandémie, le service des parcs a souffert d’un manque de personnel suite à une directive de la Ville les empêchant d’embaucher du personnel temporaire supplémentaire pendant l’été 2020. Les coûts de formation ont donc augmenté lorsque ce personnel a été embauché à nouveau en 2021. À cet égard, 50 % des Villes ont indiqué que le manque de personnel avait été problématique pendant la pandémie.
À Ottawa, le personnel municipal a indiqué qu’au début de la pandémie, ils avaient commencé à « réduire certaines activités d’entretien » afin de « faire face en partie à la nécessité de leur service de faire des économies en raison des pressions supplémentaires anticipées pendant toute l’année 2020. »
La municipalité a ensuite adapté ses services pour répondre à « l’évolution des besoins », y compris une hausse considérable du coût de la collecte des déchets qui a commencé en 2020 et se poursuit aujourd’hui. Le personnel municipal a également expliqué que certains « budgets d’exploitation des parcs ont été réattribués pour permettre de compenser les coûts liés à la pandémie », pour couvrir notamment le coût des toilettes portatives ou des bornes pour se laver les mains.
Toutefois, tout n’a pas été aussi mauvais. Certains services des parcs ont pu tirer parti des fonds dédiés à la riposte à la pandémie pour financer par exemple des projets de transport actif, comme l’amélioration des sentiers, ou la relance économique grâce au financement du tourisme.
Si, en moyenne, les budgets sont restés stables pendant la pandémie, Niall Lobley, de Kitchener, s’inquiète de ce que réservent les années à venir, surtout à mesure que les municipalités doivent faire face aux retombées budgétaires des dépenses élevées engagées pendant la pandémie.
« Je m’attends à ce que, pendant quelques années, ces retombées affectent les structures financées par les contribuables, que ce soit au niveau municipal, provincial ou fédéral »
Niall Lobley
« En règle générale, ces périodes d’amortissement peuvent être assez difficiles pour les services publics et récréatifs comme les parcs et les loisirs », ajoute Niall. « Ces services subissent généralement les coupes budgétaires les plus importantes et les plus précoces lorsque la municipalité doit reconstituer son capital après avoir engagé des dépenses publiques très élevées. »
Néanmoins, il apparaît clairement que les résidentes et résidents appellent à plus, et non à moins, d’investissements : 87 % des personnes interrogées dans le cadre de notre sondage mené auprès de plus de 3 000 citadines et citadins au Canada ont déclaré qu’elles souhaitaient voir les Villes consacrer plus de fonds publics aux parcs. Ainsi, 36 % des personnes interrogées souhaitent que davantage de fonds soient alloués à l’entretien et 35 % souhaitent des aménagements de meilleure qualité.
Le fait d’avoir présenté les parcs comme des infrastructures de santé publique et souligné l’importance croissante des parcs pour notre santé mentale et physique ces deux dernières années pourrait être un moyen de faire pression pour que les financements rattrapent leur retard.
Outre le fait de devoir faire plus avec moins, de nombreuses Villes ont également indiqué que la construction et la modernisation des parcs étaient devenues plus coûteuses. En effet, 69 % des Villes ont déclaré avoir dû retarder des projets d’investissement en raison de la pandémie, et 86 % ont indiqué que les augmentations de coûts présentaient un vrai défi.
Il est difficile d’attribuer cette hausse des coûts uniquement à la pandémie, explique Niall Lobley, ajoutant que cette tendance existait déjà avant la crise sanitaire. Cependant, la pandémie et les dernières perturbations dans les chaînes d’approvisionnement n’ont pas aidé.
Niall cite l’exemple des aires de jeux, dont le coût a augmenté de 15 % par an, tandis que « des éléments d’infrastructure comme les bancs, les chaises, les tables de pique-nique et toutes ces choses voient leurs coûts augmenter en raison des délais d’approvisionnement à l’échelle internationale. »
En raison de la fréquentation accrue des parcs, les attentes du public en matière de conception des parcs ont également changé, d’où une hausse des coûts de conception et de construction.
« Nous ne parlons pas seulement de remplacer quelques équipements dans des aires de jeux », explique Niall. « Nous parlons plus d’une modernisation complète des parcs de quartiers. »
« Selon moi, il sera très difficile en 2022 et dans les années qui suivent de respecter les délais et les budgets alloués aux projets », déclare-t-il.
