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« Je pense que la partie que je préfère est le sentier Scarborough Centre Butterfly qui a été créé en premier », déclare Katie Turnbull, à propos du projet pilote qui a lancé la création du parc Meadoway à Toronto.

« Cette partie a été créée en 2013. Il y a des fleurs et des herbes sauvages, des jardins collectifs ainsi que des parterres d’arbustes, et les parties gazonnées sont toutes bien tondues. Pour moi, il s’agit d’un endroit où j’aime me promener avec ma famille et mes amis. Mais j’aime aussi leur faire découvrir les parties qui n’ont pas encore été restaurées et leur montrer la différence entre les pelouses bien tondues et ce que nous pourrions avoir à la place. »

En tant que cheffe de projet principale à l’Office de protection de la nature de la région de Toronto (TRCA)*, Katie Turnbull travaille sur le projet Meadoway* depuis sa création. D’un sentier pour les papillons, elle l’a vu se métamorphoser en un projet visant à transformer le corridor hydroélectrique de la Gatineau de 16 kilomètres en un parc linéaire constitué d’espaces verts et de prairies, ainsi que d’une piste pour la marche et le cyclisme. Ce parc traversera Scarborough, dans la banlieue Est de Toronto, et reliera le centre-ville de Toronto avec le parc urbain national de la Rouge, à l’extrémité Est de la ville.

Les corridors hydroélectriques sont omniprésents dans les villes. Le projet Meadoway permet de repenser leur utilisation en les transformant en lieux de loisirs et de connectivité, en habitats pour la faune et la migration des animaux, et en lieux uniques mêlant paysages dessinés par l’Homme et paysages naturels.

« Il s’agit d’un projet visant à se réapproprier un espace industriel », explique Corey Wells, également chef de projet principal au TRCA. « Nous avons totalement transformé cet endroit que la plupart des gens voyaient comme un lieu peu propice au vélo ou à la détente. » Corey Wells souligne qu’il existe plus de 500 kilomètres de corridors hydroélectriques à Toronto, et le projet de Scarborough peut servir de modèle pour créer de nouveaux parcs et de nouveaux espaces pour la faune.

La géographie

Le parc Meadoway dispose de grands panoramas. Certains points culminants offrent une vue panoramique dégagée du centre-ville, et ce, sur plusieurs kilomètres et sans aucun arbre ni immeuble. Toronto est connue pour ses ravins – véritables crevasses naturelles qui serpentent du point septentrional de la ville jusqu’au lac – qui sillonnent généralement le paysage du nord au sud, sans connexions latérales. À l’image de ces espaces verts, les corridors hydroélectriques traversant Toronto représentent des ravins façonnés par l’Homme, ainsi que des chemins de traverse reliant un système de ravins et à un autre sur les plateaux. Comme le dit Corey Wells : « Il s’agit de l’épine dorsale de Scarborough. »

Le corridor de la Gatineau émerge de la vallée de la rivière Don au niveau de la rue Bermondsey qui sera la « porte d’entrée Ouest » du parc Meadoway et sera raccordé au sentier de l’East Don qui mènera directement au centre-ville de Toronto. À partir de là, le corridor se dirige vers l’Est, reliant sur son chemin vers le parc urbain national de la Rouge sept rivières, 15 parcs, 13 quartiers et une future aire de plus de 200 hectares de prairies cultivées. Bien que le parc Meadoway ne soit pas encore terminé, il est désormais possible d’en parcourir une grande partie à pied ou à vélo afin de découvrir les différentes étapes de ce projet qui s’échelonnera sur sept ans. La piste entraîne les voyageurs sur une série de longues pentes douces qui montent et descendent vers les bassins versants. Une promenade à vélo sur ce sentier qui serpente entre les pylônes hydroélectriques et devant des dizaines de panneaux interdisant le fauchage, et qui abrite ce que Katie Turnbull appelle un « habitat central » devient une véritable expérience de contemplation. Néanmoins, le projet Meadoway ne se contente pas de laisser pousser l’herbe.

D’une pelouse à une prairie

Avant la création du Meadoway, le corridor de la Gatineau était généralement tondu six fois par an.

« Ce que nous devons faire est un travail assez en profondeur , nous voyons ce projet comme un processus sur trois à cinq ans. La première année, nous avons recours à des pratiques agricoles et utilisons effectivement des machines agricoles pour retirer le gazon. »

Katie Turnbull

Après avoir retiré le gazon existant grâce au fauchage ou au labourage du sol, on plante des semences d’avoine. Le but est de faire émerger les autres graines qui se trouvent dans le sol afin qu’elles puissent pousser à la place du gazon. L’avoine permet aussi aux espèces envahissantes, telles que le dompte-venin de Russie et le chardon des champs, de pousser, tout en limitant leur croissance et en facilitant leur élimination. Ces herbes seront alors fauchées, et on répétera ce processus quatre fois durant l’été jusqu’à ce que toutes les plantes envahissantes non désirées soient supprimées.

À l’automne, on sèmera des graines afin de déclencher le processus de stratification naturelle. Ceci consiste à exposer les graines à un temps froid et humide, pendant lequel le gel et le dégel feront sortir les graines de leur dormance en fissurant leur enveloppe pour leur permettre d’absorber l’humidité.

Ce processus permet aux graines de germer au printemps. « Nous utilisons divers mélanges de graines adaptés à l’humidité des sols et à l’endroit où nous les semons sur les 16 kilomètres de sentier », explique Katie Turnbull.

« Toutes les semences utilisées proviennent de pépinières locales qui nous fournissent des espèces indigènes originaires du sud de l’Ontario. Nous essayons de choisir des semences qui permettent d’augmenter la diversité des espèces végétales, améliorent la santé de l’écosystème, offrent diverses périodes de floraison du printemps à l’automne, constituent des plantes hôtes pour les pollinisateurs et les oiseaux, possèdent de longues racines pour permettre de stabiliser les sols, sont résistantes à la sécheresse et fournissent des sources de nourriture aux oiseaux en hiver. »

Des dizaines d’espèces différentes sont plantées, en fonction de l’habitat en question : prairie à papillons, prairie humide, herbes sèches, talus de hautes terres, etc. Les semences les plus utilisées sont : le barbon de Gérard, l’aster de Nouvelle-Angleterre, la monarde fistuleuse, l’œnothère, le panic érigé, la rudbeckie, le silphe perfolié, la verveine hastée, l’asclépiade commune, et bien d’autres encore.

Le TRCA passe alors à la phase de gestion adaptative et de suivi. Il surveille l’apparition d’autres espèces envahissantes, contrôle l’évolution de la prairie et effectue des semis intercalaires si nécessaire. En parallèle, la Ville de Toronto tond une zone gazonnée de 3,25 mètres le long du sentier, ainsi qu’une bande tampon de 5 mètres le long des maisons qui donnent sur le parc Meadoway. Un entretien permanent est nécessaire, car, comme l’explique Katie Turnbull, toutes les prairies ont tendance à se transformer en friche arbustive, puis en forêt.

Remise à l’état sauvage – un nouvel habitat avec de nombreux avantages

« Ce que me disent souvent les résidents lorsque je parle avec eux sur le sentier, c’est qu’ils peuvent entendre les pollinisateurs », confie Katie Turnbull. « Un grand nombre d’entre eux avaient rarement vu ce genre d’insectes ou entendu le chant des oiseaux auparavant, et tout d’un coup, ils les entendent grâce au nouvel habitat créé par cette prairie. »

C’est ce que Katie Turnbull appelle « l’optimisation des services écologiques » qui apparaît lorsque l’on accroît la biodiversité et la résilience des écosystèmes dans le corridor électrique. Grâce aux plantes de prairie plus hautes, les oiseaux, les papillons ainsi que les autres pollinisateurs y trouvent désormais refuge. Pour les espèces passant l’hiver sur place, la prairie peut les aider à traverser la saison froide. Et pour les oiseaux et papillons migrateurs, elle constitue pour eux une zone d’alimentation et de repos sur leur passage. Quant aux chevreuils et autres animaux sauvages de grande taille, ils peuvent désormais se déplacer entre les différents ravins.

Et la couverture végétale plus importante permet aussi de filtrer l’air et donc d’atténuer la pollution. Grâce au développement du système racinaire des plantes indigènes, dont certains font plus de deux mètres de long, la terre peut également retenir davantage d’eau en ralentissant le ruissellement de l’eau et donc le risque d’inondation. La diminution de la tonte entraîne aussi une réduction des coûts d’entretien et des émissions polluantes. De plus, l’augmentation du nombre de prairies pourrait également avoir un effet rafraîchissant.

« Nous cherchons actuellement à déterminer la différence de température que génèrent une pelouse et une prairie, respectivement », explique Katie Turnbull. « Ce ne sont que des résultats préliminaires, mais il semblerait qu’il existe une différence de près de neuf degrés. »

« Pour moi, son plus grand potentiel réside dans sa connectivité », explique Nina-Marie Lister, professeure à l’école de planification urbaine et régionale de l’Université Ryerson et directrice de l’Ecological Design Lab, qui a organisé un atelier de conception pour le parc Meadoway.

« Il s’agit d’un espace qui relie différents quartiers, mais c’est aussi un espace comprenant plusieurs habitats et topographies. »

Selon Nina-Marie Lister, une prairie, contrairement à une forêt, offre un espace à ciel ouvert qui permet d’observer les oiseaux et de tirer parti de la lumière du soleil, que ce soit pour faire pousser des plantes destinées à la consommation humaine, grâce à l’agriculture urbaine, ou simplement pour se détendre. « Je dirais qu’il s’agit d’une expérience très différente de la nature », ajoute-t-elle. « D’une part, sur le plan physique, il y a l’idée de connectivité, et d’autre part, sur le plan visuel, il y a l’idée d’ouverture. Avec sa vue panoramique sur les plateaux, le parc Meadoway contraste avec les ravins qui dessinent des sortes de plis dans le paysage. »

Corridor industriel actif et partenariats

« La plupart des projets traditionnels visant à se réapproprier l’espace industriel dans le monde concernent des terrains autrefois exploités à des fins industrielles, mais dont l’activité a cessé, et qui ont été transformés en lieux publics, comme la High Line de New York », dit Corey Wells.

