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« L’ère de la réconciliation » : création du centre kihciy askiy à Edmonton

janvier 12, 2022

Park People

Cette contribution d’Emily Rendell-Watson s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

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Une collaboration inédite pour concevoir le premier site culturel Autochtone urbain du pays

 

Edmonton, ou Amiskwaciy Waskahikan*, accueillera bientôt le premier site cérémoniel Autochtone urbain du Canada. 

Kihciy askiy*, qui veut dire « terre sacrée » en langue cri, est situé au cœur de la capitale de l’Alberta sur un site de 4,5 hectares dans le parc Whitemud*. Le parc, qui se trouve dans la vallée fluviale d’Edmonton, vise à offrir aux personnes Autochtones un lieu pour se réunir à l’occasion de cérémonies et dans des huttes de sudation, cultiver des herbes médicinales et vise à transmettre la culture Autochtone aux personnes non Autochtones. 

« Nous sommes aujourd’hui dans une ère de réconciliation et devons tâcher d’établir des relations positives avec les colons. Cette initiative va donc nous permettre de faire un grand pas dans cette direction », explique Lewis Cardinal, responsable du projet et membre du Indigenous Knowledge & Wisdom Centre (IKWC)*.

« Nous faisons face encore aujourd’hui au racisme et à la discrimination. Toutefois, une grande partie de ces problèmes vient de l’ignorance, ou simplement du fait de ne pas connaître les traditions des gens et d’être mal informé. Cette initiative permettra aux gens de se familiariser directement et de manière personnelle [avec la culture Autochtone]. » 

Selon Lewis Cardinal, il sera également important que le centre serve de lieu de rassemblement aux personnes Autochtones de la région, en particulier pour celles qui cherchent à se rétablir après avoir connu la toxicomanie, des abus ou d’autres traumatismes. 

« Ceci peut permettre de transformer ces situations en quelque chose de très positif, en rendant les gens plus forts et en resserrant les liens humains », dit-il.

 

Accès aux activités culturelles 

 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

 

Légende : Une illustration de l’entrée du pavillon offerte par la Ville d’Edmonton. 

 

En collaboration avec l’IKWC et la Ville d’Edmonton, le projet a été initialement proposé en 2006 par Lewis Cardinal et William Campbell, un aîné Autochtone, dans le but d’accueillir des cérémonies Autochtones dans la ville. 

Le terrain sur lequel sera construit kihciy askiy se trouve dans l’ouest d’Edmonton sur l’ancienne propriété de Fox Farms. Dans le passé, les Autochtones s’y arrêtaient pour la nuit avant d’entrer dans la ville pour y cueillir des amélanches. Selon la tradition orale, il existerait un important gisement d’ocre à l’est de kihciy askiy, de l’autre côté de Whitemud Creek. L’ocre faisait autrefois partie des éléments clés des cérémonies Autochtones. Ceux-ci la mélangeaient à des baies et à des pigments pour créer différentes couleurs. 

Au fil des années, des cérémonies se sont tenues sur ce site, notamment lors de la conférence internationale Autochtone « Healing Our Spirit Worldwide »* [Guérir notre esprit à travers le monde]. Néanmoins, à chaque fois que la communauté Autochtone voulait utiliser le terrain, elle devait demander une autorisation à la Ville, explique Lewis Cardinal. Les aînés qui ont organisé la conférence se sont donc demandé s’il leur serait possible d’avoir un accès permanent à un terrain dans le centre de la ville. 

Afin de concrétiser cette initiative via des négociations plus formelles avec la municipalité, Lewis Cardinal, William Campbell et un groupe d’aînés ont ainsi créé l’organisation à but non lucratif Edmonton Indigenous Cultural Resource Counsel. 

Étant donné que certains étaient favorables à l’organisation de cérémonies dans la ville et que d’autres non, l’organisation a donc décidé en 2010 de réunir 120 aînés Autochtones venant de toute l’Alberta pour discuter pendant trois jours de cette idée. Ce groupe a également réfléchi au type de cérémonies pouvant être organisées dans une ville, et aux différents sites potentiels. 

D’après Lewis Cardinal, « la réponse à la première question était : “oui, les familles, les jeunes et toutes les personnes Autochtones vivant dans les centres urbains doivent avoir accès à des cérémonies, car dans un avenir proche, c’est là que la plupart vivront. Ils doivent donc avoir accès à des activités culturelles et à des cérémonies dans un environnement respectueux de la Terre Mère” ». 

« En d’autres termes, on ne peut pas organiser des cérémonies sur le stationnement d’un Walmart. »

Le projet a finalement été repris par l’organisation Native Counselling Services of Alberta (NCSA)*, ce qui a permis d’assurer un dialogue continu entre les parties prenantes et de créer un conseil des aînés* chargé de collaborer avec l’équipe pour la conception et la construction du site, et de veiller au respect des principes spirituels et culturels du projet.

