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Comme les parcs sont utilisés par des gens différents qui ne partagent pas la même définition du sentiment de sécurité, c’est un sujet très compliqué. Ce qui contribue au sentiment de sécurité chez une personne peut avoir l’effet contraire sur une autre. Fondamentalement, la notion de sécurité est l’état d’esprit d’une personne qui vit dans un monde prévisible et ordonné sur lequel elle exerce un certain contrôle. Le besoin de sécurité de chaque individu vient après ses besoins physiologiques de base.

Comment créons-nous des environnements sûrs dans les parcs?

Nous nous sommes adressés à deux groupes communautaires voués à un parc qui ont été aux prises avec des problèmes de sécurité et qui travaillent fort pour rendre leur parc accueillant, inclusif et sûr. Voici ce que nous avons appris.

À l’écoute de la collectivité d’abord

Quand une agression sexuelle a eu lieu au Graham Park en septembre 2017, le voisinage du quartier St. Clair West de Toronto s’en est trouvé dévasté. Les gens ont déserté le parc et l’allée qui y conduisait.

Les problèmes de sécurité dans le parc ont pris de l’ampleur au fil des ans et l’agression sexuelle a poussé les membres de la collectivité autour de Graham Park à agir. Se sentant impuissants pour régler ce problème complexe, ils ont communiqué avec Metrac, un organisme à but non lucratif de Toronto offrant des services de sécurité novateurs aux collectivités, notamment des audits de sécurité. Selon sa description, Metrac a pour objectif d’« améliorer l’environnement pour qu’il soit plus sécuritaire, plus inclusif et moins menaçant ».

Quand Julian Back a communiqué avec Metrac, une formation d’une journée a été prévue, suivie d’un audit de sécurité auquel tous les membres de la collectivité et les utilisateurs du parc pouvaient participer. Des employés clés du gouvernement et du parc ont aussi été invités.

Le processus d’audit de sécurité de Metrac s’articule essentiellement autour d’une tournée complète du parc pour que chacun puisse réfléchir à ses expériences et à son sentiment de sécurité à des endroits précis du parc.

Metrac souligne que le « résultat de l’audit s’appuie sur les expériences vécues ».

Pour cela, Metrac encourage fortement les groupes à faire un effort supplémentaire pour s’assurer que des gens d’âges et d’horizons différents participent à l’audit. Plus facile à dire qu’à faire. Les groupes sont encouragés à déborder des principes généraux de mobilisation pour garantir la verbalisation et la prise en compte de divers points de vue. Une méthode efficace consiste à travailler avec les leaders communautaires en qui les gens ont confiance. Il suffit de les former et de leur communiquer les messages clés pour répondre aux préoccupations pour aider à obtenir une représentation diversifiée.

Même si votre ville ne compte pas un pendant de Metrac, il est essentiel d’organiser une discussion avec animateur sur les problèmes du parc. Un animateur expérimenté fera en sorte que les points de vue soient écoutés respectueusement et qu’un groupe ou une personne en particulier ne se sente pas visé par la discussion, même si des voix discordantes émergent.

Par exemple, les jeunes qui se réunissent aux tables à pique-nique peuvent, avec raison, ne pas se sentir les bienvenus quand les adultes leur lancent des regards accusateurs ou passent des commentaires désobligeants. À l’inverse, les adultes peuvent ne pas sentir en sécurité quand de grands groupes de jeunes se rassemblent dans le parc. Il faut diriger la discussion avec beaucoup de tact pour que chacun reconnaisse et admette les perceptions différentes et contradictoires de la sécurité, mais c’est faisable.

« L’audit de sécurité est une occasion pour la collectivité d’apprendre à mieux régler les conflits ensemble »

Linda Frempong, coordonnatrice des audits de sécurité pour Metrac.

Un autre groupe de Toronto voué à un parc, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette, s’est formé pour aider à améliorer les conditions du parc qui a été négligé pendant des années et était dans un état lamentable de délabrement (bancs, équipement de terrain de jeu et lampadaires cassés, arbres morts, etc.).
Masaryk Park est situé dans le quartier Parkdale à Toronto, où des gens aux prises avec des problèmes de dépendance côtoient la plus grande concentration de Tibétains hors d’Asie. C’est aussi un quartier qui s’embourgeoise rapidement.

Le groupe Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a pris des mesures concrètes pour recueillir les commentaires du plus grand nombre de personnes possible du quartier.

  • Très vite, Susan Armstrong, fondatrice du groupe, a appris deux leçons importantes :
    en abordant les problèmes du parc sous l’angle de la sécurité, le dossier progresse plus rapidement auprès de la municipalité;
  • les membres de la collectivité doivent participer au processus parce qu’ils sont les mieux placés pour parler de leur parc et qu’ils peuvent se sentir mis de côté par ceux qui tentent d’apporter leur aide.

Susan Armstrong a fondé ce nouveau groupe en lançant une pétition pour demander à la ville de remplacer une structure de jeu brisée. La pétition comprenait des photos de la structure en piteux état et a donné au groupe une raison de joindre la collectivité et de lui faire savoir qu’il travaillait activement pour interpeller l’administration municipale. Il a aussi annoncé qu’une réunion aurait lieu dans le parc après le dépôt de la pétition pour discuter des étapes suivantes.

« En fait, les résidents plus riches ont tendance à s’exprimer davantage et à laisser peu de place aux autres », explique Susan.
Le groupe a réglé ce problème en décentralisant la discussion, c’est-à-dire qu’il a permis aux gens de partager leur point de vue sur les changements qui pourraient être apportés dans les endroits du parc qu’ils fréquentent. Un petit groupe de bénévoles a rencontré les résidents un par un pour les informer des changements éventuels et pour recueillir leurs commentaires. C’est aussi une excellente façon pour les groupes voués aux parcs de rencontrer les voisins et de joindre des résidents qui autrement, ne se seraient peut-être pas manifestés. Des avis sur les changements ont également été affichés à la bibliothèque, au centre communautaire, à diverses réunions communautaires et, bien sûr, dans le parc.

De petits changements aux effets énormes

Le rapport de 40 pages de Metrac sur Graham Park formule de nombreuses recommandations pour améliorer l’éclairage et la visibilité, les caractéristiques du parc, la qualité de l’entretien, l’accès au parc et son embellissement afin de créer un espace attrayant et invitant. Le rapport a été communiqué au conseiller municipal et à la police.

Julian Back sait qu’il faudra du temps pour mettre en œuvre les changements et il est convaincu que les principaux changements structurels seront éventuellement apportés. Mais il s’est aussi rendu compte que les petites victoires contribuent à entretenir l’enthousiasme.

L’aménagement d’une entrée plus attrayante dans le parc était l’une des principales recommandations du rapport. Avant, une affiche forçait les gens à entrer dans le parc par un passage étroit grossièrement pavé et pas très rassurant. Maintenant que l’affiche a été déplacée et que le chemin a été repavé, l’entrée du parc s’en est trouvée agrandie. Comme il s’agit de la voie d’accès au parc, le changement a fait forte impression dans la collectivité.
Autre conclusion du rapport : la ruelle au fond du parc étant couverte de graffitis, la vue dans le parc était rebutante et sinistre.
Grâce aux fonds recueillis dans le cadre d’une campagne de financement participatif organisée par la collectivité et au soutien de la municipalité, Julian Back et Kim Lesperence ont retenu les services de Wall Expressions and Street Art Toronto et 40 murs et garages ont été recouverts d’œuvres d’art colorées en une seule fin de semaine. Ce blitz de peinture a permis de créer une éclatante « galerie d’art extérieure ».

Julian et Kim ont invité la collectivité à participer à une fête au parc Graham pendant que les artistes étaient à l’œuvre. La fête a été l’occasion de présenter les nouvelles murales qui ont ajouté l’éclat qui faisait cruellement défaut dans le parc.

Susan de Friends of Masaryk Park insiste sur l’importance des petits changements.

« Une fois que les résidents remarquent quelques améliorations, leur opinion sur le parc commence à changer. »

Une fois la pétition déposée, la structure de jeu du parc a été remplacée dans un délai de six mois. Ensuite, la ville a enlevé une clôture et une zone dense de buissons et baissé une colline pour améliorer le panorama et rendre le parc plus invitant et accessible à partir de la rue.

Au cours des deux prochaines années, les bancs cassés seront enlevés et remplacés, et enfin, un plus grand nombre de poubelles seront installées pour améliorer considérablement la propreté. De petits changements pour de grands résultats.

Susan a appris qu’il est important d’avoir un plan pour apporter des changements dans le parc, mais aussi qu’il faut être prêt à faire preuve de souplesse.

« Présentez toujours poliment vos demandes à la ville et insistez sur la sécurité », conseille-t-elle.
Naturellement, il reste encore beaucoup d’autres points à la liste des requêtes des Friends of Masaryk Park, mais c’est un processus à longue échéance qui comporte des avantages : les gens ont le sentiment que l’histoire du parc est respectée et constatent les effets des petits changements sur l’utilisation du parc.

De l’importance de l’animation du parc

Le sentiment de sécurité augmente quand plus de gens sont invités à venir au parc. En général, un endroit animé est un endroit sécuritaire. Ce qui renvoie au principe des « yeux sur la rue » de Jane Jacobs.

Friends of Masaryk Park collabore depuis longtemps avec les organismes locaux pour animer le parc. Greenest City, organisme à but non lucratif local, a aménagé le magnifique jardin communautaire HOPE dans le parc, et il s’est associé aux Friends of Masaryk Park pour organiser des fêtes, des projets artistiques et des repas-partage et fournir du soutien pour le marché Good Food estival et automnal.

De plus, Friends of Masaryk Park and Melbourne Parkette a collaboré avec la bibliothèque locale pour offrir des séances de lecture aux enfants, a obtenu des tambours du centre de santé communautaire pour donner des leçons de batterie offertes par la collectivité et a aidé l’organisme Greenest City à organiser un marché Good Food dans le parc.

Friends of Masaryk Park organise aussi ses propres activités, comme des repas familiaux à la pizza dans le parc, le défilé des citrouilles, la vente annuelle de livres à 50 cents pour enfants, des soirées cinéma et de combats d’eau.

Susan conseille d’être patient, de bonifier et de répéter les activités, car il faut littéralement des années avant qu’elles ne deviennent populaires.

Depuis les changements dans Graham Park, Julian a constaté que plus de jeunes vont au parc et plus de camps de jour d’été y organisent des activités. C’est le début d’un long parcours pour rétablir le sentiment de sécurité au sein de la collectivité, et les effets positifs se font déjà sentir.années suivantes. Qui plus est, tout le monde aura besoin de décompresser. Cela sera aussi une bonne occasion d’échanger ses impressions sur l’événement !

Les parcs n’ont jamais été aussi fréquentés qu’au cours de l’année passée. Toutefois, leurs bienfaits n’ont pas été équitablement partagés, un aspect mis en évidence dans notre Rapport sur les parcs urbains du Canada.

