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Erika Nikolai, directrice générale d’Ami·es des parcs, a reçu le prix de l’Individu d’exception décerné par World Urban Parks — l’une des reconnaissances internationales les plus prestigieuses dans le secteur des parcs et de l’espace public.
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Cette étude de cas fait partie du Rapport 2022 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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La découverte régulière de tombes anonymes a forcé le Canada à reconnaître le lourd passé de ses pensionnats Autochtones comptant parmi les tactiques coloniales du pays afin de faire disparaître les Autochtones. Dernièrement, la société civile a exercé de fortes pressions sur les municipalités pour changer le nom des rues et des établissements d’enseignement secondaire et postsecondaire nommés d’après des personnages de l’histoire coloniale.C’est au moment où les colons ont commencé à revendiquer les terres, à établir des frontières et à spolier les Premières Nations, les Métis et les Inuits qu’est né le Canada. Et si les répercussions passées et actuelles de la colonisation peuvent être très différentes d’une région à l’autre, les provinces des Prairies ont notamment été fondées sur l’appropriation des terres et le déplacement des moyens de subsistance des Autochtones afin de créer des opportunités agricoles qui ont permis aux colons blancs de prospérer. Les peuples Autochtones ont ainsi connu une histoire violente marquée par l’expropriation de leurs terres, les pensionnats et la privation de nourriture suite à l’extinction des bisons et des politiques gouvernementales.De par leur nature, les villes incarnent cette spoliation, et les terrains sur lesquels se trouvent les parcs urbains ne font pas exception. Nahomi Amberer nous rappelle la relation préexistante que les peuples Autochtones entretenaient avec la terre avant leur contact avec les Européens, et comment les colons ont miné cette relation en accaparant leurs terres, y compris les terrains sur lesquels se trouvent aujourd’hui les parcs. « La division des terres était communément utilisée pour s’approprier une terre déjà habitée par des peuples Autochtones », a-t-elle écrit dans le rapport sur les parcs urbains du Canada de l’an dernier. D’ailleurs, les Autochtones continuent de voir les stigmates de cette histoire violente : que ce soit en traversant la campagne en voiture ou en se promenant dans un quartier. Les noms de certains lieux continuent d’honorer les personnages emblématiques de l’histoire coloniale qui ont largement contribué au génocide des peuples Autochtones. Néanmoins, les espaces urbains peuvent aussi être propices à la conscientisation. Alors, comment créer des espaces délaissant le passé colonial pour se tourner vers la promotion des savoirs Autochtones?
Depuis l’an dernier, des mesures sans précédent ont été prises par des Villes des Prairies pour décoloniser les parcs urbains et ménager une place à leurs antécédents historiques Autochtones. Il s’agit d’un jalon particulièrement important pour ces municipalités qui comptent la plus grande part d’Autochtones vivant en ville du pays. En outre, grâce à ces mesures de décolonisation en cours dans les parcs municipaux, les Autochtones qui vivent en milieu urbain peuvent désormais avoir accès à la nature et aux cérémonies traditionnelles sans avoir à quitter la ville.
Prenons la ville de Winnipeg, qui compte la plus grande population Autochtone urbaine du Canada, et le jardin Indigenous Peoples* comme point de départ. Chargée des relations avec les Autochtones au sein de l’Assiniboine Park Conservancy, Anna Huard décrit le jardin comme étant le fruit d’une vaste entreprise de consultation auprès de la population, des Matriarches, des Gardiens du savoir, des Aînés et d’un cabinet d’architectes Autochtones. « Dans un projet comme celui-ci, le processus de consultation doit inclure de nombreuses parties prenantes », explique-t-elle. « Dès lors que d’autres personnes se sont jointes à nous, nous avons commencé à ressentir que nous faisions partie d’une grande famille. Nous ne pouvons pas nous contenter d’un seul porte-parole Autochtone. »Les espèces végétales indigènes ont contribué à l’aménagement du jardin et, pour que la population s’investisse davantage, les jeunes Autochtones ont été invités à participer à la plantation d’arbres et à la construction des passerelles en bois. Le parc présente des places circulaires dédiées aux thèmes du feu et de l’eau, ainsi que des panneaux d’interprétation comprenant des traductions en langues ancestrales Ojibwé, Cri, Dakota, Oji-Cree, Michif, Dene et Inuktitut.
Le jardin ayant été inauguré l’été dernier, Anna Huard espère voir cet espace utilisé plus fréquemment pour offrir des programmes de contes pour les jeunes, l’apprentissage des langues Autochtones et un programme sur les plantes indigènes comprenant une visite guidée et des ateliers pour fabriquer des pommades. Selon elle, cet espace offre surtout aux Autochtones vivant en milieu urbain la possibilité de renforcer leurs liens avec la terre et leur culture sans avoir à quitter la ville.
Récemment, la Ville de Regina a également fait un grand pas en avant pour décoloniser ses espaces verts. L’année dernière, cédant à la pression publique, la municipalité a finalement déplacé la statue de John A. MacDonald située dans le parc Victoria dans le centre-ville. Malgré l’émergence d’initiatives et de pétitions plaidant pour le retrait de la statue depuis des années, le site web de la Ville* indique qu’en mars 2021, le conseil municipal a approuvé le déplacement de la statue vers un lieu de stockage, « avant que l’administration organise une consultation publique plus large et collabore avec ses partenaires afin de trouver un emplacement adapté à la statue et de la remettre dans son contexte. »En outre, le Buffalo Peoples Art Institute* (BPAI), une organisation dédiée aux questions de justice sociale à Regina, a plaidé activement pour faire changer le nom d’un parc public du centre-ville. Au printemps de l’année dernière, la municipalité a officiellement remplacé le nom du parc Dewdney, situé dans le quartier North Central, par parc « Buffalo Meadows »*, en raison de la pression constante exercée par des organisations comme le BPAI et du soutien du public. La Ville a également approuvé un vote pour remplacer le nom de la piscine Dewdney par piscine « Buffalo Meadows ». Edgar Dewdney était une personnalité de l’histoire coloniale qui a administré et supervisé la politique des pensionnats. Il est aussi à l’origine de la politique de famine dirigée contre les peuples Autochtones du Canada.Joely BigEagle-Kequahtooway*, membre de la Première Nation White Bear et résidente de Regina, a créé le BPAI pour contribuer à rééduquer les gens des Prairies sur l’importance de la présence du bison avant qu’il ne soit exterminé. Elle explique que Regina, souvent surnommée « Pile of Bones » (tas d’os) parce qu’elle a été littéralement construite sur les os des bisons, doit reconnaître les antécédents historiques de son territoire. « Avant la colonisation, c’était le territoire des bisons », déclare-t-elle.L’idée de militer pour faire changer le nom du parc a commencé il y a quelques années et s’est traduite par des campagnes de sensibilisation auprès du public pendant des barbecues de quartier et en invitant les gens à signer des pétitions. Après avoir recueilli suffisamment de signatures, le groupe et ses alliés ont présenté la pétition au conseil municipal et au comité de toponymie civique. La décision de renommer le parc a été votée et approuvée par la Ville, mais le BPAI attend toujours une approbation pour que le nom de l’avenue Dewdney – une rue importante de la ville – soit aussi remplacé par avenue Buffalo.Joely explique que le changement de nom du parc encourage les gens à recréer des liens avec la terre, et représente une démarche cruciale pour le quartier North Central où résident de nombreux Autochtones. « Même en milieu urbain, notre environnement doit refléter ce qu’est notre identité collective », déclare-t-elle. « Nous devons déterminer si nous souhaitons perpétuer ou préserver dans l’avenir l’héritage des personnages de l’histoire coloniale, et nous demander également si ces noms contribuent à avancer sur le chemin de la Vérité et de la Réconciliation. »
Le BPAI entend poursuivre son travail pour faire revivre l’histoire du bison dans les plaines grâce à des installations d’art publiques, des ateliers sur la préparation des peaux de bison et l’organisation d’un festival annuel sur le bison dans le parc qui vient d’adopter son nom.
La Ville d’Edmonton a également fait des progrès importants cette année grâce à l’intégration des connaissances Autochtones dans les parcs, notamment avec la construction du parc kihciy askiy* (terre sacrée, en cri) qui a débuté l’an dernier dans le parc Whitemud.