« Le parc Meadoway est unique en ce sens que l’espace est encore utilisé pour son objectif premier ». Corey Wells fait référence au « Programme provincial d’usage secondaire des terres » d’Hydro One, permettant que les corridors électriques soient utilisés à d’autres fins tant que leur fonction principale, celle d’acheminer l’électricité, continue d’être assurée. Il peut s’agir, par exemple, d’un stationnement construit par un promoteur près d’un lotissement existant, ou de terrains de sport aménagés par la Ville sous des pylônes électriques. Un porte-parole a fait savoir que, même si les corridors sont principalement destinés à acheminer l’électricité d’une manière sûre et fiable, Hydro One collabore volontiers avec les municipalités et les organisations locales pour trouver d’autres manières de les utiliser en toute sécurité.

« Je pense que Hydro One apprend, tout comme nous, à s’ouvrir à la possibilité d’utiliser ces espaces qui ne sont généralement pas des endroits où l’on aime passer du temps », déclare Corey Wells. Outre le fait d’éviter de planter des arbres là où ils pourraient entrer en contact avec les fils électriques, Corey Wells explique que l’emplacement des plantations et des sentiers est choisi pour faciliter l’entretien des installations électriques, et que l’aménagement d’une prairie représente le choix parfait pour favoriser l’ensemble de ces usages.

Cette phase d’apprentissage a également été vécue par un certain nombre d’agences et de groupes, dont le TRCA, Hydro One et les différents services de la Ville de Toronto, car chaque groupe, avec ses propres mandats et intérêts fondamentaux, a trouvé le moyen de travailler ensemble sur ce projet commun. 

Le Meadoway constitue également un exemple de partenariat public-privé, un concept plus courant dans les parcs des États-Unis qu’au Canada. Ce partenariat public-privé a été créé dans le cadre du Défi de la Fondation de la famille Weston, une initiative portant sur les parcs urbains, qui a permis de financer le projet pilote du sentier Scarborough Centre Butterfly. Le succès de ce premier projet de revitalisation a conduit la Fondation à s’engager à verser jusqu’à 25 millions de dollars afin de revitaliser l’ensemble des 200 hectares de parcs.

« Suite à la réaction enthousiaste du public après l’inauguration du sentier, nous avons pris conscience du potentiel d’expansion de ce projet pilote, le projet Meadoway a vraiment tout pour plaire : que ce soient ses avantages écologiques, les possibilités de recherche et d’éducation, sans oublier la promotion du transport actif. Il a la capacité d’avoir des effets salutaires importants sur le bien-être mental et physique des résidents de ce secteur. »

Emma Adamo, présidente de la Fondation de la famille Weston

Toutefois, ce projet présente une certaine complexité si l’on considère l’étendue des consultations publiques requises à l’heure actuelle.

Sensibilisation du public

« Nous avons mis en place un comité de liaison avec le public, qui comprend un certain nombre d’organisations locales, de résidents, d’ONG, d’initiatives telles que WalkTO* et BikeTO*, et de groupes spécialisés dans la réparation de vélos à Scarborough », explique Corey Wells. «

 Il regroupe des personnes partageant les mêmes valeurs et ayant différentes idées sur la façon dont d’utiliser cet espace. Nous avons fait appel à eux dans un premier temps comme base de réflexion. » 

Étant donné le fait que les résidents connaissent bien ces endroits et savent comment ils les utilisent, leur rétroaction a joué un rôle important dans la planification des sentiers et des points de raccordement. Les plans ont donc été adaptés en conséquence avant d’être présentés au grand public pendant des journées portes ouvertes et dans des centres d’information.

Par ailleurs, le TRCA a conçu une « boîte à outils de visualisation »* présentant des simulations dynamiques et attrayantes, des expériences de réalité virtuelle et même une carte de l’ensemble du corridor d’une longueur de 7 mètres, sur laquelle les gens ont pu apposer des autocollants et des notes personnelles pendant les réunions de consultation publique.

Le TRCA s’est également adressé spécifiquement aux nouveaux Canadiens résidant dans la ville cosmopolite de Scarborough pour qu’ils donnent leur avis sur le projet Meadoway. Les élèves des écoles à proximité du projet ont aussi reçu des graines afin de se familiariser avec les espèces végétales qui ont été plantées. Toutes ces activités de sensibilisation ont permis d’obtenir l’adhésion des résidents et de faire en sorte qu’ils soient parties prenantes du projet.

Après avoir étudié tous les commentaires reçus, les équipes de conception du projet Meadoway ont commencé à planifier les choses plus en détail : bancs, supports à vélos, poubelles, etc. Ces commentaires ont aussi servi à concevoir les intersections des sentiers, où le parc Meadoway traverse les sentiers nord-sud, les endroits pour s’asseoir ainsi que des aires de jeux, et pour aménager des jardins plus entretenus. Quant au système de signalisation, il est encore en cours de planification. Il comprendra des panneaux indiquant aux visiteurs où ils se trouvent et peuvent se rendre, mais aussi des panneaux les informant sur le patrimoine naturel et Autochtone du secteur, ainsi que sur la géomorphologie des cours d’eau traversés par le parc Meadoway.

Difficultés rencontrées lors de la conception

Créer un corridor naturel continu à travers une ville dense n’est pas une mince affaire. Nina-Marie Lister indique que plus de 30 points de passage routier dans le parc Meadoway présentent un certain nombre de difficultés, non seulement pour les humains mais aussi pour la faune sauvage. « Si nous donnons la priorité aux piétons et aux créatures particulièrement vulnérables à la circulation routière, nous devons alors ralentir la circulation », explique Nina-Marie Lister.

« Si nous percevons le parc Meadoway comme une priorité, nous devons réfléchir très sérieusement à la manière de créer un espace vert viable et doté d’un accès sécuritaire pour les humains et la faune sauvage, ainsi qu’aux investissements financiers requis, et ce, au même titre que les égouts et les chemins de fer. »

Bien que la construction de tunnels sous la route ne soit pas la solution privilégiée, construire des ponts s’avère coûteux. Selon Nina Marie Lister, l’intersection du parc Meadoway avec le boulevard Crockford dans le quartier Golden Mile illustre modestement mais clairement l’une des façons de ralentir la circulation routière. Au lieu d’un passage à niveau avec des feux de signalisation, la route est « rétrécie » et l’asphalte traditionnel est remplacé par des pavés ce qui incite les automobilistes à ralentir.

L’autoroute 401, avec ses larges voies expresses et collectrices, représente peut-être le plus grand défi à relever pour assurer la continuité du parc Meadoway. Celle-ci traverse le corridor électrique juste au nord du campus de l’Université de Toronto à Scarborough, là où le corridor prend fin au niveau du parc urbain national de la Rouge. Le TRCA étudie la possibilité de faire passer les usagers de transport actif par le campus, dans le cadre du projet d’améliorations majeures prévu dans le plan directeur de l’université pour ces sentiers. Ceci comprend le sentier en épingles à cheveux qui relie le fond du ravin au campus puis la route Conlins, où des pistes cyclables protégées ont été aménagées récemment pour permettre aux cyclistes de passer au-dessus de l’autoroute.

S’approprier le parc

Le TRCA a été contacté par un certain nombre de municipalités et d’organisations répertoriant ce genre de corridors dans leur juridiction et réfléchissant à la manière de les utiliser à d’autres fins et pour d’autres usages. Néanmoins, le TRCA espère que les gens s’approprieront le parc Meadoway et que celui-ci deviendra le moteur d’autres changements sur son parcours.

« D’ici 10 à 15 ans, j’aimerais voir apparaître un réseau de sentiers interconnectés et continus d’est en ouest, lorsque viendra le temps de planifier de nouveaux aménagements et d’améliorer les parcs, j’espère qu’on pensera à la manière de les relier au parc Meadoway. J’espère vraiment qu’il ressemblera aux branches d’un arbre pour l’ensemble de Scarborough. »

Corey Wells

Quant à Nina Marie Lister, elle le voit comme le « jardin pédagogique par excellence »; un jardin qui a le pouvoir d’inspirer non seulement d’autres Villes, mais aussi les résidents afin d’en faire de même dans leurs propriétés privées.

« Si la Ville et le TRCA peuvent le faire, nous pouvons tous le faire. » Pour elle, il s’agit d’une véritable pépinière, au sens littéral comme au sens figuré, pour la création de jardins naturalisés. Quant à Katie Turnbull, elle espère que le parc plaira aux gens. « J’espère qu’il s’agira d’un endroit où les résidents et le grand public viendront profiter de la nature et de la biodiversité », dit-elle. « J’espère que cela les aidera à voir qu’un autre type d’habitats est possible dans les villes. »

À propos de Shawn Micallef

Shawn Micallef est l’auteur de Stroll: Psychogeographic Walking Tours of Toronto* et Full Frontal TO* (nommé pour le Toronto Book Award en 2013), auteur d’une chronique hebdomadaire* pour le Toronto Star, et éditeur sénior et co-propriétaire du magazine inédpendant lauréat du Prix Jane Jacobs, Spacing*.Shawn enseigne à l’Université de Toronto et a été boursier en journalisme canadien de 2011-2012 au Massey College de l’Université de Toronto. En 2002, en tant que résident au sein du  Canadian Film Centre’s Media Lab, il a co-fondé le projet de documentaire filmé avec cellulaire qui s’est étendu à plus de deux douzaines de villes dans le monde. Le dernier ouvrage de Shawn s’intitule Frontier City: Toronto on the Verge of Greatness*.