L’apparition et l’application de lois en lien avec la COVID ont donné naissance à une culture croissante de surveillance, de maintien de l’ordre et de peur qui pourrait facilement faire partie de notre « nouvelle normalité » si elle n’est pas reconnue et combattue. Un nouveau rapport de l’Ombudsman de Toronto* offre un aperçu de ces réalités et propose d’en tirer des leçons pour changer les choses. Le rapport, publié au début du mois, a révélé que les règlements en lien avec la COVID dans les parcs de Toronto ont été mal communiqués et injustement appliqués en avril et mai 2020.

Des cercles de distanciation sociale dans les parcs, Steve Russell pour Toronto Star via Getty Images

Nous savons que les ressources des villes ont été mises à rude épreuve pendant la pandémie. Elles ont dû être confrontées à la fois à des situations qui évoluent rapidement et aux recommandations de la santé publique, tout en étant sous-équipées. Par exemple, 60 % des villes ayant participé à notre rapport sur les parcs urbains du Canada ont déclaré que la COVID avait occasionné des répercussions négatives sur les budgets d’exploitation des parcs, ce qui a rendu encore plus difficile d’en faire plus avec moins. Il est toutefois nécessaire d’examiner les mesures prises par le passé et les mesures actuelles, comme l’a fait l’Ombudsman, dans le but de tracer une nouvelle voie à suivre.

Les conclusions du rapport de l’Ombudsman indiquent notamment que les directives de la ville de Toronto concernant l’utilisation de certains équipements de parc n’étaient pas claires. Par exemple, les bancs ne figuraient pas sur le site  internet de la ville en tant qu’équipement ne pouvant être utilisé pourtant  des personnes ont reçu des contraventions pour s’en être servi.

L’Ombudsman conclut « qu’en raison de messages confus et incohérents, certaines personnes ont craint d’utiliser nos parcs publics de peur de recevoir une contravention, ce qui est injuste! »

Le rapport a également révélé que les policiers chargés de l’application des lois ont reçu pour instruction d’adopter une approche de « tolérance zéro », décrite par l’Ombudsman comme « inacceptable, peu claire et injuste ». Cela a donné à certains policiers l’impression qu’ils devaient abandonner leur pouvoir discrétionnaire habituel en favorisant l’émission de contraventions en tout temps.

Selon le rapport, l’application des lois a eu une incidence disproportionnée sur les personnes pauvres, marginalisées et sans-abris. Des enquêtes indépendantes ont mis en lumière deux incidents graves de discrimination raciale à la suite de l’application des lois entre mai et juin 2020.Nous avons vu d’autres cas similaires à travers le Canada. À Montréal, par exemple, un groupe de cinq femmes racisées ont été injustement interpellées et ont reçu des amendes* dans le parc très fréquenté de Jeanne Mance. À Ottawa, un homme noir a été agressé par un policier* alors qu’il était accompagné de sa fille de sept ans dans un parc. Un rapport* de l’Association canadienne des libertés civiles a révélé que des cas similaires de discrimination étaient répandus et avaient souvent lieu dans des parcs.

Les dangers d’une culture de répression dans les parcs

Les résultats du Rapport 2021 sur les parcs urbains du Canada confirment que ces problèmes s’étendent à travers le Canada et ne sont pas liés qu’aux premières phases de la pandémie. Parmi les 32 villes interrogées afin de produire le rapport, 84 % ont déclaré avoir renforcé l’application des lois en réponse aux mesures de distanciation physique en lien avec la COVID-19.

Cette augmentation de l’application des lois a coïncidé avec un accroissement des obstacles empêchant les personnes de jouir des parcs. Ces obstacles ne s’appliquent pas de manière égale pour tout le monde. 

Dans notre enquête auprès d’environ 3 500 personnes de la population canadienne, les personnes s’identifiant comme étant Noires, Autochtones ou de couleur étaient plus susceptibles de déclarer avoir été victimes de jugement social de la part d’autres usagers du parc (28 %), de la peur de recevoir une contravention ou d’être contrôlé par la police (24 %) et de harcèlement ou de discrimination de la part d’autres usagers du parc (22 %). Le taux de réponse de la population canadienne blanche a été inférieur sur tous les points, respectivement de 17 %, 15 % et 8 %. 

Compte tenu de ces obstacles, il n’est pas surprenant que nous ayons aussi constaté que les PANDC (personnes Autochtones, Noires et de couleur) du Canada  étaient moins susceptible de profiter des bienfaits des parcs sur leur santé pendant la pandémie. Par exemple, 88 % des personnes interrogées s’identifiant comme blanches ont déclaré que les parcs avaient des répercussions positives sur leur santé mentale, contre 69 % et 72 % pour les personnes s’identifiant comme Noires et Autochtones. 

Ces résultats mettent en évidence les effets préoccupants de la sécurisation croissante des parcs, une tendance qui existait avant la pandémie, mais qui s’est accélérée depuis. Cela se déroule parfois de manière subtile. Il suffit de prendre comme exemple les bancs avec des accoudoirs centraux qui empêchent les gens de s’allonger, un exemple classique de design urbain défensif*. Cela peut également se manifester par des « aménagements fantômes* », un terme inventé par l’universitaire Cara Chellew qui désigne l’absence de commodités telles que des toilettes ou des zones de rassemblement abritées, censés attirer les comportements « indésirables ». Étant donné que certaines villes ont fermé les toilettes des parcs pendant la pandémie ou enlevé des bancs permettant de s’asseoir de façon rapprochée afin de favoriser la distanciation physique, il sera essentiel de veiller à ce que ces commodités soient à nouveau disponibles dans les parcs une fois les restrictions levées.

Un banc public rendu innaccessible avec de la bande collante. Cara Chellew

Ou encore, prendre en compte la culture de délation (soient les voisins surveillant leurs voisins) qui a augmenté dans les parcs, alimentée par des lignes de dénonciation COVID. Depuis avril 2020, Toronto a reçu* plus de 30 000 plaintes liées aux mesures en vigueur en lien avec la COVID dans les parcs. Non seulement cette situation met à rude épreuve les ressources en personnel existantes, mais elle s’accompagne également d’un « risque considérable de plaintes infondées, d’une focalisation excessive sur les personnes marginalisées et d’une application des lois  discriminatoire par la police et les agents municipaux » affirment les experts*.

Répercussions sur les usagers des parcs en situation d’itinérance

Bien que sortant du cadre de l’enquête de l’Ombudsman, peu d’exemples illustrent aussi bien la sécurisation des parcs que celui de l’expulsion des résidents d’un campement dans le parc Trinity Bellwoods à Toronto*. Il s’agit d’une démonstration de force brutale à laquelle ont participé des centaines de policiers, des agents de sécurité privés et des employés de la ville pour superviser l’expulsion d’à peine quelques dizaines de résidents du campement. 

La ville a reconduit cette opération le 20 juillet au parc Alexandra* en encerclant le parc de policiers et d’agents de sécurité pour expulser les résidents du campement. Elle a notamment arrêté neuf personnes et interdit aux journalistes de pénétrer dans la zone. 

Cette façon d’appliquer les lois cause un préjudice direct envers les personnes résidant dans les campements. Comme nous l’avons examiné dans notre Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, les recherches démontrent que parmi leurs conséquences néfastes*, les démantèlements de campements déracinent souvent les réseaux de soutien, conduisent les personnes dans des endroits plus isolés où ils sont exposés à des risques accrus pour leur sécurité, et violent les droits*des peuples autochtones*.

Des actions comme celles-ci contribuent aussi profondément à la stigmatisation des sans-abris. Dans le cadre de l’expulsion des sans-abris du parc Trinity Bellwoods, la ville a érigé des clôtures* autour du périmètre de l’ancien campement, une zone surveillée par des agents de sécurité, afin de permettre la « restauration de l’environnement », empêchant ainsi les gens de s’y installer. 

Des clôtures similaires ont été érigées dans d’autres parcs où existaient d’anciens campements, notamment le parc George Hislop de Toronto et le parc Oppenheimer de Vancouver*. Bien que le gazon de ces parcs aurait certainement besoin d’être entretenu, on peut en dire autant des nombreux autres parcs de la ville où des clôtures ne sont toujours pas érigées. Il est difficile de ne pas imaginer qu’il existe des motifs cachés, comme d’empêcher les sans-abris d’accéder aux parcs. 

En plus d’avoir un rôle fonctionnel en empêchant l’accès au parc, les clôtures ont aussi un rôle symbolique : elles aggravent les hostilités existantes en contribuant à une dynamique de blâme dans laquelle les personnes logées attribuent la « perte » de leur parc aux dommages environnementaux causés par leurs voisins sans-abris. Il n’est pas rare que les communautés de sans-abris et les questions environnementales soient dressés les uns contre les autres lors de conversations sur les parcs. Nous devons toutefois remettre les choses dans leur contexte : l’impact environnemental d’une personne sans-abri est moins important que celui d’une personne logée ayant plus de revenus disponibles pour participer au processus de consommation (il suffit de se fier à l’impact environnemental causé* par des centaines de fêtards à Trinity Bellwoods pendant plusieurs fins de semaine). Ces actes cruels dépeignent les sans-abris comme des destructeurs de l’environnement, les positionnant comme des boucs émissaires alors que la réelle attention devrait plutôt porter sur notre échec collectif à réaliser le droit au logement pour tous.

Les points à retenir pour changer les choses

Le rapport de l’Ombudsman contient 14 recommandations systémiques que la ville s’est engagée à mettre en place, notamment en demandant au Municipal Licensing & Standards (MLS) d’élaborer une stratégie de lutte contre le racisme, ainsi qu’un plan visant à « écouter immédiatement les organisations communautaires, en particulier les organisations qui aident les personnes vulnérables et marginalisées », afin de s’assurer que leurs commentaires nous éclairent sur les activités répressives.

Un atelier créatif place Émile Gamelin à Montréal. Audrey-Lise Mallet pour Exeko en 2017.

Sur la base de ces recommandations et en nous appuyant sur les recherches antérieures d’Ami·es des parcs, nous proposons les conseils suivants pour aider à créer des parcs qui ne reposent pas sur des principes de répression et la sécurisation :

Les règlements peuvent avoir un effet positif et ne doivent pas être systématiquement appliqués

Les règlements des parcs peuvent être utiles, même en dehors du contexte d’une crise de santé publique. D’anciens travaux de recherche d’Ami·es des parcs* ont démontré que l’absence de règles claires peut créer une certaine anxiété quant à ce qui est permis ou non, empêchant des personnes de fréquenter un parc. En revanche, les règlements positifs, soient ceux qui sont formulés en termes de ce que vous pouvez faire, peuvent être habilitantes, car elles contribuent à éliminer les incertitudes. En d’autres termes, les règlements peuvent être libérateurs à condition qu’ils soient clairs, raisonnables, et culturellement appropriées. Par exemple, en plaçant un panneau dans l’herbe indiquant « venez pique-niquer ici » plutôt que d’envelopper les tables de pique-nique dans du ruban adhésif.