Le personnel de la Ville d’Ottawa confirme également ce défi à long terme, ajoutant que, si cette tendance venait à se maintenir, la hausse des coûts pourrait engendrer « une réduction du nombre de projets de modernisation réalisés chaque année ou nécessiter des budgets plus importants pour maintenir les niveaux de services existants. »
Comme l’explique le personnel : « les délais d’approvisionnement en matériaux plus longs ont entraîné des retards dans certains projets, mais notre processus de planification tient compte des éventuels retards et augmentations des coûts. Il se peut que l’exécution des prochains projets requiert plus de temps et soit plus coûteuse, mais nous continuerons à adapter nos budgets et nos délais en fonction des conditions du marché. »
L’une des principales tendances découlant de la pandémie est d’avoir fait émerger à nouveau les inégalités existantes dans l’accès aux parcs et la capacité des gens d’en profiter. Les parcs étant désormais considérés comme des endroits vitaux pour maintenir son équilibre mental et ses liens sociaux, le fait que certains quartiers soient plus verts que d’autres est devenu flagrant.
Aujourd’hui, alors que les Villes passent peu à peu de la riposte immédiate à la pandémie à une planification à plus long terme, nombre d’entre elles se tournent vers de nouvelles stratégies reposant sur des indicateurs axés sur l’équité pour orienter leurs décisions en matière d’investissement dans les parcs pour les années à venir.
Selon Niall Lobley, « la plus grande priorité et le plus grand changement dans les priorités opérationnelles » de la stratégie en cours d’élaboration de la Ville de Kitchener intitulée Places and Spaces, repose sur les investissements fondés sur l’équité.
« Ce que j’entends par là, c’est que nous ne nous contentons pas d’investir là où se trouve l’argent [des promoteurs], ou dans les nouveaux parcs en construction. Nous voulons aussi investir délibérément dans les zones ayant bénéficié d’investissements moindres dans la revitalisation et le développement de leurs parcs. Les parcs les plus anciens se trouvent dans les quartiers qui ont probablement le plus besoin de ces parcs d’un point de vue social », explique-t-il.
Prenons l’exemple de la forêt urbaine, un sujet que nous avons exploré dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier. Grâce à un recensement à l’échelle municipale, la Ville a constaté que la couverture forestière de certains quartiers dépassait l’objectif de 30 %, tandis que celle d’autres quartiers était en dessous de la moitié de ce taux. « Lorsque l’on superpose deux cartes, on se rend compte que les endroits disposant d’une couverture forestière moindre correspondent généralement aux quartiers en quête d’équité, c’est-à-dire des quartiers densément peuplés, dont la population vit en majorité dans des appartements locatifs et présente un statut socioéconomique faible », explique-t-il.
Bien que Kitchener s’engageait déjà sur cette voie avant la pandémie, Niall indique qu’il ne peut s’empêcher de penser que cette décision résulte au moins en partie de la pandémie qui a fait réapparaître les problèmes d’équité.
La résurgence du mouvement Black Lives Matter et le camp Land Back, qui défend les droits territoriaux des Autochtones à Kitchener, ont contribué à la fois à sensibiliser les décideurs et à les pousser à agir, explique Niall.
« Je dirais que les mouvements sociaux que nous avons vus se développer pendant la pandémie nous ont vraiment permis de faire avancer [la problématique de l’équité] avec un plus grand sens de l’urgence. »
D’autres Villes canadiennes s’engagent également sur cette voie. Ces dernières années, Vancouver et Toronto ont toutes deux communiqué des plans pour leurs parcs comprenant des indicateurs mesurant l’équité. Trevor Klein, de Regina, indique que le prochain plan directeur pour les parcs et espaces ouverts de sa Ville, qui s’étendra sur 25 ans, mettra l’accent sur la répartition équitable des parcs, ce qui comprend non seulement les espaces verts, mais aussi les installations et les aménagements comme les aires de pique-nique.
À Ottawa, le personnel municipal a souligné le nouveau plan directeur des parcs de la Ville, qui se base sur l’indice d’équité des quartiers d’Ottawa*, une ressource créée par le Conseil de planification sociale d’Ottawa, pour établir des priorités en matière d’investissement dans les parcs. Le personnel municipal a également indiqué que cette approche fondée sur l’équité sera au cœur du prochain Plan directeur des espaces verts et du Plan de gestion de la forêt urbaine ainsi que dans la Stratégie de résilience climatique.