Dans le magnifique documentaire d’Alan Zweig intitulé 15 Reasons to Live* (en anglais seulement), l’une des histoires parle d’un musicien de Toronto qui développe une véritable passion pour les oiseaux. Celui-ci passe du désintérêt total à une quasi obsession pour nos amis à plumes. Dans ce documentaire, Jack Breakfast explique ainsi son obsession pour les oiseaux :

« Si les oiseaux ne venaient qu’une fois par an, ce jour-là, tout le monde arrêterait ce qu’il est en train de faire pour s’en émerveiller. »

C’est vrai. En raison de leur omniprésence, nous ne prêtons guère attention aux oiseaux.Pourtant, il s’avère que l’hiver est le moment idéal pour commencer à vous enticher de ces petites bêtes. Voici ce que Kazeem Kuteyi, l’organisateur principal de Flock Together Toronto*, un groupe dédié à l’ornithologie en milieu urbain pour personnes de couleur, et Andrés Jiménez, le coordonnateur du programme Oiseaux Canada, vous conseillent pour commencer à observer les oiseaux pendant l’hiver, et ce, sans avoir à revêtir de pantalon beige en toile!

Ne laissez pas le terme « ornithologie » vous intimider

Le premier conseil d’Andrés est d’éviter les étiquettes. Lorsque l’on emploie le terme « ornithologue », on imagine souvent des seniors avec un pantalon beige en toile et des jumelles autour du cou. En toute franchise, cela ne fait qu’intimider encore plus les gens et les empêche d’explorer leur curiosité pour les oiseaux.

Crédit photo : Flock Together, Kazeem Kuteyi

Alors, passez outre le nom scientifique et considérez plutôt les oiseaux comme de fascinants êtres à plumes que vous pourrez découvrir au fil du temps.

Quant à Kazeem, ses conseils pour surmonter le caractère intimidant des activités ornithologiques sont très similaires. Avant la pandémie, Kazeem était DJ. Il faisait la promotion des événements musicaux auprès des jeunes de la vingtaine qui le considéraient comme un pro dans le milieu des discothèques de Toronto. Rien à voir, donc, avec la vie d’un ornithologue.

Lorsque la pandémie est survenue et que les discothèques ont fermé leurs portes, Kazeem a décidé d’explorer son intérêt pour les oiseaux. Il a ainsi décidé d’inviter son entourage à l’accompagner au parc High Park de Toronto pour y observer les oiseaux. Bien que ni lui ni son entourage n’aient le profil typique d’un ornithologue, ils ont décidé de franchir le pas :

« L’idée est de s’approprier des espaces dans lesquels beaucoup d’entre nous ne se sentent ni à l’aise ni à leur place, de par notre conditionnement », explique-t-il.

L’organisation Flock Together mise ainsi sur une approche résolument plus « libre » de l’ornithologie. Au départ, les membres du groupe ne connaissaient le nom d’aucun oiseau et disposaient, pour seul équipement, d’une seule paire de jumelles à 10 dollars qu’ils se passaient d’une personne à l’autre. Leur observation des oiseaux ne suivait aucun itinéraire prédéterminé. À la place, ils préféraient se laisser porter par leur curiosité. Sur les 15 personnes qui se sont réunies à High Park ce jour-là, la plupart se sont contentées d’utiliser leurs yeux et leurs oreilles pour se familiariser avec les oiseaux. Mais ce qui importait le plus encore à Kazeem et à son entourage était d’abandonner les idées préconçues sur ce qu’est un ornithologue et d’inventer leur propre manière d’observer les oiseaux.

Lors d’une entrevue récente, Kazeem a déclaré :

« Nous avons parlé des oiseaux, mais aussi de musique, d’art et de la vie en général. C’est le même genre de conversations que n’importe qui pourrait avoir dans une discothèque bruyante ou pendant un souper. La seule différence est que vous vous trouvez dans ce cadre magnifique et paisible. Et c’est gratuit. »

Andrés partage lui aussi ce sentiment. Selon lui, lorsque l’on essaie d’observer les oiseaux pour la première fois, il est important de prêter davantage attention à son environnement et de se laisser guider par sa curiosité. Vous pouvez les photographier ou les dessiner, simplement écouter leurs chants, et décider d’attendre avant d’investir dans une paire de jumelles. Ce qu’il est important de se rappeler est qu’il n’est pas nécessaire d’être un expert et que l’on peut simplement être à l’écoute des oiseaux qui nous entourent. Si cela vous amène à vous intéresser davantage à l’ornithologie, alors qu’à cela ne tienne!

L’ornithologie en hiver : une véritable exposition itinérante

Andrés Jiménez, coordonnateur du programme d’Oiseaux Canada, me confie :

« Nous devrions arrêter d’appeler les gens qui vont passer l’hiver dans le sud des “snowbirds”. Les vrais oiseaux des neiges sont les oiseaux de l’Arctique qui côtoient habituellement les ours polaires. Chaque année, ils migrent dans le sud du Canada pour y trouver un habitat plus tempéré et de la nourriture. »

Ainsi, chaque hiver, les Canadiens ont le privilège de pouvoir observer des oiseaux qui ne nous rendent visite que temporairement. Vous pouvez découvrir une merveilleuse exposition itinérante avec des oiseaux venant de la forêt boréale, comme des bruants des neiges, des sizerins flammés, des harfangs des neiges et des buses pattues, et ce, simplement en passant le pas de votre porte.

Crédit photo : Flock Together, Kazeem Keyeyi

« Je déteste vraiment l’hiver », dit Kazeem. En organisant des événements pour Flock Together, l’observation des oiseaux lui a ainsi donné une raison de sortir de chez lui. Malheureusement, les événements de Flock Together ont dû être interrompus à cause de la pandémie. Toutefois, le point de vue de Kazeem reste d’actualité. En effet, l’observation des oiseaux peut être une bonne manière de nous distraire pendant nos promenades hivernales tant redoutées.

Kazeem ajoute que l’observation des oiseaux en hiver offre une manière apaisante de profiter du calme que procure la neige. Cela vous permet de ralentir la cadence et d’être plus à l’écoute de votre environnement lorsque vous vous promenez en hiver.

Un autre avantage est qu’il est plus facile d’observer les oiseaux en hiver lorsque les arbres ont perdu leurs feuilles.

Créer des liens réciproques avec les oiseaux

Andrés encourage les ornithologues en herbe à créer des liens réciproques avec les oiseaux.

Installez une petite mangeoire à oiseaux à l’extérieur et utilisez-la en guise d’invitation à nouer une relation durable avec eux. L’observation des oiseaux peut aussi amener les nouveaux amateurs d’ornithologie à s’engager dans leur protection et leur bien-être. Lorsque les gens se découvrent un intérêt pour les oiseaux, ils sont beaucoup moins enclins à laisser leur chat en liberté. Ils sont aussi plus susceptibles de mettre des autocollants sur leurs fenêtres ou d’éteindre leurs lumières la nuit pour éviter les collisions. Vous pouvez aussi planter des plantes endémiques dans votre jardin pour fournir de la nourriture et un habitat à nos chers amis à plumes venant de l’Arctique pendant leur brève passage dans nos contrées.

Le Grand dénombrement des oiseaux, organisé par Oiseaux Canada et qui se déroulera du 12 au 14 février, est la manière idéale d’entrer en relation avec les oiseaux. Il vous suffit d’observer les oiseaux pendant au moins 15 minutes chaque jour pendant ces quatre jours. Vous saisissez ensuite ces données sur le site ebird.ca*. Vous pouvez également reconnaître les oiseaux présents dans votre quartier en utilisant le Guide d’identification d’Oiseaux Canada. Quant à l’application Merlin Bird (en anglais), elle vous offre un guide pratique sur les oiseaux de votre région avec des photos, leurs chants et une description utile des espèces d’oiseaux susceptibles de se poser dans votre jardin. Ensuite, vous pouvez ajouter vos photos d’oiseaux sur une carte mise à jour en temps réel. À chaque fois que d’autres ornithologues amateurs dénombrent de nouveaux oiseaux près de chez eux, leurs photos se matérialisent sur la carte par des petits flashs d’appareil photo. Votre contribution à la science à l’échelle locale permet de soutenir la recherche ornithologique à l’échelle mondiale. Pas mal, n’est-ce pas?

Animations autour du thème des oiseaux

Les associations citoyennes œuvrant pour les parcs ont conçu des activités pour observer les oiseaux, à la fois ludiques, sûres et respectant les règles de distanciation physique, que vous pourrez facilement reproduire avec votre association. 

Cette année, par exemple, grâce à la Bourse TD Ami·es des parcs, la Société artistique Still Moon Arts* a invité les résidents de Vancouver à se reconnecter avec la nature et à créer une symphonie de chants d’oiseaux sur Internet. 

Ce concert innovant a permis aux résidents de rendre hommage aux oiseaux.

« L’observation et l’écoute des oiseaux sont des activités idéales, car elles peuvent se faire par soi-même, n’importe quand et n’importe où. Cela nous permet d’entrer en relation avec d’autres êtres vivants avec qui nous partageons l’habitat. »

Carmen Rosen, Directrice artistique de Still Moon Arts.

Cette initiative collective visant à créer des liens avec les oiseaux a vu le jour après une discussion sur Internet animée par Sara Ross (RedSara)*, une éducatrice en environnement. Les participants ont appris à reconnaître les oiseaux que l’on peut apercevoir à l’aube, ainsi que le chant des oiseaux lorsque le soleil commence à se lever.

Ami•es des parcs publie le deuxième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, mettant en avant les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs.

Alors que nous ébauchions les histoires que nous voulions partager sur la biodiversité, l’aménagement créatif de parcs, l’engagement communautaire et l’itinérance, notre monde changeait. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que loin d’avoir perdu leur pertinence, les sujets traités avaient gagné en urgence.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 27 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.

Etudes de cas

Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant la crise de la COVID‑19.

Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens.

Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés

Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure.

Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs.

Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation.

Webinaire de lancement : Visionnez l’enregistrement

Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Ami•es des parcs publie le troisième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Favoriser l’équité et la résilience : Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.