Mais les règlements ne doivent pas systématiquement être de nature punitive. Un Rapport de l’Université McGill* explorant l’application des lois en lien avec la COVID souligne qu’il existe peu de preuves empiriques concernant l’efficacité des amendes comme stratégie pour faire accepter des contraintes. En outre, comme l’affirment les auteurs du rapport, on peut raisonnablement penser que ces mesures « causeront plus de mal que de bien, en particulier pour les populations marginalisées ».

Passer du déplacement à l’inclusion

Plutôt que de chercher à repousser les communautés de sans-abri hors des parcs, reconnaître les personnes en situation d’itinérance comme des utilisateurs légitimes du parc dans les processus de planification, de programmation et d’engagement peuvent nous aider à construire des parcs plus inclusifs et à apprendre à mieux coexister*. Nous pouvons tirer des leçons du travail d’organisations qui, partout au Canada, présentent des possibilités d’approches plus inclusives, allant de l’embauche d’un travailleur social dans un parc à l’animation d’ateliers artistiques en plein air pour créer des liens entre les voisins logés et itinérants, en passant par l’embauche de membres de la communauté de sans-abris dans un café qui célèbre la cuisine autochtone au sein de parcs.

Utiliser l’art pour mobiliser les personnes itinérantes du square Viger à Montréal dans le cadre de consultation en vue d’un redéveloppement urbain. Mikael Theimer pour Exeko.

Ces stratégies ne protègent pas seulement les usagers des parcs en situation d’itinérance contre la violence, mais permettent aussi de répondre à leurs besoins fondamentaux. En outre, ce type de programme renforce les liens communautaires entre les utilisateurs du parc, qu’ils soient logés ou non, et favorise une plus grande empathie et une meilleure compréhension, ce qui s’avère difficile à développer dans d’autres contextes.

Tirer profit des réseaux communautaires

Le renforcement des relations et des canaux de communication entre le personnel de la Ville et les groupes communautaires est une recommandation formulée à la fois dans le rapport de l’Ombudsman ainsi que dans notre propre Rapport sur les parcs urbains du Canada. Comme l’écrit l’Ombudsman, la Ville « manque une possibilité importante et essentielle d’écouter les voix des communautés de la Ville de Toronto lors de la conception et de l’évaluation de ses activités de l’application des lois. Cela devrait être une priorité, en particulier pour les communautés vulnérables et marginalisées ».Plutôt que d’appliquer les lois de façon punitive, les municipalités devraient plutôt établir des relations avec les groupes citoyens locaux pour les parcs, dont plus de 1 000 existent au Canada, ainsi qu’avec les organisations partenaires. Ces groupes peuvent fournir des informations précieuses sur les besoins et les réalités du terrain, aider à diffuser des informations sur les pratiques de collecte sécuritaire et collaborer à des programmes qui permettront aux gens de profiter à nouveau des parcs ensemble.

Afin de comprendre la signification nuancée du terme « gestion de la terre », j’ai été amenée à lire le livre d’Aldo Leopold « Almanach d’un comté des sables » écrit en 1949.

En voici un extrait : « Si nous considérons la terre comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect. »

En 1949, Aldo Leopold disait déjà que « le confort à tout prix fait partie du dogme moderne ». Il était loin de se douter que bien des années après émergeraient les véhicules utilitaires de sport, les plats prêts à consommer et la mode éphémère. Alors que la culture de la facilité continue de régner en maître, les gens commencent à en constater le coût réel. De plus en plus de personnes souhaitent sortir de la « matrice » de ces dogmes modernes afin d’établir un lien profond avec la nature. Le programme Parcs Cœur vital d’Ami·es des parcs est le seul programme au Canada dont l’objectif est de maximiser les effets et les avantages des grands parcs urbains du pays. Il célèbre le travail des bénévoles qui se dévouent corps et âme en consacrant leur temps et leur énergie à bâtir un avenir meilleur et plus respectueux de l’environnement face aux changements climatiques.

Commencer la journée en sauvant une vie 

Pour les non-initiés, éliminer les espèces envahissantes dans un parc peut sembler un travail anodin, mais il n’en est rien. Dans un récent essai, Stephanie Foo*, journaliste et créatrice de balados, parle de son expérience dans le cadre d’un projet d’élimination des espèces envahissantes dans un parc de la Ville de New York. L’expérience, telle qu’elle la décrit, a joué un rôle clé pour l’aider à sortir d’une écoanxiété profonde qui la terrassait jusque-là.

« Il y a quelques années, j’ai fait une dépression nerveuse à cause, entre autres, de l’avenir sombre de notre planète », confie-t-elle simplement au début de son essai.

Stephanie Foo a pu reconstruire sa vie en développant un sentiment d’appartenance, notamment avec la nature.

En tant que superintendante à la Ville de New York, lorsqu’elle arrache des plantes envahissantes, voici ce qu’elle ressent :

« Quand j’ai terminé, je me tourne vers l’arbre que j’ai libéré des lianes et je passe ma main sur les cicatrices qu’elles ont laissées sur son écorce. Je m’émerveille devant ses branches qui s’élancent vers le haut, là où elles doivent être, je touche son tronc et je lui dis : “De rien”. C’est plutôt agréable de commencer la journée en sauvant une vie. »

Stephanie Foo

High Park Nature Centre, en mai 2017 des volontaires plantent des plantes indigènes

En effet, le travail que réalisent les bénévoles dans les grands parcs urbains du Canada a vraiment un caractère vital.

Commençons par quelques faits :

  • En 10 ans, à Stanley Park, les bénévoles de la Stanley Park Ecology Society ont éliminé 8 000 m3 de plantes envahissantes et les ont remplacées par plus de 8 000 arbres, arbustes et herbes indigènes.
  • Sur le mont Royal, en 33 ans, 250 bénévoles de l’organisation Les amis de la montagne ont planté 35 000 arbres et géré 15 000 m2 d’espèces envahissantes.
  • À High Park, les programmes du High Park Nature Centre ont permis à 80 000 personnes de participer à des activités de gestion du parc, comme la plantation d’herbes, de fleurs sauvages et de carex indigènes, et l’élimination d’espèces végétales envahissantes.

Quant au travail d’ordre vital des bénévoles, il repose sur le fait de redonner vie à l’eau, aux sols, aux habitats, et bien plus encore. À Stanley Park, ce travail de restauration concret a engendré une augmentation de la population d’hirondelles rustiques et de grands hérons du Pacifique. Ceci constitue un très bon signe. Les grands hérons du Pacifique étant au sommet de la chaîne alimentaire, leur retour dans le parc est le signe d’un écosystème sain et performant.

Grands parcs, grands effets

Des recherches sur les grands parcs indiquent qu’en raison de leur taille et de la richesse de leur biodiversité, ils offrent plus d’avantages écologiques que les plus petits parcs. En bref, alors que la pelouse et quelques espèces d’arbres clés sont bien dans les parcs près de chez vous, les grands parcs, quant à eux, débordent de vie, allant du lombric au grand cervidé. Grâce à leur taille et leur biodiversité, les grands parcs séquestrent davantage de carbone, réduisent l’effet des îlots de chaleur et atténuent davantage le bruit des villes que les plus petits parcs.

Source: Les amis de la montagne, parc du Mont-Royal, Montréal

Dans certains milieux, on appelle parfois « services écosystémiques » les services rendus par ces grands parcs. Cependant, une fois que l’on a attribué le terme « communauté » à la relation entre humains et nature, on se rend compte que ce terme n’est plus du tout adapté. 

Dans son essai, Stephanie Foo cite l’incroyable livre « Tresser les herbes sacrées » de Robin Wall Kimmerer, et ce qu’il lui a appris sur la création d’une nouvelle relation avec le monde naturel. Dans ce livre, l’auteure entremêle brillamment ses connaissances en tant que botaniste, mère et membre de la nation Potawatomi aux États-Unis, pour nous montrer tout ce que les plantes peuvent nous enseigner. Bien avant Aldo Leopold, les sources de connaissance Autochtones décrivaient la relation entre les humains et la nature comme une relation de réciprocité. 

Le savoir Autochtone tiré du livre « Tresser les herbes sacrées » et sa formation en tant que « superintendante » aux parcs de la Ville de New York ont eu un profond impact dans la vie de Stephanie Foo :

« J’ai été stupéfaite d’apprendre l’incidence réelle que nous pouvons avoir en protégeant les arbres. D’après cette carte sur les arbres de la Ville de New York, j’ai ainsi appris qu’un platane près de chez moi permettait, grâce à son ombre, d’économiser 2 500 kilowattheures d’énergie, de collecter 6 100 gallons d’eau de pluie (évitant que nos eaux usées se déversent dans les océans et les rivières) et d’éliminer 4 livres d’émissions polluantes ainsi que 10 500 tonnes de dioxyde de carbone de l’air chaque année. Les personnes vivant dans des zones plus arborées présentent une santé mentale plus solide; des zones où le taux de criminalité est aussi plus faible et où la valeur de l’immobilier est plus élevée. Quant aux zones les moins arborées, elles présentent le taux le plus élevé de maladies respiratoires. Protéger les arbres ne relève donc pas de l’altruisme. C’est une façon de prendre soin de soi-même. »

L’idée simple, mais primordiale selon laquelle la gestion de la terre et la santé personnelle sont interconnectées constitue l’une des raisons pour lesquelles les Amis des parcs souhaitent veiller à ce que chaque personne vivant en milieu urbain au Canada dispose près de chez elle d’un parc Cœur vital présentant des avantages écologiques et sociaux. Comme nous l’a rappelé Aldo Leopold : « Aucun changement éthique important ne s’est jamais produit sans un remaniement intime de nos loyautés, de nos affections, de nos centres d’intérêt et de nos convictions intellectuelles. »

Les Amis des parcs, High Park Nature Centre, Stanley Park Ecology Society et Les amis de la montagne participent tous activement au programme « Parcs Cœur vital ». Nous sommes profondément reconnaissants pour le dévouement des bénévoles qui redéfinissent le concept de « communauté ».

Si vous souhaitez vous aussi vous investir près de chez vous, communiquez avec l’une de ces ONG chefs de file à Toronto, Montréal et Vancouver :

Ami•es des parcs publie le deuxième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, mettant en avant les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs.

Alors que nous ébauchions les histoires que nous voulions partager sur la biodiversité, l’aménagement créatif de parcs, l’engagement communautaire et l’itinérance, notre monde changeait. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que loin d’avoir perdu leur pertinence, les sujets traités avaient gagné en urgence.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 27 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.

Etudes de cas

Comment la biodiversité urbaine soutient notre bien‑être, avec une importance accrue pendant la crise de la COVID‑19.

Comment approfondir la conversation sur la biodiversité tout en l’élargissant pour y faire participer plus de gens.

Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés

Comment les villes font face à la forte demande de parcs à chiens et à la grande controverse qui les entoure.