 

 

Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

 

En mai 2015, puis en octobre 2018, le NSCA a organisé des réunions du grand conseil pour les chefs spirituels Autochtones de la région d’Edmonton au Alfred H. Savage Centre afin d’étudier et d’approuver le concept, de passer en revue les protocoles de cérémonie sur le site et d’aborder dans les grandes lignes les besoins cérémoniels et spirituels des Autochtones de la région. 

En 2018, le NCSA a fait l’objet d’une réorganisation structurelle, et la décision a été prise de transférer le projet à l’IKWC, se souvient Lewis Cardinal. C’est à ce moment-là qu’on lui a demandé de le gérer à plein temps. 

« J’ai toujours entendu les aînés dire qu’il nous incombe de réaliser nos rêves et nos ambitions. Ainsi, qu’il s’agisse de concrétiser un rêve et une ambition pour soi-même ou pour un groupe de personnes, nous devons ressentir le même engagement. Je me réjouis de pouvoir à nouveau participer au projet et de travailler avec les aînés pour en arriver à ce stade », raconte Lewis Cardinal. 

L’un de ces aînés est Howard Mustus, président du Conseil des aînés de kihciy askiy et gardien du savoir traditionnel. Il espère que le projet contribuera à réduire le racisme, à mesure que les personnes non Autochtones assimilent et acceptent les traditions et la culture Autochtones. 

« Nous encourageons les personnes non Autochtones à participer avec nous aux cercles sacrés et à en apprendre davantage sur la loi Autochtone. Celle-ci est ancrée dans la spiritualité, un aspect très important pour notre peuple. Il s’agit de la plus haute autorité qui dicte la manière dont nous devons nous comporter et fonctionner en tant que société, en nous basant sur les principes holistiques de la bienveillance et du partage », explique Howard Mustus.

En septembre 2021, une cérémonie de bénédiction de la terre* (au lieu de la cérémonie marquée par le premier coup de pioche) a été organisée pour célébrer le début des travaux et reconnaître les liens entre toutes les parties prenantes participant au projet kihciy askiy, dont le budget s’élève à 4,5 millions de dollars. Cette cérémonie a aussi été l’occasion de « demander la permission à la Terre Mère de lancer les travaux », et ce, en nouant des rubans aux branches d’un arbre afin de symboliser les liens avec la terre et le respect envers celle-ci. 

 

Légende : Cérémonie de bénédiction de la Terre de kihciy askiy, Teresa Marshall

 

Mené par Delnor Construction, l’aménagement du terrain a officiellement commencé à la mi-novembre et devrait durer entre 18 et 24 mois. 

 

Mobilisation et collaboration 

 

Les liens qui se sont noués dans le cadre de ce projet ont joué un rôle crucial pour la réussite de kihciy askiy jusqu’à présent, notamment en guidant la manière dont le site sera aménagé. 

Nav Sandhu, responsable des programmes de la Ville d’Edmonton, explique que les marchés publics à caractère social lancés par la Ville demandaient aux prestataires de services posant leur candidature de montrer comment leurs équipes ou leurs sous-traitants associeraient les groupes Autochtones au processus. Pour ce faire, une personne Autochtone chargée des ressources humaines a été embauchée, et les services d’entreprises Autochtones ont été retenus pour s’occuper des aspects liés à la mécanique et aux aménagements paysagers du projet. 

« Les marchés publics à caractère social sont relativement nouveaux dans le secteur de la construction, et je pense que nous irons de plus en plus dans cette direction. C’est formidable de voir la Ville agir comme chef de file et veiller à ce que les partenaires et les bénéficiaires du projet aient voix au chapitre en pouvant exprimer leurs attentes », explique Nav Sandhu.

« Les projets qui, comme celui-ci, ont des répercussions sociales aussi importantes, requièrent un certain niveau de collaboration. » 

Le processus de conception a également nécessité l’obtention d’un consensus de la part des représentants de plus de 50 groupes Autochtones qui pourront utiliser le site, ainsi que l’adaptation de plusieurs politiques relatives aux parcs afin de permettre l’aménagement de la vallée fluviale d’Edmonton et l’accès à la zone pour les activités culturelles Autochtones. 

En tant que propriétaire du terrain, la Ville construira sur kihciy askiy deux bâtiments qui abriteront des vestiaires, des toilettes, une petite salle de classe dédiée à l’éducation environnementale, un espace de réunion ainsi qu’un entrepôt. Le site comptera également un amphithéâtre en plein air. 

Selon Lewis Cardinal, l’objectif est de donner au site un caractère naturel, « en évitant d’y laisser une empreinte trop importante ». 

Le site disposera d’une zone pouvant accueillir entre 10 et 12 tipis ou tentes trappeurs, dans lesquels des conteurs pourront raconter des histoires.