Bien que les effets de la pandémie se feront certainement encore sentir ces prochaines années, l’attention plus grande accordée par les Villes aux investissements équitables les aidera à rendre leurs réseaux de parcs plus résilients pour l’avenir.
Ami•es des parcs publie le quatrième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Entretenir les relations et la réciprocité : Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.
Le rapport de cette année s’éloigne peu à peu des répercussions de la pandémie pour explorer comment les apprentissages des deux dernières années peuvent ouvrir la voie à des approches plus équitables et plus créatives en matière de planification, d’aménagement et d’animation des parcs.
Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 30 municipalités et de plus de 3 000 résident·es de villes canadiennes.
Comment des chef·fes de file à travers le pays utilisent diverses méthodes pour encourager les gens à se rapprocher de la nature en allant à leur rencontre.
Comment dépasser les simples consultations ponctuelles en investissant dans l’établissement de relations de confiance à long terme peut permettre de renouer le dialogue, de redistribuer le pouvoir et de réimaginer les parcs
Comment renforcer notre sentiment de connexion avec la nature grâce à la prise de conscience, la réciprocité et la gratitude – et pourquoi est-ce important.
À la découverte des efforts menés par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs et honorer les histoires des peuples Autochtones des terres sur lesquelles ces villes sont construites.
Comment la concertation publique sur les parcs peut favoriser l’établissement de relations durables une fois le processus de consultation terminé.
Comment les approches de financement collaboratif et les investissements des différents niveaux de gouvernement permettent d’envisager de nouvelles façons de subventionner les parcs.
Les répercussions de la pandémie sur les budgets des parcs et l’importance des investissements fondés sur l’équité.
Une occasion unique pour les services des parcs de jouer un rôle positif dans la question de l’itinérance
Le personnel des parcs municipaux gère des actifs publics parmi les plus essentiels et pourtant sous-estimés : les parcs urbains et espaces verts. Bien plus que de simples terrains gazonnés, ces lieux sont de véritables lieux de sociabilisation pour les citadin·es, qui offrent une infrastructure environnementale cruciale et des ressources essentielles en matière de santé publique.
Le Rapport sur les parcs urbains du Canada (RPUC) fournit des données et des témoignages démontrant l’importance des parcs au personnel des parcs municipaux, aux groupes citoyens, aux associations à but non lucratif et au grand public. Publié annuellement entre 2019 et 2024, le rapport a mis en lumière les tendances, les défis et les occasions qui façonnent la planification, la gestion et l’expérience des espaces verts publics. Au cours de cette période, 46 municipalités y ont participé, représentant collectivement 48 % de la population canadienne.
Ce rapport synthèse rassemble les principaux constats des RPUC au cours de ces années charnières. Il propose un index thématique et soigneusement structuré des données et des récits recueillis au fil des années, accompagné d’analyses sur les tendances observées.
1 – Enjeu de santé : Les parcs sont un investissement dans la santé publique
L’une des tendances les plus fréquentes issues des données de nos rapports concerne la fréquentation grandissante des parcs urbains et leur reconnaissance en tant que lieux publics essentiels. Cette évolution a été largement accélérée par la pandémie de COVID-19. Ce que l’on considérait précédemment comme de simples aménagements publics sont désormais perçus comme des lieux indispensables à la santé mentale et physique ainsi qu’au bien-être des citadin·es.
2 – Manque de financement : Ressources et capacités limitées
Malgré les données indiquant une fréquentation et une appréciation accrues du public pour les parcs, les municipalités déclarent faire face à des contraintes en termes de budget et de personnel. Ceci limite leur capacité à entretenir et à améliorer leur réseau de parcs.
3 – Fonction écologique : Adaptation climatique et biodiversité
Les parcs urbains assument des fonctions écologiques, notamment en matière d’adaptation climatique et de soutien à la biodiversité en milieu urbain. En raison de l’intensification des effets des changements climatiques, ces fonctions font l’objet d’une attention grandissante.
4 – Équité et accès : S’attaquer aux obstacles systémiques
À partir de 2021, les municipalités participantes ont fait état d’initiatives visant à promouvoir l’équité, l’inclusion et la réconciliation dans leurs activités de planification et de gestion des parcs. Ceci reflète une prise de conscience sociétale plus large des obstacles systémiques à l’accès aux parcs et à leurs bienfaits.