Comment les groupes communautaires créatifs et le soutien des villes permettent de créer des liens grâce à la nourriture dans les parcs.

Alors que les populations et le développement explosent dans de nombreuses villes, trouver de l’espace pour de nouveaux parcs pose des défis et stimule l’innovation.

Webinaire de lancement : Visionnez l’enregistrement

Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.

Ami•es des parcs publie le troisième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Favoriser l’équité et la résilience : Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.

Partout au Canada, la fréquentation des parcs a fortement augmenté pendant la pandémie, alors que la population se tournait massivement vers les espaces extérieurs pour pouvoir se rassembler en toute sécurité, se connecter à la nature et rester active. Les parcs ont ainsi pris une place encore plus importante dans le quotidien des Canadien·nes, mais les Villes ont dû composer avec de nouvelles pressions liées à la hausse de la fréquentation et aux exigences de santé publique.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 32 municipalités et de plus de 3 500 résident·es de villes canadiennes.

Indicateurs clés

Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :

  1. Les parcs ont vu bondir leur fréquentation et ont démontré leur forte valeur ajoutée
  2. Les nouveaux défis ont engendré des façons originales d’utiliser les parcs
  3. Les parcs ont été reconnus comme des infrastructures de santé publique essentielles
  4. La pandémie a souligné les inégalités existantes.
  5. Lutter contre les changements climatiques via les parcs est une priorité grandissante
  6. Un rapport de cette ampleur repose sur un travail d’équipe

Etudes de cas

Comment les changements climatiques affectent la planification, la conception et l’entretien des parcs.

Comment les villes cherchent à s’adapter aux changements climatiques et à en atténuer les effets grâce à leurs parcs

Comment les considérations liées à la justice environnementale peuvent contribuer à favoriser la résilience aux changements climatiques et résoudre les inégalités dans les parcs.

Pourquoi les Villes choisissent de plus en plus d’attribuer une valeur monétaire aux services fournis par les parcs.

Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.

Comment les municipalités canadiennes peuvent-elles miser sur le soutien philanthropique pour leurs parcs et résoudre certaines des difficultés qui y sont liées?

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Une occasion unique pour les services des parcs de jouer un rôle positif dans la question de l’itinérance

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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  • Alors que les spécialistes appellent les Villes à tenir compte des camps de sans-abris dans leur planification, leurs services des parcs continuent de rencontrer des difficultés pour gérer la question de l’itinérance qu’ils citent comme l’un de leurs principaux défis. Cependant, 62 % des personnes que nous avons interrogées ayant remarqué un ou plusieurs campements dans leur parc ont déclaré que cela n’avait aucunement nui à leur fréquentation des parcs.
  • Face à la situation, certaines Villes ont décidé d’établir un contact avec les personnes vivant dans des campements afin de privilégier la collaboration avec les personnes sans logement et les activistes.
  • Les parcs peuvent constituer des lieux propices à la conscientisation du public, en s’appuyant notamment sur des programmes citoyens et municipaux qui permettent de sensibiliser la population au problème de l’itinérance et de combattre la stigmatisation.

Alors que les camps de fortune se multiplient dans tout le pays, les services des parcs sont confrontés à un défi inédit : tandis que les parcs sont devenus des endroits illustrant très clairement la crise du logement, la capacité d’identifier des solutions de relogement permanentes se trouve en dehors de leur champ de compétence.

Cependant, en tant qu’organisateurs, intendants des terres et fournisseurs d’aménagements publics, les services des parcs peuvent tirer parti de leurs forces pour jouer un rôle positif face au problème de l’itinérance : que ce soit en fournissant des services basés sur les droits de la personne ou en approfondissant leur relation avec les personnes vivant dans des camps de fortune.

L’urgence de tenir compte des campements dans la planification municipale

« Depuis le début de la pandémie, on assiste à une prolifération et à un élargissement des campements », explique Alexandra Flynn, professeure à l’Université de Colombie-Britannique, qui a étudié les mesures prises par les Villes face aux campements pendant la pandémie. « Ceci a mis davantage de pression sur les Villes canadiennes qui ont dû gérer ces campements ». 

Dans notre sondage mené auprès des municipalités, 90 % d’entre elles ont déclaré que la question de l’itinérance dans les parcs représentait un défi, qui n’est d’ailleurs pas près de se résoudre.

Les spécialistes, y compris le personnel de première ligne, les personnes qui ont été en situation d’itinérance et les professionnels de la santé publique, alertent tous sur l’urgence de tenir compte de cette réalité dans la planification municipale.

« J’espère que ce problème va prendre fin, mais dans un avenir proche, j’anticipe que les gens doivent encore dormir dans les parcs. C’est triste, mais c’est une réalité à laquelle nous devons faire face », déclare Matthew Huxley, un militant qui a connu l’itinérance.

Diana Chan McNally, du Toronto Drop-In Network, ajoute : « En dépit des bonnes intentions, les gens ont toujours la conviction qu’il faut déplacer les personnes sans logement des parcs. Nous devons abandonner cette idée une bonne fois pour toutes. Parce que dans les faits… les gens n’ont absolument nul autre endroit où aller. » 

Les spécialistes de la santé publique partagent aussi cette idée. Ils appellent les Villes à tenir compte des camps de sans-abris dans leur planification afin d’améliorer la résilience des systèmes de parcs et de se préparer aux projections prévoyant une augmentation des personnes sans logement* en raison des changements climatiques*, ainsi qu’une hausse de la fréquentation des espaces verts* pendant les vagues de chaleur. 

Comme nous l’avons écrit dans le Rapport sur les parcs urbains du Canada de 2020, les approches encourageant le déplacement des personnes sans logement – que ce soit la conception défensive des parcs ou l’évacuation des campements – engendrent de nombreux préjudices. Chasser des parcs les personnes sans logement peut les obliger à se réfugier dans des endroits plus isolés où elles seront davantage exposées aux dangers. Ceci peut aussi compliquer la tâche du personnel de terrain pour maintenir un lien avec celles et ceux qu’il tente d’aider. 

De plus, tandis que les Peuples Autochtones sont touchés de manière disproportionnée par la précarité du logement – et représentent entre 28 et 34 % des personnes sans abri* alors qu’ils ne constituent qu’un peu plus de 4 % de la population canadienne –, déplacer les personnes des parcs continue d’illustrer des pratiques coloniales basées sur la violence* et la spoliation des terres, minant tout effort de réconciliation.

Malgré le sentiment répandu selon lequel les campements empêchent les autres de profiter des parcs, notre sondage mené auprès de plus de 3 000 personnes vivant dans des villes du Canada suggère que la plupart ne sont pas de cet avis.

62 % des personnes interrogées ayant remarqué des campements dans leur parc ont déclaré que cela n’avait aucunement nui à leur fréquentation des parcs – preuve que les personnes qui se rendent dans les parcs sont ouvertes à l’idée de partager cet espace avec les personnes sans logement.

People’s Park, Halifax — installation artistique communautaire après l’éviction d’un campement

Passer d’une approche opérationnelle à une approche relationnelle

Les services des parcs abordent généralement les camps des sans-abris d’un point de vue opérationnel, en se préoccupant surtout de l’entretien des parcs. Bien que ce travail soit important, il est insuffisant pour répondre aux besoins complexes des personnes qui ont trouvé refuge dans les parcs.

Pour répondre à la situation, la Ville de Vancouver a créé un nouveau poste au sein de sa Commission des parcs* afin d’assurer la direction des relations urbaines. Ce poste, le premier du genre au Canada, se concentrera sur l’établissement de relations avec les personnes vivant dans les campements et les partenaires sociaux. 

D’après Donnie Rosa, responsable de la direction générale de la Commission des parcs, ce nouveau poste transmet un message clair : « cet aspect s’inscrit dans le domaine d’activité des professionnels des parcs de la Ville ». La mise en place d’une équipe spécialisée et dotée de l’expertise adéquate allégera la charge qui pèse sur les effectifs responsables de l’exploitation des parcs, qui doivent souvent répondre aux problèmes de l’itinérance.

S’appuyer sur des principes directeurs

Ce nouveau poste a été créé après le lancement d’un processus* par la Commission des parcs en partenariat avec la Ville de Vancouver et BC Housing afin de déplacer les personnes vivant dans un grand campement au parc Strathcona vers des hébergements intérieurs au printemps 2021. Toutefois, les nouveaux camps qui ont vu le jour depuis lors soulignent la nécessité de poursuivre ce travail.

Lors de l’établissement d’un dialogue avec les sans-abris installés au parc Strathcona, la Commission des parcs s’est appuyée sur quatre principes directeurs : la réduction des risques, une intervention tenant compte des traumatismes, la réconciliation et la collaboration. Dans les faits, le processus s’est basé sur le soutien du personnel des services sociaux plutôt que celui de la police, sur la participation des effectifs de la Commission des parcs à une cérémonie du feu dirigée par des Aînés Autochtones avant d’entrer dans le camp des sans-abris, et sur la nécessité de veiller au langage utilisé, notamment en respectant les biens personnels des gens dans le parc plutôt qu’en les considérant comme des déchets.

Donnie Rosa reconnaît que se conformer à ces principes n’était pas chose facile au vu des systèmes coloniaux existants. Certains jours, les rencontres avec les personnes vivant dans les campements pouvaient durer plusieurs heures, car celles-ci avaient des choses importantes à communiquer au personnel des parcs.

« Ce n’est pas comme ça que nous travaillons. Nous enchaînons généralement les réunions », explique-t-elle, mais ces moments ont été d’une importance capitale pour toute l’équipe. « En tant que colons, mais aussi représentants des institutions pour lesquelles nous travaillons, nous devions entendre tout cela et y consacrer le temps nécessaire. »

Donnie Rosa souligne que, pour mener ce travail consciencieusement, il faut faire preuve de souplesse vis-à-vis des structures et des délais en place. « Nous devons nous soutenir mutuellement en nous disant que nous adoptons la bonne approche, celle de faire passer le bien-être d’une personne avant une échéance. »

Opter pour une approche basée sur les droits de la personne

De nombreuses Villes commencent à adopter une approche fondée sur les droits de la personne pour aborder la question de l’itinérance*, dont l’objectif est de veiller à ce que les personnes sans logement aient accès à des aménagements et des services essentiels dans les parcs. Par exemple :

  • La Ville de Winnipeg a mis en place des barils pour contenir les feux de camp dans les parcs et permettre aux personnes vivant dans les campements de se réchauffer en toute sécurité pendant l’hiver.
  • La Ville de Montréal a installé au square Cabot une tente de distribution alimentaire, gérée par le centre de jour Résilience Montréal. De plus, l’arrondissement du Plateau-Mont Royal a fait installer des brumisateurs dans les parcs afin de se rafraîchir pendant l’été.
  • La Ville de Kelowna a mis à disposition des conteneurs pour objets tranchants et des poubelles participatives avec anneaux de récupération dans tous ses parcs.
  • Les Villes de Mississauga et de Vancouver ont installé des douches dans les parcs. À Thunder Bay, la municipalité a augmenté la fréquence de nettoyage des toilettes. Quant à Toronto, elle dispose d’un groupe de travail dédié aux installations sanitaires qui se réunit deux fois par semaine pour discuter de l’accès aux toilettes portatives et permanentes, des bornes pour se laver les mains, des douches et du ramassage des déchets solides.