 

Légende :  un tipi à kihciy askiy, Teresa Marshall

 

Deux foyers extérieurs permettront de faire fonctionner simultanément deux huttes de sudation, avec une capacité d’accueil pour huit personnes au total. En tant que lieux dédiés aux cérémonies, les huttes de sudation font partie intégrante de la culture Autochtone et seront particulièrement cruciales pour les groupes Autochtones de la région d’Edmonton qui possèdent un large éventail de traditions autour de cette pratique de purification. 

« Les personnes opérant des huttes de sudation actuellement ont reçu des enseignements différents de ceux de leurs ancêtres, ou de ceux qui leur ont transmis ce savoir. Nous devons donc veiller à ce que toutes ces personnes puissent y avoir accès », explique Lewis Cardinal. 

Une fois que le projet kihciy askiy sera terminé, les groupes Autochtones d’Edmonton ne seront plus obligés de se rendre à la bande de Paul ou à la Première Nation d’Enoch ou d’Alexander pour avoir accès à une hutte de sudation. 

Le troisième élément, qui explique le choix de ce site, sera un jardin médicinal qui s’inspirera des remèdes traditionnels existant dans la vallée fluviale. Ce jardin sera utilisé comme lieu d’enseignement, et aussi pour les aînés afin qu’ils puissent récolter de la sauge, du tabac et du foin d’odeur, par exemple. 

Enfin, un espace polyvalent offrira un lieu supplémentaire pour accueillir des cérémonies Autochtones ainsi que d’autres structures traditionnelles qui pourraient voir le jour pour honorer certaines traditions des Premières Nations. 

« Cet endroit permettra également de dispenser un enseignement aux personnes non Autochtones, de les accueillir dans nos cérémonies et de leur parler de notre vision du monde et de notre histoire. Ces espaces représenteront d’excellentes plateformes d’enseignement », déclare Lewis Cardinal. Et d’ajouter que le site offrira également un « programme ouvert », dans le cadre duquel les huttes de sudation seront ouvertes au public. 

« L’objectif global du site est de favoriser une bonne entente, d’aider les Autochtones à se reconnecter à la terre et aux enseignements qui en découlent, ainsi qu’à leur culture, leurs traditions et leur histoire. » 

Les organisations et agences Autochtones pourront également se servir du site pour y offrir leurs propres programmes culturels. 

Le seul autre parc que Lewis Cardinal connaît qui ressemble de près ou de loin à kihciy askiy est l’aire culturelle Autochtone du parc national Jasper. Cette zone aménagée par le Forum des Autochtones du parc national de Jasper et Parcs Canada est un endroit réservé aux partenaires Autochtones afin qu’ils puissent renouer avec la terre, l’apprentissage culturel et les cérémonies. 

Ouvert aux membres du Forum à partir de juin 2013, le site est fermé au grand public afin d’en assurer l’intimité. 

 

« Un havre de paix »

 

Une fois la construction de kihciy askiy terminée, l’IKWC sera responsable de sa gestion. Les gens pourront s’y rendre par divers moyens de transport, y compris en autobus – un facteur important pour déterminer l’emplacement du site, explique Lewis Cardinal. 

Selon Lewis Cardinal, Howard Mustus et Nav Sandu, le site constituera un pilier important pour la communauté Autochtone de la région d’Edmonton, en leur permettant de maintenir un lien avec leurs traditions. Les partenariats ayant joué un rôle essentiel dans l’aménagement du site se poursuivront, et nous espérons que de nouveaux se formeront entre les groupes Autochtones qui l’utilisent et les personnes non Autochtones désireuses d’en savoir plus sur eux. 

« Kihciy askiy constituera un havre de paix pour les gens. Selon moi, ceci ne sera pas le dernier (projet de ce type); je pense qu’une tendance va émerger dans les années à venir… afin de combler ces lacunes », déclare Nav Sandhu. 

« Selon moi, il s’agit d’un pas important et nécessaire en faveur de la vérité et de la réconciliation. »

 

 

 

À propos d’Emily Rendell-Watson

Emily Rendell-Watson est une journaliste multimédia basée à Edmonton qui est actuellement responsable éditoriale et responsable de la communauté de Taproot Edmonton, une publication qui cherche à aider sa communauté à mieux se comprendre.

Elle écrit sur l’innovation technologique, les problèmes urbains, le changement climatique et tout ce qui tombe sur son bureau. Lorsqu’elle ne poursuit pas une histoire, vous pouvez la trouver en train de faire du patinage de vitesse ou de s’aventurer dans l’arrière-pays avec son chien de sauvetage, Abby.

 


 

Cette contribution d’Emily Rendell-Watson s’inscrit dans le cadre du projet « 10 ans ensemble dans les parcs urbains ». Cette série est réalisée avec le soutien de Dylan Reid et est illustrée grâce aux croquis de notre collègue Jake Tobin Garrett.

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