5 – Évolution des pratiques : Mobilisation du public et opérations plus complexes
La gestion des parcs comprend désormais des dimensions sociales complexes qui dépassent leur simple entretien traditionnel. Ceci implique de mettre en place des stratégies de mobilisation du public et de prendre en charge des problématiques urbaines liées à l’espace public.
Comment le secteur des parcs peut relever les défis complexes actuels grâce à la collaboration et aux partenariats.
Comment la résolution de conflits et la transformation de défis en possibilités peut rendre les parcs plus équitables et plus durables.
Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.
Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.
Explorez les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs urbains.
On dit souvent que toutes bonnes choses ont une fin. Mais parfois, avec un peu de chance, cette fin peut être le début de quelque chose d’encore plus spécial. C’est exactement ce qu’il s’est passé au Parc Jarry dans l’arrondissement de Villeray-St-Michel-Parc-Extension à Montréal : le groupe citoyen Coalition des amis du Parc Jarry (CAP Jarry), bénéficiaire de la bourse TD Ami·es des parcs, y a fait renaître des cendres du temps des fêtes une Forêt Éphémère d’arbres de Noël recyclés, de rêves et d’espoirs.
Chaque Janvier, lorsque le temps des fêtes tire à sa fin, les sapins de Noël dénudés s’amoncellent sur les trottoirs, attendant lugubrement le service de ramassage de la ville. Au Canada, environ 6 millions de sapins se retrouvent à la décharge chaque année. S’ils ne sont pas recyclés correctement et simplement jetés, chaque arbre peut créer environ 16 kg de dioxyde de carbone. Non seulement cela représente une empreinte écologique importante, mais cela perd également une excellente opportunité de donner aux arbres une seconde vie plus percutante.
Le CAP Jarry, dirigé par Michel Lafleur, s’est engagé à relever ce défi cette année. Au lieu de la traditionnelle décharge, ils ont invité les résidents de Montréal à apporter leurs sapins de Noël dégarnis au Parc Jarry, à les planter dans des pots en bois construits pour l’occasion, et ainsi créer une Forêt Éphémère magique. Les familles et amis ont pu se promener librement entre plus de 250 arbres, tout en respectant les mesures de santé publique et de distanciation physique. Au bout des deux semaines d’installation, un service spécialisé en réaffectation du bois s’est chargé de ramasser et recycler les arbres adéquatement.
Pour ajouter à l’esprit magique de l’événement, les participants étaient invités à écrire leurs vœux pour la nouvelle année ainsi que leurs souhaits pour des nouveaux aménagements urbains dans leurs parcs et à les attacher à leur sapin. Cela a donné à chaque arbre une touche personnelle et a donné aux gens une chance d’exprimer leur vision de l’avenir. À une époque où les interactions sociales sont rares et où nous aspirons à interagir avec les autres, lire les souhaits personnels sur chaque arbre ressemblait à un échange intime avec les anciens propriétaires de l’arbre de Noël – leurs idées, leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir.
La forêt a créé un sentiment de connexion humaine à un moment où les gens en ont le plus besoin. Marcher à travers les centaines d’arbres au milieu du vaste parc Jarry fut une expérience inspirante, joyeuse et franchement magique.
“Tout le monde était souriant”, se rappelle Mme. Fumagalli, la maire de l’arrondissement VIlleray-St-Michel-Parc-Extension.
“Il y avait beaucoup de curiosité, une forme d’entraide, surtout une telle synergie… Le projet a eu d’énormes retombées positives”.
Ce qui a surtout marqué la maire Fumagalli, qui a eu un rôle facilitateur dans la planification de l’événement, c’est la manière extraordinaire dont les citoyens se sont appropriés et impliqués dans leurs parcs cet hiver. De la Forêt Éphémère aux hordes de Montréalais qui ont construit des bonhommes de neige dans les parcs de la ville après une tempête de neige, elle dit que nous voyons clairement «la nécessité pendant l’hiver d’avoir une sorte d’animation, surtout avec le contexte COVID actuel».
Une autre clé de la réussite de cet événement se trouve dans sa simplicité : l’idée est facilement transférable d’un parc à un autre, mais aussi d’une ville à une autre.
“Je suis certaine que c’est une idée qui fera boule de neige”, assure la maire Fumagalli. “Il y a tant de potentiel, autant pour les terrains vagues que les petits parcs. Le côté reproductible à petite échelle, facilement duplicable et demandant peu de ressources, ça rend cette initiative idéale”.