Adopter une mentalité d’apprentissage continu


Une murale sur l’avenue Ossington à Toronto. Crédit : Kelsey Carriere

Souvent formé dans des domaines tels que les loisirs, la gestion des ressources naturelles ou l’architecture paysagère plutôt que dans les sciences sociales ou le développement communautaire, le personnel des parcs, peut se sentir mal équipé pour répondre au problème des personnes sans logement, explique Donnie Rosa.

En effet, dans le cadre de notre sondage réalisé auprès de 30 municipalités, 56 % ont identifié comme obstacle le manque de connaissances ou de formation de leur personnel des parcs sur la question de l’itinérance. Certaines Villes, comme Gatineau et Toronto, ont fait état des initiatives récentes visant à sensibiliser et former leur personnel des parcs sur la question de l’itinérance. 

Cependant, Donnie Rosa encourage les membres du personnel des parcs à reconnaître aussi leurs forces actuelles : « Nous favorisons le développement communautaire et les liens sociaux, et nous devons utiliser cela dans ces situations pour rassembler les gens et leur ménager un espace de parole. »

Le fait d’encourager une culture basée sur l’humilité, le dialogue et l’apprentissage collectif a joué un rôle crucial dans la capacité de la Commission des parcs à respecter ces principes directeurs. « J’ai appris beaucoup plus… au cours de ce processus que je n’aurais jamais pu apprendre en suivant n’importe quel cours ou formation », relate Donnie Rosa. « Et cela, grâce au simple fait de mettre en pratique ces principes et de faire des erreurs… et puis de tenir compte de ces erreurs et de nous demander : comment pouvons-nous faire mieux? »

Donnie Rosa explique que l’une des erreurs commises par la Commission des parcs après le départ des itinérants du camp du parc Strathcona a été que son personnel a évacué les tentes et les articles personnels laissés sur place, pensant que ceux-ci avaient été abandonnés. Avec le recul, Donnie Rosa aurait aimé accorder plus de temps aux sans-abris pour s’assurer que le personnel ne retire que les objets dont ils étaient prêts à se séparer.

Saisir l’opportunité de faire participer les personnes en situation d’itinérance au processus de réhabilitation du parc en utilisant un modèle d’emploi entre pairs est un enseignement que le personnel retiendra pour la prochaine fois. En effet, les personnes déplacées du camp voulaient participer à la remise en état du parc après leur départ, explique Donnie Rosa.

Changer le discours

Un récent rapport de l’Université York* indique que les Villes disposent de deux types de pouvoirs pour aborder la gestion des camps de fortune : un pouvoir juridique formel, via les règlements par exemple, et un pouvoir informel, via des messages qui façonnent l’opinion publique sur ces campements.

Les services des parcs sont bien placés pour tirer parti de ce pouvoir informel afin de changer le discours sur les campements. Et cette démarche a toute son importance étant donné que 70 % des Villes déclarent rencontrer des difficultés dans la gestion des personnes sans logement en raison des plaintes du public. En faisant des parcs des lieux propices à la conscientisation de la population, les Villes peuvent non seulement sensibiliser le public au partage de l’espace et le mettre à l’aise à cet égard, mais aussi contribuer à réduire les plaintes et alléger la charge qui pèse sur les effectifs des parcs.

Dans son plan d’action sur l’itinérance publié récemment, la Ville de Gatineau cite comme orientation stratégique le fait d’« améliorer le vivre-ensemble et faciliter la cohabitation dans l’espace public ». Pour ce faire, le personnel municipal a jusqu’à présent mis en place des « comités de cohabitation » dans les quartiers pour chercher, avec les parties prenantes, comme les organismes de services sociaux, le public et les entreprises, à conscientiser le public sur l’itinérance.

« Ce qu’on fait au comité de cohabitation, c’est de la déstigmatisation », explique Julie Sénéchal, coordonnatrice du développement des communautés à la Ville de Gatineau. Cette orientation a été proposée par des personnes sans logement participant au comité qui ont identifié « la question des préjugés et comment eux le vivent » comme une priorité importante, explique Julie Sénéchal.

Le premier comité a été formé dans le quartier de l’Île de Hull où un espace vert cogéré par la Commission de la capitale nationale, le ministère des Transports du Québec et la Ville de Gatineau sert de camping pour les sans-abris. Située à côté de cet espace vert, une école secondaire faisait partie des principaux partenaires du comité. À cette fin, les élèves ont interrogé leurs camarades pour comprendre leurs questions et leurs préoccupations sur l’itinérance. En se basant sur les commentaires des élèves, le comité de cohabitation élabore actuellement des vidéos d’information pour sensibiliser les gens du quartier afin qu’ils soient plus à l’aise de partager leur espace.

Les programmes mis en place dans l’espace public contribuent également à favoriser l’inclusion. À cet égard, la Ville organise des activités de nettoyage de quartier en partenariat avec des organisations locales et les personnes vivant dans les camps. Elle entend aussi lancer un programme d’agriculture urbaine qui embaucherait comme jardiniers des personnes sans logement en partenariat avec un organisme de services local. 

Ce projet n’en est encore qu’aux premiers stades de sa mise en œuvre, mais Julie Sénéchal indique que la concertation régulière et de qualité des personnes sans logement sera cruciale pour sa réussite. 

« Il faut aller à la rencontre des gens, c’est ma méthode de travail », explique Julie Sénéchal. Elle a bon espoir que ce projet contribuera à établir les bases d’une collaboration plus forte avec les personnes sans logement. Et d’ajouter que le plan d’action « nous permet de mettre en place des outils qui favoriseront une réelle participation et d’inclure les personnes en situation d’itinérance dans les processus de planification ». 

« [Les personnes sans logement] connaissent la ville sous un autre angle que nous », dit-elle. « Il y a du monde qui a des choses à dire et on veut s’assurer de les entendre. »

À Montréal, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal va dans le même sens avec son nouveau Plan de cohabitation sociale et de partage de l’espace public. Le plan comprend une fiche d’information qui décrit la réalité des personnes en situation d’itinérance et encourage la population à établir des relations amicales avec celles-ci dans leur voisinage en leur disant bonjour ou en partageant un café. 

Les programmes citoyens peuvent également contribuer à changer les idées reçues. Dans le parc Martin-Luther-King de Montréal, l’organisme Exeko a organisé une exposition de photos présentant des portraits de sans-abris afin de conscientiser les personnes visitant le parc.

Les programmes menés dans les parcs peuvent être particulièrement utiles pour aborder les questions controversées liées aux camps de fortune. Des initiatives comme l’événement dédié à la réduction de la stigmatisation*, organisé en l’honneur de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses dans le parc Kaministiquia River Heritage de Thunder Bay, peuvent aider le public à faire preuve de plus de compassion lorsqu’il voit des seringues usagées dans les parcs, par exemple.

Des programmes comme ceux-ci constituent une source d’inspiration pour envisager un avenir dans lequel les parcs, et les services des parcs, sont considérés comme faisant partie de la solution à la question de l’itinérance. Pour Donnie Rosa, le défi à relever est de réfléchir à « comment faire de ce [parc] un lieu agréable et pas seulement un lieu de répit? Comment peut-on faire en sorte que votre séjour, votre visite ou votre vie ici se passe le mieux possible? »gagent à mieux travailler ensemble, les parcs s’en trouvent doublement gagnants.

Ami•es des parcs publie le quatrième rapport annuel sur les parcs urbains du Canada, intitulé Entretenir les relations et la réciprocité : Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.

Le rapport de cette année s’éloigne peu à peu des répercussions de la pandémie pour explorer comment les apprentissages des deux dernières années peuvent ouvrir la voie à des approches plus équitables et plus créatives en matière de planification, d’aménagement et d’animation des parcs.

Dans ce rapport, nous regroupons les thèmes abordés lors de nos conversations avec le personnel municipal, et les données recueillies grâce à nos sondages menés auprès de 30 municipalités et de plus de 3 000 résident·es de villes canadiennes.

Indicateurs clés

Explorez dans le document PDF nos indicateurs clés sur les tendances et les défis des parcs urbains cette année :

  1. La popularité des parcs – Les Villes canadiennes ont encore vu augmenter le temps passé par leurs populations dans les parcs
  2. Redonner à la nature – Il n’est pas surprenant que les gens aient continué à être attirés par la nature en ville afin de se détendre pendant la pandémie
  3. Souligner le leadership Autochtone – La décolonisation, la représentation Autochtone et le leadership des peuples Autochtones dans les parcs urbains est une priorité de plus en plus importante pour les Villes du Canada, qui mènent certaines initiatives dans ce sens
  4. Rémunérer la participation – Même avant la pandémie, les budgets dédiés aux parcs étaient continuellement mis à rude épreuve. En effet, si vous avez lu les trois derniers Rapports sur les parcs urbains du Canada, vous aurez peut-être l’impression que nous commençons à nous répéter.
  5. Maximiser la mobilisation – La pandémie a transformé la manière de mobiliser le public à propos des parcs, bouleversant les traditionnelles méthodes de réunion en personne, comme les assemblées publiques, et mettant les Villes au défi de réimaginer la mobilisation publique
  6. Repenser les approches liées à l’itinérance – La question de l’itinérance, de plus en plus complexe et visible dans les parcs, se trouve au premier plan des préoccupations tant des municipalités que des citadines et citadins

Etudes de cas

Comment des chef·fes de file à travers le pays utilisent diverses méthodes pour encourager les gens à se rapprocher de la nature en allant à leur rencontre.

Comment dépasser les simples consultations ponctuelles en investissant dans l’établissement de relations de confiance à long terme peut permettre de renouer le dialogue, de redistribuer le pouvoir et de réimaginer les parcs

Comment renforcer notre sentiment de connexion avec la nature grâce à la prise de conscience, la réciprocité et la gratitude – et pourquoi est-ce important.

À la découverte des efforts menés par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs et honorer les histoires des peuples Autochtones des terres sur lesquelles ces villes sont construites.

Comment la concertation publique sur les parcs peut favoriser l’établissement de relations durables une fois le processus de consultation terminé.

Comment les approches de financement collaboratif et les investissements des différents niveaux de gouvernement permettent d’envisager de nouvelles façons de subventionner les parcs.

Les répercussions de la pandémie sur les budgets des parcs et l’importance des investissements fondés sur l’équité.

Une occasion unique pour les services des parcs de jouer un rôle positif dans la question de l’itinérance

Comment la solidarité peut contribuer à créer des modèles plus équitables pour rendre les parcs plus accueillants et plus sûrs.