Il aura fallu 15 ans pour que ce projet commence à voir le jour, après que l’Indigenous Elders Cultural Resource Society ait proposé à la Ville de créer un site culturel urbain que les Autochtones pourraient utiliser pour organiser des cérémonies culturelles et partager leurs savoirs. Bien que cette reconnaissance se soit fait attendre, il est désormais possible de lire ceci sur le site Internet de la Ville : « bien avant de devenir une terre agricole, le site de kihciy askiy a été utilisé pendant des siècles par les peuples Autochtones pour récolter des plantes médicinales à des fins thérapeutiques. »Après avoir établi un conseil des aînés en 2015 pour œuvrer aux côtés de son équipe chargée du projet, la Ville s’est attachée à suivre les conseils culturels de celui-ci durant tout le processus de conception du parc. Outre la consultation des Aînés et des Gardiens du savoir, la municipalité s’est également appuyée sur les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (FFADA) et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones pour orienter ses travaux.« Conformément à la culture Autochtone prônant le respect de la terre, le projet a été conçu pour s’intégrer entièrement dans son environnement dans la vallée fluviale d’Edmonton », explique Chelsea Burden, gestionnaire du projet à la Ville d’Edmonton. Dans cette optique, la municipalité a également réalisé une étude d’impact sur l’environnement afin de veiller à ce que la construction du site endommage le moins possible les espèces végétales et arboricoles indigènes de la vallée.
Les plans d’aménagement du parc prévoient des espaces cérémoniels et des huttes de sudation, la possibilité de cultiver des plantes médicinales indigènes, ainsi qu’une infrastructure pour accueillir des camps culturels et des cercles de discussion. L’ouverture officielle du parc est prévue pour le début de l’année 2023.
Alors que l’on continue de découvrir de nouvelles tombes anonymes à travers le pays, l’histoire et la présence des Autochtones doivent être mises en haut des priorités de toute urgence. Reconnaître les répercussions dévastatrices passées et actuelles du colonialisme et chercher activement à faire changer les choses, en s’appuyant sur les liens ancestraux que cultivent les peuples Autochtones avec la terre, sont deux processus qui peuvent et doivent se dérouler concomitamment.
Par exemple, en janvier 2022, le président de la Commission des parcs de Vancouver, Stuart McKinnon, a présenté une motion en faveur d’un régime de cogestion des parcs municipaux se trouvant sur les territoires traditionnels des Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh. « Je pense que, pour favoriser la réconciliation dans ce pays, il faut reconnaître le fait que le territoire sur lequel se trouve Vancouver est une terre occupée », a écrit Stuart McKinnon dans un article de la CBC*.
Il reste encore beaucoup de travail à faire pour réparer les dommages causés dans le passé par la violence coloniale. C’est pourquoi les gouvernements aux niveaux municipal, provincial et fédéral doivent s’attacher à mener des consultations constructives auprès des populations Autochtones pour commencer à faire des parcs urbains des lieux d’apprentissage culturel. Pour que la consultation porte ses fruits, les stratégies de concertation publique doivent prévoir l’établissement de relations authentiques avec un large éventail de membres de la communauté Autochtone et accueillir avec respect les visions du monde diverses des Autochtones. De plus, les municipalités doivent reconnaître que le fait d’encourager les Autochtones à jouer un rôle prépondérant dans la création de programmes éducatifs et de formations linguistiques, dans la signalisation des parcs, et dans la mise en place de jardins de plantes médicinales contribue également à rendre la société plus forte. Ces initiatives permettent aussi aux Autochtones vivant en milieu urbain d’avoir accès à certaines de leurs cérémonies et traditions, et permettent par la même occasion aux non-Autochtones d’en apprendre davantage sur les gardiens ancestraux des terres qu’ils occupent.
Et en définitive, travailler les uns avec les autres dans le respect mutuel peut aussi constituer une façon d’honorer l’esprit sur lequel se sont construites les relations en lien avec les Traités.
Cette étude de cas fait partie du Rapport 2020 sur les parcs urbains du Canada, mettant en lumière des projets, des personnes et des politiques inspirant·es à travers le Canada, qui offrent des solutions concrètes aux défis les plus urgents auxquels font face les parcs urbains.
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Les changements climatiques et la perte de biodiversité imposent un stress à nos écosystèmes, et il est donc plus important que jamais d’engager les résidents dans la conservation urbaine.
Comment s’y prendre alors pour mobiliser les gens malgré leurs vies occupées tout en respectant le savoir traditionnel et en faisant participer un plus grand nombre de personnes à la conversation sur la conservation.
Selon Jennifer Pierce, chercheuse en biodiversité à l’Université de la Colombie-Britannique, pour rallier les gens autour de la biodiversité, il faut articuler cette dernière d’une façon qui les touche.
Elle recommande de se poser des questions comme « Comment la biodiversité s’inscrit-elle dans leurs vies? Dans leurs valeurs? » Dans certains cas, il faudra laisser tomber les arguments axés uniquement sur l’environnement et relier la biodiversité à d’autres enjeux qui préoccupent les gens.
Comme nous l’avons souligné dans notre description de projets de biodiversité urbaine à l’échelle des quartiers, l’un des avantages des initiatives locales est leur capacité à rendre la biodiversité tangible et pertinente. Une étude récente a également montré qu’exposer les gens à la nature à proximité de chez eux peut avoir une incidence positive sur leur engagement dans des enjeux environnementaux plus globaux.
En misant sur leur attachement à leur domicile ou à leur quartier, et en leur montrant comment des jardins de plantes indigènes et des jardins de pluie pourraient, par exemple, leur faire économiser de l’argent (comme le fait le programme de remises de Guelph), il est possible d’inclure plus de gens dans la conversation.
Le travail auprès des jeunes est un autre moyen de mobiliser les gens. La population des écoles est représentative de la société, explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée à l’Université Ryerson. Les élèves peuvent relayer des messages sur l’importance de la biodiversité à leurs parents, comme ils l’ont fait pour le recyclage dans les années 1980. « Ce sont les enfants qui ont poussé leurs parents à se mettre au recyclage en montrant l’exemple », indique Mme Lister.
Joce Two Crows Tremblay, de l’Indigenous Land Stewardship Circle à Toronto, travaille directement avec des jeunes de la rue et des membres des populations autochtones urbaines. Ensemble, ils plantent des espèces indigènes dans les parcs et les espaces publics locaux et s’en occupent.
Ces jardins sont un moyen important de renouer avec la terre, les traditions et les cérémonies, des liens qui ont été coupés dans le cadre du processus de colonisation.
« Pour 50 % de la population autochtone qui vit en milieu urbain, les parcs sont les seuls endroits qui nous permettent de renouer avec la terre. Mettre ses mains dans la terre favorise grandement la guérison. »
Joce Two Crows Tremblay compile la recherche et éduque les gens sur les pratiques de gestion des espèces moins envahissantes. Son travail est profondément ancré dans la reconnaissance du fait que le mode de pensée colonial est souvent reproduit dans notre gestion des espèces et des paysages.
Introduire de nouvelles façons de penser nécessite des efforts constants et le renforcement des intentions auprès de l’ensemble du personnel, un apprentissage que Joce Two Crows Tremblay a fait lorsqu’on a accidentellement tondu leurs jardins des trois soeurs. La personne qui coupe le gazon doit comprendre, tout autant que la direction, les efforts pour renforcer la biodiversité et le travail de réconciliation dans les parcs.
Nous incorporons peu le savoir et les pratiques autochtones d’aménagement des terres dans notre travail lié à la biodiversité, et « c’est une lacune énorme et irresponsable », affirme Mme Lister.
Elle souligne que le personnel municipal qui met en place des stratégies de biodiversité a de bonnes intentions et est conscient de la nécessité d’accroître la participation des Autochtones dans ces efforts, mais il reconnaît aussi que les organisations et les communautés autochtones sont à la limite de leurs capacités.
« Il est reconnu depuis longtemps que les schémas de colonisation et l’histoire coloniale sont répétés et enracinés dans les façons dont nous construisons nos paysages, explique Mme Lister. Et comme le dit Lorraine Johnson, il doit y avoir une décolonisation du jardin. »
Sans se pencher spécifiquement sur les parcs urbains, une étude menée à l’Université de la Colombie-Britannique en 2019 a souligné l’importance des pratiques autochtones d’intendance des terres et révélé que la biodiversité était plus riche sur les terres aménagées par des Autochtones. En effet, le nombre d’espèces uniques y est supérieur de 40 %.