Partout au Canada, la fréquentation des parcs a fortement augmenté pendant la pandémie, alors que la population se tournait massivement vers les espaces extérieurs pour pouvoir se rassembler en toute sécurité, se connecter à la nature et rester active. Les parcs ont ainsi pris une place encore plus importante dans le quotidien des Canadien·nes, mais les Villes ont dû composer avec de nouvelles pressions liées à la hausse de la fréquentation et aux exigences de santé publique.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 32 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.

Indicateurs clés

Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :

  1. Les parcs ont vu bondir leur fréquentation et ont démontré leur forte valeur ajoutée
  2. Les nouveaux défis ont engendré des façons originales d’utiliser les parcs
  3. Les parcs ont été reconnus comme des infrastructures de santé publique essentielles
  4. La pandémie a souligné les inégalités existantes.
  5. Lutter contre les changements climatiques via les parcs est une priorité grandissante
  6. Un rapport de cette ampleur repose sur un travail d’équipe

Etudes de cas

Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.

Comment les villes cherchent à s’adapter aux changements climatiques et à en atténuer les effets grâce à leurs parcs

Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.

Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs.

Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.

Comment les municipalités canadiennes peuvent-elles miser sur le soutien philanthropique pour leurs parcs et résoudre certaines des difficultés qui y sont liées?

Webinaire de lancement : Visionnez l’enregistrement

Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Ami•es des parcs publie le quatrième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Entretenir les relations et la réciprocité : Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.

Le rapport de cette année s’éloigne peu à peu des répercussions de la pandémie pour explorer comment les apprentissages des deux dernières années peuvent ouvrir la voie à des approches plus équitables et plus créatives en matière de planification, d’aménagement et d’animation des parcs.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 30 municipalités et de plus de 3 000 résident·es de villes canadiennes.

Indicateurs clés

Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :

  1. La popularité des parcs – Les Villes canadiennes ont encore vu augmenter le temps passé par leurs populations dans les parcs
  2. Redonner à la nature – Il n’est pas surprenant que les gens aient continué à être attirés par la nature en ville afin de se détendre pendant la pandémie
  3. Souligner le leadership Autochtone – La décolonisation, la représentation Autochtone et le leadership des peuples Autochtones dans les parcs urbains est une priorité de plus en plus importante pour les Villes du Canada, qui mènent certaines initiatives dans ce sens
  4. Rémunérer la participation – Même avant la pandémie, les budgets dédiés aux parcs étaient continuellement mis à rude épreuve. En effet, si vous avez lu les trois derniers Rapports sur les parcs urbains du Canada, vous aurez peut-être l’impression que nous commençons à nous répéter.
  5. Maximiser la mobilisation – La pandémie a transformé la manière de mobiliser le public à propos des parcs, bouleversant les traditionnelles méthodes de réunion en personne, comme les assemblées publiques, et mettant les Villes au défi de réimaginer la mobilisation publique
  6. Repenser les approches liées à l’itinérance – La question de l’itinérance, de plus en plus complexe et visible dans les parcs, se trouve au premier plan des préoccupations tant des municipalités que des citadines et citadins

Etudes de cas

Comment des chef·fes de file à travers le pays utilisent diverses méthodes pour encourager les gens à se rapprocher de la nature en allant à leur rencontre.

Comment dépasser les simples consultations ponctuelles en investissant dans l’établissement de relations de confiance à long terme peut permettre de renouer le dialogue, de redistribuer le pouvoir et de réimaginer les parcs

Comment renforcer notre sentiment de connexion avec la nature grâce à la prise de conscience, la réciprocité et la gratitude – et pourquoi est-ce important.

À la découverte des efforts menés par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs et honorer les histoires des peuples Autochtones des terres sur lesquelles ces villes sont construites.

Comment la concertation publique sur les parcs peut favoriser l’établissement de relations durables une fois le processus de consultation terminé.

Comment les approches de financement collaboratif et les investissements des différents niveaux de gouvernement permettent d’envisager de nouvelles façons de subventionner les parcs.

Les répercussions de la pandémie sur les budgets des parcs et l’importance des investissements fondés sur l’équité.

Une occasion unique pour les services des parcs de jouer un rôle positif dans la question de l’itinérance

Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.

Webinaire de lancement : Visionnez l’enregistrement

Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Le personnel des parcs municipaux gère des actifs publics parmi les plus essentiels et pourtant sous-estimés : les parcs urbains et espaces verts. Bien plus que de simples terrains gazonnés, ces lieux sont de véritables lieux de sociabilisation pour les citadin·es, qui offrent une infrastructure environnementale cruciale et des ressources essentielles en matière de santé publique.

Le Rapport sur les parcs urbains du Canada (RPUC) fournit des données et des témoignages démontrant l’importance des parcs au personnel des parcs municipaux, aux groupes citoyens, aux associations à but non lucratif et au grand public. Publié annuellement entre 2019 et 2024, le rapport a mis en lumière les tendances, les défis et les occasions qui façonnent la planification, la gestion et l’expérience des espaces verts publics. Au cours de cette période, 46 municipalités y ont participé, représentant collectivement 48 % de la population canadienne.

Ce rapport synthèse rassemble les principaux constats des RPUC au cours de ces années charnières. Il propose un index thématique et soigneusement structuré des données et des récits recueillis au fil des années, accompagné d’analyses sur les tendances observées.

Indicateurs clés

1 – Enjeu de santé : Les parcs sont un investissement dans la santé publique

L’une des tendances les plus fréquentes issues des données de nos rapports concerne la fréquentation grandissante des parcs urbains et leur reconnaissance en tant que lieux publics essentiels. Cette évolution a été largement accélérée par la pandémie de COVID-19. Ce que l’on considérait précédemment comme de simples aménagements publics sont désormais perçus comme des lieux indispensables à la santé mentale et physique ainsi qu’au bien-être des citadin·es.

2 – Manque de financement : Ressources et capacités limitées

Malgré les données indiquant une fréquentation et une appréciation accrues du public pour les parcs, les municipalités déclarent faire face à des contraintes en termes de budget et de personnel. Ceci limite leur capacité à entretenir et à améliorer leur réseau de parcs.

3 – Fonction écologique : Adaptation climatique et biodiversité

Les parcs urbains assument des fonctions écologiques, notamment en matière d’adaptation climatique et de soutien à la biodiversité en milieu urbain. En raison de l’intensification des effets des changements climatiques, ces fonctions font l’objet d’une attention grandissante.

4 – Équité et accès : S’attaquer aux obstacles systémiques

À partir de 2021, les municipalités participantes ont fait état d’initiatives visant à promouvoir l’équité, l’inclusion et la réconciliation dans leurs activités de planification et de gestion des parcs. Ceci reflète une prise de conscience sociétale plus large des obstacles systémiques à l’accès aux parcs et à leurs bienfaits.

5 – Évolution des pratiques : Mobilisation du public et opérations plus complexes

La gestion des parcs comprend désormais des dimensions sociales complexes qui dépassent leur simple entretien traditionnel. Ceci implique de mettre en place des stratégies de mobilisation du public et de prendre en charge des problématiques urbaines liées à l’espace public.

Tous les rapports

Comment le secteur des parcs peut relever les défis complexes actuels grâce à la collaboration et aux partenariats.

Comment la résolution de conflits et la transformation de défis en possibilités peut rendre les parcs plus équitables et plus durables. 

Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.

Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.

Explorez les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs urbains.

Le programme Parcs Coeur vital, conçu pour maximiser les bénéfices et l’influence des grands parcs urbains du Canada, a mené deux années de recherche auprès des utilisateur·trices des parcs urbains et des intendant·es afin de mieux comprendre les liens entre les parcs et la santé. Les résultats récemment publiés laissent entendre quelque chose que nous soupçonnions déjà grâce à nos discussions avec les gens et à notre amour pour le temps passé dans les parcs :  passer du temps dans les parcs est associé à une meilleure santé et à un bien-être accru. Cependant, ce qui ressortait véritablement de ces études, c’était que le principal indicateur d’une meilleure santé et d’un bien-être amélioré était le sentiment de connexion avec la nature chez les utilisateur·trices de parcs.

Les activités de plein air améliorent la santé et le bien-être

Notre sondage Parcs Coeur vital auprès des utilisateur·trices de parcs a révélé qu’il existait une relation significative entre le sentiment d’être connecté à la nature et une amélioration notable de la santé mentale, de la santé physique et du bien-être général. Il en résulte que les utilisateur·trices des grands parcs urbains se sentent plus en harmonie avec la nature et attribuent généralement des scores plus élevés à leur santé mentale, physique et à leur bien-être. 

Toutefois, la majorité des utilisateur·trices de parcs (67 %) qui fréquentent les Parcs Coeur vital consacrent principalement leur temps à des activités sociales, sportives ou récréatives plutôt qu’à des activités axées sur la nature (33 % des utilisateur·trices de parc). Nous constatons aussi que les utilisateur·trices de parcs qui pratiquent principalement des activités axées sur la nature dans les Parcs Coeur vital ressentent des liens plus forts avec celle-ci et attribuent des scores plus élevés à leur bien-être.

Crédit : Centre de la nature de High Park, Toronto

Convertir les résultats de la recherche en actions concrètes

Alors, comment pouvons-nous nous assurer en tant qu’utilisateur·trices de parcs, profesionnel·les des parcs et citoyen·nes engagé·es, que les gens tirent le plus grand bénéfice de leur visite dans les grands parcs urbains ? En explorant la recherche sur les liens entre la nature et la santé, de nombreuses stratégies ont été identifiées pour faciliter la connexion entre l’humain et la nature, dont les activités d’intendance, la pleine conscience en nature, la préservation des zones boisées naturelles, l’intégration de sports dans les programmes de plein air et la promotion de diverses connaissances et pratiques culturelles dans la programmation et les événements dans les parcs. Mais comment ces stratégies se concrétisent-elles sur le terrain avec les citadin·es ? Nous avons fait appel à notre nouveau partenaire du réseau des Parcs Coeur vital, la Meewasin Valley Authority*, pour comprendre les actions entreprises pour promouvoir la connexion entre la nature et les gens le long de la vallée Meewasin.