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Le personnel des parcs municipaux gère des actifs publics parmi les plus essentiels et pourtant sous-estimés : les parcs urbains et espaces verts. Bien plus que de simples terrains gazonnés, ces lieux sont de véritables lieux de sociabilisation pour les citadin·es, qui offrent une infrastructure environnementale cruciale et des ressources essentielles en matière de santé publique.

Le Rapport sur les parcs urbains du Canada (RPUC) fournit des données et des témoignages démontrant l’importance des parcs au personnel des parcs municipaux, aux groupes citoyens, aux associations à but non lucratif et au grand public. Publié annuellement entre 2019 et 2024, le rapport a mis en lumière les tendances, les défis et les occasions qui façonnent la planification, la gestion et l’expérience des espaces verts publics. Au cours de cette période, 46 municipalités y ont participé, représentant collectivement 48 % de la population canadienne.

Ce rapport synthèse rassemble les principaux constats des RPUC au cours de ces années charnières. Il propose un index thématique et soigneusement structuré des données et des récits recueillis au fil des années, accompagné d’analyses sur les tendances observées.

Indicateurs clés

1 – Enjeu de santé : Les parcs sont un investissement dans la santé publique

L’une des tendances les plus fréquentes issues des données de nos rapports concerne la fréquentation grandissante des parcs urbains et leur reconnaissance en tant que lieux publics essentiels. Cette évolution a été largement accélérée par la pandémie de COVID-19. Ce que l’on considérait précédemment comme de simples aménagements publics sont désormais perçus comme des lieux indispensables à la santé mentale et physique ainsi qu’au bien-être des citadin·es.

2 – Manque de financement : Ressources et capacités limitées

Malgré les données indiquant une fréquentation et une appréciation accrues du public pour les parcs, les municipalités déclarent faire face à des contraintes en termes de budget et de personnel. Ceci limite leur capacité à entretenir et à améliorer leur réseau de parcs.

3 – Fonction écologique : Adaptation climatique et biodiversité

Les parcs urbains assument des fonctions écologiques, notamment en matière d’adaptation climatique et de soutien à la biodiversité en milieu urbain. En raison de l’intensification des effets des changements climatiques, ces fonctions font l’objet d’une attention grandissante.

4 – Équité et accès : S’attaquer aux obstacles systémiques

À partir de 2021, les municipalités participantes ont fait état d’initiatives visant à promouvoir l’équité, l’inclusion et la réconciliation dans leurs activités de planification et de gestion des parcs. Ceci reflète une prise de conscience sociétale plus large des obstacles systémiques à l’accès aux parcs et à leurs bienfaits.

5 – Évolution des pratiques : Mobilisation du public et opérations plus complexes

La gestion des parcs comprend désormais des dimensions sociales complexes qui dépassent leur simple entretien traditionnel. Ceci implique de mettre en place des stratégies de mobilisation du public et de prendre en charge des problématiques urbaines liées à l’espace public.

Tous les rapports

Comment le secteur des parcs peut relever les défis complexes actuels grâce à la collaboration et aux partenariats.

Comment la résolution de conflits et la transformation de défis en possibilités peut rendre les parcs plus équitables et plus durables. 

Comment la collaboration, la pleine conscience et la répartition du pouvoir dans les parcs peuvent contribuer à cultiver et rétablir un lien entre nous, la société et le monde naturel dans son ensemble.

Comment les parcs urbains peuvent-ils créer des villes plus résilientes et équitables, non seulement dans les efforts de relance suite à la pandémie, mais aussi à l’approche d’une autre crise imminente : celle des changements climatiques.

Explorez les tendances, les défis et les pratiques dominantes du secteur des parcs urbains.

Pourquoi les corridors d’habitats sont importants pour la biodiversité urbaine et ce que font les villes pour s’assurer que les parcs, petits et grands, soient connectés

Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.

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Si les projets de biodiversité à petite échelle sont essentiels, il n’en demeure pas moins que la taille a de l’importance quand il est question de nature : les vastes espaces peuvent accueillir une plus grande diversité de plantes qui, à leur tour, peuvent soutenir une plus grande diversité et un plus grand nombre d’espèces. Les vastes espaces naturels fournissent aussi des services écologiques critiques en purifiant l’air, en contribuant à la gestion des eaux pluviales et en réduisant la chaleur urbaine, des enjeux qui gagnent d’ailleurs en importance à mesure que les changements climatiques accroissent le stress environnemental.

Les villes utilisent différents outils stratégiques et de planification pour protéger les écosystèmes urbains sensibles ou les liens d’habitats importants. Leur désignation en tant que zones écologiquement vulnérables est parmi ces outils. Par exemple, Toronto a désigné 68 nouvelles ZEV, Montréal a mis en place un programme de gestion des écosystèmes pour ses grands parcs et Fredericton a lancé deux nouveaux plans de gestion des grands parcs.

Toutefois, si 52 % des villes ont des plans environnementaux comprenant des objectifs en matière de biodiversité, seulement 19 % ont indiqué avoir des stratégies de biodiversité municipales. Une planification municipale plus englobante qui tient compte des espèces clés, comprend des plans d’éducation et d’intendance et identifie les corridors d’habitats est donc nécessaire.

Créer des liens à toutes les échelles

Promenade en bois dans une forêt
La promenade Bose Forest à Surrey. Crédit: Pamela Zevit

Les parcelles d’habitats, aussi grandes soient-elles, ne suffiront pas si elles sont isolées.

Qu’il s’agisse d’un paysage urbain ou d’une aire naturelle intacte, vous devez relier les réseaux pour favoriser des écosystèmes qui fonctionnent efficacement, explique Pamela Zevit, planificatrice de la conservation de la biodiversité de Surrey.

La connectivité garantit que la faune n’est pas confinée dans ce que Mme Zevit appelle des « îlots d’habitat ». Ceux-ci se dégradent facilement à cause de la pollution, de la maladie ou de perturbations, ne laissant aux animaux aucun endroit où aller.

C’est pourquoi Surrey a investi autant d’énergie dans la planification de son réseau d’infrastructures vertes : une série de corridors d’habitats éparpillés dans toute la ville et qui relient de plus grands centres d’habitats. Si la planification à l’échelle municipale est importante, il faut aussi établir des liens au sein de réseaux régionaux. Après tout, les animaux ne s’arrêtent pas aux frontières des villes. Surrey s’est donc assurée que son réseau est relié aux systèmes naturels des villes avoisinantes.

« Surrey désire fortement devenir un chef de file, affirme Mme Zevit. Nous avons déployé ces efforts très tôt pour relier beaucoup de points, et nous pourrons participer aux futurs projets qui seront mis sur pied à l’échelle régionale, quels qu’ils soient. »

À l’intérieur de ses propres frontières, la Ville travaille également à l’approbation de ses premières lignes directrices en matière de conception axée sur la biodiversité. Ces lignes directrices couvriront non seulement les aires naturelles, mais aussi les lieux qui constituent, dans les mots de Mme Zevit, la « matrice urbaine ». Il s’agit de tous ces lieux à l’extérieur des parcs et des aires naturelles qui ont une incidence sur la biodiversité.

« Elles [les lignes directrices] constituent une approche exhaustive et depuis longtemps attendue qui relie tous les guides de conception et les documents de construction existants et tous ces outils dont nous disposons pour nous indiquer comment intégrer des objectifs en matière de biodiversité dans toutes les activités de la ville », explique Mme Zevit.

Calgary a elle aussi approuvé une stratégie de la biodiversité en 2015 et elle travaille fort à sa mise en œuvre afin de restaurer les espaces naturels et de garantir la connectivité.

Champ à l'aube avec la silhouette d’une ville en arrière-plan
Nose Hill Park à Calgary. Crédit: Chris Manderson

Depuis deux ans, la Ville a identifié et évalué les composantes de son réseau écologique afin de pouvoir déterminer quels projets de restauration et de mise en valeur sont prioritaires. Elle a même produit un guide sur la naturalisation des parcs existants.

Avant que ce travail d’évaluation soit entrepris, Calgary n’avait pas de « mécanisme pour l’établissement de priorités municipales en matière de conservation de la biodiversité ou de restauration des habitats », explique Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages. Les mesures prises répondaient plutôt à des besoins ponctuels. Elle ajoute qu’à Calgary, comme dans de nombreuses autres villes canadiennes, le développement urbain s’est opéré un quartier à la fois, et la planification urbaine s’est faite principalement à l’échelle locale plutôt que globalement, dans toute la ville ou dans toute la région.

« Bien que cette approche aide à garder publiques des parcelles de terres riches en biodiversité et très variées sur le plan des paysages, il nous manquait ce pilier écologique qui nous permet d’examiner comment le développement des quartiers contribue ou nuit à la connectivité à l’échelle de la ville ou de la région », déclare Mme Carney.

Pour effectuer son évaluation, la Ville a examiné la perméabilité des paysages pour les déplacements de la faune, la taille des zones d’habitat et les usages des terres adjacentes. Elle a aussi déterminé dans quelle mesure l’espace était essentiel au fonctionnement du réseau écologique dans son ensemble.

Même si on adopte une approche globale dans toute la ville, Mme Carney affirme que les parcs de petite taille jouent un rôle dans la connectivité au même titre que les espaces plus vastes. Les parcs de grande taille servent de « réservoirs de la biodiversité » tandis que les plus petits, qu’ils soient naturels ou entretenus, fournissent des habitats pour les petites espèces, servent de « relais » et permettent aux gens de côtoyer la nature au quotidien.

Pour ces espaces plus petits, les villes peuvent se tourner vers des politiques de développement afin de préserver et d’améliorer la connectivité. Par exemple, par ses politiques de zonage des corridors verts, le District de Langley soutient la biodiversité en s’assurant qu’il y a des corridors verts et des zones tampons dans chacune de ses communautés. Red Deer, quant à elle, dresse le profil écologique de chaque nouveau lotissement afin de garantir que ses caractéristiques naturelles sont protégées.

Restaurez les cours d’eau

Dessin numérique d'une ville avec des bâtiments, des espaces verts et des plans d'eau
Une embouchure naturalisée le long de la rivière Don. Crédit: Waterfront Toronto

Les secteurs riverains (les habitats le long des cours d’eau) sont des zones particulièrement riches pour la biodiversité, et ils constituent d’importants liens d’habitats. Ils jouent également un rôle essentiel dans l’atténuation des risques liés aux changements climatiques puisqu’ils assurent une protection contre les inondations et préviennent les dommages occasionnés par des événements météorologiques extrêmes.

Le projet du Nicomekl River Park restaurera et mettra en valeur des zones écologiques riveraines uniques en les transformant en parc linéaire de 3 km alliant nature, art, patrimoine, loisirs et espaces sociaux. La Ville a publié un plan patrimonial et une stratégie d’art public, auxquels s’ajoute un plan d’aménagement. Celui-ci souligne les occasions de reconnaître l’histoire et les pratiques autochtones ainsi que les plantes indigènes au moyen d’une programmation, d’affiches et de dénominations.