Sensibiliser la population globale afin qu’elle se préoccupe de la biodiversité peut être difficile. Si certaines personnes « adorent un endroit à la vie, à la mort », d’autres font abstraction de ses écosystèmes sensibles, y éparpillent leurs déchets ou permettent à leur chien d’y courir en liberté.
Or, comme l’a fait remarquer Don Carruthers Den Hoed de l’Université Mount Royal, la façon dont nous parlons d’un endroit, le nom que nous lui attribuons et le discours dont nous l’entourons peuvent contribuer à faire comprendre son importance. Les humains cherchent constamment des indices sur le comportement à adopter et l’usage à faire d’un lieu.
M. Carruthers Den Hoed mentionne une étude où on a dit aux participants qu’ils allaient au parc. Avant même de s’y rendre, les gens percevaient déjà cet endroit comme un lieu restaurateur, et ce en raison du terme utilisé. En désignant un lieu de « parc » ou de « paysage sensible », nous influençons les liens que les gens développeront avec cet endroit.
Dans une autre de ses études, M. Carruthers Den Hoed a effectué un « test aveugle » de la nature. Il a réparti les participants dans trois groupes et a emmené les groupes au même endroit, mais en modifiant les conditions pour chacun d’eux : à son arrivée, le premier groupe y a vu une affiche indiquant qu’il s’agissait d’un parc, le deuxième n’a pas vu d’affiche, et le troisième a pu interagir avec des Aînés autochtones qui leur ont parlé de la signification spirituelle du lieu.
M. Carruthers Den Hoed a découvert que la manière dont les gens perçoivent un espace — l’importance qu’ils y accordent et le niveau perçu de soins qu’il exige — est influencée par ce qu’ils apprennent sur cet espace, que ce soit par des affiches ou par des récits. Par conséquent, il souligne qu’il est essentiel de réfléchir à ce que les installations, les affiches et l’aménagement d’un parc disent au sujet de son importance et de sa raison d’être.
Voici certaines des pratiques créatives adoptées par les villes et les communautés pour faire participer les gens à la préservation et à la mise en valeur de la biodiversité urbaine.
TIREZ PROFIT DU POUVOIR DE L’ART.
FAITES PREUVE D’ORIGINALITÉ.
TRANSFORMEZ LA NATURE EN LABORATOIRE D’APPRENTISSAGE.
DÉMYSTIFIEZ LA FAUNE.
RENDEZ LA NATURE ACCESSIBLE.
Se promener au parc est quelque chose que nous sommes nombreux à faire intuitivement lorsque nous ressentons de l’anxiété. Et qui ne ressent pas d’anxiété en cette ère de la COVID-19? Les médecins ont même commencé à prescrire la nature à l’instar d’un remède. Mais les parcs ont-ils tous les mêmes bienfaits pour notre bien-être psychologique?
Dans les années 1990, des études pionnières ont montré que l’exposition à la nature, même quand il ne s’agit que de jeter un regard par la fenêtre, pouvait réduire le stress, améliorer la concentration et nous aider à guérir plus vite. Ces travaux de recherche ne faisaient toutefois pas la distinction entre les espaces sauvages et les pelouses semées d’arbres.
Des études plus récentes ont approfondi le sujet en explorant la réponse des gens à différents environnements naturels. Elles se sont intéressées au temps passé dans des zones biodiversifiées (plus longue était la période passée dans la nature, plus l’effet positif était important) et aux types de végétation présente (les fleurs aux couleurs vives étaient stimulantes, les plantes vertes, apaisantes). Les chercheurs ont aussi voulu savoir si la présence de mobilier comme des bancs de parc réduisait les bienfaits des aires naturelles. (Cette hypothèse a été infirmée.)
Dans l’ensemble, les gens ont fait état d’un sentiment de bien-être accru dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus biodiversifiées, une conclusion qui a des implications importantes pour la planification de la biodiversité urbaine et les mesures d’engagement prises.
L’accès à la nature et à la biodiversité est devenu encore plus essentiel pour notre santé mentale avec la COVID-19. La pandémie a augmenté le stress et démantelé les réseaux de soutien personnels de bien des gens, et la moitié des Canadiens ont signalé que leur santé mentale s’était appauvrie. Dans ce contexte, l’Association canadienne pour la santé mentale a mis en garde contre une potentielle « pandémie subséquente » de troubles mentaux.
Pendant le confinement, les gens n’avaient d’autres choix que d’essayer de concilier les mesures prescrites par le gouvernement et leur désir de prendre l’air pour se vider l’esprit. Selon un sondage mondial mené auprès de 2 000 personnes, la santé mentale et la santé physique étaient des moteurs importants de l’utilisation de l’espace public durant la pandémie. Le même sondage a révélé que les gens trouvaient refuge dans des endroits près de la maison, ce qui souligne la nécessité pressante de s’assurer que les aires naturelles sont distribuées de façon équitable à travers nos villes.
Quand on parle des bienfaits de la biodiversité, on décrit souvent les effets environnementaux et les services écosystémiques. Ces notions englobent tout ce que font les aires naturelles pour aider à purifier l’air, à fournir des aliments, à prévenir les inondations, à contrôler les températures extrêmes, etc. Il est très important de voir la nature comme une infrastructure verte, mais ce discours fait abstraction du rôle que jouent ces espaces en tant qu’infrastructures psychologiques.
« Le recoupement entre la richesse de la vie sur terre et le bien-être humain est maintenant bien établi dans la science, et il s’impose rapidement comme un impératif dans les pratiques de conception et de planification », explique Nina-Marie Lister, professeure agrégée et directrice de l’Ecological Design Lab à l’Université Ryerson. Elle a d’ailleurs désigné ce domaine de « nouvelle frontière ».
« Nos parcs et nos espaces verts publics n’ont jamais été aussi importants pour les citadins, surtout sur le plan de la santé mentale et des effets bénéfiques de la nature urbaine sur le bien-être, insiste-t-elle. Des chants d’oiseaux à la lumière du soleil en passant par les fleurs sauvages et les promenades à l’ombre des arbres, nous savons maintenant que la capacité d’accéder au plein air de façon sécuritaire est une nécessité, et une prescription vitale pour le bien-être.
« Plus vite nous reconnaîtrons que notre présence dans la nature est une source de réconfort psychologique, plus nous serons à même de protéger la nature pour notre propre bien-être », ajoute-t-elle.
Don Carruthers Den Hoed, un chercheur à l’Université Mount Royal qui gère également le Canadian Parks Collective for Innovation and Leadership, a mené ses propres études sur les liens entre la biodiversité et le bien-être. Il maintient que parler du bien-être peut être un moyen de faire participer un plus grand nombre de personnes aux conversations sur les parcs et la biodiversité. Il souligne d’ailleurs que l’indice canadien du bien-être peut inspirer des discussions sur les multiples bienfaits des parcs.
Selon M. Carruthers Den Hoed, il est facile de comprendre comment les parcs contribuent aux aspects de l’indice comme les loisirs et l’environnement. Mais qu’en est-il de l’engagement démocratique et de la vitalité communautaire? Le chercheur indique que les villes devraient s’appuyer sur l’indice pour faire valoir que si les programmes de bénévolat contribuent au travail de restauration naturelle, ils renforcent aussi la vitalité et le bien-être des communautés.
Les effets de la biodiversité sur le bien-être dépendent souvent autant de la perception des gens que du niveau de biodiversité réelle d’une aire naturelle. Par exemple, dans une étude menée en 2012, les sondés ont signalé des niveaux de bien-être plus élevés dans les zones qu’ils percevaient comme étant plus naturelles, même si leur perception ne cadrait pas avec les niveaux réels de biodiversité.
Les chercheurs ont souligné que ces résultats mettent en lumière une occasion à saisir. Combler l’écart entre la perception et la réalité par de l’éducation naturelle et des initiatives d’intendance pourrait donner lieu à des « scénarios dont tout le monde ressort gagnant » et qui « maximisent aussi bien la conservation de la biodiversité que le bien-être humain. »
Autrement dit, plus nous améliorons la biodiversité de notre ville et fournissons aux résidents des moyens de s’occuper des espaces naturels urbains, plus les gens pourront les apprécier et mieux ils se sentiront en conséquence.