Meewasin, bien plus qu’un parc urbain traditionnel

La vallée de Meewasin, un parc de 6 700 hectares, s’étend sur 75 km le long de la rivière South Saskatchewan, traversant la ville de Saskatoon et s’étalant bien au-delà. Ce parc est un trésor écologique constitué d’un paysage de prairie abritant plusieurs écosystèmes uniques que l’on ne retrouve nulle part ailleurs au pays. Les prairies, comme celles de Meewasin, sont l’un des écosystèmes les plus menacés de la planète. Ces écosystèmes regorgent d’une biodiversité exceptionnelle et ont été parmi les plus impactés par l’activité humaine.

En raison de l’emplacement central de Meewasin et de son immense réseau de sentiers, le parc accueille plus de 2 millions de visiteurs·euses par an ! L’accessibilité du parc permet aux habitant·es de la ville et aux touristes d’explorer facilement la nature sans devoir quitter la ville. 

La Meewasin Valley Authority joue un rôle de premier plan dans la conception de programmes novateurs en lien avec la nature. Elle propose des programmes pédagogiques pour les enfants*, une application* contenant les récits Autochtones de la vallée, des promenades pour observer les pollinisateurs*, l’observation des étoiles sous un ciel nocturne* préservé ainsi que des performances en production ovine*. 

Alors, quelles leçons pouvons-nous tirer des divers programmes de plein air de Meewasin et comment pouvons-nous exploiter ces enseignements, en conjonction avec les conclusions de la recherche, pour maximiser les bienfaits des grands parcs urbains sur la santé ?

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

1. Promouvoir les programmes d’intendance dans les parcs

À Meewasin, l’intendance environnementale* fait partie intégrante de la programmation du parc. Meewasin compte plus de 1 000 bénévoles qui travaillent sur diverses activités d’intendance dans la vallée de Meewasin, notamment l’enveloppement des arbres avec du fil métal pour atténuer les dommages causés par les castors, l’élimination des espèces envahissantes, la replantation d’espèces indigènes, l’inventaire de la faune et le ramassage des déchets dans le parc.

Meewasin veille à ce que les activités d’intendance soient accessibles et motivantes pour un large public en offrant diverses opportunités de bénévolat. Cela permet aux gens de s’impliquer de la manière qui correspond le mieux à leurs intérêts ou à leurs besoins. Par exemple, les personnes qui souhaitent contribuer aux efforts de conservation du parc mais qui ne sont pas en mesure de participer physiquement à la plantation et à la lutte contre les espèces envahissantes peuvent aider avec les projets d’inventaire de la faune, l’éducation du public, l’interprétation de la nature lors d’événements ou encore en rejoignant l’équipe marketing et de programmation publique.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

2. Intégrer la pleine conscience en nature dans les programmes

Un nombre croissant de recherches* Portent sur les avantages des pratiques de pleine conscience dans la nature et des activités d’écothérapie, ce qui renforce leur popularité. La pleine conscience en nature et l’écothérapie sont des termes généraux qui font référence à des activités impliquant la médiation, la sensibilisation au monde naturel qui nous entoure, le yoga, la respiration profonde et la prise de conscience de notre place dans le monde naturel. Sans surprise, les recherches sur ce type d’activités suggèrent qu’elles approfondissent la connexion des gens avec la nature.

La recherche* a également révélé que les activités de pleine conscience en nature ont des bienfaits significatifs, notamment sur les enfants. S’engager dans des activités de pleine conscience en plein air améliore le sentiment de connexion des enfants avec la nature, leur enthousiasme à adopter des comportements pro-environnementaux ainsi que leur humeur générale. Meewasin semble bien consciente des bienfaits de la pleine conscience, puisque leurs programmes éducatifs scolaires intègrent des activités de pleine conscience en nature pour aider les élèves à se connecter au parc et renforcer leur lien avec la nature.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

3. Aborder le thème de la conservation avec légèreté

À une époque où nous sommes inondé·es d’actualités négatives, en particulier concernant les catastrophes climatiques et environnementales, il peut être difficile de ne pas se sentir dépassé·es et démuni·es. Cela peut entraîner un désengagement vis-à-vis de la nature et des programmes en plein air, car les gens cherchent à éviter les sentiments de deuil écologique et d’anxiété climatique*.

Meewasin cherche à soulager l’anxiété climatique et les actualités environnementales négatives avec ses programmes plus légers comme Naughty by Nature*, qui examine les stratégies de rencontre et d’accouplement des animaux du parc. Grâce à ce programme, tout le monde peut profiter d’expériences en pleine nature, ce qui peut même attirer les personnes qui n’ont pas encore d’intérêt pour la conservation.

En proposant une variété de programmes mettant l’accent sur le plaisir, Meewasin peut impliquer de nouveaux groupes pour la préservation tout en créant des liens positifs entre les gens et la nature.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

4. Le sport et les loisirs comme source d’inspiration pour renouer avec la nature

Nous pensons souvent que le sport et les loisirs dans les parcs vont à l’encontre de la conservation de la nature. Dans le passé, nous avons vu des espaces naturels défrichés pour faire place à de nouvelles installations sportives. 

Cependant, l’état de la nature et le sport sont indissociables. À mesure que le climat change, certains sports d’hiver peuvent devenir obsolètes et les sports d’été peuvent devenir dangereux en cas de chaleur extrême. Par conséquent, il est tout à fait cohérent que les personnes admiratrices de sports ressentent également une responsabilité envers la planète. 

De nombreux instituts de recherche et de responsables politiques ont compris cette relation et ont commencé à plaider en faveur* de l’utilisation du sport et des loisirs comme porte d’entrée vers l’éducation à la nature. En utilisant le sport comme passerelle, nous pouvons engager un tout autre groupe de personnes pour la conservation de la nature et éveiller leur sentiment de connexion avec la nature.Le programme Sip and Skate* de Meewasin est un excellent exemple de la façon de mettre cette approche en pratique. Meewasin invite les visiteur·euses à participer à une soirée de patinage dans la vallée de la rivière incluant repas et boissons, tout en proposant des opportunités d’apprentissage sur la préservation tout au long de l’événement. Ce qui rend ces événements si remarquables, c’est que l’équipe de Meewasin éveille une passion pour la conservation en soulignant l’importance de préserver la planète afin de garantir la pérennité des patinoires extérieures.

Crédit : Meewasin Valley Authority, Saskatoon

5. Intégrer la diversité bioculturelle dans les programmes et la gestion des parcs

La diversité bioculturelle* fait référence à l’idée que notre façon de penser la nature est basée sur notre culture et notre patrimoine. À titre d’exemple, l’humanité a évolué parallèlement aux côtés de la biodiversité unique de leurs régions d’origine, ce qui a conduit à l’émergence de différentes langues et cultures et, de ce fait, portent des noms, des connaissances et des pratiques variés liés à la terre. Il s’agit de la diversité bioculturelle. 

L’une des raisons* pour laquelle les gens se sentent déconnecté·es de la nature est due à un manque de liens culturels avec leur environnement actuel. Au Canada, nous constatons cela à travers l’effacement des cultures et des savoirs traditionnels autochtones ainsi que des pratiques de préservation de la terre. Cela crée une déconnexion entre les peuples Autochtones et la nature. 

Pour lutter contre cela, Meewasin, aux côtés d’autres parcs du réseau Parcs Coeur vital, travaille à l’établissement de partenariats solides avec les groupes autochtones et veille à ce que les pratiques d’intendance soient transmises par les gardien·nes traditionnel·les de la terre. Meewasin travaille actuellement avec plusieurs partenaires pour élargir l’accès aux médecines et plantes traditionnelles, fournir un espace urbain de cérémonie et organiser des cérémonies de purification par la fumée. Cela permet aux peuples Autochtones de se connecter avec la nature dans le parc de la manière la plus significative possible.

Aller de l’avant

À présent que nous avons une meilleure compréhension des moyens d’améliorer la santé par le biais de l’utilisation des parcs, en mettant l’accent sur la connexion avec la nature, nous devons maximiser ces bienfaits pour tout le monde ! Les Parcs Coeur vital ont prouvé leur capacité à encourager les connexions avec la nature pour les citadin·es et se démarquent en développant des approches innovantes pour rendre la nature accessible à un plus grand nombre. 

Alors que nous militons pour plus d’espaces naturels, nous devons également promouvoir plus de programmes axés sur la nature qui séduisent un public diversifié et intègrent de multiples façons de se connecter avec la terre. Suivez les Ami·es des parcs, Meewasin et nos autres partenaires des Parcs Coeur vital en ligne au fur et à mesure que nous dévoilons davantage de programmes en plein air innovants et élaborons des stratégies de conception pour améliorer la santé globale de notre société, de nos zones de loisirs et de nos centres urbains.

Quand on pense aux services de santé, ce sont souvent des images d’hôpitaux, de salles d’attente dans un cabinet médical ou de médicaments qui nous viennent à l’esprit. Mais si la réponse pour se sentir mieux passait aussi par des promenades dans un parc ou des activités de jardinage en groupe ? Ami·es des parcs considère l’intégration sociale et le contact humain comme de puissants leviers pour améliorer la santé et le bien-être des gens. Voilà l’essence même de la prescription sociale et nature. Cette pratique en plein essor encourage les individus à (re)prendre contact avec la nature et les autres afin d’améliorer leur bien-être mental, physique et social.

« Les parcs et les zones naturelles offrent de nombreux avantages pour le bien public. Il y a bien entendu la santé physique, car on effectue une activité physique, on fait de l’exercice et on prend l’air. Mais les avantages pour la santé mentale sont aussi incroyables. Vous savez, je vis près de High Park, qui est proche de l’hôpital Saint-Joseph. Pour moi, Saint-Joseph et High Park représentent les deux principales structures médicales dans mon quartier. Elles sont essentielles pour la santé physique, la santé mentale et la cohésion sociale de la population, en particulier dans une ville comme Toronto. ».