Sous l’égide de l’organisation Waterfront Toronto, la Ville de Toronto entreprend elle aussi un projet de restauration majeur impliquant la naturalisation de l’embouchure de la rivière Don, qui se jette dans le lac Ontario. Le projet, qui suppose aussi la création de parcs-rues axés sur la biodiversité dans les nouveaux quartiers de cette région, fournira une protection contre les inondations et restaurera des paysages perdus.

À plus petite échelle, Vancouver s’apprête à déterrer un ruisseau qui traverse les parcs Tatlow et Volunteer, restaurant ainsi un cours d’eau qui se jetait jadis dans la baie English. Comme beaucoup d’autres ruisseaux, celui visé par ce projet a été enterré au fil du développement de Vancouver, une pratique adoptée par de nombreuses villes dans le cadre de l’urbanisation.

Le projet donne suite aux priorités établies dans le nouveau plan directeur pour les parcs de Vancouver, VanPlay, qui visent à restaurer les espaces sauvages et à accroître la connectivité. En ramenant le ruisseau à la surface, on créera un nouvel habitat pour les espèces aquatiques, les oiseaux et les pollinisateurs. Le ruisseau contribuera aussi à la gestion des eaux pluviales et à l’amélioration de la qualité de l’eau.

Transformer les couloirs hydroélectrique en corridors de la biodiversité

Corridor d'espaces verts dans une grande ville
Meadoway Western Gateway à Toronto. Crédit: TRCA

Les étendues souvent vastes de pelouses tondues dans les couloirs hydroélectriques qui traversent les villes sur des kilomètres sont de plus en plus reconnues comme des zones potentielles d’habitats reliés.

Prenons l’exemple du Meadoway, un projet mené par l’Office de protection de la nature de Toronto en partenariat avec la Ville, Hydro One et la Fondation W.-Garfield-Weston, un bailleur de fonds philanthropique.

Enfant dans un champ de fleurs, avec des papillons et des câbles électriques au-dessus de la tête
Meadoway Childs Eye View à Toronto. Crédit: TRCA

Le plan, dont la mise en œuvre est déjà amorcée, vise à naturaliser un couloir hydroélectrique de 16 km qui traverse Scarborough, reliant deux grandes aires naturelles à chaque extrémité : le parc urbain national de la Rouge et le ravin de la vallée de Don. Lorsqu’il sera terminé, le Meadoway comportera des centaines d’acres de prés servant d’habitats ainsi que des zones de terres humides restaurées, un long sentier et des espaces pour les rassemblements sociaux. Une trousse de visualisation en ligne démontre le potentiel du projet, qui devrait être terminé d’ici 2024.

Montréal a elle aussi annoncé des plans pour un corridor de la biodiversité dans un couloir hydroélectrique de l’arrondissement Saint-Laurent. « Les changements climatiques nous obligent à agir vite en adoptant des solutions innovatrices », a expliqué le maire de l’arrondissement Alan DeSousa. Il a décrit le projet de « laboratoire » qui permettra aux autres d’apprendre. La construction du projet se fera sur 450 hectares de terrain et donnera lieu à des habitats naturels, à des sentiers et à des toits verts installés sur les immeubles avoisinants.

Corridor d'espaces verts dans une grande ville
Le Corridor pour la biodiversité du Saint-Laurent. Crédit: Table Architecture, LAND Italia, civiliti, Biodiversité Conseil

Voyez grand pour les grands parcs

Plan avec une zone de projet surlignée en vert
Blue Mountain Wilderness Connector. Crédit: Nova Scotia Land Trust

Voici ce que font d’autres villes canadiennes pour créer et mettre en valeur leurs vastes parcs nature et améliorer la connectivité des habitats :

  • En 2019, la mairesse de Montréal a annoncé une vision pour la création d’un vaste système d’espaces verts urbains appelé Grand parc de l’Ouest. Situé dans l’ouest de l’île de Montréal, le nouveau parc sera constitué de parcs existants reliés entre eux et de 1 600 hectares de nouveaux espaces verts, pour une superficie totale de 3 000 hectares.
  • Halifax travaille avec le Nova Scotia Nature Trust pour préserver une zone sauvage de 230 hectares à 20 minutes du centre-ville baptisée le Blue Mountain Wilderness Connector. La directrice générale du Nova Scotia Nature Trust Bonnie Sutherland a expliqué à la CBC que ce territoire est « parmi les dernières vastes zones sauvages intactes dans la grande région de Halifax ». La région abrite plusieurs espèces en péril et était appelée à accueillir un ensemble résidentiel.
  • En 2019, Kingston a approuvé un nouveau plan directeur pour le parc Belle, ouvrant la voie à un projet sur 15 ans visant la restauration du parc de 45 hectares, le plan grand parc urbain exploité par la ville. Le terrain était une décharge transformée en parcours de golf et inclut Belle Island, un lieu d’une très grande importance en tant que cimetière autochtone dont la propriété est partagée entre le Conseil des chefs de la nation Mohawk et la municipalité. Le nouveau plan appelle à la promouvoir la biodiversité via des projets de naturalisation et la création d’accès récréatif comme des sentiers de promenade.
  • Richmond Hill va de l’avant avec un grand projet de restauration d’un boisé dans le parc de l’observatoire David Dunlap, qui fait 40 hectares. Ce projet est décrit dans le plan directeur du parc qui a été approuvé en 2016 et qui identifie aussi des terres humides et des corridors d’habitats sauvages. Des efforts de promotion ont permis de conserver ces terres pour la création d’un parc plutôt que pour le développement.
  • En 2020, Toronto a approuvé un plan de mise en œuvre pour sa Ravine Strategy qui cible ce réseau de zones écologiquement riches qui sillonnent la ville. Le plan prévoit la création d’une unité spéciale des ravins qui surveillera le travail, ainsi que des fonds supplémentaires pour la conservation, les mesures de nettoyage et l’intendance communautaire.

À Vancouver, un exemple fascinant d’intendance environnementale en milieu urbain a pris racine dans le quartier de Champlain Heights. 

Everett Crowley Park Committee (ECPC)* et Free the Fern Stewardship Society* sont deux associations environnementales. Elles travaillent en étroite collaboration pour protéger et revitaliser les écosystèmes de certaines forêts indigènes encore présentes dans l’est de Vancouver. 

Leurs équipes, pour la plupart constituées de bénévoles, ont organisé des centaines d’événements d’éducation et d’intendance environnementales à succès. Leur travail repose sur des valeurs communes comme la réciprocité, la réconciliation et un profond engagement envers la terre.

Nous avons interrogé Damian Assadi et Evie Osborn d’ECPC, ainsi que Grace Nombrado de Free the Fern pour en savoir plus sur comment ils œuvrent à la fois pour les espaces naturels et les liens communautaires.

Comment avez-vous commencé à travailler dans l’intendance environnementale en milieu urbain ?

Damian : En fait, je suis né dans ce quartier. Il y a un espace vert qui s’appelle le parc Sparwood. J’allais y jouer tous les matins, et c’est là que j’ai appris les principes de l’intendance environnementale. J’adorais m’amuser sous les cèdres, autour des ronces remarquables et des arbustes à baies de cèdre. Un jour, je me suis rendu compte qu’une plante étrange poussait au pied d’une ronce remarquable. Dix ans plus tard, j’ai réalisé que cette dernière avait été tuée par une espèce envahissante appelée ronce d’Arménie. Déterminé à faire quelque chose, j’ai contacté ECPC et j’ai proposé mon aide en tant que bénévole.

Evie : On dit toujours pour blaguer que le parc Everett Crowley, c’est un peu comme le jardin de Damian. Si vous le cherchez, il est probablement dans le parc. Je suis originaire du Royaume-Uni. Quand je suis arrivée ici il y a quelques années, je me suis rapidement investie dans l’intendance environnementale. Pour moi, c’est une façon de m’ancrer dans un lieu que de le découvrir à travers ses milieux naturels, ses espèces et ses habitats. Je suis venue pour la première fois au parc Everett Crowley pour un événement visant à planter des espèces végétales. Tout le monde a été tellement accueillant et chaleureux. Je me souviens d’avoir discuté avec Damian qui m’a grandement encouragée à participer aux activités. Cela fait plus d’un an maintenant que je travaille avec le comité. Je suis impressionnée par la chaleur humaine et l’enthousiasme de tout le monde.

Grace : Mon travail avec Free the Fern s’est fait de manière très spontanée. Après une tempête au début de l’année 2021, je me promenais sur un des sentiers du quartier Champlain Heights. J’étais en train de déblayer des branches tombées par terre quand j’ai remarqué que du lierre envahissait le secteur. Ayant déjà travaillé comme bénévole au parc Everett Crowley, j’étais consciente des dégâts que cela pouvait causer, alors j’ai commencé à enlever le lierre avec un voisin. Des résident·es qui passaient par là nous ont demandé ce que nous faisions et s’ils pouvaient nous aider. C’est ainsi que Free the Fern est née. En taillant des ronces, j’ai dégagé une fougère dissimulée en dessous et me suis écriée « Free the fern ! » [Libérons la fougère !]. Le nom est resté. Ce qui avait commencé comme une initiative spontanée de défrichage a complètement réorienté ma carrière. Aujourd’hui, nous sommes une organisation sans but lucratif.

Panneau de restauration devant un lac au parc Everett Crowley
Panneau de restauration, parc Everett Crowley.

 

Quelle est l’histoire de ces parcs et pourquoi l’intendance environnementale est-elle aussi importante ?

Damian : Le parc Everett Crowley était autrefois utilisé comme décharge municipale. Avant cela, il y avait à cet endroit une forêt ancienne gérée par les peuples salish de la côte et située à proximité d’un ancien village appelé Tsukhulehmulth. C’est un contexte clé dans l’histoire de l’intendance du lieu qui s’est perpétuée au fil du temps. Quand la décharge a été fermée en 1967, une proposition a été émise d’agrandir le terrain de golf adjacent de 19 trous à 27 trous, ou de construire un réseau ferroviaire miniature. Toutefois, des résident·es ainsi que des amoureux et amoureuses de la nature ont fait campagne auprès de la commission des parcs pour en faire un espace naturel. C’est ainsi qu’a vu le jour ECPC, en tant que sous-comité de la Champlain Heights Community Association, sa mission étant d’en faire une réserve naturelle urbaine.

Grace : Jusque dans les années 1970, la zone à l’est du parc Everett Crowley était encore une forêt dense. Heureusement, pendant les plans de réaménagement du quartier de Champlain Heights, la municipalité a décidé de conserver une bande de cette forêt ancienne pour en faire un sentier pédestre. Les activités d’intendance aux abords de ces sentiers sont cruciales, car on y trouve de nombreuses espèces de plantes indigènes utilisées traditionnellement comme nourriture et remèdes. Ils servent aussi d’habitats aux aigles, chouettes, chauves-souris, grands pics et à bien d’autres animaux ! Toutefois, beaucoup d’espèces de plantes envahissantes menacent de coloniser ces sentiers. Voilà pourquoi nous avons besoin d’un programme d’intendance environnementale comme celui de Free the Fern.