Robin Wall Kimmerer a décrit cette relation réciproque entre l’intendance de la terre et le bien-être humain dans son livre Braiding Sweetgrass, qui allie savoir autochtone et science de la nature.
« Restaurer le territoire sans restaurer les liens est un exercice vide de sens, écrit-elle. Ce sont les liens qui perdureront et qui assureront le maintien du territoire restauré. Il est donc tout aussi essentiel de rétablir les liens entre les gens et le paysage que de rétablir des systèmes hydrologiques appropriés et d’éliminer les contaminants. Ces liens sont des remèdes pour la terre. »
Nina-Marie Lister considère que le Canada passe à côté d’une occasion en or en ne tirant pas profit des effets positifs de la biodiversité sur la santé et le bien-être. « Pour un pays qui jouit d’une aussi grande biodiversité, nous accusons un retard pour ce qui est des stratégies de protection qui peuvent améliorer le bien-être humain. Je pense qu’il est urgemment nécessaire de rapprocher la biodiversité et la santé dans nos politiques publiques. »
Selon Don Carruthers Den Hoed, bien que les gestionnaires de parcs parlent souvent des bienfaits spirituels de la nature, « ceux-ci ne sont jamais mentionnés dans les plans d’aménagement. C’est parmi les aspects très importants qui attirent les gens vers la nature et pourtant, c’est quelque chose qu’on a tendance à écarter du revers de la main. »
Dans notre examen des stratégies de biodiversité des villes canadiennes, nous avons constaté que même si celles-ci mentionnent les bienfaits de la biodiversité sur le bien-être humain, c’est souvent en termes très généraux plutôt que sous forme de politiques ou de mesures recommandées.
Cela ne veut toutefois pas dire que les liens entre la biodiversité et la santé publique sont absents des réflexions menées par les villes
Vanessa Carney, superviseure de l’analyse des paysages à la Ville de Calgary, reconnaît le lien entre la santé mentale et la biodiversité. Elle affirme d’ailleurs que dans son travail de cartographie des réseaux écologiques, la Ville « vise à trouver des moyens d’élargir l’accès aux parcs pour les Calgariens de manière à inclure des expériences nature plus facilement accessibles ».
Les effets positifs d’une expérience de la biodiversité et de la nature sur le bien-être soulèvent des questions importantes sur l’accès équitable aux aires naturelles qui abritent une riche biodiversité, surtout à la lumière de l’augmentation des troubles de santé mentale due à la COVID-19.
Comme l’a conclu la chercheuse en santé Nadha Hassen, les iniquités raciales et socioéconomiques dans l’accès à des espaces verts de qualité peuvent être un facteur déterminant des problèmes de santé mentale. « Dans les milieux urbains, les quartiers à faible revenu et ceux qui accueillent de nouveaux arrivants ou des populations racialisées ont tendance à offrir un accès limité à des espaces verts de qualité comparés aux quartiers où le revenu moyen est plus élevé ou ceux dont la majorité des résidents sont blancs », écrit-elle.
Assurer l’équité « représente un travail énorme », souligne M. Carruthers Den Hoed. En effet, l’équité est un aspect important qui est absent de nombreuses stratégies sur la biodiversité. M. Carruthers Den Hoed maintient d’ailleurs que l’équité ne se résume pas à l’accès (les gens peuvent-ils profiter d’espaces naturels à proximité?) et qu’elle est aussi liée à l’inclusion (dans quelle mesure les gens contribuent-ils à façonner ces espaces naturels?).
« Comment l’équité s’inscrit-elle dans les réflexions menant à la prise de décisions, celles sur l’emploi et les avantages économiques de tout ce qui se passe dans un parc, demande M. Carruthers Den Hoed. Je pense que c’est dans ce domaine que se fera le travail le plus intéressant. »
À Vancouver, un exemple fascinant d’intendance environnementale en milieu urbain a pris racine dans le quartier de Champlain Heights.
Everett Crowley Park Committee (ECPC)* et Free the Fern Stewardship Society* sont deux associations environnementales. Elles travaillent en étroite collaboration pour protéger et revitaliser les écosystèmes de certaines forêts indigènes encore présentes dans l’est de Vancouver.
Leurs équipes, pour la plupart constituées de bénévoles, ont organisé des centaines d’événements d’éducation et d’intendance environnementales à succès. Leur travail repose sur des valeurs communes comme la réciprocité, la réconciliation et un profond engagement envers la terre.
Nous avons interrogé Damian Assadi et Evie Osborn d’ECPC, ainsi que Grace Nombrado de Free the Fern pour en savoir plus sur comment ils œuvrent à la fois pour les espaces naturels et les liens communautaires.
Damian : En fait, je suis né dans ce quartier. Il y a un espace vert qui s’appelle le parc Sparwood. J’allais y jouer tous les matins, et c’est là que j’ai appris les principes de l’intendance environnementale. J’adorais m’amuser sous les cèdres, autour des ronces remarquables et des arbustes à baies de cèdre. Un jour, je me suis rendu compte qu’une plante étrange poussait au pied d’une ronce remarquable. Dix ans plus tard, j’ai réalisé que cette dernière avait été tuée par une espèce envahissante appelée ronce d’Arménie. Déterminé à faire quelque chose, j’ai contacté ECPC et j’ai proposé mon aide en tant que bénévole.
Evie : On dit toujours pour blaguer que le parc Everett Crowley, c’est un peu comme le jardin de Damian. Si vous le cherchez, il est probablement dans le parc. Je suis originaire du Royaume-Uni. Quand je suis arrivée ici il y a quelques années, je me suis rapidement investie dans l’intendance environnementale. Pour moi, c’est une façon de m’ancrer dans un lieu que de le découvrir à travers ses milieux naturels, ses espèces et ses habitats. Je suis venue pour la première fois au parc Everett Crowley pour un événement visant à planter des espèces végétales. Tout le monde a été tellement accueillant et chaleureux. Je me souviens d’avoir discuté avec Damian qui m’a grandement encouragée à participer aux activités. Cela fait plus d’un an maintenant que je travaille avec le comité. Je suis impressionnée par la chaleur humaine et l’enthousiasme de tout le monde.
Grace : Mon travail avec Free the Fern s’est fait de manière très spontanée. Après une tempête au début de l’année 2021, je me promenais sur un des sentiers du quartier Champlain Heights. J’étais en train de déblayer des branches tombées par terre quand j’ai remarqué que du lierre envahissait le secteur. Ayant déjà travaillé comme bénévole au parc Everett Crowley, j’étais consciente des dégâts que cela pouvait causer, alors j’ai commencé à enlever le lierre avec un voisin. Des résident·es qui passaient par là nous ont demandé ce que nous faisions et s’ils pouvaient nous aider. C’est ainsi que Free the Fern est née. En taillant des ronces, j’ai dégagé une fougère dissimulée en dessous et me suis écriée « Free the fern ! » [Libérons la fougère !]. Le nom est resté. Ce qui avait commencé comme une initiative spontanée de défrichage a complètement réorienté ma carrière. Aujourd’hui, nous sommes une organisation sans but lucratif.
Damian : Le parc Everett Crowley était autrefois utilisé comme décharge municipale. Avant cela, il y avait à cet endroit une forêt ancienne gérée par les peuples salish de la côte et située à proximité d’un ancien village appelé Tsukhulehmulth. C’est un contexte clé dans l’histoire de l’intendance du lieu qui s’est perpétuée au fil du temps. Quand la décharge a été fermée en 1967, une proposition a été émise d’agrandir le terrain de golf adjacent de 19 trous à 27 trous, ou de construire un réseau ferroviaire miniature. Toutefois, des résident·es ainsi que des amoureux et amoureuses de la nature ont fait campagne auprès de la commission des parcs pour en faire un espace naturel. C’est ainsi qu’a vu le jour ECPC, en tant que sous-comité de la Champlain Heights Community Association, sa mission étant d’en faire une réserve naturelle urbaine.