Personnel de la Ville de Toronto

Qu’est-ce que la prescription sociale et nature ?

La prescription sociale et nature consiste à encourager le grand public à participer à des programmes collectifs axés sur la nature afin d’améliorer leur bien-être général1. Il peut s’agir d’activités de jardinage, de rencontres culturelles, de marches en groupe ou d’activités artistiques dans un parc. 

L’idée est de favoriser le mieux-être en reprenant contact avec la nature, avec les autres et avec soi-même. 

Ces programmes ne sont pas uniquement mis en œuvre dans le domaine médical. Ils sont aussi proposés par des personnes passionnées et engagées dans leur quartier qui connaissent bien les besoins de leurs concitoyens et concitoyennes.  Ce modèle suit généralement un processus établi : un ou une prestataire de santé identifie un besoin, une agente ou un agent de liaison aide la patiente ou le patient à déterminer ses intérêts, puis l’oriente vers des activités collectives axées sur la nature2. Dans ce processus, les activités collectives remplissent la fonction d’intervention sociale et permettent de traduire cette prescription dans les faits.

Qui sont les agent·es de liaison ?

Les agentes ou agents de liaison (également appelé·es navigatrices ou navigateurs, éclaireuses ou éclaireurs, et coordonnatrices ou coordonnateurs communautaires) fournissent un soutien personnalisé en faisant le lien entre les services de santé et les services sociaux. Ces professionnel·les aident à déterminer les besoins et objectifs des patient·es. Ils éliminent les obstacles et facilitent leur accès aux ressources disponibles. Ils établissent des liens de confiance et créent un plan de traitement en collaboration avec la ou le bénéficiaire. Leur rôle est complémentaire de celui des prestataires de soins de santé et de services sociaux. Ils apportent un soutien additionnel dans le cadre d’une équipe interprofessionnelle de soins.

Conférence Ami.es des parcs 2023

Une approche essentielle, surtout à l’heure actuelle

La prévalence de l’isolement social, de l’anxiété et de l’épuisement professionnel est en hausse4. Pour de nombreuses personnes, en particulier les personnes racialisées, immigrantes et à faibles revenus, accéder à des services de santé mentale reste un défi et présente de multiples obstacles5.

C’est là que la prescription sociale et nature joue un rôle crucial :

Un processus basé sur un accès facilité, la pertinence culturelle et l’autonomisation visant un mieux-être

Des recherches montrent que passer du temps dans la nature peut atténuer le stress, l’anxiété et la dépression6. Une étude a révélé qu’une simple promenade de 20 minutes dans un parc peut réduire considérablement le taux de cortisol, l’hormone associée au stress.

Mais au-delà des données scientifiques, Ami·es des parcs apporte son soutien au public pour renouer avec la nature, avec sa culture et avec les autres.

Proposer une intervention sociale avec le programme Susciter le changement

Notre programme Susciter le changement n’a pas été conçu en tant que « prescription sociale et nature ». Dans ce parcours de soins, il correspond plutôt à l’étape de l’intervention sociale. Il s’agit du type d’activités collectives vers lesquelles le système de santé pourrait un jour orienter ses patients et patientes. 

Grâce à des événements culturels, des activités de jardinage ou des promenades dans la nature, des personnes engagées dans leur quartier favorisent le mieux-être de leurs concitoyens et concitoyennes en les aidant à se connecter à l’esprit d’un lieu, à la culture et à la joie. Ce programme soutient la création de groupes souhaitant organiser régulièrement des activités dans un parc de leur quartier. Il renforce leur capacité afin de plaider en faveur de l’amélioration de leurs espaces verts. Il encourage les partenariats pour élargir la gamme d’activités et de possibilités dont les groupes citoyens œuvrant pour un parc peuvent profiter.

« Nous avons nous-mêmes constaté l’effet positif des parcs et espaces verts bien entretenus sur la santé et le bien-être des habitants et habitantes de notre quartier. À travers le programme Susciter le changement, nous avons fait en sorte que les espaces de plein air favorisent davantage l’inclusion et l’accessibilité. Nous avons œuvré pour l’activité physique, la santé mentale et la création de liens sociaux. »

Leader communautaire

A group of men and women doing yoga in a park
Crédit : Greystone Neighbourhood Group, participant·e au programme Sparking Change

En 2024, plus de 50 groupes ont bénéficié du programme Susciter le changement* pour animer des espaces verts à Toronto. Conjointement, ils ont permis d’organiser 110 jours d’activités et ont touché plus de 3 300 personnes. La plupart des personnes participantes (96 %) ont déclaré ressentir des liens humains plus forts7. En outre, une grande majorité (80 %) a également déclaré que ce programme leur avait donné un plus grand sentiment d’intégration sociale dans leur quartier.

Une voie à suivre

La prescription sociale et nature ne vise pas à remplacer les services de santé traditionnels. Son rôle est plutôt d’élargir notre compréhension concernant d’autres méthodes de soins. Elle rappelle aussi que les cliniques ou les hôpitaux ne sont pas les seuls à pouvoir améliorer notre santé. Nous pouvons le faire dans notre quotidien : dans un parc près de chez nous, dans un jardin collectif ou en passant du temps en plein air avec d’autres personnes. 

Ami·es des parcs a constaté l’impact humain de ces initiatives collectives. Un simple échange, un moment de bienveillance et du temps passé dans la nature permettent de réduire l’isolement, d’améliorer la santé mentale et de procurer de la joie.  

« Localiser et découvrir les magnifiques parcs de Toronto a été une aventure et une révélation pour moi. J’ai remarqué un changement d’expression sur le visage de notre groupe d’aînés dès notre arrivée au parc. Ils ont été émerveillés par la végétation luxuriante et les animaux présents dans ces espaces verts. Parler des bienfaits d’être dans un endroit aussi paisible et serein nous a procuré un sentiment de bien-être collectif. Merci à Ami·es des parcs. »

Leader communautaire

Créer des ponts entre les interventions sociales comme Susciter le changement et le système de santé présente à la fois des défis et des opportunités. Comment pouvons-nous promouvoir ce genre d’initiatives auprès du système de santé actuel ?  Que faudrait-il faire pour que des prestataires de soins de santé prescrivent une promenade en groupe dans un parc ? Comment les agent·es de liaison et les prestataires de soins de santé pourraient-ils collaborer avec des personnes engagées dans leur quartier pour orienter les patientes et patients vers des programmes tenant compte de leurs besoins, de leur langue et de leur culture ? 

Voici quelles propositions pour réaliser ces ambitions : 

  • Partenariats entre des prestataires de soins de santé et des organisations locales. 
  • Modèles de financement durable pour pérenniser des programmes comme Susciter le changement. 
  • Sensibilisation du personnel de santé aux bienfaits des programmes dans la nature et des activités collectives comme formes légitimes de soins. 
  • Accès aux espaces verts axé sur l’équité pour prendre en compte les besoins des personnes racialisées, immigrantes, marginalisées ou en quête d’équité dans l’élaboration et la mise en œuvre des programmes. 

En créant ces ponts, les Villes pourraient ainsi exploiter le plein potentiel de la prescription sociale et nature.  

En investissant dans le bien-être de la population dans tous ses aspects, nous contribuons non seulement à améliorer la santé des citadins et citadines, mais aussi à favoriser leur intégration sociale.  

Références 
  1. England N. NHS England Green social prescribing [Internet]. [Cité le 4 août 2025]. https://www.england.nhs.uk/personalisedcare/social-prescribing/green-social-prescribing/*
  1. Marx V, More KR. Developing Scotland’s First Green Health Prescription Pathway: A One-Stop Shop for Nature-Based Intervention Referrals. Frontiers in psychology. Le 5 avril 2022, 13:817803. 
  2. Institut canadien de prescription sociale. Cadre de compétences des agents de liaison pour la prescription sociale au Canada [Internet]. [Cité le 28 août 2025]. https://www.socialprescribing.ca/fr-ca/link-worker-competency-framework
  3. CAMH [Internet]. [Cité le 15 août 2025]. L’anxiété, les sentiments de dépression et la solitude atteignent leur plus haut niveau chez les Canadien.ne.s depuis le printemps 2020. https://www.camh.ca/fr/camh-news-and-stories/anxiety-depression-loneliness-among-canadians-spikes-to-highest-levels*
  4. Infobase santé – Agence de la santé publique du Canada [Internet]. [Cité le 15 août 2025]. Faits saillants – Inégalités en matière de santé mentale, de bien-être et de mieux-être au Canada. https://sante-infobase.canada.ca/sante-mentale/inegalites/*
  5. Jimenez MP, DeVille NV, Elliott EG, Schiff JE, Wilt GE, Hart JE, et al. Associations between Nature Exposure and Health: A Review of the Evidence. International journal of environmental research and public health. 30 avril 2021;18(9):4790. 
  6. Hunter MR, Gillespie BW, Chen SYP. Urban Nature Experiences Reduce Stress in the Context of Daily Life Based on Salivary Biomarkers. Frontiers in Psychology. 4 avril 2019;10. 
  7. 2024 Impact report: Activating Parks, Building Community, and Creating Change. Disponible à : https://parkpeople.ca/2024-impact-report/*

Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Les changements climatiques et la perte de biodiversité imposent un stress à nos écosystèmes, et il est donc plus important que jamais d’engager les résidents dans la conservation urbaine.

Comment s’y prendre alors pour mobiliser les gens malgré leurs vies occupées tout en respectant le savoir traditionnel et en faisant participer un plus grand nombre de personnes à la conversation sur la conservation.

Réfléchissez à la méthode et au message

Selon Jennifer Pierce, chercheuse en biodiversité à l’Université de la Colombie-Britannique, pour rallier les gens autour de la biodiversité, il faut articuler cette dernière d’une façon qui les touche.