Damian : Nous sommes le seul quartier de l’est de Vancouver avec 30 % de couverture arborée. En général, la couverture arborée reflète le niveau de revenu du quartier en question. Toutefois, notre quartier déroge à la norme, car nous disposons d’une bonne quantité d’arbres, mais aussi de logements sociaux et destinés aux personnes à faibles revenus. Contrairement à la majeure partie de la ville, la forêt a été préservée pendant le développement urbain des années 1970. Aujourd’hui, il ne reste que 4 % de forêt dans toute la ville de Vancouver et nous en faisons partie. Cette oasis verte incite les gens à en prendre soin parce que c’est un endroit unique.

Un grand groupe de personnes en train d’enlever des plantes envahissantes.
Journée d’arrachage de plantes envahissantes, parc Everett Crowley. Crédit : ECPC.

Comment vos deux organisations, ECPC et Free the Fern, travaillent-elles ensemble ?

Grace : Notre quartier ressemble à un grand parc. Le parc Everett Crowley et les sentiers de Champlain Heights sont uniquement séparés par une route.

Je dis toujours « les oiseaux ne connaissent pas de frontières ». Ainsi, ce qui est bon pour le parc ou le réseau de sentiers est bon pour nous.

Grace, Free the Fern

Par exemple, quand nous cherchons des subventions, nous faisons aussi passer le message autour de nous. Même si une seule organisation parmi nous se voit attribuer une subvention, c’est tout le quartier qui en profitera. Se faire concurrence ne sert à rien, car nous partageons les mêmes ambitions et les mêmes valeurs.

Un groupe de personnes plantant des plantes indigènes.
Activité de plantation d’une forêt nourricière, sentier de Champlain Heights. Crédit : Free the Fern.

Damian : Je considère ECPC et Free the Fern comme des organisations cousines, faisant partie d’une grande communauté ou d’une grande famille. Notre quartier est unique, car deux organisations environnementales locales y ont vu le jour. Je pense que ce n’est pas une coïncidence. Cela reflète la corrélation qui existe entre nos programmes et nos activités d’intendance.

Grace : Je voulais d’ailleurs citer le festival des lanternes Light up the Night à Champlain Heights. Free the Fern organise l’événement depuis quatre ans, mais l’hiver dernier, nous avons collaboré avec ECPC pour la première fois. Son équipe nous a aidés pour la mise en place et aussi en soutenant les artistes fabriquant les lanternes. C’était l’un de nos festivals les plus réussis, et ce, grâce à ce partenariat. 

Des personnes contemplant des lanternes la nuit dans une foret
Festival de anternes « Light up the Night », sentier de Champlain Heights. Crédit : Free the Fern.

De quelle manière encouragez-vous les nouveaux bénévoles à adopter un rôle plus actif et à développer leurs compétences en leadership ? Avez-vous des pratiques particulières ou des structures en place ?

Damian : Nous prenons le temps de créer des liens avec les gens.

Nous pensons que chaque personne qui assiste à nos événements a quelque chose à apprendre, et chaque personne nous apprend aussi des choses.

Damian, Everett Crowley Park Committee

Grâce au soutien d’Ami·es des parcs et d’autres organismes, nous pouvons nous développer en mettant en œuvre ces ambitions collectives. Nous disposons de multiples sous-comités qui correspondent aux intérêts de nos membres. Nous nous sommes organisé·es collectivement afin de mettre en valeur ces savoir-faire. Je dis souvent « Nous aimons rêver, mais nous savons aussi passer à l’action. »

Evie : Depuis l’an dernier, notre comité est passé de 5 personnes à 11. Nous avons aussi remarqué que le public présent à nos événements était de plus en plus varié et représentait davantage la population de Champlain Heights. De plus, nous constatons une plus grande diversité dans l’âge des participant·es (avec davantage de personnes plus jeunes), mais aussi dans leurs origines raciales et ethniques. Nous bénéficions aussi de nouvelles compétences, notamment dans la réalisation de vidéo documentaires, la recherche environnementale et la gestion d’une organisation à but non lucratif. De même, davantage de résident·es du quartier décident de nous rejoindre. L’an dernier, nous avons organisé 69 événements. En 2025, nous en avons organisé 45 durant les premiers mois de l’année.

Des gens viennent souvent nous voir avec une idée ou une ambition qu’ils souhaitent mettre en œuvre. Nous avons la chance d’avoir la flexibilité nécessaire pour leur apporter notre soutien. Les financements octroyés par Ami·es des parcs nous aident à assurer la logistique permettant aux bénévoles de mener les activités qui les passionnent. Notre programme sur l’ornithologie en est un bon exemple : l’un de nos bénévoles de longue date a fait équipe avec une autre personne pour en faire une réalité. Celui-ci est extrêmement populaire, et les listes d’attente dépassent souvent les capacités de 200 %. Chaque mois, cinq animateurs et animatrices ayant des connaissances sur les oiseaux dirigent désormais des marches guidées. Celles-ci sont adaptées aux débutant·es et favorisent les échanges, offrant à chaque personne la possibilité de s’exprimer. Tous les mois, nous organisons aussi un petit recensement des oiseaux pour en dresser l’inventaire et offrir une expérience de terrain aux personnes intéressées par l’écologie. Nous transmettons ensuite nos données à la municipalité.

Des personnes debout, levant les yeux vers les arbres dans une forêt.
Marche ornithologique, parc Everett Crowley. Crédit : ECPC.

Grace : Dans le cadre de la politique de Free the Fern sur l’équité, la diversité et l’inclusion, que nous avons adoptée en août 2024, nous encourageons les bénévoles de tous horizons à occuper des postes à responsabilités lors de nos événements. Ces bénévoles en charge nous aident à accueillir les autres bénévoles, dirigent une activité de bienvenue, supervisent les activités d’intendance environnementale et participent au nettoyage après l’événement. Le fait que des bénévoles avec différents profils assument des rôles de leader permet aux personnes appartenant à des groupes marginalisés de se sentir représentées, valorisées et motivées à participer.

ECPC et Free the Fern communiquent toutes les deux activement sur l’histoire autochtone de ce site. Et la manière dont vous incarnez le principe de réciprocité semble aussi en lien direct avec les principes autochtones. Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont la réconciliation se traduit soit dans vos pratiques soit dans vos programmes ?

Grace : Depuis la création de notre organisation, nous avons fait en sorte d’engager des personnes autochtones pour transmettre leurs savoirs pendant nos ateliers et promenades. En 2023, la Fondation David Suzuki et l’Initiative nationale Forêts de la guérison ont reconnu notre jardin pédagogique Douglas Fir comme « forêt de guérison », c’est-à-dire un endroit reconnaissant les préjudices subis et contribuant à y remédier. Notre aînée en résidence, Marge Wiley de la Nation Tl’azt’en, nous a dit que le jardin lui procurait un réel sentiment de paix et qu’elle le fréquentait quasiment tous les jours. C’est exactement ce que nous espérions : créer un espace de guérison.

Les changements climatiques menacent de nombreux cèdres peu habitués au climat sec. Avec l’aide du personnel municipal en charge des forêts, nous avons coupé des arbres et avec d’autres bénévoles, nous les avons roulés sur le sentier. Nous avons bien ri en essayant de faire rouler tous ces troncs ! Nous avons aussi engagé John Spence, un sculpteur squamish, et son fils pour sculpter ces troncs et créer un cercle sacré. C’est devenu notre lieu de rassemblement, où les enfants viennent pour apprendre. 

De plus, nous avons créé un comité sur la diversité. Celui-ci se réunit tous les mois pour coordonner l’élaboration de programmes inclusifs, notamment sur la réconciliation avec les peuples autochtones. J’ai moi-même beaucoup appris, et je m’efforce toujours d’indiquer la source de ces connaissances. Lorsque je partage ce savoir, j’aborde les usages traditionnels des plantes qu’on m’a enseignés. Non loin de là, nous avons une forêt nourricière, inspirée par les traditions des peuples salish de la côte qui établissaient des cultures agricoles près des villages. Nous y avons installé un panneau avec des explications sur l’histoire du lieu et les plantes, et des photos pour permettre aux gens d’en savoir plus.

Un groupe de personnes rassemblées pour un événement en forêt, devant un panneau indiquant « forêt de guérison ».
Événement BioDIVERSITY, sentier de Champlain Heights. Crédit : Kevin Jinn – Free the Fern.
Artistes des Premières Nations en tenue traditionnelle
Célébration de la forêt nourricière avec Coastal Wolf Pack, sentier de Champlain Heights. Crédit : Daniel Akinshola – Free the Fern.

Evie : Après avoir tiré des enseignements du formidable travail de Free the Fern sur sa politique d’équité, de diversité et d’inclusion, ECPC a décidé d’élaborer sa propre politique en se concentrant sur la réconciliation avec les peuples autochtones. Nous disposons désormais d’un budget dédié à ces activités. Ceci comprend le recrutement d’animateurs et animatrices autochtones pour guider les promenades, des séances d’identification des plantes et des ateliers abordant l’histoire autochtone du parc et les activités actuelles. La réconciliation se traduit aussi par des activités de restauration environnementale, en plantant des espèces végétales autochtones et en communiquant leur nom et leur utilisation autochtones quand nous le pouvons.

Damian : Notre Jardin de guérison a permis de transformer une zone envahie par les ronces d’Arménie en un espace où poussent des espèces endémiques qui attirent les pollinisateurs. Ces plantes sont comestibles et possèdent des propriétés médicinales, mais ont aussi une grande importance culturelle pour les Premières Nations du secteur. Voilà pourquoi notre jardin porte le nom de « Jardin de la guérison ». 

Nous faisons en sorte de poser des gestes concrets et que ceux-ci soient au cœur de tout ce que nous faisons. Nous veillons à mettre en pratique nos valeurs en dépassant la simple énonciation d’une reconnaissance de territoire. Nous lançons un appel permanent à toute personne détentrice de savoirs pour qu’elle vienne à notre rencontre. Il est arrivé que des personnes autochtones participant à nos événements nous fassent part de connaissances que nous ignorions auparavant. Nous nous réjouissons de bénéficier d’un environnement favorisant ce partage de savoirs.

Mon souhait est que nous remplissions notre mission d’intendance du parc Everett Crowley en tant que réserve naturelle urbaine. J’espère aussi que les valeurs de notre comité continueront d’être portées par nos membres. Enfin, je souhaite que nos programmes continuent de refléter les intérêts de notre public.

Notre ambition est collective, portée par les usagères et usagers de ces parcs. Elle est guidée par l’intendance environnementale et ancrée dans la réciprocité et le respect, tout en faisant briller au mieux les qualités de toutes et tous.

Damian, Everett Crowley Park Committee