Grace : Jusque dans les années 1970, la zone à l’est du parc Everett Crowley était encore une forêt dense. Heureusement, pendant les plans de réaménagement du quartier de Champlain Heights, la municipalité a décidé de conserver une bande de cette forêt ancienne pour en faire un sentier pédestre. Les activités d’intendance aux abords de ces sentiers sont cruciales, car on y trouve de nombreuses espèces de plantes indigènes utilisées traditionnellement comme nourriture et remèdes. Ils servent aussi d’habitats aux aigles, chouettes, chauves-souris, grands pics et à bien d’autres animaux ! Toutefois, beaucoup d’espèces de plantes envahissantes menacent de coloniser ces sentiers. Voilà pourquoi nous avons besoin d’un programme d’intendance environnementale comme celui de Free the Fern.
Damian : Nous sommes le seul quartier de l’est de Vancouver avec 30 % de couverture arborée. En général, la couverture arborée reflète le niveau de revenu du quartier en question. Toutefois, notre quartier déroge à la norme, car nous disposons d’une bonne quantité d’arbres, mais aussi de logements sociaux et destinés aux personnes à faibles revenus. Contrairement à la majeure partie de la ville, la forêt a été préservée pendant le développement urbain des années 1970. Aujourd’hui, il ne reste que 4 % de forêt dans toute la ville de Vancouver et nous en faisons partie. Cette oasis verte incite les gens à en prendre soin parce que c’est un endroit unique.
Grace : Notre quartier ressemble à un grand parc. Le parc Everett Crowley et les sentiers de Champlain Heights sont uniquement séparés par une route.
Je dis toujours « les oiseaux ne connaissent pas de frontières ». Ainsi, ce qui est bon pour le parc ou le réseau de sentiers est bon pour nous.
Grace, Free the Fern
Par exemple, quand nous cherchons des subventions, nous faisons aussi passer le message autour de nous. Même si une seule organisation parmi nous se voit attribuer une subvention, c’est tout le quartier qui en profitera. Se faire concurrence ne sert à rien, car nous partageons les mêmes ambitions et les mêmes valeurs.
Damian : Je considère ECPC et Free the Fern comme des organisations cousines, faisant partie d’une grande communauté ou d’une grande famille. Notre quartier est unique, car deux organisations environnementales locales y ont vu le jour. Je pense que ce n’est pas une coïncidence. Cela reflète la corrélation qui existe entre nos programmes et nos activités d’intendance.
Grace : Je voulais d’ailleurs citer le festival des lanternes Light up the Night à Champlain Heights. Free the Fern organise l’événement depuis quatre ans, mais l’hiver dernier, nous avons collaboré avec ECPC pour la première fois. Son équipe nous a aidés pour la mise en place et aussi en soutenant les artistes fabriquant les lanternes. C’était l’un de nos festivals les plus réussis, et ce, grâce à ce partenariat.
Damian : Nous prenons le temps de créer des liens avec les gens.
Nous pensons que chaque personne qui assiste à nos événements a quelque chose à apprendre, et chaque personne nous apprend aussi des choses.
Damian, Everett Crowley Park Committee
Grâce au soutien d’Ami·es des parcs et d’autres organismes, nous pouvons nous développer en mettant en œuvre ces ambitions collectives. Nous disposons de multiples sous-comités qui correspondent aux intérêts de nos membres. Nous nous sommes organisé·es collectivement afin de mettre en valeur ces savoir-faire. Je dis souvent « Nous aimons rêver, mais nous savons aussi passer à l’action. »
Evie : Depuis l’an dernier, notre comité est passé de 5 personnes à 11. Nous avons aussi remarqué que le public présent à nos événements était de plus en plus varié et représentait davantage la population de Champlain Heights. De plus, nous constatons une plus grande diversité dans l’âge des participant·es (avec davantage de personnes plus jeunes), mais aussi dans leurs origines raciales et ethniques. Nous bénéficions aussi de nouvelles compétences, notamment dans la réalisation de vidéo documentaires, la recherche environnementale et la gestion d’une organisation à but non lucratif. De même, davantage de résident·es du quartier décident de nous rejoindre. L’an dernier, nous avons organisé 69 événements. En 2025, nous en avons organisé 45 durant les premiers mois de l’année.
Des gens viennent souvent nous voir avec une idée ou une ambition qu’ils souhaitent mettre en œuvre. Nous avons la chance d’avoir la flexibilité nécessaire pour leur apporter notre soutien. Les financements octroyés par Ami·es des parcs nous aident à assurer la logistique permettant aux bénévoles de mener les activités qui les passionnent. Notre programme sur l’ornithologie en est un bon exemple : l’un de nos bénévoles de longue date a fait équipe avec une autre personne pour en faire une réalité. Celui-ci est extrêmement populaire, et les listes d’attente dépassent souvent les capacités de 200 %. Chaque mois, cinq animateurs et animatrices ayant des connaissances sur les oiseaux dirigent désormais des marches guidées. Celles-ci sont adaptées aux débutant·es et favorisent les échanges, offrant à chaque personne la possibilité de s’exprimer. Tous les mois, nous organisons aussi un petit recensement des oiseaux pour en dresser l’inventaire et offrir une expérience de terrain aux personnes intéressées par l’écologie. Nous transmettons ensuite nos données à la municipalité.
Grace : Dans le cadre de la politique de Free the Fern sur l’équité, la diversité et l’inclusion, que nous avons adoptée en août 2024, nous encourageons les bénévoles de tous horizons à occuper des postes à responsabilités lors de nos événements. Ces bénévoles en charge nous aident à accueillir les autres bénévoles, dirigent une activité de bienvenue, supervisent les activités d’intendance environnementale et participent au nettoyage après l’événement. Le fait que des bénévoles avec différents profils assument des rôles de leader permet aux personnes appartenant à des groupes marginalisés de se sentir représentées, valorisées et motivées à participer.
Grace : Depuis la création de notre organisation, nous avons fait en sorte d’engager des personnes autochtones pour transmettre leurs savoirs pendant nos ateliers et promenades. En 2023, la Fondation David Suzuki et l’Initiative nationale Forêts de la guérison ont reconnu notre jardin pédagogique Douglas Fir comme « forêt de guérison », c’est-à-dire un endroit reconnaissant les préjudices subis et contribuant à y remédier. Notre aînée en résidence, Marge Wiley de la Nation Tl’azt’en, nous a dit que le jardin lui procurait un réel sentiment de paix et qu’elle le fréquentait quasiment tous les jours. C’est exactement ce que nous espérions : créer un espace de guérison.
Les changements climatiques menacent de nombreux cèdres peu habitués au climat sec. Avec l’aide du personnel municipal en charge des forêts, nous avons coupé des arbres et avec d’autres bénévoles, nous les avons roulés sur le sentier. Nous avons bien ri en essayant de faire rouler tous ces troncs ! Nous avons aussi engagé John Spence, un sculpteur squamish, et son fils pour sculpter ces troncs et créer un cercle sacré. C’est devenu notre lieu de rassemblement, où les enfants viennent pour apprendre.
De plus, nous avons créé un comité sur la diversité. Celui-ci se réunit tous les mois pour coordonner l’élaboration de programmes inclusifs, notamment sur la réconciliation avec les peuples autochtones. J’ai moi-même beaucoup appris, et je m’efforce toujours d’indiquer la source de ces connaissances. Lorsque je partage ce savoir, j’aborde les usages traditionnels des plantes qu’on m’a enseignés. Non loin de là, nous avons une forêt nourricière, inspirée par les traditions des peuples salish de la côte qui établissaient des cultures agricoles près des villages. Nous y avons installé un panneau avec des explications sur l’histoire du lieu et les plantes, et des photos pour permettre aux gens d’en savoir plus.
Evie : Après avoir tiré des enseignements du formidable travail de Free the Fern sur sa politique d’équité, de diversité et d’inclusion, ECPC a décidé d’élaborer sa propre politique en se concentrant sur la réconciliation avec les peuples autochtones. Nous disposons désormais d’un budget dédié à ces activités. Ceci comprend le recrutement d’animateurs et animatrices autochtones pour guider les promenades, des séances d’identification des plantes et des ateliers abordant l’histoire autochtone du parc et les activités actuelles. La réconciliation se traduit aussi par des activités de restauration environnementale, en plantant des espèces végétales autochtones et en communiquant leur nom et leur utilisation autochtones quand nous le pouvons.
Damian : Notre Jardin de guérison a permis de transformer une zone envahie par les ronces d’Arménie en un espace où poussent des espèces endémiques qui attirent les pollinisateurs. Ces plantes sont comestibles et possèdent des propriétés médicinales, mais ont aussi une grande importance culturelle pour les Premières Nations du secteur. Voilà pourquoi notre jardin porte le nom de « Jardin de la guérison ».