Elle recommande de se poser des questions comme « Comment la biodiversité s’inscrit-elle dans leurs vies? Dans leurs valeurs? » Dans certains cas, il faudra laisser tomber les arguments axés uniquement sur l’environnement et relier la biodiversité à d’autres enjeux qui préoccupent les gens.

Comme nous l’avons souligné dans notre description de projets de biodiversité urbaine à l’échelle des quartiers, l’un des avantages des initiatives locales est leur capacité à rendre la biodiversité tangible et pertinente. Une étude récente a également montré qu’exposer les gens à la nature à proximité de chez eux peut avoir une incidence positive sur leur engagement dans des enjeux environnementaux plus globaux.

En misant sur leur attachement à leur domicile ou à leur quartier, et en leur montrant comment des jardins de plantes indigènes et des jardins de pluie pourraient, par exemple, leur faire économiser de l’argent (comme le fait le programme de remises de Guelph), il est possible d’inclure plus de gens dans la conversation.

Le travail auprès des jeunes est un autre moyen de mobiliser les gens. La population des écoles est représentative de la société, explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée à l’Université Ryerson. Les élèves peuvent relayer des messages sur l’importance de la biodiversité à leurs parents, comme ils l’ont fait pour le recyclage dans les années 1980. « Ce sont les enfants qui ont poussé leurs parents à se mettre au recyclage en montrant l’exemple », indique Mme Lister.

Respectez et honorez la protection des terres par les peuples autochtones

Des personnes plantant des végétaux dans un jardin communautaire
Les Amis de Watkinson Park. Crédit: l’Aînée Marlene Bluebird

Joce Two Crows Tremblay, de l’Indigenous Land Stewardship Circle à Toronto, travaille directement avec des jeunes de la rue et des membres des populations autochtones urbaines. Ensemble, ils plantent des espèces indigènes dans les parcs et les espaces publics locaux et s’en occupent.

Ces jardins sont un moyen important de renouer avec la terre, les traditions et les cérémonies, des liens qui ont été coupés dans le cadre du processus de colonisation.

« Pour 50 % de la population autochtone qui vit en milieu urbain, les parcs sont les seuls endroits qui nous permettent de renouer avec la terre. Mettre ses mains dans la terre favorise grandement la guérison. »

Joce Two Crows Tremblay compile la recherche et éduque les gens sur les pratiques de gestion des espèces moins envahissantes. Son travail est profondément ancré dans la reconnaissance du fait que le mode de pensée colonial est souvent reproduit dans notre gestion des espèces et des paysages.

Introduire de nouvelles façons de penser nécessite des efforts constants et le renforcement des intentions auprès de l’ensemble du personnel, un apprentissage que Joce Two Crows Tremblay a fait lorsqu’on a accidentellement tondu leurs jardins des trois soeurs. La personne qui coupe le gazon doit comprendre, tout autant que la direction, les efforts pour renforcer la biodiversité et le travail de réconciliation dans les parcs.

Nous incorporons peu le savoir et les pratiques autochtones d’aménagement des terres dans notre travail lié à la biodiversité, et « c’est une lacune énorme et irresponsable », affirme Mme Lister.

Elle souligne que le personnel municipal qui met en place des stratégies de biodiversité a de bonnes intentions et est conscient de la nécessité d’accroître la participation des Autochtones dans ces efforts, mais il reconnaît aussi que les organisations et les communautés autochtones sont à la limite de leurs capacités.

« Il est reconnu depuis longtemps que les schémas de colonisation et l’histoire coloniale sont répétés et enracinés dans les façons dont nous construisons nos paysages, explique Mme Lister. Et comme le dit Lorraine Johnson, il doit y avoir une décolonisation du jardin. »

Sans se pencher spécifiquement sur les parcs urbains, une étude menée à l’Université de la Colombie-Britannique en 2019 a souligné l’importance des pratiques autochtones d’intendance des terres et révélé que la biodiversité était plus riche sur les terres aménagées par des Autochtones. En effet, le nombre d’espèces uniques y est supérieur de 40 %.

Engendrez le respect et un souci pour la biodiversité

Panneau d'interprétation dans une forêt
Des panneaux d’interprétation dans la Forêt Bose à Surrey. Crédit: Pamela Zevit

Sensibiliser la population globale afin qu’elle se préoccupe de la biodiversité peut être difficile. Si certaines personnes « adorent un endroit à la vie, à la mort », d’autres font abstraction de ses écosystèmes sensibles, y éparpillent leurs déchets ou permettent à leur chien d’y courir en liberté.

Or, comme l’a fait remarquer Don Carruthers Den Hoed de l’Université Mount Royal, la façon dont nous parlons d’un endroit, le nom que nous lui attribuons et le discours dont nous l’entourons peuvent contribuer à faire comprendre son importance. Les humains cherchent constamment des indices sur le comportement à adopter et l’usage à faire d’un lieu.

M. Carruthers Den Hoed mentionne une étude où on a dit aux participants qu’ils allaient au parc. Avant même de s’y rendre, les gens percevaient déjà cet endroit comme un lieu restaurateur, et ce en raison du terme utilisé. En désignant un lieu de « parc » ou de « paysage sensible », nous influençons les liens que les gens développeront avec cet endroit.

Dans une autre de ses études, M. Carruthers Den Hoed a effectué un « test aveugle » de la nature. Il a réparti les participants dans trois groupes et a emmené les groupes au même endroit, mais en modifiant les conditions pour chacun d’eux : à son arrivée, le premier groupe y a vu une affiche indiquant qu’il s’agissait d’un parc, le deuxième n’a pas vu d’affiche, et le troisième a pu interagir avec des Aînés autochtones qui leur ont parlé de la signification spirituelle du lieu.

M. Carruthers Den Hoed a découvert que la manière dont les gens perçoivent un espace — l’importance qu’ils y accordent et le niveau perçu de soins qu’il exige — est influencée par ce qu’ils apprennent sur cet espace, que ce soit par des affiches ou par des récits. Par conséquent, il souligne qu’il est essentiel de réfléchir à ce que les installations, les affiches et l’aménagement d’un parc disent au sujet de son importance et de sa raison d’être.

Des moyens créatifs de rallier les gens et de les mobiliser

Voici certaines des pratiques créatives adoptées par les villes et les communautés pour faire participer les gens à la préservation et à la mise en valeur de la biodiversité urbaine.

TIREZ PROFIT DU POUVOIR DE L’ART.

  • À Montréal, Les Amis du Champ des Possibles ont organisé des séances de dessin botanique pour attirer les artistes et les résidents locaux dans un terrain vacant transformé en aire naturalisée.
  • La Ville de Montréal a collaboré avec des étudiants en communications de l’Université Concordia pour créer une série de 25 courts métrages artistiques intitulée Portraits d’Arbres et visant à sensibiliser les gens aux arbres en milieu urbain.
  • Pour la première fois de leur histoire, la division de la culture et la division des parcs de Mississauga ont travaillé ensemble pour créer une œuvre d’art public agissant en même temps d’hôtel pour les abeilles dans le parc commémoratif Jack Darling.

FAITES PREUVE D’ORIGINALITÉ.

  • Dans un esprit ludique, la Fondation David Suzuki a lancé la campagne Bee-BnB en adaptant l’idée des réseaux d’hébergement partagé aux pollinisateurs. L’objectif du projet était d’encourager les gens à planter des jardins de plantes indigènes dans leur quartier.

TRANSFORMEZ LA NATURE EN LABORATOIRE D’APPRENTISSAGE.

  • À Edmonton, la BioTrousse Urbaine aide les gens à prendre part à la science citoyenne et à effectuer une surveillance nature dans leur parc local.
  • Diverses villes, dont Calgary, participent au Défi Nature Urbaine, qui incite les résidents à recueillir de l’information sur la faune locale pendant plusieurs jours. Calgary travaille aussi avec des résidents au contrôle de caméras qui filment la faune en plus de s’allier à un programme de surveillance des amphibiens.
  • Regina tient la Ladybug Day, une journée où les résidents sont invités à libérer des milliers de coccinelles pour maîtriser la population de pucerons.
  • Montréal s’est alliée au Fonds mondial pour la nature Canada dans le cadre de Biopolis, une initiative qui met en lumière des projets de biodiversité et qui comprend une bibliothèque de ressources.
  • Winnipeg dirige le Living Prairie Museum, qui effectue de la recherche sur la diversité des pollinisateurs dans la ville et le contrôle des espèces envahissantes.

Deux personnes debout sur un sentier entouré de végétation
Les Champ des Possibles à Montréal. Crédit: Les Ami·es des parcs

DÉMYSTIFIEZ LA FAUNE.

  • Ottawa organise des conférences sur la faune données par des experts de différentes espèces animales qui vivent dans la ville.
  • Toronto produit une série de livrets sur la biodiversité sur les abeilles, les araignées, les poissons et d’autres bestioles locales.
  • Montréal a lancé la ligne Info-coyotes pour permettre aux résidents de signaler la présence de coyotes et pour aider les gens à se sentir plus à l’aise à l’idée de coexister avec cette population animale. (La Ville a aussi un plan de gestion du coyote qui met l’accent sur la collaboration des résidents.)

RENDEZ LA NATURE ACCESSIBLE.

  • Les autobus Nana de Montréal permettent aux citadins de se rendre dans les grandes aires naturelles des environs qui ne sont pas accessibles par le transport en commun.
  • Le programme Into the Greenbelt dans le sud de l’Ontario offre des bourses aux résidents de communautés défavorisées pour qu’ils puissent faire une visite guidée d’une journée en autobus et découvrir la ceinture de verdure.
  • La carte en ligne des aires naturelles d’Ottawa fournit des directions et de l’information sur les randonnées, y compris les sentiers accessibles en fauteuil roulant.
Sentier et végétation avec bâtiment et coucher de soleil en arrière-plan
Les Champ des Possibles à Montréal. Crédit: Les Ami·es des parcs

Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant pandémie

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Se promener au parc est quelque chose que nous sommes nombreux à faire intuitivement lorsque nous ressentons de l’anxiété. Et qui ne ressent pas d’anxiété en cette ère de la COVID-19? Les médecins ont même commencé à prescrire la nature à l’instar d’un remède. Mais les parcs ont-ils tous les mêmes bienfaits pour notre bien-être psychologique?