Nous faisons en sorte de poser des gestes concrets et que ceux-ci soient au cœur de tout ce que nous faisons. Nous veillons à mettre en pratique nos valeurs en dépassant la simple énonciation d’une reconnaissance de territoire. Nous lançons un appel permanent à toute personne détentrice de savoirs pour qu’elle vienne à notre rencontre. Il est arrivé que des personnes autochtones participant à nos événements nous fassent part de connaissances que nous ignorions auparavant. Nous nous réjouissons de bénéficier d’un environnement favorisant ce partage de savoirs.
Mon souhait est que nous remplissions notre mission d’intendance du parc Everett Crowley en tant que réserve naturelle urbaine. J’espère aussi que les valeurs de notre comité continueront d’être portées par nos membres. Enfin, je souhaite que nos programmes continuent de refléter les intérêts de notre public.
Notre ambition est collective, portée par les usagères et usagers de ces parcs. Elle est guidée par l’intendance environnementale et ancrée dans la réciprocité et le respect, tout en faisant briller au mieux les qualités de toutes et tous.
Cette contribution d’Emily Rendell-Watson s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid* et est illustrée grâce aux croquis de Jake Tobin Garrett*.
Edmonton, ou Amiskwaciy Waskahikan*, accueillera bientôt le premier site cérémoniel Autochtone urbain du Canada.
Kihciy askiy*, qui veut dire « terre sacrée » en langue cri, est situé au cœur de la capitale de l’Alberta sur un site de 4,5 hectares dans le parc Whitemud*. Le parc, qui se trouve dans la vallée fluviale d’Edmonton, vise à offrir aux personnes Autochtones un lieu pour se réunir à l’occasion de cérémonies et dans des huttes de sudation, cultiver des herbes médicinales et vise à transmettre la culture Autochtone aux personnes non Autochtones.
« Nous sommes aujourd’hui dans une ère de réconciliation et devons tâcher d’établir des relations positives avec les colons. Cette initiative va donc nous permettre de faire un grand pas dans cette direction », explique Lewis Cardinal, responsable du projet et membre du Indigenous Knowledge & Wisdom Centre (IKWC)*.
« Nous faisons face encore aujourd’hui au racisme et à la discrimination. Toutefois, une grande partie de ces problèmes vient de l’ignorance, ou simplement du fait de ne pas connaître les traditions des gens et d’être mal informé. Cette initiative permettra aux gens de se familiariser directement et de manière personnelle . »
Lewis Cardinal
Selon Lewis Cardinal, il sera également important que le centre serve de lieu de rassemblement aux personnes Autochtones de la région, en particulier pour celles qui cherchent à se rétablir après avoir connu la toxicomanie, des abus ou d’autres traumatismes.
« Ceci peut permettre de transformer ces situations en quelque chose de très positif, en rendant les gens plus forts et en resserrant les liens humains », dit-il.
En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville.
Le terrain sur lequel sera construit kihciy askiy se trouve dans l’ouest d’Edmonton sur l’ancienne propriété de Fox Farms. Dans le passé, les Autochtones s’y arrêtaient pour la nuit avant d’entrer dans la ville pour y cueillir des amélanches. Selon la tradition orale, il existerait un important gisement d’ocre à l’est de kihciy askiy, de l’autre côté de Whitemud Creek. L’ocre faisait autrefois partie des éléments clés des cérémonies Autochtones. Ceux-ci la mélangeaient à des baies et à des pigments pour créer différentes couleurs.
Au fil des années, des cérémonies se sont tenues sur ce site, notamment lors de la conférence internationale Autochtone « Healing Our Spirit Worldwide »* . Néanmoins, à chaque fois que la communauté Autochtone voulait utiliser le terrain, elle devait demander une autorisation à la Ville, explique Lewis Cardinal. Les aînés qui ont organisé la conférence se sont donc demandé s’il leur serait possible d’avoir un accès permanent à un terrain dans le centre de la ville.
Afin de concrétiser cette initiative via des négociations plus formelles avec la municipalité, Lewis Cardinal, William Campbell et un groupe d’aînés ont ainsi créé l’organisation à but non lucratif Edmonton Indigenous Cultural Resource Counsel.
Étant donné que certains étaient favorables à l’organisation de cérémonies dans la ville et que d’autres non, l’organisation a donc décidé en 2010 de réunir 120 aînés Autochtones venant de toute l’Alberta pour discuter pendant trois jours de cette idée. Ce groupe a également réfléchi au type de cérémonies pouvant être organisées dans une ville, et aux différents sites potentiels.
D’après Lewis Cardinal, « la réponse à la première question était : “oui, les familles, les jeunes et toutes les personnes Autochtones vivant dans les centres urbains doivent avoir accès à des cérémonies, car dans un avenir proche, c’est là que la plupart vivront. Ils doivent donc avoir accès à des activités culturelles et à des cérémonies dans un environnement respectueux de la Terre Mère” ».
« En d’autres termes, on ne peut pas organiser des cérémonies sur le stationnement d’un Walmart. »
Le projet a finalement été repris par l’organisation Native Counselling Services of Alberta (NCSA)*, ce qui a permis d’assurer un dialogue continu entre les parties prenantes et de créer un conseil des aînés* chargé de collaborer avec l’équipe pour la conception et la construction du site, et de veiller au respect des principes spirituels et culturels du projet.
En mai 2015, puis en octobre 2018, le NSCA a organisé des réunions du grand conseil pour les chefs spirituels Autochtones de la région d’Edmonton au Alfred H. Savage Centre afin d’étudier et d’approuver le concept, de passer en revue les protocoles de cérémonie sur le site et d’aborder dans les grandes lignes les besoins cérémoniels et spirituels des Autochtones de la région.
En 2018, le NCSA a fait l’objet d’une réorganisation structurelle, et la décision a été prise de transférer le projet à l’IKWC, se souvient Lewis Cardinal. C’est à ce moment-là qu’on lui a demandé de le gérer à plein temps.
« J’ai toujours entendu les aînés dire qu’il nous incombe de réaliser nos rêves et nos ambitions. Ainsi, qu’il s’agisse de concrétiser un rêve et une ambition pour soi-même ou pour un groupe de personnes, nous devons ressentir le même engagement. Je me réjouis de pouvoir à nouveau participer au projet et de travailler avec les aînés pour en arriver à ce stade. »
L’un de ces aînés est Howard Mustus, président du Conseil des aînés de kihciy askiy et gardien du savoir traditionnel. Il espère que le projet contribuera à réduire le racisme, à mesure que les personnes non Autochtones assimilent et acceptent les traditions et la culture Autochtones.
« Nous encourageons les personnes non Autochtones à participer avec nous aux cercles sacrés et à en apprendre davantage sur la loi Autochtone. Celle-ci est ancrée dans la spiritualité, un aspect très important pour notre peuple. Il s’agit de la plus haute autorité qui dicte la manière dont nous devons nous comporter et fonctionner en tant que société, en nous basant sur les principes holistiques de la bienveillance et du partage », explique Howard Mustus.
En septembre 2021, une cérémonie de bénédiction de la terre* (au lieu de la cérémonie marquée par le premier coup de pioche) a été organisée pour célébrer le début des travaux et reconnaître les liens entre toutes les parties prenantes participant au projet kihciy askiy, dont le budget s’élève à 4,5 millions de dollars. Cette cérémonie a aussi été l’occasion de « demander la permission à la Terre Mère de lancer les travaux », et ce, en nouant des rubans aux branches d’un arbre afin de symboliser les liens avec la terre et le respect envers celle-ci.
Mené par Delnor Construction, l’aménagement du terrain a officiellement commencé à la mi-novembre et devrait durer entre 18 et 24 mois.
Les liens qui se sont noués dans le cadre de ce projet ont joué un rôle crucial pour la réussite de kihciy askiy jusqu’à présent, notamment en guidant la manière dont le site sera aménagé.
Nav Sandhu, responsable des programmes de la Ville d’Edmonton, explique que les marchés publics à caractère social lancés par la Ville demandaient aux prestataires de services posant leur candidature de montrer comment leurs équipes ou leurs sous-traitants associeraient les groupes Autochtones au processus. Pour ce faire, une personne Autochtone chargée des ressources humaines a été embauchée, et les services d’entreprises Autochtones ont été retenus pour s’occuper des aspects liés à la mécanique et aux aménagements paysagers du projet.
« Les marchés publics à caractère social sont relativement nouveaux dans le secteur de la construction, et je pense que nous irons de plus en plus dans cette direction. C’est formidable de voir la Ville agir comme chef de file et veiller à ce que les partenaires et les bénéficiaires du projet aient voix au chapitre en pouvant exprimer leurs attentes. »
Nav Sandhu
« Les projets qui, comme celui-ci, ont des répercussions sociales aussi importantes, requièrent un certain niveau de collaboration. »
Le processus de conception a également nécessité l’obtention d’un consensus de la part des représentants de plus de 50 groupes Autochtones qui pourront utiliser le site, ainsi que l’adaptation de plusieurs politiques relatives aux parcs afin de permettre l’aménagement de la vallée fluviale d’Edmonton et l’accès à la zone pour les activités culturelles Autochtones.
En tant que propriétaire du terrain, la Ville construira sur kihciy askiy deux bâtiments qui abriteront des vestiaires, des toilettes, une petite salle de classe dédiée à l’éducation environnementale, un espace de réunion ainsi qu’un entrepôt. Le site comptera également un amphithéâtre en plein air.
Selon Lewis Cardinal, l’objectif est de donner au site un caractère naturel, « en évitant d’y laisser une empreinte trop importante ».
Le site disposera d’une zone pouvant accueillir entre 10 et 12 tipis ou tentes trappeurs, dans lesquels des conteurs pourront raconter des histoires.
Deux foyers extérieurs permettront de faire fonctionner simultanément deux huttes de sudation, avec une capacité d’accueil pour huit personnes au total. En tant que lieux dédiés aux cérémonies, les huttes de sudation font partie intégrante de la culture Autochtone et seront particulièrement cruciales pour les groupes Autochtones de la région d’Edmonton qui possèdent un large éventail de traditions autour de cette pratique de purification.
« Les personnes opérant des huttes de sudation actuellement ont reçu des enseignements différents de ceux de leurs ancêtres, ou de ceux qui leur ont transmis ce savoir. Nous devons donc veiller à ce que toutes ces personnes puissent y avoir accès », explique Lewis Cardinal.
Une fois que le projet kihciy askiy sera terminé, les groupes Autochtones d’Edmonton ne seront plus obligés de se rendre à la bande de Paul ou à la Première Nation d’Enoch ou d’Alexander pour avoir accès à une hutte de sudation.
Le troisième élément, qui explique le choix de ce site, sera un jardin médicinal qui s’inspirera des remèdes traditionnels existant dans la vallée fluviale. Ce jardin sera utilisé comme lieu d’enseignement, et aussi pour les aînés afin qu’ils puissent récolter de la sauge, du tabac et du foin d’odeur, par exemple.
Enfin, un espace polyvalent offrira un lieu supplémentaire pour accueillir des cérémonies Autochtones ainsi que d’autres structures traditionnelles qui pourraient voir le jour pour honorer certaines traditions des Premières Nations.
« Cet endroit permettra également de dispenser un enseignement aux personnes non Autochtones, de les accueillir dans nos cérémonies et de leur parler de notre vision du monde et de notre histoire. Ces espaces représenteront d’excellentes plateformes d’enseignement », déclare Lewis Cardinal. Et d’ajouter que le site offrira également un « programme ouvert », dans le cadre duquel les huttes de sudation seront ouvertes au public.
« L’objectif global du site est de favoriser une bonne entente, d’aider les Autochtones à se reconnecter à la terre et aux enseignements qui en découlent, ainsi qu’à leur culture, leurs traditions et leur histoire. »
Les organisations et agences Autochtones pourront également se servir du site pour y offrir leurs propres programmes culturels.
Le seul autre parc que Lewis Cardinal connaît qui ressemble de près ou de loin à kihciy askiy est l’aire culturelle Autochtone du parc national Jasper. Cette zone aménagée par le Forum des Autochtones du parc national de Jasper et Parcs Canada est un endroit réservé aux partenaires Autochtones afin qu’ils puissent renouer avec la terre, l’apprentissage culturel et les cérémonies.
Ouvert aux membres du Forum à partir de juin 2013, le site est fermé au grand public afin d’en assurer l’intimité.
Une fois la construction de kihciy askiy terminée, l’IKWC sera responsable de sa gestion. Les gens pourront s’y rendre par divers moyens de transport, y compris en autobus – un facteur important pour déterminer l’emplacement du site, explique Lewis Cardinal.
Selon Lewis Cardinal, Howard Mustus et Nav Sandu, le site constituera un pilier important pour la communauté Autochtone de la région d’Edmonton, en leur permettant de maintenir un lien avec leurs traditions. Les partenariats ayant joué un rôle essentiel dans l’aménagement du site se poursuivront, et nous espérons que de nouveaux se formeront entre les groupes Autochtones qui l’utilisent et les personnes non Autochtones désireuses d’en savoir plus sur eux.
« Kihciy askiy constituera un havre de paix pour les gens. Selon moi, ceci ne sera pas le dernier (projet de ce type); je pense qu’une tendance va émerger dans les années à venir… afin de combler ces lacunes », déclare Nav Sandhu.
« Selon moi, il s’agit d’un pas important et nécessaire en faveur de la vérité et de la réconciliation. »
Emily Rendell-Watson est une journaliste multimédia basée à Edmonton qui est actuellement responsable éditoriale et responsable de la communauté de Taproot Edmonton, une publication qui cherche à aider sa communauté à mieux se comprendre.
Elle écrit sur l’innovation technologique, les problèmes urbains, le changement climatique et tout ce qui tombe sur son bureau. Lorsqu’elle ne poursuit pas une histoire, vous pouvez la trouver en train de faire du patinage de vitesse ou de s’aventurer dans l’arrière-pays avec son chien de sauvetage, Abby.
Chez Ami·es des parcs, nous pensons que les parcs peuvent jouer un rôle essentiel dans la réconciliation et la décolonisation.
À travers le pays, des projets visant à rétablir la confiance, à partager des connaissances et à développer de véritables partenariats entre les Premières Nations et les colons grâce aux parcs représentent de belles sources d’inspiration. À cet égard, citons la Ville de Quesnel, en Colombie-Britannique, qui a restitué la propriété du parc Tingley à la Première nation Lhtako Dene*, ou bien l’accord entre la Nation Tsleil-Waututh et les parcs régionaux de Metro Vancouver.
En tant qu’organisation nationale défendant les parcs urbains, nous reconnaissons que, lorsque nous parlons des parcs municipaux et des terrains publics, nous occultons le fait que, dans la plupart des cas, il s’agit de territoires autochtones traditionnels. Voilà pourquoi notre reconnaissance du territoire figure sur notre site web ainsi que dans tous nos événements.
Dans le cadre de notre propre cheminement, nous aimerions vous faire part de ce que nous avons appris lors de l’élaboration de notre reconnaissance de territoire.
Il est essentiel que votre groupe fasse des recherches approfondies pour se renseigner sur les questions autochtones à l’échelle mondiale, nationale, régionale et municipale.Cherchez à savoir sur quels territoires se trouve votre parc et quels traités ou pactes étaient censés régir pacifiquement ces terres. Utilisez nativeland.ca comme point de départ.Vous trouverez peut-être des renseignements contradictoires sur les droits fonciers territoriaux. Adressez-vous au bureau du conseil de bande de votre localité, au Bureau des affaires autochtones municipal, à un Centre d’amitié autochtone*, ou à un groupe universitaire autochtone pour comprendre l’histoire et les droits associés à ce territoire.
Organisez une discussion avec votre groupe concernant votre future reconnaissance de territoire et vos objectifs de réconciliation en général.Incitez vos membres à faire part des reconnaissances de territoire qui les ont marqués pendant d’autres événements, des informations et des nouvelles qu’ils ont lues, ainsi que de leurs idées. Ceci permettra d’amorcer un dialogue en vue de façonner les perspectives de votre groupe et de le mobiliser dans ce sens. Ces conversations vous aideront également à identifier des chefs de file potentiels dans votre groupe pouvant orienter les futures activités en matière de réconciliation.