Dans les années 1990, des études pionnières ont montré que l’exposition à la nature, même quand il ne s’agit que de jeter un regard par la fenêtre, pouvait réduire le stress, améliorer la concentration et nous aider à guérir plus vite. Ces travaux de recherche ne faisaient toutefois pas la distinction entre les espaces sauvages et les pelouses semées d’arbres.

Des études plus récentes ont approfondi le sujet en explorant la réponse des gens à différents environnements naturels. Elles se sont intéressées au temps passé dans des zones biodiversifiées (plus longue était la période passée dans la nature, plus l’effet positif était important) et aux types de végétation présente (les fleurs aux couleurs vives étaient stimulantes, les plantes vertes, apaisantes). Les chercheurs ont aussi voulu savoir si la présence de mobilier comme des bancs de parc réduisait les bienfaits des aires naturelles. (Cette hypothèse a été infirmée.)

Dans l’ensemble, les gens ont fait état d’un sentiment de bien-être accru dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus biodiversifiées, une conclusion qui a des implications importantes pour la planification de la biodiversité urbaine et les mesures d’engagement prises.

L’accès à la nature et à la biodiversité est devenu encore plus essentiel pour notre santé mentale avec la COVID-19. La pandémie a augmenté le stress et démantelé les réseaux de soutien personnels de bien des gens, et la moitié des Canadiens ont signalé que leur santé mentale s’était appauvrie. Dans ce contexte, l’Association canadienne pour la santé mentale a mis en garde contre une potentielle « pandémie subséquente » de troubles mentaux.

Pendant le confinement, les gens n’avaient d’autres choix que d’essayer de concilier les mesures prescrites par le gouvernement et leur désir de prendre l’air pour se vider l’esprit. Selon un sondage mondial mené auprès de 2 000 personnes, la santé mentale et la santé physique étaient des moteurs importants de l’utilisation de l’espace public durant la pandémie. Le même sondage a révélé que les gens trouvaient refuge dans des endroits près de la maison, ce qui souligne la nécessité pressante de s’assurer que les aires naturelles sont distribuées de façon équitable à travers nos villes.

Une nouvelle frontière

Des gens marchant dans une forêt par une journée ensoleillée
Une promenade dans les bois. Crédit: Ami·es des parcs

Quand on parle des bienfaits de la biodiversité, on décrit souvent les effets environnementaux et les services écosystémiques. Ces notions englobent tout ce que font les aires naturelles pour aider à purifier l’air, à fournir des aliments, à prévenir les inondations, à contrôler les températures extrêmes, etc. Il est très important de voir la nature comme une infrastructure verte, mais ce discours fait abstraction du rôle que jouent ces espaces en tant qu’infrastructures psychologiques.

« Le recoupement entre la richesse de la vie sur terre et le bien-être humain est maintenant bien établi dans la science, et il s’impose rapidement comme un impératif dans les pratiques de conception et de planification », explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée et directrice de l’Ecological Design Lab à l’Université Ryerson. Elle a d’ailleurs désigné ce domaine de « nouvelle frontière ».

« Nos parcs et nos espaces verts publics n’ont jamais été aussi importants pour les citadins, surtout sur le plan de la santé mentale et des effets bénéfiques de la nature urbaine sur le bien-être, insiste-t-elle. Des chants d’oiseaux à la lumière du soleil en passant par les fleurs sauvages et les promenades à l’ombre des arbres, nous savons maintenant que la capacité d’accéder au plein air de façon sécuritaire est une nécessité, et une prescription vitale pour le bien-être.

« Plus vite nous reconnaîtrons que notre présence dans la nature est une source de réconfort psychologique, plus nous serons à même de protéger la nature pour notre propre bien-être », ajoute-t-elle.

Don Carruthers Den Hoed, un chercheur à l’Université Mount Royal qui gère également le Canadian Parks Collective for Innovation and Leadership, a mené ses propres études sur les liens entre la biodiversité et le bien-être. Il maintient que parler du bien-être peut être un moyen de faire participer un plus grand nombre de personnes aux conversations sur les parcs et la biodiversité. Il souligne d’ailleurs que l’indice canadien du bien-être peut inspirer des discussions sur les multiples bienfaits des parcs.

Selon M. Carruthers Den Hoed, il est facile de comprendre comment les parcs contribuent aux aspects de l’indice comme les loisirs et l’environnement. Mais qu’en est-il de l’engagement démocratique et de la vitalité communautaire? Le chercheur indique que les villes devraient s’appuyer sur l’indice pour faire valoir que si les programmes de bénévolat contribuent au travail de restauration naturelle, ils renforcent aussi la vitalité et le bien-être des communautés.

Éducation, restauration et bien-être : trois avantages à retirer de la nature

Clôture en bois entourée de végétation avec un panneau représentant un oiseau qui chante
Une zone réservée aux oiseaux. Crédit: Ami·es des parcs

Les effets de la biodiversité sur le bien-être dépendent souvent autant de la perception des gens que du niveau de biodiversité réelle d’une aire naturelle. Par exemple, dans une étude menée en 2012, les sondés ont signalé des niveaux de bien-être plus élevés dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus naturelles, même si leur perception ne cadrait pas avec les niveaux réels de biodiversité.

Les chercheurs ont souligné que ces résultats mettent en lumière une occasion à saisir. Combler l’écart entre la perception et la réalité par de l’éducation naturelle et des initiatives d’intendance pourrait donner lieu à des « scénarios dont tout le monde ressort gagnant » et qui « maximisent aussi bien la conservation de la biodiversité que le bien-être humain. »

Autrement dit, plus nous améliorons la biodiversité de notre ville et fournissons aux résidents des moyens de s’occuper des espaces naturels urbains, plus les gens pourront les apprécier et mieux ils se sentiront en conséquence.

Robin Wall Kimmerer a décrit cette relation réciproque entre l’intendance de la terre et le bien-être humain dans son livre Braiding Sweetgrass, qui allie savoir autochtone et science de la nature.

« Restaurer le territoire sans restaurer les liens est un exercice vide de sens, écrit-elle. Ce sont les liens qui perdureront et qui assureront le maintien du territoire restauré. Il est donc tout aussi essentiel de rétablir les liens entre les gens et le paysage que de rétablir des systèmes hydrologiques appropriés et d’éliminer les contaminants. Ces liens sont des remèdes pour la terre. »

Une occasion ratée ?

Des gens dans un canot sur une rivière
Des canoës sur la rivière Humber à Toronto. Crédit: Ami·es des parcs

Nina-Marie Lister considère que le Canada passe à côté d’une occasion en or en ne tirant pas profit des effets positifs de la biodiversité sur la santé et le bien-être. « Pour un pays qui jouit d’une aussi grande biodiversité, nous accusons un retard pour ce qui est des stratégies de protection qui peuvent améliorer le bien-être humain. Je pense qu’il est urgemment nécessaire de rapprocher la biodiversité et la santé dans nos politiques publiques. »

Selon Don Carruthers Den Hoed, bien que les gestionnaires de parcs parlent souvent des bienfaits spirituels de la nature, « ceux-ci ne sont jamais mentionnés dans les plans d’aménagement. C’est parmi les aspects très importants qui attirent les gens vers la nature et pourtant, c’est quelque chose qu’on a tendance à écarter du revers de la main. »

Dans notre examen des stratégies de biodiversité des villes canadiennes, nous avons constaté que même si celles-ci mentionnent les bienfaits de la biodiversité sur le bien-être humain, c’est souvent en termes très généraux plutôt que sous forme de politiques ou de mesures recommandées.

Cela ne veut toutefois pas dire que les liens entre la biodiversité et la santé publique sont absents des réflexions menées par les villes

Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages à la Ville de Calgary, reconnaît le lien entre la santé mentale et la biodiversité. Elle affirme d’ailleurs que dans son travail de cartographie des réseaux écologiques, la Ville « vise à trouver des moyens d’élargir l’accès aux parcs pour les Calgariens de manière à inclure des expériences nature plus facilement accessibles ».

Les effets positifs d’une expérience de la biodiversité et de la nature sur le bien-être soulèvent des questions importantes sur l’accès équitable aux aires naturelles qui abritent une riche biodiversité, surtout à la lumière de l’augmentation des troubles de santé mentale due à la COVID-19.

Personne avec son vélo assise sous un arbre
S’allonger sous un arbre. Crédit: Les Ami·es des parcs

Comme l’a conclu la chercheuse en santé Nadha Hassen, les iniquités raciales et socioéconomiques dans l’accès à des espaces verts de qualité peuvent être un facteur déterminant des problèmes de santé mentale. « Dans les milieux urbains, les quartiers à faible revenu et ceux qui accueillent de nouveaux arrivants ou des populations racialisées ont tendance à offrir un accès limité à des espaces verts de qualité comparés aux quartiers où le revenu moyen est plus élevé ou ceux dont la majorité des résidents sont blancs », écrit-elle.

Assurer l’équité « représente un travail énorme », souligne M. Carruthers Den Hoed. En effet, l’équité est un aspect important qui est absent de nombreuses stratégies sur la biodiversité. M. Carruthers Den Hoed maintient d’ailleurs que l’équité ne se résume pas à l’accès (les gens peuvent-ils profiter d’espaces naturels à proximité?) et qu’elle est aussi liée à l’inclusion (dans quelle mesure les gens contribuent-ils à façonner ces espaces naturels?).

« Comment l’équité s’inscrit-elle dans les réflexions menant à la prise de décisions, celles sur l’emploi et les avantages économiques de tout ce qui se passe dans un parc, demande M. Carruthers Den Hoed. Je pense que c’est dans ce domaine que se fera le travail le plus intéressant. »