Lire une reconnaissance de territoire générique que vous ne comprenez pas ou avec laquelle vous ne ressentez aucun lien ne contribuera pas à faire avancer les objectifs de vérité et de réconciliation. Avec votre groupe, rédigez une reconnaissance de territoire qui reflète l’histoire unique et le caractère contemporain de votre parc.
Réfléchissez à la manière dont cette reconnaissance de territoire peut informer et faire réfléchir les personnes qui l’écoutent, et ce, bien après la fin de l’événement.
Rédiger une reconnaissance de territoire représente une occasion pour votre groupe de déclarer publiquement son engagement à œuvrer en faveur d’une alliance avec les Premières Nations. Elle contribue à défendre le démantèlement des systèmes coloniaux qui continuent d’opprimer les peuples autochtones, en niant leurs droits fonciers et leur mode de vie.Ajoutez à votre reconnaissance de territoire un engagement concernant la manière dont votre groupe traduira ces paroles en actes. Trouvez des moyens concrets pour permettre à votre groupe d’avoir un impact sur ces activités complexes et en cours.
Quand vous aurez le sentiment d’avoir fait suffisamment de recherches et d’avoir rédigé une reconnaissance de territoire satisfaisante, songez à la soumettre à une personne respectée au sein d’une communauté autochtone près de chez vous pour obtenir son avis.Respectez son temps et n’attendez pas d’éloges pour votre geste préliminaire. Profitez de cette occasion pour exprimer votre volonté de collaborer avec cette communauté sur le thème de la décolonisation.
Envisagez d’inviter des organisations autochtones à assister et à participer aux événements et rassemblements de votre groupe quand la situation le permet.
Prévoir la manière de rémunérer les personnes qui donnent de leur temps et partagent leur expertise et leurs connaissances.
Utilisez ces excellentes ressources pour réaliser les prochaines étapes de votre travail de décolonisation dans les parcs :
Ce webinaire explore les obstacles et les opportunités pour transformer les parcs en lieux naturels de rencontre et d’engagement au-delà des différences.
Le nom du webinaire vient de Jay Pitter, titulaire d’une Maîtrise en sciences de l’éducation et cocréatrice primée d’espaces publics [placemaker] dont le travail vise à atténuer les divisions croissantes qui existent dans les villes nord-américaines.
Ce webinaire se déroule en anglais mais les sous-titres français sont disponibles.
Ambika suit un doctorat à la faculté Daniels de l’Université de Toronto. Ses recherches portent sur la manière d’encourager les…
Fièrement franco-Albertain, Chúk est incroyablement passionné par les interactions entre la culture, la santé et l’environnement. Dehors son travail chez…
Zahra est conceptrice et stratège d’intérêt public dont l’objectif est que les personnes généralement sous-représentées aient leur mot à dire…
Ami·es des parcs a le plaisir de lancer son Rapport 2024 sur les parcs urbains du Canada, notre sixième édition mettant en lumière les tendances, enjeux et pratiques qui façonnent les parcs de nos villes.
Visionnez le webinaire de lancement du rapport avec les auteures pour en savoir plus sur les résultats de notre recherche :
Le webinaire offre une réflexion enrichissante sur l’avenir des parcs urbains, avec des intervenantes de la Ville de Victoria et de l’Alliance pour les espaces verts. Nous abordons les possibilités et les défis liés à la collaboration et aux partenariats, notamment entre les services municipaux, les acteurs et actrices communautaires ou encore les organisations à but non lucratif.
Ce webinaire se déroule en anglais avec interprétation simultanée en français. Vous pouvez également visionner la vidéo en anglais avec des sous-titres français automatisés en cliquant ici.
Adri Stark se spécialise dans la recherche et les politiques pour Ami·es des parcs, et corédige le Rapport annuel sur…
Joy est responsable de la recherche et des partenariats à Ami·es des parcs. Elle est chargée de la recherche à…
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Née à Ottawa, Nicole DesRoches vit désormais à Chelsea, au Québec. Habitant dans la région de la Capitale nationale, elle…
Aujourd’hui, Ami·es des parcs a le plaisir de lancer son sixième Rapport sur les parcs urbains du Canada, qui sera la dernière édition de ce rapport dans sa forme actuelle : Combler le fossé : comment le secteur des parcs peut relever les défis complexes actuels grâce à la collaboration et aux partenariats.
L’an dernier, nous avons cherché à comprendre en profondeur ce qui trottait dans la tête des gestionnaires des parcs à travers le pays. Nous avons donc interrogé plus de 44 cadres supérieurs au sein de 30 municipalités sur les tendances et les défis qui caractérisent leur secteur. L’un des enseignements clés qui en est ressorti était la nécessité de trouver un moyen de collaborer plus efficacement en vue d’atteindre les nombreux objectifs fixés pour les parcs.
Le rapport de cette année approfondit donc cet enseignement en mettant en lumière des exemples de collaboration à l’échelle nationale et en recueillant des données provenant de 35 municipalités canadiennes, de plus de 2 500 citadin·es, ainsi que d’entretiens réalisés avec le personnel et des spécialistes des parcs.
Ce processus nous a permis de déterminer six enseignements clés relatifs à la collaboration et aux partenariats :
Dans ce rapport, vous trouverez :
Si vous souhaitez aller plus loin dans l’étude de ce rapport, inscrivez-vous à notre webinaire de lancement. Celui-ci comprendra une discussion animée sur les principales conclusions du rapport ainsi que des orientations pour l’avenir des parcs urbains. Ce webinaire d’une heure se tiendra le mercredi 27 novembre à 15 h (HNE).
Marie-Pierre est une visionnaire qui milite pour la création d’oasis de verdure au milieu des jungles de béton. Elle souhaite mieux comprendre les défis que pose l’accès aux espaces verts ainsi que son importance. Ces espaces favorisent la création de liens sociaux entre les gens, un sentiment d’appartenance et une appréciation pour les histoires et les pratiques liées à cette terre. C’est ce rêve qui a conduit à la création de la fondation Vancouver Urban Food Forest (VUFFF).
Créée en pleine pandémie, la fondation avait pour objectif de répondre au problème de l’isolement et de l’accès alimentaire dans un quartier comptant 34 000 habitant·es. Après avoir identifié ces besoins, et grâce au soutien d’Ami·es des parcs, la fondation a imaginé de créer une forêt nourricière qui servirait de havre de paix aux personnes Autochtones vivant en milieu urbain et aux résident·es à faible revenu. Son objectif était de démontrer que l’accès aux espaces verts et le droit de cultiver la terre sont des droits fondamentaux.
C’est ainsi que la première forêt nourricière Autochtone appelée Chén̓chenstway Healing Garden a vu le jour dans le parc Oxford, à Vancouver. Hébergée dans le pavillon Burrard Park View Field House, la fondation n’a pas ménagé ses efforts jusqu’à présent, un gage certain de sa résilience.
Avec le soutien d’Ami•es des parcs, la VUFFF a pu organiser des ateliers de jardinage de plantes médicinales et d’autres événements pour soutenir, connecter et outiller les résident·es du quartier. Les personnes auparavant isolées ou réticentes à l’idée de jardiner ont trouvé un groupe de personnes bienveillantes qui valorise leur histoire et leurs expériences. Avec la création de jardins de plantes médicinales, d’activités artistiques et artisanales, et dans le cadre d’un dialogue ouvert, la fondation a déclenché une vague de changements positifs dans son quartier.
Alors que nos villes modernes se caractérisent par des jungles de béton, Ami·es des parcs soutient des initiatives comme celle de la VUFFF – qui sont sources de connexion, d’autonomisation et de transformation pour les habitant·s. Elles nous rappellent que les parcs sont plus que de simples espaces publics : ils contribuent activement à l’épanouissement, au ressourcement et à la prospérité des habitant·es.
Lorsque nous imaginons des villes dynamiques, nous reconnaissons le rôle crucial que jouent des organisations locales comme la VUFFF et tenons à leur apporter notre soutien. Ces organisations ne se contentent pas de semer des graines pour susciter un changement, elles nourrissent aussi les liens qui nous unissent à la nature ainsi que les uns aux autres.
Découvrez d’autres histoires inspirantes avec Nawal à Toronto et Geneviève à Montréal. Ces récits soulignent le travail remarquable accompli par des citoyen·nes engagé·es pour favoriser les liens sociaux et la résilience des habitant·es grâce aux parcs et aux espaces verts à travers le Canada.